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   Mensuel de réflexion socio-économique vers l’Économie Distributive
 
 
 
 
 
AED La Grande Relève Articles > N° 1084 - février 2008

 

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N° 1084 - février 2008

Au fil des jours   (Afficher article seul)

Dans sa chronique, Jean-Pierre mon décrit quelques malheurs de l’Europe néo-libérale, de l’Allemagne au Royaume-Uni, en passant par la Tchéquie, le bon peuple ne voit pas l’avenir en rose.

La crise des subprimes : de quoi s’agit-il ?   (Afficher article seul)

Les banques et la viande hachée   (Afficher article seul)

Jean-Louis l’explique par une vulgarisation imagée.

La France démantelée   (Afficher article seul)

Gérard-Henri Brissé, dénonce, sans illusion, ce que le suivisme des États-Unis imposé par le prince-président a de menaçant pour la paix.

Chiche !   (Afficher article seul)

Paul Vincent ne croit pas une seconde que les salariés vont pouvoir, comme le prétend le prince-président, travailler sans limite d’âge : leurs patrons n’y tiennent pas du tout !

Lettre ouverte au peuple de France   (Afficher article seul)

Simon Davies, économiste et ancien banquier américain, envoie un éloquent message d’avertissement aux citoyens français pour les inviter à ne pas se laisser séduire et à tirer la leçon des expériences.

Nouvelles de Vaulx-en-Velin   (Afficher article seul)

Serge BAGU, avec les Sans Cartes de Gauche, dont les distributistes de Vaulx-en-Velin, profitent de la préparation des élections pour faire réfléchir les canditats aux municipales et leurs futurs administrés.

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Chronique

Au fil des jours

par J.-P. MON
29 février 2008

Formidable Allemagne ?

Son économie résiste à tout : crise des marchés financiers, niveau élevé de l’euro, hausse des prix du pétrole, etc. En 2007, son PIB a augmenté de 2,5%, dont plus de la moitié est due à l’excédent de la balance du commerce extérieur. Elle est devenue le premier exportateur mondial. Les bénéfices des grands groupes ont progressé plus vite en Allemagne qu’aux États-Unis ou dans le reste de l’Europe. Les économistes déplorent un seul point faible : « le dynamisme du marché du travail n’a pas encore eu d’effet sur la consommation » [1]. Certains en attribuent la cause à la hausse de 3 % de la TVA en janvier 2007. Constatant la flambée des prix de l’énergie et des denrées alimentaires, les consommateurs sont devenus prudents. En novembre, les ventes de détail ont reculé de 1,3 %, la baisse sur un an atteignant 3,2 %. Même les fêtes de Noël n’ont pas satisfait les attentes des spécialistes. Et pourtant le taux de chômage est descendu à 8,4 %, son plus bas niveau depuis 1993. ça ne va donc pas aussi bien qu’on pourrait le croire et les instituts de conjoncture pronostiquent maintenant une croissance comprise entre 1,4 et 1,9 %. Quant au ministre de l’économie (conservateur), il a élaboré un paquet de mesures destinées à combattre la récession qui s’annonce. Parmi les mesures qu’il envisage pour stimuler le pouvoir d’achat, figurent des baisses d’impôts…

Une « saloperie sans nom »

C’est ainsi que le syndicat IG Metall a qualifié le nouveau plan social qui frappe l’industrie des téléphones portables en Allemagne. Après la vente de la division de téléphonie mobile de Siemens au Taïwanais Benqu, qui s’était traduite par la fermeture des sites de production de Munich et Kamp-Lindfort accompagnée du licenciement de 3.100 salariés à l’automne 2006, après la vente l’été 2007 de la division logistique de l’usine de Flensburg de l’américain Motorola, suivie de 700 suppressions d’emplois consécutives à la délocalisation en Asie de l’essentiel de la production du groupe, voici que Nokia, premier fabricant mondial de téléphones mobiles, vient d’annoncer la fermeture à la mi-2008 de son usine de Bochum en Rhénanie-du-Nord-Westphalie et la délocalisation de ses activités vers des sites plus compétitifs, notamment en Roumanie. Cela se traduirait par la suppression de 2.300 emplois à Bochum et de plusieurs autres milliers d’emplois chez les intérimaires, les sous-traitants et les fournisseurs. D’après les dirigeants du groupe « la fermeture programmée de l’usine de Bochum est nécessaire pour assurer à long terme la compétitivité de Nokia » [2]. En Roumanie, les coûts sont près de dix fois moins élevés qu’en Allemagne. C’est bien la “concurrence libre et non faussée” si chère à la Commission européenne… et, jusqu’ici, au gouvernement allemand ! À côté des autorités du Land qui veut exiger de Nokia le remboursement les quelque 60 millions d’euros d’aides qu’il lui a accordées, le gouvernement fédéral souhaite vérifier que cette délocalisation vers la Roumanie n’a pas été soutenue par des financements provenant des fonds structurels européens. Ce que Manuel Barroso, Président de la Commission européenne, s’est empressé de démentir. Il ne pouvait pas faire moins !

Encore des mécontents

Les Tchèques, à leur tour, font la grimace. Le libéralisme européen, qu’ils ont tant applaudi, commence à tourner au cauchemar. Janvier 2008 devait être le début de la « révolution fiscale » et « libérer les citoyens de la ponction de l’État ». C’est du moins ce que proclamait, l’été dernier, le Premier ministre tchèque lors de l’adoption de sa réforme des impôts et du système social destinée à mettre fin au déficit chronique des finances publiques. Mais depuis le début de l’année, les Tchèques ont déchanté : seuls 22 % d’entre eux attendent une amélioration de leur vie en 2008 mais les 78 % autres sont persuadés que rien ne changera, sinon en pire. Qui plus est, ils sont 70 % à penser que la réforme ne résoudra pas le problème du déficit public. Comme partout, les plus touchés seront les fonctionnaires et les retraités car la hausse des revenus et des pensions ne compensera pas l’inflation qui a déjà atteint 5,4 % en 2007. L’augmentation du taux de “TVA réduite”, qui passe de 5 à 9 %, va renchérir d’autant le prix des produits alimentaires, la hausse en moyenne de 10 % des loyers, de l’énergie, de l’eau, l’introduction d’un ticket modérateur pour tous les soins médicaux et les médicaments, l’augmentation du prix des transports en commun (près de 25 % à Prague) inquiètent les Tchèques. Les experts estiment que l’inflation devrait s’élever à 7 % début 2008.

C’est vraiment dur de devenir de bons européens !

Cruel dilemme

Pour ne pas ternir son image de première place boursière du monde, Londres ne sait que faire pour éviter de nationaliser la banque Northern Rock, pratiquement en faillite depuis la mi-septembre 2007, à cause de la crise des crédits immobiliers à risques, les “subprimes” [3]. En désespoir de cause, le gouvernement britannique a chargé la banque américaine Goldman-Sachs d’explorer la possibilité de faire reprendre Northern Rock par des fonds souverains [4] du Proche Orient, Le repreneur devra mettre sur la table au moins 39,76 milliards d’euros pour rembourser l’argent prêté jusqu’ici par la banque d’Angleterre. Les deux fonds souverains sollicités sont Abhu Dhabi Investment Authority (ADIA) et Qatar Investment Authority (QIA). ADIA est le fonds souverain le plus riche du monde (disposant de 422 milliards à 676 milliards d’euros). Si aucune solution n’est trouvée d’ici février (date butoir fixée par la Commission européenne), le gouvernement britannique sera contraint de mettre la banque sous la tutelle du ministère des finances, ce qui ne plaît pas du tout à la place financière de Londres. Qui plus est, la nationalisation de Northern Rock révélerait les carences du système tripartite de supervision bancaire mis en place en 1997. Enfin, en cas de mise en liquidation, les actionnaires ne recevraient aucune compensation. Une vraie tragédie !

Mais il est tout de même plaisant de voir que les banques privées de l’Occident doivent pour survivre faire appel à des banques nationalisées de pays en voie de développement !

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[1] Le Monde, 16/01/2008

[2] Le Monde, 19/01/2008

[3] Voir pages suivantes

[4] Fonds bancaires appartenant à l’État.

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Dossier : les subprimes

Comment la finance a-t-elle désormais les moyens d’imposer sa dictature au monde entier ?

Nos lecteurs savent que dans son livre, publié l’an dernier aux éditions du Sextant, Mais où va l’argent ? Marie-Louise Duboin rappelle les transformations, souvent obscures, qui a ont abouti à cette négation de la démocratie. Elle en tire un cri d’alarme contre ses dangers.

La crise dite des “subprimes” en est l’illustration.

Et comme cette crise est à l’origine d’un cataclysme, qui, même si on nous affirme le contraire, n’a pas fini d’avoir de lourdes conséquences sur l’économie réelle du monde entier, nous essayons, ci-dessous, d’en montrer les mécanismes, de deux façons : d’abord le plus simplement possible, puis à l’aide d’une vulgarisation imagée :

La crise des subprimes : de quoi s’agit-il ?

par M.-L. DUBOIN
29 février 2008

Cette crise des subprimes est d’abord l’illustration de la liberté dont jouit n’importe quelle banque pour ouvrir des crédits comme bon (pour elle, bien sûr,) lui semble, et, en particulier, de la légèreté des banques américaines, qui sont à l’origine de cette crise, en matière de crédits fonciers. Elle est, ensuite, la conséquence de la liberté laissée aux banques de vendre les risques qu’elles ont pris, sous forme d’un “paquet de titres” si bien ficelé que l’acheteur ne peut pas savoir exactement ce qu’il achète. Enfin, elle est la preuve des difficultés qu’ont les banques centrales à maintenir la confiance dans le système bancaire. Et on va en découvrir peu à peu les conséquences dans l’économie réelle.

L’article de Frédéric Lordon, publié par Le Monde Diplomatique en septembre 2007, intitulé judicieusement Quand la finance prend le monde en otage, analyse bien cette progression, qui devrait pourtant interdire définitivement qu’on puisse faire confiance à la finance pour mener le monde.

*

Au commencement était, après l’éclatement de la “bulle internet”, l’impératif pour les banques de trouver de nouveaux moyens de faire gonfler leurs capitaux. Leur choix se porta pour cela sur le secteur de l’immobilier. À cette fin, il fallait donner l’impression aux investisseurs que le marché immobilier était en hausse et allait le rester longtemps. Et pour cela, il fallait pousser de plus en plus les ménages américains à emprunter pour acheter leur maison en l’hypothéquant. Il leur fut facile, pour y parvenir, de jouer sur leur rêve de propriété.

Quand le “contingent” des emprunteurs “sains” fut épuisé, les démarcheurs sont allés séduire et convaincre des ménages moins fortunés. Comme le marché immobilier était ainsi maintenu florissant, ils ont pu faire croire aux acquéreurs potentiels, mais dont la solvabilité était douteuse, que s’ils avaient du mal à rembourser, ils pourraient toujours revendre leur maison avec une plus-value plus que suffisante.

Alors les banques sont allées plus loin, juqu’à inciter des ménages qui n’avaient ni emploi, ni autre revenu, ni aucun “actif” en garantie, à leur emprunter quand même pour acheter une maison dont elles ont, évidemment, pris l’hypothèque. Toutes les limites du risque ont ainsi été franchies.

*

Mais les banques ont d’autres cordes à leurs arcs, car le risque est leur domaine. Elles ont mis au point le moyen pour elles de tirer aussi profit des risques qu’elles prennent en ouvrant des crédits. Ce truc consiste à refiler ces risques en en faisant des paquets bien ficelés : par un procédé dit de titrisation, elles regroupent plusieurs lignes de crédits en un seul “titre” qu’elles mettent en vente sur le marché des produits dérivés. Et quand des investisseurs achètent leurs titres, les voilà débarrassées de leurs crédits douteux : leurs acheteurs se les partagent !

Les raisons pour lesquelles des investisseurs achètent ces titres sont diverses. Il y a le fait que c’est le métier des “traders” de spéculer sur les risques, et qu’ils sont très nombreux ; à elle seule la Société Générale, par exemple, en a environ 4.000 qui opérent pour elle. Soulignons au passage que ces traders, qui changent constamment, sont comme les joueurs de jeux vidéo : ils ont tellement l’habitude de tirer sur tout ce qui bouge sur leurs écrans qu’on peut craindre qu’ils agissent ensuite de même dans la réalité, sans plus voir la différence avec leur fiction.

Notons au passage qu’à ce stade du montage financier le contact est totalement perdu entre les transactions opérées sur ces marchés et les réalités sous jacentes.

Or les choses se compliquent encore ensuite du fait que ces acheteurs vont eux-mêmes émettre de nouveaux titres, également négociables, et en mélangeant encore les divers crédits immobiliers. Ce mélange de titres n’est pas totalement le fruit du hasard, car certains paquets sont étiquetés plus risqués que d’autres par les agences de notation. Il y a, en gros, trois “tranches” : une relativement plus sûre, notée AAA, une tranche intermédiaire et puis celle que les marchés qualifient du terme anglais d’equity, ou plus franchement de “déchets toxiques”, qui contient les plus risqués des dérivés des titres les plus risqués émis initialement par les banques de l’immobilier. Plus c’est compliqué, plus c’est réservé aux initiés !

Or il y a des acheteurs qui se spécialisent dans les plus gros risques, précisément parce qu’ils sont réputés pouvoir rapporter plus. C’est la spécialité des “fonds pourris” (hedge funds en anglais) de les choisir précisément parce qu’ils sont moins chers à l’achat et que, puisque le marché immobilier est florissant, ils pensent pouvoir les revendre beaucoup plus cher. Ainsi pour eux ces déchets toxiques sont une mine d’or, qui leur font faire des profits faramineux. Et tant que les courtiers immobiliers continuent de recruter de nouveaux emprunteurs, les risques sont oubliés ! Et comme le prêteur immobilier peut se débarrasse de ses risques, il continue à recruter en ouvrant des crédits de plus en plus douteux.

*

Une telle construction, tellement illusoire, est évidemment fragile. Il faut très peu pour que le doute s’installe. Par exemple, la plus petite augmentation du taux d’intérêt se traduit par des mensualités qui deviennent insupportables pour beaucoup d’emprunteurs, par la défaillance des plus dépourvus, et par plus de difficulté pour en trouver de nouveaux. Alors les prix de l’immobilier commencent à baisser, les emprunteurs s’aperçoivent que la plus-value qu’ils avaient espérée de la revente de leur bien s’est évanouie, et qu’ils vont même avoir du mal à le vendre.

Il a suffi qu’un, puis deux courtiers immobiliers américains soient ainsi amenés à mettre la clef sous la porte pour que les déchets toxiques se mettent à sentir mauvais. Et qu’on s’interroge sur la façon dont les paquets de titres ont été étiquetés par les agences de notation. Puis qu’on s’aperçoive que ces agences avaient surévalué les notes qu’elles mettent aux paquets de titres proposés par les institutions financières (qui les paient), pour avoir d’autres paquets à noter. Je te tiens, tu me tiens, par la barbichette…

Alors le petit vent de panique se transforme en tempête sur toute la planète, car tout s’enchaîne vite du fait de la mondialisation et de la suppression de tout frein à la liberté de mouvements des capitaux. Dès qu’un acteur du marché tente de se dégager en vendant ses titres, le doute, puis la crainte, s’installent chez les autres. La liquidité qu’on croyait assurée se fige, puis très vite se gèle, et c’est la dégringolage des cours. L’inquiètude, qui concernait d’abord les titres les plus risqués, contamine aussi les autres tranches, même celles réputées les plus sûres. Alors non seulement tous les opérateurs veulent se débarrasser de leurs titres immobiliers, mais la panique gagne les autres secteurs financiers : la défaillance de l’immobilier entraîne celle de secteurs qui n’ont rien à voir, sinon que des excés tout aussi pendables s’y sont également commis.

*

Ainsi les banques, qui avaient cru se débarrasser de leurs crédits immobiliers par le jeu de la titrisation, ont tout de même subi un retour de manivelle. Le risque hypothéquaire qu’elles avaient cru chasser par la porte est revenu par la fenêtre du fait qu’elles ont laissé leurs fonds de gestion se charger de produits dérivés.

Et le doute s’étant introduit sur la solidité de certaines d’entre elles, la méfiance entre les banques s’est installée, de sorte qu’il leur est devenu difficile de se refinancer sur le marché interbancaire et qu’elles ont du demander des liquidités à la Banque centrale. De plus leurs capitaux propres ont été réévalués à la baisse par les agences de notation, alors qu’elles doivent maintenir un taux de couverture (ratio de solvabilité de 8 %) entre leurs capitaux propres et leurs engagements de crédits. Elles ont donc été amenées à réduire leurs ouvertures de crédits, ce qui était pour elles un coup de frein, donc un manque à gagner.

La Banque centrale américaine, la Fed, est venue à leur secours : pour relancer leurs crédits, elle a baissé ses taux directeurs. C’était accepter de réparer les folies du système bancaire, donc l’encourager à en faire d’autres, tout aussi impunément.

Mais ce fut insuffisant. Pour l’économie réelle, alors même que ses acteurs n’ont rien à voir avec les turpitudes de la spéculation financière, une diminution du crédit c’est automatiquement la récession. Alors pour éviter cette catastrophe économique l’administration de G.W. Bush vient de décider de réinjecter la bagatelle d’une centaine de milliards de dollars dans l’économie américaine.

*

Que les Banques centrales soutiennent le système bancaire, c’est leur affaire.

Mais que les gouvernements laissent aux banques la faculté d’ouvrir les crédits dans leur propre intérêt, qu’ils s’interdisent à eux-mêmes d’user de cette faculté au service de l’intérêt général, ce sont deux dénis de démocratie. Et le comble est atteint quand ils encouragent leurs abus en les cautionnant, car c’est mettre les États au service des banques.

Continuons donc à exiger le contraire.

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Dossier : les subprimes

Les banques et la viande hachée

par Jean-Louis
29 février 2008

Faisons maintenant un parallèle avec une crise sanitaire :

Le règne des bulles

1) Le capitalisme financier actuel se fonde sur une création de bulles successives qui sont une augmentation très supérieure à « l’inflation » officielle des prix de certains trucs qu’on appelle des actifs.

2) Ces bulles sont elles-mêmes possibles et créées par la mise en place (depuis des décennies) d’un système monétaire et bancaire qui crée de la monnaie à gogo sur la base de rien de tangible. L’argent nouveau est créé « out of thin air » (à partir du vide) par les banques commerciales et les Banques centrales, dont la Banque Centrale Européenne (BCE) et la Réserve Fédérale américaine (Fed). Cet argent nouveau (qui accroît la masse monétaire) est créé par les crédits à intérêts faits par les banques. Comme les banques ne prêtent jamais l’argent nécessaire pour payer les intérêts, mais seulement le capital, les intérêts ne peuvent finalement être payés que par octroi de nouveaux prêts, et ainsi de suite. D’où la nécessité de « croissance » économique sans fin pour (tenter de) suivre la croissance monétaire encore plus énorme et sans fin. D’où aussi la croissance permanente de la dette publique qui est la conséquence directe de ce que les États ont donné les clés de la monnaie aux banques commerciales et centrales [1] et doivent donc, eux aussi, emprunter au privé pour les infrastructures publiques !

3) Pour que le système continue de marcher, c’est comme le vélo, il ne faut jamais s’arrêter. Mais c’est pire que le vélo, car il faut en plus que la vitesse s’accélère...

4) 1996-2000 : bulles boursière de la “Nouvelle Économie” et des “start-up” Internet. Les prix des actions augmentent (alimentés par des prêts d’argent frais qui vont faire monter les Bourses) jusqu’au moment où ça crève. Remède : la Fed et la BCE baissent leurs taux et arrosent l’économie et les marchés financiers d’argent frais... elles alimentent ainsi une nouvelle bulle mondiale, celle de l’immobilier.

5) les premiers acheteurs de maisons sont assez solvables et les prix encore bas. Tout va bien. Puis on remonte dans la liste des « scorings » ou critères d’attribution des prêts : acheteurs moins solvables et prix en hausse, donc crédits plus importants. ça passe encore. Pour que les banques retrouvent leurs billes, il ne faut surtout pas que les prix de l’immobilier baissent (principe du vélo), donc on va aller chercher les gens les moins solvables et leur faire miroiter la lune. Les prix de l’immobilier explosent, les loyers aussi, les « pauvres » -relatifs- se laissent convaincre et s’endettent à mort : 500.000 dollars de prêts sur 30 ans, l’achat est financé à 100 % par le prêt et à taux variables... ça finit par craquer (prêt subprimes).

6) Ces prêts subprimes sont le haut de la pyramide de dettes accumulées.

Les banques savent depuis le début que ces prêts sont vérolés et que bon nombre de gens ne pourront pas rembourser. Mais s’arrêter c’est tomber dans ce système délirant. L’astuce qu’elles utilisent toutes c’est de refourguer ce que les gens « subprimes » leur doivent à d’autres couillons, donc de diluer la merde.

Là démarre le parallèle avec une crise sanitaire organisée.

La viande hachée

L’industrie financière, depuis quelques années, fonctionne comme une fabrique de viande hachée contenant de la viande que certains savent avariée. Le but du jeu est de se débarrasser de la viande avariée avant la crise, comme dans le jeu du mistigri : passe à ton voisin [2] !

A•Le mécanisme général de diffusion de cette viande avariée s’appelle la “titrisation des dettes”, invention génialement dangereuse de la finance moderne. Ou comment continuer (un temps) à faire de l’argent en revendant des dettes ! ça diffuse les risques et ça pousse à en prendre toujours de plus grands... jusqu’au moment où ça éclate.

B• Les crédits subprimes sont la viande avariée. Les banques qui ont accordé ces crédits ultimes ont créé des usines à fabriquer de la viande hachée, pour mélanger habilement de la bonne viande (des crédits solvables) avec de la moins bonne et de la carrément mauvaise. ça s’appelle des SPV (Special Purpose Vehicles). À l’entrée, des prêts (des créances) de qualité donc variables, à la sortie des CDO, des Collaterized Debt Obligations ou « obligations adossées à des dettes ». On appelle ça l’industrie des “crédits dérivés”, en explosion ces dernières années. Bref à l’entrée on trouve de la viande correcte, du gras et de la viande avariée, à la sortie de la viande hachée revendue à d’autres : banques (eh oui !), villes [3], particuliers

C• Cette viande hachée contenant ici et là de la viande avariée à haut risque a été rachetée pour faire des steaks hachés et d’autres plats cuisinés divers. Les SICAV monétaires, dites dynamiques, de nos chères banques en ont ainsi utilisé (transformant une SICAV de bon père de famille en un chouia risqué). En se diffusant dans tout le système financier, la viande avariée est moins visible... mais elle est présente un peu partout.

D• Les clients subprimes ne peuvent plus rembourser à cause de la hausse des taux de la Fed et d’arnaques dans les contrats. On les fout dehors de leur maison, et le rêve éveillé se transforme en cauchemar. Plein de maisons sont à vendre, les prix chutent, les détenteurs des créances ne peuvent plus se payer sur la bête en revendant les maisons (que des villes comme Cleveland décident parfois de détruire [4] pour éviter les squats) !

E• Les crédits non remboursables (la viande avariée) ont été débités en tranche et fourgués dans le système. La panique s’installe. Les banques se rendent compte (elles le savaient en fait, chacune séparément !) que les autres banques ont fait pareil et que plein de produits financiers contiennent la merde. Méfiance réciproque. Plus d’achats. Les banques doivent couvrir des pertes de plus en plus importantes suite à la dépréciation de leurs actifs (ce qu’elles ont en portefeuille et qui contient la viande avariée, que du coup personne ne veut plus acheter, et donc valoriser, comme pour les poulets ou la vache folle à l’époque !).

F• Les banques ne se prêtent plus entre elles et elles ont besoin d’argent pour couvrir les pertes. Crise de liquidité (en août et aussi fin décembre 2007) : les Banques centrales injectent des centaines de milliards pour éviter une panique bancaire (déjà démarrée au Royaume-Uni : les gens affolés retirent leur pognon de la banque Northen Rock ... affaire toujours non réglée, cette banque doit 20 milliards de Livres à l’État anglais !!!) [5].

G• Nouvel épisode le 21 janvier 2008 : Pour refourguer leur viande hachée avariée, les SPV se sont appuyés sur des “rehausseurs de crédits” (AMBAC, MBIA) qui sont une sorte de garantie label rouge (pour poursuivre le parallèle) pour mieux vendre la viande en général aux clients. Mais, il y a quelques jours, on a appris que les rehausseurs de crédit américains sont aussi dans le caca et que leurs labels sont de moins bonne qualité (car eux-mêmes ont mangé de la viande avariée !). Grosse panique (d’où la chute boursière actuelle) car, du coup, ceux qui avaient reçu un label rouge et qui vendaient vraiment de la bonne viande se retrouvent en difficulté (méfiance qui s’accroît, emprunts plus durs pour eux, y compris pour des organismes publics devant investir dans des infrastructures publiques ou sociales utiles !).

Voilà comment le risque s’est diffusé et est sorti d’une sphère financière quasi virtuelle pour toucher « l’économie réelle »... Ce n’est pas nouveau dans le principe, seuls les outils et les ruses changent. Les banques et les marchés financiers s’en sont mis plein les poches depuis des années...

Deux risques principaux : faillites de banques et panique bancaire (le pire pour les particuliers, façon crise Argentine), et crise économique sévère (un peu type 1929) parce que le crédit sans fin sur lequel repose le capitalisme actuel risque de se réduire...

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[1] Indépendantes des États et de leurs gouvernements, d’après le traité Maastricht et le futur Traité dit simplifié.

[2] Lire à ce sujet l’excellent bouquin de Pierre Noël Giraud, Le commerce des promesses, Editions du Seuil,2001. http://econo.free.fr/scripts/printnote.php ?codenote=60

[3] Voir ce cas : http://fr.news.yahoo.com/afp/20080121/tbs-ban-imm-jur-gov-f41e315_1.html

[4] Voir : http://www.dailymotion.com/relevance/search/subprimes/video/x3gz7t_une-tragedie-americaine-ok_news

[5] Voir : http://www.liberation.fr/actualite/economie_terre/279396.FR.php

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Actualité

La France démantelée

par G.-H. BRISSÉ
29 février 2008

Ne nous y trompons pas. Le plus profond de la “rupture”, c’est le grand démantèlement de notre pays, tel que nous l’avons connu depuis une soixantaine d’années, pour le mettre au modèle des États-Unis d’Amérique !

L’État fédéral européen sera uni dans ses composantes par un traité dit “simplifié”, mais conforme au texte proposé comme une “Constitution”. Et comme les Français, consultés par référendum, l’avaient rejeté, ce texte sera ratifié par la voie parlementaire. Et l’on fera savoir que l’on est en harmonie avec une majorité d’États européens, tous déclarés “démocratiques” !

Nos eurocrates s’apprêtent ainsi à bâtir un édifice étroitement soudé au grand frère qu’ils admirent tant, les États-Unis d’Amérique. En dépit de l’objurgation répétée de la France et de certaines puissances européennes, l’Europe va devoir, non seulement ressembler, par ses institutions, sa société et ses moeurs, à ce prétendu modèle de la démocratie et du nouvel ordre mondial, mais aussi, par son intégration prolongée dans l’OTAN, restée soumise à cette hyperpuissance qui continuera à régner en maître et à tout commander.

Nous avons eu un précédent : la démarche d’un ancien Premier ministre de la France, Guy Mollet, qui voulait l’intégration de son pays dans l’ancien Commonwealth britannique. Mais cette fois-ci le modèle vient de l’autre côté de l’atlantique.

Bien sûr, je suis favorable à une alliance atlantique, pourvue qu’elle soit librement consentie par des partenaires égaux. Mais pas à une organisation de type militaire comme celle qui avait été élaborée au temps de la guerre froide pour permettre à l’Amérique de MM. Mac Carty et consorts de lutter contre le Communisme avec un grand C, présenté comme l’hydre satanique. D’ailleurs cette alliance aurait dû disparaître dans le Hadès dès lors que tombait le mur de Berlin et que s’évanouissait le Pacte de Varsovie.

Il y a pire : sous le prétexte d’ériger un nouveau mur contre l’islamisme (qui a pris chez certain le relais du communisme) les faucons de Washington aménagent une muraille de missiles, implantés en Pologne et en Tchéquie, censés nous protéger contre les prétentions nucléaires de l’Iran. Celles-ci sont affichées avec constance, mais démenties, comme on l’avait fait pour les armes de destruction massive en Irak… On ne sait jamais ce que nous réserve l’avenir ! Il paraît que l’ennemi aujourd’hui ce n’est plus l’Iran mais la Syrie, à laquelle Israël donna récemment un premier avertissement en bombardant son territoire, comme il l’avait fait naguère en Irak avec la centrale atomique Osiris.

C’est bien évidemment du pain bénit pour les usines d’armement d’outre Atlantique : il faut bien les faire tourner.

Le chemin du paradis

Ne nous faisons pas d’illusions : la paix mondiale n’est pas pour demain ! Nous allons vraisemblablement assister à une montée des tensions qui ne manqueront pas d’opposer les thuriféraires de la guerre à tout prix avec le monde islamique, présenté sous le faciès démoniaque du type Al Quaïda. On ne peut, hélas, pas faire grand’chose contre des individus masqués, qui n’ont rien à perdre, et à qui on a fait croire que le suicide était le chemin le plus direct pour accéder au paradis ! Les caméras les plus sophistiquées ou les drones hypermobiles armés de missiles sont quasi inopérants contre des combattants porteurs de bombes ou de bactéries, de virus mortels, de produits chimiques, d’engins nucléaires miniaturisés, et qui sont volontaires pour se faire sauter avec.

Je redoute un conflit majeur à l’échéance de 2012… C’est le temps qu’il faut à une équipe surréaliste pour mettre bas notre pays, pour l’assujettir à un consortium très pusillanime des trente États membres, trop nombreux, et animés de mobiles purement mercantiles et financiers. La Ligue hanséatique n’eut pas rêvé mieux !

Il faut en outre apprécier à leur juste mesure la montée de puissances telles que l’Inde, la Chine, la Russie, le Brésil, pour laisser, comme banc d’essai à leurs ambitions, le Moyen Orient, l’Afrique et dans une certaine mesure, l’Amérique latine.

À force d’être partout, d’afficher la volonté de se battre sur tous les fronts, et finalement de n’être nulle part, de pratiquer sous un label ultralibéral l’apparence du regroupement national, mais en réalité avoir l’objectif le plus réactionnaire et anti-social qui soit, on finit par aller dans le mur.

Cette pratique surréaliste ne durera qu’un temps. J’ai peur qu’à l’échéance du quinquennat, il soit bien tard pour redresser la barre. Tard pour offrir à ce pays l’opportunité de réaliser de vraies réformes, pour le peuple et non pas en faveur d’une minorité.

Pour couronner le tout, comme si une Europe qui confine à l’utopie n’y suffisait pas, on s’invente une Union méditerranéenne fort problématique à l’heure actuelle. Il s’agit certes d’un projet séduisant, qui permettrait de résoudre élégamment, entre autres, le problème de l’intégration de la Turquie par le biais d’accords privilégiés. Mais pour atteindre cet objectif il faudra surmonter plusieurs obstacles. En premier lieu, trouver une solution à l’insécurité qui agite plusieurs pays proches de la Méditerranée : l’Algérie, et aussi le Liban et la Palestine. Ensuite, cette Union méditerranéenne ne peut, à mon avis, se construire qu’en liaison étroite avec l’Union européenne considérée comme un tout. Certes elle peut se présenter comme un beau sujet de conversation lorsque la France accédera pour six mois à la présidence de l’Europe, mais la France ne peut espérer suffire à tout. L’Allemagne qui a réussi à surmonter des difficultés, aspirera à jouer un rôle de plus en plus important, sinon prépondérant. Enfin, pour constituer un ensemble crédible et cohérent, l’Union européenne devra se doter d’une charpente et se muer en authentique Europe confédérale de ses peuples. Mais ceci paraît un objectif bien lointain.

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Instituer le droit de travailler sans limite d’âge :

Chiche !

par P. VINCENT
29 février 2008

L’ayant défendu pour moi-même avec un certain succès, je souhaiterais que ce droit soit reconnu à tous.

Mais, compte tenu de mon expérience, je conseille qu’on ne perde pas son temps à en discuter pendant des mois avec les syndicats, ce qui n’aurait d’autre intérêt que de pouvoir les rendre responsables de l’échec de cette réforme.

Qu’on demande d’abord aux patrons, car cela est primordial, s’ils acceptent que toute personne employée dans leur entreprise puisse y travailler aussi longtemps qu’elle le désire.

Si leur état d’esprit n’a pas changé depuis l’époque où Pierre Mauroy avait abaissé l’âge de la retraite à 60 ans, il ne me paraît guère possible que chacun parte en retraite à sa convenance et non à celle de son employeur.

J’ai sous les yeux une aimable lettre que m’avait adressée à l’époque, elle est datée du 23 février 1984 exactement, l’un de mes patrons également d’époque :

Cher Monsieur,

Je vous prie de trouver ci-joint la copie du dernier bulletin de la Caisse des Retraites destiné aux Employeurs.

Il vous est adressé à titre informatif seulement et cela n’implique ni souhait ni quelconque intention de notre part.

Amicalement.

Ce bulletin de la Caisse des Retraites indiquant très clairement la marche à suivre pour pouvoir dégager le plus rapidement possible, son souhait était pourtant évident. En me communiquant dans ce style, à moi simple cadre, des informations destinées aux seuls employeurs, et en s’abstenant d’indiquer sous sa signature, comme il le faisait d’habitude, son titre de Président Directeur Général, il m’écrivait comme à un ami, mais il ne m’était plus possible d’y croire.

La manœuvre avait débuté le jour même où avait été décrété l’abaissement à 60 ans de l’âge de la retraite. Il m’avait aussitôt téléphoné, me demandant de passer à son bureau le plus vite possible. Vu l’émoi suscité au CNPF, l’ancêtre du Medef, par cette « loi scélérate », je pensais qu’il paniquait à l’idée de me voir partir sans qu’il ait eu le temps de pouvoir me remplacer. Je lui avais alors tenu des propos que je croyais rassurants, lui rappelant que je n’avais pas encore tout à fait 60 ans, que mon contrat était à durée illimitée, car j’exerçais mon activité de représentant industriel multicarte avec le statut de VRP, et lui avouais même que cette activité me plaisait davantage que celles que j’aurais pu avoir en étant retraité. Mon discours ne semblait pas l’avoir convaincu, et l’avait plutôt assombri, ce dont je ne pouvais encore soupçonner la cause. Mais, quelque temps plus tard, comme nous venions de perdre un ex-collègue âgé seulement de 66 ans, il m’avait emmené prendre un café en sortant du cimetière et les propos qu’il me tint, lorsque j’y repensai, commencèrent à m’ouvrir les yeux :

« Ce pauvre Duchemin, il aura profité de sa retraite un an à peine. Celui-là aurait fait une bonne affaire s’il avait pu partir cinq ans plus tôt. Nous arrivons à un âge qui nous réserve parfois de mauvaises surprises. Voyez tout autour de nous. Ce ne sont que cancers, infarctus, hémiplégies, sans compter tous ces accidents, l’an dernier encore celui de notre Directeur Général… Je crois que vous êtes un de ceux qui passent le plus de temps sur les routes, vous devez bien y penser vous aussi… Et les affaires qui deviennent de plus en plus difficiles. Croyez-moi, nous ferions mieux de passer la main sans trop attendre. »

Il me semblait encore de mon devoir de le réconforter :

- Je m’étonne de ces propos défaitistes dans la bouche d’un chef d’entreprise tel que vous ! J’espère que c’est un coup de cafard passager, le contrecoup de cette bien triste cérémonie. Vous n’allez quand même pas nous laisser tomber. Plus les affaires deviendront difficiles, plus on continuera d’avoir besoin de votre expérience. »

Il me regarda bizarrement, se demandant sans doute si je n’étais pas en train de me payer sa tête, alors qu’en réalité je n’avais pas encore commencé à comprendre où il voulait en venir.

J’avais acquis peu à peu une clientèle qui m’assurait de confortables commissions, et maintenant que j’avais presque totalement éliminé la concurrence, il pensait pouvoir me remplacer sans risque par un simple agent commercial débutant qui lui reviendrait moins cher.

Mais il avait commencé à comprendre qu’il ne parviendrait pas à ses fins par la seule persuasion et en douceur. Alors commencèrent les persécutions : critique du choix des clients que j’avais visités, ordre d’aller en voir à 300 km dont j’étais sûr que c’était sans intérêt, ce que je m’efforçais de lui démontrer, d’autant qu’il m’avait aussi reproché d’avoir pris à la concurrence des clients mauvais payeurs. Je ne puis conter ici tous ses coups tordus. Plusieurs de mes collègues ne purent supporter ce harcèlement et jetèrent l’éponge. Pour me pousser à démissionner, il se laissa aller un jour à un ridicule chantage. Sachant que j’étais en possession d’un billet charter non remboursable pour une destination lointaine et que j’avais fait des réservations et pris des rendez-vous qu’il ne m’était pas possible d’annuler, il avait cru malin de m’envoyer une lettre recommandée avec AR me mettant en demeure de changer mes dates de vacances sous peine de licenciement. Il semblait ignorer qu’étant représentant multicarte je ne pouvais me soumettre aux injonctions éventuellement contradictoires de tous les employeurs pour qui je travaillais simultanément, et que j’avais donc le droit d’organiser mon travail au mieux de leurs intérêts qui étaient aussi les miens, puisque je n’étais rémunéré que sur les commandes que j’avais obtenues.

Pour arriver à se débarrasser de moi, il choisit finalement de me licencier sous un prétexte de licenciement économique, un curieux licenciement économique qui ne touchait que moi parmi tout son personnel. On était arrivé en 1988 et cette guérilla avait duré plus de quatre ans.

Enrichie des confidences de collègues ayant connu semblables mésaventures, cette expérience m’inspira un pamphlet que j’intitulai :

UN LICENCIEMENT
pas très ECONOMIQUE

vu que ce licenciement manifestement abusif coûta à mon employeur une indemnité de clientèle correspondant à environ deux ans de commissions.

J’ai dû également me battre, avec plus ou moins de succès, pour garder mes autres cartes, mais j’en trouvai aussi de nouvelles, la dernière à 64 ans. C’est finalement de mon plein gré que je partis en retraite à 67 ans, m’étant vu proposer d’autres occupations intéressantes ailleurs que dans l’industrie.

Je reste donc naturellement un ardent partisan du droit de travailler jusqu’à 67 ans ou même davantage, mais je suis très sceptique sur la possibilité pour beaucoup d’y parvenir, compte tenu de l’attitude prévisible des employeurs, qui ne me semble pas s’être améliorée depuis cette époque.

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Le texte ci-dessous, traduit de l’anglais par J-P Mon, a été écrit par un économiste et ancien banquier en investissements, Simon Davie, juste après les grèves de novembre dernier. Il reste actuel par la description qu’il donne de la société américaine et intéressant pour le démontage qu’il fait des mécanismes qu’utilise Sarkozy à la suite des néo-libéraux anglo-saxons, pour manipuler l’information en France.

Il est tiré du site “Signs of the times” (SOTT) (http://www.sott.net) dont il faut cependant prendre certaines enquêtes ou informations avec précautions.

Lettre ouverte au peuple de France

par S. DAVIES
29 février 2008

Citoyens français,

Que penseriez-vous :

• si vous deviez emprunter 5 ou 10 fois le montant de votre salaire annuel pour avoir une maison ?

• si vous deviez souscrire une assurance médicale privée onéreuse pour être sûr d’accéder à n’importe quel soin médical ?

• si tous les hôpitaux refusaient tout soin à ceux qui n’ont pas d’assurance médicale privée ?

• s’il n’existait pas de système de protection sociale, d’assurance chômage pour vous-même, votre famille et vos enfants ?

• si vous deviez travailler 40 ou 60 heures par semaine avec seulement une semaine de vacances par an (et cela uniquement à condition que vous ayiez déjà travaillé un an ou deux) ?

• si vous deviez emprunter de l’argent chaque année rien que pour nourrir votre famille et leur conserver un toit ?

• si vous deviez emprunter 100.000 euros pour payer les droits universitaires d’un enfant ?

• si vous aviez un découvert sur votre carte de crédit si élevé que vous ne pourriez jamais le rembourser et que vous deviez travailler jusqu’à votre mort ?

• si les universités étaient financées par les entreprises et obligées de n’enseigner que les matières que ces entreprises jugeraient utiles ?

• si toutes les infrastructures et la richesse nationales étaient privatisées au bénéfice d’une petite élite riche qui vous dirait ce que vous pouvez ou ne pouvez pas faire pour votre propre pays et qui vous ferait payer pour disposer des biens qui sont aujourd’hui chez vous la propriété de tous ?

Si vous pouvez imaginer à quoi ressemblerait une telle vie, alors vous savez ce qu’est aujourd’hui la vie pour une majorité d’Américains.

Ils pensent qu’il est normal de travailler 50 heures par semaine avec une seule semaine de congé par an. Ils acceptent qu’on refuse l’entrée des hôpitaux à leurs concitoyens sans assurance. Ils tolèrent que leur système éducatif conduise à un taux d’analphabétisme de 50 % et que seuls les enfants des riches puissent accéder à l’université.

Les Américains pensent qu’une telle vie – basée sur la quantité d’argent qu’ils possèdent – est l’essence de la liberté parce qu’ils subissent un lavage de cerveau qui leur fait croire que c’est l’argent qui fait l’homme.

Est-ce celà que vous voulez pour la France ?

Vous ne me connaissez pas personnellement, mais en paraphrasant une phrase du film “V pour vendetta”, « Je suis Edmond Dantès… et je suis votre père. Et votre mère … votre frère … votre ami. Je suis vous … et moi… je suis tout le monde ».

Dans la vie réelle, je suis un ancien banquier d’investissements de l’une de vos plus grandes banques. J’ai un diplôme d’économie et j’ai passé la plus grande partie de ma vie d’adulte à observer le flux des capitaux internationaux et les manipulations qu’il subit de la part des gouvernements et des grandes entreprises pour l’adapter à leur propre programme. Je suis aussi un des éditeurs du site international www.sott.net parce que je le considère comme la voix la plus claire de la vérité sur internet.

Mais assez parlé de moi. C’est de vous, c’est de la France que je veux parler.

Beaucoup de citoyens français se souviennent combien la France s’était endormie pendant les années 30 alors que l’Allemagne réarmait et préparait ses plans pour dominer l’Europe, plans qui n’étaient pas cachés mais orgueilleusement annoncés par Hitler et ses nazis. Pourtant la France dormit et en subit les inévitables et horribles conséquences.

Peuple de France, votre Président – un représentant de la cabale de l’élite entrepreneuriale mondiale, avide de pouvoir – a annoncé son programme, tout comme le fit Hitler, et pourtant, maintenant, vous dormez. Vous êtes en train d’être envahis non pas par une armée mais par les idées malignes et répugnantes répandues par vos leaders politiques et vos médias. Leur but est de contaminer vos esprits avec ces idées et de faire des Français les architectes de leur propre destruction. Lorsque votre Président parle de “rupture” avec le passé, ce qu’il veut, en fait, c’est la rupture de la société française, la destruction du mode de vie français. Et cela ne sera pas moins terrifiant que l’invasion précédente par Hitler et ses hordes.

[…] Votre ennemi est bien organisé, il dispose de moyens financiers illimités, il est mondialisé, impitoyable et contrôle presque la totalité des médias. Votre ennemi est parmi vous et en quelque sorte en vous-même car vous avez été conditionnés pour penser de manière étroite et par là même à vous autocensurer. Votre ennemi projette de détruire vos structures sociales “paternalistes” avec l’entrée dans ce qu’on appelle le modèle économique “néo-libéral américain” ; ou, comme l’appelle le journaliste Naomi Klein “le capitalisme catastrophe”.

On vous a fait croire que la France serait en quelque sorte exemptée des prédations de l’économie capitaliste. Cela a réussi, en grande partie, en utilisant la barrière du langage pour vous faire ignorer la vérité. Le monde parlant Anglais est plein d’avertissements sur ce que signifie l’économie néo-libérale. Mais néanmoins, il n’y a en France qu’une littérature assez limitée sur ce sujet majeur. Pourquoi ? Pourquoi, en fait, en savez-vous si peu sur ce qui se passe en dehors de la France ?

M. Sarkozy tente d’utiliser cette ignorance et d’entretenir un égoïsme et une jalousie exagérés qui sont une catastrophe pour l’esprit français. Bien que ne l’admettant qu’à contre cœur, une grande partie de la classe moyenne qui soutient M. Sarkozy, est motivée par la jalousie. Elle est jalouse de la sécurité de l’emploi dont bénéficient les fonctionnaires et elle est manipulée par Sarkozy pour appuyer sa politique de suppression des “privilèges”. Ce que la classe moyenne n’arrive pas à comprendre, c’est qu’en soutenant maintenant l’action du gouvernement contre les classes laborieuses, elle se prépare à subir elle-même dans un proche avenir un traitement identique.

Ne vous y trompez pas, les seuls vainqueurs qui sortiront de la “rupture” de Sarkozy seront les élites dirigeantes, grandes entreprises internationales et vautours étrangers qui trieront les os de la France. Les classes moyennes et professionnelles qui soutiennent actuellement Sarkozy perdront aussi leur bien-être, mais ils ne le savent pas encore. Ils croient que grâce à quelque mécanisme mystérieux, ils deviendront plus riches aux dépens des simples travailleurs et que c’est “juste”, “nécessaire” et “moderne”. L’élite dirigeante peut permettre qu’on prête à court terme un peu de la richesse de la France à la classe moyenne, et les classes moyennes peuvent être achetées pour quelques euros. Mais ce sera transitoire et finalement illusoire. Croyez moi, la banque est mon métier. Aux États-Unis et en Grande-Bretagne, le mécanisme utilisé pour soudoyer les classes moyennes a été l’inflation de la propriété. Au cours des quelques dernières années, on a fabriqué une hausse massive de la valeur des propriétés. Mais aujourd’hui, les prix commencent à chuter, cette richesse est en train de s’évanouir, alors que la dette qui a été contractée pour acquérir ces propriétés reste très réelle, de plus en plus chère et va causer finalement la disparition des classes moyennes de ces pays.

M. Sarkozy est un homme adroit et sans pitié. Il sait qu’il ne peut pas persuader la France d’accepter le néo-libéralisme et finalement le fascisme. Il doit manipuler la France pour la mettre dans un état dont le résultat sera un fait accompli.

Comment cette manipulation réussira-t-elle ?

C’est ce sujet que les éditeurs de SOTT ont discuté juste avant le début de la grève française de novembre. Nous avons remarqué qu’il existait une situation semblable au Royaume-Uni lorsque Margaret Thatcher est arrivée au pouvoir en 1979 « chargée de mettre en œuvre le programme sans ambiguïté de réduire le pouvoir et l’influence des syndicats » et avec un plan soigneusement établi de « rupture » du pouvoir de la classe ouvrière britannique. Nous avons pensé qu’une tactique similaire pourrait être utilisée en France. C’est pourquoi, comme la banque est mon métier, on m’a demandé d’étudier ce sujet et de vous présenter, à vous peuple de France, les contours de votre avenir.

La clé du succès de Margaret Thatcher pour « casser » le Royaume-Uni et faire accepter le néolibéralisme par la population britannique a été le résultat d’une longue préparation :

• Tout en manipulant les statistiques du chômage, le gouvernement préparait une hausse massive du chômage, notamment parmi les minorités raciales. Ce qui s’est traduit par des déchaînements de violences dans les zones les plus pauvres des villes.

• Une tactique policière, qui avait été bien rodée par des années de pratique en Irlande du Nord, s’exerçait sous les yeux du public ; des années d’attaques de faux drapeaux en Irlande avaient fait accepter par la population l’idée que les violences massives d’une police militarisée étaient nécessaires pour « défendre la loi et l’ordre ».

• Les dirigeants syndicaux, qui avaient été mis en place, avaient en conséquence un comportement qu’on pouvait par euphémisme qualifier de « lâche ». Ce qui permettait d’affaiblir l’unité syndicale.

• Les grèves dans les industries, où les syndicats étaient les plus puissants, étaient délibérément déclenchées à la suite de provocations. Le gouvernement menait avec des attaques éparpillées une « guerre d’usure » par morceaux. Aucune d’entre elles n’était suffisamment dure pour que les syndiqués de base réalisent qu’ils devaient se préparer à une confrontation majeure dans le futur.

• De nouvelles lois limitant le droit de grève ont été promulguées là où les syndicats avaient remporté des succès. Le gouvernement a ainsi testé efficacement ses ennemis, observé ses réactions et surtout décrété illégales beaucoup de ces réactions ; ce qui annihilait, en neutralisant leur pouvoir, la capacité des travailleurs à exercer leurs droits dans des pans entiers de la société.

Thatcher était alors prête pour la bataille finale. Son gouvernement a été réélu dans la foulée de l’euphorie nationale créée par la guerre des Malouines et ses stratèges étaient prêts pour terminer le combat avec les syndicats et la classe ouvrière. La faiblesse des syndicats et les nouvelles lois qui interdisaient la grève si elle ne recueillait pas une majorité de votes favorables dans un scrutin syndical donna au gouvernement la résolution et l’appui populaire nécessaires pour finalement anéantir l’industrie la plus vulnérable du pays, l’industrie minière.

On ne peut ignorer le parallèle avec la France. Le travail de base a été mené de manière très semblable. Comme Margaret Thatcher en 1982, M. Sarkozy entame une nouvelle période et revendique un mandat populaire. Margaret Thatcher avait lancé les fameux : « Il n’y a pas d’alternative » et « La dame ne va pas rebrousser chemin » ; et M. Sarkozy a dit : « Nous ne nous rendrons pas et nous ne reculerons pas… La France a besoin de réformes pour relever les défis que le monde lui impose ».

Comprenant bien que M. Sarkozy a tiré sa leçon non seulement de l’expérience anglaise mais aussi des confrontations avec la classe ouvrière qui ont eu lieu un peu partout dans le monde, deux semaines après notre réunion nous prévoyions que :

1 – M. Sarkozy cherchera à établir son programme et s’assurera que les médias focaliseront l’attention du public sur les réformes des domaines dans lesquels les syndicats sont les plus faibles et pour lesquels le public a le moins de sympathie.

2 – Afin de marginaliser encore plus les travailleurs dans l’esprit des gens, des manifestations violentes seront manipulées ou organisées (opérations fausses bannières) de manière à couper les grévistes du « reste de la population ». Les médias s’étendront sur ces événements de manière disproportionnée avec les faits.

3 – Les dirigeants syndicaux paraîtront figés comme des lapins dans la lueur d’un phare, pendant que les médias se concentreront sur le “mal” de ces événements préfabriqués.

4 – Les points 1, 2 et 3 ci-dessus provoqueront une coupure dans l’opposition aux réformes : les médias feront de leur mieux lorsque, selon toute probabilité, la “coupure” portera sur des détails et non sur les principes. Les médias se focaliseront sur ceux qui s’opposent à la grève et non sur ceux qui ont des griefs valables qui ne peuvent être défendus que par la grève.

5 – On donnera aux ministres beaucoup de temps dans les divers médias pour dénoncer “l’égoïsme” et le “manque de responsabilité sociale” des grévistes qui seront accusés de “menacer la grandeur de la France”, de “refuser la modernisation”, de “mettre des vies en danger”, de “prendre le pays en otage”, de “provoquer le chaos économique”, etc.

6 – Des violences éclateront aux principaux points de contact entre ceux qui font grève et ceux qui officiellement s’y opposent. Dans tous les cas on rendra les grévistes responsables de la violence. On fera appel à la police pour “réprimer la violence” alors qu’en fait c’est elle qui l’allumera.

7 – Dans les quartiers ouvriers pauvres, on fabriquera des “événements” pour entraîner une réponse violente des “masses” et conditionner les esprits à accepter la violence de la police et des CRS “pour défendre la France”.

8 – On tiendra secrètes ou on refusera simplement au public les clauses des négociations engagées entre le gouvernement et les syndicats. Les termes réels de la négociation seront si désavantageux pour les travailleurs qu’il leur sera impossible de les accepter et en permanence on insistera sur un “résultat irréaliste”, qui attire peu la sympathie de la population. Les travailleurs se remettront en grève et redescendront dans la rue.

9 – Alors des violences éclateront avec les piquets de grève et on enverra les CRS contre les grévistes. On fera voir qu’il y a de petits groupes de grévistes très violents. Ces individus (peut-être des agents provocateurs) seront utilisés pour discréditer l’ensemble du mouvement ouvrier et on demandera aux dirigeants syndicaux de prendre leurs distances avec ces violences donnant ainsi la victoire à M. Sarkozy dans l’esprit de la population et des travailleurs modérés.

Les événements qui se sont déroulés les deux dernières semaines montrent que nous avions raison. La stratégie de M. Sarkozy a suivi à la lettre nos prévisions, mais ça n’est qu’un début.

On a permis à M. Sarkozy de mettre en place le calendrier de la réforme des retraites. La possibilité d’une retraite anticipée pour ceux qui travaillent dans des emplois pénibles, tels que les chemins de fer, était équitable lorsque le travail était plus dur, mais elle est maintenant considérée comme démodée. Des “sabotages” bien montés ont coupé les syndicats de l’opinion publique, refroidi et rompu les rangs des leaders syndicaux, vendredi dernier, sous l’effet médiatique créé par les “sabotages”. Des violences ont “éclaté” dans les universités et, il y a cinq nuits, trois personnes ont été tuées lors d’un accident avec la police et les “émeutes” prévisibles se sont produites pendant trois nuits.

Tout se passe comme prévu !

La fin des grèves en France

[Dans ce paragraphe, Simon Davies reproduit un certain nombre de dépêches de l’AFP du 24 novembre 2007 rapportant des déclarations de Sarkozy reprenant les arguments avancés plus haut et qui ont conduit à la division de l’opposition et des syndicats et finalement à l’émiettement puis à la fin des grèves.]

Il est essentiel que tout le monde comprenne en France que ces grèves n’avaient pas pour motif le maintien ou non d’un régime de retraite particulier pour les cheminots. Ces grèves étaient l’arête tranchante du coin néo-libéral enfoncé dans l’âme de la France socialiste.

Il semble cependant que la France est à nouveau endormie et oublieuse des dangers. On a truandé la France pour qu’elle pense que l’objet des grèves était l’opposition à la réforme des retraites. Un coup d’œil à l’espace médiatique donné aux grèves de la SNCF et du métro montre à quel point Sarkozy contrôle la presse. Car alors qu’une partie de la grève des travailleurs du rail concernait les retraites, de nombreux autres travailleurs s’opposaient aux “réformes” qui illustrent beaucoup plus la vraie nature du programme. En laissant M. Sarkozy et les médias insister principalement sur la réforme des retraites, les syndicats ont donné à Sarkozy un énorme avantage. En reculant au moment crucial où les Français commençaient à comprendre l’intérêt des droits que défendaient les travailleurs, et que beaucoup de gens semblent heureux de détruire, les syndicats lui ont donné la victoire et ont permis de diviser l’opposition auparavant unie. Sarkozy est une brute qui a catégoriquement déclaré qu’il n’a pas à écouter les souhaits de la population. C’est ainsi que Tony Blair traitait les Anglais et que Georges Bush traite les Américains.

Est-ce cela que veut la France ?

Il est pénible pour beaucoup d’entre nous qui applaudissaient follement lorsque Jacques Chirac disait “non” à l’invasion illégale de l’Irak, de voir ce qui se passe en France ; en fait il est troublant de constater que Sarkozy trouve un soutien. Il est assurément évident que les États-Unis sont en train de s’effondrer, que le système financier mondial est au bord du chaos et que le modèle économique néo-libéral s’est révélé n’être qu’une version moderne du pillage des temps obscurs. M. Sarkozy aurait-il perdu la tête ? Ou a-t-il pour programme de précipiter la France dans la fosse aux lions du désastre capitaliste ?

En dépit de ce que peut déclarer M. Sarkozy, si j’en crois mes rapports avec les citoyens français, les Français n’acceptent pas l’hégémonie mondiale de la propagande de guerre des États-Unis et ne veulent pas du Cauchemar américain en France.

Plus que jamais dans son histoire, le peuple français doit se dresser pour la Liberté, l’Égalité et la Fraternité.

Ne vous y trompez pas, il s’agit d’une guerre pour la liberté de la France – une guerre voilée – qu’il faut affronter de face.

Mais par-dessus tout, vous devez vous opposer avec vos cœurs, vos têtes, vos voix et même vos corps à toutes les tentatives de divisions entre vous.

Unis vous resterez debout, divisés vous tomberez.

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Actions et Élections

Il y a des distributistes actifs, d’autant que, dans la perspective des élections municipales, des débats peuvent avoir lieu et être l’occasion de réfléchir à autre chose que des promesses irréalistes de plein emploi ou des perspectives de “modernisations” qui ne consistent, en fait, qu’à toujours revenir sur le moindre progrès social jadis gagné par d’âpres luttes. Par exemple nos amis Les Sans carte de gauche, de Vaulx en Velin, sont très dynamiques. Ils nous donnent de leurs nouvelles :

Nouvelles de Vaulx-en-Velin

par S. BAGU
29 février 2008

Au festival du film court francophone de Vaulx-en-Velin, j’ai vu un film sous forme de comédie musicale : « Heureux qui comme Edouard ». C’est une satire délirante du monde de l’entreprise et de la croissance à tout prix. De quoi faire pipi dans ses culottes. À voir absolument. Pour ce faire tapez le titre du film sur Google et surfez. Pour l’instant, on ne peut voir que la bande annonce, mais on pourra le télécharger dès février et trouver tout une foule de renseignements sur cette œuvre de 27 minutes.

J’ai rencontré son réalisateur, il est tout jeune et c’est bien agréable et rassurant de constater qu’on trouve des réfractaires à l’économie de marché dans la nouvelle génération.

*

Lundi 21 janvier, il y avait du monde à Vaulx-en-Velin pour préparer la réception de Fadela Amara et de Christine Boutin, la reine du baratin.

étaient présents Marie-Georges Buffet, de même qu’André Gerin, maire de Vénissieux, que Maurice Charrier, maire de Vaulx, que Marie-France Vieu-Marcaud du P.C. et qui avait fait campagne avec notre Ami Azzedine aux législatives, que les maires de deux communes communistes de la banlieue parisienne, ainsi que Guy Fischer, sénateur P.C.

Je suis intervenu comme trublion des Sans Carte de Gauche et j’ai dit : « Pour les générations futures, j’aimerais savoir si la gauche s’est vraiment déjà interrogée sur une société autre que l’économie de marché, car pour l’instant je n’entends parler que d’aménager le système actuel, ce qui est tout de même une piètre ambition pour l’Humanité. Car comme l’a si bien dit Einstein : On ne résout pas les problèmes avec les modes de pensées qui les ont engendrés ».

Applaudissemants vigoureux de la foule. Si, si c’est vrai.

Comme ma question ne faisait pas partie du sujet, je n’ai pas eu de réponse, mais peu importe j’ai une nouvelle fois enfoncé le clou.

Pour les municipales, Azzedine ne sera pas sur la liste de Maurice Charrier, mais les Sans Carte de Gauche seront 5 dont 3 éligibles. Il existe une permanence pour la liste de Charrier et j’y ai disposé quelques numéros de la Grande Relève.

*

Courant février, j’organise chez moi une réunion « tuperware ». C’est-à-dire que je vais inviter une dizaine de personnes de mon immeuble à venir discuter avec le maire sur leur quotidien. En petit comité, les gens se libèrent plus facilement que dans les grosses réunions. C’est convivial et très enrichissant pour le maire. J’aime autant vous dire que les maximes de Jacques Duboin seront placardées partout jusqu’à dans les toilettes, lieu idéal pour une lecture peu banale. Sur une table, des numéros de la Grande Relève seront à la disposition des gens. Bien sûr je vous ferai un résumé de cette soirée.

J’ai donné au maire mon dernier texte qui l’a bien fait rire.

Bises et cordialités.

Serge.

.*.

Voici ce texte de Serge :

Le blues du prolo

Métro, boulot, dodo,
Bel avenir pour les prolos
On est unis comme des frères
Pour sombrer dans la misère.

Le boulot au-delà d’un âge
C’est Sarko, sarcophage !

Bosser plus pour gagner plus
Eructe le gugusse.
À la fin tu l’auras dans l’anus
ça c’est du bonus !

Le boulot au-delà d’un âge
C’est Sarko, sarcophage !

Rentabilité, compétitivité,
Et autres débilités
Maîtres mots d’une société
Pour finir désargentés !

Le boulot au-delà d’un âge
C’est Sarko, sarcophage !

Tu gagneras mon pain
À la sueur de ton front
Tel est le nouveau refrain
De nos charmants patrons !

Le boulot au-delà d’un âge
C’est Sarko, sarcophage !

Et tandis que tu transpires
Sarkozy et ses sbires
Sans aucune vergogne
Placent ton fric dans leurs pognes.

Le boulot au-delà d’un âge
C’est Sarko, sarcophage !

Les économistes orthodoxes
N’ont pas peur des paradoxes
L’Erika et toutes calamités
Font grimper le p.i.b.

Le boulot au-delà d’un âge
C’est Sarko, sarcophage !

N’écoute pas ces devins
Qui te trompent avec entrain.
Pour des jours plus sereins
Lis plutôt Jacques Duboin !

Le boulot au-delà d’un âge
C’est Sarko, sarcophage !

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