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   Mensuel de réflexion socio-économique vers l’Économie Distributive
 
 
 
 
 
AED La Grande Relève Articles > N° 775 - février 1980

 

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N° 775 - février 1980

De l’art de créer de bons placements   (Afficher article seul)

Au fil des jours   (Afficher article seul)

Ils y viennent !   (Afficher article seul)

L’économie distributive et l’agriculture   (Afficher article seul)

Admission au banquet de la vie   (Afficher article seul)

Sur la voie !   (Afficher article seul)

De l’esprit de la société distributive   (Afficher article seul)

L’affaire des diamants   (Afficher article seul)

Le trou   (Afficher article seul)

L’impossible solution : exemple des services publics   (Afficher article seul)

« Les vrais maîtres du monde »   (Afficher article seul)

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Éditorial

De l’art de créer de bons placements

par M.-L. DUBOIN
février 1980

DANS l’éditorial d’octobre dernier, intitulé « La guerre ou l’économie distributive ? », je tentais, une fois de plus dans ces colonnes, d’attirer l’attention sur les risques de guerre que nous fait courir le régime économique des « prix- salaires-profits ».
En trois mois, l’évocation de ce risque a fait du chemin et tout le monde aujourd’hui courbe le dos comme devant une fatalité. Plus largement diffusé que mon éditorial, hélas..., le message de Nouvel An de Giscard d’Estaing n’a fait qu’augmenter la peur. Et au lieu de se révolter des crimes qui se préparent, nombreux sont les Françaises-Français qui n’ont pour toute réaction que... d’entasser des provisions. Quelle époque et quelle déchéance !
Mais si la peur retient, au dernier moment, ceux dont dépend le génocide final, ces mêmes braves Français rééliront V.G.E. lorsqu’il se présentera comme le sauveur de la Paix...
Ces fins électoralistes ne sont peut-être pas les seules motivations du Président de la République. La peur de la guerre fait remonter les actions des producteurs d’armes. Et nous, dont les préoccupations sont tout autres, nous enrageons de voir nos semblables s’obstiner à fermer les yeux au point de ne pas constater que c’est bien l’économie de marché qui crée la situation lamentable où nous sommes, face aux moyens prodigieux dont nous pourrions disposer. C’est pourtant facile à voir, par tout être de bon sens qui se donne la peine d’observer. Lisons, par exemple, « Le Monde » du 10 janvier, Patrice Claude sous le titre judicieux « Mettez un char d’assaut dans votre portefeuille  » fait ainsi parler un conseiller en opérations boursières  : « Le pétrole ? Oui, sûrement. Les mines d’or ? C’est un bon choix, mais attention aux troubles politiques en Afrique Australe. Les valeurs de consommation ?
Non, Monsieur, on entre dans une période d’austérité ( ?), la consommation, c’est fini pour l’instant. Achetez plutôt... je ne sais pas moi... des actions Matra ou Dassaut... ». Il remarque en effet :
« Les bruits de bottes stimulent les imaginations et partout les spécialistes des marchés boursiers
internationaux conseillent de plus en plus ouvertement, en ce début d’année trouble, l’achat d’actions liées à l’armement...  ».
L’intérêt des capitalistes pour les productions d’armes n’est pas nouveau aux Etats-Unis : « Les fabuleux hélicoptères de combat, construits par une filiale de Boeing, sont l’objet d’une intense publicité financière. A Wall Street, les missiles de Northtrop, les mérites et les perspectives des avions F-14 de Grummann ou des F-16 de General Dynamics sont soupesés avec soin par une clientèle boursière soucieuse de ne pas se tromper ».
En Angleterre, le Premier Ministre Conservateur l’a promis, toutes les entreprises liées à l’armement vont être dénationalisées. Déjà Westland Aircraft, qui fabrique aussi des hélicoptères, a des actions cotées. De même que Swan Hunters pour sa fabrication de destroyers et Hunting Associate pour ses fusils mitrailleurs qui « ont une bonne réputation »... Racal n’a de son côté, jamais eu un carnet de commandes aussi garni. Son dernier client, anonyme, vient de commander pour 40 millions de Livres de matériel de transmissions tactiques »...
« Aux Pays - Bas, les avions Fokker sont également très appréciés de la clientèle boursière, mais les lance-roquettes construits par Saab en Suède. n’ont rien à leur envier ». Une société qui fabrique des missiles a des actions très bien cotées en Bourse à Milan.
Et en Allemagne ? La société du Professeur Messerschmidt n’est plus cotée à la Bourse de Francfort, mais ses héritiers détiennent encore 14 % du capital et peuvent en toucher des dividendes. La firme est devenue une S.A.R.L. et s’est associée (ceux qui ont vécu la dernière guerre s’en réjouiront), à la S.N.I.A.S. française et au groupe britannique Aerospace pour la commercialisation de ses engins antichars. Le capital de la société productrice des chars « Léopard est détenu à 94 % par le groupe industriel Buderus qui, lui, est coté à la Bourse de Francfort.
En France, les 287 000 travailleurs de l’armement ne sont pas inquiets, car les affaires de la SNIAS, de la SNECMA, celles de Dassaut, Matra, Manurhin, Luchaire, Thomson ou Turboméca vont bien. Nos exportations d’armements ont pratiquement quadruplé de 1970 à 1978, alors que le total de nos exportations croissait deux fois moins vite. Les « bruits de bottes » vont pouvoir faire monter encore leur chiffre d’affaires qui a atteint, en 1977, trente milliards de Nouveaux Francs.

EXPORTATIONS FRANÇAISES D’ARMEMENTS
(en milliards de Francs)
1970
1971
1972
1973
1974
1975
1976
1977
1978
2,35
2,52
3,39
4,11
4,78
5,26
6,7
7,83
8,41
(d’après « Le Monde Dimanche » du 4-11-1979)

En 1976, la Banque Mondiale a calculé que 900 millions d’individus vivaient dans la pauvreté absolue...

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Au fil des jours

par J.-P. MON
février 1980

Préférez-vous vous habiller cher et européen ou bon marché, et américain ? Ne réfléchissez pas trop longtemps, on a déjà décidé pour vous : ce sera cher !
Devant la « menace » du retour en force des Américains sur le marché européen des fibres synthétiques, la commission économique de Bruxelles a décidé d’appliquer des droits « antidumping » sur les importations de fibres acryliques : 7,2% pour les fibres discontinues et 26,6 % pour les fibres sous forme de câbles.
En fait, seule la compagnie américaine American Cyanamid sera pénalisée par cette mesure car la filiale du groupe allemand B.A.S.F. implantée aux EtatsUnis a « accepté » de relever ses prix à l’exportation vers l’Europe.
A part ça, vive le libéralisme économique et luttons contre l’inflation !

*

A propos d’inflation, un article publié dans « le Monde de l’économie » du 30 octobre 1979 montre que le processus inflationniste qui a débuté vers 1965 et qui se poursuit encore aujourd’hui ne peut être considéré comme une conséquence de la hausse des prix de l’énergie de 1965 à 1970 l’augmentation annuelle des prix des pays de l’O.C.D.E. est passée de 2,7 % à 5,5 %. Pendant ce temps le prix du baril de pétrole est passé de 1,93 à 1,26 dollar. En octobre 1973 le prix du baril passe de 2,20 à 10,95 dollars, ce qui, d’après les calculs, devrait donner une hausse des prix de 3 à 4 %. Or, pour l’ensemble des pays de l’O.C.D.E., la hausse des prix qui est de 7,6 % lorsque se produit l’augmentation du prix du baril de pétrole, passe à 13,1 % en 1974. Ce qui donne 9 % d’accroissement inexpliqués. De 1974 à 1979 le prix du pétrole passe de 10,95 à 12,70 dollars le baril, soit une augmentation de 3 % par an. Dans le même temps on constate des hausses de prix ce 11,1 % en 1975, de 8,6 % en 1976, de 8,7 % en 1977, de 8,2 % en 1978.
En fait, conclut l’auteur de l’article, c’est la baisse du prix de l’énergie entre 1965 et 1970 qui a marqué le début de la cris, économique.

*

« Crise économique », nous savons que ça veut dire accroissement des profits pour les grosses boites et les banques et tour de vis pour les salariés.
Comme on sait aussi qu’en régime « libéral avancé  » l’abondance tue le profit, on s’efforce de nous faire croire que l’énergie est rare et chère.

*

En fait, au 3e Forum International sur l’Energie qui a réuni à Nice l’automne dernier quelques 220 participants, représentant 40 pays, la conclusion unanime a été que « l’existence de nombreuses techniques possibles justifie l’optimisme à long et même à moyen terme ».

*

La véritable crise, c’est que l’on s’obstine à nier les conséquences du fait que l’on peut produire de plus en plus avec de moins en moins de main d’oeuvre.

*

C’est ainsi qu’en France la production industrielle a augmenté de 5,4 % en un an et le chômage de 10,1 %, alors que la durée du travail a diminué de 0,7 %.
Aux Etats-Unis, la Commission Economique du Congrès a publié récemment un rapport qui montre que la productivité dans le secteur privé a augmenté annuellement de 3,2 % entre 1947 et 1965, de 2,3 % entre 1965 et 1973, de 1,1 % entre 1973 et 1978. Elle aurait diminué de 3,3 % au premier trimestre 1979. Les raisons de cette baisse sont attribuées au gonflement de l’emploi (les fameux 8 millions d’emplois créés depuis que Carter est Président) , à la baisse des investissements et à la diminution des budgets de recherche et développement qui sont passés de 3 % du P.N.B. en 1966 à 2,2 % en 1978.
Malgré tout, les Etats-Unis restent en avance sur la République Fédérale Allemande et le Japon et la productivité continue de progresser à un rythme rapide dans les secteurs de pointe comme l’industrie aéronautique, les télécommunications, l’informatique et... l’agriculture.
Autant dire que si le chômage a paru baisser aux Etats-Unis, c’est par la création d’emplois inutiles.

*

La revue « Economie prospective Internationale  », éditée par un organisme de recherches rattaché au Commissariat Général au Plan, publie un article dans lequel on montre que : « A long et même à très long terme, les ressources disponibles dans le monde permettent de nourrir une population beaucoup plus nombreuse qu’actuellement. Le passé récent a montré qu’un doublement de la production agricole mondiale pourrait s’opérer en un laps de temps relativement court (25 ans) ...
Tout indique que le montant actuel des réserves pétrolières et minérales qui a déjà crû de façon spectaculaire de 1970 à 1975, pourrait encore s’accroître très sensiblement dans l’avenir soit à la suite d’une hausse des prix des minerais, soit du fait de la mise au point de nouveaux progrès techniques. »

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Ils y viennent !

par G. STEYDLÉ
février 1980

La télématique découlant de l’informatique est aussi un facteur de suppression d’emplois et donc de remise en question des déclarations de nos hommes politiques et autres économistes distingués. C’est ce que démontre avec réalisme l’auteur des quelques lignes que nous reproduisons ci-dessous.

- L’Echo de la Presqu’île Guérandaise et de Saint-Nazaire (19 octobre 1979)

TELEMATIQUE

« De la même façon que la mécanisation, et l’automatisation ont supprimé des emplois manuels. l’informatique et sa fille, la télématique, vont supprimer des emplois dans le secteur tertiaire. « Le développement des emplois tertiaires (qui confinaient d’ailleurs, parfois, à du chômage déguisé) avait fait croire un moment qu’il permettrait de pallier les suppressions d’emplois du primaire et du secondaire.
Il faut se rendre aujourd’hui à l’évidence qu’il n’en est rien.
Après les bras, ce sont les cerveaux que les machines miracles d’aujourd’hui et de demain vont remplacer.
« Immédiatement apparaît absurde le postulat de l’éminent professeur Barre qui proclamait comme article de foi la nécessité de rétablir et de développer le profit des entreprises pour leur permettre de s’équiper et par là même, d’offrir des emplois.
Or, quand une entreprise modernise son équipe. ment et investit pour fabriquer davantage et à an meilleur prix, des produits compétitifs, elle le fait en s’automatisant et en s’informatisant, donc en supprimant des emplois.
« Et ce, d’autant plus que l’emploi de personnel est écrasé de charges et de contingences de plus en plus lourdes.
« La machine, comme l’ordinateur, peuvent travailler sans limitation d’horaires, au maximum de leurs capacités.
« Mais ils ne touchent pas de salaires permettant de racheter les marchandises ainsi produites.
« Il faudra donc bien en arriver à un système d’économie distributive tel celui proposé naguère par Jacques Duboin  »...

Bernard BONNISSENT

Ces déclarations peuvent avoir un certain retentissement, d’autant plus que Bernard Bonnissent préside aux destinées du C.H.E.R.P.A. (Centre Hebdomadaire pour l’Etude, la Recherche, la Prospective et l’Animation). C’est au cours d’un colloque organisé par ce club, sur les thèmes de la télématique et des radios locales, que Bernard Bonnissent a été amené à prendre cette position.


FAIM ET JUSTICE

Dans la Tribune Libre du « Matin de Paris » du 7 novembre 1979, Mme Pommerolle a relevé, sous le titre «  Faim et Justice », un article de M. Emmanuel Maffre-Baugé, député communiste à l’Assemblée des Communautés Européennes, dans lequel l’auteur se pose un certain nombre de questions intéressantes, mais sans jamais proposer de solution. Nous le citons :

« 1979... Cette année de l’enfance qui voit mourir de faim 17 000 000 d’enfants !
Un obscur remord collectif pèse sur les peuples occidentaux.
Alors, je m’interroge avec cette humilité paysanne qui rumine inlassablement des questions incompréhensibles...
Puisque des gens meurent (le faim, pourquoi des excédents alimentaires permanents ? Pourquoi ces retraits-destructions ? Pourquoi ce gâchis, ce trop ou ce trop peu ?...
D’autres pensées nie viennent : supprimer la faim dans le monde, n’est-ce pas prodiguer la connaissance et la capacité de s’autogérer à ceux qui ne l’ont pas... ? N’est-ce pas dénoncer les inégalités économiques, les abus de structures capitalistes dont la seule finalité est le profit... ? N’est-ce pas museler les spéculateurs de tous poils qui font suer le burnous aux quatre points cardinaux ?... N’est-ce point promouvoir un autre type de société, une autre répartition des biens de ce monde... ? N’est-ce point donner la valeur essentielle à l’homme en rejetant le libéralisme affairiste... ? Si nous n’y prenons garde, nous marchons vers le gouffre en aveugles. Les vieux cadres de la société actuelle craquent sous les termites de l’égoïsme de caste... Le monde présent est tombé aux mains de malandrins qui le spolient.
La faim, dans le monde peut-elle disparaître tant que l’argent sera roi ?...
Il n’est pas de code intangible de la propriété qui domine le droit qu’ont les hommes de manger et de se vêtir, pas plus que d’acquérir les connaissances qui leur donneraient l’indépendance économique et la liberté. Il n’y a pas de pouvoir supérieur à celui qui implique la survie de l’espèce.
L’argent qui prend racine dans la mort pue le cadavre... ».

L’analyse de M. Baffre-Baugé est excellente, mais n’est pas suivie de propositions constructives. Pour supprimer la faim dans le monde et tous les désordres qui en découlent, les pays supérieurement équipés (et notamment la France) n’ont qu’une possibilité : remplacer le système des prix- salaires-profits (ou système capitaliste) par l’économie distributive (voir page 16).

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OBJECTIONS ET RÉPONSES

L’économie distributive et l’agriculture

par P. HERDNER, M.-L. DUBOIN
février 1980

Nous avons reçu le texte suivant qui reflète les objections soulevées par plusieurs de nos lecteurs
A la lecture du résumé de notre doctrine, on peut être séduit par l’apparente simplicité des structures distributives. Mais dès que l’on essaie de se représenter d’une façon quelque peu concrète, le mode de fonctionnement de cette économie, on se trouve en présence de problèmes complexes. Ceux que nous pose l’agriculture me paraissent particulièrement graves.
Voici quelques-unes des difficultés à prévoir.
- Dans une ferme, les cultivateurs et leurs auxiliaires consomment ordinairement eux-mêmes une part des denrées qu’ils ont produites. Il serait donc injuste de leur allouer le même revenu qu’à d’autres personnes. Malheureusement cette fraction qu’ils ont touchée est bien difficile à évaluer.
- Si le revenu social qu’ils reçoivent ne dépend pas du volume des marchandises qu’ils livrent à la collectivité, l’incitation au travail leur fera défaut, et la production s’en ressentira. Même les cultivateurs les plus sérieux ne peuvent qu’être déroutés par une situation aussi insolite.
- Les résultats ne seront pas meilleurs si l’on exerce une contrainte, vu que les paysans, comme tant d’expériences le confirment, y sont particulièrement rebelles.
- Il est impossible de régler uniformément la durée du travail qui sera demandé à chacun.
- Il n’est pas facile d’organiser rationnellement, sans iniquités et sans gaspillage, la distribution des engrais, des machines et des semences.
Ces diverses difficultés ne se présentent pas, ou pas au même degré, dans l’industrie, où les conditions du travail permettent une organisation stricte et une surveillance efficace. En revanche, la pêche nous poserait des problèmes assez semblables à ceux de la production agricole.
Par ailleurs, pourvu que nous puissions faire à ces objections des réponses valables, il devrait être facile de gagner le milieu rural à nos idées. Nulle part les aberrations du système échangiste ne sont aussi criantes qu’en agriculture, où l’insuffisance des débouchés est un révoltant paradoxe.
Quelles que soient les solutions envisagées, je crois qu’un assouplissement de notre doctrine est ici particulièrement nécessaire, et qu’il faudra mettre au point, prudemment, des mesures transitoires, dont les premiers résultats seront un guide pour les développements ultérieurs.
Entre autres avantages, des structures fédérales permettraient une approche plus favorable des questions agricoles, car il est indispensable dans ce domaine, plus encore qu’ailleurs, que les décisions soient prises à la base, par un pouvoir parfaitement informé de toutes les données locales et régionales.

Pierre HERDNER


NOTRE RÉPONSE

Notre lecteur raisonne ici en régime de rareté, lorsque donner plus à manger aux uns condamne les autres à avoir faim. Or, la terre a les moyens de nourrir raisonnablement tout le monde, même si les agriculteurs se réservent quelques douceurs. Reste à réaliser le régime économique qui permette à la fois la meilleure production et l’épanouissement des êtres humains.
La recherche du profit, qui est actuellement la motivation essentielle, ne réalise ni l’une, ni l’autre. Si une année, un produit s’est vendu cher, on se met à en produire dans n’importe quelles conditions, sans tenir compte des impératifs écologiques et à l’aide de toutes les saletés qui feront augmenter le rendement. Et si cette production déraisonnable aboutit à une saturation du marché. on détruit une partie de la production et les producteurs obtiennent des contribuables un dédommagement, qui les encourage à continuer. Voilà pourquoi nous condamnons le profit qui est la cause profonde de l’inadaptation de la production aux besoins réels des hommes (seuls les besoins solvables, c’est-à-dire le contenu du porte-monnaie, sont pris en considération) et d’un abominable gâchis des ressources (alors qu’une partie des humains meurt de faim, l’autre, poussée par la publicité, crève de « la grande bouffe »).
Nous voulons donc remplacer salaires, profits et magouilles par le revenu social. Et si celui-ci ne réalise pas, dès sa première année d’existence légale, la plus parfaite et la plus rigoureuse des justices, il aura au moins l’avantage de nous débarrasser d’un lourd handicap et de libérer bien des esprits.
Alors seulement les mentalités pourront évoluer et s’adapter aux nouvelles conditions de vie : les questions pratiques soulevées seront alors faciles à résoudre. La distribution des machines et des semences se fait déjà dans les coopératives de production, et une surveillance draconienne n’est une nécessité qu’en régime capitaliste. N’oublions pas enfin tout ce que l’ordinateur peut apporter pour aider la gestion.
Alors seulement pourront enfin disparaître les réflexes capitalistes, si profondément ancrés depuis plusieurs générations, qu’ils nous rendent incapables d’imaginer qu’on puisse travailler sans l’appât d’un gain matériel.
La question posée sur la motivation du travail se résoudra d’abord parce que ne seront agriculteurs que ceux qui en auront la vocation. Au début de ce siècle, la moitié de la population active française était agricole. Il y en a moins de un dixième aujourd’hui. Combien souhaiteraient revenir « al pais » si la vie y était possible, le travail moins dur, les revenus assurés ? Un paysan, qui aime la terre, risque-t-il vraiment de la laisser en friche par paresse ? Est-il absolument imperméable à la notion de responsabilité collective ? Bien sûr, si certains s’y montraient vraiment réfractaires, on pourrait toujours envisager de réduire la surface de leurs terres et les condamner à un « minimum vital ». Ils vivraient alors comme l’idiot du village, autrefois.
Mais je pense que nous sommes encore incapables d’imaginer le changement radical des mentalités et des modes de vie qu’entraînera la suppression du profit.

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Admission au banquet de la vie

par P. CÉVENOL
février 1980

L’HEURE du banquet de la vie sonne pour les pays industrialisés. C’est le message que nous lègue l’oeuvre de Jacques Duboin, en nous démontrant les réformes économiques et sociales radicales auxquelles nous entraîne le passage de la production manuelle à la production automatisée. Les conséquences en sont multiples, l’assiette de notre vie matérielle est bouleversée et, de ce fait, toutes nos défenses et tous nos projets sont à repenser. Nous y parvenons bien mal ; les plus avertis d’entre nous ont des hésitations devant l’indispensable hara-kiri des normes de l’économie d’hier. Conditionnés, façonnés par l’économie de rareté, l’adaptation à la répartition abondante des biens leur semble irrationnelle si elle n’est plus régie par l’ancien critère d’inégalité économique, comme stimulant de l’effort individuel. « Nous étions si bien dans notre costume de première communion » !... semblent-ils dire !
L’économie d’abondance que promeut l’évolution technique, nous talonne avec intransigeance ; elle ne nous autorise plus à penser comme hier. Hier, la sécurité matérielle, la chasse au confort, étaient le stimulant ; chacun arguait de son art, de ses qualités particulières pour s’attribuer sa part, qu’il évaluait subjectivement, du gâteau social. C’était humain dans le contexte de limitation des biens. Si humain même, que ce comportement fit l’objet d’une institution : le Marché du Travail, où se cotent les qualifications, les aptitudes, les vertus ouvrières et bien d’autres particularités. Il n’est donc pas étonnant que ce réflexe soit devenu une seconde nature. Vital hier, il l’est moins aujourd’hui, et ne le sera plus demain, quand la bride de la production pour les besoins sera lâchée. On ne se dispute que les biens rares, on ne se dispute pas ce qui est abondant. Jacques Duboin disait : « Imaginez un banquet où foisonnent les mets ; il y en a bien suffisamment pour les convives, puisque votre carte d’invité vous permet de puiser dans les plats à volonté. Aurez-vous l’idée saugrenue de jouer des coudes pour prendre dans l’assiette du voisin et vous surgaver »  ?
La carte d’invité nommée Revenu Social fera le même office.
La sécurité et la satisfaction des besoins assurées, le réflexe de lutte pour la vie change de niveau. Est-ce un mal  ? S’il était un stimulant pour les plus âpres, n’était-il pas, dans la même mesure. un préjudice décevant pour les autres, puisque leur part des biens en était restreinte  ? Cette règle équitable qui découle de l’état même d’abondance, nous ouvre la voie de la solidarité pour l’oeuvre de production collective ; ce stimulant méprisé dans le contexte actuel prendra, demain, le pas sur l’étroit intérêt particulier, pour devenir le moteur du bien-être de tous.
L’INEGALITE ECONOMIQUE, issue du fonctionnement de l’économie de rareté, perd sa qualité de prime devant l’efficacité des techniques productives. La maintenir artificiellement sous le prétexte que l’EGALITE ECONOMIQUE heurte notre psychologie toute subjective, nous sort de la logique des faits.
Nous savons bien que tant que se maintiendra l’échange lucratif, il ne pourra être question de sortir de l’inégalité économique puisqu’elle est la condition même du capitalisme. L’égalité économique ne s’imposera donc que quand, l’échangisme ne parvenant plus à remplir son rôle de répartiteur des biens, nous passerons au système de leur distribution.
Le désaccord sur l’égalité ou l’inégalité provient beaucoup de ce que certains camarades envisagent une amorce de l’Economie Distributive dans le cadre de l’économie actuelle, et se trouvent entraînés à des concessions contradictoires.
Situons le problème dans son véritable contexte économique et nous parlerons le même langage.

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Sur la voie !

par P. BUGUET
février 1980

Deux de nos lecteurs, Fourcroy et Marlin, nous ont signalé l’article de « Science et Vie » intitulé « LE PROGRES TECHNIQUE INDUSTRIEL MENE-T-IL AU CHOMAGE GENERALISE  ? ». Dès le sous-titre, l’auteur, Gérard Morice, en annonçant que nous vivons le règne des comptables et des financiers, constate : « la machine est plus rentable que l’homme qu’il s’agit de licencier ». Ce nous semble être, dans le cadre de notre économie de profit, l’explication même du chômage !
Après cette interrogation quelque peu déconcertante, G. Morice trace avec autorité le processus de la déqualification professionnelle sous l’effet des techniques nouvelles, dans les différentes branches industrielles, dans les activités d’équipement, comme dans la fabrication des biens de consommation. Il en donne la cause : « L’automatisation, dit-il, réduisant considérablement le nombre des ouvriers, de production, ceux qui conservent un emploi se trouvent affectés pour l’essentiel à la surveillance des installations ». Et il poursuit : « Mécanisation, automatisation, progrès technique industriel, ne se contentent pas de déqualifier les emplois. Ils les suppriment, la machine prenant peu à peu la place de l’homme. C’est très clair dans le secteur secondaire, dans l’industrie. Alors que celle-ci perd chaque année quelque 100 000 emplois, la production industrielle, elle, continue à augmenter, ainsi que la productivité du travail (*) . Ce n’est pas un hasard : ce sont les machines et non les hommes qui travaillent avec un meilleur rendement, mieux, plus vite, à temps plus complet, sur des matières premières mieux préparées. Les auteurs du rapport « Déconcentration industrielle et productivité », rédigé sur la demande du ministère de l’Industrie, notent à juste titre que les minéraliers de 125 000 tonnes, les pétroliers de 500 000 tonnes sont menés par des équipages de quelques dizaines d’hommes : le même effectif à bord que celui des navires marchands du temps de Jean Bart, qui étaient 100 à 1 000 fois plus petits et marchaient quatre ou cinq fois moins vite  ». Pareillement, de façon plus générale «  il n’existe pas d’industrie si lourde qu’elle ne puisse être conduite avec la force d’un petit enfant. »
« La crise ne fait qu’accélérer les choses. Les Pouvoirs Publics et les entreprises ne pensent plus, ne parlent plus que productivité, rentabilité. » - Ici référence à J.-F. Phélizon dans la revue « Entreprise »
« Aujourd’hui 50 % des investissements, pratiqués en France concernent la productivité. Sur chaque franc investi, 50 centimes sont utilisés pour réduire un coût. Comme ce ne sont pas les matières premières qu’on peut tellement économiser, ni l’énergie, on peut dire que l’essentiel des investissements de productivité concerne le

(*) C’est nous qui soulignons.


poste main d’oeuvre. Or comment économise-t-on la main d’oeuvre  ? En automatisant évidemment ».

G. Morice cite en exemple les économies de main d’oeuvre de 25 à 30 % dans le textile par les nouveaux procédés de fabrication : filature par turbine, par auto-torsion, par l’électrostatique, la levée automatique. Il résume : « L’industrie perd des emplois : 267 000 de 1974 à 1977, dont 140 000 pour la seule année 1977. Chacun sait que ce phénomène ne fait que s’accélérer et que, malgré tel ou tel discours officiel, on ne peut espérer de significatives créations d’emplois d’une hypothétique relance de la production industrielle actuelle. La « crise » joue comme un révélateur, poussant les entreprises à rationaliser, à diminuer les coûts, c’est-à-dire la main-d’oeuvre, par la mécanisation et l’automatisation. »

Il cite également M. André Chadeau, délégué à l’Aménagement du territoire : - « Dans les prochaines années, les grands groupes industriels devront faire face à une concurrence internationale qui les conduit à investir des capitaux pour moderniser et adapter leurs outils de production. Ils n’embaucheront pas de personnels supplémentaires. » «  Plus ils investiront en capitaux, plus ils moderniseront, plus ils adapteront leurs outils de production, plus, au contraire, ils débaucheront.  »
La Garde aussi reste impuissante : le tertiaire, qui créa 1 800 000 emplois en 8 ans, défaille à son tour ; sous l’assaut de l’informatique, « il constitue, au contraire, l’un des secteurs où les emplois se trouvent le plus menacés, d’abord dans leur qualification, ensuite dans leur existence même ». Ainsi dans les services centraux des assurances et des banques, l’installation de nouveaux systèmes informatiques permettra des économies d’emplois qui pourront s’élever jusqu’à 30% du
personnel.
La micro-électronique menace aussi ingénieurs et concepteurs. « Le Premier ministre britannique, déclarait récemment  : « Au cours des 10 années à venir l’existence des systèmes électroniques miniaturisés déterminera une automation qui va supprimer de nombreux emplois, certains fastidieux et répétitifs, mais d’autres plus intéressants comme ceux des ingénieurs ». Calculer, tracer le profil d’une route, la courbure d’un pont, simuler ce que donneront ces constructions in situ, prévoir leur résistance, déterminer au mieux leur implantation : tout cela, déjà, ne réclame plus d’ingénieurs ; des machines informatiques le font, et le font beaucoup mieux et infiniment plus vite. Donc avec une rentabilité sans aucune mesure avec celle du travail humain, fût-ce de l’ingénieur le plus diplômé et le plus qualifié. »
Gérard Morice, entraîné par la logique de la voie, rejoignait déjà notre « utopique » proposition d’Economie Distributive en écrivant : « Ou bien mous laissons travailler les machines pour mous, et ce qu’il faut étudier, c’est une nouvelle répartition des richesses qu’elles produisent.  » Et, mous applaudissions... Quand hélas ! une bifurcation de dernière heure le reconduit au garage en lui faisant poursuivre  : « Ou bien mous utilisons enfin le progrès technique pour créer de nouveaux produits, pour faire du neuf, pour aller de l’avant, au lieu de se contenter de l’actuel immobilisme et de la seule rationalisation de ce qui existe déjà depuis des décennies.  »
Ce qui échappe à Gérard Morice, c’est que cette dernière éventualité me résout rien. La production crée à la fois les produits et les revenus, et la production automatisée « du nouveau et du neuf » me solvabiliserait pas de main d’oeuvre ; elle ne trouverait donc pas de preneurs solvables ; et le recours à l’éventualité première, celle d’une nouvelle répartition des richesses, s’imposera avec plus de rigueur encore.

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De l’esprit de la société distributive

par L. BAREL
février 1980

MONTESQUIEU a écrit : « De l’esprit des lois « , pourquoi n’écririons-nous pas : « De l’esprit de la société distributive » ? Certes, cette société, attendue par tous les hommes dignes de ce nom, me possédera pas un esprit dans le sens donné par les spiritualistes. Cependant, tout groupe humain uni en un comportement unanime crée, d’emblée, une entité d’où émerge un esprit spécifique. Exemple : l’esprit dominant actuel est celui de la barbarie. L’esprit de la société distributive sera celui de l’humanisme. Ledit esprit, immatériel - mais bien réel - flottera dans les espaces comme un apogée de l’Homme enfin dégagé de la gangue bestiale où il s’enlise encore.
Les lecteurs seront d’accord, je pense, pour l’admettre : les luttes fratricides sont issues de la difficulté de survivre au sein d’une âpre et dure nature sauvage. Elles me devraient plus subsister de nos jours, dans une abondance telle que les humains de la Terre entière peuvent se trouver largement pourvus de tout et, en premier lieu, de nourriture. Or ces luttes anachroniques et atroces poursuivent leurs ravages inutiles à travers le monde, faisant périr des millions d’enfants, de femmes et d’hommes par la mitraille et les famines. Au lieu de partager, on va jusqu’à stériliser ou détruire une partie d’une abondance qui, comme l’Hydre de Lerne, augmente d’autant plus vite qu’on veut la décapiter.
A la différence de la société capitaliste, la société distributive travaillera uniquement au maintien des avantages acquis et à l’avancement, mesuré, d’un progrès non lésant. Elle tiendra compte de l’écologie, qu’elle me saurait refuser, car elle pensera à sa descendance. Une descendance bien compromise, peut-être déjà en voie de perdition si les hommes continuent sur leur lancée imbécile. Au Mexique le pétrole s’épanche toujours dans la mer par millions de mètres cubes. Les espèces végétales et animales disparaissent en nombre croissant un peu partout. Le nucléaire fera le reste sous forme de bombes, de centrales et d’ordures radio-actives indestructibles. Les catastrophes vont s’accumuler.
Soyons objectif, mettons la société distributive à sa place : elle n’émane nullement des mathématiques supérieures mais, plus modestement, d’une bonne arithmétique. Elle n’est ni philosophie, ni métaphysique, ni religion, ni secte, ni parti politique. Elle ne ressortit d’aucune chapelle ou école positiviste ou spiritualiste. Elle est seulement la mise en oeuvre d’une coordination intelligente entre les hommes permettant le partage équitable des ressources multipliées par le progrès.
De là découle tout naturellement l’esprit de la société distributive : la tolérance. Une tolérance assurant la vie de toutes les valeurs humaines. En effet, aucune forme de pensée me pourra jamais troubler la sérénité de la société érigée en économie distributive. Chacun se trouvant assuré de sa juste part matérielle, les batailles intellectuelles me sauraient mettre en péril une distribution cohérente. Au contraire ! Les luttes d’idées et de croyances divergentes sont constructives. Les talents et les diversités conviennent à la société ils lui fournissent sa richesse.

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Le point de vue du juriste

L’affaire des diamants

par H. de JOYEUSE
février 1980

Le Canard enchaîné et Minute ont révélé que M. Valéry Giscard, alors qu’il était ministre des Finances, avait reçu en cadeau, lors d’un voyage privé (Safari) une plaquette de diamants, offerte par l’Empereur Bokassa. Ces révélations firent tant de bruit que l’Elysée fit savoir : « ...que le Président ferait justice, le moment venu, de l’Affaire des diamants, dans des conditions qui répondent à la confiance que lui font les Français ». Le moment est venu le 27 novembre 1979, soit 50 jours plus tard. C’était un mardi. Les hebdomadaires précités paraissant le mercredi, leur réplique était donc retardée de 8 jours. (Il s’en passe des choses en une semaine). Nous ne considérerons que l’aspect juridique de la déclaration présidentielle.
M. Valéry Giscard a rappelé qu’à son arrivée à l’Elysée il avait déclaré qu’il ne ferait pas usage de l’article 26 de la loi sur la Presse de 1881. (Ce qui est tout en son honneur, mais désavoue le général De Gaulle qui l’a employé 118 fois et Pompidou 17 fois). Il a ensuite affirmé que cet art. 26 lui permettait de faire condamner les journalistes qui mettent en cause l’honneur ou la dignité du chef de l’Etat sans « avoir besoin d’apporter la preuve de quoi que ce soit » (sic).
Ceci est intégralement faux.
Ce serait la négation du Droit français, s’il suffisait qu’un individu comparaisse devant un tribunal sans que celui-ci ait la possibilité de faire autre chose que de le condamner. Tout au contraire l’art 55 de la loi de 1881 et les suivants énumèrent avec minutie la procédure par laquelle le prévenu pourra prouver la vérité des faits diffamatoires. Il convient de préciser que cet art. 26 existe bien aujourd’hui. Mais que, par contre, les Présidents Grévy, Carnot, Casimir-Périer, Faure, Loubet, Fallières, Poincaré, Deschanel, Millerand, Doumergue, boumer et Lebrun n’en ont jamais entendu parler.
Pour la simple raison que cet article n’existait pas dans la loi de 1881. C’est seulement par les Ordonnances des 24 novembre 1943 et 6 mai 1944 que le Maréchal Pétain, sans prendre avis d’un Pouvoir Législatif inexistant, a édicté ce fameux texte, punissant l’offense au chef de l’Etat, d’un emprisonnement de 3 mois à 1 an ou d’une amende de 10 000 à 10 millions. Par la suite, le Général De Gaulle, sur simple Ordonnance également, sans consulter le Pouvoir Législatif, cependant présent cette fois, reconduisait cet article, l’estimant utile.
Il s’agit donc d’offense, c’est-à-dire d’outrage : propos injurieux, insultants, invectives, termes de mépris, cris séditieux. Ce qui ne semble pas le cas de l’espèce, celui-ci étant plutôt des « faits allégués » lesquels pourraient constituer la calomnie, laquelle est levée par le rapport de la preuve de ces faits. (Exception de notre Droit, l’apport de la preuve devant être fait communément par l’accusation). Par contre, M. le Président se place de lui-même dans la posture d’être attaqué, ayant publiquement déclaré à la Télé : « Quant à la valeur de ce que j’aurais reçu j’oppose un démenti catégorique et, j’ajoute, méprisant. Il faut laisser les choses basses mourir de leur propre poison ».
Précisément, l’art. 29 de la loi de 1881 stipule que : ...les termes de mépris, sans imputation d’aucun fait sont une injure... même si ils visent des personnes non expressément nommées, mais dont l’identification est rendue possible par les termes du discours ». Ce qui est le cas, chaque auditeur ayant compris que M. le Président visait les journalistes de Minute et du Canard.
Le Canard répondait, le 5 décembre 1979, à sa façon, en publiant de nouvelles révélations : liste chronologique des diamants offert à M. Valéry Giscard de 1970 au 8 mars 1975, des photocopies d’archives de Bokassa, celles de la « Revue du Louvre » énonçant les dons de la Présidence aux musées nationaux (propos de l’allocution du 27-11 ) mais où ne figure aucun diamant,etc., enfin l’immatriculation des véhicules de la Garde qui viennent d’effectuer le transport des caisses de cadeaux du domicile parisien de M. Giscard à l’Elysée, les vols des appareils du GLAM pour effectuer les mêmes transits, cette fois à partir des châteaux de M. Valéry Giscard.
Le Président de la République ayant procédé par affirmation et non par démonstration, il reste à apprendre si les Français, le moment venu des élections présidentielles, disposeront encore de cette confiance envers le Président que celui-ci s’attribuait un peu témérairement, sinon démagogiquement.

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Soit dit en passant

Le trou

par G. LAFONT
février 1980

Non, ce n’est pas celui des Halles.
Le trou des Halles, on n’en parle plus depuis longtemps. Dieu sait pourtant si on en a parlé à l’époque, et ce qu’on a pu y engloutir de milliards. Mais, soyons justes, ces milliards, pour une fois, ont servi à quelque chose. On a mis à la place le Centre Pompidou et le Forum. Un Centre Pompidou comme ils n’en ont pas en Angleterre ni ailleurs, et que les touristes du monde entier, déversés par pleins autocars, polaroïds en bandoulière, viennent admirer.
Le trou dont il s’agit aujourd’hui, et dont on n’a pas fini de parler, c’est celui de la Sécurité Sociale. Vous y êtes  ?
M. Raymond Barre, qui est toujours Premier ministre à l’heure où j’écris, est bien enquiquine avec ce trou que son prédécesseur lui a laissé voici trois ans avant de partir. Pas facile à boucher, un trou. Surtout un trou pareil. Tous les spécialistes, qu’ils soient énarques, polytechniciens, inspecteurs des finances ou terrassiers, vous le diront : pour boucher un trou il faut creuser un autre trou. Et ainsi de suite. De sorte qu’il reste toujours un trou à reboucher quelque part. Pas moyen d’en sortir autrement. Sinon à la rigueur, en faisant un Centre Pompidou. Moi, je veux bien, mais celui que nous avons suffit largement à mon bonheur.
Alors, si vous avez une idée, ou si vous connaissez un truc, allez voir M. le Premier ministre, à tout hasard. Moi, j’y renonce. Même s’il est dans ses bons jours je ne suis pas certain qu’il vous écoutera.
Il faut dire, et vous vous en doutez sans doute, qu’il a son truc à lui. Et il y tient. Besoin de personne pour lui donner des conseils. Quand on est le meilleur économiste de France et qu’on ne veut pas perdre un titre aussi convoité pour qu’il soit ramassé par le premier Chirac venu, ça la ficherait plutôt mal de demander des conseils aux autres et encore plus mal de se révéler incapable de boucher un trou de quelques milliards de francs. R. Barre en est capable, pensez. Mais voilà, il y a Chirac qui l’attend au virage et qui ne serait pas fâché de l’envoyer avec son plan au fond du trou.
Cela dit, il n’est pourtant pas si mal, le plan - appelez ça le truc si vous voulez - de Raymond Barre. Ce plan voté à la sauvette en décembre dernier par une Assemblée récalcitrante. Il consiste, comme vous savez, à résorber le déficit de la Sécurité Sociale en augmentant le taux des cotisations des retraités. Belle trouvaille. Et personne n’y avait encore pensé. Un truc qui revient à boucher un trou - et quel trou ! - en faisant des petits trous dans la poche des vieux et autres budgétivores. Bien sûr, ce n’est pas génial. Mais on a vu pire.
Il reste sans doute, et quoi qu’en pense son auteur, d’autres solutions. Des solutions mieux adaptées que la sienne aux problèmes du monde moderne. Si le professeur Barre, un jour qu’il n’aura rien de mieux à faire, lit « Rareté et Abondance » d’un certain Jacques Duboin, ça pourrait lui donner des idées. Il ne faut jamais rater une occasion de s’instruire, même quand on est chargé d’instruire les autres. Il aura vite compris que les foudroyants progrès des sciences et des techniques réalisés depuis le début du XXe siècle ont permis de prolonger la vie et de produire tout ce dont les hommes ont besoin, avec le superflu en prime, tout en réduisant le temps de travail encore nécessaire pour assurer cette production. Il saura, mais ne le sait-il pas ? - que le nombre des actifs ne peut cesser de diminuer et que les machines qui les remplacent, ne cotisant pas à la Sécurité Sociale ni aux caisses de retraites, le déficit ne peut que s’aggraver.
Mais s’est-il jamais demandé comment et par quel miracle on trouve toujours - et le Parlement les vote sans la moindre motion de censure - tous les milliards destinés à « assainir » la production dite excédentaire dont nos économiquement faibles avec leurs 1 200 francs par mois, les smicards et les chômeurs, ne verront pas la couleur ?
Certainement pas. Sinon notre Joffre de l’économie aurait trouvé la réponse tout seul, sans qu’on lui souffle. Il aurait même pu aller plus loin une fois lancé et réaliser que dans les pays modernement équipés le problème de la production des richesses étant résolu, il ne restait plus qu’à résoudre celui de la distribution. Le plus facile, en somme.
Ce qui aurait pu l’amener, tout doucement, sans trop se creuser les méninges, à cette solution de simple bon sens : plutôt que de pratiquer la politique du cocotier à l’égard des vieux comme cela se faisait peut-être encore dans son île natale au siècle dernier, pourquoi ne pas verser à tous les exclus de l’abondance les milliards si allègrement fabriqués par la planche à billets, pour assainir la production que l’on ne réussit plus à vendre ?
Mais ici, attention. On ne serait pas loin du « Revenu Social  ». Ce qui n’a rien à voir avec le libéralisme, même avancé.

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L’impossible solution : exemple des services publics

par R. KOPINSKI
février 1980

I. Les faits :

Tout organisme vivant, pour se développer harmonieusement, doit pouvoir s’adapter à l’environnement et à la conjoncture en constante évolution. Des organismes aussi complexes que les Services Publics doivent faire preuve de souplesse pour s’ajuster constamment aux modifications des besoins du public, de ses préoccupations sociales et des incessants progrès techniques. Mais ils se heurtent à certaines contraintes, financières en particulier, qui sont autant d’entraves à leur développement.
En effet, les Services publics doivent constamment renouveler leur matériel et leurs méthodes de travail et mettre à la disposition du public des services toujours plus modernes, plus commodes. Ils doivent, en outre, disposer d’un personnel suffisamment nombreux et compétent. Mais les Services publics ne peuvent pas fixer, sans autorisation préalable du gouvernement, le montant des salaires ou des augmentations de salaires qu’ils croient utile de verser. Ils ne peuvent pas non plus établir les prix des services qu’ils rendent en fonction de leurs charges et de leurs investissements.
Cependant, les Services publics doivent, sinon être rentables, c’est-à-dire rapporter de l’argent comme n’importe quelle entreprise privée, du moins avoir un budget en équilibre. En raison de ce qui précède et de l’inflation qui sévit de façon chronique depuis la première guerre mondiale, avec plus ou moins de virulence suivant les périodes, ils n’y parviennent pas et ne peuvent y parvenir.
Si les Services publics avaient la liberté de fixer les prix des services qu’ils rendent, simplement en fonction des coûts réels des salaires, des investissements, des dépenses de fonctionnement, d’entretien du matériel et des bâtiments, ces prix deviendraient rapidement prohibitifs pour la majorité de la population, c’est-à-dire justement pour ceux qui ont le plus besoin de ces services.
Bien qu’étant, en principe, des monopoles qui n’ont pas de concurrence à redouter, les Services publics ne peuvent pas atteindre l’équilibre comptable. Il faut que l’Etat vienne à leur secours. Cela - est particulièrement paradoxal pour la S.N.C.F. puisque l’Etat la soutient en même temps qu’il fournit une aide importante, sous différentes formes, aux concurrents du rail. Cela favorise en plus un gaspillage d’énergie.
Les sommes que les Services publics reçoivent de l’Etat s’inscrivent au budget de ce dernier, qui pourtant chaque année est déficitaire lui aussi. Pour ne pas trop alourdir ce déficit, l’Etat ne peut que temporiser, réduire le plus possible les subventions, retarder le paiement des factures qu’il reçoit, faire ralentir l’embauche de personnel, même indispensable, tergiverser sur les augmentations de salaires, les améliorations des conditions de travail, les velléités de modernisation du matériel.
C’est pourquoi l’Etat donne la priorité à l’embauche de personnel auxiliaire. Car les agents auxiliaires peuvent être licenciés sans indemnité, donc à bon compte, quand l’automatisation d’un secteur ou une réorganisation des méthodes de travail ne rend plus leur collaboration nécessaire.
Et c’est pourquoi aussi les Services publics se déchargent, quand ils le peuvent, de ceux de leurs secteurs qui leur paraissent trop lourds, en les confiant à des sous-traitants. Ces entreprises privées peuvent, elles, demander des prix rentables dont d’ailleurs elles restituent une partie à l’Etat sous forme de taxes et d’impôts. Nous ne devons donc pas être surpris de voir les Services publics faire l’objet de plus en plus de privatisations, c’est à-dire de les voir tomber aux mains d’entreprises privées.
Il existe pourtant un Service Public qui bénéficie en priorité et très rapidement de tous les perfectionnements modernes et qui, de plus, est entièrement gratuit : la Défense Nationale. En temps de paix comme en temps de guerre, le prix de revient de ses armements et de l’organisation militaire ne compte pas. Ils ne manquent jamais de crédits. Seul compte le but à atteindre  : la Sécurité Nationale. Le régime des comptes s’efface devant l’impératif de l’efficacité.
Ce Service Public est même tellement généreux qu’il peut faire des largesses qu’aucune entreprise privée ou publique ne peut se permettre. Par exemple celle qui consiste à ne jamais facturer à un aviateur qui a dû sauter en parachute le prix de l’avion qui s’est écrasé au sol. Comparez cela au sort du postier qui est responsable sur ses propres deniers de la moindre erreur de caisse.
Rappelons, il est vrai, en passant, que, par ses exportations d’armes, l’Etat encaisse des devises fort utiles, mais personne ne peut certifier que ces armes qui rapportent de l’argent - (l’argent n’a pas d’odeur) - ne serviront pas un jour à quelque pays pour s’opposer à nous avec nos propres armes.
La puissance d’un pays dépend essentiellement de la modernité et de l’organisation de sa défense nationale. Mais son degré de civilisation se mesure en partie à la qualité et à l’efficacité de ses Services Publics.
Si la gratuité est possible pour la défense nationale, pourquoi ne le serait-elle pas aussi pour les services rendus au public dans un pays civilisé ? Cela paraît utopique, puisque, même payants, les Services Publics sont en déficit. Pourtant la rationalisation et l’automatisation maximale permettraient de grandes économies sur la masse salariale distribuée.
Mais les syndicats de salariés s’opposeraient farouchement à la mise en chômage qui en serait la conséquence pour une partie importante du personnel des Services Publics, De même les syndicats se verraient obligés de s’opposer à la fermeture d’usines d’armements si, par miracle, les grands de ce monde devenaient raisonnables, se déclaraient mutuellement la Paix et convenaient du désarmement.
De plus la gratuité des Services Publics entraîneraient non seulement du chômage, mais encore, dans le cadre de notre régime des comptes, la croissance du déficit de l’Etat puisqu’une partie des ressources encaissées par les Services Publics aurait disparu.
Les Services Publics sont donc freinés dans leur développement parce que sur le plan comptable ils ne sont en mesure ni d’intégrer les progrès, ni de répondre aux besoins du public, ni d’accorder à leurs agents des satisfactions légitimes.
Donc, ce qui est possible pour la préparation à la guerre, ne peut se faire en temps de paix pour l’amélioration de la qualité de la vie.

II. Quelle solution ?

Toutes ces constatations nous amènent à nous poser la question de savoir si nous sommes obligatoirement liés à notre système financier qui, dans ses structures, est similaire dans les Etats dits capitalistes et dans les Etats dits socialistes, puisque tous deux exigent l’équilibre comptable. Notre système financier est-il une chose naturelle comme la pesanteur par exemple  ? Les hommes ont su vaincre la pesanteur. Seraient-ils incapables d’imaginer un système financier adapté aux possibilités exponentielles de la science ? Ne faut-il pas tenir compte, enfin, des bouleversements que l’avalanche des progrès techniques du 20e siècle a provoqués dans notre vieux système économique ?
Déjà, il y a plus de 40 ans, un ancien Secrétaire d’Etat aux Finances, constatant l’antinomie entre les progrès techniques et le système financier, avait posé la question  : « Nos institutions ont-elles été créées par la Providence pour avoir la durée du système solaire  ? ».
Il s’appelait Jacques DUBOIN et on le traitait d’utopiste en objectant que les progrès techniques créent globalement plus d’emplois qu’ils n’en suppriment dans certains secteurs. Ces objecteurs attardés, ignorants, aveugles ou irréalistes (il en existe toujours) prenaient leurs désirs pour des réalités. De là toute une politique de recyclage, de formation professionnelle permanente - qui n’a réussi que pour une minorité.
Car aujourd’hui il devient ridicule de s’accrocher encore à ces errements quand on sait par exemple que chaque année notre production augmente d’environ 3% tandis que le chômage progresse de 10 %, que les ordinateurs et l’informatique travaillent mieux et beaucoup plus vite que le cerveau des hommes les plus compétents.
Tant que nous n’envisagerons pas de sortir du cadre du système financier, qui comporte l’économie de marché capitaliste, aussi bien que l’économie de marché socialiste, avec leurs paradoxes, avec leurs goulots d’étranglement par les crédits, nous tournerons en rond et chercherons « l’impossible solution  ».
N’est-ce pas cette carence qui peut expliquer en grande partie les difficultés économiques, sociales et financières qu’éprouvent tous les pays quel que soit leur régime politique ?
Nos économies sont, en effet, basées sur la vieille sentence  : « A chacun selon son travail ». Mais cette formule est devenue caduque depuis que le chômage augmente en même temps et souvent plus vite que la production et que l’on freine même certaines productions, prétendûment excédentaires, à seule fin de maintenir des prix rentables.
Quand des mécanismes peuvent travailler mieux, à des cadences et pendant des durées qu’aucun homme ne pourrait supporter, la simple morale, la justice la plus élémentaire voudraient que ces hommes ne deviennent pas les victimes des progrès. Libérés de l’ancestrale obligation de gagner leur vie à la sueur de leur front, - les machines travaillant à leur place -, ils devraient, au contraire, devenir les premiers bénéficiaires, une sorte d’usufruitiers, de rentiers de la civilisation scientifique - au moyen d’un revenu social dont l’importance croîtrait avec la production disponible.
C’est à cette étude que Jacques DUBOIN s’est livré il y a plus de 40 ans. Il a montré les grandes lignes de ce qui pourrait être un ordre économique qui dégagerait toutes les entreprises du carcan de l’économie de marché et de ses contraintes financières, qui stimulerait le progrès sur tous les plans et qui éviterait grandement le problème des pollutions.
Faut-il supposer qu’une minorité puissante, à gauche comme à droite, croit avoir intérêt à faire le silence sur les démonstrations de Jacques DUBOIN et à favoriser plutôt des discussions sur le « sexe des anges  » ?
Faut-il admettre que nos concitoyens dans leur majorité ont abdiqué leur droit de penser par euxmêmes et qu’ils acceptent facilement les contre vérités quotidiennement diffusées ?
Si nous voulons sortir, autrement que par une guerre, du cercle vicieux où nous enferme notre économie de marché avec son système financier, ne convient-il pas de faire, pour une fois, comme l’a recommandé DESCARTES, table rase de tout ce que nous prenons pour des évidences et nous mettre nous-mêmes en doute ?
Dans ce cas nous devons nous poser tout d’abord deux questions : La première : estimons-nous que la vie dans une société avancée exige absolument le maintien d’une économie de marché bien qu’elle se révèle chaque jour dépassée et rétrograde malgré toutes les modifications qu’elle a connues ?
Si la réponse à cette question est négative nous devons nous demander si nous aurons le courage d’agir selon nos nouvelles conceptions, c’est-à-dire d’aider à l’avènement de ce qu’on appelle une Economie Distributive.
Les Services Publics prendraient alors une forme qui les rendraient capables, d’offrir vraiment le meilleur service au public.

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Lecture

« Les vrais maîtres du monde »

par H. MULLER
février 1980

L’ouvrage de GONZALEZ MATA bouscule tous les tabous de l’information. Prolongeant celui de Ch. LEVINSON (2) déjà étonnamment disert sur le dessous des cartes, il nous fait pénétrer dans le saint des saints du Pouvoir mondial : un monde tout autre que celui de ces deux cents familles, de ces « maîtres de la France » dont, peu d’années avant la seconde guerre mondiale, Augustin HAMON avait, au terme d’un travail de bénédictin, reconstitué l’architecture oligarchique.
Si les rejetons de l’oligarchie continuent d’occuper les allées du Pouvoir, les Multinationales ont fini par déloger celle-ci de la plupart de ses places fortes industrielles et bancaires.
De nos jours, le Pouvoir affecte une autre dimension. Il a changé d’échelle. Les vrais maîtres du monde, identifiés, retournés sur le gril par Gonzalez Mata, tiennent leurs assises au sein de la commission trilatérale et du club de Bilderberg, organismes paragouvernementaux regroupant, autour des dirigeants des multinationales, une pléiade de hauts fonctionnaires, ministres, chefs d’Etat, banquiers ainsi qu’un certain nombre de « personnalités-alibis  » : syndicalistes, journalistes, hommes politiques. Aux réunions participent une série d’« invités » choisis, nous dit l’auteur, en raison de leur anti-communisme viscéral et de leur philo-américanisme profond ». (4 )
Gonzalez Mata nous entraîne au pas de charge au coeur même de cette toute-puissance économique, principalement américaine, qui dirige la politique mondiale, fait et défait les gouvernements, fomente les coups d’Etat, semant la corruption et le scandale par C.I.A. et Maffia interposées, soudoyant la provocation, décidant de la paix et de la guerre.
Au sein de l’Organisation sont examinés les grands problèmes internationaux de l’heure. Les recommandations qui s’ensuivent se traduisent, au niveau des gouvernements, par des décisions conformes aux voeux des « trilatéraux » et des « Bilderberger’s  ». Ainsi fonctionne avec des fortunes diverses et quelques «  bavures » ce supergouvernement mondial qui inclut, en son sein, la plupart des responsables des principaux centres de décision gouvernementaux.
La politique et les affaires françaises ne sont pas absentes dans le récit coloré de Gonzalez Mata, témoin le chapitre titré « Objectif : De GAULLE ». Ainsi apprend-on que la candidature de Gaston DEFFERRE en 1965, soutenue par l’EXPRESS, n’était rien moins qu’une opération lancée par les « Bilderberger’s ».
On connaissait déjà la liste des 17 membres français de la Trilatérale (3). Gonzalez Mata nous révèle celle des « invités » admis à plusieurs réunions (4).
L’ouvrage dévoile encore de nombreux points inexpliqués ayant trait aux « affaires » de ces dernières années  : les affaires MATESA et jean De BROGLIE, la confession écrite par ALDO MORO, la personnalité à double face d’OSIPALD, agent fabriqué par la C.I.A. pour servir de bouc émissaire lors de l’assassinat de KENNEDY, ce même Oswald dont les indiscrétions calculées firent abattre les U 2 au dessus du territoire soviétique, marquant ainsi le point final à la conférence de Paris  : « Pour le lobby militaire et anti-soviétique, toute entente avec 1 ’Union soviétique se traduirait surtout par une chute de la tension internationale qui forcerait l’industrie militaire à réduire sa production (p. 295).
Quelques-uns des pots-de-vin versés par les multinationales ? (en millions de dollars) : 4,6 par l’ITT, 20 par la Loockeed, 12 par la Tenneco à des personnalités de 22 pays, 27 par Control Data à des f fonctionnaires, 2,7 par UPJOHN (produits pharmaceutiques) à des fonctionnaires de 22 pays, 45 par la Northtrop pour la vente d’avions F 5, 56 par EXXON, 13 par la Gulf Oil. Tous ces dossiers enterrés sans bruit. Et puis 138 milliards de lires versés par les compagnies pétrolières aux partis politiques non communistes italiens.
Les petites vieilles qui font les poubelles, les gagnepetit qui se battent pied à pied contre le fisc, les salariés auxquels on enlève 1 % de leur paie, seront réconfortés en apprenant qu’en 1974, en pleine crise pétrolière, la Chase Bank réalisait un bénéfice de 3 millions et demi de dollars... par semaine.

(1) De Luis Gonzalez MATA, aux Editions Grasset (1979).
(2) Vodka-Cola.
(3) Parmi lesquels des personnalités politiques telles : Raymond BARRE, Michel DEBATISSE, Michel CREPEAU, JeanPhilippe LECAT.
(4) Par exemple : Antoine PINAY, Guy MOLLET. Lionel STOLERU, Olivier GUICHARD, Jacques ATTALI, Pierre URI, Maurice FAURE, Jacques BAUMEL, F : Xavier ORTOLI, Pierre COT, Louis LEPRINCE-RINGUET, Maurice HERTZOG, Edgar
FAURE, Albin CHALANDON, Maurice FABRE, ARON, PLEVEN, PFIMLIN, etc...

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