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AED La Grande Relève Articles > N° 1115 - décembre 2010

 

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N° 1115 - décembre 2010

Au fil des jours   (Afficher article seul)

Jean-Pierre Mon passe de la relance américaine à la rigueur allemande et s’interroge sur les scandales français.

MERDeS   (Afficher article seul)

Marie-Louise Duboin observe que les manœuvres des dirigeants européens qui prétendent sauver en même temps l’euro et ceux qui spéculent sur l’euro, ne font que provoquer la révolte des populations.

Je lutte des classes   (Afficher article seul)

Guy Evrard voit dans le succès de ce slogan, arboré lors des manifestations contre la réforme des retraites, le signe encourageant de consciences qui ont résisté au néolibéralisme triomphant.

Le mariage emploi-revenu   (Afficher article seul)

Roland Poquet ayant montré précédemment l’impossibilité du plein emploi en régime capitaliste, constate la rupture de la liaison travail-emploi.

Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde   (Afficher article seul)

Informations sur les publications et les combats menés depuis 1990 par le CADTM contre toutes les dettes odieuses.

L’horrible vérité commence à se faire jour sur les dirigeants européens   (Afficher article seul)

Traduit par F.Asselineau, un article d’A.E. Pritchard, dans le Daily Telegraph, dénonce la politique des dirigeants de l’Union européenne

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Chronique

Au fil des jours

par J.-P. MON
31 décembre 2010

Un autre son de cloche

Après les réactions qui ont accompagné l’annonce par la Réserve fédérale américaine (Fed) d’une injection de quelque 600 milliards de dollars dans l’économie américaine, les “hystériques” de l’orthodoxie monétaire ont vivement réagi : « Le ciel va nous tomber sur la tête… La réserve fédérale injecte des dollars en telle quantité qu’ils vont perdre toute valeur… ». Rien n’est plus faux, explique [1] Martin Wolf, l’éditorialiste économique qui approuve cette création monétaire en rappelant une vérité que les économistes ont tendance à nous cacher : « La nature du système monétaire contemporain est la création d’argent à partir de rien au travers de prêts souvent irresponsables consentis par les banques privées. Pourquoi une telle privatisation d’une fonction publique serait-elle juste, tandis que l’action de la Banque centrale cherchant à satisfaire les besoins de la population serait qualifiée de route vers la catastrophe ? Quand les banques refusent de prêter et que la masse monétaire croit à peine, c’est pile ce qu’une Banque centrale devrait faire ». Les Européens, eux, préfèrent la rigueur pour les populations !

L’Allemagne et ses chômeurs

Dans les dernières années du règne social-démocrate en Allemagne, nous avons souvent dénoncé les mesures du plan Hartz [2] IV. Parmi les nombreuses “réformes” proposées figurait celle de l’administration de l’emploi, remplacée depuis par des agences locales qu’on appelle (en bon Allemand) des “job centers”. La dite réforme a permis de remplacer les partenaires sociaux qui y jouaient un rôle important par des “experts des politiques de l’emploi”. Suivant un mécanisme bien rôdé dans l’Union européenne, on a d’abord remplacé le service public de l’emploi par un organisme de droit public soumis à une gestion par objectifs, qu’on a complété par une “réforme” du marché du travail et par la fusion de l’aide sociale et de l’indemnisation du chômage de longue durée. Ce qui pose quelques problèmes de cohabitation entre les communes qui géraient l’aide sociale et les job centers qui ont une mission de formation et de placement des chômeurs. La coalition au pouvoir a même modifié la Constitution pour trouver un compromis permettant une meilleure cohabitation.

Quoi qu’il en soit, le gouvernement de Mme Merkel proclame haut et fort que, grâce à cette réforme, le nombre de chômeurs est en train de diminuer fortement (c’est aussi ce que fait le gouvernement français !). Or Arnaud Lechevalier, chercheur au Centre Marc Bloch à Berlin, rectifie [1] « Plus que par cette réforme, la baisse du chômage s’explique aussi par le fait que les chômeurs pris en charge par des prestataires privés, comme les agences d’intérim ne sont plus comptabilisés dans les chiffres du chômage. Il en est de même pour les 4,8 millions de personnes en “mini-jobs”— c’est-à-dire un emploi (ou un deuxième emploi) à temps très partiel payé 400 euros par mois — ou encore pour les 265.000 personnes travaillant pour 1 euro de l’heure dans des emplois équivalents aux “contrats emploi-solidarité” français ».

Un nouveau phénix

Vous vous souvenez certainement qu’il existait en France, il y a quelques années, une administration qui s’appelait PTT (acronyme de Postes, télégraphe et téléphone). Le progrès technique ayant rendu le télégraphe obsolète, cette administration fut rebaptisée Postes et Télécommunications. Elle fonctionnait assez bien, le budget annexe des télécoms rapportant chaque année quelque 10 milliards de francs au budget de la nation. Mais au nom de la très sainte concurrence qui constitue le fondement de toute la politique européenne, on sépara P et T, avec tout ce que cela implique de dégradation du service public. Or, ne voilà-t-il pas qu’on nous annonce que « la Poste accélère son arrivée dans la téléphonie mobile » [3] !! Selon une dépêche de l’AFP, la Poste lancera début 2011 un service de téléphonie mobile grâce à la prise de contrôle de Debitel, filiale de l’opérateur téléphonique SFR. « C’était pas la peine assurément… » ! Ce qui est certain, en tous cas, c’est que le nouveau groupe ne versera rien au budget national.

Un scandale de plus

Depuis 1975, les laboratoires Servier, deuxième groupe pharmaceutique français, fabriquent et commercialisent le Médiator, un médicament prescrit aux diabétiques en surpoids, souvent utilisé aussi comme coupe-faim. En France, il a été prescrit (et remboursé par la sécurité sociale) à près de 3 millions de personnes jusqu’à son retrait du marché en novembre 2009. Or, dès 1997, les États-Unis avaient interdit les médicaments appartenant à la même famille que le Médiator. Un premier cas de maladie cardiaque grave chez un malade prenant du médiator a été signalé en 1999. En 2005, l’Espagne l’interdit à la suite du décès d’un patient prenant du Médiator. Malgré les demandes répétées de déremboursement par les autorités compétentes, le laboratoire Servier continue à vanter son “médicament”. Une enquête de la Caisse Nationale d’Assurance Maladie (la CLAM) conclut que le Médiator est responsable d’au moins 500 morts et de 3.500 hospitalisations. Servier répond froidement : « c’est à se demander si cette affaire est une fabrication destinée à embêter le gouvernement ». Pourquoi avoir attendu si longtemps pour interdire le médicament ? Est-ce parce que l’Agence de sécurité sanitaire des produits de santé est entièrement financée par les laboratoires pharmaceutiques ? Ou parce que le patron de ce laboratoire, situé à Neuilly, Jacques Servier, est un familier de Nicolas Sarkozy qui lui a remis personnellement la grand croix de la Légion d’honneur le 7 juillet 2009 ?

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[1] Le Monde Économie, 16/11/2010.

[2] Hartz était le Conseiller économique du Chancellier Gerhard Schröder.

[3] Le Monde 24/11/2010.

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Éditorial

MERDeS

par M.-L. DUBOIN
31 décembre 2010

C’est peut-être parce que Frédéric Lordon [1], avec son humour habituel, s’est aperçu que le nom du projet proposé par Angela Merkel pour défendre l’euro, Sovereign Debt Restructuring Mechanism, donne en français mécanisme européen de restructuration des dettes souveraines, dont le sigle MERDeS semble si approprié, qu’on préfère officiellement le traduire par mécanisme européen de stabilité (MES) !

Pour comprendre ce que cela signifie il faut revenir sur la succession des mesures prises par les gouvernements face à la crise financière survenue à la mi-2007 aux États-Unis et dont les effets ont atteint ensuite l’Europe.

Premier acte, les États volent au secours des banques menacées de faillite pour avoir trop légèrement ouvert des crédits ; ils leur garantissent les capitaux dont elles ont besoin [2]. Le but proclamé de ces mesures n’est donc pas, comme on aurait pu l’espérer, de protéger les populations contre les abus du système financier mais au contraire de les contraindre pour relancer ce système, prétendument indispensable.

Cette garantie pèse évidemment trop lourd sur les budgets publics, d’autant que les recettes fiscales avaient été réduites. Les marchés financiers (c’est-à-dire les investisseurs institutionnels : banques, sociétés d’assurance, fonds de retraite, fonds de placements, etc.) craignent donc que les États trop endettés ne puissent plus rembourser les sommes qu’ils leur empruntent et par conséquent, ils exigent d’eux des taux d’intérêt plus élevés.

En Europe, c’est la Grèce qui, au printemps dernier, a été la première à avoir une dette insupportable (estimée fin 2009 à 273 milliards d’euros).

Alors le 9 mai 2010 [3], devant la crainte que la situation grecque entraîne la chute de l’euro, les États de l’Union Économique et Monétaire (UEM =la zone euro) prennent en urgence deux très lourdes décisions : a) créer un fonds de secours, l’European Financial Stability Facility (EFSF) pour pouvoir prêter aux États de l’UEM à des taux moins élevés que ceux des marchés financiers, et b) imposer un plan de rigueur à ces États trop endettés.

Chacune de ces deux mesures constituait une complète volte-face. La première allait à l’encontre des traités européens qui interdisent aux Banques centrales de prêter aux États. La seconde allait à l’encontre de toutes les politiques de relance qui étaient alors à la mode : en France, par exemple, un “ministère de la relance” venait d’être créé “pour sortir de la crise économique”. (Au fait, qu’est devenu ce ministère confié à P.Devedjian ? Il a vite disparu, en douce…)

Ces mesures bafouant les traités européens et ces restrictions “forcenées“ allaient-elles au moins être suffisantes ? Oui pour les banques, au moins dans l’immédiat, elles ont repris du poil de la bête : Goldman Sachs, par exemple, affichait, au second trimestre de cette année des profits en augmentation de 65 % et pouvait réserver la bagatelle de 6 milliards de dollars aux bonus de ses employés.

Mais non pour les États en difficulté, car le fonds EFSF, même avec le prêt supplémentaire du FMI, est loin de faire le poids : les gouvernements de l’Eurogroupe ont seulement oublié que la Grèce n’était pas le seul pays endetté : fin 2009 aussi l’Irlande devait 104 milliards d’euros, l’Espagne 560, le Portugal 1.260, etc… Ces pays vont donc devoir emprunter des euros. Et pour cela leurs gouvernements, atteints par la folie collective, ne rêvent que de s’adresser aux marchés financiers, sachant pourtant que ceux-ci vont exiger des taux insupportables (près de 9 % à l’Irlande). Leur idée fixe est de croire leur faire baisser ces taux en séduisant les marchés par de nouveaux programmes d’austérité. Une deuxième vague de restrictions des dépenses sociales vient donc de suivre celle du printemps dernier.

L’Irlande, (photo ci-dessous), en est même à son troisième programme de restrictions, imposé pour obtenir du EFSF une avance de 85 milliards d’euros destinée surtout à sauver ses banques de la faillite.

C’est d’autant plus absurde que les marchés, eux, ne croient évidemment pas que réduire ainsi le pouvoir d’achat des consommateurs puisse relancer l’économie ! C’est même un “manager de fonds” irlandais qui en est arrivé à dire : « la question est de savoir combien de temps la population va supporter d’être ainsi écorchée vive […] à un moment ou un autre, d’ici 12 à 18 mois, il va y avoir un mouvement contre l’approfondissement de l’austérité, c’est certain. » [1]

Il faudra peut-être ce délai pour que tous les effets de cette politique soient évidents, mais les conséquences en sont déjà assez sensibles pour que les populations commencent à comprendre et le manifestent. En France, par exemple, la réforme des retraites en a été le déclencheur.

Les gouvernements européens, A.Merkel et N. Sarkozy en tête, ont peine à cacher leur angoisse en se concertant pour sauver l’euro. Notre distinguée Ministre des finances vient de le prouver en lâchant : « L’Europe est difficile à comprendre » ! Mais ils veulent rassurer : il n’y a aucun souci à se faire, il faut avoir confiance dans cette Union européenne [4], dont les traités constitutifs ont été conçus pour résoudre les problèmes économiques (c’est ce qu’annonçaient les discours officiels pour les imposer) ?

Las, l’enquête publiée le 26 novembre par la Deutsche Bank [5] met en évidence une autre raison : ce sont les banques allemandes et françaises qui détenaient le plus de créances (publiques et privées) sur la Grèce, l’Irlande et le Portugal (213 milliards d’euros pour les allemandes, 142 pour les françaises) ! Le souci de nos dirigeants est donc plutôt de veiller à ce que les banques de leurs pays reçoivent tous les intérêts qu’elles attendent des crédits qu’elles ont ouverts à la Grèce et aux autres pays de “l’Union”.

De plus, l’Allemagne, estimant être un modèle de rigueur, refuse que son austérité serve à porter secours à des pays qui n’exigent pas les mêmes sacrifices qu’elle.

Alors Merkel et Sarkozy proposent de réviser le traité de Lisbonne pour y apporter deux modifications. La première serait d’instituer un Sovereign Debt Restructuring Mechanism. Il s’agit, à échéance de la garantie ESFS, à la mi-2013, de renvoyer les pays de la zone euro menacés de faillite discuter directement avec leurs créanciers internationaux. Cette procédure est “décalquée” du Droit des faillites privées, où elle aboutit à un allègement ou à un rééchelonnement de la dette. Ce qui est un compromis raisonnable puisqu’il est de l’intérêt bien compris tant du débiteur, c’est évident, que de ses créanciers, qui évitent de tout perdre en acceptant de ne pas tout avoir. Mais les grands fonds internationaux qui achètent des obligations d’État s’insurgent : ils ne veulent rien lâcher tant qu’ils gardent l’espoir qu’il reste encore une dépense publique à couper pour leur servir des intérêts : « quitte à atteindre ce point-limite où le paiement de la dette aurait complètement évincé les dépenses publiques sociales et où les prélèvements obligatoires leur seraient entièrement consacrés » [1].

C’est pour cette raison qu’en 2001 Wall Street a déjà fait avorter un projet semblable !

Si une telle procédure peut aboutir quand il s’agit de Droit privé, ce n’est pas parce que les créanciers d’une entreprise en règlement judiciaire sont mieux disposés à accepter une perte, même relativement légère. C’est, explique F. Lordon, parce qu’il existe au-dessus d’eux une véritable force, étatique, capable de leur imposer le Droit national. Alors que ni le FMI au plan mondial, ni la Commission au plan européen n’ont cette force. Il n’y a pas de Tribunal de commerce à l’échelle internationale. Si le projet MERDeS mérite si bien son sigle c’est parce qu’il va ainsi se heurter au fait qu’aucune institution n’a été investie de la force nécessaire pour obliger les investisseurs internationaux à accepter un compromis raisonnable.

Ces derniers ont donc le champ libre pour imposer leurs exigences. Et ils « disposent encore de tous les moyens structurels de déclencher une nouvelle tempête spéculative et de faire plier un peu plus les gouvernements » [1]…comme le prouvent, en effet, les programmes d’austérité que ces derniers imposent. Et, en effet, le retrait de la garantie européenne risque fort de relancer la spéculation contre les titres souverains de la zone euro et d’y aloudir encore plus le financement des États… !

La seconde modification proposée va plus loin dans l’escalade et l’aveuglement. Pour compenser l’absence de la garantie EFSF, il s’agit de donner, par un “pacte durci”, de nouveaux gages aux marchés. « Nous appliquerons en Europe la doctrine du Fonds monétaire international », explique, en l’approuvant, le président de la BCE, J-C Trichet [5]. « Les efforts seront intensifiés » a insisté le Commissaire européen aux affaires économiques [5].

Ils s’entêtent donc tous à prétendre qu’un nouveau tour de vis est exigé par les marchés pour être à l’abri de tout risque de défaut ! Alors que ces derniers ont déjà pouvé qu’ils ne croient guère à cette fable et que les populations n’en peuvent plus de travailler plus pour se serrer la ceinture encore plus.

Le drame actuel a donc bien son origine dans la démission des décideurs politiques face à la finance, comme le montrait Mais où va l’argent ? dès mars 2007, en rappelant comment la monnaie a évolué au cours de l’histoire. Cette crise financière, pire que les précédentes, et la façon dont les gouvernements y réagissent, en font une autre démonstration… en plus pénible.

*

Mais les seuls coupables ne sont pas les politiciens mal conseillés par des économistes patentés… Leurs électeurs le sont autant qu’eux.

D’abord parce qu’ils ont eu tort de leur faire confiance. Comme ils ont tort aujourd’hui de les croire quand ils tentent de se disculper en affirmant qu’ils “sont obligés” parce que si le système bancaire était en faillite, ce serait la pire des catastrophes. Comme ils ont tort de prendre le Directeur du FMI pour un “homme de gauche”. Et comme ils auraient tort de croire dans un parti pour qui le capitalisme n’a pas d’alternative et qui prétendrait qu’étant élu il le réformera !

Si la finance a pris le pouvoir, si elle peut imposer sa politique aux gouvernements, si elle a les moyens de faire prévaloir ses intérêts au mépris de ceux des populations, c’est bien parce que ces dernières se sont résignées. C’est parce qu’elles se sont laissées trop longtemps conditionner, et qu’elles préfèrent rester dans l’ignorance de tout ce qui touche à ce “domaine (trop) réservé” qu’est la finance. Cette résignation a élevé un mur d’incrédibilité qui parait colossal quand on s’y heurte en osant faire des propositions vraiment différentes : imaginer que l’argent ne circule pas pour ne plus pouvoir rapporter en étant “placé”, mais c’est impensable, “forcément” ! En l’évoquant vous passez automatiquement pour un doux rêveur, un peu simpliste, un “utopiste”, un “irréaliste”. C’est devenu un réflexe. Quelle bêtise navrante, alors que l’irréalisme est dans l’autre camp !

Leur résignation a empêché les populations de s’organiser, de voir comment il lui est possible de créer démocratiquement une monnaie qui ne permette pas à quelques uns de s’enrichir en dépouillant les autres. Ainsi préparée, la société civile aurait été capable d’entériner la faillite du sytème bancaire, en exigeant le paiement en monnaie légale de tous ses avoirs.

On aurait préféré que ce soit ainsi la sagesse qui l’emportât, dans la paix. Alors que c’est l’inconscience avec laquelle les gouvernements font payer aux populations les abus du monde de la finance, c’est l’excès insupportable de leurs politiques de rigueur, c’est la conscience des dangers de tous ordres qu’ils s’obstinent, malgré conférences aux sommets, promesses et belles déclarations, à ignorer, c’est toutes ces preuves de leur mépris de la réalité qui est en train d’entamer la résignation générale et va probablement déclencher contre eux une guerre civile mondiale…

L’échec de l’Union européenne à sauver sa monnaie unique pourrait bien, dans le délai de 12-18 mois évoqué plus haut, être l’occasion pour les peuples malmenés d’y imposer enfin la démocratie.

Si, saisissant cette chance, ils l’inventent enfin !

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[1] Crise européenne, par F. Lordon, forum social du Morbihan sur internet à l’adresse : http://fsl56.org/les actualites/crise européenne

[2] Voir par exemple GR 1108, p.3

[3] Voir GR 1110, p.3, “Acharnement thérapeutique”.

[4] À ce sujet, lire plus loin, page 12, la traduction d’un article du Daily Telegraph.

[5] Le Monde 30/11/2010.

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Dès la première journée des grandes manifestations d’opposition à la contre-réforme des retraites, un slogan est apparu dans la foule, qui suscita l’intérêt des participants eux-mêmes.

Pour Guy Évrard, en dépit de l’issue provisoire du conflit social, c’est le signe encourageant de consciences qui ont résisté, longtemps en silence, au néolibéralisme triomphant.

Je lutte des classes

par G. ÉVRARD
31 décembre 2010

« Où avez-vous trouvé cet autocollant ? » (photo ci-contre à gauche) [1] nous demandent des manifestants, comme si la grammaire bafouée aidait soudain à la renaissance d’une évidence qui n’aurait jamais dû s’effacer de la mémoire collective. Admettons que les plus jeunes puissent s’interroger sur la signification politique profonde du message, après trente ans de néolibéralisme triomphant et la célébration de la fin de l’histoire. En tout cas, les tenants du pouvoir économique, ainsi que leurs relais politiques et médiatiques, qui incitent tant à l’amnésie, en connaissent bien les ressorts. Ainsi, le milliardaire américain Warren Buffet, l’une des plus grosses fortunes du monde, déclarait le 25 mai 2005 à CNN [2] : « Il y a une guerre des classes, c’est un fait, mais c’est ma classe, la classe des riches, qui mène cette guerre, et nous sommes en train de la gagner ».

La lutte des classes oubliée ?

La contre-révolution néolibérale, d’essence anglo-saxonne, s’est développée au début des années 1980 sous l’impulsion de Ronald Reagan et de Margaret Thatcher. Théorisée à cette époque par Milton Friedman [3] et après une première mise en œuvre radicale dans le Chili d’Augusto Pinochet, suite au coup d’État de 1973, puis comme sacralisée par l’échec de l’URSS et la chute du Mur de Berlin, elle a effectivement sonné le glas de l’utopie socialiste pour de nombreuses années. Friedman, avec Friedrich Hayek, ont sans doute le plus inspiré les néolibéraux pour lesquels la réduction du rôle de l’Etat, dans une économie de marché, est le seul moyen d’atteindre la liberté politique et économique. Outre les idées socialistes, ils refoulaient en même temps la stratégie économique de John Maynard Keynes alors en vogue aux États-Unis et en Europe, au cours des Trente Glorieuses.

Trouvant de nombreux relais chez des économistes auréolés du pseudo prix Nobel d’économie [*], bien sûr dans les formations politiques de la droite et jusque dans les rangs de la social-démocratie, sans oublier chez la multitude de courtisans dans la presse et les autres médias, la pression idéologique gomma progressivement la notion même de classe sociale pour laisser croire que les lois de l’économie sont imparables et que dans une organisation libérale de la société, au sens plein du terme, chacun peut s’essayer à grimper sur l’échelle de la fortune et prendre sa part du gâteau. La lutte des classes était ainsi rangée au musée des accessoires du marxisme.

C’est peut-être dans la théorie dite néoclassique, initiée notamment par Léon Walras, au dernier quart du 19ème siècle, que l’on reconnaît les ingrédients qui vont inspirer la manœuvre d’effacement de l’analyse marxiste. Les néoclassiques affirment que c’est le processus marchand qui est à l’origine de la valeur et non plus le processus de production. L’essence de la valeur objective se trouverait ainsi dans la sphère subjective et individuelle du désir, et non plus dans la quantité de travail incorporée lors de la production. Le prix du marché ne serait plus déterminé par le coût de production, mais découlerait des désirs des agents. Dans ce contexte, l’individu n’est plus positionné dans une société stratifiée en classes sociales en fonction de son rôle dans le processus productif, mais il devient souverain, exclusivement défini par sa rationalité et ses références subjectives : l’homo œconomicus [4]. Bien que la théorie moderne de l’équilibre général dans laquelle débouche l’approche néoclassique se révèle plus tard en échec, l’effacement des classes sociales, et donc de la lutte des classes, reste évidemment bien commode dans la pensée libérale.

Depuis les dernières décennies du 20ème siècle, la mondialisation de l’économie, adossée au dogme de la libre concurrence, émiette progressivement le tissu industriel des pays occidentaux, mis en place au cours des 19ème et 20ème siècles, vers des pays où s’ouvrent de nouveaux marchés et/ou pour profiter d’une main d’œuvre locale exploitable sans obstacle. Le processus bat son plein de nos jours grâce au développement considérable des moyens de transport et de communication, ainsi qu’à l’énergie provisoirement encore bon marché.

En France, la classe ouvrière, force incontestable à l’époque de la grande industrie, organisée au fil des luttes et des grands mouvements populaires qui ont embrasé notre pays depuis la Révolution, s’est trouvée peu à peu disjointe, perdant sans doute effectivement sa culture de classe [5] (graphique ci-contre). Le plus souvent en subissant une plus grande précarité. Parfois, bénéficiant de l’ascenseur social républicain et rejoignant ainsi la petite bourgeoisie à la faveur du développement technique et économique. L’économiste Bernard Marris, qui dit adhérer totalement à l’analyse économique de Marx, déplore néanmoins l’erreur du philosophe quant à l’évolution de la société [6]. L’émergence d’une classe ouvrière éclairée qui accéderait au pouvoir ne s’est pas réalisée et la transformation du monde devra donc s’appuyer sur une base populaire beaucoup plus large. Cependant, les menaces qui pèsent aujourd’hui sur les classes moyennes, acquises souvent à un individualisme défensif, sont-elles les prémisses de la prolétarisation annoncée [7] ?. J-E Ducoin s’interroge doublement : « Assistons-nous à la prolétarisation du monde ou à une nouvelle lutte des classes ? » [8]

La lutte retrouvée contre le capitalisme

« Le monde des possédants redécouvre l’existence des possédés, les dominés se retournent contre les dominants. Au fond, l’aspiration à l’égalité est toujours présente dans ce vieux pays. Malgré les années d’individualisation à marche forcée, il était temps qu’on sorte de cette nuit d’insomnie. Et si ça ne faisait que commencer ? » Ce sont les propos d’un “vieux bonhomme” recueillis au cours d’une manifestation dans une petite ville de province et rapportés également par J-E Ducoin [9]. Voilà, anonyme dans les foules de manifestants, la preuve réconfortante que les affirmations péremptoires des néolibéraux ne peuvent masquer indéfiniment l’ennemi de classe, le capitalisme. Car enfin, rappelons-nous aussi ce que déclarait Denis Kessler, ancien vice-président du Medef (de 1998 à 2002), au mensuel économique Challenges, en 2007 : « Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945 et de défaire méthodiquement le programme du Conseil National de la Résistance ! » [10]. La lecture complète de l’article ne fait que convaincre davantage que « la guerre des classes » dont parlait ouvertement Warren Buffet était bien au programme de Nicolas Sarkozy, alors fraîchement élu Président de la République.

La plupart des commentateurs qui ont suivi attentivement les grandes manifestations ou qui ont écouté les grévistes aux portes de leurs entreprises ont dû reconnaître que la protestation ne se limitait pas au refus de la contre-réforme des retraites. Au-delà de l’injustice d’une loi qui entend faire peser sur les salariés l’essentiel des mesures de financement, pénalisant encore davantage les plus défavorisés, sans rien régler sur le long terme, les slogans, les banderoles, les calicots et les propos échangés reflétaient la prise de conscience générale d’une attaque frontale contre l’ensemble des droits sociaux chèrement acquis au cours de deux siècles de luttes d’émancipation. Une régression d’autant plus inacceptable que les connivences entre le pouvoir politique et l’oligarchie de la grande bourgeoisie de la finance et de l’industrie, les rémunérations mirifiques que l’on n’ose plus appeler salaires attribuées à leurs serviteurs dirigeants des grandes entreprises, les dividendes versés aux actionnaires toujours plus gourmands dans la répartition de la plus-value, l’orientation des ressources financières vers la spéculation plutôt que vers l’investissement productif, tout cela n’en finissait pas de s’étaler au grand jour depuis trop longtemps. Et puis, ce mépris des femmes et des hommes que nos dirigeants ne conçoivent qu’au travail ou laissés sur le bord du chemin, avant d’être relégués dans une fin de vie où on leur refuse même le temps d’échanger enfin du lien social, a sans doute fini de convaincre que non, un tel retour en arrière vers l’aliénation n’était décidément pas acceptable. Tous les ingrédients étaient ainsi réunis pour souligner l’opposition entre l’intérêt des salariés, une immense majorité, et l’intérêt des tenants de la puissance économique et du pouvoir politique actuel à leur service, une petite minorité. C’est-à-dire pour réveiller la lutte des classes !

Si le terme de classe se retrouve effectivement dans les analyses et commentaires, sauf bien sûr chez les serviteurs zélés du libéralisme, on voit poindre également l’idée qu’il est temps de construire un nouvel ordre social, une nouvelle démocratie, un nouvel avenir. Comme si la volonté revancharde du pouvoir avait fait éclore, en réaction, l’envie d’écrire une nouvelle page des mouvements populaires. C’est d’abord la résistance, confiante et durable, que traduit l’analyse d’Edwy Plenel dans un article de Médiapart intitulé L’heure du peuple : « C’est ainsi toute la société qui gronde, consciente de l’enjeu symbolique de la bataille des retraites. Sera-t-elle abaissée et humiliée par un pouvoir arrogant qui diffuse peur et défiance, insécurités et divisions, pour mieux imposer les intérêts d’une minorité oligarchique ? Ou bien sera-t-elle relevée et rehaussée par sa propre volonté rassemblée, retrouvant confiance en elle-même afin d’imposer les exigences du plus grand nombre contre les privilèges de quelques-uns ? Deux interrogations qui n’excluent pas un troisième scénario : une société apparemment défaite mais secrètement victorieuse, offrant à ce pouvoir aveugle une victoire à la Pyrrhus tandis qu’elle entrerait durablement et profondément en dissidence, patiemment et paisiblement réfractaire » [11].

Mais c’est aussi la volonté offensive pour trouver, enfin, une véritable issue politique. Ainsi, Jean-Marie Harribey, ancien président d’Attac France, dans une chronique intitulée « Un Front populaire de transformation sociale », parue dans Politis : « A crise globale, réponse globale, c’est-à-dire à la conscience sociale des classes populaires doit correspondre urgemment une traduction politique à la hauteur de l’enjeu : jeter le capital hors de la protection sociale, des services publics et du bien commun, afin d’amorcer un processus de transformation ouvrant la voie vers un dépassement du capitalisme » [12]. Et Christian Piquet, porte-parole de la Gauche unitaire (issue du NPA), au sein du Front de Gauche : « deux logiques traversent la gauche. L’une prétend qu’on ne peut échapper aux diktats des marchés (…). L’autre considère que la crise du capitalisme ne laisse aucun espace aux demi-mesures, elle affirme qu’il est grand temps de gouverner contre les banques et les actionnaires, de redistribuer radicalement les richesses, de s’appuyer en permanence sur la mobilisation des travailleurs ; dit autrement, elle s’oriente vers un nouveau Front populaire. Pour que change profondément la vie de la population, cette logique doit devenir majoritaire à gauche et dans le pays » [13]. Ces références au Front populaire de 1936, un grand moment de la lutte des classes en France, se rencontrèrent souvent dans les manifestations de septembre et d’octobre.

D’autres soulignent la solidarité entre générations, à l’envers de celle, culpabilisante, que le pouvoir a tenté de mettre en avant à l’appui de sa politique de régression sociale. Ainsi, Jacques Broda, sociologue : « Chaque génération dialogue avec le siècle, elle bénéficie des acquis, des droits gagnés de hautes luttes, elle doit les défendre, en conquérir de nouveaux. (…) L’ingratitude sociale, c’est quand une génération dilapide les biens d’héritage, droits, valeurs, organisations, l’ingratitude sociale, c’est l’absence de dette symbolique. (…) La lutte des classes transcende le conflit des générations » [14].

On pourrait, ainsi, multiplier les citations, tant la réflexion fut nourrie au fil des évènements. Quant au sens du JE écrit en lettres rouges dans le slogan, pour le philosophe Pierre Dardot et le sociologue Christian Laval : « Le ‘Je’ de la formule exprime la conscience que le collectif ne se construira que par un engagement de la subjectivité individuelle dans l’action commune : en ce sens il témoigne, non certes de ce que la lutte des classes est une ‘idée neuve’, mais assurément que la lutte des classes est affaire de pratiques nouvelles » [15]. Et, enfin, pour Geneviève Fraisse, philosophe : « C’est une formule géniale, avec un sens politique extrêmement riche. Dans ce temps d’individualisme forcené dont on nous rebat les oreilles, ce ‘Je lutte des classes’ remet l’individu dans le collectif. (…) il dit qu’à l’intérieur du collectif des sujets individuels ont quelque chose à dire, qu’ils pensent et luttent » [16].

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[1] http://www.humaginaire.net/post/Demain,-je-lutte-des-classes et l’Humanité du 7/9/2010.

[2] Michel Pinçon et Monique Pinçon Charlot, Le président des riches - Enquête sur l’oligarchie dans la France de Nicolas Sarkozy, citation de Warren Buffet en exergue, Zones éditions, septembre 2010. - Déclaration reprise dans le New York Times du 26/11/2006 http://www.nytimes.com/2006/11/26/business/yourmoney/26every.html ?_r=2

[3] Serge Halimi, Milton Friedman n’est pas mort, Le Monde Diplomatique, novembre 2006. Voir aussi, par exemple : http://fr.wikipedia.org/wiki/Milton_Friedman

[*] Le prix Nobel d’économie est en réalité le prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel. Il est financé par la banque et non pas par la Fondation Nobel, qui a accepté néanmoins qu’il soit délivré avec le même protocole que les prix Nobel, d’où la confusion soigneusement entretenue par les économistes. Lire à ce sujet : Hazel Henderson, Prix Nobel d’économie - L’imposture, Le Monde Diplomatique, février 2005.

[4] Nicolas Postel, Les approches du marché, Alternatives Economiques, hors-série N°77, L’économie de marché, 3ème trimestre 2008, pp.20-25.

[5] Olivier Marchand, 50 ans de mutations de l’emploi, Insee Première, n°1312, septembre 2010. http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp ?ref_id=ip1312 - Ces données sont également analysées dans : Marché du travail : cinquante ans de mutations, Alternatives Economiques n°296, novembre 2010. http://www.alternatives-economiques.fr/marche-du-travailcinquante-ans-demutations_fr_art_965_51733.html

[6] Bernard Marris, L’invité du jour, France-Culture, le 27/9/2010, 7h40-7h55, émission de Marc Voinchet. http://www.franceculture.com:80/emission-l-invite-du-jour-bernard-maris-2010-09-27.html - Bernard Maris, Marx, ô Marx, pourquoi m’as-tu abandonné ? éd. Les échappés, 2010.

[7] Karl Marx et Friedrich Engels, Le manifeste du parti communiste, chap.I Bourgeois et prolétaires, 1847-1848. http://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/00/kmfe18470000a.htm#sect1

[8] Le bloc-notes de J.-E. Ducoin, Reliefs, l’Humanité des débats, 25/9/ 2010.

[9] Le bloc-notes de J.-E. Ducoin, Présent(s), l’Humanité des débats, 30/10/ 2010.

[10] D.Kessler, Adieu 1945, raccrochons notre pays au monde ! Challenges, 4/10/ 2007. http://www.challenges.fr/magazine/analyse/0094-005304/adieu-1945-raccrochons-notre-pays-au-monde.html

[11] Edwy Plenel, L’heure du peuple, Médiapart, 20/10/2010. http://www.mediapart.fr/journal/france/201010/lheure-du-peuple

[12] J.-M. Harribey, Un front populaire de transformation sociale, Politis, n°1124, 28/10/ 2010. - Texte repris dans Alternatives Economiques.fr, 29 /10/2010. http://alternatives-economiques.fr/blogs/harribey/2010/10/29/un-front-populaire-de-transformation-sociale/

[13] Christian Piquet : « Les salariés luttent au nom du bien commun », entretien réalisé par Mina Kaci, l’Humanité, 11/10/2010.

[14] Jacques Broda, Jeunes, les lignes qui bougent, l’Humanité, 20/10/2010.

[15] Pierre Dardot et Christian Laval, « Je lutte des classes » ! Résistances et contre-conduites sous le néolibéralisme, l’Humanité Dimanche, n°231, 7/10/2010.
- Introduit par C. Laval dans Médiapart, 23/10/2010. http://www.mediapart.fr/club/blog/christian-laval/231010/je-lutte-des-classes

[16] Geneviève Fraisse : « Dans ce mouvement, je vois aussi une grande colère », entretien réalisé par Jacqueline Sellem, l’Humanité, 22/10/2010.

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Après avoir traité du travail et de l’emploi, Roland Poquet aborde maintenant les revenus des travailleurs, la relation salariale :

Le mariage emploi-revenu

par R. POQUET
31 décembre 2010

Notre système économique, fondé sur l’échange, a pris appui jusqu’à présent sur le socle travail/revenu dont nous ne cesserons de rappeler le mécanisme : j’offre ma force de travail pour, en échange, recevoir un salaire qui me permettra d’acquérir une partie de la richesse créée, la vente des produits dégageant un bénéfice qui, en partie réinvesti, permettra à nouveau le versement d’un salaire … et le cycle de l’échange de reprendre. Ce cycle a fonctionné tant que l’offre était insuffisante par rapport à la demande : salaires et emplois grimpaient allègrement de concert. Le premier coup de semonce a été donné en 1929 et le second au début des années 70 : depuis, la demande ne parvient plus à suivre l’offre des produits et, par voie de conséquence, la croissance perd de son intensité d’année en année : alors qu’elle était de 5,6% dans les années 60, elle tombe à 3,7% dans les années 70, à 2,2% dans les années 80, 1,8% dans les années 90, et est devenue quasiment nulle de nos jours. Le socle vertueux travail / revenu a basculé et, sous la pression de la concurrence internationale et surtout des technologies appliquées à la production et à la distribution, le chômage n’a cessé de progresser jusqu’à atteindre 10 % de la population active. Cela fait quarante ans que le phénomène se développe et s’avère irréductible à toute résorption. C’est alors qu’apparaissent un certain nombre de paradoxes qui dévoilent l’aspect irrationnel de l’économie de l’échange. Nous en citerons quelques-uns parmi ceux qui affectent les domaines de l’emploi et des revenus :

•une France, considérée comme la cinquième puissance mondiale, qui voit augmenter, impuissante, la paupérisation de sa population et, partant, se développer le recours à la charité organisée.

•une économie de gaspillage qui pousse la production à son maximum afin de maintenir emplois, salaires et profits, alors que les ressources de la planète s’épuisent et que les pollutions menacent le bien-vivre de l’humanité.

•des “seniors“ tenus de travailler au-delà de 60 ans et qui ne le veulent pas, tandis que des centaines de milliers de “jeunes“ veulent entrer dans la sphère du travail mais ne le peuvent pas.

•une formation hautement souhaitable mais qui se heurte à l’incohérence des marchés : se former, pour quoi, comment, alors que des “bac+ 5” ne trouvent pas à s’employer.

•une insuffisance criante de personnel dans les secteurs à forte implication humaine - santé publique, enseignement, justice, police, recherche, culture, services à la personne… - mais ces secteurs souffrent d’une absence totale de rentabilité si bien qu’ils ne peuvent bénéficier du personnel indispensable.

Face à ce naufrage collectif, à cette déperdition d’emplois, le pouvoir en place - quel qu’il soit – se trouve acculé à user d’expédients : comme l’emploi se dérobe, entrainant dans sa chute la formation des revenus, sauvons cette fois le “soldat” revenu en distribuant aides, allocations, compléments, primes, couvertures financières… La liste de ces revenus, attribués à des millions de personnes par l’État et les Collectivités territoriales sans contrepartie d’une tâche quelconque, est impressionnante, mais ne prétend pas, hélas, être exhaustive.

La voici :

Revenus distribués sans travail en contrepartie

Demandeurs d’emploi :
- Contrat de transition professionnelle (CTP)
- Contrat d’insertion dans la vie sociale (civis)
- Revenu de solidarité active (RSA), a remplacé au 1/07/09 le RMI et l’API (allocation de parent isolé).
- Allocation exceptionnelle pour les chômeurs en fin de droit.
- Allocation aux adultes handicapés
- Allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE)
- Allocation de solidarité spécifique (ASS)
- Allocation temporaire d’attente (ATA)
- Allocation équivalent retraite (AER)
- Allocation de préretraite de licenciement (AFSNE)
- Allocation de préretraite progressive.

Elever les enfants :

A partir du premier enfant :
- La prime à la naissance ou à l’adoption
- L’allocation de base
- Le complément optionnel de libre choix d’activité
- Le complément de libre choix du mode de garde
- L’aide à la famille pour l’emploi d’une assistante maternelle agréée
- L’allocation de garde d’enfant à domicile
- L’allocation de soutien familial
- L’allocation d’éducation de l’enfant handicapé
- L’allocation journalière de présence parentale
- L’allocation de rentrée scolaire

A partir du deuxième enfant :
- Les allocations familiales

Trois enfants et plus :
- Le complément familial

Le logement :
- Aide personnalisée au logement (APL)
- Aide pour le logement et l’exclusion sociale
- Allocation de logement familiale
- Allocation de logement sociale
- La prime de déménagement
- Le prêt à l’amélioration de l’habitat
- L’allocation d’installation étudiante

Aides diverses :
- Allocation de solidarité aux personnes âgées
- Allocation d’accompagnement d’un proche en fin de vie
- Allocation personnalisée à l’autonomie
- Allocation ou pension d’invalidité
- Allocation de chômage
- Allocation de veuvage
- Couverture maladie universelle (CMU)
- Bourses aux étudiants
- Complémentaire santé aux étudiants

Pensions – Retraites – Sécurité sociale Subventions :
- aux agriculteurs (70 % des revenus des agriculteurs proviennent des subventions)
- à l’industrie
- aux banques

N.B. Fin mars 2008 : les handicapés réclament un revenu d’existence.

Après avoir pris connaissance de cette liste, nous nous demandons si nous n’assistons pas au divorce d’un couple plusieurs fois millénaire : l’emploi et le revenu ? Sommes-nous au début d’un processus qui verra peu à peu le revenu détaché d’un emploi précis ? Les perspectives sont vertigineuses.

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Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde

20 ans de lutte
31 décembre 2010

1990 marque la création en Belgique du CADTM dans un contexte international déjà marqué par des soulèvements populaires au Sud contre les politiques d’ajustement structurel (PAS) imposées par la Banque mondiale et le FMI (Fonds Monétaire International).

Cela fait donc 20 ans que le CADTM milite sur tous les continents au côté d’hommes et de femmes qui se battent pour l’émancipation des peuples contre l’impérialisme, le néocolonialisme, le capitalisme et le patriarcat, en prenant comme angle d’attaque la dette.

Ancré, dès ses premiers pas, dans la construction du mouvement altermondialiste, notamment à travers diverses campagnes et conférences, le CADTM connaît un tournant en 1994, grâce au lancement d’un appel mondial « Banque mondiale, FMI, OMC : 50 ans, ça suffit ! » et à la co-organisation du sommet de Madrid « Les Autres Voix de la Planète » [1]. C’est à partir de ce moment que le CADTM va produire des publications à dimension internationale qui vont contribuer à la création de son réseau.

À partir de 1999, de nouveaux comités se constituent (en Afrique de l’Ouest, au Maghreb, en Afrique centrale, en France et en Suisse) tandis que d’autres associations s’intègrent au réseau …

L’énorme réussite de la conférence Dakar 2000 « Afrique : des résistances aux alternatives » dans un contexte de grandes mobilisations altermondialistes (manifestations massives contre la Banque mondiale, le FMI, l’OMC et le G8 en 1999 - 2000), suivie de la naissance du Forum social mondial en 2001 à Porto Alegre, ont donné des ailes au réseau CADTM, aujourd’hui présent dans 30 pays.

Son combat contre la dette du Tiers monde n’a alors cessé d’être reconnu internationalement. Au niveau institutionnel également, ses analyses ont percé.

À titre d’exemples, le CADTM a participé en 2007 - 2008 à la réalisation de l’audit de la dette en Équateur tandis que les notions juridiques de dette odieuse et de dette illégitime, portées par le réseau depuis de nombreuses années, font l’objet à présent de plusieurs rapports de l’ONU.

La crise qui a éclaté aux États-Unis en 2007 et a percuté l’Europe de plein fouet à partir de 2008 a logiquement conduit le CADTM à s’intéresser d’avantage à la dette publique du Nord en faisant le parallèle avec la dette du Sud.

Après toutes ces années, le CADTM est devenu le fer de lance de la lutte incessante contre le FMI, la Banque mondiale, le G8, le Club de Paris et toutes les institutions qui organisent la soumission des peuples aux diktats des créanciers.

Dans ce monde globalisé, seules une réflexion d’ensemble et l’élaboration de pistes alternatives globales peuvent déboucher sur la construction d’une logique radicalement différente.

Le CADTM s’y emploie chaque jour, sur tous les continents.

La Grande Relève a annoncé et analysé la plupart des travaux publiés par le CADTM, en recommandant leur lecture. Citons par exemple :
- La finance contre les peuples. La bourse ou la vie (2004),
- Le droit international, un instrument de lutte ? (2004),
- Les manifestes du possible (2004),
- L’Afrique sans dette (2005),
- Les tsunamis de la dette (2005),
- Menons l’enquête sur la dette (2005),
- Banque mondiale, le coup d’État permanent. L’agenda caché du consensus de Washington (2006),
- Les crimes de la dette (2007),
- Banque du sud et nouvelle crise internationale (2008),
- 60 questions, 60 réponses sur la dette, le FMI et la Banque mondiale (2008),
- En campagne contre la dette (2008).

Sophie Perchellet, en février dernier, nous avait exposé (GR 1106 p. 4) la situation dramatique de Haïti, ce pays dévasté par un séisme, après avoir été exploité presque tout au long de son histoire. En mars - avril elle y a effectué une mission de solidarité, point de départ de son livre :

que vient de publier le CADTM. À lire absolument pour comprendre ce qui se passe. On peut trouver tous ces ouvrages au secrétariat international du CADTM, 354 avenue de l’Observatoire, 4000 Liège, Belgique.

email pour tout renseignement : info@cadtm.org

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[1] Titre de la revue trimestrielle du CADTM qui propose des dossiers et des articles sur les thèmes développées par le CADTM et suit l’actualité de la dette, du mouvement altermondialiste et des grandes mobilisations internationales.

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Un lecteur nous a envoyé la traduction, faite par François Asselineau d’un article de Ambrose EVANS PRITCHARD, paru dans le Daily Telegraph du 16 novembre et qu’il juge particulièrement courageux. Cet article prouve, en effet, qu’au Royaume-Uni, l’un des quotidiens les plus anciens du monde n’hésite pas à publier une critique acerbe, mais documentée, sur les dirigeants européens, et, allant ainsi à l’encontre du discours officiel, ose alerter ses lecteurs. En voici l’essentiel :

L’horrible vérité commence à se faire jour sur les dirigeants européens

par A.E. PRITCHARD
31 décembre 2010

C’est désormais le projet européen en entier qui risque de se désintégrer, avec des conséquences stratégiques et économiques qui sont très difficiles à prévoir.

Dans un discours prononcé ce matin, le président de l’Union européenne Hermann Van Rompuy (par ailleurs poète et versificateur en japonais et en latin) a mis en garde : si les dirigeants européens ne traitent pas correctement la crise actuelle et laissent la zone euro se fracturer, ils détruiront l’UE elle-même. « Nous sommes dans une crise de survie. Nous devons tous travailler ensemble pour faire survivre la zone euro, parce que si nous n’arrivons pas à faire survivre la zone euro, nous n’arriverons pas non plus à faire survivre l’Union européenne » a-t-il lancé. Quoi qu’il s’agisse d’un thème on ne peut plus familier aux lecteurs du Daily Telegraph, entendre une telle confession cela n’en fait pas moins un choc, après toutes ces années, dans la bouche-même du président de l’Europe.

Il admet que le pari d’avoir lancé une monnaie prématurée et dysfonctionnelle, ne disposant ni d’un Trésor centralisé, ni d’une fusion des dettes nationales, ni d’un gouvernement économique pour la soutenir (et d’avoir, qui plus est, opéré ce lancement avant que les économies, les systèmes légaux, les pratiques de négociation salariales, la croissance de la productivité et l’élasticité des économies aux taux d’intérêt soient parvenus à un degré de convergence suffisant du nord au sud de l’Europe), ce pari est maintenant susceptible de provoquer un horrible retour de flammes.

Jacques Delors et ses compères fondateurs de l’union économique et monétaire (UEM) avaient pourtant été mis en garde par des économistes de la Commission, au début des années 90, que cette aventure insouciante ne pourrait pas fonctionner et qu’elle mènerait à une crise traumatique. Ils ont écarté les avertissements.

Ils avaient également été prévenus que les unions monétaires n’éliminent nullement les risques : elles ne font que les transformer, de risques sur les devises en risques sur les défauts de paiement. C’est pour cette raison qu’il était de la plus haute importance de disposer, dès le début, d’un mécanisme en état de fonctionnement pour résoudre les défauts sur les dettes souveraines ou les coupes obligataires, avec des règles claires pour établir la tarification appropriée à ce type de risque.

Mais non, les maîtres de l’UE n’ont rien voulu entendre. Ils ont considéré qu’il ne pourrait y avoir aucun défaut de paiement, et aucune mesure préparatoire n’a été prise, ni même autorisée, pour traiter une situation pourtant parfaitement prévisible. À leurs yeux, la foi politique seule suffisait.

Les investisseurs, qui auraient dû être mieux informés, sont tombés de plain pied dans le piège, en achetant de la dette souveraine grecque, portugaise et irlandaise à seulement 25-35 points de base au-dessus des Bons du Trésor. Au plus haut du boom, les fonds achetaient des bons espagnols avec un écart d’à peine 4 points de base. Nous voyons maintenant ce qu’il se produit quand on introduit un tel aléa dans le système, et que vous fermez en outre le thermostat d’alerte.

M. Delors avait raconté à ses collègues que n’importe quelle crise serait une “crise bénéfique”, qu’elle permettrait à l’UE de vaincre la résistance au fédéralisme fiscal et d’accumuler ainsi de nouveaux pouvoirs. Le but de l’UEM était politique et non pas économique, et c’est pourquoi les objections des économistes pouvaient heureusement être passées par pertes et profits. Une fois que le monnaie unique existerait, les États membres de l’UE abandonneraient leur souveraineté nationale pour lui permettre de fonctionner sur la durée. Elle conduirait ainsi inéluctablement au rêve de Jean Monnet d’un véritable État fédéral européen.

Faites donc entrer la crise !

Derrière ce pari, bien sûr, il était fait l’hypothèse que n’importe quelle crise pourrait être contenue à un coût supportable, une fois que les déséquilibres du système, « une même taille qui ne convient à personne » typique de l’UEM, aurait déjà atteint des niveaux catastrophiques, et que les bulles de crédit des pays du sud de l’Europe (baptisés le “Club Med”) et de l’Irlande se seraient effondrées. L’hypothèse était faite aussi que l’Allemagne, les Pays Bas, et la Finlande finiraient (sous l’avalanche des protestations) par se résoudre à payer la facture pour une “Transferunion” (=Union européenne fondée sur le transfert des richesses entre États membres).

Il se pourrait bien que nous soyons bientôt amenés à vérifier si ces deux hypothèses étaient correctes. Loin de lier tous les pays d’Europe, l’UEM mène à l’acrimonie et aux récriminations mutuelles. Nous avons assisté à une première éruption en début d’année, lorsque le vice Premier ministre grec a accusé les Allemands d’avoir volé l’or grec des chambres fortes de sa banque centrale et d’avoir tué 300.000 personnes sous l’Occupation nazie.

La Grèce est maintenant sous protectorat de l’UE, ou plus pudiquement de “Mémorandum” puisque c’est ainsi qu’on l’appelle. Ce qui a donné naissance à des attaques terroristes, piqûres d’épingle contre quiconque est lié de près ou de loin aux pouvoirs européens. L’Irlande et le Portugal sont un peu plus loin en arrière sur cette route qui conduit à la servitude, mais ils sont déjà confrontés à des politiques dictées directement depuis Bruxelles et ils seront bientôt placés à leur tour sous des protectorats formels, et ce dans tous les cas.

L’Espagne a plus ou moins été forcée de réduire les salaires de la fonction publique de 5% pour se conformer aux exigences de l’UE faites en mai. Tous doivent se plier au programme européen d’austérité, sans pouvoir compter sur le soulagement compensateur d’une dévaluation ou d’une politique monétaire plus accommodante.

Si tout cela continue l’année prochaine, avec un chômage à un niveau record ou même continuant à grimper encore plus haut, il va commencer à devenir important de s’interroger sur qui a la “propriété” politique sur l’ensemble de ces politiques. Est-ce vraiment le fruit d’un consentement pleinement démocratique ? Ou bien ces souffrances sont-elles imposées par des chefs suprêmes étrangers dans un but purement idéologique ? Il ne faut pas beaucoup d’imagination pour prévoir les effets de tout cela sur l’entente en Europe.

Mon opinion personnelle est que l’UE est devenue illégitime lorsqu’elle a refusé d’accepter le rejet de la Constitution européenne par les électeurs français et néerlandais en 2005. Il ne peut y avoir aucune justification pour faire revivre ce texte sous l’appellation de traité de Lisbonne et le faire adopter de force par une procédure parlementaire sans référendums, dans ce qui n’était au fond rien d’autre qu’un putsch autoritaire. (Oui, les parlements nationaux ont eux-mêmes été élus — il n’est pas utile de m’adresser des commentaires indignés pour le souligner — mais quel fut le motif pour que les gouvernements français et néerlandais refusent à leurs propres peuples de revoter dans ce cas précis ? Les chefs élus peuvent aussi violer la démocratie. Il y avait une fois un caporal autrichien…. mais n’entrons pas là dedans).

L’Irlande était le seul pays obligé par sa Constitution à organiser un référendum. Quand cet électorat seul a également voté Non, l’UE a de nouveau négligé le résultat et a intimidé l’Irlande pour qu’elle vote une deuxième fois afin d’obtenir le “bon vote”.

C’est le comportement d’une organisation proto-Fasciste. Ainsi, si l’Irlande maintenant — par une ironie de l’histoire et au nom de représailles méritées — enclenche la réaction en chaîne qui va détruire la zone euro et l’UE, il sera difficile de résister à la tentation d’ouvrir une bouteille de whiskey du Connemara pour savourer le moment. Mais il faudra résister à cette tentation. Car le cataclysme ne sera pas joli.

Ma pensée personnelle, pour tous ces vieux amis qui travaillent toujours pour les institutions de l’UE, est de savoir ce qui va arriver à leurs euro-retraites si ce qu’annonce M. Van Rompuy est exact.

Extraits du commentaire du traducteur :

« C’est avec un vif intérêt que j’ai pris connaissance de cet article du journaliste britannique Ambrose Evans-Pritchard […] D’abord parce que son auteur est l’un des meilleurs journalistes du Royaume-Uni, et sans doute l’un des meilleurs journalistes du monde. Il […] se fait un point d’honneur à découvrir la vérité derrière les mensonges officiels de tous les pouvoirs, puis d’en informer fidèlement et sans détours ses concitoyens. […] La preuve, très porteuse d’espoir, qu’à travers toute l’Europe des forces sont en train de se lever pour briser la dictature impitoyable qui s’est mise en place sous couvert de “construction européenne” et pour rendre aux différents peuples d’Europe leur grandeur et leur bonheur, qui ne peuvent bien entendu aller de pair qu’avec leur liberté.

Le Daily Telegraph, qui est l’un des journaux les plus anciens et les plus sérieux du monde, a fait d’Ambrose Evans Pritchard l’un de ses journalistes vedettes et lui ouvre grand ses colonnes pour publier cet article. Ce journal et ce journaliste représentent à mes yeux ce qu’a de plus grand le peuple britannique : à savoir un goût inné pour le débat démocratique vrai, envers et contre tout ».

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