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   Mensuel de réflexion socio-économique vers l’Économie Distributive
 
 
 
 
 
AED La Grande Relève Articles > N° 1086 - avril 2008

 

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N° 1086 - avril 2008

Au fil des jours   (Afficher article seul)

Dans sa chronique, Jean-Pierre mon montre que la démolition du système des retraites par répartition ne fait qu’obéir à un ordre de la Banque mondiale, que le miracle des heures supplémentaires était un leurre et que la France ne sera pas plus épargnée par la crise bancaire que par le nuage de Tchernobyl.

Convergence d’espoirs   (Afficher article seul)

Message d’un résistant alsacien   (Afficher article seul)

Roger Winterhalter appelle à la résistance et à l’espoir.

Le sort de Marie   (Afficher article seul)

Gérard-Henri Brissé raconte la triste histoire d’une Marie, qui subit, comme tant d’autres, le nouveau régime des retraites dans la “supermafia” de la république des arnaqueurs.

L’ultra-libéralisme revu et corrigé   (Afficher article seul)

Gérard-Henri Brissé commente un livre d’Henri Guaino.

Le totalitarisme “mou”   (Afficher article seul)

Bernard Vaudour-Faguet constate qu’aujourd’hui on ne tue pas moins que dans les États totalitaires au XXème siècle, mais autrement et plus sournoisement

Histoires de sous, histoires de fous   (Afficher article seul)

Ernest Barreau, se rappelant que Coluche pensait que ses restau du cœur cesseraient vite d’être nécessaires, rappelle que le droit à la vie, donc les moyens de vivre décemment, est un Droit de l’Homme inscrit dans la Charte Universelle des Nations Unies !

Human slam…   (Afficher article seul)

Michelec exprime par un slam ce que La Grande Relève lui a apporté.

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Au fil des jours

par J.-P. MON
30 avril 2008

Retraites

Programmé par la loi de 2003, un nouveau rendez-vous sur les retraites va s’ouvrir dans quelques semaines. On sait déjà que la principale mesure que veut faire passer le gouvernement Fillon est l’allongement de la durée légale de cotisation qu’il veut porter (dans un premier temps !) à 41 ans. Il continue tout simplement son offensive contre le système des retraites par répartition, conformément au plan néolibéral présenté dès 1994 par la Banque mondiale. Nous en avons déjà longuement parlé [1].

La France, évidemment, n’est pas le seul pays concerné. Après l’Italie, la Grèce vient à son tour de faire adopter par son Parlement, malgré de nombreuses manifestations, la réforme très controversée de son système de retraites. Cette réforme était réclamée depuis plusieurs années par l’Union Européenne, le FMI et l’OCDE. Reprenant la même antienne que ses collègues de l’Union, le Premier ministre conservateur avait martelé pendant des mois : « cette réforme est un devoir impératif, un devoir qui permet de garantir la sécurité de la majorité de citoyens ». Dès le mois de décembre 2007, il avait reçu le renfort des “experts” du FMI : « Si on ne réforme pas radicalement le système […], les dépenses à long terme venant du vieillissement de la population menaceront la viabilité des comptes publics ». Entre autres buts, la réforme doit aboutir à réduire les “inégalités” entre les régimes de retraites de professions différentes [2], modifier le mode de calcul des retraites anticipées afin de les rendre moins attractives ; elle prévoit aussi d’accorder à partir de 65 ans un bonus de 3,3 % par an aux travailleurs continuant leur activité jusqu’à 68 ans. Avant sa réélection le Premier ministre s’était engagé à ne pas relever l’âge légal de la retraite (65 ans pour les hommes, 60 pour les femmes). Au cours des débats, la ministre de l’emploi n’a pas manqué d’avancer l’argument démographique en rappelant qu’il y avait en Grèce 1,75 travailleur actif pour un retraité, alors qu’il en faudrait 4 pour 1. Comme quoi, les mêmes faux arguments servent partout !

Travailler plus… pour gagner plus ?

Cette stupide trouvaille de Sarkozy s’accompagne, comme on le sait [3], d’une détaxation des heures supplémentaires qui sont, en principe, proposées aux salariés. En 2007, cette exonération de taxes sociales a coûté à l’État 585 millions d’euros, sans que le nombre d’heures supplémentaires effectuées par salarié ait augmenté depuis 2005. Selon l’INSEE, dans les entreprises de plus de 10 personnes (qui sont les plus nombreuses en termes d’effectifs), ce nombre d’heures était en moyenne, au quatrième trimestre 2007, de 7 heures par salarié alors qu’il était de 8 heures au quatrième trimestre 2005. Toujours selon l’INSEE, l’impact de la loi sur le coût du travail et le salaire brut par individu est faible mais un peu plus important (de l’ordre de 0,6 %) sur le salaire net moyen, c’est à dire rien de comparable avec l’augmentation du coût de la vie. Il est grand temps que l’on procède à l’évaluation de la politique de Sarkozy !

Crise financière

On sait que, comme pour le nuage de Tchernobyl, la France est à l’abri de la crise hypothécaire qui frappe les États-Unis. On vient quand même d’apprendre que, selon l’agence de notation Standard & Poors, les banques françaises devraient « encore baisser en 2008 » en raison de la crise financière qui leur a déjà coûté 11 milliards d’euros. L’agence n’exclut pas de nouvelles dépréciations d’actifs. La France n’est pas un cas particulier en Europe : au Royaume-Uni, le gouvernement a dû se résoudre à nationaliser (provisoirement a-t-il dit !) la banque Northern Rock pour éviter une banqueroute susceptible d’être contagieuse ; en Allemagne de nombreuses banques ont subi des pertes considérables, notamment la Deutsche Bank (2,2 milliards d’euros au troisième trimestre 2007 et 2,7 milliards d’euros au premier trimestre 2008) ; et en Suisse, la très vénérable USB (première banque suisse et troisième européenne) vient d’annoncer une nouvelle dépréciation de 12,1 milliards d’euros après celle de 2007 (11,7 milliards d’euros), ce qui en fait l’établissement financier le plus affecté par la crise des crédits immobiliers américains à risques devant Citygroup et Merrill Lynch.

Mais rien de cela n’impressionne les “bons“ économistes ! Par exemple, le très conservateur Eric Le Boucher, rappelant que selon certains économistes les pertes dues aux subprimes sont évaluées à 1.000 ou 2.000 milliards de dollars, c’est à dire 17% du PIB américain, s’exclame [4] : « Et sonne le tocsin. Les financiers crient au secours et plaident que si on ne les aide pas (qui ? les banques centrales, et s’il le faut les contribuables), c’est l’économie réelle qui est menacée de tarissement des crédits et d’autres joyeusetés. Les Cassandre qui nous “l’avaient bien dit” se réjouissent d’avoir eu raison. Et les politiques “à la française” voient là, enfin, le moyen tant attendu de re-réguler les méchants marchés, d’imposer le retour du Grand État et, même, courage, camarades, la fin du libéralisme ». Admettant « qu’un certain nombre d’inventions majeures du capitalisme financier doivent être révisées », il nous rassure : « Mais il ne faut rien exagérer, la finance n’est que le sang de l’économie […]. Le sang coule-t-il à gros bouillon ? Une hémorragie, cela se soigne. Les Banques centrales ont fait ce qu’il fallait : ouverture des caisses et baisse des taux pour permettre les refinancements des ruinés ».

Braves gens, dormez en paix ! Le capital est en de bonnes mains. Et le gouvernement français nous annonce un plan de 6 à 7 milliards d’économies. Il serait tellement plus simple qu’il confie le ministère des finances à Jérôme Kerviel !

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[1] « Répartition, capitalisation : un enjeu de société » , GR 989, juin 1999.

[2] ça ne vous rappelle rien ?

[3] Loi sur le travail, l’emploi et le pouvoir d’achat (TEPA).

[4] Le Monde, 23-24/03/2008.

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La relève de la Grande relève

Convergence d’espoirs

par M.-L. DUBOIN
30 avril 2008

S’il m’est parfois venu à l’esprit que des abonnés de longue date ne prenaient plus la peine de lire notre mensuel, sous prétexte qu’ils savaient d’avance ce qu’il allait contenir, je m’étais bien trompée : pour la plupart, ils ont réagi au quart de tour à mon “Sales temps” du dernier numéro, au point que nous avons reçu un paquet de lettres et de messages qui, même abrégés, ne tiendraient pas dans plusieurs pages du “courrier des lecteurs”. La grande majorité répondent en exprimant leur préférence pour la forme papier, et si certains avaient lu que la Grande Relève allait cesser de paraître sous cette forme, rassurons-les en leur disant que Roger Winterhalter y tient, et qu’il est en discussion avec des professionnels qui pourraient l’aider. N’enterrons donc pas encore cette revue. De ce côté, le baromètre est au beau.

Et il y a d’autres raisons de croire au printemps. Par exemple “Le Printemps de toutes les richesses”, cette manifestation publique qui s’est tenue du 19 au 29 mars à Saint-Ouen, à Mains d’œuvres, organisée par le collectif Richesses. Cette association d’associations a été créée il y a quelques années pour donner une suite aux réflexions que le philosophe Partick Viveret a réunies dans son rapport intitulé “Reconsidérer la richesse”. Elle s’efforce, par toutes sortes de manifestations largement ouvertes à tous les publics, de faire réfléchir sur ce que sont les vraies richesses, à nier que ce soit celles qui sont comptabilisées dans le Produit Intérieur Brut, le trop fameux PIB que les économistes, puis les politiciens de tout bord et les grands médias ont pour seul repère, et à proposer qu’on réfléchisse ensemble à ce qu’est vraiment la richesses d’une société, son Produit Intérieur Doux.

C’est autour de ce même sujet, la quête de l’argent confondue avec celle du bonheur, qu’a été bâtie la trilogie “Les contes de la Richesse” mise en scène par Philippe Piau pour la troupe de théâtre nantaise La Tribouille. La première pièce, “Le paradoxe de l’Erika” remettait en cause le PIB comme indicateur de la richesse d’un pays. C’est la deuxième, “le Radeau de la monnaie”, qui a été jouée à Saint-Ouen. L’approche philosophique et psychologique de ces spectacles a beaucoup d’impact sur le public parce qu’elle le conduit à toutes sortes d’interrogations et à des remises en question à propos d’habitudes de penser, souvent acquises depuis longtemps mais pas toujours de façon consciente. Un rappel sur ce que sont Les dessous des sous, comme celui que La Tribouille m’avait invitée à venir faire à Nantes début mars, apparaît alors comme un complément à la pièce, et le débat qui s’en suit, avec le public, permet de s’apercevoir que la société actuelle n’est pas résignée à la ”modernité” qui lui est imposée, mais qu’il existe, bien au contraire, et de plus en plus, chez un grand nombre de citoyens, un profond besoin de résistance, le refus d’admettre que la compétition soit une nécessité, la conviction que la solidarité est bien plus “enrichissante”, la volonté d’avoir d’autres références, des repères plus naturels et plus humains, pour pouvoir prendre enfin leur destin en mains, vivre et agir autrement.

Ce constat réconfortant a été confirmé au cours du débat qui a suivi, ce samedi 29 mars, la série des divers ateliers du “Printemps de toutes les richesses”. La séance de clôture, intitulée « Mesure et démesure de la richesse », avait pour objectif d’ouvrir un débat démocratique alors qu’une commission officielle, présidée par Joseph Stiglitz, va s’interroger sur de nouveaux indicateurs de richesses. À la tribune, quatre orateurs sont intervenus, successivement, à la demande de Patrick. Jean Fabre, Directeur adjoint du PNUD, l’organisme quia lancé l’indicateur de Développement Humain (IDH), a donné quelques chiffres éloquents sur l’accroissement des inégalités et de la pauvreté dans le monde. Dominique Méda, sociologue, est remontée aux sources historiques de la religion du travail. Jean Gadrey, Professeur d’économie comme il en est trop peu, n’a pas ménagé ses collègues aveugles devant les atteintes à l’environnement. Enfin Danielle Mitterrand, en tant que fondatrice de l’association France-Libertés, a évoqué ses rencontres personnelles dans un monde qui n’est pas celui des palaces (le constraste entre elle et la nouvelle “Première Dame” de France a été frappant !).

Ces interventions, toutes brèves, simples et éloquentes, ont eu beaucoup de succès auprès des quelque 250 personnes dont la salle était bondée, et qui ont eut à cœur de participer ensuite au débat, avec la même détermination. J’ai senti que j’étais approuvée quand Patrick m’a donné la possibilité d’affirmer qu’il ne suffit pas d’avoir un bon indicateur, comme il ne suffit pas d’avoir un bon thermomètre renseignant sur l’état présent du malade, l’important est que les décisions qui définissent l’avenir soient raisonnables, ce qui ne sera pas le cas tant que les choix seront faits par la main invisible du marché, en vertu d’un seul critère, celui de la rentabilité financière.

Je vois donc de bonnes raisons de penser que l’espoir est dans ce débat démocratique, pour rechercher ensemble, non pas des solutions individuelles qui laissent perdurer le “chacun pour soi”, mais pour organiser une véritable société basée sur l’égalité des Droits.

Et comme Roger Winterhalter, venu assisté à cette séance, a dit en avoir été “emballé”, ayons confiance.

Donnons-lui la parole :

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Message d’un résistant alsacien

Appel à la résistance et à l’espoir.
par R. WINTERHALTER
30 avril 2008

Avant même de connaître le résultat du deuxième tour des municipales, je me trouvais devant une feuille blanche essayant de comprendre ce qui nous arrive, non seulement ici à Mulhouse, où c’est la honte qui me submerge, mais en France, où c’est le dégoût qui m’envahit, et dans le monde entier où les uns continuent à amasser, à capitaliser, à se protéger alors que les autres s’enfoncent dans l’exclusion la pauvreté, l’ignorance.

Aujourd’hui, quelques semaines ont passé, mais le constat reste le même. Certes, en disant cela, je n’invente rien ; d’autres le disent et moi-même je l’ai déjà dit mais… il y a des clous qui méritent d’être enfoncés.

Mais que faire, me direz vous ? Faut-il attendre la prochaine échéance électorale pour mieux faire, conforter l’existence d’un parti en augmentant son score ?

Faut-il créer un nouveau parti (souvent à l’image de l’ancien), se contenter de gérer son fonds de commerce électoral, réunir la nomenklatura de la gauche anti-libérale pour recoller les morceaux ?

Personnellement, je suis de plus en plus dégoûté de ce petit jeu, de cette course au pouvoir, de cette soif de paraître, de cette suffisance qui n’a d’égal que l’insuffisance qu’elle engendre.

Je vous invite à tendre l’oreille, à regarder un peu autour de vous… Vous verrez des gens qui se bousculent souvent pour un brin de pouvoir, parfois pour paraître, être, rester ou devenir notable, accumuler du fric, s’approprier le savoir, donner des leçons. Ils se ressemblent tous et ont quelque chose en commun : ils ont quelque chose à conserver, ce sont des conservateurs, de droite et de gauche.

Et… les médias s’en régalent, il n’y a que ça qui compte, entre deux matches de foot, ou de rugby, ou un tournoi de tennis, ou le braquage du supermarché, ou l’incendie d’une voiture dans un quartier dit sensible.

Et… une partie de celles et ceux qui ne font pas partie du sérail, rêvent d’y entrer. Une campagne se termine à peine qu’une autre se prépare. Et on paie ses dettes et on remet ça à la prochaine occasion.

Mais pendant ce temps, le mal qui ronge ne cesse de s’amplifier. Le monde est de plus en plus pollué, il se détériore lentement mais sûrement. L’exploitation de l’Homme se poursuit, l’esclavage des temps modernes est une réalité quotidienne. Les frontières du Nord sont de plus en plus hautes pour empêcher les envahisseurs du Sud de les escalader.

« Quand il s’agit d’argent tout le monde est de la même religion », disait Voltaire, et le Père Jean Cardonnel d’ajouter : « et a le même dieu ». À mon tour, j’ajoute : « Il en est de même pour le pouvoir et le savoir, confisqués par une petite minorité ».

Face à cela, il y a le peuple, les sans papiers, les sans toits, les sans revenus, les sans emplois. Ils ne s’y retrouvent pas, parfois ils se désespèrent, ils s’enfoncent, ils sont à cent lieues de ce qui se passe de l’autre côté de la barrière.

Et pourtant, quand on se remue un peu… un tout petit peu, on se rend compte qu’il existe partout, je dis bien partout, de fermes espoirs et, n’ayons pas peur des mots, des pratiques, des idées qui mettent en cause l’ordre établi.

Ces derniers temps, ici à Mulhouse, les Alternatifs ont organisé des forums citoyens, totalement à contre-courant, qui ont permis de faire des constats, d’émettre des critiques et de faire des propositions concrètes. Pendant ce temps les Verts (à gauche) ce sont rassemblés sur une liste avec, entre autres, des personnes en situation de précarité (ils n’avaient pas d’élus, mais ils ont semé l’espoir).

Par ailleurs, des associations diverses et variées, caritatives et humanitaires, vont bientôt organiser les États Généraux de la Résistance et de l’Espoir, pour démontrer (preuve à l’appui) qu’il existe des initiatives porteuses d’espoirs.

•Un restaurant solidaire vient de s’ouvrir, où des riches, des moins riches et des pauvres peuvent venir manger le même repas à des tarifs différents ;
•Une association d’insertion est en train de réfléchir, de prospecter pour la construction de maisons bioclimatiques (à coût modéré) ;
•Une agence immobilière à vocation sociale vient de s’implanter ;
•Une expérimentation de monnaie complémentaire pour faciliter l’échange, le lien social au détriment de la spéculation, est en train de se mettre en place ;
•Les chômeurs viennent de monter un projet de rénovation de meubles. Une fabrique à projets est annoncée ;
•Je reviens du Sénégal où nous sommes en train de monter un projet de tourisme solidaire et où nous avons rencontré des groupements de femmes qui s’organisent, qui montent des micro-crédits ;
•Nous soutenons un Centre de formation de femmes et d’enfants dans un quartier déshérité du Pakistan ;
•Nous irons bientôt au Maroc pour y rencontrer des femmes qui se mobilisent dans le cadre d’écoles informelles.

Je pourrais poursuivre l’énumération.

Et ailleurs, c’est pareil.

Il y a nos camarades Allemands et Suisses qui, dans le cadre de rencontres transfrontalières, partagent nos idées, nos expériences. Il y a des Citoyens du Monde qui se battent, eh oui ! pour la paix, et qui se passionnent pour l’humanité.

Il y a les adeptes de l’économie distributive qui réfléchissent à une économie où l’on est pris en considération en fonction de ce que l’on est et non de ce que l’on a.

Il y a des expériences, des mouvements citoyens qui se développent ici et ailleurs.

Alors… est-il illusoire de rassembler dans la diversité des hommes et des femmes qui répondent à ce questionnement ? Sommes-nous prêts :

•à partager l’avoir, le pouvoir et le savoir ?
•à relier nos diversités ?
•à nous écouter pour mieux nous comprendre et travailler ensemble ?
•à nous organiser en conséquence (des réseaux souples mais néanmoins coordonnés) ?
•à nous donner les moyens de communiquer nos espoirs ?

Si oui, arrêtons d’en parler …. faisons-le !

Cet appel s’adresse à celles et ceux qui restent ouverts à de tels propos. Je n’ai pas la prétention de tout gérer, mais je suis prêt à apporter, ici dans la région mulhousienne, dans l’espace transfrontalier, à me relier à d’autres, en France et ailleurs.

Ensemble, nous construirons, nous expérimenterons, nous rêverons ;

Ensemble, nous démontrerons à l’usage qu’un autre monde est non seulement nécessaire mais possible ;

Ensemble, nous relierons celles et ceux qui s’impliquent dans les démarches de démocratie représentative (et d’autres qui animeront les expériences de démocratie active).

Ensemble, nous porterons l’espoir.

À bon entendeur Salü binander,

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Le sort de Marie

par G.-H. BRISSÉ
30 avril 2008

Elle s’appelle Marie. Elle a 60 ans. Elle a été salariée pendant 22 ans comme caissière dans un hypermarché. Licenciée, placée d’office dans une charrette de réduction d’effectifs, elle n’a pas perçu d’indemnité de licenciement, parce que, avant son départ, elle avait obtenu un congé sans solde que son employeur n’avait pas voulu renouveler. Ayant alors suivi son compagnon, elle s’est occupée de son ménage, de sa famille et s’est inscrite comme demandeuse d’emploi. L’ANPE l’a convoquée à plusieurs reprises, mais ne lui a rien proposé.

Pendant la durée de son contrat, elle effectuait un double travail. Devant rester à la maison, elle effectue encore un travail à domicile, mais ne perçoit aucune allocation de « femme au foyer ». Et pourtant, ce travail domestique, et qui concerne aussi bien les hommes que les femmes, est rémunéré lorsqu’il est effectué par une « femme de service »… Sommes-nous encore au Moyen Age ? Le statut de « femme au foyer » est-il encore si dégradant, en ce temps où l’on fait l’éloge des « services à la personne » sous prétexte qu’ils seraient créateurs d’emplois parce qu’ils sont émiettés et rémunérés avec un lance-pierre ?

Picorer, c’est détourner l’attention

Pour équilibrer son maigre budget, est-il nécessaire de se lever tôt pour travailler plus, de multiplier les petits boulots, puis de regagner son domicile pour y effectuer à titre gracieux des tâche ménagères harassantes, sans cesse recommencées ? Tout cela pour finir à la charge de la Sécurité Sociale parce qu’à force de trimer plus pour gagner plus on a perdu la santé, le plus précieux des biens ?

Comment nommer cela ? De l’arnaque, bien évidemment ! Et comment désigner ceux qui en profitent ? Des charognards ! Il faut avoir le courage d’appeler un chat, un chat !

Entre ceux qui en profitent sans le moindre effort et ceux qui n’ont rien, il y a la masse des autres, les titulaires de retraites ou de salaires modestes, qui n’ont droit à aucun avantage, soit parce qu’ils gagnent quelques euros, voire quelques dizaines d’euros au-dessus du fameux plafond de ressources, soit parce qu’ils disposent de maigres économies.

Marie se situe dans ces eaux-là, mais elle est trop fatiguée à son âge, pour accepter un travail, même à temps partiel, que personne du reste ne lui propose, mais qui lui aurait permis d’arrondir ses fins de mois. Elle n’a d’autre issue que de solliciter un crédit facile, à coups de ces cartes de crédit que les grands magasins délivrent à profusion, ou auprès d’organismes spécialisés dans ce genre de démarches, jusqu’au surendettement !

On a arasé les « régimes spéciaux » de retraites au nom d’une égalité que personne ne réclamait. Ces retraites correspondaient à des métiers dont les conditions d’exercice avaient été âprement négociées. Il fallait, sans doute, revoir ce système, parce qu’il avait accumulé les situations particulières, mais le faire dans le souci d’améliorer le sort des gens, et non pas l’inverse ! Ce n’est pas l’âge de la retraite qui importe, c’est l’état de santé et l’état d’esprit : certains peuvent préfèrer mettre un terme à un travail pénible, répétitif ou sans attrait, à l’âge de 55 ans, et d’autres exercer avec talent et compétence une activité jusqu’à 75 ans. Définir une fourchette d’âges serait dans doute la solution la plus conforme à la réalité.

« Avec une monnaie réservée à la consommation, le revenu versé à un individu a pour objectif de lui donner les moyens de s’épanouir, de développer ses qualités propres et d’exercer au mieux les activités par lesquelles il assume sa participation à la société dont il est membre et qui l’entretient », écrit Marie-Louise Duboin dans Mais où va l’argent ? (éd. du Sextant, page 212). Elle ajoute : « Dans cette optique, le revenu n’est plus versé par les entreprises à ceux qui les emploient et seulement pendant la durée de cet emploi ; il est assuré par la société à tous ses membres et pendant toute leur vie ! » Faute d’un tel revenu social garanti, Marie, l’ex-salariée, est condamnée à survivre chichement de l’air du temps. Ni l’ANPE, ni l’Assedic ne lui ont été d’aucun secours ; et un régime politique animé par un président qui picore au nom de la « rupture » pour amuser la galerie, ne lui offre aucun espoir !

Comme une supermafia

À quelques encablures de l’âge légal de la retraite, qu’elle croyait toujours fixée à 60 ans, Marie a sollicité quelques informations pour une “reconstitution de carrière”. C’était en 2003, et on lui a répondu que le montant global de sa retraite pouvait être évalué à 600 euros nets par mois, ce qui n’était pas grand’chose, mais c’était alors l’équivalent du SMIC …

En 2007, le son de cloche fut différent : si elle souhaitait encore prendre sa retraite à 60 ans, le montant serait réduit de moitié ! Pour l’avoir à taux plein, elle devra attendre d’avoir 65 ans pour la solliciter ! En attendant, usée par des années de dur labeur, harassée par des tâches domestiques, la pauvrette devra se contenter de vivre avec 300 euros par mois !

Cette mesure se nomme une décote. Elle a été instaurée par un gouvernement de droite précédent, pour permettre de renflouer les caisses de retraite. Cet État se comporte en supermafia : il accorde sa protection en échange d’un revenu minoré. Alors qu’il devrait lutter contre les inégalités qu’engendre l’économie de marché, les responsables l’affaiblissent de jour en jour en diminuant drastiquement le nombre de ses fonctionnaires, en bradant le patrimoine national au profit d’intérêts privés. Et voilà qu’on prélève désormais des “franchises” sur les remboursements de frais de maladie, soi-disant pour participer à la solidarité en faveur des victimes de la maladie d’Alzeimer !

Mais les tracasseries polluant l’existence de Marie ne se limitent pas là !

Jeux interdits ou la République des arnaqueurs

Il n’est pas de semaine sans qu’elle ne soit harcelée, par téléphone ou par courrier, par un employé d’un établissement qui organise une loterie et lui fait miroiter des lots faramineux… Mais pour pouvoir gagner des sommes colossales, il faut d’abord qu’elle se manifeste, qu’elle confirme sa candidature à un numéro de téléphone, qui n’est pas gratuit, où elle devra répondre à un questionnaire d’identité, dans l’espoir d’un virement bancaire ou d’une remise d’espèces à domicile. Pour interrompre ce processus, on vous indique un autre numéro de téléphone, mais il figure aux abonnés absent, et, de même, vos objurgations écrites demeurent lettre morte. Dans un premier temps, Marie proposa d’imputer sa contribution à son gain, cela lui coûta un timbre-poste, mais elle ne reçut aucune réponse.

Combien sont-ils ces organisateurs de jeux européens, américains ou australiens, qui vous proposent des gains mirobolants à des loteries mystérieuses, moyennant le versement d’une contribution destinée à couvrir des frais de dossier, d’envoi, de formalités, etc ? Dénoncer ces pratiques auprès des organisations de défense des consommateurs réclame du temps et de l’argent, pour un résultat d’autant plus aléatoire quand le siège de ces entreprises est en général hors de portée.

Marie ne peut s’empêcher de rêver à son sort : si elle gagnait, elle deviendrait millionnaire ! En réalité, ce sont les organisateurs de ces loteries qui le sont : avec les moyens informatiques, on peut réaliser des chefs d’œuvre d’édition, à peu de frais. Et personne ne s’y oppose. Alors Marie de s’interroger : et si je créais moi-même ma petite entreprise ?

Plus facile à dire qu’à faire : un investissement initial est nécessaire, un ordinateur a un prix et il faut envisager un abonnement. Et pourtant… le mystère de la baisse du chômage dans un contexte économique et social morose trouve en partie son explication dans la précarité des emplois offerts et l’évanescence des entreprises. Car il suffit d’un « clic » sur un clavier d’ordinateur, après découverte ou déclaration d’un emploi de plus de 78 heures, pour être radié de la liste des demandeurs d’emploi. Et par ailleur, plusieurs avantages immédiats sont liés à la création d’entreprise par un chômeur. La première année, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes : le chef d’entreprise est dispensé du paiement des impôts et autres charges fiscales et sociales ; mais dès la seconde année, les prélèvements obligatoires tombent comme la grêle un jour d’orage : on estime que c’est plus de la moitié des entreprises qui cessent alors leurs activités, faute de pouvoir les assumer !

Si on additionne ces créateurs d’entreprises éphémères, les stagiaires en tout genre qui n’ont pas l’assurance de se réinstaller sur le “marché” de l’emploi, les bénéficiaires du RMI, les cinquantenaires dispensés de contrôle et tous ceux qui sont las pour diverses raisons, de s’inscrire ou de se réinscrire comme demandeurs d’emploi, on découvre la foule des “sans emplois” qui n’entrent pas dans les catégories comptabilisés comme demandeurs d’emplois ; leur nombre est en augmentation, ils contribuent à boursouffler le chômage officiel et faussent les résultats énoncés par les pouvoirs publics. S’y ajoutent les “nouveaux pauvres” : salariés condamnés à l’intérim ou aux contrats précaires, les SDF, étudiants, retraités dont les revenus ne permettent pas un niveau de vie normal. Ce qui explique la totale divergence de vues entre les citoyens confrontés aux difficultés de l’existence et les dirigeants actuels, préoccupés uniquement d’équilibres financiers.

Comment s’en sortir ?

Les éphémères “Maisons de l’Emploi”, telles qu’elles ont été conçues, ont administré la preuve de leur inefficacité : elles ne sont qu’un échelon administratif de plus, alors que l’objectif recherché était d’épargner aux demandeurs d’emplois des démarches multiples !

Lier encore les revenus au travail dans un contexte où ce dernier se délite, se précarise, se morcelle, et où le pouvoir d’achat des salaires s’effondre, est une complète aberration. La raison, tout au contraire, veut qu’on sépare les revenus du travail, que les biens et les services de grande consommation soient accessibles à tous, par le truchement d’un revenu social garanti, grâce à un signe monétaire contrôlé par les pouvoirs publics et excluant toute manœuvre spéculative…

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Lectures

L’ultra-libéralisme revu et corrigé

par G.-H. BRISSÉ
30 avril 2008

« L’histoire du XXème siècle le montre assez : une mauvaise gestion monétaire peut avoir des conséquences économiques sociales et politiques. Avec la monnaie, on peut détruire la société et la démocratie. La monnaie est politique par nature. Elle l’a toujours été ! ». De qui sont ces propos de bon sens ? Ils sont de Henri Guaino, auteur d’un ouvrage de synthèse intitulé L’étrange renoncement, publié chez Albin Michel, il y a une dizaine d’années, au temps où il était conseiller au Cabinet de Philippe Seguin, alors Président de l’Assemblée Nationale… Il servit ensuite comme Commissaire au Plan, sans doute l’un des derniers dans notre économie devenue ultra-libérale. Dénonçant les tares de la “dictature des marchés”, il milita pour le “non” au traité de Maastricht (voté par les Français à 51% des voix en 1992). L’étrange renoncement dénonçait la “fracture sociale” dont il fut le théoricien auprès de J. Chirac à l’époque des Présidentielle de 1995.

Il occupe désormais la fonction de Conseiller spécial du Président de la République. Lorsque M. Nicolas Sarkozy proclame que les racines du développement durable gisent dans l’école, dans la ville, la santé, les services à la personne, que le moteur en est la recherche, l’innovation, la création d’entreprises, d’activités, etc., on reconnaît la plume d’Henri Guaino, qui est aussi à la source d’une nécessaire réforme fiscale, en faveur d’un « impôt général sur le capital, à taux faible, impliquant les droits de mutation et de succession, l’impôt sur la fortune et la détaxation massive du travail ». Il préconise l’instauration d’une TVA sociale comme « la solution la plus réaliste pour abaisser les charges sur le travail », et pour parvenir à cette fin il n’y a d’autre issue que le recours accru à l’emprunt qu’il stigmatise, mais auquel il faudra bien avoir recours à défaut d’imposer d’autres taxes déjà fort nombreuses : il faut s’y attendre à l’issue du scrutin municipal !

Quant aux deux mamelles des réformes, elles résideront dans la « TVA sociale » qui ressurgira dans un proche avenir, et l’abolition de la taxe professionnelle, deux mesures qui, à elles seules, au regard d’Henri Guaino, « représentent un bouleversement ». La solution ajoute notre auteur, « est dans le changement des politiques monétaire et budgétaire et dans l’allègement des charges fixes qui pèsent sur le travail ».

Dommage que le Conseiller du Président, son « nègre » dont on reconnaît la patte dans une majorité de discours officiels, ne se prononce pas plus fermement pour une réforme, en profondeur, de notre système monétaire, de ses distorsions, au coeur de cette société si volatile…

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Le totalitarisme “mou”

par B. VAUDOUR-FAGUET
30 avril 2008

On connaît presque par cœur – hélas ! - le faciès glauque du totalitarisme “dur” : c’est une terrible oppression de masse (nazisme, stalinisme) qui a jeté le monde dans les plus sombres ténèbres, au milieu des pires épreuves, qui a fait naître des millions de victimes, qui a déchaîné l’horreur absolue des camps et qui a finalement déclenché un doute profond sur le sens et la notion même de civilisation.

On possède aujourd’hui assez bien la “mémoire” de cette dérive collective : les sources sur la question sont nombreuses, denses, implacables dans leurs retombées ultimes. Il convient de revisiter, régulièrement, le phénomène militaro-policier afin d’en inventorier les cruautés internes ... dans leur déroulement le plus abject. Ainsi on ne perdra pas de vue le danger qui existe du côté de ces funestes théories et de leurs prolongements sociologiques tragiques. Le XXème siècle a donc bien enveloppé l’univers d’un voile d’abominations aux contours indéfinissables. Nul n’a envie de trop voir se répéter le cauchemar dans une version partielle ou intégrale. On veut éviter, on va éviter, par tous les moyens utiles mis à notre disposition le retour maudit de ces péripéties dramatiques.

En réalité, il y a peu de chances d’assister à une réplique “en brut” de ces mécanismes. Une quelconque résurrection spontanée (ou planifiée) de pulsions racistes, dictatoriales, hystériques, accompagnée de remontées sauvages de cris rauques poussés par des populaces décérébrées ... tout cela relève d’une chronologie antérieure parfaitement datée. Ces pratiques ont abouti à un dévissage catastrophique dans les abîmes de l’humain, une dégringolade systématique dans les strates de l’archaïté (puisqu’il était question de définir des “êtres inférieurs” ou des “ennemis de classes”). Nous sommes avertis du contenu exact de ces marginalités mentales. Le frôlement avec ces corpus misérables est clos.

Cependant une interrogation lancinante demeure : le totalitarisme, entreprise d’humiliation - et de criminalité aveugle- a-t-il bien mis un terme à sa “carrière” ? La “bête immonde” a-t-elle plusieurs visages ? Lesquels ? C’est bien cette transition imperceptible qui nous fait peur ! Jadis la pantalonnade aux allures carnassières fut grandiloquente, gesticulante, verbeuse et démonstrative ... Est-elle capable d’opérer une conversion ? Si on cherche à présent des “chemises noires” ... on risque de chercher longtemps ! En revanche d’autres menaces, sournoises, subtiles, vicieuses, campent dans notre environnement. Ce sont ces nouveaux “modèles” d’agressions qui sont susceptibles de remplacer les vieilles névroses bottées et casquées d’autrefois. Notre regard se tourne justement vers ce type d’horizon en pleine surcharge ...

On “tue” autrement

L’idée présente du moment est transparente : les totalitarismes de la modernité sont intégrés aux situations ordinaires du quotidien. Pas besoin d’uniformes , ni de slogans, ni de défilés païens sur les places officielles, ni de colonnes blindées alignées sur les boulevards : on “tue” autrement, les “crimes” sont lisses, loyaux, encadrés par des administrations ou par des circuits économiques conformes aux “normes” en vigueur. Voyons quelques particularités singulières de ce problème.

Des milliers d’innocents ont été sacrifiés dans l’affaire du sang contaminé ; des centaines de gens ont été sur-irradiés avec des doses mortelles de radiothérapie ; des multitudes d’individus subissent les pires souffrances à cause des particules d’amiante tandis que d’autres sont martyrisés par des hormones de croissance mal évaluées ; les empoisonnements aux fibres sont suivis d’empoisonnements au benzène, aux métaux lourds ou font suite à des conséquences fâcheuses d’essais nucléaires entrepris sans trop de précaution ; à ces listes de victimes il convient d’ajouter les différentes catégories professionnelles (chimie, agriculture ...) touchées par des manipulations de produits qui développent des troubles fonctionnels ou organiques ; et puis enfin retenons celles et ceux qui commencent à connaître de graves ennuis pulmonaires, les plus jeunes, consécutivement aux inhalations de gaz d’échappement souvent combinés aux périodes marquées par les pics d’ozone... Il n’y a jamais de “coupable” quand on se penche (juridiquement) sur ces dérives collectives de santé. Rien n’est clairement identifiable, rien n’est vraiment repérable. Les répercussions pénales sont désespérément vides. “Vides” mais très parlantes : enfants ou adolescents sont cloués sur un lit d’hôpital et il n’y a aucun moyen de savoir où se trouvent les “volontés” capables de déclencher le drame. Les “faits” d’assassinat existent en dehors de toute criminalité discernable. Impossible de mettre un visage, un nom, un acteur quelconque, un complice, sur la nature de ces agissements aux conséquences sérieuses.

Une violence sans visage

Au-dessus, au-delà de ces péripéties ignobles, on se heurte (dans l’hypothèse la plus favorable) à une bureaucratie aux allures irréprochables : il va s’agir d’un ou de plusieurs laboratoires, d’une industrie (associée à d’autres), d’un État-major peu loquace, ou encore d’un ministère, d’une agglomération urbaine (avec ses rejets polluants) et chacun de ces organismes incarne une honorable administration, un centre de recherche intègre, une usine hors de tout soupçon. Chacun, à leur manière ils interviennent pour le bien de tous ... avec à leur tête des dirigeants ou des chercheurs équipés de diplômes, harnachés dans des idéaux riches d’humanisme ou de progressisme. Quand le procès a lieu, ministres, cadres, ingénieurs “tombent de haut” : ils sont absolument étrangers au désastre humain qu’on leur présente ... Des “crimes” affectent bien des portions entières de population, se déroulent bien dans une chronologie précise, frappent au hasard des malheureux égarés sur une mauvaise route et tous les discours entendus aujourd’hui sont (médiatiquement) généreux, ouverts, sensibles au Droit et à la Justice. On va qualifier de totalitarisme “mou” cette violence sans visage, qui arrive de multiples horizons à la fois, qui surgit à l’improviste, qui offre, en apparence, toutes les garanties morales et philosophiques ... tout en provoquant, dans les rangs des citoyens, d’odieuses tortures physiques ou psychologiques.

Dans les totalitarismes de jadis la démence des chefs, des organes dirigeants, des manipulateurs dans l’embrigadement, se mesurait à la nature des concepts martelés, concepts ségrégationnistes, sectaires, discriminatoires. Très vite les actions engagées se superposaient au verbe utilisé et on voyait alors des corridors de la mort, des sévices, des persécutions qui indiquaient, en vrai, la profondeur du “mal” affectant cette pensée.

Nos sociétés sont dépourvues d’aspérités aussi grossières ; elles sont de velours, plutôt libertaires, permissives. Elles consomment , à haute dose, des Droits de l’Homme, de la légalité, du juridisme et se disent prêtes à écouter le plus modeste sujet soumis à la plus minuscule trace d’iniquité. Nos sociétés ont des intentions pures. Elles s’imaginent proches d’une perfection idéalisée... en fabriquant tout de même des successions massives de victimes qui ne comprennent rien aux “erreurs” criminelles contenues dans un aliment, un produit industriel, une technique de soin, un élément biologique indispensable à la vie.

L’épouvante est précédée de l’utile et du bienfaisant.

Nous n’avons plus de bourreaux faisant office de bourreau, portant la casquette ou les galons du bourreau. Nous avons mieux et plus discret. Nous avons des “condamnés” qui ne peuvent désigner le bras armé qui les persécute. Ce sont de simples “accidentés” de la complication technicienne, environnementale ou administrative. Dans la spirale de nos agressions il n’y a nulle part des intentions “mauvaises” ou “tueuses”. Au contraire ! Votre enfant veut-il grandir ? On va lui fournir des hormones adaptées ! Votre verger est traversé de ravageurs ? On va l’arroser de pesticides ! Faut-il isoler un bâtiment ? On va l’inonder d’amiante ! L’épouvante est toujours précédée de l’utile et du bienfaisant. Les molécules déstabilisatrices sont appréciées après usage. D’interventions aveugles en interventions aveugles, de traitements en traitements, de résidus malsains en résidus malsains, on allonge la liste des tueries (réelles ou potentielles) sans jamais manifester la moindre démarche négative.

Les “circuits” dangereux paraissent encore timides dans leur capacité d’anéantissement. Qu’en sera-t-il des effets du pyralène qui contamine le Rhône et sa nappe phréatique ? Qui peut imaginer à l’heure présente les métastases diaboliques qui vont suivre cette contamination ? Quand il faudra remonter aux responsables éventuels du phénomène ce sera l’embarras le plus absolu qui tiendra lieu de dossier. Le croisement des implications est inextricable : capitaines d’industrie, ingénieurs, chercheurs, élus locaux, consommateurs, insouciants ou indifférents… Les responsabilités se diluent à la manière des particules vagabondes qui vont ensuite ronger et pulvériser les tissus du vivant.

Un bloc cristallin transparent et imprenable

Le XXIème siècle inaugure un étrange système de société : il fait d’abord le vide complet sur toutes les théories puisées dans l’horreur politique (qui sont reléguées dans les arrières de nos archives). De l’Inquisition au KGB en passant par la Gestapo, les grands rouages prédateurs d’humanité - et de dignité - ont quitté les zones habitées de cette Terre. De sorte que dans les cerveaux d’aujourd’hui circulent uniquement des opinions qui varient du Juste au solidaire, du solidaire à l’altruisme militant. Au fond, la pensée occidentale, à force d’effectuer des efforts de dépollution sur elle-même s’est transformée en bloc cristallin, transparent, imprenable.

Et malgré cette belle percée, malgré ce bagage limpide, les menaces objectives qui pèsent sur ce monde n’ont jamais atteint un tel degré d’intensité. Notre proximité immédiate environnementale, gestionnaire, professionnelle, est cernée d’attaques impersonnelles mises sur le compte du “progrès qui avance”. Une imposture de moins en moins crédible. Nous vivons au cœur d’une sur-civilisation sophistiquée jalonnée en permanence par des sous-barbaries chimico-industrielles (dont les finalités sont obscures et les motivations opâques). Y aurait-il un poste de commandement en train de coordonner ces “accidents de parcours” ? Nullement ! Pas de leadership spécialisé ; pas de décideur nominatif, pas de guide inspirant la terreur souterraine. Toutes les calamités épidémiologiques sont quantifiables ... en dehors d’un instigateur centralisé. Le seul déclic amorçant le mécanisme serait peut-être la détermination matérialiste, base commune, lien de ralliement de tous ces désastres.

Vraiment, le paradoxe occidental devient extravagant. Les démocraties ont écrasé (par conviction) les monstruosités doctrinales issues du passé... et voilà que ces mêmes démocraties vacillent face à un adversaire (invisib1e) qui se dissimule tantôt dans l’air, tantôt dans l’eau ou dans les aliments, le plus souvent dans des procédures institutionnelles ou bureaucratiques absurdes. Dès qu’on tente de débusquer les coupables d’un dysfonctionnement notoire, les origines du phénomène se métamorphosent en spectre fantomatique insaisissable.

Un déluge de dérèglements fondamentaux

Le bonheur basique, consumériste, égalitaire, reste, à ce jour, le seul message articulé de façon intelligible par l’establishment. Cette plateforme d’idées sur l’épanouissement des personnes est singulièrement écornée par un déluge de dérèglements fondamentaux touchant la biosphère et les équilibres sociaux. Le temps du modèle hédoniste de croissance est compté, sa pérennité est archiprécaire. Faut-il alors s’étourdir ensemble pour oublier la vulnérabilité du système en place ? Faut-il amorcer une problématique de substitution ? Laquelle ? Et de quelle façon ?

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Histoires de sous, histoires de fous

par E. BARREAU
30 avril 2008

La campagne des “restos du cœur”, créés par Coluche en 1985, vient de se terminer. Ce grand humoriste n’avait certainement pas pensé, que, non seulement son œuvre allait perdurer, mais qu’elle prendrait de l’ampleur au fil des ans, nonobstant les richesses produites sur le sol national. Son action hautement humaniste et salvatrice pour les rejetés de la société de fric n’était pas faite pour s’inscrire dans la durée, mais seulement dans l’attente que les pouvoirs publics de la dite société, prennent conscience de la pauvreté en France et mettent en œuvre un système de répartition pour distribuer équitablement ce dont toute personne a élémentairement et socialement besoin. Véritable richesse, ces biens et produits existent en quantité suffisante, le volume des stocks le prouve.

Humanisme ou destruction

Ces distributions de denrées permettent deux choses :

1°) La survie de ceux et celles qui sont rendus insolvables par une sorte de racket institutionnalisé, la loi d’airain du profit financier ;

2°) L’écoulement de stocks alimentaires et autres, déclarés “invendus et invendables”, pour motif de surproduction, alors qu’en fait, c’est de “sous-consommation” qu’il s’agit, quand le pouvoir d’achat de cette multitude de “laissés-pour-compte” fait défaut.

Mais en France comme ailleurs, le provisoire dure longtemps. Alors le même scénario se poursuit et le nombre de demandeurs (euses) est en hausse (10% en deux ans). Force est de reconnaître que, malgré les moyens déployés, les solutions préconisées et entreprises sont toutes à côté de la plaque, elles atténuent des effets mais n’éradiquent pas leur cause.

Problème monétaire

Il y a belle lurette que la monnaie n’a plus de contrepartie réelle et ne peut donc plus être un véritable étalon de mesure de la réalité. Elle n’est plus que des chiffres alignés sur des comptes, mais dotés d’un pouvoir magique, … celui de faire des petits au bénéfice d’abord de ceux qui les écrivent. C’est une monnaie-casino qui ne laisse, comme dans L’huître et les plaideurs de la fable, que le sac et les quilles aux dindons de la farce tandis que des flots vagabondent, pour servir aux plus veinards ou aux plus rusés, à spéculer, à jouer à la Bourse.

La richesse d’un pays qui se dit civilisé ne se compte pas avec ces milliards en chiffres, mais bien à sa capacité de produire pour satisfaire les besoins légitimes de tous, et d’abord leurs besoins vitaux. Il s’agit de partager le progrès entre tous.

Sans remise en cause du fait que ce simple moyen d’échange a été dévoyé en monnaie esclavagiste, qu’il est devenu le vecteur des désordres économico-sociaux qui secouent le monde, sans remise sur les rails pour qu’il ne soit qu’un moyen fiable pour une gestion saine, aucun changement de société ne sera possible, ni socialement, ni écologiquement. Il n’y a pas de réforme possible, cette monnaie est condamnée dans ses fondements, par les faits.

Révolution technologique et droits économiques

« Lorsque la machine remplace l’homme, l’homme doit vivre du produit de la machine ». Cette évidence conduit à la dissociation du revenu et de l’emploi (le salaire).

Plus besoin de quémander pour assurer ses besoins vitaux si une monnaie basée sur une production faite pour répondre aux besoins sociaux, est répartie sous la forme d’un revenu décent et inaliénable, permettant d’assurer à tous le droit à la vie. Car il s’agit bien d’un véritable droit économique, inscrit dans la Charte Universelle des Nations Unies, dont la France est cosignataire.

Il est temps que les peuples et leurs gouvernants prennent conscience que nous ne sommes plus dans l’ère de la rareté où le problème était de vaincre la pénurie, mais dans l’ère de l’abondance où c’est celui d’éviter le gaspillage et développer les inégalités qui est posé.

« Ce qui est socialement utile, matériellement et écologiquement possible, doit être financièrement réalisable ».

Mettre la “justice sociale” à la place de l’actuelle la charité matérielle/business, est l’une des clefs de voûte d’une véritable “libération économique”.

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Dossier : La Relève de la Grande relève

Human slam…

par Michelec
30 avril 2008

Où sont donc les avant-gardistes
Nous ayant fait rêver d’un monde,
Où les gens ne seraient plus tristes
Ils y auraient trouvé leur compte.

Hélas, ce n’est plus le chemin,
Que choisissent nos mandarins :
Ils sacralisent le turbin…
La lutte pour gagner un bout de pain.

Mais l’escalade productiviste,
De l’emploi a brouillé les pistes,
Le travailleur indispensable,
A cédé le pas à l’employable.

Par la magie de la finance,
Renait le monde des ultra-riches,
Et une foule de « pas de chance »
Bien utiles pour leur service.

Tu marches toujours au sentiment,
Sans penser que c’est aberrant,
Dans un monde farci de bilans,
De Bourses et de placements.

Etranges fruits d’une croissance,
Ayant détourné de l’aisance,
Tant de peuples restant sidérés
D’être si rapidement floués,

De grands ainés nous ont légué
Les machines pour nous libérer,
Le temps libre pour nous élever,
Moments de paix et de sécurité.

Si la révolution technique,
Semble oublier ces objectifs
C’est la faute à la monétaire,
Et de ses normes doctrinaires

Pensée unique ravagente
Elle envahit le monde entier,
Avec son bréviaire financier,
A la source de tant d’errances.

Forte de deux siècles historiques,
D’une position hégémonique,
Elle aveugle les politiques,
De ses réponses automatiques.

Et ainsi l’argent débordant,
Ne va que vers les initiés,
Ils savent qu’il a « transmuté »
D’un clic, ils peuvent l’accaparer.

Cela semble peut démocratique,
Alors trouvons la logistique,
Qui retournera cette mécanique,
Vers le service du bien public :

Commençons par nos déficits,
En rendant à la République,
Le soin de produire son argent,
Sans passer par tous ces marchands.

Une monnaie gérée socialement,
Nous apporterait l’apaisement,
Et par son rôle fécondant,
Supprimerait l’asservissement.

En liquidant tant d’injustices,
Nous retrouverions l’humanisme,
Et ainsi les bonds scientifiques,
Serviraient une croissance éthique.

envoi Je glisse vers la nonantaine,
En restant malgré tout serein,
Je le dois à l’École DUBOIN
Elle m’évite les calembredaines.

Michelec, le 3 mars 2008.

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