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   Mensuel de réflexion socio-économique vers l’Économie Distributive
 
 
 
 
 
AED La Grande Relève Articles > N° 762 - décembre 1978

 

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N° 762 - décembre 1978

L’enseignement a bon dos !   (Afficher article seul)

Hitler, économiste distingué, fait école   (Afficher article seul)

En relisant Jacques Duboin   (Afficher article seul)

De la propriété   (Afficher article seul)

Popeye au pouvoir   (Afficher article seul)

Au fil des jours   (Afficher article seul)

Ils y viennent !   (Afficher article seul)

Histoire des socialismes   (Afficher article seul)

Si seulement...   (Afficher article seul)

Les mains sales   (Afficher article seul)

Lettre à M. Tindemans, Premier ministre de Belgique   (Afficher article seul)

Elle flotte.., mais sombre bien   (Afficher article seul)

Le club des riches   (Afficher article seul)

« Obligations administratives »... ou bureaucratie exagérée ?   (Afficher article seul)

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L’enseignement a bon dos !

par M.-L. DUBOIN
décembre 1978

LA photo reproduite ci-dessus, en couverture, est celle d’un portique élévateur pneumatique sur rail. Quatre élévateurs semblables à celui-ci et trois autres flottants ont été récemment mis en service à Rotterdam. Chacun de ces élévateurs a un débit d’environ 1 000 tonnes à l’heure. Ainsi pour décharger une cargaison de 40 000 tonnes de céréales, prise à titre d’exemple, il faut, d’après la revue «  Industrie et Technique », seize heures de travail, à raison de DEUX ouvriers par élévateur. Pour imaginer ce que cela représente, sachez qu’une telle cargaison, transportée en wagons, formerait un train de 20 kilomètres de long !
Et on s’étonne qu’il y ait croissance du chômage ?
Celui-ci a atteint son record : 1 300 000 chômeurs recensés en France, près de 17 millions pour l’ensemble de la zone O.C.D.E. La plus forte croissance est enregistrée au Canada, en Finlande, en Espagne et en Italie. Et même les pays comme le Japon, la Suède et la Norvège dont le taux est faible, ont vu ce taux augmenter ces dernières années. Il y a donc bien lieu de reconnaître qu’il ne s’agit pas, pour la France, en particulier, d’un accident que notre barreur saura vite réparer grâce à notre courage et à notre abnégation, mais bien, comme nous ne cessons de l’annoncer, d’un chômage structurel. Il résulte de l’évolution des moyens de production et il touche tout le secteur de l’entretien de la vie matérielle (1) . Les moyens modernes permettent d’assurer cette vie, à condition de s’organiser pour utiliser au maximum les machines et leurs automatismes les plus récents, ce qui implique un autre système de gestion des biens.
Les moyens le permettent, mais les hommes s’opposent, consciemment ou non, à cette possibilité. D’abord parce que beaucoup d’entre eux sont incapables de revenir sur une idée bien enracinée qui fit d’eux des esclaves : « honte à celui qui ne travaille pas »... (sauf s’il a hérité d’un capital bien géré par d’autres !). Ensuite parce que, remettre en cause le principe que tout salaire nécessite sa peine, oblige à remettre aussi en question la règle du jeu capitaliste : distribuer une monnaie gagée sur la production et destinée à permettre à tous d’en profiter dès lors qu’elle existe, c’est enlever à l’argent son rôle sacré. IMPOSSIBLE !
Pourtant, comme il est beau le rôle qu’a joué dans ce système la loi si âprement défendue du marché : P.-N. Armand nous révèle, références à l’appui, le commerce de cadavres de bébés (2) ;
H. de Joyeuse a constaté que des menaces de mort sont proférées envers quiconque oserait pénétrer, sauf pour acheter, dans un parc de voitures d’occasion (3) ; R. Roche a vu des communistes convaincus oublier tout idéal dès lors qu’ils ont eu accès à une « classe supérieure » de capitalistes (4) . Marcel Dubois analyse parfaitement (5) cette dégradation de la personne humaine dont le mercantilisme de notre société est responsable. On pourrait indéfiniment en donner d’autres exemples : je lisais récemment un article de la revue de la Société Française d’économie rurale dans laquelle F. Clerc analysait les conséquences possibles de l’entrée de trois pays méditerranéens dans le Marché Commun. Pas une fois n’apparaît l’ombre d’un souci de progrès pour le consommateur. La pire des craintes est une baisse des prix de certains produits. On pourrait pourtant espérer qu’au XXe siècle, l’Europe soit capable de se concerter pour mieux organiser sa production ; qu’elle planifie pour produire en s’adaptant aux conditions géographiques : tel pays, en raison des qualités de son sol et de son climat fournira primeurs ou raisin, tel autre cultivera endives, betteraves ou céréales. Mais non, c’est toujours le profit qui fait la loi et on continuera à faire pousser à l’eau chaude des tomates sans goût en Hollande !
Allons, rassurons-nous, France-Soir a trouvé les responsables de la « crise » et nous allons donc être sauvés de la « catastrophe chômage ». Un éditorial fracassant (6) démontre que la faute incombe à notre système d’enseignement. Il paraît que nous devrions former beaucoup moins de
têtes bien faites » mais beaucoup plus de techniciens immédiatement « rentables »... pour l’industrie. Autrement dit, il faut apprendre très tôt aux jeunes un métier donné et un seul, une technique et un savoir-faire en vigueur et adaptés aux appareils qui existent. Et si demain leur outil et leur savoir-faire sont démodés, ce qui est inévitable et tout le monde devrait le savoir, tant pis pour eux ?
Qu’en pensent aujourd’hui les mineurs qui n’ont connu que la mine ? Qu’en pensent les licenciés de plus de trente ans qui ont tant de peine à se « recycler » ?
Au moment où s’ouvre enfin l’ère des loisirs !


(1) « Quel chômage, quel plein emploi ? ». G.R. n°  761.
(2) « Hitler, économiste distingué, fait école  », p. 3.
(3) « Avis, danger de mort... », p. 3.
(4) « De la propriété », p, 4,
(5) « Les mains sales », p, 9.
(6) De G. Farkas, du 17 novembre 1978.

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Hitler, économiste distingué, fait école

par P.-N. ARMAND
décembre 1978

PERSONNE au monde, aujourd’hui, n’ignore que durant le dernier conflit international, les Nazis ont entassé des millions d’individus dans des Camps de la mort. Une fois exterminés, d’une tacon ou d’une autre, ces malheureux servaient encore à l’économie de guerre allemande. Leur pauvre cadavre était cuit et cette graisse humaine servait à faire du savon et des corps gras car la pénurie régnait.
Actuellement, on procède de même chez nos voisins britanniques dont on connaît les difficultés économiques. Afin que rien ne se perde et en vertu du principe que toute source de profit doit, en système capitaliste, être exploitée, un gynécologue londonien de Harley Street, vend les bébés tués, dans sa clinique, avant naissance, à une usine de produits chimiques. Après traitement cette matière première de qualité juvénile est métamorphosée en cosmétiques et... encore en savon. De luxe il est vrai.
Ces faits ont été constatés, sur place, de visu, par Suzanne Kentish et Michel Lichfield, dont les témoignages ont été consignés dans un ouvrage de 284 pages « Babies for burning » qu’ils sont parvenus à faire éditer hors d’Europe, aux Editions Paulines 3965 Est, Bvd Henri Bourassa, Montréal H1H, 1L1 Québec. (Traduction française sous le titre « Bébés au feu », prix 40 F port inclus).
Nul doute que cet exemple, financièrement rentable et qu’aucune instance morale, civile ou religieuse n’a trouvée déplaisante, sera suivi et que nos élégantes pourront bientôt se tartiner le minois, et le restant, à la graisse de bébé avorté.

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En relisant Jacques Duboin

par J. DUBOIN
décembre 1978

Si l’on oppose la rareté à l’abondance, c’est parce qu’un produit utile possède une grande valeur d’échange tant qu’il reste rare, et perd sa valeur d’échange en devenant abondant. Et comme sans valeur d’échange aucun profit n’est possible, on combat l’abondance, faussement dénommée surproduction, dans l’espoir que le produit utile devenu rare, retrouvera une valeur permettant de l’échanger avec profit.

(Extrait de « Rareté et Abondance », 1945)

*

Dès que les moyens de production atteignirent un potentiel rendant l’abondance inévitable mais diminuant parallèlement les profits, le licenciement d’une masse énorme de travailleurs devint définitif, parce que les offres d’emplois se raréfièrent dans toutes les branches de la production. Il s’en suivit une baisse rapide et continue du revenu national ; et ce phénomène inconnu, agissant comme une force sourde et sournoise, eut des répercussions économiques amenant la destruction inévitable de toute notre organisation sociale. - Par quel procédé ? Par la rupture de l’équilibre comptable au sein de millions de familles dont l’existence a été complètement bouleversée.

(Extrait de « Rareté et Abondance », 1945)

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De la propriété

par R. ROCHE
décembre 1978

DU communisme, et même du socialisme, émane une peur, ancrée dans la conscience populaire : celle de perdre sa propriété. L’homme au couteau sanglant entre les dents délogerait férocement les gens paisibles, les expulserait de leur habitation, de leur petite entreprise et les jetterait à la rue. Ces gens seraient alors assujettis à travailler sans contre-partie sous le joug d’une collectivité aveugle et sans aveu. Dans un tel paysage il fallait être le dernier des parias pour adhérer au parti communiste, mais Dieu sait combien ces parias étaient innombrables en 1920.
En cette année 1920, mon oncle, ouvrier parisien, acquérait un petit terrain particulièrement bon marché de 250 m2, lequel faisait partie d’un morcellement non viabilisé situé dans la grande banlieue. Ç’avait donc été au vu d’une annonce parue dans « L’Humanité » qu’il effectuait cet achat et il y mettait toutes ses économies et tout son coeur. Les acheteurs des cinquante lots du lotissement étaient tous communistes.
Quelques années plus tard, la plupart des heureux bénéficiaires avaient construit leur petite bicoque en bois ou en dur à la sueur de leur front et en se saignant aux quatre veines, et habitaient là. Ils étaient devenus « des propriétaires  » avec le jardinet soigneusement cultivé... les fleurs... idéal énorme à l’époque pour de petits salariés parisiens.
Tous, doucement, du rouge passèrent au rose... et d’aucuns virèrent au jaune bon teint.
Giscard d’Estaing le sait quand il pousse le peuple vers l’accession à la propriété en 25 années de dettes. Il veut voir de moins en moins de locataires et de plus en plus de propriétaires de petit pavillon ou d’appartement : honnête moyen de faire baisser le nombre d’électeurs orientant leur scrutin du côté gauche. De Gaulle poursuivait une vue parallèle lorsqu’il préconisa la « participation » : les minuscules et dérisoires porteurs d’actions de l’entreprise, comme les gros actionnaires, votent à droite. Telles sont les vertus de la propriété.
La propriété est la chose la plus naturelle qui soit. Elle est inscrite dans la Nature. On la décèle en observant les comportements de la plupart des espèces animales. Des oiseaux défendent leur nid, leur arbre, leur espace d’action et n’empiètent guère sur ceux des voisins. L’aigle se sent le maître de son aire. Les lapins possèdent leur propre terrier et la plupart des mammifères assurent leur domaine vital.
Si l’homme se complaît à participer à des activités de groupe, un moment vient toujours où le besoin se fait sentir de retrouver son chez-soi, sa famille, l’intimité et la sécurité du home et, si la possibilité s’en présente, de pouvoir se réfugier dans son coin personnel de solitude. Même en vie collective monastique chacun possède sa cellule où il peut dormir et penser seul.
La nécessité impérieuse des choses bien à soi est immanente, légitime et intouchable.
D’évidence, cela continuera d’être aussi vrai quand l’homme aura surmonté le capitalisme et accédé à une société distributive et lisse lui permettant enfin de réaliser pleinement sa vie. Il aura, pour ce faire, abandonné les fausses valeurs, les fausses préciosités, la finance, lesquelles permettaient aux gros propriétaires de spéculer et d’amasser toujours davantage au détriment du plus grand nombre.
Le régime distributif rendu nécessaire par l’abondance ne supprime pas la propriété. Au contraire, il la généralise. Et cela il faut le dire fortement, le faire savoir à la ronde. Il se pourrait en effet que des esprits naturellement portés à admettre le bien-fondé de cette voie se trouvent arrêtés dans leur élan par une crainte innée, confuse, irraisonnée de se voir dépossédé par la société de l’abondance. Cela n’est pas. D’ailleurs Jacques Duboin a écrit  : « Ainsi chacun devrait posséder une demeure spacieuse, élégante, confortable, où il soit possible de s’isoler pour lire, étudier, ou simplement réfléchir ». (« Rareté et Abondance », page 260).
C’est certain : le droit imprescriptible à la propriété individuelle sera inscrit en toutes lettres dans la Constitution de l’Economie Distributive. La propriété sera même héréditaire et l’Etat en garantira les modalités d’application.

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Soit dit en passant

Popeye au pouvoir

par G. LAFONT
décembre 1978

Quand il s’est installé à l’Hôtel Matignon, en octobre 1976, succédant à Jacques Chirac, parti en claquant la porte et en laissant le pays dans l’état que vous savez, Raymond BARRE, présenté alors comme le « meilleur économiste français », avait un large sourire devant les caméras, un moral en béton armé, l’air sûr de lui, une assurance tous risques et, dans sa serviette, un plan de redressement définitif.
C’était le nouveau sauveur. Mais le bon, cette fois. Fini le temps de la politique politicienne, des marchands de rêve et d’illusions, des prestidigitateurs de foire et des bricoleurs de statistiques. Avec M. le professeur d’économie de réputation mondiale, à ce qu’on disait, on allait voir ce qu’on allait voir. On a vu.
Deux ans ont passé. Raymond Barre est toujours là - du moins à l’heure où j’écris ces lignes - olympien, imperturbable, mais le moral quelque peu ébranlé, dit-on dans son entourage, le sourire de plus en plus crispé, et le plan de redressement en question de moins en moins définitif.
C’est que ça ne tourne pas aussi rond que certains voudraient nous le faire croire dans la meilleure des sociétés libérales avancées dirigée par le meilleur économiste. La crise qui sévit en France comme dans tous les pays modernes, et que l’on traite depuis un demi-siècle avec des cachets d’aspirine, n’est toujours pas surmontée. Et l’entrée de l’Espagne, du Portugal et de la Grèce dans le marché commun va poser quelques problèmes aux économistes distingués et à leurs experts. Et donner des insomnies aux chefs de gouvernement, même à M. Raymond Barre qui n’avait pas besoin de cette complication supplémentaire.
il a assez de soucis en ce moment, cet homme, avec l’inflation, le chômage, les excédents agricoles, les chefs d’entreprise qui mettent la clef sous la porte, - les canards boiteux, quoi ! - la grogne, la rogne, Giscard qui fait la gueule, et aussi les sondages.
Pas fameux, les sondages, pour le monsieur de Matignon. Selon l’IFOP de juillet dernier, 52 % des Français se déclaraient plus ou moins mécontents de la politique pratiquée par le Premier ministre. Et ca donne à réfléchir, même si les élections sont encore éloignées. Pas à Raymond Barre. C’est tout réfléchi pour lui. Il y a longtemps qu’il a arrêté sa politique, établi son plan. Et il s’y tient. Il n’y reviendra pas. Si quelqu’un se croit plus malin...
Justement. Dans l’opposition, et même dans la majorité, il se trouve des amateurs qui se sentent pousser des ailes, et même un destin national et que l’envie démange de prendre la place pour montrer au monde leurs talents de société.
Alors, ça remue un peu partout. On commence à douter des chances de succès de notre Premier ministre et de sa politique, d’après les premiers résultats. Et il vaudrait mieux ne pas attendre la catastrophe pour renvoyer le professeur à l’école du soir.
Giscard d’Estaing y songe, chuchote-t-on dans l’entourage du président. Va-t-il virer le Premier ministre comme un vulgaire Chirac et chercher un nouveau sauveur pour nous préparer à l’an 2000 ? Ça doit pouvoir se trouver.
Tenez : Jacques BLANC.
Jacques Blanc, si vous ne le connaissez pas, ce qui est bien possible après tout, est président de l’U.D.F. et secrétaire général du P.R. C’est sur sa carte de visite. Ce qui l’autorise à proférer des paroles historiques que les journalistes en mal de copie recueillent aussitôt pour en régaler leurs lecteurs.
Or, si j’en crois le magazine « V.S.D. » du 26 juillet, Jacques Blanc a déclaré : « Dès que je vois Giscard, je suis comme Popeye avec ses épinards, regonflé à bloc ».
Voilà l’homme qu’il nous faut.
Vous rigolez ? Selon le « Figaro » du 28 juillet, la Commission Européenne préconise l’arrachage de cent mille hectares de vignobles dans les pays du marché commun, dont la France, because l’excédent de vin, en vue de l’élargissement de la C.E.E. Cette plaisanterie nous coûtera la bagatelle de 5 milliards de francs.
Et qu’est-ce qu’on mettra à la place de nos vignes ? On ne sait pas encore. On ne va tout de même pas y planter de la betterave  ?
Ne cherchez pas. M. Jacques Blanc a trouvé : des épinards  !
Si avec ça on n’est pas regonflé à bloc, c’est à désespérer.
Alors, Popeye au pouvoir !

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Au fil des jours

par J.-P. MON
décembre 1978

Depuis que « le danger collectiviste » est écarté, le gouvernement affiche chaque jour davantage son « libéralisme économique », seul capable, d’après M. Barre, de nous sortir de « la crise ». Et vive la liberté des prix et le blocage des salaires ! Tout cela permet aux entreprises de faire de confortables bénéfices. Rhône-Poulenc, par exemple, avoue un résultat net après impôt de quinze milliards de centimes, compte tenu des pertes du secteur textile. Comme quoi ce n’est pas la crise pour tout le monde...

*

Le libéralisme économique réserve pourtant à certains quelques déboires : en Israël, il y a un peu plus d’un an, le gouvernement conservateur de M. Beghin décidait de se débarrasser des structures économiques dirigistes qui fonctionnaient depuis vingt-neuf ans et qui, selon les nouveaux gouvernants, menaient le pays à la ruine.
S’inspirant largement des thèses de Milton Friedman, le monétariste à tout crin, conseiller financier du gouvernement Pinochet, Beghin décidait de libérer les prix, de bloquer les salaires, de faciliter les exportations, de réduire la consommation et ne cachait pas son rêve de faire d’Israël « la Suisse du Proche Orient ».
Un an après on peut faire le bilan de cette politique : l’inflation au lieu de se réduire (à 12 % avait dit le ministre !) s’accélère et atteindra 50 % en 1978, les exportations stagnent, les importations augmentent et Israël n’est pas devenu une place financière internationale. Le gouvernement n’a jamais autant imprimé de billets de banque et le déficit de la balance des paiements selon toutes les prévisions s’aggravera de près de 400 millions de dollars cette année.
Au fait, j’allais oublier de vous dire que M. Barre est un grand admirateur de Milton Friedman.

*

A en croire M. Friedman et la plupart des économistes libéraux, la monnaie conditionne toute l’économie. Nos lecteurs savent depuis longtemps qu’il n’en est rien et que la monnaie on peut la créer comme on veut quand on en a besoin. Un exemple récent vient de nous en être donné une fois encore  : au mois de septembre dernier, le Fonds Monétaire International a décidé de créer environ trente deux milliards de droits de tirage spéciaux (DTS). En émettant des DTS, on ne fait pas autre chose que mettre en circulation des dollars, des deutschemarks, des francs, des livres sterlings, des yens, etc...
Alors, « Pourquoi manquons- nous de crédits ? »

*

La presse de M. Hersant (Le Figaro, France-Soir, l’Aurore, ... et j’en passe) ne manque pas une occasion de nous terroriser en nous abreuvant de pages entières sur la montée de la délinquance...
Ce qu’elle ne nous dit pas, cette bonne presse gouvernementale, c’est que la délinquance d’affaires (ou délinquance économique) coûte à la société deux cent fois plus que les vols dans les grands magasins et 5 000 fois plus que les hold-up. Quant à la fraude fiscale effectuée au préjudice de l’Etat, elle était estimée en 1975 à environ 45 milliards de nouveaux francs. Et encore n’est-ce là qu’une évaluation minimale.
Comme on le voit, cela laisse loin derrière le coût de la criminalité traditionnelle.
Ces chiffres sont tirés de l’article « Justice, Sécurité, Progrès » écrit par L. Lammers dans « Energies  » (N° 1142 du 17-1178) qui précise que les condamnations prononcées en 1975 pour infractions financières, fiscales et douanières ne représentent que 1,7 % des condamnations d’ordre pénal. Quant aux amendes, on sait qu’elles font toujours l’objet de réductions ou de remises pures et simples. Il est vrai que le genre de fraude que nous venons d’évoquer n’est pas le fait des manoeuvres légers !

*

Le gouvernement se demande comment organiser la régression progressive des capacités de production de la construction navale. Et comme d’habitude, cher contribuable, pour qu’on produise moins, il faudra payer. Il vous faudra débourser quarante cinq milliards de centimes pour que les chantiers navals français acceptent de construire neuf cargos pour la Pologne. C’est le prix qu’il faut payer pour être compétitif !
Autrement dit, nous allons subventionner la flotte polonaise.
Consolons-nous, nous aurons ainsi fourni du travail pour un peu plus d’un an aux travailleurs des chantiers navals. Les armateurs français, eux, ne sont pas grès chauds pour passer des commandes de navires. Ils n’arrivent pas à se décider malgré les promesses gouvernementalees d’une très importante aide financière. Après tout, ils ont peut-être des navires en nombre suffisant, ces gens-là !
Et s’ils ne commandent rien, ça ne nous coûtera peut-être rien ?

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UNE RUBRIQUE POUR CEUX QUI PERDENT PATIENCE...

Nous poursuivons ici une revue de textes, envoyés le plus souvent par nos lecteurs, et qui montrent que les idées défendues ici depuis plus de quarante ans sont enfin reprises de tous côtés. Nous ne sommes donc plus des utopistes isolés !

Ils y viennent !

par G. STEYDLÉ
décembre 1978

" « La Vie » (5-12-6-1978)

ORDINATEURS : UN NOUVEL AGE POUR L’HOMME

« Une révolution a éclaté. Sans bruit. Et pourtant ! les effets de la multiplication des ordinateurs miniatures et bon marché se font déjà sentir. Là où il fallait, il y a quinze ans, une pièce entière pour loger un ordinateur, il suffit aujourd’hui d’une petite armoire. Le règne de la machine à tout faire, et qui le fait moins cher que l’homme, vient de commencer.
L’automatisation rend moins pénible le travail de l’homme, permet de produire plus et plus vite des opérations effectuées au milliardième de seconde. Elle devrait donc déboucher sur une amélioration générale du niveau de vie et de la qualité de la vie...
Ordinateur signifierait-il chômage ? La nouvelle informatique nous prépare-t-elle une administration sans fonctionnaires et une industrie sans ouvriers, tout comme le tracteur a entraîné une agriculture sans paysans ? Il faut imaginer, dès maintenant, une nouvelle manière de vivre (diminution de la durée du travail, création d’emplois liés à la qualité de la vie et au développement des activités culturelles, etc.) qui prenne en compte ce bouleversement de notre vie sociale.
Peut-on échapper à cette nouvelle révolution économique  ? Non, répond Simon Nora...
Des solutions, le Rapport Nora n’a pas la prétention d’en donner. Mais il a le mérite de nous faire prendre conscience d’un avenir qui sera très vite présent. Nous n’aurons pas à accepter ou à refuser la révolution de l’informatique. Elle s’impose, par les faits, comme un engrenage.
Notre choix portera sur les manières de nous y adapter, et de l’adapter à nos besoins. Pour qu’elle soit au service de l’homme. Et non le contraire. Il est temps d’y prendre garde. Si nous savons la maîtriser, elle peut être un considérable facteur de progrès. »

Philippe GENET
(Envoi de Mme PRACH)

" « La Croix » (21-7-1978)

POUR UN REVENU SOCIAL GARANTI

« La course au profit, avec l’agiotage qu’elle entraîne, fait perdre de vue que la production doit être réalisée pour satisfaire les besoins des hommes, qui doivent avoir un droit de regard sur les rouages de l’économie et ne pas abandonner ce soin à une faction.
Le droit à la subsistance (droit à la nourriture, à un habillement et à un logement décents) doit être garanti à toute personne physique, de l’aube au crépuscule de sa vie, quels que soient sa naissance, sa position sociale, son travail. Il n’est pas normal que dans un pays « développé  » comme le nôtre, plus de deux millions de personnes survivent encore dans un état d’indigence chronique et ne parviennent pas à équilibrer leur budget alimentaire.
Le développement du machinisme et de l’automatisation, lié à la miniaturisation des outillages, entraîne un abandon de plus en plus large des tâches manuelles simples et répétitives, voire les plus pénibles, une réduction progressive des postes de travail disponibles, donc un chômage croissant. A moins de revenir à l’âge des cavernes, ce processus est irréversible et ne fera que s’accélérer dans l’avenir.
La nécessité s’imposera donc de dissocier de plus en plus largement les revenus du travail, de s’orienter vers une forme raffinée d’économie distributive.
Il est désormais possible d’allouer à chacun un revenu social garanti, avec une priorité aux économiquement faibles  : jeunes, étudiants, personnes âgées, handicapés, chômeurs, etc. La valeur de ce revenu garanti serait indexée sur le volume des biens de « grande consommation » et des services disponibles ou susceptibles d’être mis rapidement à la disposition de tous.
Le pouvoir d’achat de chaque citoyen serait donc fonction de l’analyse d’une simple « comptabilité matière » permettant de connaître quasi instantanément, région par région, en particulier grâce au calcul électronique, l’état des stocks et des biens disponibles ou en mesure d’être livrés sur le marche dans le plus bref délai.
Ces biens dits « de grande consommation », par référence aux biens dits de « luxe » ou de « demi- luxe », accessibles selon les critères de l’économie de marché, seraient distribués par le truchement d’une monnaie de consommation non thésaurisable, c’est-à-dire détachée de toute référence spéculative à l’étalon-or ou, à défaut, de l’étalon-dollar. Sa valeur se référerait exclusivement au volume des biens réellement ou potentiellement disponibles à court terme.
Chaque citoyen recevrait donc un double revenu un revenu social garanti, sous la forme d’une monnaie de consommation distribuée dans tous les établissements bancaires ou les centres de sécurité sociale, dans la limite d’un crédit ouvert en permanence au compte de chacun ; un revenu de complément, correspondant sensiblement aux revenus actuels (salaires, participation financière aux entreprises, etc.) et permettant d’acquérir des biens de luxe ou demi-luxe, par définition rares sur le marché, donc plus chers.
Le travail se transformera en service social chaque personne étant tenue de participer, à temps complet ou partiel, selon ses capacités et ses aptitudes, à la production et aux services, aux activités de création et de recherche, la formation permanente, avec ses filières d’épanouissement personnel ou d’adaptation professionnelle, prenant ainsi le pas sur l’oisiveté forcée consécutive au chômage.
Car, en fin de compte, la finalité d’une économie qui se veut politique n’est-elle pas de produire pour l’homme, rien que pour l’homme, mais aussi pour tous les hommes ? »

Gérard BRISSÉ
(Envoi de M. PIZZOLI )

N.D.L.R.- M Biache nous prie de rappeler qu’il est de ceux qui nous ont signalé l’article de R. Barjavel cité dans le n° 761.

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Lectures

Histoire des socialismes

par R. THUILLIER
décembre 1978

RENE SEDILLOT est l’auteur de nombreux ouvrages sérieux d’Histoire et d’Economie. Il a fait paraître récemment, chez Fayard, un important volume intitulé : « Histoire des Socialismes ». Il y expose l’extraordinaire profusion des théories, des expériences et, surtout, des réalisations multiformes qui se réclament du socialisme.
Il ressort de cette analyse que le vrai socialisme n’existe nulle part, ce que Jacques Duboin et ses disciples ont toujours soutenu, mais que le mot Socialisme est chargé de tellement d’espoirs qu’il est employé pour couvrir même son contraire !
René Sédillot démontre également que l’usage d’une monnaie non gagée sur la production permet le trafic et l’épargne. Elle n’est donc pas compatible avec le socialisme véritable car elle devient rapidement le support d’un capital.
« Qu’on le veuille ou non », écrit l’auteur, en conclusion de son ouvrage exhaustif, « la monnaie- marchandise c’est l’argent. Et l’argent c’est le pouvoir de l’argent qui conduit tôt ou tard au règne de l’argent. Le Socialisme, s’il emprunte à l’économie de marché le premier de ses instruments se condamne à l’avance à n’être qu’un pseudo- socialisme. »

*

UN OUBLI

Cela n’apprendra rien aux partisans d’une Economie Distributive mais pourra, toutefois, les conforter dans leurs convictions.
Nous regrettons seulement que René Sédillot, parmi les nombreuses théories qu’il étudie pertinemment, n’ait pas cité une seule fois l’Economie Distributive, qui constitue précisément le vrai socialisme. Et que, même dans son index copieux, le nom de Jacques Duboin ne figure pas.
C’est une lacune à combler dans les prochaines éditions de cet ouvrage par ailleurs si documenté.

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Si seulement...

par A. CHANTRAINE
décembre 1978

Si seulement vous pouviez comprendre
Que les machines sont pour servir
Et non pour vous asservir
Vous pourriez alors vous défendre.

Et si seulement vous pouviez voir
Que le chômage est conséquence
De l’incalculable abondance
Vous changeriez enfin l’histoire.

Si seulement vous n’aviez plus peur
De voir en face les différences
De rejeter vos ignorances
Vous feriez jaillir le bonheur.

Et si seulement vous agissiez !...
Ne vous laissez plus circonscrire
Et dépêchez-vous de grandir
Pour rénover l’humanité.

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Les mains sales

par M. DUBOIS
décembre 1978

SOCIETE mercantile : aucun adjectif ne saurait mieux qualifier l’ensemble de réflexes conditionnés qui régissent la quasi-totalité de nos comportements individuels et sociaux. Aucun ne justifie mieux les rejets parfois forcenés émanant principalement d’une jeunesse dont les conditions matérielles d’existence sont pourtant, dans l’ensemble, incomparablement supérieures à celles de la grande majorité de leurs aînés.

LES INCORRIGIBLES

Il est pourtant curieux de constater qu’en dépit de ces réactions, des modes écologiques plus ou moins sincères, du caractère souvent dramatique et irréversible de certaines pollutions, il existe de nombreux individus assez cupides pour toujours choisir le profit à court terme, quelles qu’en soient les conséquences, et assez stupides pour montrer clairement le bout de l’oreille.
A titre d’exemples, parmi beaucoup d’autres, rappelons-nous les véhémentes protestations qui n’ont jamais manqué de saluer les contournements routiers de certaines villes où la paralysie circulafoire avait pourtant dépassé les limites du supportable, tant au point de vue qualité de la vie qu’à celui de la sécurité pure et simple. Chaque fois, des commerçants épouvantés à l’idée d’une diminution de leurs chiffres d’affaires multipliaient protestations et pétitions, jusqu’au jour où ils se rendaient compte de la fausseté de leurs calculs, la tranquillité retrouvée facilitant le plus souvent la venue de la clientèle. Nul doute que, dans le cas contraire, il n’eussent fini par l’emporter.
Les mêmes constatations peuvent être faites lorsque certaines municipalités créent des zones piétonnières, permanentes ou temporaires. C’est ainsi qu’à Alençon se déclencha un véritable tollé, alors que la décision s’accompagnait pourtant d’une restauration complète des lieux pour redonner au centre ville son cachet d’autrefois et remettre en valeur la cathédrale Notre-Dame et son entourage. Nous pouvons citer également le cas de certaines stations balnéaires, telles Hossegor, où la simple mise à sens unique d’un pont totalement bloqué en juillet-août au mépris des règles les plus élémentaires de sécurité, donna naissance cette année à d’innombrables pétitions lancées par de courageux anonymes irresponsables prétendant exprimer le sentiment de toute une population...

LE SALAIRE DE L’IVRESSE

Mais il y a beaucoup mieux encore. Et c’est ainsi que France-Inter, dans une émission de 20 h 00, de la mi-août, retransmit sans sourciller les récriminations véhémentes d’un bistrotier accusant les contrôles routiers d’être à l’origine d’une sensible diminution de ses ventes de petits verres. Peu lui importait les milliers de morts et de blessés imputables chaque année aux conducteurs éméchés, pourvu que son tiroir-caisse soit bien garni. Tant pis également pour le déficit de la Sécurité Sociale contre lequel il ne doit pourtant pas manquer, en tant que contribuable, de vociférer de la belle manière ! A moi les gros sous et tant pis si les autres en crèvent... France-Inter ne fit d’ailleurs aucun commentaire  : on s’habitue à tout ! Comment s’étonner si devant une telle dégradation du comportement d’individus se prétendant adultes, les jeunes n’éprouvent que du dégoût à l’égard du pourrissement de la société et se sentent de furieuses envies de tout casser, sans se rendre compte d’ailleurs de la totale inefficacité de leur attitude ?

LES MERCENAIRES DU PETROLE

De même, qu’ont donc pu penser les jeunes à l’écoute de l’émission de FR3 le 26 mai dernier consacrée aux pétroliers navigant sous pavillon de complaisance ? Après avoir rappelé que ces derniers regroupent 60 % de la flotte mondiale, le présentateur nous a expliqué le pourquoi de cette situation reconnue comme cause essentielle des dernières grandes marées noires. Elle permet, par exemple, d’utiliser un équipage de 24 hommes appartenant à 16 nationalités différentes, ne se comprenant pratiquement pas les uns les autres, et opérant sous les ordres d’« officiers » n’ayant en fait aucun diplôme valable. Ces équipages, recrutés surtout à la Bourse aux marins de Rotterdam, sont sous-payés (900 F par mois), n’ont pas le droit de grève, effectuent 48 heures de travail continu coupé seulement de 3 repas, et au bout de 30 jours en mer «  bénéficient » de 3 jours de congé au lieu des 16 jours prévus par les conventions internationales. Les visites de sécurité des navires ne sont pas effectuées, et même des bâtiments à limite d’usure, désarmés dans leur pays d’origine, sont réarmés sous ces pavillons véreux. Pas d’impôt sur le revenu et une seule société par navire pour éviter tout recours en cas d’accident, et voilà l’explication d’un scandale qui dure depuis des décennies, au nez et à la barbe de gouvernements impuissants ou complices s’inclinant, ici comme ailleurs, devant les diktats de la Finance.

LES ENFANTS MAL ELEVES

Et je crois que ceci nous permet de comprendre la cause profonde d’un mal qui fait couler beaucoup d’encre et auquel le journal « Marie-France » d’août 1978 consacrait une enquête d’Elisabeth Morel. Cette dernière, après avoir rappelé que les bonnes manières existent même dans le monde animal et constituent, selon les travaux de Konrad Lorenz, des rites protecteurs de l’espèce, se demande pourquoi l’homme d’aujourd’hui les rejette et les trouve périmées alors qu’elles sont essentielles à la cohésion sociale et, au-delà de conventions parfois désuètes, sont presque toujours chargées d’une intention altruiste. Elle n’apporte aucune réponse à sa question, se contentant de souhaiter que, par l’exemple et l’auto-éducation, nous sachions aider nos enfants à les pratiquer dans le respect de la personne humaine. Eh bien, si la jeunesse d’aujourd’hui nous apparaît mal élevée, c’est probablement en grande partie parce que les bonnes manières étaient le symbole même d’une certaine bourgeoisie cramponnée à ses privilèges financiers, totalement soumise aux impératifs mercantiles, incapable d’offrir de véritables idéaux à ses enfants trop chéris. C’est à cause des mains sales de leurs parents que tant de jeunes « fils de famille » ont rejeté en bloc l’organisation sociale et ses plus solides valeurs traditionnelles sans rien apporter de constructif en échange. C’est à cause de sa mauvaise conscience économique collective que toute une classe a pu assister sans le moindre réflexe de défense à son autodestruction, et si nous avions réussi à mettre en place dans les années 1950 les structures de l’Economie des Besoins, il est à peu près certain que, sans éviter les classiques conflits de génération, nous aurions aujourd’hui une jeunesse consciente des possibilités de son avenir et prête à utiliser ses forces neuves à d’autres fins que les violences destructives.
Il est évidemment trop tard pour effacer les conséquences de tant d’années de laxisme. Mais aucune réorientation valable de notre jeunesse ne pourra être accomplie sans une prise de conscience lucide de la nécessité absolue de nous laver les mains.

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Initiatives

Lettre à M. Tindemans, Premier ministre de Belgique

par A. CHANTRAINE
décembre 1978

POUR le penseur, il est bien triste de voir un pays s’enfoncer dans l’irresponsabilité et dans le désastre.
Il est pénible de constater le laisser-aller dans tous les domaines et, à tous les niveaux. Il est bien triste de savoir que tout pourrait être fait pour procurer aux hommes une vie saine, mais que rien de valable ne sera fait.
Nous vivons dans la confusion générale de la production-répartition-consommation. Notre système économique est complètement déréglé, vieillot et inadapté à notre époque de la technique poussée à outrance. Nous vivons dans un système qui empêche le développement de la saine pensée.
Notre civilisation avilie ne peut plus résoudre les problèmes essentiels que sont les pollutions, les encombrements et les lenteurs administratives.
Nous vivons dans le gaspillage le plus éhonté : gaspillage de matières premières, gaspillage de denrées alimentaires, gaspillage d’énergie humaine afin de continuer à fabriquer des objets futiles, médiocres et inutiles servant à grossir les profits.
Notre sang est chargé de tous les poisons répandus dans les aliments et dans l’environnement. Notre cerveau enregistre plus d’informations accessoires qu’essentielles. Nous respirons à longueur de journées les gaz toxiques que nous gratifient toutes les usines qui s’acharnent à fabriquer des objets inutiles. Et nous serons bientôt obligés de respirer les déchets gazeux radioactifs des centrales nucléaires.
S’il fallait poursuivre l’énumération des erreurs et des nuisances causées par le mental humain, on n’en finirait pas  !
Je sais Monsieur Tindemans, qu’à la tête du gouvernement, vous faites de sérieux efforts. Je sais aussi que votre bonne volonté est sincère. Mais je ne vois pas comment vous pourrez venir à bout de l’inflation et du chômage, pour ne parler que de ces deux problèmes. Je ne vois pas comment vous pourrez changer les structures existantes qui sont les résultats des sécrétions de notre système économique qui maintient l’homme dans l’irresponsabilité, dans la pauvreté ou dans l’esclavage doré. Est-il possible que les hommes puissent se complaire dans pareille absurdité, pareille désorganisation  ?
Notre système économique devrait faire place à une économie de raison basée sur une économie non spéculative, non thésaurisable.
La monnaie devrait devenir un instrument d’équilibre entre la production et la consommation et non une vulgaire marchandise avec laquelle s’amusent les faiseurs d’inflation.
La solution se trouve donc dans le changement de notre système monétaire lequel à présent complique à plaisir la vie des hommes.
Dès lors, il ne s’agit plus de construire sans discernement des voitures et des objets inutiles. Il s’agit tout simplement de construire des hommes et d’ériger une économie de raison, Les hommes pourront-ils enlever les oeillères qu’ils conservent depuis si longtemps, et pourront-ils faire preuve de pensée réfléchie  ? Je le crains.
Dans l’état actuel des choses, ma longue réflexion et les tests que j’ai faits me démontrent qu’ils ne le pourront pas. Le 1er septembre 1972, je vous avais écrit pour vous féliciter des mesures courageuses que vous aviez prises concernant la protection des oiseaux.
Comme je voudrais, Monsieur Tindemans, que vous puissiez prendre des mesures valables pour guider le pays vers une économie de raison et vers la pensée réfléchie.
Entre temps, je vous prie de croire à mes pensées les meilleures.

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Elle flotte.., mais sombre bien

par P. BUGUET
décembre 1978

La presse se pose une question :
- Cette idole, la monnaie, qu’est-ce que c’est ?
Et de s’aventurer à une définition qui va donner des sueurs froides aux pratiques de « l’Ecureuil ».
Oyez un peu : « Une monnaie, c’était jadis un poids de métal, ce fut ensuite une équivalence de métal, ce n’est plus aujourd’hui qu’une abstraction » (R. Sédillot).
Suivons l’aventure ! - Le témoignage d’une grand-mère bourguignonne de la belle époque où le franc valait alors son pesant d’or (1890), nous rappelle que 14 sous (0,70 F d’avant la transformation du franc en un centime), valait une livre de lard. Un petit calcul nous révèle que ces 14 sous, économisés, à notre intention, par notre vénérable aïeule, ne nous permettraient d’acheter aujourd’hui que 0,5 g de porc «  aux hormones ». Epargnez ! Epargnez ! Vous ne contribuerez pas à propager le cholestérol...
- Et il restera des produits que vous pourrez exporter, suggère l’employé de banque à la mine avisée. Coup double, voyez-vous : victoire sur le mauvais état physiologique, et «  assainissement du marché », quand le profit n’est pas en bonne santé.
Coup triple même, l’agio lucratif, prélevé au passage par les banques, leur permet, après la main-mise sur les moyens de production, la capture de l’appareil de distribution.
Le circuit production-consommation semble fermé ; ça devrait tourner rond. Mais le 0,5 g de lard ne permet plus de gras profits, et il faut fabriquer de la monnaie qui réduira encore la portion du valeureux épargnant à 0,05 g ou 0,005 g... de couenne de lard.
L’avenir cependant nous sourit. Pour preuve, ce matin, au courrier, « l’Ecureuil » me propose de jouer à sa loterie de quartier. Je peux gagner 1 lot d’épargne de 100 F (200 000 sous). L’avisé préposé de mon compte bancaire surenchérit par circulaire : « Une nouvelle exonération fiscale est possible à compter de 1978. Vous pouvez déduire de votre revenu imposable une somme de 5 000 F investie en actions françaises. Cette déduction peut vous permettre d’économiser jusqu’à 3 000 F sur vos impôts à payer. »
C’est alléchant. Et mon tiercé ?... mon loto ?... Tous veulent nous faire gagner de l’argent-abstraction.
« Epargnez !... Epargnez !... Tentez votre veine, des fonds vous en aurez toujours moins. »
A quel veau d’or se vouer désormais ?
Ne vous laissez pas aller au coup de Barre ; la monnaie sombrante ne préfigure-t-elle pas la monnaie de consommation, gagée sur la production elle-même ?

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Étranger

Le club des riches

par P. SIMON
décembre 1978

C’EST le Fonds Monétaire International qu’on désigne ainsi puisque, de l’aveu général, ses activités profitent surtout aux pays industriels. Conçu par le Britannique Keynes (lui- même !) et l’Américain White, il a été adopté dans son principe dès 1944 par ses fondateurs dans l’espoir de stabiliser les taux de change sur le marché international. Il a pour but de fournir des crédits à court et moyen termes à ceux de ses membres (tous les pays sauf ceux de l’Est) qui éprouvent des difficultés à équilibrer leur balance des paiements. La Grande-Bretagne et la France ont fait souvent appel à lui.
Il fonctionne comme une espèce de cagnotte géante où les pays déposent des fonds dont les autres membres peuvent disposer, en cas de besoin, sous certaines conditions qu’il serait fastidieux d’énumérer. La contribution de chaque membre reçoit le nom de quota versé en monnaie nationale si bien que les coffres du FMI renferment des marks et des yens précieux mais aussi des pesos argentins (ou cubains) et des sols péruviens dont pas grand monde ne veut.
Les quotas sont fixés au moyen d’une formule complexe où entrent pour beaucoup l’importance économique et politique du pays. Ils servent de base au calcul de la somme que le dit pays peut emprunter. De sorte que ce ne sont pas forcément les membres qui ont les plus grands besoins qui peuvent obtenir les prêts nécessaires. Les pays les moins développés sont souvent obligés de se servir ailleurs. C’est bien le club des riches.
Chaque pays verse un quart de son quota en or ou en dollars américains et le reste en monnaie locale. S’il veut tirer des devises étrangères du FMI il doit déposer une quantité équivalente de sa propre monnaie, mais l’opération de tirage et de remboursement est soumise à des règles compliquées qui limitent singulièrement les possibilités.
Les années passant, le FMI a élargi ses activités pour développer les liquidités internationales dont les échanges ont si grand besoin, et sa principale réalisation en ce domaine a été la création des Droits de Tirages Spéciaux (ou DTS) qui sont venus accroître les possibilités d’emprunt offertes par les Droits de Tirage Ordinaires (DTO) évoqués plus haut. En 1970, 1971 et 1972 des crédits, pour un montant global de 9,5 milliards de dollars ont été ouverts aux membres en proportion de leurs quotas (on ne prête qu’aux riches) . Plus avantageux en cela que les DTO, les DTS sont mis automatiquement à la disposition des emprunteurs. Bien sûr, ils n’existent que sur le papier et ne peuvent être transmis que d’un membre à un autre. ils ne peuvent donc servir à l’achat de biens et de services mais les membres peuvent se les échanger contre des devises. Ainsi, si la France a un déficit dans ses échanges avec l’Allemagne, elle peut lui transférer une partie de ses DTS contre des marks que les importateurs français pourront acheter afin de régler leurs dettes.
Il était clair, dès le début, que ces DTS allaient muer un rôle de plus en plus important dans le système international sans toutefois remplacer l’or. Il n’est donc pas étonnant que les experts du FMI aient accru, à la fin du mois de septembre dernier, les ressources du Fonds de 20 milliards de DTS, soit l’équivalent d’environ 25 milliards de dollars (au cours du change en vigueur à cette date !) .
On peut s’inquiéter de cette croissance de la masse monétaire internationale à un moment où la tempête souffle sur les marchés des changes emportant vers le bas le dollar pendant que le mark et le yen s’envolent, à la grande tristesse de !’Allemagne et du Japon qui voient leur compétitivité s’affaiblir. A l’exception des Etats-Unis, les pays industrialisés s’efforcent de pratiquer la rigueur monétaire et d’avoir une balance des paiements équilibrée, au prix d’un chômage important puisqu’ils n’y parviennent qu’en augmentant leur productivité donc en obtenant davantage d’un plus petit nombre de travailleurs. Craignant de voir leur balance se détériorer, l’Allemagne, la Suisse et le ,lapon se gardent bien de relancer leurs économies. Pendant ce temps, les Etats-Unis laissent s’effondrer leur dollar ce qui leur permet d’exporter à meilleur compte, de relancer leur économie et de réduire le chômage. Du moins pour un temps. Quant aux Japonais qui réussissent merveilleusement au grand jeu de la concurrence tout le monde leur en veut. Où est donc la morale dans tout cela ? Et si seule la morale était en cause on pourrait encore se faire une raison.

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« Obligations administratives »... ou bureaucratie exagérée ?

par M. CHEFDHOMME
décembre 1978

Soucieux de savoir à quoi est utilisé l’argent que nous demandent les services publics, Marcel Chefdhomme a obtenu une réponse qui montre la multiplication des complications gestionnaires que l’économie distributive rendraient inutiles.
... La Compagnie d’Electricité et de Gaz, la Compagnie des Eaux vous envoient des factures sur lesquelles on vous indique que vous avez consommé X quantité (vous pouvez le vérifier en regardant votre compteur) et qu’à X francs l’unité, vous aurez à payer telle somme. Bravo !
Mais attention, ce n’est pas tout aussi simple que cela.
On vous indique bien d’autres choses, et vous ne trouverez pas une personne sur mille capable de vérifier sa facture.
Qui connaît le prix unitaire ?
Qui connaît les abonnements hors taxe ?
Qui connaît le montant de la TVA ?
Qui connaît la taxe locale (qui varie avec chaque commune).
Quel contrôle le consommateur a-t-il sur le prix unitaire ?
Combien de personnes peuvent perdre leur temps à faire ces vérifications  ?
Toutes ces indications, pour quoi faire ?
J’ai voulu le savoir.

Voilà, ci-après, la réponse que j’ai reçue :

Monsieur,
Nous avons bien reçu votre lettre du ... Certes, la simplification que vous nous proposez allègerait considérablement nos services et le temps passé par nos abonnés à lire nos factures.
Malheureusement, nous devons être en règle avec toutes les obligations administratives, ce qui nous oblige à préciser la nature de chaque service, taxe ou redevance que nous devons ajouter à notre prix d’exploitation. De plus, chacun de ces éléments obéit à une fiscalité souvent différente.
Nous étudions actuellement une nouvelle présentation qui permettra une lecture plus aisée mais qui, hélas, contiendra encore un détail long et parfois fastidieux.
Veuillez agréer...

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