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   Mensuel de réflexion socio-économique vers l’Économie Distributive
 
 
 
 
 
AED La Grande Relève Articles > N° 1085 - mars 2008

 

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N° 1085 - mars 2008

Au fil des jours   (Afficher article seul)

Dans sa chronique, Jean-Pierre mon dénonce l’arrogance de constructeurs autmobiles qui affichent n’avoir cure de la pollution, mais il se réjouit de voir que l’amélioration des conditions de travail en Chine pourrait être un coup de frein aux délocalisations.

Sales temps   (Afficher article seul)

Marie-Louise Duboin passe en revue toute une série d’évènements ou de révélations récentes, dont la convergence montre la faillite de l’idéologie qui domine encore le monde, tout en offrant des arguments à ceux qui veulent agir pour “inventer le socialisme du XXIème siècle”.

Et elle lance un appel pour que la relève de La Grande Relève soit l’occasion d’un renouveau.

Manipulations   (Afficher article seul)

Le livre intitulé “La France a peur” publie une étude sur le sentiment d’insécurité qui règne : expliquerait-il peut-être certaines attitudes de Français interrogés ?

Quelle banque du Sud ?   (Afficher article seul)

Un livre du CADTM qui permet de comprendre l’enjeu de ce qui se passe en Amérique du Sud, et l’importance d’un Front monétaire pour ces pays en développement.

La République déboussolée ou l’art de picorer   (Afficher article seul)

Gérard-Henri Brissé n’est pas étonné que les initiatives hâtives et décousues du Président de la République donnent le vertige aux Français et inquiètent les dirigeants européens. Son modèle, GW Bush, est rejeté.

La paix mondiale passe par un autre chemin.

Les nouvelles de Vaulx-en-Velin   (Afficher article seul)

Serge Bagu a aidé à se rencontrer le maire et quelques uns de ses administrés.

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Au fil des jours

par J.-P. MON
31 mars 2008

Une grande première

C’est devenu une constante dans la vie politique : la droite en général et les industriels en particulier n’aiment pas l’écologie, quoi qu’ils en disent. En janvier dernier, M. Wendelin Wiedeking, patron de la firme automobile allemande Porsche, a vivement reproché à Nicolas Sarkozy et à Romano Prodi, à l’époque encore chef du gouvernement italien, d’appuyer le projet de la Commission européenne d’imposer d’ici à 2012 un seuil maximum d’émission de CO2 de 120 grammes par kilomètre. Selon lui cette décision « épargne les constructeurs automobiles du sud de l’Europe et accable uniquement les constructeurs allemands ». On sait en effet que les Allemands se sont spécialisés dans la construction de voitures de grosse cylindrée, notamment Porsche avec sa 911 et son 4 x 4 Cayenne. La première est équipée d’un moteur de 3,8 litres de cylindrée qui émêt au moins 272 grammes de CO2au kilomètre, la seconde d’un moteur de 4,8 litres qui rejette plus de 329 grammes de CO2 au kilomètre.

C’est, on le voit, bien loin des 120 grammes que veut imposer la Commission.

Et ne voilà t-il pas que le maire de Londres, Ken Livingstone, (très connu aussi sous le nom de Ken le Rouge) vient de décider de tripler la taxe de circulation en centre-ville pour les véhicules les plus polluants : à partir du 27 octobre, les propriétaires des véhicules émêtant plus de 225 grammes de CO2 par kilomètre paieront 25 livres (33 euros) par jour au lieu de 8 livres (10,56 euros) actuellement, les conducteurs de véhicules moins polluant devant, eux, être exonérés de taxe. Cette décision a fait bondir les dirigeants de Porsche. Ses conseillers juridiques ont écrit très officiellement au maire de Londres pour le faire revenir sur sa décision et le directeur de Porsche en Grande-Bretagne, M. Andy Goss, lui a donné deux semaines pour qu’il change d’avis sous peine de poursuites judiciaires. Ça serait là une grande première car jamais un constructeur automobile n’avait attaqué les décisions de protection de l’environnement prises par une ville. Selon Porsche cette taxe pénaliserait toute une population qui a pleinement réussi et dont la réussite financière profite à toute la ville : « Ces gens là réfléchiront à deux fois pour venir s’installer à Londres, s’ils doivent devenir des vaches à lait », a déclaré M. Goss au Financial Times. Quand on sait que ces “gagneurs”, notamment les nombreux traders de la City, n’hésitent pas à payer les Porsche en question respectivement 105.600 euros et 66.000 euros, on peut penser que dépenser 33 euros de plus par jour ne les mettra pas sur la paille…

D’autant qu’on peut se demander où pourront se réfugier ces malheureux, car leur vie va, semble-t-il, devenir aussi difficile un peu partout en Europe occidentale : en France, il faut payer une surtaxe de 2.600 euros pour une Porsche Cayenne S, en Espagne la taxe sur son prix de vente est passée depuis le 1er janvier de 12 % à 14,75 % et aux Pays-Bas le gramme de CO2 au dessus de 232 grammes par kilomètre se paiera 110 euros, ce qui équivaudra à une taxe de 13.600 euros sur la Porsche Cayenne.

De quoi donner envie, à ceux qui peuvent, de rouler à bicyclette !

La fin du paradis ?

Les sociétés coréennes commencent à quitter la Chine, certaines même, suivant le bon exemple donné par certains patrons occidentaux, déménageant à la cloche de bois. Ainsi, dans la province du Shandong qui accueille 50 % des investissements directs coréens, 103 des 119 usines situées près de Quingdao auraient, sans crier gare, fermé leurs portes en laissant une ardoise derrière elles. À Yantai, toute l’équipe coréenne d’encadrement de Segang textile a disparu en abandonnant 3.000 employés chinois. Du coup, les autorités coréennes en Chine (ambassade, consulat, Chambre de commerce, agence pour la promotion du commerce et des investissements, etc.) se mobilisent pour aider le entrepreneurs coréens en difficulté et réfléchissent à la manière de pénaliser les entreprises qui quitteraient illégalement la Chine. « Il s’agit de s’assurer que les sociétés sud coréennes opérant en Chine ne patissent pas de la publicité négative due aux actions d’une poignée d’entre elles […] et que les entrepreneurs coréens ne soient pas retenus par des employés chinois » explique le chef du bureau de la coopération du ministère du commerce coréen. Les employés chinois deviennent en effet de plus en plus suspicieux.

Cette fuite des sociétés coréennes s’explique d’abord par la montée des coûts en Chine, notamment de ceux de la main d’œuvre ; ensuite par la nouvelle loi sur les contrats de travail entrée en vigueur le 1er janvier 2008 et par l’application, à partir du mois de mai 2008, d’un ensemble de mesures facilitant les possibilités de recours des ouvriers chinois dans les conflits sociaux. Enfin, le passage de 15 à 25 % de l’impôt sur les bénéfices des sociétés étrangères et la suppression des exemptions auxquelles elles avaient droit ont effrayé bon nombre d’employeurs coréens.

Alors qu’au nom de la compétitivité, les gouvernements des pays occidentaux s’efforcent de détruire leurs codes du travail jugés trop protecteurs pour les salariés, la Chine introduit petit à petit des dispositions sociales pour protéger ses citoyens des diktats patronaux.

Mais où va-t-on, si on ne peut plus délocaliser tranquilement ?

Décidément la vie devient de plus en plus difficile pour les patrons !

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La Relève de la Grande Relève

Sales temps

par M.-L. DUBOIN
31 mars 2008

Quel que soit le niveau d’où on l’observe, on constate une accélération de l’Histoire : un brutal changement, un tournant est en train de s’opérer dans le monde, et pas seulement dans le climat. Comme il y a d’énormes risques que ce soit pour le pire, il est urgent d’agir au maximum afin que ce soit pour le meilleur. Or le plus grand danger, peut-être, est que la grande majorité des habitants de cette planète laissent faire, acceptant qu’« on n’y peut rien ! », « il n’y a pas d’alternative ».

Bien sûr, tout le monde, individuellement, se sent a priori impuissant devant les rouages du système financier, les changements climatiques, l’intérêt des multinationales ou la politique menée par des institutions internationales qu’on imaginait démocratiques.

Mais quand convergent, comme en ce moment, leurs effets nocifs, c’est l’occasion de comprendre qu’étant le fruit de volontés humaines, liées par une idéologie, elles peuvent être contrées par l’association d’autres volontés humaines, unies cette fois par le souci de donner la priorité aux Droits de l’Homme et de son environnement.

Alors faisons une sorte d’inventaire, pas seulement des menaces, mais aussi des moyens de comprendre, des raisons d’espérer, et des associations au sein desquelles il est possible d’agir.

Un échafaudage qui vascille

Le système financier actuel s’est bâti sur la licence laissée à quelques banquiers d’ouvrir, par de simples jeux d’écriture dans leurs livres, des crédits excédant très largement leurs fonds propres, constitués de l’argent qui leur est confié. Depuis moins de trois décennies, en vertu de décisions dites “libérales”, ce pouvoir a véritablement explosé, sans que les élus n’en aient cure. Or c’est sur la confiance du public, même si elle est due à son ignorance, qu’est construit ce système dont le seul objectif est de faire “fructifier” les capitaux qu’il gère. L’histoire témoigne pourtant de nombreuses crises au cours desquelles le public a eu des raisons visibles de douter, mais jusqu’ici le système s’en est toujours tiré, avec l’aide des gouvernements, ceux-ci étant plus ou moins conscients des conséquences sociales et à long terme des mesures qu’ils prenaient. Mais pareille impunité a renforcé l’assurance du système, et la masse de capitaux ainsi gérée a continué à grossir, incitant ses gestionnaires à l’euphorie.

Et cette euphorie s’est transformée en ivresse. Le système monétaire mondial étant organisé de façon autonome, indépendante de tout pouvoir politique (hormis celui des États-Unis), n’ayant à obéir à aucune autre loi que celles qu’il se donne dans son intérêt, se sentant donc tout permis, il a fait preuve d’une formidable “créativité” et inventé une multitude de combinaisons, souvent très sophistiquées, faisant appel à des spécialistes extrêmement pointus, capables de manipuler dans le plus grand secret une véritable science des probabilités, à seule fin de pouvoir tirer profit … des risques qu’ils prenaient ! Car, comble d’ingéniosité, ils ont imaginé des processus qui leur permettent de revendre, et encore à profit, les risques qu’ils ont pris de façon totalement irresponsable.

La fragilité d’un tel échafaudage vient de se manifester, et de multiples façons.

D’abord au niveau du marché interbancaire : les banques, perdant confiance entre elles, ont refusé de se prêter mutuellement. Alors elles ont appelé la Banque centrale à leur secours. Et la Fed a baissé et encore baissé ses taux pour relancer le crédit.

Mais le doute ainsi semé, s’est propagé : en effet, comment savoir à quelle institution on pouvait encore faire confiance ?

Une récession annoncée

Depuis qu’il n’existe plus de frontière dans le monde des capitaux, on sait la facilité avec laquelle s’y font les transactions. On se doute bien que toutes les banques ont été plus ou moins tentées d’acheter ces titres liés à l’immobilier américain prospère, qui se transforment en bombes à retardement au fur et à mesure de sa déconfiture. C’est donc un frein puissant au crédit, et dans le monde entier. Et comme on sait que les entreprises capitalistes ont besoin des investissements, c’est un frein pour toute l’économie.

Donc, tôt ou tard, et contrairement à toutes les affirmations rassurantes pour qu’on n’y prenne pas garde, les conséquences de cette affaire dite des subprimes vont se répandre. Même si les autres Banques centrales n’ont pas hésité à venir au secours de grosses banques en difficulté. Même si, après que la Banque d’Angleterre ait mis 25 milliards de Livres (33,4 milliards d’euros) pour voler au secours de la banque Northern Rock menacée de faillite, le Premier ministre anglais a affirmé que la nationalisation de celle-ci, opérée en urgence, ne sera que provisoire. Même si le “don” des contribuables allemands à la banque IKB pour compenser ses pertes n’est “que” de 1,5 milliard d’euros. Même si on ignore le rôle des réassureurs américains dont on vient d’annoncer la faillite. Et même si la Société générale dépense quelques millions d’euros en publicité dans les quotidiens pour rassurer ses clients.

La presse en général ne fait encore que timidement allusion à la récession qui commence aux États-Unis, on expliquera, quand elle arrivera ici, qu’on n’y pouvait rien.

Des conséquences mondiales

La Banque centrale des États-Unis, la Fed, avait déjà été amenée à baisser ses taux, en 2000-2001, pour empêcher que la faillite spectaculaire de deux grosses entreprises, Enron et Worldcom, ne s’étende à d’autres entreprises privées qui s’étaient trop endettées : elles ont pu ainsi purger leurs dettes à moindres frais.

Mais il faut en voir les conséquences au plan mondial : cette baisse des taux a fait bondir la consommation intérieure américaine, faisant appel à l’importation de produits chinois. Ce qui a permis à la Chine d’atteindre un taux de croissance proche de 10%, et par conséquent ses besoins en combustibles et en matières premières ont augmenté au même rythme, ce qui a fait monter le prix de ces produits sur le marché mondial. Depuis 2003, on constate une forte hausse, non seulement du pétrole, mais aussi d’autres matières premières et de certains produits agricoles (voir plus loin le paragraphe sur l’agriculture dévoyée).

La conséquence est énorme. Parce que c’est une formidable aubaine pour les économies du Sud productrices de ces produits en hausse : le Brésil, le Pérou, le Venezuela, la Colombie, le Chili ont bénéficié largement de la montée des prix de leurs exportations.

Au plan financier, c’est un retournement de situation complet, parce que les réserves de change de ces pays exportateurs ont ainsi tellement augmenté que les pays en développement (PED) disposent du double des réserves de change détenus par les pays industrialisés.

C’est “une catastrophe” pour le FMI : plusieurs pays asiatiques, le Brésil, l’Argentine, le Mexique et l’Uruguay lui ont remboursé leurs dettes et les pays en développement ne font plus appel à lui. C’est la fin du “consensus de Washington” puisque le FMI ne peut plus leur imposer sa loi ! Et la Banque mondiale est obligée de constater que les PED exportent maintenant des capitaux vers le reste du monde, vers les États-Unis en particulier ! Effectivement, les PED prêtent de l’argent aux pays du Nord : ils détiennent plusieurs centaines de milliards de dollars de bons du Trésor américain.

Autre aspect de ce retournement, des actions de banques que les subprimes ont mises en difficulté ont été rachetées par des fonds chinois dits “souverains”, c’est-à-dire par des institutions nationales…

Mais comment sera négocié ce tournant de l’économie mondiale ? Mystère, car rien n’est joué.

Autres pratiques scandaleuses

D’autres scandales viennent d’apparaître, qui sont tout aussi significatifs :

Le 24 janvier, on apprend que le trader qui a fait perdre 4,9 milliards d’euros à la Société générale (SG), jouait sur les marchés avec la bagatelle de 50 milliards. Et soit disant sans que la banque dont il était l’employé puisse s’en apercevoir… alors que, pourtant, l’hebdomadaire “Économie matin” remarquait, début février, que l’un des administrateurs de la SG avait vendu pour près de 150 millions d’euros d’actions juste avant la révélation de la perte de la SG qui allait voir la chute de ces actions en Bourse… Les montants des “bonus” que touchent des milliers de traders sont alors révélés : ce Jérome Kerviel devait recevoir 300.000 euros en 2007, en récompense de ses performances et en plus de son salaire. Mais on nous montre que, parce qu’il est jeune, c’est peu en comparaison des bonus de plus d’un million d’euros que touchent chacun, à Paris, 1.000 à 1.500 autres traders, et que c’est même dérisoire à côté des 8,3 milliards (et non plus millions) que la banque américaine Goldman Sachs a donné à ses traders en 2007, en plus de leurs salaires, pour démontrer à quel point elle est satisfaite de leurs services.

Le grand public a donc une nouvelle occasion de découvrir l’existence de ce monde des traders, de leur métier et de leurs revenus, s’il ne l’avait pas fait en 1994 à propos d’un autre trader, responsable de la perte de 1,4 milliards de dollars qui avait conduit sa banque, la Barings, à la faillite.

Mais c’est ce système et ce commerce des banques, et non pas ses employés, qu’il faut contester, il n’est pas tolérable que de telles fortunes se montent et grossissent de cette façon occulte et totalement injustifiée, grâce aux capitaux qui leur sont confiés, qu’elles font grossir par des moyens artificiels et secrets, alors que l’économie ne fonctionne que par leur intermédiaire.

Des paradis pour les fraudeurs

Le 15 février, c’est la fraude par l’intermédiaire des paradis fiscaux qui est découverte : des centaines d’Allemands « dont les revenus sont dans le haut de l’échelle », et parmi eux le Président de la Poste allemande et son frère, ont détourné 5 milliards d’euros au fisc en les plaçant au Liechtenstein.

Le 25, ce scandale prend une dimension internationale : depuis des années, de nombreux riches contribuables et pas seulement des Allemands, et exerçant toutes sortes de professions et pas seulement en Allemagne, contournaient les lois fiscales grâce au secret bancaire : leurs banques les aidaient à soustraire des milliards d’euros au fisc de leurs pays en les faisant passer dans une filiale située dans un de ces paradis fiscaux que sont là, tout près en Europe, outre le Liechtenstein, Monaco, les Iles Anglo-normandes, Andorre, Malte (un des Vingt-sept membres de l’UE… !!), Gibraltar ou la Suisse.

On va peu à peu découvrir l’ampleur de la fraude.

La façon dont ces fraudes ont été dévoilées est intéressante : selon un journaliste du Monde, les données bancaires auraient été achetées 4 ou 5 millions d’euros à un informateur par les services secrets allemands. Le ministre français du Budget aurait été informé du nom des 200 Français concernés, mais il a fallu que deux députés, le président de la commission des finances de l’Assemblée et le rapporteur général, écrivent à ce ministre pour être mis au courant, un autre député a du demander que le Procureur de la République soit saisi et qu’un juge d’instruction indépendant soit désigné pour faire la lumière sur cette affaire. Il faudra observer comment sera traité l’informateur, car on pense à l’auteur du livre Révélations, D.Robert, à propos des caisses de compensation, comme Clearstream, sises au Luxembourg. Bref, il sera édifiant de suivre ce que tenteront, au moins en apparence, de faire les gouvernements des pays concernés pour que cessent ces activités, et surtout regarder ce à quoi ils parviendront, sachant que, malgré des années de négociations, l’UE n’a toujours pas réussi à lever le secret bancaire en son sein. Mais on peut parier qu’une loi aussi simple que celle qui consisterait à décider que toute transaction financière avec ces paradis fiscaux est illégale, ne sera même pas proposée.

C’est donc partout dans le monde que le système bancaire permet des détournements de sommes énormes. Alors si votre voisin se plaît à dénigrer quelque tricheur au RMI, qui vivrait sinon grassement, en tout cas, selon lui, indûment de la générosité des lois de notre État-Providence, rappelez-lui que les vices du système financier mènent à des fraudes d’une tout autre envergure.

Et en France, outre les coupables de cette fraude par paradis fiscaux interposés, vous ne manquez pas “d’affaires” à citer.

La dernière en date est peut-être celle du Délégué général du MEDEF : lorsqu’il était président de l’Union des Industries et Métiers de la Métallurgie (UIMM), le plus grand des syndicats patronaux, Denis Gautier-Sauvagnac (DG-S) s’est rendu coupable d’abus de confiance en organisant le retrait en liquide, donc en douce, d’environ 19 millions d’euros. À quoi ont servi ces sommes ? DG-S est évasif, financement de syndicats et de partis politiques, c’était l’habitude, paraît-il… Les enquêteurs n’ont qu’à chercher. Le mystère demeure encore. Mais on vient d’apprendre par l’hebdomadaire Marianne que l’UIMM, sans doute pour le remercier de ses bons et loyaux services, lui a versé une indemnité de départ de 1,5 million d’euros, ce qui est un petit peu plus que le RMI. Mais ce n’est pas tout, car selon cet hebdomadaire, l’UIMM se serait également engagée à payer à la place de DG-S ses éventuelles condamnations à la suite de la procédure judiciaire qui est en cours. Selon Marianne cet accord stupéfiant aurait été « partiellement dissimulé à des membres du bureau de l’UIMM. Et selon cette dernière, ce second accord ne concernerait « que les éventuelles conséquences fiscales » pour DG-S, ce qui vaut approbation de sa conduite. D’ailleurs, ce malheureux, qu’on n’accuse pas d’abuser de l’État-Providence, continue de percevoir un salaire de seulement 20.000 euros par mois.

Tous les employés menacés par la fermeture de leur entreprise, qui est pourtant prospère, comme Mitral ou Airbus et comme tant d’autres, ont-ils seulement une idée de ce que représentent pareilles sommes ?

Encore un voile qui se soulève

Toutes ces causes d’inégalités et d’abus ne sont trop souvent sensibles qu’à ceux qu’elles touchent directement. Une révélation du Figaro du 27 février, dans ses pages “Économie”, pourrait faire réfléchir un public plus large, car elle porte sur une entente frauduleuse entre les fournisseurs de produits d’entretien. Ces neuf grands groupes de fabricants, dont par exemple Unilever (marques Cif, Signal, Dove, etc.), Johnson (marques K2R, Pliz, Brise, etc.), ColgatePalmolive (Ajax, La Croix), se seraient organisés, en infraction à la sacro-sainte loi sur la concurrence, pour se mettre d’accord sur leurs prix de vente. L’un d’eux a raconté aux enquêteurs, et c’était en décembre 2005, qu’avec ses concurrents ils ont pris l’habitude de se téléphoner régulièrement en secret, de mettre en commun leurs études de marché, de partager leurs informations commerciales, dont les demandes des grands distributeurs de leur faire payer les réductions de prix qu’une loi avait tenté d’obtenir d’eux.

Un groupe américain aurait de même avoué une entente portant sur les produits de soins corporels.

Alors que les grands politiciens et les plus doctes économistes, replayés par tant de médias, n’ont de cesse d’affirmer qu’il n’y a pas mieux que la concurrence, le principe-même du marché, pour assurer la plus juste répartition des richesses. Au point d’en avoir fait la base du traité fondateur de l’Europe.

Cette révélation apparaît pourtant comme un camouflet pour les tenants du libéralisme !

Comment la concurrence “libre et non faussée” qu’on nous vante tant, pourrait-elle être garantie, avec tous les moyens qui existent pour s’entendre, et alors que le mot d’ordre suprême est le profit ?

Le comble apparaît quand on lit la suite de l’enquête du Figaro : cela fait trois ans que ces ententes secrètes sont soupçonnées, puis avouées, et que des dénonciations s’accumulent. Les enquêtes seraient enfin “quasiment bouclées”. Mais il faut voir les procédures ! Par exemple, si une entreprise dénonce des pratiques anticoncurrentielles auxquelles elle a participé, elle peut obtenir du Conseil de la Concurrence une exonération totale de la sanction encourue !

Ajoutons brièvement que l’association UFC-Que choisir s’apprêterait à « jeter un autre pavé dans la mare » début avril, en rendant publique son étude sur la corrélation entre les prix et les structures de concurrence dans certaines zones. Son directeur des études donne l’exemple d’Antibes où deux enseignes se sont partagé la clientèle : au nord, c’est Carrefour qui a le monopole, avec son super marché et ses deux “discounters” ED, et au sud le monopole est revenu à Casino. C’est ce qu’on appelle et qu’on vante sous le terme de “libre entreprise” !!

En fait, on n’est libre que lorsqu’on est gros, après avoir “bouffé” tous les petits. Voilà ce qu’est la justice immanente du marché.

Terres agricoles détournées

Autre tournant de l’histoire, le dévoiement subi par l’agriculture.

La diminution inévitable, et prévisible pour bientôt, des réserves de pétrole était déjà la cause, plus ou moins avouée, de bien des guerres et autres conflits.

Les multinationales de l’industrie agricole y voient maintenant une aubaine : celle de faire fortune en transformant des cultures vivrières en cultures de plantes qu’elles ont entrepris de transformer en agrocarburants (voir à ce sujet l’excellente analyse de Dominique Guillet dans GR 1080). Peut-être se trompent-elles en croyant qu’une telle entreprise sera rentable, même au point de vue énergétique. Mais de toute façon, la conséquence est déjà manifeste au niveau des prix des matières premières, agricoles en particulier : ils ont fait des bonds considérables, 40% en moyenne, privant d’abord les populations les plus pauvres.

On peut discuter indéfiniment des revenus que prélève la foule des intermédiaires (et sans oublier qu’ils n’ont pas d’autres moyens pour vivre : imaginez quel serait le taux de chômage dans le monde si le commerce mondial se passait de la moitié seulement d’entre eux !), il reste qu’aucun argument ne peut justifier ce transfert de l’utilisation des terrains agricoles quand 845 millions de terriens souffrent déjà de malnutrition.

Installation de Big Brother

Ne revenons pas encore sur le fait que l’Europe est fabriquée sans les peuples et dans l’intérêt des entreprises, lesquelles ne sont pas philanthropiques. Nos lecteurs l’ont compris. Ce qu’il faut voir aussi, c’est qu’à suivre le modèle américain, nos responsables sont en train d’installer Big Brother. Si vous souhaitez faire une visite aux États-Unis, vous allez vite comprendre, en voyant les formalités exigées, ce que c’est que d’être fiché. Tout étranger y est considéré, a priori, comme suspect.

Même tendance en Europe. Déjà, le Royaume-Uni est couvert de caméras et vous ne pouvez pas vous déplacer dans Londres sans être suivi par des caméras. Plusieurs municipalités en France comptent suivre cet exemple.

En Allemagne, il a fallu que la Cour Constitutionnelle intervienne pour rappeler que la Déclaration des Droits de l’Homme s’impose et mettre ainsi un frein au souhait de la police d’espionner les ordinateurs de toute personne qu’elle soupçonne de terrorisme. En France, inutile de rappeler les moyens modernes dont l’ancien ministre de l’Intérieur a doté sa police, mais la nouveauté est que l’actuelle ministre de l’Intérieur prépare un projet de la même eau que son homologue allemand : elle a annoncé le 14 février des mesures présentées comme étant destinées à la lutte contre la cybercriminalité. Y a-t-il, au moins, encore des garde-fous ?

On peut toujours invoquer la peur d’attentats terroristes pour justifier ces entraves à la liberté. Mais on ne peut pas soutenir, comme le dit Ingrid Betancourt, que « la violence met fin à la violence »…

Or on vient d’apprendre qu’il avait été décidé de renforcer les forces armées françaises en Afghanistan, où les talibans sont revenus en force malgré toutes les interventions militaires déjà déployées …

Anticonstitutionnellement

Ce renversement de la politique extérieure de la France, ajoute aux inquiétudes qu’on peut éprouver face à la politique intérieure. Il y a moins d’un an, c’est l’art de la “com” qui a ébloui une majorité d’électeurs, et les a incités à faire confiance à un candidat qui, pourtant, ne cachait pas son admiration pour G.W.Bush, malgré ce qui se passait sous l’administration de ce dernier, depuis des années, à Guantanamo par exemple, ce qui était pourtant édifiant.

Il semble que, non seulement le comportement et les manières, mais surtout les abus que commet à répétition Nicolas I, ouvrent maintenant les yeux du grand public. Celui-ci était déjà plus ou moins conscient d’assister à la démolition des services publics. Il est maintenant stupéfait par toutes ces décisions arbitraires, qui fusent dans tous les sens, sans concertation, sans réflexion préalable, et qui ont déjà si souvent abouti à des fiascos.

Pas un citoyen ne peut excuser la conduite d’un Président de la République française quand il va jusqu’à mépriser la Constitution, dont il s’est engagé à être le garant : et il vient de chercher, ouvertement, comment passer outre à une décision du Conseil Constitutionnel ! Là encore les arguments invoqués devraient faire réfléchir (voir ci-contre).

Alors que les contorsions verbales auxquelles se prêtent les ministres pour soutenir un despote qui, d’ailleurs, n’a cure de les humilier, sont un triste spectacle, mais qui ne fait qu’augmenter le discrédit des politiciens… et confirmer l’impuissance des élus à faire respecter les principes républicains.

Il est un autre aspect de la conduite actuelle du Président de la France qui est dangereuse, c’est ce qu’il prépare en tant que Président de l’Union Européenne. Son attitude ayant déjà sérieusement indisposé ses “homologues, Angela Merkel en particulier, il y a des chances pour que la méthode qu’il tentera d’appliquer à l’Europe après le 1er juin ne leur plaise guère. Ils risquent fort de la ressentir comme une manifestation de mépris et de despotisme vis à vis d’eux et de ne pas réagir de la même façon que “ses“ ministres. Même si le traité dit simplifié est bien passé, pour d’autres raisons, quelles seront les conséquences de son comportement au sein de la prétendue “union“ européenne ?

Les municipales, une échéance ?

Il semble que les électeurs français auraient l’intention d’exprimer leur déception par leurs votes aux municipales, et le PS espère en profiter pour conquérir ou reprendre de nombreuses municipalités, dont de très grandes villes…

Malheureusement, ce parti qui se dit socialiste a été vu à l’œuvre et il a, lui aussi, déçu. Il est manifeste, désormais, qu’il est incapable de proposer un véritable “projet de civilisation” : outre qu’il est miné par l’ambition de trop de ses dirigeants, il est évident que cette “gauche caviar” a évolué vers une droite molle depuis qu’après 1983 les grands élans des discours mitterrandiens n’ont plus fait illusion. Le PS professe maintenant que le libéralisme du marché a définitivement vaincu, que c’est un fait accompli, incontournable, universel et définitif. Et il s’en accommode sans état d’âme, comme le prouvent toutes les mesures antisociales qu’il a prises ou qu’il a laissé faire en un quart de siècle et qu’on ne saurait énumérer, depuis les privatisations et les délocalisations, jusqu’au démantèlement du système de retraites par répartition et du “service public“. Il n’y est plus question, par exemple, de dénoncer la cause de la détresse des jeunes “des banlieues”, mais de la masquer ou de la réprimer. Bref, le PS vient d’achever de se discréditer en acceptant que Sarkozy fasse passer un traité, que même Giscard d’Estaing reconnaissait semblable à celui que le peuple français avait nettement rejeté par référendum.

Qu’y faire ?

À ne penser qu’à ses propres difficultés, ses soucis personnels ou familiaux, sa lassitude face à des conditions de travail qui se dégradent, à ne voir que les problèmes locaux, il est tentant de désespérer. Ou, bien pire, d’en rendre responsables les “étrangers”, les “paresseux” ou les “resquilleurs” : ces “rmistes et sans papiers qui trichent”, ces immigrés qui viennent « profiter de nos lois sociales », ces fonctionnaires qui sont « grassement payés à ne rien faire », l’État qui met nos impôts « dans sa poche », ces jeunes de banlieue qui ne sont que des “racailles » et graines de violence, qui justifient qu’on prenne n’importe quelle mesure pour “assurer la sécurité”, ces pauvres qui n’ont qu’à chercher du travail, ces privilégiés qui ont des retraites bien trop élevées alors qu’ils ne les ont pas méritées, etc, etc.

C’est en élargissant son point de vue qu’on arrive à comprendre que diviser pour régner est une vieille pratique. Et qu’on découvre que l’union fait la force.

Parce qu’on s’aperçoit alors que les autres aussi ont leurs problèmes, qu’ils rencontrent aussi des obstacles, pas forcément les mêmes, et qu’ils peuvent s’attendre aux mêmes catastrophes. Puis qu’on leur a fait croire que celles-ci étaient une fatalité, alors qu’il s’avère qu’on les doit à une idéologie qu’on a eu tendance à accepter, parce que c’était plus facile que de se battre en se croyant seul de son avis.

Il est un premier effort à la portée de tous : résister, et le faire savoir.

Refuser d’adopter le principe que c’est : “chacun pour soi et que le meilleur gagne !“ parce qu’il n’est pas digne d’une société humaine.

Avoir d’abord le courage d’affirmer que la priorité doit aller au respect des Droits de l’Homme, toujours et partout, quels que soient les arguments opposés.

Nier que la compétitivité soit une nécessité et donc refuser que toutes les réformes présentées en son nom puissent passer pour inévitables, et surtout celles qui sont un retour en arrière sur des progrès sociaux.

Il est alors possible de chercher quelles sont les raisons profondes et souvent cachées de ces politiques antisociales, au lieu d’être dupe, d’admettre qu’on n’a pas les moyens de comprendre, ou que c’est inutile parce que tout serait joué d’avance, etc.

Et quand on fait cet effort pour s’informer, on a des raisons d’espérer. Pourvu qu’on soit épris de justice, on trouve alors la force d’agir au sein d’une de ces multiples associations, laïques et démocratiques, et il y en a partout, dont le but s’inscrit, certes, dans le long terme, mais qui luttent pour un monde meilleur, pour le respect des Droits de l’Homme et de son environnement, pour que la solidarité supplante la rivalité et pour qu’enfin l’être prime sur l’avoir. Leurs adhérents, en ne s’appuyant que sur des informations sûres, agissent sans violence, et savent refuser qu’on les regarde faire en les toisant d’un sourire, sous prétexte qu’elles sont dans l’utopie.

Au niveau mondial

Sur le plan mondial, l’espoir peut venir, par exemple, de la création de la Banque du Sud. Éric Toussaint, le président pour la Belgique du Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde (le CADTM) vient de faire le point sur les démarches qui sont en cours (voir l’encadré “Quelle banque du Sud ?”), et dont les médias ne rendent pas compte, ou très mal. Cette banque est en effet un formidable enjeu, comme le rappelle en encadré une brève analyse de ce livre, car tout peut basculer : soit cette Banque se substitue au Fonds monétaire International et à la Banque mondiale, mais pour aider à ce que le développement des pays du sud se fasse dans le respect des droits des peuples à l’autonomie et à la libre disposition de leurs ressources naturelles, soit c’est la logique de l’impérialisme américain qui l’emporte encore, et lui impose sa loi pour faire prévaloir partout les intérêts des grandes multinationales.

Il est une plus vieille association que le CADTM, celle des Citoyens du Monde, qui pourrait agir à cette échelle mondiale où elle s’est située dès son origine. Nos lecteurs-citoyens du monde savent comment fonctionne le système capitaliste, ils ont donc compris qu’il n’est pas réformable et sont conscients de la nécessité de donner d’autres buts à l’économie, ils ont donc l’occasion de peser, au sein de leur association, en accord avec les démarches du CADTM, pour que tous les peuples du monde puissent disposer de leurs ressources naturelles, et découvrir la démocratie plutôt que la fortune de quelques despotes.

Que tous ceux qui veulent comprendre ce qui se passe dans le monde cessent de croire que Le Monde Diplomatique est un journal destiné aux diplomates. C’est un mensuel dont la lecture demande, certes, plus d’attention que les magazines “people” mis à disposition chez les coiffeurs, mais il est bien plus accessible que les revues politiques en général, et surtout il propose, sur beaucoup de sujets d’actualités, très variés, des réflexions approfondies et bien documentées.

L’association ATTAC, elle aussi, s’est étendue à de nombreux pays, dans le monde entier. À son origine, elle avait bien mis en évidence sa dénonciation de la spéculation financière en parlant de taxe Tobin, et sa volonté d’être un « mouvement d’éducation populaire tourné vers l’action » constitue un programme auquel on ne peut qu’adhérer. Il reste qu’elle a été le siège de manœuvres internes inadmissibles, et qu’elle n’ose pas aller plus loin que proposer des réformes pour maintenir le système actuel, elle reste réticente à franchir le pas qui lui permettrait de proposer une véritable alternative à ce qu’elle dénonce pourtant comme étant « la dictature du marché ».

Aux niveaux national et local

À quelles actions peut-on participer localement quand on s’aperçoit que le bulletin de vote, qu’on peut de temps en temps placer dans une urne, n’a pas d’effet ?

On peut, évidemment, décider d’agir au plan purement politique, pour qu’une véritable alternative émerge de la gauche en déliquescence. C’est ce que font les citoyens allemands (car on a bien compris que le problème est partout le même) au sein de die Linke. Il y a aussi des citoyens en France qui parviennent à surmonter leur écœurement vis à vis des professionnels de la politique dont les ambitions personnelles et les manœuvres minent toute réunion. Il y a, parmi ces courageux, des distributistes qui, encore à l’occasion de la campagne des municipales, essaient d’approfondir les débats ; voyant qu’il est toujours question de se battre contre tels ou tels effets, ils cherchent à amener la réflexion sur leur cause, à faire des propositions innovantes et non à chercher encore de nouvelles réformes qui seront contournées au sein du système des “prix-salaires-profits”.

Il existe, aussi au niveau local, une multitude d’associations où se manifestent de mille façons le refus du système actuel. C’est sûrement grâce à elles que le monde peut évoluer vers plus d’humanité. Il faut absolument y participer. Mais en sachant qu’elles présentent un grand danger : celui qu’elles donnent si bonne conscience qu’on s’y laisse absorber, au point d’oublier qu’agir localement de suffit pas si, en même temps, on omet de penser globalement.

Car il ne faut surtout pas perdre de vue que les problèmes essentiels de notre temps se situent à l’échelle de la planète et qu’ils sont urgents. Que faire quelques achats, quand on peut, dans une entreprise qui se dit de commerce équitable, n’empêche pas que l’exploitation des richesses du Tiers monde par les grandes multinationales continue, à toute allure, ni que les dealers de drogue font fortune en tuant. Qu’échanger quelques heures de travail au sein d’un SEL n’arrête pas les mouvements migratoires des pays dont les ressortissants n’ont plus rien et sont rejetés partout. Qu’utiliser des SOL ne désarme pas les milliers de traders entretenus par un système bancaire devenu tout-puissant, ni ne supprime les paradis fiscaux. Donc participer, oui, le plus possible, à toutes ces manifestations qui rejettent le culte de l’argent, le mépris des autres, les rivalités exacerbées à tous les niveaux, les atteintes à l’environnement, l’exploitation des plus faibles, le pillage des ressources, le creusement du fossé entre riches et pauvres, etc.

Mais sans manquer la moindre occasion de faire comprendre que tout ceci se tient, que toutes ces nuisances résultent d’une même logique, celle selon laquelle chacun doit se débrouiller pour gagner l’argent sans lequel il ne pourrait pas acheter de quoi survivre. Que le plus grave problème de notre époque vient du fait que la production des biens et services utiles s’effectue désormais sans distribuer assez de salaires pour que tout le monde ait de quoi en vivre. Qu’on a déjà assez inventé d’emplois dont la seule finalité est de pousser à la consommation, inciter à n’importe quel achat pourvu qu’il soit lucratif pour certains. Il faut cesser cette escalade, et remettre enfin à plat notre façon de répartir les richesses.

Conclusions personnelles

Voici exactement trente deux ans que Jean-Pierre et moi tenons cette revue à bout de bras. De ”toute l’équipe de La Grande Relève”, dont parlent encore certains lecteurs dans leur courrier, de tous ceux qui se réunissaient tous les mois en comité de lecture, apportaient des textes rédigés, triaient, parfois réécrivaient des articles venus de militants, il ne reste que nous deux de vivants. L’association pour l’économie distributive (AED), dont la vocation était de diffuser la réflexion sur l’économie distributive, en particulier par la Grande Relève, s’est évanouie avec la disparition de son président Michel Chérance, parti sans laisser d’adresse. Alors nous avons maintenu le journal à deux, nous avons assumé sa rédaction avec les envois que nous recevions de collaborateurs bénévoles, sans les rencontrer, nous avons réalisé seuls, tant bien que mal, la documentation complémentaire, les tris d’informations, les lectures, les numérisations de textes, les réécritures nécessaires, et j’ai fait complètement, chaque mois, depuis des années, toute la mise en pages.

Or il y a un an, sous le titre Mais où va l’argent ?, j’ai publié un livre qui a intéressé un plus large public que le cercle des distributistes. Il a fait découvrir à beaucoup de lecteurs non seulement la façon dont fonctionne notre monnaie de dette, mais aussi comment le système bancaire a évolué au cours de l’Histoire, de telle façon que c’est aujourd’hui, non pas les gouvernements, mais à des institutions qui n’ont que leur propre intérêt pour unique critère, qui détiennent l’immense pouvoir de décider des investissements, c’est-à-dire de faire les choix économiques qui déterminent l’avenir du monde. Ne serait-ce que pour les nombreuses questions qu’il soulève, outre des propositions inédites, ce livre me vaut des invitations à me déplacer pour faire des exposés et animer des débats. Par exemple, en ce mois de mars qui commence, je suis invitée le 6 à Nantes par la compagnie de la Tribouille, le 15, à Paris, par Les Périphériques vous parlent, le 16 je dois être au Salon National du Livre pour une heure de signatures, entre 16 et 17 heures, le 21 je dois être à Montreuil car le comité scientifique national d’Attac a fini par former un groupe de travail sur la monnaie et enfin j’espère pouvoir participer le 30 à Paris à l’Assemblée des Citoyens du monde, qui m’a récemment élue. Début avril, je suis invitée le 4 à Livron, le 8 par Attac 78, et le 10 par “Le temps des cerises” à Clermond-Ferrand. En plus de ces activités, je me suis engagée dans deux propositions concernant l’œuvre de mon père, la réédition d’un de ses livres, pour laquelle je dois rédiger un prologue, et un travail de plus longue haleine sur l’ensemble de son œuvre, que projette un journaliste alsacien. Il m’a été suggéré aussi d’envisager une réédition remise à jour, des Affranchis, et j’aimerais bien pouvoir le faire pour montrer ce que peut être le contrat civique. Il va de soi que je ne demande pas mieux que de participer à ces diverses manifestations, tant que j’en ai la force, car elles sont bon signe, elles prouvent que les questions sur lesquelles nous voulons attirer l’attention du public sont enfin considérées comme étant d’actualité.

La relève de la Grande Relève

Mais cela signifie aussi qu’il est évident que Jean-Pierre et moi allons devoir cesser d’assurer la publication mensuelle de la revue. Bien entendu, nous n’allons pas cesser de nous documenter et de rédiger quelques réflexions. Et nous savons que nous pouvons compter sur Yohann, notre dévoué webmaster, il a assuré la mise à jour du site internet (economiedistributive.free.fr) alors même qu’il était parti pendant un an au Canada, et il l’assure avec toujours autant de compétence depuis qu’il est père de famille et qu’il vit en province.

Il y a donc, que nos lecteurs se rassurent, au moins deux possibilités.

Soit à nous trois, nous nous contentons de maintenir le site sur internet : nous l’alimentons le plus souvent possible, en continuant à suivre l’actualité et à la commenter, nous y transmettons les informations sur l’activité des distributistes et les réflexions qui nous parviennent. L’avantage est que cette forme de publication, en nous allègeant de tous les problèmes matériels liés à l’impression et aux envois postaux, serait gratuite, comme l’est déjà la consultation de notre site. Son inconvénient est qu’elle restreint l’accès aux seuls internautes.

Or il y a des distributistes qui tiennent tellement à ce que la publication se poursuive sous la forme papier, qu’ils se sont déclarés décidés à s’organiser pour la poursuivre. Ils estiment qu’une des plus anciennes publications de France, et qui est une exception parce qu’elle vit sans publicité, avec le seul soutien que lui apportent régulièrement ses fidèles lecteurs, vaut la peine qu’ils rassemblent leurs efforts, même s’ils sont dispersés. Nous avons la chance de pouvoir compter sur Roger Winterhalter, qui dirige la Maison de la Citoyenneté Mondiale de Mulhouse : il espère trouver assez de renfort autour de lui, il a déjà en vue un sociologue, un journaliste et d’autres bonnes volontés, « pour prendre la relève ».

Mais pour cela il faut, maintenant, l’aider. Pour cela, nous espérons bien que tous les bénévoles qui nous envoyaient déjà leurs articles, plus ou moins régulièrement, accepteront tout simplement, de changer l’adresse de leur courrier : merci donc à Gérard-Henri Brissé, Paul Vincent, Henri Müller, Caroline Eckert, Jean Mathieu, Philippe Robichon, Jacques Hamon, Roland Poquet, Christian Guinchard, Isabelle Pivert, Gérard Lecha, Yves Pitchen, Jean-François Amary, Paul Vila, Suzanne et Bernard Ballet, Ernest Barreau, Éric Goujot, Claude Robin, Franz Vasseur, Bernard Vaudour-Faguet, Pierre Bellenger, Yves Gourbeault, ceux qui ont pris pour pseudonymes François Châtel et Michelec, et bien d’autres d’autres encore, de ne pas manquer d’alimenter la réflexion dans ces colonnes : leurs témoignages reflètent la grande diversité de nos lecteurs.

Mais il faudrait du même coup que cette relève soit l’occasion d’un renouveau. Et que se mobilisent pour elle tous ces militants distributistes qui font plus qu’écrire de temps en temps, parce qu’ils s’activent dans leur région : nous comptons donc sur Serge, Azzédine et Les Sans Cartes de Gauche de Vaulx-en-Velin, sur Caroline, Jean-Louis, Sébastien à Strasbourg, sur Marc et le collectif Pour une alternative à Gauche dans la région de Bordeaux, sur La Lanterne dans le Nord, sur Jacques en Bretagne, sur Raoul en Charente, sur Yves dans l’ile Maurice.

Et sur tous ceux que ces militants ont ainsi amenés à débattre de nos propositions pour construire ensemble une société dont l’objectif soit l’humain et non plus l’argent, la solidarité et non plus cette rivalité à tous les niveaux qui pourrit notre monde.

L’avenir de la Relève dépend donc de nos abonnés, des anciens les plus fidèles jusqu’aux plus récents, qui ont moins l’habitude d’écrire. Que ceux qui sont prêts à se contenter du site sur internet, par exemple parce qu’ils préfèrent lire sur écran plutôt que sur un journal, nous le disent explicitement.

Et que se manifestent, au cours de ce mois de mars, tous ceux qui tiennent à l’avenir de cette revue sous sa forme actuelle (qui pourra être plus élégante si elle est faite par un professionnel), pare qu’ils veulent la faire lire autour d’eux, ou en garder la collection, ou pouvoir revenir facilement sur tel ou tel sujet, ou tout simplement parce qu’ils n’ont pas accès à internet. Nous espérons qu’ils seront nombreux à faire preuve de leur volonté sous la forme d’une proposition d’engagement pour permettre à Roger de savoir clairement sur qui et sur quoi il peut compter.

Ceci nous permettra de faire le point avec lui, et d’annoncer dans le prochain numéro, probablement le dernier sous notre responsabilité, quelles sont ses décisions.

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Lectures

Manipulations

par M.-L. DUBOIN
31 mars 2008

Il paraît que 80 % des Français qui auraient été interrogés, se seraient déclarés d’accord pour qu’il soit possible désormais qu’on enferme, à vie, des criminels qui ont déjà purgé leur condamnation, ce qui s’oppose au principe républicain de non-rétroactivité des lois. Celà signifie que les citoyens de la République Française accepteraient, a priori, l’idée que des gens soient enfermés (car il ne s’agit pas de les soigner) non plus pour un crime qu’ils ont commis, mais parce que “on” estime qu’ils seraient capables d’en commettre un s’ils étaient en liberté.

Pareille mise en rétention perpétuelle n’a pas de commune mesure avec, par exemple, le retrait d’un médicament dont on a observé des effets nocifs, ou bien des mesures destinées à empêcher la prolifération incontrôlable d’OGM en plein champ, ou encore l’interdiction de rejeter de la fumée de tabac dans un lieu public. Dans le premier cas il s’agit de priver de liberté des êtres humains. Dans les autres, il s’agit de mesures de prévention, qui portent sur des produits dont on sait qu’ils sont, par nature, nocifs, donc qu’ils le resteront parce qu’il leur est impossible de changer, contrairement aux êtres humains.

Comment une population, qui se dit civilisée, et donc qu’on aimerait capable, au XXIème, siècle de faire cette nuance, peut-elle prendre une position aussi… faut-il dire primaire, ou sauvage ? L’explication est sans doute dans le climat de peur qui règne aujourd’hui, et il faudrait étudier comment s’est installé ce climat d’insécurité qui, en tout cas, a certainement déjà beaucoup servi dans certaines campagnes électorales.

C’est précisément sur cette question que portent les recherches d’un Professeur à l’université Paris X, Laurent Bonelli, qui vient de publier ses résultats aux éditions de La Découverte, dans un livre intitulé La France a peur et je me propose de lire. Selon Le Monde des Livres du 29 février, qui en publie une analyse critique, ce sociologue ne cherche cette explication dans aucune « théorie du complot », mais « s’essaie à un décryptage clinique des dynamiques, pas forcément pensées ou voulues, selon lui, qui ont conduit à l’irruption de l’insécurité dans le débat public ». La mise en avant du « sentiment d’insécurité » remonterait au rapport de 1977 du comité d’études présidé par Alain Peyrefitte, dès lors, « le glissement de la délinquance à l’insécurité élargit le spectre des faits sociaux considérés » et « ce ne sont plus désormais seulement les crimes ou les délits qui vont être pris en compte ». Pour lui, un premier basculement a eu lieu à la fin des années 1980, et cette évolution a ensuite offert un cadre idéologique, et « les sondages ont joué un rôle déterminant : l’insécurité devenant une expression récurrente de l’opinion, elle a quitté le strict terrain policier pour devenir politique », elle a « constitué un investissement politique efficace ». Il retrace l’histoire de ce déplacement au sein du PS : avant les années 1990, le sujet n’est pas évoqué il n’en est pas question dans la Lettre à tous les Français de Mitterrand en 1988. La rupture intervient dans un chapitre du programme de Jospin en 1995. Puis au colloque de Villepinte en 1997, la sécurité devient « la première des libertés ». Après quoi les médias transforment « les faits divers » en « problèmes de société ». Alors des experts vont apporter leurs « savoirs savants », dit-il, et ils vont « populariser la théorie de la vitre brisée » et la lutte « contre les incivilités », tandis que des consultants vont se placer « sur le marché de la sécurité en proposant leur expertise aux collectivités locales ». Avec une conséquence, « insuffisamment analysée : le renforcement continu … des outils de répression ».

Les politiques de répression ont-elles amélioré la situation ?

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Lectures

Quelle banque du Sud ?

par M.-L. DUBOIN
31 mars 2008

Dans son avant-propos, Éric Toussaint constate que l’offensive capitaliste néolibérale domine encore, comme depuis bientôt 30 ans, se manifestant par des guerres impérialistes pour la conquête des ressources en pétrole, l’armement des grandes puissances et les contraintes antisociales (privatisations, pressions sur les salaires, sur les conditions de travail, sur les services publics, etc.) connues sous le terme de “consensus de Washington » et qui s’exercent sur tous les pays, mêmes les plus industrialisés. Les conditions de vie d’une grande partie de la population continuent à se dégrader, et on assiste même à d’intolérables phénomènes de barbarie. Non seulement les Objectifs du Millénaire pour le Développement, fixés par les Nations Unis en 2003, « dont aucun ne touche la racine des problèmes : l’inégalité de la distribution des richesses et la logique du profit privé », ne seront même pas atteints, mais on s’en éloigne.

Mais de nouvelles résistances se manifestent un peu partout. Certes, le Forum Social Mondial ne fait pas de miracle, paralysé qu’il est par « le vieux débat », en son sein, « entre réformateurs et révolutionnaires ». Le changement salutaire viendra-t-il plutôt de la Chine, où se produisent de très importantes luttes sociales ? Il est vrai que « le discrédit porté par le socialisme est terrible, la perte de repère évidente et le dégoût de la politique risque d’être durable. » Rien n’est garanti, conclut Éric Toussaint, « d’où l’importance pour chacun d’entre nous de prendre sa part de l’action citoyenne ». Et il ajoute : « Il faut réinventer le socialisme au 21ème siècle ».

Résultat de la mobilisation populaire, c’est dans certains États comme le Venezuela, la Bolivie et l’Équateur qu’une contre-tendance s’exprime depuis une dizaine d’années, de différentes manières : nouvelles constitutions démocratiques, récupération du contrôle par les États de ressources naturelles (pétrole, eau, gaz) ou de services essentiels (électricité, télécom), quelques accords commerciaux et de troc entre ces pays. Le traité de libre commerce ALCA que les États-Unis voulaient imposer à toute l’Amérique a échoué, et s’ébauche une “alternative bolivarienne des Amériques”, ALBA, entre le Venezuela, la Bolivie, Cuba, le Nicaragua et, en tant qu’observateur, l’Équateur. Ce qui permet à Toussaint un peu d’optimisme : « Des espoirs fleurissent du côté de l’Amérique latine… sept pays latino-américains lancent une initiative d’envergure à travers la création d’une Banque du Sud prometteuse ».

« Pourquoi une nouvelle Banque du Sud ? » explique ce livre, en décrivant la Genèse d’une nouvelle architecture financière internationale. Ce qui aide à comprendre d’abord le retournement de la situation qui fait que les pays en développement sont maintenant prêteurs nets à l’égard des pays les plus industrialisés. La question importante est donc : que vont-ils faire de leurs centaines de milliards de dollars ? Malheureusement, ils ont commencé par agir de façon absurde : au lieu d’investir ces réserves dans l’intérêt de leurs populations (éducation, santé…), leurs gouvernements se sont empressés de se soumettre à l’orthodoxie des institutions financières internationales en remboursant leurs dettes au FMI, puis en prêtant au Trésor des États-Unis et des pays d’Europe occidentale. Et pire encore, ils s’endettent auprès de leurs banques locales pour retirer de la circulation le surplus de monnaie ! D’où l’espoir qu’ils parviennent à créer un Fonds monétaire du Sud, dans l’intérêt bien compris des populations. Mais les États-Unis veillent… et les dernières nouvelles montrent qu’avec l’aide de la Colombie, ils sont prêts à employer les pires moyens pour les en empêcher …

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La République déboussolée ou l’art de picorer

par G.-H. BRISSÉ
31 mars 2008

Il paraît que notre Président de la République, après avoir été porté au pinacle, s’essouffle à force d’être au four et au moulin, de courir après les dossiers, de picorer ici ou là, d’instaurer des comités Théodule, des commissions Rataplan, où une personnalité de son niveau n’a rien à faire, sauf à considérer qu’il ne sait pas déléguer, hors son domaine réservé. On le voit apparaître un jour à Beijing, un peu plus tard dans les Émirats, ou à d’autres endroits de la planète où il sème, tel le petit Poucet, non pas des cailloux mais quelques Airbus, TGV ou autres centrales nucléaires ; à Lisbonne, il se pose en chantre d’une Europe ultra-libérale « simplifiée » … par un traité de plus de 350 pages, pâle copie d’un projet de Constitution rejeté précédemment par référendum. Mais dans le même temps, il se rend à Gandrange en Moselle, où il prend exactement le contre-pied de ce qu’il avait déclaré antérieurement : là ce n’est pas l’ultra-libéralisme qu’il défend, avec son cortège de concurrence sauvage qui aboutit toujours in fine aux fusions-acquisitions et aux plans sociaux, mais d’interventionnisme destiné à maintenir un minimum de production sidérurgique dans une région, la Lorraine , déjà sévèrement touchée par les fermetures d’entreprises ; cette réaction digne d’un B. Thibaut, responsable de la CGT, est que nous manquons désormais d’acier, cet acier que des aigrefins s’échinent à écouler à prix d’or sur un marché clandestin, au même titre que d’autres métaux précieux ou matières premières ; alors, certes, pourquoi le produire à l’étranger ?

L’ambition européenne

Qu’est-ce qui pousse le président de la République à faire l’apologie d’un nouveau traité Européen ?

Lui-même, ou du moins la France, accèdera à la présidence de cette même Europe pour six mois à compter du 1er juillet prochain. Espère-t-il accéder à ce poste et y demeurer pour deux années supplémentaires, en application du nouveau traité, à partir du 1er janvier 2009 ? Il fallait, pour que la France marginalisée, recouvre un rôle, “débloquer” cette Europe-là, moyennant quelques aménagements mineurs : la belle affaire !

On a évoqué, pour ce poste, la candidature de M Tony Blair ; mais aussi, en dépit de son âge avancé, de M Giscard d’Estaing. D’où, semble-t-il, la précipitation de l’actuel président de la République pour faire adopter un certaine nombre de “réformes” qu’il a en tête, sous le label de la “rupture”. Par la suite, l’Europe issue du nouveau traité requérera toute son attention ; affaire à suivre dans un contexte planétaire en crise, où les experts en tout genre recommandent de mettre des barrières à la spéculation financière ; … par delà la crise des “subprimes”américaines, qui concerne le secteur immobilier, c’est l’ensemble des opérations de crédit qui pourrait être affecté !

Aux États-Unis, cette hyperpuissance minée par le surendettement, les inégalités de revenus s’avèrent de plus en plus flagrantes, la Sécurité Sociale n’existe pratiquement pas, le chômage endémique et la précarité touchent la grande majorité des salariés, alors d’aucuns, dans ce monde devenu fou, misent sur l’Europe pour élaborer une nouvelle donne.

Le traité sur l’organisation de l’Europe devait se démarquer aussi largement que possible des dispositions antérieures, en particulier l’Acte Unique Européen, les Accords de Maastricht, les pactes d’Amsterdam et de Nice, ce dernier introduisant au niveau des États membres un droit de veto bloquant toute décision majeure ; il devait énoncer clairement en quoi l’Europe confédérale des peuples, tout en répondant aux vœux des fondateurs, se différenciait des orientations précédentes ; il fallait faire valider ce traité par une Assemblée constituante des peuples européens et si l’on confirmait la voie du référendum populaire, l’organiser en tout lieu le même jour et à la même heure ! Et, puisqu’on évoquait la réorganisation territoriale de la France, son ajustement aux nécessités de l’heure, évoquée à juste titre parmi les 300 mesures de la commission Attali, il fallait l’inclure dans ce projet, en profiter pour intégrer les dossiers d’actualité des quartiers difficiles, de règles d’urbanismes adaptées au XXIème siècle ; l’ensemble de ce dispositif devant être soumis à un examen global !

En place de quoi, on nous a soumis un catalogue de mesures diverses, à prendre ou à laisser, dans lesquelles une vache ne reconnaîtrait pas son veau ! Les chauffeurs de taxi manifestent, les grandes surfaces son mécontentes, des corporations mettent en avant la défense de leurs intérêts particuliers… en fin de compte, on laissera aux “marchés”le soin d’apprécier et de trouver des solutions en marge des États ; et c’est dans tous les cas le consommateur qui paiera, sans compensations de revenus !

Les « cercles » du pouvoir

Il devient évident que l’exercice du pouvoir en France se dilue en plusieurs cercles concentriques qui se superposent sans ce confondre ; il n’est pas étonnant que la majorité des simples citoyens que nous sommes ne s’y reconnaît pas et ne semble pas concernée par les directives prises en haut lieu.

Le premier cercle est celui du Président de la République, qui dispose de conseillers “spéciaux” faisant office de gouvernement bis, avec son parlement censé représenter l’opinion publique, composé de comités, de commissions se mêlant de tout, dissertant de tout, disséquant les dossiers les plus divers, même ceux qui dépassent de loin le domaine réservé traditionnel de la présidence de la République.

Le second cercle est constitué par le Premier ministre et son gouvernement qui disposent d’initiatives très limitées, sinon celles d’appliquer au mieux les directives présidentielles.

Le troisième cercle est constitué par le Parlement auquel échoit théoriquement l’initiative des lois. Mais en réalité, il ne fait désormais que transcrire en lois des dossiers qui lui sont soumis.

Le quatrième cercle est celui du peuple, représenté par ses organisations politiques et syndicales, ses associations, etc. Les promesses électorales sont sempiternellement réitérées, rarement concrétisées.

On annonce une hausse du pouvoir d’achat de l’ensemble de la population, fortement érodé depuis une dizaine d’années par la hausse des prix et des prélèvements obligatoires ; on annonce à diverses catégories de salariés, une série de gadgets destinés à accroître leur pouvoir d’achat ; aux bénéficiaires du minimum vieillesse une prime… que dans le même temps on déclare obérée par des caisses vides !

Reconnaissons qu’on n’a pas le courage, en haut lieu, d’entamer une authentique réforme monétaire, de dire aux banques, alors que c’est le moment, qu’en opérant un transfert obligatoire de 0,l % sur les transferts bancaires en faveur du budget national, les établissements financiers concernés participeraient à l’effort de redressement du pays.

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Quant à la politique extérieure, la France n’a jamais été aussi influente que lorsqu’elle était le héraut des droits de l’homme à travers la planète. Alors que les États-Unis, hyperpuissance triomphante, que l’on présente souvent dans certains milieux, comme un modèle de démocratie et de liberté, se comporte en réalité, au plus haut niveau de son gouvernement, comme un de ces régimes politiques honnis et contestables qu’elle prétend combattre sous l’appellation d’“Axe du mal”. Cette appellation rappelle étrangement ces “puissances de l’Axe” que l’on combattait il y a un demi siècle !

À de multiples exemples, en particulier l’Afghanistan, la Somalie, l’Irak, la prison d’Abou Ghrahib, Guantanamo, la récente approbation officielle de certaines méthodes de torture montre les dérives auxquelles nous ne pouvons souscrire, et que Robert Badinter* a comparées à certaines pratiques de l’Inquisition : elles sont indignes d’une démocratie, quels que soient les prétextes invoqués, y compris les actes de terrorisme sauvage tels que l’attaque du 11 septembre 2001. Telle doit être la démarche des candidats aux Présidentielles américaines ! Comme l’a dit Robert Badinter : « Aux États-Unis, mon souhait serait de voir Hillary Clinton investie par les Démocrates, avec Barak Obama comme vice-président ». C’est également mon point de vue, si l’Amérique veut enfin assumer un destin moins contesté ! Les conditions de la paix mondiale

Écoutant, le 6 février dernier, cet ancien Président du Conseil constitutionnel, sur “Public Sénat”, j’ai eu le sentiment que cet homme politique représentait tout ce que la France avait à dire à l’étranger. M. Badinter, qui fut aussi avocat, plaidait pour une extension internationale des droits de l’Homme. En ce sens son combat relève d’une magistrature suprême ; l’ancien Garde des Sceaux est l’homme d’une culture incommensurable ; il eut le courage de présenter à François Mitterrand un projet d’abolition de la peine de mort, en un temps où cette démarche n’était pas encore entrée dans les mœurs. Ce protestant austère mérite les honneurs de la plus haute charge de la République à laquelle il ne fut jamais personnellement candidat.

Nicolas Sarkozy a sans doute estimé qu’en tentant d’amadouer G.W. Bush, en caressant la bête dans le sens du poil, il pourrait s’attirer ses faveurs et obtenir des concessions sur d’autres fronts. Ce en quoi il se trompait. On peut certes faire l’éloge du peuple américain, lui dire notre amitié, lui exprimer notre considération, mais on ne peut transiger avec le mensonge d’État (en Irak), la violence, la guerre, la torture. G W Bush, à l’issue de deux mandats, est totalement déconsidéré par son opinion publique : personne n’ose se réclamer de lui. Il a réussi en outre à inonder le marché sud-américain, en particulier le Mexique, de maïs transgénique, exploité sur une large échelle dans des latifundias, acculant les petits paysans à la faillite et les contraignant à s’entasser aux abords des grandes villes, puis à fuir vers le territoire américain. Pour les en empêcher, un mur de 1.200 km a été édifié, depuis mai 2006, le long de la frontière mexicaine. Pourchassés conjointement par la police des deux pays, ces transfuges comptent tous les jours dans leurs rangs des dizaines de morts.

Et ce mode opératoire avait déjà inspiré aux dirigeants israëliens, fidèles alliés de l’hyperpuissance américaine, l’idée d’enfermer les irréductibles Palestiniens à l’intérieur de territoires délimités par des murs, et où ils sont entièrement dépendants d’eux pour leurs approvisionnements vitaux en énergie, eau et électricité et pour leur simple survie par le travail. En outre, les Palestiniens sont divisés entre eux. L’instauration d’un État Palestinien en peau de léopard constitue néanmoins l’échéance ultime envisagé par les grandes puissances. Mais, quoi qu’il en soit, par son soutien au grand Israël, la démocratie américaine n’a jamais favorisé une issue diplomatique durable à ce douloureux conflit, matrice des affrontements actuels ou prévisibles au Moyen Orient. L’Union méditerranéenne prônée par Nicolas Sarkozy trouve là, et au Liban, ses limites. G.W. Bush s’est enlisé en Irak, et au prix de 1.500 milliards de dollars, dans une guerre interminable et impensable ! Et je ne cite que pour mémoire les autres conflits déclenchés : en ex-Yougoslavie, en Afghanistan, en Somalie et placés sous l’égide de l’OTAN. Alors qu’on accuse aujourd’hui l’Iran, comme hier l’Irak, de vouloir se doter d’armes de destruction massive, y compris nucléaires, on se garde bien de crier sur les toits de Washington qu’Israël est également une puissance nucléaire, mais on révèle qu’Israël se prépare un stock d’armes nucléaires miniaturisées capables de frapper l’Iran. S’il en était ainsi, ce serait déclencher, dans un proche avenir, en Palestine (Hamas), au Liban, en Syrie et dans d’autres États, un processus de rétorsion dont nous ne pouvons pas mesurer l’ampleur ; ce serait l’amorce d’un conflit généralisé.

D’autre part, il va bien falloir un jour renégocier le traité de non-prolifération nucléaire, que la France a signé en 1992, et qui accorde à quelques grandes puissances le bénéfice d’armes de destruction nucléaire refusé à d’autres. C’est ce que réclament certaines puissances émergentes, en particulier l’Iran.

C’est une échéance à étudier sérieusement.

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Les nouvelles de Vaulx-en-Velin

par S. BAGU
31 mars 2008

Mardi 19 j’ai donc reçu quelques habitants de mon immeuble afin qu’ils puissent rencontrer le maire de Vaulx-en-Velin, M. Maurice Charrier qui est aussi vice-président de la communauté urbaine du Grand Lyon et président pour l’Europe de l’organisation internationale des villes nouvelles. C’est dire s’il connaît les dossiers sur le bout des doigts.

Nous étions dix en tout, en comptant le maire et ma pomme. ça paraît peu mais c’est voulu : le maire multiplie ces réunions « Tupperware » qui lui permettent d’être réellement en contact avec la population. Après quoi, chaque personne parle de cette rencontre dans son entourage ce qui fait tâche d’huile.

Il est venu seul, donnant ainsi un caractère familier, chaleureux et humain à la réunion.

Bien sûr, les personnes présentes le soutiennent pour les municipales, mais ça ne les a pas empêchées de dire leur mécontentement sur tel ou tel sujet. Les soucis du quotidien étaient palpables. Très honnêtement, même en pleine campagne électorale, le maire n’a pas promis la lune pour résoudre les problèmes de tout un chacun, surtout au niveau du travail et du logement. « Je suis loin d’avoir tous les pouvoirs » a-t-il insisté. D’où la création prochainement d’une structure pour que les vaudais sachent à quelle porte il faut frapper chaque fois qu’un problème social se présentera à eux. Qui fait quoi ? résume bien l’essence de cette future disposition. À force de fréquenter la population, le maire s’est aperçu que de nombreuses personnes ignoraient beaucoup de leurs droits sociaux. Il nous a même confié que les grands organismes comme les C.A.F et les centres de la Sécurité Sociale avaient reçu des instructions pour ne pas expliquer à la population ce à quoi elle pouvait prétendre. Tout cela au nom du grand principe que « nul n’est censé ignorer la loi ». Tu parles Charles !

Côté Duboin, j’ai fait ce que j’ai pu en affichant des maximes et des textes sur l’économie distributive. À vrai dire les gens ne les ont pas lus, tout joyeux et fébriles qu’ils étaient de pouvoir rencontrer et discuter avec leur maire d’une manière aussi proche. J’ai réussi quand même à donner à M. Charrier la photocopie de l’article paru dans la dernière GR, du banquier américain, Simon Davie, qui s’adresse au peuple de France. Et dans le local de la campagne, j’ai affiché la photocopie en A3 de mes propos et du Blues du Prolo que la GR a publiés. J’ai également disposé des numéros de la GR et des papiers de Jacques Duboin, notamment celui intitulé « Nous glissons au fascisme » GR N° 30.

À Vaulx il y a deux listes de gauche : celle de Maurice Charrier et celle d’une ancienne adjointe, socialiste Ségolénisante, « boboïste », qui se présente contre lui par ambition personnelle. Comment pourrait-il en être autrement quand on voit le bilan positif de l’équipe sortante ? Ce qui m’a fait dire hier soir dans une réunion de la liste Charrier qu’il y avait dorénavant la gauche caviar d’un côté et la gauche lentilles de l’autre. Vous devinerez où se situent la liste de Maurice Charrier et celle de son adversaire !

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