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AED La Grande Relève Articles > N° 1079 - août-septembre 2007

 

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N° 1079 - août-septembre 2007

Au fil des jours   (Afficher article seul)

Jean-Pierre Mon constate encore que les chroniqueurs économiques et financiers ne prennent aucun recul pour analyser la conjoncture.

Sale Tour, ou le sens du tournant   (Afficher article seul)

Marie-Louise Duboin ne s’étonne pas du dopage qui a gâché le Tour de France, puisqu’il y en a partout depuis que la société n’a pas d’autre objectif que gagner toujours plus d’argent, dans n’importe quelles conditions.

Témoignage pour l’Histoire   (Afficher article seul)

L’actualité d’un “contre-gouvernement” rappelle à Gérard-Henri Brissé le long combat qu’il a mené, au cours des années 60, pour créer une vaste confédération des forces de gauche.

Incertitudes vitales   (Afficher article seul)

Paul Vincent constate que les catholiques aussi sont perplexes face à la nouvelle gouvernance du pays.

Pour qui pousse le blé ?   (Afficher article seul)

Cette chère monnaie   (Afficher article seul)

L’analyse de Mais où va l’argent ? par Jean-Baptiste Quiot de Politis.

Comment passer d’une société de tout emploi à une société de toute activité-créativité ?   (Afficher article seul)

François Plassard poursuit une expérience qui est une transition vers l’activité définie par un contrat civique.

Appel du Mouvement International de la Réconciliation   (Afficher article seul)

Après un aperçu sur l’activité des prédateurs au Congo, dans le passé et au présent, nous soutenons la campagne destinée à la faire enfin cesser.

Une linguistique de combat   (Afficher article seul)

Paul Vincent propose quelques lectures fort utiles.

Lettre à l’hebdomadaire Marianne   (Afficher article seul)

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Chronique

Au fil des jours

par J.-P. MON
31 août 2007

Les fonds spéculatifs

Plus poliment on les appelle fonds d’investissement. Ils sont omniprésents. En France, ils détiennent quelque 1.500 entreprises. Ils s’attaquent aux PME comme aux sociétés du CAC 40 en rachetant les entreprises via des montages financiers, les LBO [1] , recourant à un fort endettement. On estime qu’il en existe 9.575 dans le monde. Ils ont levé 60 milliards de dollars, rien qu’au premier trimestre 2007. Au total, les actifs qu’ils gèrent dans le monde s’élèvent à 1.568 milliards de dollars. Leur puissance est donc considérable et menacerait la stabilité du système financier mondial [2]. Les ministres des finances des pays les plus industrialisés de la planète [3], qui constituent le G8, se sont donc réunis les 18 et 19 mai afin de tenter de leur imposer une régulation ou, au moins un code de bonne conduite. Mais ils n’ont pas réussi à se mettre d’accord à cause de l’opposition des États-Unis et de la Grande-Bretagne, partisans, comme d’habitude, d’une autodiscipline. Mais, en juin, un certain nombre de fonds spéculatifs ayant investi sur le marché hypothécaire à risques ont fait faillite. D’où quelques turbulences boursières…

Chaud…

Gros titre dans la rubrique “Économie et Entreprises” du Monde du 14 juillet :

Marchés - La forte croissance économique mondiale et les fusions d’entreprises soutiennent les cours. À la Bourse de Paris, les perspectives restent bonnes.

« Le CAC 40, l’indice phare de la Bourse de Paris, connaîtra-t-il en 2007 sa cinquième année consécutive de hausse ? Cette hypothèse, inédite depuis la création de l’indicateur en 1987, est crédible aux yeux de certains analystes. Après avoir engrangé 10% au cours des six premiers mois de l’année, les experts de la Société générale misent sur une hausse de 5 à 10% pour le second semestre. Plus audacieux, ceux de Natixis voient le CAC 40 à 6.400 points d’ici la fin de l’année et, sauf accident, à 7.100 points à la fin de 2008 ». Pour M. Bokobza, responsable de la stratégie marchés à la Société générale, « nous vivons l’un de cycles de croissance les plus exceptionnels depuis 1945 tant par sa durée que par sa robustesse ». Il ajoute : « Nous sortons du violent krach survenu entre 2000 et 2002 ».

Courbes et histogrammes viennent illustrer cet optimisme, les hausses “vertigineuses” de certains titres depuis janvier sont soulignées.

Mais une fois de plus, on s’aperçoit, en lisant le reste de l’article, que l’optimisme du gros titre était sans doute exagéré : « La hausse de la Bourse pourrait toutefois être contrariée. La plupart des analystes surveillent les prix du pétrole, revenus à leurs plus hauts de juillet et août 2006, et l’inflation, qui pourraient perturber la progression des indices. Surtout, les turbulences de l’économie américaine sont un sujet d’inquiétude. Les courtiers redoutent une contagion de la crise des crédits hypothécaires à risque aux États-Unis. En juin, plusieurs fonds spéculatifs ayant investi sur ce marché ont fait faillite ».

… et froid

Dans la même rubrique du Monde du 28 juillet , le gros titre est devenu :

Bourses – La fuite des investisseurs devant le risque de crédit déstabilise les marchés d’actions. Trou d’air sur les places boursières mondiales.

« Sourdes depuis des semaines aux menaces planant sur les marchés financiers, les Bourses mondiales ont finalement cédé à la crainte au cours des derniers jours. Le mouvement a été à la fois brutal et général. Jeudi 26 juillet, la quasi totalité des places a dévissé effaçant la majeure partie de gains engrangés depuis le début de l’année ». Suit l’énoncé, courbes à l’appui, des pertes subies par les principales Bourses européennes et américaines et leurs effets dévastateurs sur les places asiatiques. La faute en incombe, comme prévu, aux déboires des fonds spéculatifs (dont certains ont perdu une dizaine de milliards de dollars) qui menacent de contaminer l’ensemble du secteur financier. Et l’effet boule de neige ne s’arrête pas là, même le président de la Réserve fédérale américaine invoque l’impact de cette crise sur la croissance des États-Unis, favorisée depuis 2003 par l’accès facile au crédit. « Les opérations d’envergure comme le rachat des hôtels Hilton par Blackstone début juillet vont être stoppées. La spéculation s’arrête [4] », proclame C. Parisot, économiste chez Aurel Leven. Chez Morgan Stanley on pense que « les fondements de l’économie se sont détériorés […] Mais il s’agit sans doute d’une forte correction plus que d’un véritable krach ».

Chaud et froid à la Bourse ? Je crois qu’il faut laisser la conclusion à M. Patrick Artus, économiste chez Natixis, lorsqu’il qualifie de « démentiel » le mouvement actuel qu’il considère comme une nouvelle illustration du caractère « enfantin et moutonnier » des investisseurs. Mais il en sera ainsi tant que la monnaie restera basée sur du vent.

Le communisme investisseur

Pour compliquer le jeu, un pays communiste, la Chine, met son grain de sel dans la soupe capitaliste. Sorti de son rôle de pourvoyeur de main d’œuvre à bas prix, de fabricant de produits à faible valeur ajoutée, la Chine est devenue en quelques années [5] un partenaire incontournable en matière de technologies de pointe… et un investisseur financier de poids. La banque d’État chinoise China Development Bank vient d’entrer dans le capital de la Barclays Bank et fin mai une société étatique chinoise avait déjà pris 10% de Blackstone, le plus important fonds d’investissement américain. Mais ce n’est qu’un début : la Chine a décidé d’utiliser dorénavant ses réserves de change [6], évaluées à 1.330 milliards de dollars fin juin, pour investir dans des multinationales et acquérir des entreprises occidentales. Et l’excédant de réserves attendu en 2007 et 2008 pourrait lui permettre de s’offrir les deux géants bancaires Citygroup et Bank of America.

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[1] LBO= leverage buy out, ou achat par effet de levier. Pour plus de détails, voir dans Mais où va l’argent ? pages 50-51.

[2] Les fonds spéculatifs représenteraient à eux seuls 40% des transactions sur les Bourses de New York et de Londres.

[3] États-Unis, Canada, Japon, Allemagne, Grande-Bretagne, Italie, France, Russie.

[4] Si seulement c’était vrai !!!

[5] Elle vient de devenir la troisième puissance mondiale, derrière les États-Unis et le Japon.

[6] Elles lui servaient jusqu’ici à financer les déficits américains en acquérant des obligations du Trésor émises par les États-Unis.

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Éditorial

Sale Tour, ou le sens du tournant

par M.-L. DUBOIN
31 août 2007

Plus qu’une compétition sportive, le Tour de France cycliste, après tant d’années de succès populaire, est devenu une fête nationale. Attirant l’attention de millions de personnes sur des sportifs passés professionnels, elle est devenue l’occasion, vite saisie et formidablement exploitée, de “faire de l’argent”. D’abord par la caravane publicitaire qui, profitant de la route réservée par les pouvoirs publics, capte pendant des heures le public en attente d’un autre spectacle. Puis par le petit écran, qui s’est évidemment emparé d’une pareille aubaine.

Le smicard qui vient grossir la foule massée tout au long du parcours est incapable de seulement imaginer le nombre des millions qui sont en jeu. Il n’a pas la plus petite idée de ce qu’une entreprise, par exemple une société de jeux, doit “placer” pour être le “sponsor” d’une équipe, et ceci à seule fin que son nom soit affiché sur les maillots des coureurs, sur les voitures de leurs accompagnateurs, sur tout l’environnement du Tour et, bien sûr, au palmarès.

Quand le but cesse d’être l’exploit sportif pour devenir la course au fric, un tournant est pris : tous les coups sont à tenter et toute autre considération est à reléguer au second plan. Alors, qu’on ne s’étonne pas si la triche est à l’ordre du jour et si l’atmosphère est empoisonnée par la suspicion ! Les malheureux qui résistent à la tentation de se doper ont beau avoir le soutien de beaux parleurs médiatisés, ils ne font pas le poids, malgré tout leur mérite.

Or le Tour de France cycliste n’est qu’un exemple spectaculaire. C’est dans tous les domaines que le “tournant libéral”, qui mit fin aux Trente Glorieuses, a impulsé cette idéologie d’une certaine “réussite”. Maintenant, ce qui prime partout, c’est le mot d’ordre du candidat qui a “réussi” : « Travailler plus pour … » pour quoi faire ? — pour faire n’importe quoi pourvu que cela permette de « … gagner plus ». Dans les entreprises aussi la lutte est sans merci. La rivalité exacerbée y mène à “l’addiction”, à l’usage de produits dopants dont on ne peut plus se passer. Addictologue et consultant à l’hôpital Marmottan, le docteur Michel Hautefeuille [1] en témoigne : « On voit de plus en plus de salariés sous antidépresseurs et anxiolytiques, qui ont forcé les doses prescrites, avant pour certains d’utiliser des amphétamines. On entre dans ce que j’appelle “le dopage au quotidien”, ces salariés prennent des produits pour rester dans la compétition. Un salarié gorgé de caféine haut dosage ou d’excitant est performant, il assure. Tout le monde sait qu’un certain nombre d’entre eux se chargent, mais tant que cela fonctionne, le milieu professionnel ferme les yeux [2] ». Parce que « le monde de l’entreprise valorise une certaine attitude, celle de l’homme sociable, sûr de lui, boute-en-train », plaide un salarié tombé dans le panneau [3], tandis qu’un cadre dirigeant, qui boit, fume du cannabis mais se targue de “faire une carrière honorable” témoigne en ces termes : « L’attitude des entreprises est simple : tant que vous êtes opérationnel et que vous vous donnez à 100%, peu importe les substances que vous utilisez pour vous déstresser, mieux vendre, résister à la pression. Si, en revanche, vous craquez ou si vous dépassez la dose, c’est tant pis pour vous. » Inutile donc de s’étonner en constatant l’augmentation du nombre de salariés qui se suicident parce qu’ils ne peuvent plus supporter leurs conditions de travail.

Est-ce un but, cette âpreté au gain ? Est-ce que pareille société, complètement aliénée au travail, peut être prônée comme un idéal à atteindre ? Par quelle aberration certains peuvent-ils présenter pareille course aveugle comme souhaitable ?

C’est, hélas, le cas d’un lecteur, J.Bourdette, de Paris, bien connu de nos fidèles, car il jubile en m’écrivant : « Vous avez sans doute remarqué, dans l’actualité électorale toute récente, que les propositions et le projet de société que vos adeptes intégristes s’obstinent à vouloir imposer à tous les Français, n’ont décidément pas beaucoup de succès auprès des électeurs…que les inégalités ne choquent nullement. » Ne manquant pas, au passage, de caricaturer nos propositions (qu’il a le culot de qualifier de dirigistes, il faut le faire !), il fait une analyse fort simple : les partis de gauche sont laminés, le PS a enfin compris qu’il ne reviendra au pouvoir qu’en virant au social-libéralisme, et la Droite, nettement victorieuse, n’est évidemment pas décidée à mettre en place des conseils démocratiques en économie. Ces élections marquent donc pour lui définitivement le triomphe de l’idéologie qui fait de l’argent à la fois la preuve et la récompense suprême du mérite. Peut-être n’a-t-il jamais entendu parler ni de tricherie, ni de dopage ? Ou plutôt, car il a déjà écrit dans ce sens, entend-il faire mettre à mort tous les tricheurs ?

En tout cas, il incarne le vrai drame de notre temps : les populations, comme les spectateurs du Tour, se laissent mener par le spectacle, par des images, par des slogans, par de belles déclarations ou par des actions originales qui les épatent ; ils ne réfléchissent pas, ils n’en ont pas le temps. Or, l’enjeu est de taille : alors que les moyens existent qui permettraient de vivre raisonnablement, ces moutons de Panurge vont-ils finir par s’en apercevoir ?

Combien de temps leur reste-t-il pour comprendre, vaincre leur “addictioin” au fric et refuser de courir vers le précipice ?

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[1] Auteur de Drogues à la carte, chez Payot, en 2002.

[2] Notons que ceci assure au passage la fortune des pharmacologues, qui se préparent à mettre sur le marché un produit qui permettrait de rester vigilant pendant 48 heures d’affilée. Qui dit mieux ?

[3] Voir Le Monde Économie du 10/5/2006.

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Témoignage

Nous avons la chance d’avoir parmi nos fidèles collaborateurs Gérad-Henri Brissé qui a acquis une grande expérience des milieux de réflexion, politiques en particulier. En cette époque où la gauche est en plein désarroi, espérons que cette mémoire vivante pourra être utile, en particulier à tous les jeunes qui ne connaissaent pas l’histoire qu’il a vécue et qu’il veut bien évoquer pour nous :

Témoignage pour l’Histoire

par G.-H. BRISSÉ
31 août 2007

Le concept de “contre-gouvernement” que j’avais énoncé dans La Grande Relève 1077 (juin 2007) n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd. J’écrivais en effet : « Il convient d’instaurer au sommet, un contre-gouvernement solide suscitant la confiance et la crédibilité, qui approuve les décisions du gouvernement lorsqu’elles s’avèrent justes et qui formule des contre-propositions dans le cas contraire ».

A été évoqué effectivement le projet d’élaboration d’un contre-gouvernement, d’abord qualifié de “shadow cabinet” à la mode britannique, limité à la désignation de six parlementaires.

Je crains cependant que cette initiative ne se réduise à un effet d’annonce et rien de plus ! Je sais ce dont je parle, puisque j’ai été l’initiateur de ce projet dès la mi-1963 !

Une longue histoire

À cette époque - les plus anciens de nos lecteurs s’en souviennent très certainement - existait un malaise autour des formations politiques traditionnelles au pouvoir. La vieille SFIO était alors animée par Guy Mollet qui demeurera très certainement dans l’Histoire comme l’un des principaux responsables du fiasco de l’affaire de Suez. Nous étions encore dans la lancée de la défaite de Dien Bien Phu (7 mai 1954), des tribulations de la France en Tunisie et au Maroc. Et déjà surgissaient les prémices de la guerre d’Algérie qui entraîneront le retour du général de Gaulle au pouvoir en mai 1958.

Il n’existait à l’époque ni Internet, ni “blogs”, et cependant on sentait monter au début des années 1960 un bouillonnement intellectuel qui se manifestait par l’apparition de multiples publications, de clubs, de cercles philosophiques, de courants para-syndicaux. En marge de la SFIO perçait le PSA, sous le Parti Radical émergeaient les Radicaux de Gauche. Des militants de la Jeune République, du PSA, des Radicaux de Gauche, etc. s’associèrent pour fonder le Parti Socialiste Unifié (PSU) tandis qu’au sein de la CFTC d’inspiration chrétienne surgissait le mouvement “Reconstruction”, animé par Albert Detraz, qui allait devenir la CFDT.

D’autres animateurs de formations diverses se retrouvaient au sein des Colloques socialistes.

Dans le quotidien Combat grâce à l’initiative de Philippe Tesson, en charge de la partie politique, je fis l’inventaire de quelque 120 clubs et mouvements de pensée auxquels je consacrais à partir de 1961 des monographies bi-hebdomadaires, des enquêtes, des interviews de leurs animateurs. En réalité, j’en avais recensé, en 1963, plus de 300 !

Ces mouvements d’idées, en marge des grandes formations politiques de ce temps-là, eurent ainsi, en toute indépendance d’esprit, une publicité qu’ils n’auraient pas eue autrement. Ils étaient condamnés à demeurer dans un relatif anonymat ; quelquefois, du reste, leurs propositions faisaient double emploi !

En dresser l’inventaire s’avérait passionnant car ils recelaient un vivier de renouvellement de la vie politique française à ce moment là. Je suis persuadé qu’ils furent la base du mouvement “ébertiste” de mai 1968 et certains de leurs animateurs y participèrent. D’autres occuperont des fonctions importantes, voire des postes ministériels, dans les gouvernements successifs formés par M. Mitterrand à partir de 1981, puis dans celui de M. Jospin.

Pour ma part, alors étudiant, je passais le plus clair de mon temps à explorer l’immense Bibliothèque Sainte Geneviève qui était ouverte le soir jusqu’à 22 heures.

Un obscur politicien nommé François Mitterrand.

Parmi ces modestes formations politiques, j’en remarque une particulièrement ; elle se dénomme UDSR (Union des Socialistes de la Résistance) et dispose de plusieurs représentants au Parlement. Je m’efforce en vain d’avoir un entretien avec son président mais à chacune de ces démarches il se dérobe.

Vient le temps où ce travail d’analyse et de synthèse trouve son aboutissement naturel dans un projet de rassemblement de toutes ces initiatives. La première, “La Jeune République” (JR), propose de réaliser une vaste confédération générale des forces de gauche non communiste et en marge de la SFIO et du Parti Radical. Ce projet eut un écho certain dans les médias. Plusieurs propositions me furent faites dans ce sens : je retins finalement la proposition de “convention” formulée par Jean Louis Febvre. Cet ancien résistant, fondateur de la revue Renaissance, anthropologue de métier, auteur de plusieurs ouvrages dont Le Crépuscule Inca, Les Fils du Vent, La Yougoslavie à l’heure de Tito, etc. me paraissait offrir toutes les garanties organisationnelles et financières pour coordonner et animer de tels débats.

Dès le mois de mai 1963 se profile la réunion d’une grande Convention de la Renaisance française qui se tiendra dans les premiers jours de novembre à l’Abbaye de Royaumont. Jean-Louis Febvre et son équipe recensent quelque 235 mouvements volontaires pour participer à des réunions de travail sur des thèmes précis, préalablement fixés ou à déterminer.

Que s’est-il passé par la suite ? François Mitterrand opposa un refus catégorique à participer à une telle manifestation. Il était clair dès cette époque qu’il voulait conduire lui-même son propre rassemblement. Et dès le début juin 1963 il intima l’ordre à « ses » clubs de ne pas y participer.

Lorsque j’eus connaissance de ces dispositions, véritable “coup de Jarnac”, je donnai suite à une proposition de journaliste-correspondant de presse qu’on m’avait alors offerte à l’étranger, dans un pays francophone situé à quelque 12.000 kilomètres de là. J’ai estimé que dans ces conditions cette convention était vouée à l’échec, et que mon rôle dans cette affaire était terminé. À d’autres d’assumer des responsabilités conformes à leurs ambitions personnelles !

François Mitterrand fait “son” rassemblement avec les Assises de la démocratie à Vichy (18 organisations présentes), puis crée le Centre des actions institutionnelles, la Convention des institutions républicaines en juin 1964 à l’Hôtel d’Orsay. Après l’échec aux élections présidentielles de 1965 avec l’opération “Horizon 80” menée par Gaston Deferre (5% des suffrages), il fonde la Fédération de la gauche démocrate et socialiste, le tout devant déboucher sur l’expérience avortée du “contre gouvernement” (1966).

De ma contrée lointaine d’affectation j’ai travaillé à la finition d’un gros manuscrit consacré à cette “France souterraine” à laquelle j’avais tant donné. Je crois en effet que si par la suite F. Mitterrand a pu se hisser au pouvoir, bien plus tard, en 1981, c’est bien grâce à ce travail de fourmi qui a porté à la connaissance du public ce bouillonnement intellectuel qui n’était sans doute pas étranger au mouvement de mai 1968, mais qui s’est déroulé dans le plus grand désordre et dont la gauche non-communiste n’a pu tirer parti.

J’ai adressé ce manuscrit à un directeur de collection des Éditions Julliard, qui a fondé depuis lors sa propre maison et dont je tairai le nom. Je l’avais rencontré peu de temps avant mon départ et il s’était montré fort intéressé par ce projet. Ce document a dû se perdre entre deux avions. En tout cas, je n’en ai plus aucune trace… Pierre Viansson Ponté note mélancoliquement dans l’Année dans le monde (1964) : « La déception ressentie entraîne dès l’automne un net recul des clubs, le dépérissement ou l’hibernation de certains d’entre eux au point qu’on pouvait se demander à la fin de l’année si une forme d’intervention apparue depuis peu et surestimée dans ses possibilités n’était pas inéluctable et sérieusement amorcée ».

En réalité près de la moitié des clubs et mouvements de pensée recensés à l’origine et volontaires pour participer à des actions communes en vue de définir un programme en forme de plus petit commun multiple sont restés sur la berge. L’opération “rassemblement des forces de gauche” a débouché en réalité sur un programme commun amphygourique et inapplicable, dans la pratique.

Un contre-gouvernement, pour quoi faire ?

Pour en revenir au contre-gouvernement déjà institué dès 1966, ce “machin” n’a pas résisté aux prétentions de son fondateur parce que trop “politicien”.

Le concept n’est pas mauvais en soi. Les citoyens français aiment savoir par qui et comment ils seront gouvernés dans l’hypothèse d’une alternance politique.

Puisque l’on relance ce projet de contre-gouvemement, il convient de lui allouer, alors que l’on se targue en haut lieu de méditer sur la réforme des institutions, un authentique statut. Il faut surtout éviter de renouveler les erreurs du passé.

Six députés désignés, quelles que soient leur compétences propres qui ne sont ici en aucun cas remises en cause, ne suffisent pas à constituer un contre-gouvemement, qui doit être réellement représentatif d’une opposition constructive, réunissant toutes les sensibilités, des opinions centristes aux socialistes, radicaux, chrétiens de gauche, écologistes, alter-mondialistes, etc. Il convient de songer d’abord à une réforme du découpage électoral et du mode de scrutin particulièrement injuste qui rejette hors de la représentation nationale un certain nombre de courants politiques qui ne peuvent s’exprimer que dans la rue.

On sait déjà que cette majorité, qui ignore délibérément la moitié de l’opinion, est vouée à l’échec. Un contre-gouvemement digne de ce nom doit pouvoir refléter tous les courants d’opinions, rassembler des compétences non seulement au sein de l’Assemblée mais d’un Sénat recomposé, voire de la société civile, des milieux socio-professionnels, syndicaux, etc.

En bref, un contre-gouvernement doit être représentatif de tous les courants d’opinions, et particulièrement des milieux déçus par les orientations autoritaires du pouvoir, des mouvements alternatifs qui souhaitent proposer un autre type de société, et d’autres réformistes environnementaux.

Il ne pourra éluder la préoccupation d’œuvrer à l’élaboration d’une méta-politique pour notre temps et d’un programme d’action qui fait si cruellement défaut aujourd’hui. Les schémas élaborés il y a une quarantaine d’années sont toujours porteurs d’espérance ; seul le contexte a changé : on n’évoquait pas les mesures à prendre pour faire face au réchauffement de la planète et l’emploi était assuré pour une large majorité. Je me souviens cependant avoir assisté à la Bourse du Travail à Paris à des réunions d’études consacrées (déjà !) au logement social ou à la priorité absolue à accorder dans les villes aux transports en commun.

L’équipe chargée de mettre en œuvre tous ces projets doit apparaître en permanence comme opérationnelle. C’est à ce titre, et à ce titre seulement, que l’on pourra évoquer l’existence d’un authentique contre-gouvernement.

PS - Le 22 juillet 1972, en tant que membre d’une délégation de trois membres de la Jeune République, j’eus l’honneur, en marge du Congrès d’Epinay, de rencontrer, à la Cité Malesherbes alors siège de la SFIO, François Mitterrand, qui nous proposa une adhésion individuelle au futur PS, en contrepartie de la création d’un courant spécifique au sein de ce Parti. La majorité des militants de la JR refusa cette proposition, s’en tenant au projet initial de Confédération générale des forces de gauche (non-communistes).

François Mitterrand l’a emporté, mais qu’a-t-il fait de sa victoire ? En fin de course, c‘est l’ultra-libéralisme qui a triomphé. Ni le socialisme, ni la social-démocratie, n’ont pu ou n’ont su réaliser une mutation salutaire.

Les forces alter-mondialistes l’oseront sans doute, mais à quel prix ? Et selon quel processus ?

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Paul Vincent, conscient que la gauche est désarçonnée par la nouvelle gouvernance de la France, s’est demandé si le même genre de trouble n’atteignait pas également la population catholique. Il s’est donc plongé dans le journal La France catholique daté du 23 juillet, dont il reproduit ici des passages (dont il souligne certains en gras) qui montrent que, effectivement, le désarroi est général :

Incertitudes vitales

par P. VINCENT
31 août 2007

En ouvrant l’éventail de sa majorité présidentielle sans craindre d’allier les contraires, Nicolas Sarkozy a jeté le trouble dans les rangs de l’UMP. On y affiche facilement sa mauvaise humeur en constatant que le camp vaincu est devenu une pépinière de talents.

Le président a promu des profils tellement contrastés qu’on peut les suspecter de se neutraliser. Certains ont compris ainsi l’adoubement de Fadela Amara comme secrétaire d’Etat à la Ville, de Christine Boutin, ministre du Logement. Les convictions de la Présidente du Forum des Républicains Sociaux sont inchangées mais la voilà flanquée d’une militante féministe encartée au parti socialiste. La fondatrice de “Ni pute, ni soumise” est certes davantage connue pour son implication contre les violences faites aux femmes que pour la promotion de l’avortement (ses anciennes amies ultra-féministes lui reprochent d’ailleurs d’avoir accepté une fonction qui la subordonnerait à celle qu’elles décrivent encore comme la « passionaria de l’ordre moral »). Mais ceux qui misaient sur Christine Boutin pour faire « bouger les lignes » en faveur de la vie ont été choqués.

La nomination de Jack Lang comme vice-président de la mission sur la réforme institutionnelle les a carrément ulcérés. Figure populaire chez les jeunes, il est considéré comme l’archétype du transgressif libertaire, héritier du sacro-saint mai 68 avec lequel Nicolas Sarkozy affirmait vouloir rompre. L’ancien ministre de la Culture ne fut-il pas le premier leader politique à épouser la totalité des revendications homosexuelles ? Il a même regretté publiquement que les films interdits au moins de 16 ans que diffusait M6 ne présentent pas des scènes de sexe plus explicites ! Les optimistes diront qu’il est tombé dans le piège de son ambition en se laissant, comme d’autres, neutraliser.

En matière d’avortement, Nicolas Sarkozy a rendu hommage à Simone Veil, comme si sa loi avait tout réglé. Le sujet, tabou, reste verrouillé. Le revirement de Xavier Darcos à propos du DVD pédagogique censé parler d’avortement à l’école laisse à penser que l’idéologie soixante-huitarde tétanise toujours à droite.

En matière de famille, un jeu du chat et de la souris s’est engagé avec le lobby gay (et son cheval de Troie que constitue Gaylib au sein de l’UMP). Nicolas Sarkozy le flatte, se pose en “promoteur de la cause”, mais refuse pour l’instant le mariage homosexuel, revendication emblématique du moment. Il ne faut pas oublier que les municipales auront lieu au printemps 2008. Or 81% des maires sont hostiles au mariage homosexuel. Toutefois, l’alignement du Pacs sur le mariage et sur la fraternité en matière de fiscalité des successions est déjà donné en gage.

En matière de fin de vie, Nicolas Sarkozy semble revenu de ses hésitations de campagne. Plutôt que de faire évoluer la loi qui interdit l’euthanasie, il préférerait l’application de la loi Leonetti sur la fin de vie assortie d’un plan de développement des soins palliatifs. Que fera Roselyne Bachelot, l’imprévisible, qui affirmait que Simone Veil était son « idole » ? Elle aussi pourrait être tentée, en donnant à la France une loi sur l’euthanasie, de marquer l’Histoire.

Mais puisque l’inscription dans l’Histoire semble un domaine réservé du nouveau président, c’est sur les idées du chef qu’il faut compter. Aussi incertaines que déterminantes.

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Approfondissons le débat : Pour qui pousse le blé ?

Ce sont les investissements financiers, dans telle entreprise, tel secteur ou tel domaine d’activité plutôt que dans tout autre, qui déterminent l’orientation de l’économie. Or ces choix sont faits, actuellement, par ceux qui “placent” les capitaux. Et ils en décident sur des critères de rentabilité, exclusivement.

Il est temps que s’ouvre enfin un débat pour décider qui doit avoir le pouvoir d’exercer ces choix, qui sont essentiels pour l’avenir de la société humaine : ce pouvoir doit-il rester hors des responsabilités politiques ou bien doit-il être démocratiquement partagé ?

Et si la voie démocratique doit être préférée à la main invisible du marché, comment organiser ce partage ?

Dans son livre “Mais où va l’argent ?” M-L Duboin décrit le rôle aujourd’hui dévolu au pouvoir financier et fait trois propositions. C’est donc autour du contenu de ce livre que nous invitons nos lecteurs à débattre dans nos colonnes.

Pour qui pousse le blé ?

31 août 2007

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Nous avons tellement apprécié l’analyse du livre qu’a publiée la revue Politis, dans son numéro 959, en date du 5 juillet, dans sa rubrique “à litre”, que nous n’hésitons pas à la reproduire ici, en remerciant son auteur Jean-Baptiste Quiot. Et nous en profitons pour recommander la lecture de cette excellente publication.

Cette chère monnaie

par J.-B. QUIOT
31 août 2007

Marie-Louise Duboin interroge la nature de l’argent et l’évolution anti-démocratique de son utilisation. « La connaissance des mécanismes monétaires échappe au commun des mortels. Donc, dans leur grande majorité, les gens admettent de se laisser conditionner par l’obligation de se procurer quelque chose dont ils ignorent l’essentiel. » C’est sur ce constat que commence Mais où va l’argent ?, un essai de Marie-Louise Duboin, qui s’est entourée, pour l’occasion, de l’équipe de la Grande Relève. Ce mensuel de réflexion socio-économique a été créé en 1935 par Jacques Duboin, un des premiers économistes à avoir compris que des structures économiques faites pour des temps de rareté devaient être transformées lorsque l’abondance devient une dominante mondiale. La fille du célèbre utopiste poursuit la mission pédagogique entreprise par son père et mène une réflexion « citoyenne » sur la question de l’argent. L’omniprésence de l’argent est un fait si naturel que son existence même interroge peu. Pourtant, « l’argent, qu’est ce que c’est ? Qui a le pouvoir de créer la monnaie ? Qui décide en quelle quantité ? Et pour répondre à quels besoins, quels impératifs ? Comment est-elle mise en circulation ? Au bénéfice de qui ? ». L’auteur dresse une généalogie de l’argent pour comprendre sa réalité actuelle. Une réalité qui pose d’emblée problème, du fait de la dématérialisation de la monnaie : « La monnaie n’est plus l’argent. Est-il bien sérieux de prétendre mesurer la valeur d’une richesse en la comparant à un symbole qui n’en possède pas et dont aucune limite matérielle ne peut arrêter la création ? » Marie-Louise Duboin rappelle que cette création n’est plus du ressort de l’État et du droit régalien de « battre monnaie » mais de celui des banques : « En découvrant que sa création relève désormais de l’intérêt privé, nous avons été stupéfaits. »

Ce changement a une conséquence directe. En effet, en transférant les grands choix économiques de la collectivité à la sphère des intérêts privés, « c’est la démocratie qu’on assassine ». Comme le résume en préface René Passet, professeur émérite à la Sorbonne et ancien président du conseil scientifique d’Attac, « la libre circulation et fluctuation des devises, proclamée lors du tournant libéral des années 1980, a pour triple résultat : de faire de l’échange de monnaie contre monnaie, déconnecté du réel un moyen d’enrichissement, donc une fin en soi ; d’introduire, par la spéculation, de l’instabilité cumulative au lieu des harmonies régulatrices promises ; et d’entraîner une redoutable concentration de pouvoirs financiers, lesquels imposent leur puissance au-dessus des États, au détriment du politique responsable de la définition du consensus social ». Pour Marie-Louise Duboin, il faut rétablir le pouvoir politique en redonnant à l’État son droit sur la monnaie, fixer la masse monétaire à la valeur des richesses produites et séparer la gestion des biens de celles des personnes. Et, surtout, ne pas cesser de poser les bonnes questions : « L’obligation de croissance est-elle une fatalité ? Comment la démocratie peut-elle rendre le partage possible ? Comment l’être pourrait-il cette fois l’emporter sur l’avoir ? »

Jean-Baptiste Quiot. Politis, N° 959, semaine du 5 au 11 juillet 2007.

Nous avons également beaucoup apprécié l’intérêt manifesté à la radio par Philippe Arondel, qui n’a pas hésité à consacrer à ce livre son “parcours sociologique” du 14 juillet (de 17 h 15 à 16 heures) sur Fréquence Protestante (sur 100,7 en FM).

Économiste, Ph. Arondel avait au préalable lu le livre si attentivement qu’il avait su choisir quelques points importants à débattre avec l’auteure, de sorte que nous pensons que beaucoup d’auditeurs de Fréquence Protestante vont avoir profité des vacances pour lire cette étude et nous envoyer dès la rentrée leurs commentaires.

Signalons enfin que l’hebdomadaire régional le Courrier des Yvelines du 11 juillet a publié sous le titre “Une leçon d’économie” l’interview de M-L Duboin réalisée par un de ses journalistes, Sylvain Raggianti, à propos de la sortie du livre.

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Réflexions

Il existe bien des transitions entre l’économie capitaliste qui sévit partout actuellement et l’économie distributive que nous souhaitons. Ne citons par exemple que les AMAP, associations pour le maintien de l’agriculture paysanne, qui préfigurent la concertation entre producteurs et consommateurs, et l’expérience SOL, mise en œuvre depuis le début de cette années dans le Nord, la Bretagne et l’Ile de France, qui utilise une monnaie dont l’objectif est avant tout de promouvoir une économie solidaire. Sur le plan de l’emploi, les nouvelles que nous venons de recevoir de notre ami François Plassard, montrent que l’expérience qu’il poursuit constitue une excellente transition vers ce que nous proposons sous le terme de contrat civique. Voici en effet son message :

Comment passer d’une société de tout emploi à une société de toute activité-créativité ?

par F. PLASSARD
31 août 2007

La religion de la croissance

Le discours de l’emploi et de remise des exclus au travail n’est que pure hypocrisie !

Dans un contexte de croissance zéro, si une entreprise embauche par croissance de son chiffre d’affaire, c’est qu’elle embauche Pierre pour débaucher Paul dans l’entreprise adverse !

Donc il faut de la croissance pour que le jeu soit « à somme positive » ! Tout homme de la rue le comprend.

Mais ce que l’homme de la rue ne sait pas, c’est que la croissance de la décennie 1990-1999 a été globalement de 18% (soit 1,8% en moyenne annuelle), tandis que la population active avec emploi augmentait de 22.923.000 – 22.146.000 = 777.000. Ainsi 18% de croissance cumulée de 1990 à 1999 a permis 777.000 emplois supplémentaires, 1% de croissance crée 43.000 emplois ! Alors combien faut-il de points de croissance pour résorber 4.300.000 chômeurs [1] (le Centre d’étude de recherche sur les coûts et Attac prétendent qu’il y a 7 millions de demandeurs d’emplois) ? Calcul d’école primaire : Réponse : il faut 100 points de croissance ! Pour réaliser ceci en un mandat politique de cinq ans, cela fait 20 % de croissance par an ! Si on veut, bien sûr, défendre l’idée du retour un jour à un plein emploi [2] !

C’est écologiquement, socialement, humainement, historiquement insoutenable !

D’autant que l’emploi depuis 10 ans ne s’améliore pas en quantité (productivité oblige, nous avons une des productivités /actif la meilleure au monde !) mais se détériore en qualité pour une femme sur trois et un homme sur quatre nous disent les chiffres du ministère de la santé (IFASS) !

Comment réguler la violence collective quand le travail salarié est sur-valorisé alors qu’il devient rare ?

Comment interpréter le discours de Madame la ministre qui dit :

• qu’après les 30 Glorieuses ( 5,7%/an de croissance de 1959 à 1969)

• la France a vécu les 30 paresseuses

• et que maintenant, en 2007, grâce au « travailler plus pour gagner plus » nous rentrons dans les « Trente travailleuses » ?

Comment ? En baissant les dépenses de l’État ? (l’intérêt des emprunts de l’État en 2006 coûte 40,8 milliards d’euros (cumul de 650 milliards depuis 1980), soit presque le montant de l’impôt sur le revenu de 57,5 milliards d’euros, parce que le politique a abandonné aux banques le privilège de la création de la monnaie crédit ! Le débat politique se réduit au débat fiscal !)

En culpabilisant et en baissant l’indemnisation des 15 % de Français « qui ne veulent pas travailler » ? C’est déjà fait [3] ! Et qui ne consomme pas (sacrilège !) produit du chômage par baisse du chiffre d’affaire des entreprises ! C’est mon cas faisant partie des 12 millions de Français qui, sans l’avoir choisi, ont moins de 820 euros de revenu par mois (INSEE) pour permettre aux entreprises de faire du chiffre d’affaire et de l’emploi ! Quel scandale pour la croissance devenue religion !

Inventer autre chose !

Albert Einstein disait que « quand malgré tous nos efforts nous n’arrivions pas à résoudre un problème, nous nous étions trompés de question ! »

C’est en écoutant ces propos que de 1992 à 1996 nous avons créé, avec une équipe d’amis, en Rhône Alpes puis en Italie (Perouge) l’université citoyenne du temps choisi.

Il s’agissait de permettre à un chômeur de retrouver un vrai travail et ainsi confiance en lui-même, parce qu’un salarié volontaire proposait à son employeur de travailler à mi-temps, pour développer son projet local de temps choisi dans le champ non concurrentiel de l’écologie, du culturel ou du social.

À la vision binaire temps de travail/temps libre qui rythme la vie sociale, nous introduisions l’idée d’un « tiers temps », riche de sens, intermédiaire entre le temps du travail et celui de la vie familiale ou privée. C’est le temps choisi qui transforme un désir d’épanouissement personnel, un hobby, une passion, en itinéraire de projet, telle une démarche de connaissance des autres et de soi-même, dans le cadre des rencontres mensuelles d’échanges réciproques de savoir appelées « universités citoyennes du temps choisi » ! Le chèque de temps choisi de 3.700 Francs net par mois à l’époque (qui aurait du être prélevé sur le Fonds paritaire pour l’emploi : activation des dépenses passives du chômage qui participent à la demande globale pour le chiffre d’affaire des entreprises ) cofinancé par l’Europe, a permis de transformer du travail en œuvre et d’apprendre un nouvel art de vivre.

Malheureusement Martine Aubry n’en a pas voulu, même si plus tard Guy Hascouet Secrétaire d’État a essayé de le vendre à Jospin à travers un projet de loi que je l’ai aidé à formuler avec le soutien du comité national consultatif de l’économie sociale et solidaire dont je faisais partie.

Mon temps choisi à moi s’est transformé à donner du sens à ma situation de chômeur (de plus de 55 ans, comme 410.000 autres qui n’apparaissent pas dans les chiffres du chômage !) en écoutant Victor Hugo qui en 1848 disait : « Faites des maisons, pas des prisons ! ». C’est la démarche éco-hameau qui accompagne de l’auto écoconstruction par la formation dans une France rurale de 30 habitants au km2 vide au regard de la situation européenne, permettant ainsi de renouer de nouveaux liens villes campagnes !

L’argent du temps choisi n’est pas de l’impôt en plus puisqu’il est un transfert de charge d’argent passif en argent actif au sein de l’Unedic, cette comptabilité peut être faite à l’échelle d’une Région. Mais il y a aussi d’autres sources en l’absence de création monétaire par l’État comme dans le cas d’une guerre (voir les bons du travail du ministre Sachs d’Hitler dans une situation de chômage comparable à la nôtre) ou en faisant un peu d’inflation qui ne gène que les rentiers.

Par exemple en 2005 l’État a donné 4,5 milliards d’euros aux grandes entreprises pour gagner des parts de marché dans une croissance faible. Cela déplait à Bruxelles ! Et cela fait 1 million de chèques de temps choisi de 4.500 euros/an pour ne pas perdre sa vie à vouloir la gagner et créer du sens et du projet dans son environnement local ! Et comme le Conseil économique et social dit qu’un salarié à mi-temps produit comme 0,67 salarié, les entreprises qui savent se réorganiser en conséquence ont tout à y gagner. Celles qui ont participé en Rhône Alpes à notre expérimentation réussie l’ont bien compris. Et n’est-ce pas la qualité de ce qui se produit en lien social en dehors de l’entreprise qui renouvellera la qualité de la demande de produits pour les entreprises ? C’est là où se trouve le nouveau défi pour notre système productif capitaliste !

Pacte écologique et nouveau contrat social pour une nouvelle manière de produire ?

Si nous voulons passer d’une économie linéaire (extraire, transformer, jeter : 90% des produits ont six semaines de vie) à une économie circulaire (réduire, recycler, recombiner, réparer, relocaliser) comme nous le demandent une réaction anticipée sur le réchauffement climatique et la rareté de l’énergie fossile, un Pacte écologique pourrait donc rimer avec un nouveau contrat social mettant en œuvre le temps choisi ! Voilà un grand chantier de transformation sociale qui nous éloigne de la religion de l’argent et de la croissance pour la croissance. Pour cela il nous faudrait des politiques visionnaires de la dimension d’un Jules Ferry !

Mais si en dernier ressort la Politique (comme en 1848 et en 1929 où nous avions des taux de chômage analogues) c’est réguler la violence collective, elle devrait être sensible à la qualité des temps de vie auquel le temps choisi peut fortement contribuer. Passerions-nous ainsi d’une société de tout emploi (qui y croit encore ?) à une société de tout activité–créativité ? Un grand chantier de petits chantiers que des écoles du temps choisi, comme Jules Ferry avait lancé l’école universelle laïque pour réguler la violence après l’affrontement des ghettos de riches contre les ghettos de pauvres en plein discrédit de l’élite rentière qui s’accaparait la richesse ?

Huit mille éducateurs de prévention spécialisés dans les banlieues qui ne veulent pas devenir des gendarmes, quelques vestiges des mouvements de l’éducation populaire dans les campagnes, pourraient bien faire l’affaire pour, avec un peu de méthode, amorcer un tel chantier avant qu’il ne soit trop tard.

À qui profite l’ilôt d’abondance dans un océan de pauvreté qui progressivement se transforme en misère ?

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[1] En septembre 2005, en France, 4 128 000 chômeurs étaient inscrits à l’ANPE dans une des 8 catégories de classement, seule la catégorie 1 de l’ANPE qui permette des comparaisons internationales version BIT étant publiée pour minorer la réalité. Exit les découragés non inscrits ! Voir Chômage , des secrets bien gardés Edt J-C Gawsewitch- Fabienne Brutus.

[2] soit moins de 2% de chômeurs qui correspond à un chômage de friction entre offre et demande qui évoluent qualitativement et qui nécessite de la formation adaptation.

[3] Le poids relatif des indemnités chômage dans PIB baisse depuis 20 ans, vive la solidarité. Le niveau faible du RMI en 1989 (date de sa création) était de 2,3 heures de SMIG horaire, il est de 1,8 heure en 2006, soit une baisse de 22% . source Unedic-Insee ; « Les seules baisses d’impôts déjà consenties par la gauche durant la dernière législature pourraient financer un revenu mensuel garanti de 600 euros à près de 4,2 millions de personnes » dit ACDC

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Sortons de l’hexagone

Le Mouvement International de la Réconciliation (MIR) a pour objectif fondamental de contribuer à la mise en œuvre d’une résolution non-violente des conflits interpersonnels, intercommunautaires et internationaux. Cette non-violence active s’inspire de l’Evangile et s’enrichit de la pensée et de l’expérience de grands acteurs de paix tels que Gandhi et Martin Luther King, qui était lui-même membre du MIR.

À l’occasion de la Journée mondiale de l’environnement, le 6 juin, aux côtés d’un collectif d’associations européennes et africaines, le MIR a lancé une campagne destinée à attirer l’attention des citoyens et des responsables politiques sur les graves atteintes à l’équilibre écologique, à la santé des personnes et aux droits humains qui se poursuivent dans toute l’Afrique.

Cette année, elle a axé sa campagne sur les dangers que font courir en République Démocratique du Congo (RDC) et notamment au Katanga, les pratiques inconsidérées et dangereuses de certaines usines d’exploitation des minerais.

Appel du Mouvement International de la Réconciliation

31 août 2007

Un peu d’histoire

Lors de la Conférence de Berlin en 1885, les puissances européennes se partagent l’Afrique. D’abord propriété personnelle du Roi des Belges, Léopold II, l’État du Congo devient en 1908 une colonie de la Belgique. Ses richesses minières considérables sont exploitées au seul bénéfice du colonisateur qui lui interdit toute ouverture vers le monde extérieur. Les contestations, la plupart du temps ponctuelles et locales, sont brutalement réprimées. Ce n’est qu’en 1955, après la visite au Congo du Roi Baudouin 1er, que naît l’idée de créer une communauté belgo-congolaise, amorce d’un plan de décolonisation. À partir de 1958, confrontée à une contestation politique grandissante, la Belgique décide de précipiter l’indépendance dont la date est fixée au 30 juin 1960, après des élections législatives qui se tiendront en mai pour la Constitution du Parlement congolais. Les chambres belges adoptent la Loi fondamentale qui régira désormais le nouvel État. Au cours de la cérémonie de proclamation de l’indépendance, le Premier ministre Patrice Lumumba, dans un discours non prévu, critique vivement la gestion coloniale belge. Ce qui indispose et le Roi et les Belges mais impressionne favorablement les Congolais et l‘opinion internationale. Patrice Lumumba devient un héros national. Mais l’armée se mutine quatre jours après la proclamation de l’indépendance. Les Belges fuient le Congo. Il n’y a plus d’encadrement administratif dans le pays. Les troupes belges interviennent. Le 11 juillet 1960, Moïse Tshombé proclame la sécession de la province du Katanga, riche en minerais, de cuivre et de cobalt notamment.

Lumumba fait appel à l’ONU pour l’envoi de casques bleus. Le 8 août, la partie du Kasai, riche en mines de diamant, déclare à son tour son indépendance. P. Lumumba demande de l’aide à l’URSS. La guerre civile s’étend à tout le Congo. L’Union minière du Haut Katanga, société belge, soutient la sécession qui bénéficie du renfort de mercenaires européens, les tristement célèbres “Katangais”. On a donc en présence des troupes belges, l’armée congolaise, des forces de l’ONU et des mercenaires. Le président de la République démocratique du Congo, Joseph Kasavubu et son Premier ministre P. Lumumba se révoquent réciproquement le 5 septembre. Le 14, le chef de l’armée Joseph-Désiré Mobutu les suspend tous les deux. Lumumba est emprisonné puis livré à M. Tshombé qui le fait assassiner le jour même (17 janvier 1961). Fin 1962, les forces de l’ONU parviennent à mettre fin à la sécession du Katanga. Entre 1963 et 1965 des “rébellions populaires” armées contrôlent presque les deux tiers du territoire. Nommé Premier ministre en 1963, M. Tshombé est renversé en 1965 par J-D. Mobutu, qui fera régner sur le pays un régime despotique qui ne prendra fin qu’en 1997, où une rébellion partie de l’Est du Congo amène au pouvoir L-D. Kabila, ex-chef d’un maquis installé dans les montagnes du Kivu. Il sera assassiné à son tour en janvier 2001.

C’est son fils Joseph qui est actuellement chef de l’État. Mais sous L-D Kabila, comme sous J-D Mobutu, le pays n’a cessé d’être le terrain de soulèvements, de combats, de guerres dans lesquels les armées des pays voisins Rwanda, Ouganda, Angola, Zimbabwe, Namibie ont joué des rôles importants. Plus de quarante ans après la décolonisation, ce pays immensément riche a été complètement ruiné par sa classe politique dont l’unique ambition était la quête des honneurs, du pouvoir et de l’argent.

Le règne des prédateurs

La situation anarchique du pays a évidemment été une aubaine pour les firmes privées étrangères qui ne demandaient que ça pour s’emparer des énormes richesses minières du Congo. ONU, ONG internationales, tout le monde sait que « l’heure est au partage des dépouilles » [1]. Parmi celles-ci, la plus juteuse est certainement la Gécamines, ancien groupe minier public du temps de Mobutu, qui possède 30% des réserves mondiales de cobalt, 10% de celles de cuivre et du zinc à profusion. En récompense des services militaires rendus dans la guerre contre le Rwanda, L-D. Kabila en avait offert les plus beaux morceaux au Zimbabwe, puis « poussé par la Banque mondiale, il a laissé mourir la Gécamines exsangue et confié à des partenaires souvent étrangers des dizaines de mines du groupe public »1. Depuis, c’est le Far West : avec la complicité des autorités, des entrepreneurs du monde entier se ruent sur le Congo et se servent. Un rapport rédigé en 2005 à la suite d’une enquête rigoureuse du Parlement congolais décrit en détail le pillage organisé des richesses minières. Dans la partie consacrée au Katanga, il dénonce, en donnant de nombreux exemples, « les entreprises nébuleuses à l’actionnariat obscur, les exonérations douanières et parafiscales accordées de façon exagérée pour des périodes allant de quinze à trente ans (… ) sans tenir compte de l’importance réelle de l’investissement… ».

Inutile de dire qu’elles ne se préoccupent que de leurs intérêts financiers et qu’elles se moquent totalement des règles sanitaires et environnementales.

La campagne du MIR

Les médias et cette campagne

• Articles dans :
Le Monde, Razzia sur le trésor du Katanga, Jean-Pierre Tuquoi, (11 juin 2006) ;
La Décroissance (n°41, juillet - août 2007) ;
Alternatives économiques, (n°260, juillet - août 2007) ;
Réforme (31 mai - 6 juin 2007) ;

• Émissions radio :
- radio Africa n°1, dans « les matins d’Eugénie », à l’occasion de la Journée mondiale de l’environnement ;
- Aligre FM dans l’émission Résonances africaines(5 juin 2007).

Pour plus de détails :
mirfr (arobase) club-internet.fr

Son objectif est de veiller à ce que les intérêts financiers des usines de traitement de minerais en République Démocratique du Congo n’aient pas de conséquences dévastatrices sur la santé des personnes, l’environnement et l’économie du pays [2].

En RDC, en effet, de nombreuses usines de traitement des minerais ne respectent pas les législations sanitaires et environnementales et usent de pratiques qui mettent en danger leurs ouvriers et les personnes vivant dans les zones proches des industries.

Un cas typique est celui de Lubumbashi, capitale de la province du Katanga. Une société appelée SOMIKA a implanté dans une zone de la ville où toute construction industrielle est interdite, une usine dont les déversements d’acide empoisonnent une nappe phréatique qui dessert plus d’un million d’habitants. Elle met ainsi gravement en péril l’environnement et la santé des personnes qui y vivent. C’est d’abord pour eux que le MIR se mobilise car, malgré de nombreuses décisions de justice lui intimant l’ordre de délocaliser son activité, la SOMIKA refuse de déplacer son usine.

Dans un premier temps, le but est d’agir auprès de plusieurs instances internationales telles que l’Organisation mondiale de la santé, l’Organisation internationale du travail, le Programme des nations unies pour le développement, … pour qu’il soit procédé à un audit impartial à Lubumbashi. Dans un second temps, le MIR souhaite obtenir la délocalisation effective et sans délai de cette usine, afin de créer un précédent qui puisse ensuite s’appliquer dans d’autres zones de la RDC.

Les enjeux de cette campagne sont :

Sanitaires : l’écoulement des métaux lourds de l’usine SOMIKA dans l’eau consommée par les habitants de la ville de Lubumbashi risque d’engendrer de graves problèmes de santé pour ceux-ci (saturnisme, cancers, etc ). Or, plus d’un million de personnes consomment quotidiennement cette eau, ce qui donne une idée du nombre de victimes potentielles.

Environnementaux : l’écoulement des mêmes métaux dans les nappes aquifères et les sols risque d’avoir des conséquences très lourdes au plan écologique, à court et à long terme.

Sociaux : en termes de droits humains et de droit du travail, comme l’indiquent de nombreux témoignages, les employés de la SOMIKA travaillent dans des conditions dangereuses et inhumaines. Comme le disent les habitants de Lubumbashi : « après 8 mois de travail à la SOMIKA, on est un homme fini ».

De gouvernance : des questions peuvent légitimement se poser quant à la capacité des autorités à faire respecter leurs décisions quand on sait qu’à de nombreuses reprises, elles ont donné l’ordre à la SOMIKA de déplacer son usine mais que celle-ci ne l’a jamais fait, sans pour autant en subir la moindre conséquence. Cette incapacité dissimule-t-elle un manque de volonté politique ? Qui sont les actionnaires de la SOMIKA, qui à ce jour n’ont pu être identifiés ? Quelles sortes d’intérêts financiers et politiques sont en jeu pour que des membres des ONG locales soient menacés de mort ?

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[1] JP Tuquoi, Le Monde, 1/06/06

[2] Même si, à notre avis, c’est un vœu pieux tant qu’on est dans le système capitaliste !

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Réflexions

Une linguistique de combat

par P. VINCENT
31 août 2007

Je vais par ce biais signaler toute une bibliographie à ceux que cette question intéresse… et qui en plus trouvent le temps de lire, ce qui n’est pas toujours le cas, même pour certains retraités (on avait mis son espoir dans la retraite et on s’aperçoit bientôt que seule la vie éternelle permettrait d’accomplir tout ce que l’on aurait souhaité faire).

Nous savons depuis Esope (VIIème siècle avant Jésus-Christ) que « La langue est la meilleure et la pire des choses ».

La langue, moyen de communication, est aussi moyen de domination, politique ou économique. Voici en quels termes guerriers l’on en parle encore aujourd’hui :

• Claude Hagège - Combat pour le français - Editions Odile Jacob

• Louis-Jean Calvet - La guerre des langues - Hachette Littératures

Et une nouvelle discipline est apparue, intitulée « géostratégie des langues ».

Sur le plan interne, c’est un moyen de manipuler les individus, l’art de les persuader, de ce qui est faux aussi bien que de ce qui est vrai. C’est ce que recouvrent des termes comme celui de dialectique, ou celui plus moderne de communication. La démonstration en est faite par Schopenhauer dans « L’art d’avoir toujours raison » où il détaille de façon pratique 38 stratagèmes pour y parvenir. Cet ouvrage n’est pas à recommander aux seules personnes animées de mauvaises intentions. Car il explique aussi comment réussir à avoir raison quand vous avez vraiment raison, mais que, malheureusement, vous avez en face de vous un adversaire qui connaît justement l’art d’avoir toujours raison.

C’est ce qui doit inciter à la prudence vis-à-vis des idées véhiculées et des idées reçues et a amené le linguiste Noam Chomsky à dénoncer dans La Fabrique de l’opinion publique sa manipulation par les médias. C’est en référence à cet auteur qu’a été écrit Petit cours d’autodéfense intellectuelle de Normand Baillargeon (Lux Editeur) à Montréal. À Paris, nous avons le privilège d’avoir au Quartier Latin, 30 rue Gay-Lussac, une librairie spécialisée, La Librairie du Québec, mais elle n’est pas la seule à détenir cet ouvrage.

Sur le même sujet, signalons

lexique évolutif

tout ce que nous avons toujours voulu déchiffrer sans jamais oser en faire une politique
édité par la coopérative DHR (direction humaine des ressources - ne pas confondre avec les DRH !!) / œuvriers associés, ce petit fascicule n’est pas en vente mais nous vous suggérons de le réclamer à
www.politiquedudechiffrage.blogspot.com

Les étrangers étudiant à Paris sont davantage enclins que des Parisiens comme moi à aller piocher des idées dans toute la Francophonie. Aussi est-ce grâce à l’un d’eux que j’ai pu découvrir cet ouvrage. Il est à la fois sérieux et plein d’humour comme l’était le Principe de Peter, imputable à deux non-québécois mais néanmoins canadiens Laurence J.Peter et Raymond Hull, et selon lequel « chaque individu tend à s’élever à son niveau d’incompétence ».

Chez Normand Baillargeon, quelques têtes de chapitres annoncent tout de suite la couleur :

•L’art de la fourberie mentale et de la manipulation

•Compter pour ne pas s’en laisser conter

•De l’utilité d’apprendre un peu de magie

J’ai bien apprécié celui sur la représentation graphique, comme ces trois façons de présenter un même résultat à partir de mêmes données, en l’occurence ici l’évolution de dépenses éducatives :

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Lettre à l’hebdomadaire Marianne

par J. LEBLAN
31 août 2007

Ce juillet 2007, votre journal se lamente : « Gauche, le dégoût ». Mais cette gauche n’a-t-elle pas déjà été trahie en juin 1981 lorsqu’elle a eu un Président de la République “socialiste”, Mitterrand, disposant d’une majorité absolue à la Chambre ? Cela ne devait-il pas se traduire par l’instauration d’une société socialiste en rupture radicale avec le système marchand capitaliste ?

Une révolution économique s’imposait avec la création d’une monnaie socialiste gagée sur la production, distribuée en fonction de cette production et non selon le temps de travail global de l’ensemble des consommateurs.

Cette séparation entre quantité de monnaie diffusée aux consommateurs et la durée globale de travail est la base d’une économie socialiste adaptée à la grande révolution industrielle du machinisme et de la robotique, comme l’a montré un véritable socialiste, Jacques Duboin.

Produire utile pour consommer et non consommer pour faire produire.

Aujourd’hui, au 21è siècle, la suppression d’une économie marchande axée sur la surconsommation de n’importe quoi (la “croissance”) est devenue une condition primordiale à l’existence d’une planète restant vivable, nécessaire à la survie de l’humanité et de la vie en général.

“ Socialisme” ??? … Comme l’a écrit Jean Rostand : « On peut s’entendre avec ceux qui ne parlent pas le même langue, mais non pas avec ceux pour qui les mêmes mots n’ont pas le même sens ».

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