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   Mensuel de réflexion socio-économique vers l’Économie Distributive
 
 
 
 
 
AED La Grande Relève Articles > N° 774 - janvier 1980

 

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N° 774 - janvier 1980

Les yeux fermés   (Afficher article seul)

Ils y viennent !   (Afficher article seul)

L’énergie des vagues   (Afficher article seul)

Comment faire évoluer les mentalités ?   (Afficher article seul)

Au fil des jours : Le prix du pétrole   (Afficher article seul)

Par delà les frontières   (Afficher article seul)

Du balai !...   (Afficher article seul)

Agriculture et économie distributive   (Afficher article seul)

L’administration est-elle intelligente ? - Oui !   (Afficher article seul)

Suis-je un anormal ?   (Afficher article seul)

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Editorial

Le journal « Le Monde » passe, aux yeux de beaucoup, pour un des quotidiens les plus « ouverts  » et des plus objectifs. Voici pourtant un article que ce journal a refusé parce que, dit son rédacteur en chef, : « Les hommes ne sont pas assez raisonnables » ! Comment le deviendront-ils si leurs journaux ne les y aident pas ? Heureusement que « La Grande Relève » est là...

Les yeux fermés

par F. LÉVY
janvier 1980

IL y a un demi-siècle, en 1929, le Président HOOVER, dans un message resté célèbre, assurait ses concitoyens de leur prospérité bien assise. Quelques mois plus tard la plus terrible crise économique terrassait les Etats-Unis et s’étendait au monde entier. Que s’était-il passé ? Le jour du crack pas un grain de blé n’avait disparu des silos, pas une brique des chantiers, pas une marchandise des magasins, pas une machine des usines, aucune crise sociale, aucun changement politique, aucune catastrophe n’étaient intervenus. Seules la Bourse et la spéculation avaient « provoqué » une crise de confiance des Américains envers eux-mêmes. Douze ans plus tard, il n’y avait plus 12 millions de chômeurs aux U.S.A., mais 12 millions d’hommes mobilisés pour la seconde guerre mondiale.

LA RICHESSE D’UNE NATION

« Le Monde » du 18 septembre a publié un article intitulé : « La guerre pour sortir de la crise  ? ». Que se passe-t-il ? Le blé pousse dans les champs, les machines tournent dans les usines (au tiers ou aux deux tiers de leurs possibilités). La crise sociale se concrétise principalement dans le chômage : pas un changement politique n’est intervenu depuis 20 ans, nulle catastrophe n’a touché notre pays. Simplement, la valeur de tout ce qui fait la richesse d’une nation est représentée par la monnaie, dont l’unité en France s’appelle le Franc. Cet étalon de valeur devrait, par définition. comme tout étalon de mesure, être invariable. Il ne l’est pas, car comme toutes les monnaies du monde qui se dit « libre », il est soumis à des variations constantes parce que sa valeur est « cotée  » sur les Bourses étrangères et parce qu’il est devenu « marchandise » : il s’achète et il se vend. On pourrait croire que ces monnaies, reflet de la richesse d’une nation, sont émises (donc garanties, authentifiées) suivant la « valeur globale » du produit national brut (PNB) de ladite nation. Non, elles sont basées sur la valeur d’un autre étalon, l’or, métal rare dont l’utilisation pratique s’est toujours réduite à la fabrication des bijoux, des broderies et des dents. C’est cependant le prix, à chaque heure différent, de ce métal qui - joint aux fluctuations susdites des monnaies - provoque ce qu’on appelle « la crise monétaire : on achète et on vend du papier imprimé appelé monnaie, laquelle est gagée (aimable fiction : allez donc à la Banque de France demander 100 francs d’or contre un billet de 100 francs !) sur un métal qui s’achète et se vend aussi et qui ne peut servir à rien. Et on veut nous persuader que le sort du monde dépend du cours du dollar et de la valeur de l’or... ce que nous acceptons, les yeux fermés.
D’autre part, comme on n’arrive pas à « vendre » la production de terres et de machines que l’effort des hommes rend toujours plus productrices (tout en diminuant la quantité de main-d’oeuvre nécessaire à leur exploitation) , on parle de surproduction (un quart de la planète meurt de faim et manque de tout) et de mévente. C’est « la crise économique  » qu’on subit comme telle, les yeux fermés.

LA LIBRE ENTREPRISE

Dans les pays industrialisés, le système économique en vigueur a pour base la libre entreprise, qui permet à n’importe qui de produire à sa guise n’importe quoi, n’importe comment, en n’importe quelle quantité, mais de telle sorte que les débouchés soient assurés par une vente nécessaire et pour un profit suffisant. D’où une publicité démesurée, des profits souvent importants pour les monopoles, et des faillites assurées. Le principe reste identique dans les relations entre nations qui doivent vendre à tout prix (c’est le cas de le dire) pour s’assurer, d’une part les bénéfices espérés des producteurs, mais aussi les devises nécessaires aux échanges. Il en résulte les effort pour vendre aux autres ce dont chacune regorge (Marché Commun, avec le conflit sur le vin, bientôt sur les fruits et légumes de l’Espagne, du Portugal, de la Grèce) ou ce qui se fabrique en vue de l’exportation (les armements étant notre base principale des échanges internationaux). Le commerce national et le commerce international out donc comme points communs la concurrence et la recherche de débouchés.
La concurrence n’existe pas en vue de mieux satisfaire les besoins. On n’a jamais demandé aux consommateurs d’exprimer leurs besoins, ce qui conduit, pour leur imposer les produits fabriqués, à la publicité susdite, et aussi à un gaspillage insensé  : des gadgets parfaitement inutiles inondent le marché, et on construit des variétés imbéciles d’une même gamme, d’automobiles par exemple. La concurrence condamne les plus faibles à la disparition, et les plus forts, malgré leurs concentrations, à la hantise du dumping grandissant du fait des faibles salaires du tiers-monde. La concurrence constitue le fondement même de la « libre entreprise », fille de l’économie de marché, mais impose toutes les contraintes, mères des conflits sociaux.
Dans la recherche des débouchés extérieurs, un décèle sans effort les relents de la politique de la canonnière (ex-colonies, puis Vietnam, Chili, Angola, etc.) et la guerre économique mondiale en cours est analysée par les meilleurs auteurs (1) .
Cependant, la concurrence entre les nations conduit à cette nécessité de l’expansion, de cette croissance constante, qui ne tiennent aucun compte des besoins : ici non plus on n’a jamais demande aux consommateurs ce qu’ils désirent. On produit et on fait tout pour vendre. Et comme on veut produire toujours plus, on a de plus en plus de mal à vendre. Et comme on investit toujours plus, on fabrique l’inflation qu’on veut combattre. Et comme la productivité améliore le rendement de la machine par rapport à celui de l’homme, on a le chômage, qu’on veut minimiser. Telle est la crise, créée de toutes pièces, les yeux fermés.

L’AUSTERITE

C’est alors qu’on nous parle d’austérité. On a trop de tout, mais on manque d’argent, d’argent que tout banquier produit d’un trait de plume, que tout spéculateur gagne d’un ordre en Bourse, qu’un cultivateur touche parce que le prix de la pomme de terre a baissé, qu’un industriel réclame parce que la concurrence étrangère est insupportable... On a trop de tout, alors on détruit la dite pomme de terre parce que l’abondance fait baisser son prix, on ralentit la production des machines parce que la rareté crée la « valeur marchande », mais on travaille 40 heures parce qu’à moins le salarié ne pourrait survivre, et qu’on préfère payer les chômeurs à ne rien faire. On préfère aussi payer des travailleurs pour payer des armes. C’est vrai qu’avec toutes les industries nécessaires à la guerre - du soulier du fantassin à la tête chercheuse des fusées - on peut craindre que 20 %, des travailleurs soient mis hors d’activité le jour où on désarmerait. C’est vrai aussi que les ventes d’armes procurent les « devises  » indispensables au commerce extérieur, tel qu’il est actuellement conçu, et à la « balance des paiements », exigence comptabiliste qui suffit à condamner ce régime économique. Mais on prône aussi, sans vergogne, le désarmement, tout en surarmant des gens qui n’ont d’autres ennemis que leurs gouvernements. Dans des pays qui ont vu naître Descartes, Shakespeare, Dante, Goethe ou Franklin, tels sont les faits ahurissants qu’on accepte, les yeux fermés.

L’ARGENT FAIT LOI

Les yeux fermés parce que l’argent donne, à ceux qui en ont, le pouvoir sur ceux qui n’en ont pas, parce que l’industrie et le commerce comme l’agriculture et la pêche ont comme moteur le profit, parce que la valeur des choses donne à leurs possédants le sentiment de la sécurité, parce que le mot «  charité » n’a pas encore cédé la place au terme « satisfaction des besoins », parce que les efforts de l’homme pour accroître les richesses sont contrecarrés par ses efforts pour conserver, par leur rareté, la valeur marchande de ces richesses, parce qu’on n’a pas encore conçu que l’achat et la vente pourraient s’effacer devant une juste répartition, parce qu’on entretient la folie de penser à une guerre entre nations à l’abri du besoin, en place d’un effort collectif et désintéressé pour mettre un terme à cette autre folie qu’est la faim dans les autres nations, parce qu’on ne sait plus que faire des biens de consommation mensongèrement qualifiés de surabondants. Alors on nous propose, les yeux fermés, l’austérité  ! Les yeux fermés, on invoque la récession...

Hypothèse de travail : éliminons la guerre. D’abord parce qu’on ne voit pas qui pourrait la faire, à qui, et pourquoi. Dans son livre VODKA- COLA, le syndicaliste international canadien LEVINSON démontre que les liens économiques établis entre les U.S.A. et l’U.R.S.S. sont si étroits et si nombreux qu’un échange de bombes ne peut remplacer « avantageusement  » ces échanges de marchandises et de services. Si donc les grandes puissances financières et industrielles n’ont pas intérêt à la guerre, peut-on imaginer que les dirigeants des nations, représentants avoués ou non des dites puissances, en déclencheraient une pour eux-mêmes ? Quant aux peuples qui ont faim, et qui n’auraient que ce moyen si continuait notre carence à leur égard, ils ne sont pas encore en état de faire la guerre.

LA SOLUTION

Pour sortir sans guerre de la crise, il semble judicieux d’en supprimer les causes. Puisque la monnaie est dangereuse parce qu’elle est instable et convertible (le sort du CHILI d’ALLENDE attend tout pays dont la politique déplairait à la Finance Internationale) pourquoi ne pas la remplacer par un étalon enfin stable - parce que basé sur la richesse de la nation - et réservé à la consommation intérieure, c’est-à-dire inattaquable sur les Bourses étrangères : sécurité et indépendance seraient ainsi assurées. Puisque l’argent thésaurisable est un moyen du pouvoir d’hommes sur d’autres hommes, pourquoi ne pas le remplacer par une monnaie de consommation ? Réservée à l’acquisition des biens produits, elle ne serait pas thésaurisable car elle n’aurait sa valeur que pendant un court laps de temps, et sur le seul marché intérieur. Le marché extérieur pourrait alors être assuré par le système de la « compensation » en usage constant dans les échanges Est-Ouest. Avec les producteurs de pétrole aussi cet échange de biens et de services remplacerait la dictature du dollar et entraînerait la disparition de cette mini- crise, providentiellement intervenue en 1973 pour permettre de « justifier » faussement la vraie crise, celle que nous tentons de démystifier.
Puisque la libre entreprise fait fi des besoins réels, pourquoi ne pas faire l’inventaire de ces besoins par des sortes de petits référendums locaux, à l’échelle de la commune ou du quartier ?

Ces besoins recensés et collationnés par les moyens puissants de l’informatique, pourquoi ne pas en confier la production aux organismes agricoles et industriels qui seraient assurés, en échange de ces produits, de la fourniture des matières premières et de la main-d’oeuvre nécessaires ? Puisque le chômage est irréversible, si l’on Veut bien utiliser à plein les machines pour diminuer la peine des hommes, pourquoi ne pas reconnaître que le plein-emploi est devenu un mythe (2) qui doit céder la place à un travail de bien plus courte durée, et qui ne serait plus la source de la vie ?
Pourquoi en effet, puisque l’angoisse du lendemain est la condamnation du salariat, puisque la concurrence et les « lois du marché  » menacent chaque jour chaque industriel et chaque commerçant, pourquoi ne pas remplacer les gains aléatoires des uns et des autres par une répartition des biens de la nation à tous ses citoyens ? Pourquoi ne pas leur assurer ainsi la sécurité de l’existence, tout au long de leur vie ?
Pourquoi revivre 1929 ? Les yeux fermés.

(1) Jacqueline GRAPIN et J.-B. PINATEL : « La guerre civile mondiale ».
(2) Simon NORA l’a démontré dans son rapport sur l’Informatique. Aux Etats-Unis, le professeur Richard BELLMAN, de l’Université de Californie. précise que « 2 % de la population suffiraient à produire tout ce qu’elle consomme aujourd’hui.

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Ils y viennent !

par G. STEYDLÉ
janvier 1980

Nous publions ci-dessous des extraits d’un rapport du Professeur JACOB remis au Président de la République sous le titre général de « Sciences de la Vie et Société ».

Le Monde (15 novembre 1979)

BIOLOGIE ET SOCIETE
II. - Droit à la santé et qualité de la vie

« ... La conjugaison d’une formule démographique profondément modifiée et de l’accroissement toujours constant de la productivité du travail ne risquerait pas seulement de rendre plus aigu le problème du « Troisième âge  ». Il obligerait surtout à répartir autrement les activités et responsabilités entre les différentes tranches d’âge. Peut-être conduirait-il même à considérer de manière nouvelle certaines relations, par exemple entre travail et loisirs, que notre société refuse de réexaminer malgré les progrès de la mécanisation et de l’automatisation. Ou encore certaines « vérités  » aussi profondément ancrées dans notre culture que la nécessité de travailler pour « gagner sa vie ».
... La quantité de travail industriel nécessaire tendra, semble-t-il, à demander moins de travail humain, moins d’intelligence et d’entreprise de la part des individus.
 » Si ce schéma doit se vérifier. on peut attendre une profonde refonte économique des systèmes occidentaux, ne serait-ce que par la nécessité de définir autrement l’allocation sociale des moyens de subsistance aux membres de la collectivité.
... » Qui sait si, quelques décennies après le changement qui s’amorce dans l’équilibre des âges, la Sécurité Sociale n’est pas destinée à se transformer en institution de complète prise en charge sociale de l’existence, de la naissance à la mort des individus ? (1).
Quelles seraient alors les contreparties de service social (1) et de formation humaine qui devraient être demandées aux individus, à la fois pour le bien de l’ensemble et pour conserver aux individus leur dignité humaine ?

... » C’est donc d’un remodelage de la vie sociale qu’il pourrait s’agir. »

François JACOB
Prix Nobel de Médecine
(signalé par R. Thuillier)

(1) C’est nous qui soulignons.

N.D.L.R. - Muni de ce long rapport dont nous n’avons publié que des extraits faute de place, le Président de la République va immédiatement demander à son Premier ministre d’avoir l’obligeance de bien vouloir étudier très sérieusement la mise en place rapide de l’Economie Distributive.

CHICHE !

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Science et technique :

Cet article fait suite à celui publié dans notre numéro 776 « L’énergie vient aussi de la mer ». Il fait partie d’une série consacrée aux diverses sources d`énergie actuellement à l’étude et destinée à montrer qu’il n’y a pas que le nucléaire avec ses dangers qui puisse prendre la relève du pétrole.

L’énergie des vagues

par M.-L. DUBOIN
janvier 1980

PLUSIEURS milliers de mégawatts par kilomètre carré, telle est la puissance théorique de la houle(*). Sur l’Atlantique Nord par exemple, un mètre de vague soulève une énergie de 90 kw, ce qui signifie qu’une bande de 10 km de long pourrait fournir autant d’énergie qu’une centrale nucléaire.
Comment capter cette énergie ? Plusieurs centaines de brevets ont déjà été déposés. Quelques- uns ont été utilisés jusqu’à des applications pratiques. Un livre a fait le point sur cette question : « Le nouvel homme et la mer » par Yves La Prairie. Il rappelle que des balises fonctionnent sur ce principe, ainsi qu’un phare dans la baie de Tokyo.

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Les recherches les plus récentes sont effectuées par les Anglais et les Japonais.
Le gouvernement anglais y a consacré un million de Livres Sterling en 1974, puis 2,5 millions en 1977, ce qui a permis d’aboutir à 4 grands projets.
Le premier est celui de S. Salter, de l’Université d’Edimbourg. Il consiste à placer, perpendiculairement au déplacement des vagues, des caissons flottants, arrimés au sol par l’intermédiaire d’une bouée, et susceptibles de tourner autour d’un axe horizontal. A chaque fois qu’une vague heurte un caisson, elle lui fait accomplir une rotation et celle-ci entraîne une pompe reliée à un générateur d’électricité. Le rendement en laboratoire atteint 66%. En mer, la liaison entre plusieurs caissons, disposés en batterie, pose encore des problèmes techniques.
Le second projet est celui de Sir Christopher Cockerell. Il remplace les caissons oscillants par des radeaux associés deux à deux pour alimenter une pompe laquelle est entraînée par leur mouvement relatif. Ce système a un rendement moins bon que le précédent mais coûte moins cher, si bien que son exploitation commerciale est en route. On prévoit que des radeaux de 50 mètres sur 100 pourraient fournir 2 mégawatts chacun. Pour produire 1 000 mégawatts il faudrait une surface maritime de 2,5 km2. Si cela paraît beaucoup il convient de rappeler qu’une centrale nucléaire occupe 2 km2... de surface terrestre.
Le kilowatt heure, avec ces techniques, aurait un prix de revient moyen, à mi-chemin entre le nucléaire et le thermique classique.
Le projet du National Engineering Laboratory de Glasgow est celui d’une colonne d’eau oscillante. Enfin, celui du laboratoire de recherches hydrauliques près d’Oxford, repose sur l’utilisation des variations de hauteur dues aux vagues, grâce à des réservoirs munis de clapets.

*

C’est l’équivalent de quelque 4 millions de nos francs que les Japonais ont consacré, et dès 1074, à leurs recherches sur l’exploitation de l’énergie, des vagues. Il est vrai que celle-ci atteint sur leurs côtes de 27 000 km, près de 400 000 mégawatts. Ils utilisent, pour absorber cette énergie, des pistons pneumatiques qui entraînent des turbines à air, productrices d’électricité. Un prototype de 500 tonnes vient d’être lancé récemment en mer. L’Agence de la Science et de la Technique prévoit une station au large de Tsuruoka en 1980.

*

Les inconvénients de ces projets sont, outre l’aspect peu esthétique de ces installations très étendues, le fait que le captage des vagues près des côtes diminue l’intensité des vagues de l’autre côté de l’installation et abaisse de quelques degrés la température de l’eau des plages avoisinantes.
La principale difficulté technique de tous ces projets provient de ce que la houle est si puissante qu’elle casse tout. Aucun matériel ne lui résiste longtemps. Il faut donc de gros investissements pour le renouveler.
Mais les recherches se poursuivent et les progrès feront baisser les coûts. Citons le Centre National d’Exploitation des Océans  : « Ainsi en 1973, un kilowatt produit par une centrale de la mer coûtait dix fois plus cher qu’un kilowatt issu d’une centrale à pétrole. Aujourd’hui il coûte deux fois plus cher  ».
Les avantages de cette source d’énergie sont énormes. Non seulement il s’agit d’énergie perpétuellement renouvelable, mais aussi d’énergie propre et sans danger pour l’homme. De plus sa pointe de production se situe en hiver, c’est-à-dire quand les besoins d’électricité sont les plus grands. Enfin la quantité d’énergie qu’on peut en attendre n’est pas dérisoire, les Anglais ou calculé qu’avec les projets qu’ils ont à l’étude ils pourront obtenir 750 mégawatts  !
Aucune recherche importante n’est entreprise en France dans ce domaine. Ce n’est pas seulement parce que la politique actuelle est au « tout nucléaire ». C’est aussi, sans doute, parce que nos côtes ne sont pas « à vagues fortes ». Le golfe de Gascogne ne fournirait que 30 kw par mètre.

(*) D’après A.-M. Lafaurie « les vagues, pétrole de l’An 2 000 ? »" publié par le magazine Industries et techniques, n° 388.

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Comment faire évoluer les mentalités ?

par D. LANDES
janvier 1980

J’AI été amené à écrire « La Société Amicaliste » pour répondre à cette question : « Les hommes étant sensibles aux inconvénients de la société où ils vivent, pourquoi n’en changent-ils pas ? ». Je crois avoir trouvé quelques réponses, mais, ultérieurement, mis en contact avec le groupe de l’ECONOMIE DISTRIBUTIVE, que je ne connaissais pas lorsque j’ai écrit, j’ai dû m’interroger à nouveau  : pourquoi la théorie géniale de Jacques Duboin a-t-elle eu si peu d’échos ?
Je comprends qu’elle soit repoussée par les hommes politiques et tous les privilégiés, mais les autres, cette grande majorité d’insatisfaits brandissant en permanence, symboliquement ou réellement des banderoles réclamant plus de liberté, de justice, d’égalité, ceux-là, comment réagissent-ils devant l’Economie distributive ? Par l’indifférence ou l’ironie  !!
On peut trouver et il existe, naturellement, de nombreuses explications, mais si l’on veut aller réellement jusqu’au plus profond des choses, j’ai bien peur que l’on ne découvre une raison fondamentale et bien désagréable : les hommes n’aiment pas l’égalité  !
Ce n’est pas un paradoxe : lorsqu’une classe sociale se bat contre les inégalités, elle cherche en fait à s’élever au niveau de ceux par qui elle est dominée, à l’arrière plan se profile le désir de renverser à son profit une situation dont elle souffre. Ce n’est pas une vue de l’esprit, toutes les révolutions le démontrent, et seule une toute petite minorité de doctrinaires purs y échappent en transposant leurs avantages sur un plan purement moral ou intellectuel.
Personne n’aime avouer, serait-ce à lui-même, qu’il est fabriqué avec un matériau à base d’orgueil, d’égoïsme et d’ambition, mais c’est un fait contrôlable par quiconque est capable d’une autoanalyse sérieuse. La recherche de l’égalité est inconsciemment ressentie comme la possibilité pour une personne supérieure, c’est-à-dire MOI, de donner la pleine mesure de ses possibilités, de supprimer les obstacles à son épanouissement. C’est une expression de ce que j’ai appelé le « Dynamisme possessif » et que l’on trouve à la base de tous nos comportements et à l’origine de tous les problèmes sociaux. (1)
Sous cet éclairage psychologique on aperçoit mieux pourquoi les foules n’ont pas réagi devant l’Economie distributive avec l’enthousiasme que cette doctrine mérite.
Elle donnerait à l’humanité un nouveau départ pour reconstruire la société sur une base d’égalité et de justice.
Elle mettrait fin rapidement au sentiment de pénurie qui bloque %0

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Nos gouvernants voudraient nous faire croire que, si tout va mal en France, c’est à cause du prix du pétrole.
Nous allons donc nous aussi vous parler du pétrole.

Au fil des jours : Le prix du pétrole

par J.-P. MON
janvier 1980

« Sur la base 100 en 1974, le coût de la tonne de pétrole importée, vendue en France, fixée en Francs constants, est passé de l’indice 98 en 1976 à l’indice 85 en 1978 (soit une diminution de plus de 13 %) et restait à l’indice 94 en avril 1979. »
C’est ce que déclarait M. Chirac lors de la discussion budgétaire à l’Assemblée Nationale. Apparemment il n’a pas été démenti...

*

En 1975 et 1976 les taxes prelevées par l’Etat sur l’essence et le super étaient respectivement de 56 et de 55 %. En 1977 elles étaient passées à 61 et 60  %. Ce qui montre bien qu’il n’y a pas que les producteurs de pétrole qui augmentent leurs prix.

*

Entre l’Etat et les producteurs il y a aussi les compagnies pétrolières qui se sucrent : pour le premier semestre 1979, le bénéfice net de la Compagnie Française des Pétroles s’élève à 2,2 milliards de francs (nouveaux, bien sûr) alors qu’il n’avait été que de 309 millions pour la même période de 1978. Et ce bilan ne tient pas compte de tout ce qui a été stocké.

*

C’est à peu près partout la même chose dans le monde occidental : au moment où l’Américain moyen s’aperçoit que le prix du fuel domestique vient de subir une forte hausse par rapport à l’an dernier, les grandes compagnies pétrolières américaines (les majors, comme on les appelle) annoncent des profits énormes. Entre juillet et septembre 1979 les profits réalisés par Exxon sont en hausse de 118 % sur le trimestre correspondant de 1978 ; ils sont de 131 % pour Mobil, de 158 %, pour Texaco, de 191 % pour Standard Oil of Ohio et de 97% pour Gulf Oil. Le président de cette dernière compagnie a, sans pudeur, déclaré à la télévision américaine que ces profits sont « une bonne nouvelle pour tout le pays ».
Malgré cela le Président Carter a beaucoup de mal à faire accepter par le Congrès son projet de taxation des superprofits des compagnies pétrolières. Ce qui montre bien leur puissance.

*

Toujours aux Etats-Unis, selon le « Wall Street Journal », un rapport confidentiel préparé par M.  A. Kahn, conseiller de Carter sur les problèmes de l’inflation, conclut à la responsabilité d’une « poignée de compagnies pétrolières » dans la hausse importante des prix intérieurs des produits pétroliers. Selon ce rapport, les « majors » poussent les prix pétroliers vers le haut en exerçant une forte pression sur le marché mondial.

*

Les pays exportateurs de pétrole font d’ailleurs la même, analyse : ils se plaignent des bénéfices abusifs des compagnies pétrolières et y trouvent la justification à de nouvelles hausses des prix du brut. En tournée dans le Golfe Persique, le ministre vénézuélien du pétrole a déclaré que la prochaine réunion de l’O.P.E.P. « fixera le pourcentage de la hausse des prix et étudiera le moyen de mettre un terme aux abus des sociétés intermédiaires qui spéculent sur la vente du pétrole ». il a ajouté  : « Ces sociétés réalisent des bénéfices fabuleux en achetant le pétrole à bas prix aux pays, producteurs pour le revendre au double, voire au triple de son prix. »

*

Au fait, ne plaignons pas trop, quand même, le consommateur américain : il ne paie son super qu’environ un franc le litre.

*

Pour payer notre facture pétrolière le Président de la République et ses ministres nous exhortent à développer nos exportations. Ce que nous réussissons assez bien puisque le « Rapport des Comptes de la Nation » pour 1978 montre que la balance commerciale est équilibrée et même en léger excédent (357 milliards de francs à l’ exportation contre 355 milliards à l’importation). Il semble qu’il en sera à peu près de même en 1979. Dans ces conditions, comme le fait remarquer L. Lammers dans «  Energies » (23-11-79)) , « Il est faux de continuer à affirmer que la crise ou le stop à la croissance se trouvent dans l’augmentation des prix d’importation puisque la balance commerciale est équilibrée depuis 1975. Ce qui est vrai, en revanche, c’est que les privilèges accordés à l’exportation pour obtenir cet équilibre sont exorbitants du droit commun économique, et surtout représentent probablement aujourd’hui la source principale de l’inflation. Cela pour trois raisons essentielles : en créant de la monnaie de financement, en favorisant la montée des taux d’intérêt, en réduisant l’offre interne (...) Pour toutes ces raisons, l’exportation dont l’obligation ne saurait certes être contestée, ne doit pas pour autant se transformer en mythe national auquel tout est sacrifié. »

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Étranger

Par delà les frontières

par P. SIMON
janvier 1980

IL faut le reconnaître, la pollution existe depuis bien longtemps, sans doute depuis que !a vie organisée existe. Par ses activités quotidiennes naturelles l’homme rejette des produits ou sousproduits, déchets alimentaires, ou autres. Il en est de même des animaux. Mais on peut penser que le système écologique s’en accommode plus ou moins. Les poissons, par exemple, vivent dans un milieu qui leur est encore plus ou moins propre (sans mauvais jeu de mots) et subsistent. Le mal est venu de l’accroissement fantastique de la population humaine et animale (par l’intermédiaire de l’élevage) et du danger que des milliards d’individus font courir à un système qui n’a sans doute pas été prévu pour résister au choc.
Le deuxième facteur de pollution est, bien sur, la production industrielle et les quantités fabuleuses de produits toxiques pour les hommes et pour la nature qu’elle met en circulation, soit pour être utilisés et engendrer encore davantage de pollution, soit sous forme de déchets. On a pu croire que le phénomène avait des effets limités dans l’espace et que les émissions dangereuses de telle ou telle usine ne faisaient sentir leurs effets que dans un certain rayon autour de la source. Ainsi, on pouvait se rassurer égoïstement, en pensant que le pollueur faisait aussi sans doute son propre malheur si bien que les pays ou les régions qui prenaient soin de s’entourer de précautions suffisantes pour restreindre ou limiter la pollution sur leur territoire couraient un moindre risque et n’en faisaient en tout cas pas courir aux autres.
Piètre consolation, sans doute, mais on ne peut résoudre tous les problèmes au mieux. Des nouvelles plus inquiétantes, malheureusement, nous parviennent. Elles montrent clairement, en effet, que, comme tant d’autres produits de notre activité économique et industrielle, la pollution s’exporte. Mais là, pas de bulletins officiels triomphants, pas de graphiques flatteurs ni de statistiques grisantes. Cette exportation se fait sournoisement, et si jamais l’importateur la constate et se plaint, on se garde bien de revendiquer la paternité de toutes ces cochonneries.
On sait, depuis longtemps, que les fleuves véhiculent des tonnes de produits toxiques et de poissons morts. Les villes baignées par le Rhin en aval de la Rhur en savent quelque chose. Or, voilà qu’on parle à nouveau de la Rhur, mais cette fois, pas en Hollande. Les inquiétudes viennent de beaucoup plus loin, très exactement de l’Alaska. Du moins, ce sont les Américains qui le prétendent. Ils ont trouvé, dans la brume qui, chaque printemps, recouvre l’océan Arctique au nord de l’Alaska des particules comme on en trouve dans un air urbain pollué ainsi que de faibles quantités de métaux lourds provenant de la combustion de fuels industriels lourds. Emportées par les vents, ces substances auraient donc parcouru environ 10 000 kilomètres. On n’est donc en sécurité nulle part. Qu’elles aient voyagé aussi loin n’est pas si surprenant que cela puisque l’on a bien recueilli en Floride et au Mexique des poussières fines de sable saharien soulevées par des tempêtes.
Pour réduire la pollution au sol, on e cru bien faire en construisant des cheminées d’usine de plus en plus hautes. Certaines mesurent plus de 250 mètres, ce qui n’est pas rien. Hélas, en agissant ainsi on ne fait que déplacer le problème et permettre aux Norvégiens, par exemple, de profiter de la pollution créée par les industries anglaises. Même les filtres qu’on a installés au sommet de telles cheminées ne font qu’aggraver le problème. lis ne retiennent, en effet, que les particules les plus grosses et laissent passer les plus fines, généralement acides, qui sont en même temps les plus mobiles du fait de leur taille. C’est ainsi que, en quelques années, le degré d’acidité de la pluie dans certaines régions du Canada et de la Scandinavie, a doublé.
D’autre part, les craintes soulevées par les effets possibles des gaz qu’on utilise dans les « bombes » à insecticide, à nettoyer les vitres, etc., sur les couches supérieures de l’atmosphère font s’attendre à voir augmenter le nombre des cancers de la peau. Or, si les « bombes » ne se vendent que dans les pays industrialisés, leurs effets se feront sentir partout.
Quand les pays industrialisés polluent, tout le monde trinque. Or, malgré la crise économique qui entraîne un certain ralentissement de l’activité industrielle ils continuent à polluer, peut-être de plus en plus, et, tous les jours, de nouvelles activités dangereuses pour l’humanité démarrent dans un coin du globe. La course à la production et à l’exportation, sans doute nécessaire pour survivre, ne peut qu’accélérer le phénomène. Une seule solution, rationnaliser tout cela pour réduire la pollution inévitable au strict minimum, et ne pas nuire à soi-même ni à son voisin. Seule l’Economie Distributive peut permettre ce progrès décisif.

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Soit dit en passant :

Du balai !...

par G. LAFONT
janvier 1980

La Troisième, vous l’avez connue ? La Troisième République, je veux dire. Si vous ne l’avez pas connue vous ne perdez rien, maïs vous en avez peut-être entendu parler. Oui, celle de Panama, de l’emprunt Russe, des bons de Bayonne, de Stavisky, et j’en passe. Celle qui accouchait à la sauvette en 1940 sur la route de Bordeaux, un peu encombrée à l’époque, pour donner le jour à l’Etat Français (Travail-Famille-Patrie) , un prématuré dans un triste état, qui devait céder la place à la IVe, puis à la Ve dite rénovée. Vous y êtes ?... La pourrie, quoi ! Eh bien, on va finir par la regretter, la IIIe.
Parce que, rénovée ou pas, notre Marianne n° V, cette fille à soldats, qui vient de fêter en famille, mais dans  !a plus stricte intimité, ses 21 carats - oh ! pardon ! - n’est pas belle à voir en ce moment. Elle file un mauvais coton.
Qu’est-ce qui ne va pas ? Ce n’est pas la ménopause. A 21 ans, pensez. Ni le surmenage. Ce ne sont pas les mauvaises fréquentations non plus. Rien que du beau monde dans son entourage. Du général deux étoiles, du gentilhomme avec particule, de l’académicien en état de marche, de l’économiste libéral avancé présenté par parents. Pas de nanas en blue jean, ni de traîne-basket aux cheveux longs. Alors ? La pilule ? même pas. On s’y perd.
On voyait bien qu’elle se laissait aller depuis quelque temps, que le ménage n’était pas fait tous les jours, qu’elle se dévergondait, mais on fermait les yeux. On avait oublié (les Français ont la mémoire courte comme disait l’autre - qui donc, au fait ?) les scandales dont elle restait éclaboussée avec ses petits amis, ses gros protecteurs ou ses Jules.
Qui se souvenait du scandale de La Villette ? Une centaine de milliards anciens engloutis, mais pas perdus pour tout le monde, dans la construction d’abattoirs ultra modernes, si perfectionnés qu’ils n’ont jamais pu être utilisés, et qui attendent que l’on trouve dans la poche des contribuables une autre centaine de milliards pour les démolir.
Et le scandale du téléphone dénoncé par l’inspecteur général Jannès ? Et celui de la Garantie Foncière ? Et les autres, les affaires Aranda, Rives Henri, de Broglie qui dorment dans les tiroirs sous plusieurs tonnes de dossiers poussiéreux ?
Fallait bien en finir. On n’allait pas en parler toute la vie.
Et voilà qu’une banale, histoire de diamants, offerts par M.  Bokassa (empereur de Centrafrique par la grâce de Dieu et de Giscard d’Estaing, actuellement en disponibilité) à son «  parent », suivie du dramatique suicide d’un ministre impliqué dans une non moins banale histoire de transactions immobilières, éclatant comme deux gros pétards sur le perron de l’Elysée, vient brusquement réveiller les Français assoupis devant leur télé.
C’est malin. Juste au moment où, même si le train ne roulait pas sur les rails, on commençait à voir le bout du tunnel.
Je veux croire, pour leur excuse, que le volatile mal enchainé qui a lancé le premier pétard et les autres journaux qui ont fait état de rumeurs qui circulaient déjà dans les salles de rédaction, n’ont pas mesuré toutes les conséquences de ce qui ne pouvait être qu’un canular. On y a cru. Même R. Barre qui en a fait une dépression. Il n’en fallait pas plus pour que la Bourse dégringole et que trois années de redressement en soient compromises.
La vérité c’est qu’il n’y a pas eu scandale, mais simple échange de bons procédés entre gens du monde qui ont bien le droit de se faire des cadeaux pour entretenir l’amitié et relancer les affaires.
En attendant, nous revoilà tous dans le beau merdier d’où l’on essayait avec tant de mal de nous sortir. Allons, messieurs, pas de vagues. Le moment serait mal choisi. Je sais, en 1934 on a failli faire une révolution pour moins que çà. Mais ce n’est pas en faisant tomber, fût-ce symboliquement, quelques têtes que l’on n’a déjà que trop vues, c’est vrai, ni par une révolution réalisée dans la confusion et le mensonge, pas plus qu’en changeant le numéro de la République, que l’on pourra changer des truands en petits saints et réaliser la justice sociale que tous les programmes électoraux nous promettent pour l’an 2 000 ou pour la saint Glin-Glin.
La IIIe République était pourrie. La Ve est en pleine décomposition. C’est le système économique qu’il faut changer. Ce système, dont la seule loi est celle du profit, ne peut qu’engendrer le désordre et la corruption. Nous le voyons une fois de plus aujourd’hui. C’est lui qu’il faut abattre. Pour lui substituer le Socialisme de l’Abondance Seule l’Economie Distributive peut prétendre réaliser ce rêve, ou cette utopie, qui sera, qu’on le veuille ou pas, la réalité du troisième millénaire.
Oui, elle a une drôle de tronche notre République.
Mais ce sont les Français qui ont bonne mine.
Alors, vite... du balai !...

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Questions agricoles :

Agriculture et économie distributive

par J. MESTRALLET
janvier 1980

M.-L. Duboin me communique l’extrait d’une lettre, auquel je vais m’efforcer de répondre. Un Lecteur de Champagne-sur-Seine écrit :
« J’appartiens à un monde agricole, petit producteur de fruits et légumes, où la lutte avec la nature est constante (maladies, insectes, pluie, sécheresse, etc...) , ceci nous retirant parfois le repos dominical. En somme, la lutte continuelle. Je ne pose pas la question en matière de culture intensive où seul le mot « rentabilité » intervient, en dépit de toute qualité, mais d’une culture qu’on pourrait appeler biologique, où l’on retrouve la qualité d’antan. Et à ce sujet, j’aimerais avoir l’avis de certains camarades abondancistes : l’agriculture n’est pas l’industrie - nous l’avons vu en Russie - et je crains que dans ce domaine à échéance nous nous trouvions aux prises avec de nombreuses difficultés qui seraient de nature à modification dans le système abondanciste. Agriculture et industrie sont, hélas ! très différentes et exigeront une longue adaptation. J’aimerais qu’à ce sujet un dialogue s’instaure ».

Oui, vous avez bien raison, cher camarade, et j’attends d’autres lettres d’agriculteurs pour qu’ils nous fassent connaître leur métier. J’en attends aussi de lecteurs ouvriers, car je n’aime pas parler de ces problèmes en l’air.
Vos propos surprendront beaucoup des nôtres, qui pensaient que le progrès technique avait davantage amélioré la vie à la campagne. C’est sans doute vrai sur quelques points  : pour les machines à traire par exemple, qui suppriment une véritable corvée, pour quelques appareils ménagers qui aident la fermière souvent plus surmenée qu’on ne l’imagine. Et évidemment, les machines agricoles permettent à un seul homme de faire beaucoup plus de travail qu’autrefois. En matière de productivité, il y a incontestablement progrès.
Mais pour l’agriculture ? Là, c’est une autre histoire. Les grands céréaliers de la région parisienne qui ont abandonné l’élevage et prennent des vacances ont certainement amélioré leur sort : leurs grosses machines travaillent des centaines d’hectares avec un personnel réduit. Le prix garanti du blé, qui permet tout juste au petit exploitant de survivre, leur assure une rente de productivité confortable, grâce à un prix de revient beaucoup plus bas.
Mais pour l’exploitant qui a gardé son bétail, surtout s’il s’agit d’élevage laitier. il faut être là en permanence. Signalons toutefois qu’un service de remplacement fonctionne dans certaines régions, en particulier dans la Loire, service organisé par les agriculteurs eux-mêmes.
Il n’en reste pas moins que, pour nombre d’exploitants, les horaires d’autrefois existent toujours : en pleine saison, de 3 heures du matin à 10 heures du soir, en hiver, de 5 heures à 20 heures.

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L’administration est-elle intelligente ? - Oui !

par H. de JOYEUSE
janvier 1980

Hilarius, une fois de plus, urbi et orbite (céleste) prouve ce qu’il peut ! Hilarius vient d’être mis à la retraite par une Administration consciente de ce qu’il a suffisamment parcouru ses couloirs, sans buts précis ou avouables ; d’autant qu’il ne sait pas même faire du tricot derrière sa Japy, comme ses consoeurs. Bref, retraité, Hilarius a droit à une carte de « Retraité ».
Une carte qui, certes, ne donne droit à rien du tout, mais lui permettrait de se faire reconnaître par les nombreux nouveaux collègues qui l’ont remplacé (cinq gaillards). Son chef bien aimé aurait pu la lui remettre au cours de l’hilarante cérémonie des adieux, où chacun a pu librement exprimer le contraire de ce qu’il pensait.
Ou, encore, ce petit bristol aurait pu être joint automatiquement à l’envoi du titre de pension. Et que non ! Hilarius a donc rédigé une demande en triple exemplaire dans laquelle " il sollicite la délivrance de sa cartoline". La demande, parcourant 25 km en 5 mois, est parvenue au Préfet départemental, lequel, 15 jours après, a demandé, par le canal de la Direction Régionale, au Commissariat du lieu, de convoquer l’individu afin de lui demander s’il gagnait de l’argent... après sa radiation des cadres. C’est l’élégante formule pour « mise à la retraite ».
Hilarius, bête mais discipliné, a fait le trajet (8 km), a répondu " non, des clous " Réponse enregistrée par P.-V. en 7 exemplaires et retournée au Préfet.
Avec la sagesse socratique qui l’a caractérisé, durant cette période, Hilarius attend la suite dont il vous fera part. Il espère apercevoir son petit bout de carton avant que ne se réalise la vente du premier Concorde à une Compagnie étrangère. (C’est pas demain la veille !).
Affaire palpitante qui n’apparaît stupide qu’aux primesautiers, car Hilarius , avec elle, que l’Administration qui, verbalement, ne cesse de simplifier ses formalités, concrètement fait lé contraire, en contribuant heureusement à la lutte contre le chômage. -Suivez la carte et comptez : un fonctionnaire pour prendre la requête, un autre pour !’enregistrer (2), un chef pour vérifier (3), un préposé pour acheminer vers le Préfet (4), un pour enregistrer le courrier à l’arrivée (5), un pour voir de quoi il retourne (6), un pour prendre l’initiative d’envoi au Service (7), même mécanisme (10) à ce stade pour expédier au Commissariat. D’où se déroule, maintenant en sens inverse, la même marche serpentaire. Total une vingtaine d’inactifs fonctionnaires utilisés, très intelligemment pour accoucher, non plus d’une cocotte en papier, mais d’un rectangle de carton !
Comment oser dire que l’Administration ne serait pas intelligente après une démonstration aussi magistrale ? D’autant que l’opération se répète des milliers de fois, multipliant les emplois ainsi rendus indispensables.
Vive l’Administration française intelligente, purée !

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TRIBUNE LIBRE

Réponse à J. Bourdette

Suis-je un anormal ?

par L. BAREL
janvier 1980

JE suppose, cher lecteur, (mais peut-être me trompé-je ?) que la réponse faite par M.-L. Duboin à l’encontre de votre exposé, paru dans « La Grande Relève  » n° 771, ne vous aie pas pleinement convaincu, comme ne vous convaincra pas davantage ma petite intervention. Vous demeureriez dans la conviction qu’il faut une motivation sous forme d’argent pour faire agir les hommes et que les responsabilités, ou les travaux nobles, se monnayent d’autant plus vite qu’ils sont plus méritoires. L’accomplissement réussi de ses actes n’apporterait pas à l’homme une satisfaction suffisante en soi l’incitant à continuer d’agir, et il se laisserait bientôt dépérir.
Mais, pourquoi donc ? J’ai personnellement eu la chance professionnelle d’assumer des responsabilités et, aussi, d’effectuer des travaux de création. Me prendrez-vous pour un hâbleur si je dis n’avoir jamais ressenti le besoin, ou l’obsession, d’être plus considéré ou mieux payé que les collègues assurant des tâches que l’on ose encore qualifier de subalternes  ? Au contraire ! Je me suis estimé privilégié du fait que je me trouvais souvent passionné par ce que je devais accomplir. Les difficultés à résoudre, les noeuds à délier, les projets à établir me permettaient de rendre effectives les possibilités de mon intellect et cela me donnait entière satisfaction.
Serais-je un cas anormal ?
A ce compte, Pasteur, Pierre et Marie Curie faisaient partie des anormaux, l’argent restant loin de leurs objectifs premiers. Et on en compte des milliers d’autres qui sont ainsi fabriqués. Ne voyons-nous pas autour de nous des personnes s’occupant bénévolement d’oeuvres ou d’organisations charitables, de comités d’entraide ou de fêtes, de groupes d’idées... ?
Beaucoup de gens ont une approche des choses semblable à la vôtre, cela à cause du contexte où évolue le monde du travail, sans espoir et moralement mort, trimant aveuglément sans but personne ! si ce n’est pour enrichir le patronat. La seule petite satisfaction à atteindre pour le salarie reste celle d’obtenir une augmentation. Que discerne-t-on au bout du travail sinon la crainte du chômage, de la répression ou de la guerre ? Aucun idéal ne peut exister. Tout, dans notre monde, est inlassablement monnayé. On peut dire : « la monnaie ou la vie ». Pas de monnaie, pas de vie. Pourtant cela n’est pas inscrit dans les lois de la Nature Ce n’est devenu « vrai » que pour le genre humain, et voilà une discrimination entre l’animal et l’homme. Est-ce bien là une supériorité de ce dernier ? Pas sûr. Voyez où nous mène actuellement la monnaie à travers le monde : inutile de faire un dessin !
La pensée se nourrit uniquement d’éléments fournis par le milieu ambiant. Vous êtes né dans la société de l’argent, vous pensez donc en termes de capitalisme à votre corps défendant, même si vous le désapprouvez. Il est indubitable que si vous étiez né aborigène d’Australie vous penseriez exactement comme un aborigène d’Australie. Si, par contre, vous étiez né dans une société distributive où le facteur « intérêt pécuniaire  » n’existait pas, vous n’y penseriez pas et ne pourriez même pas l’imaginer.
Il est indéniable que l’abondance inouïe appelle à la mise en place de l’économie distributive. Ce sera elle, ou la catastrophe mondiale. Cette dernière serait un immense malheur qui ferait de la France ce que nous voyons du Cambodge à la télévision, car les deux Grands feraient de l’Europe leur champ de bataille, et quel champ de bataille !
Il ne faut pas l’oublier, le service social « obligé » en économie distributive se réduirait à fort peu de temps, trois à quatre heures par semaine. Et pourquoi ne serait-il pas équitablement réparti pendant une période raisonnable  ? Les troufions n’ont-ils pas aidé au décrassage des plages polluées de pétrole ? Et pour quel salaire ?
Il se trouve, effectivement, qu’un petit pourcentage d’humains possèdent une tendance marquée à la perversité : ceux qui, dans la jungle, ont brutalement entrepris les invasions, les pillages, mis main basse sur les avoirs des autres, inventé l’esclavage, les guerres, le code civil, les finances pour leur seul profit... Il ne faudrait donc pas que l’économie distributive, humaniste à cent pour cent, exact contraire de la barbarie, verse dans les mêmes erreurs en laissant subsister des failles dans lesquelles les pervers ne manqueraient pas de s’infiltrer. Ils installeraient vite de nouveaux privilèges monétaires qui déséquilibreraient la société. Ces failles latentes se nomment déjà , « état transitoire » et « monnayage des responsabilités  ».

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