Recherche
Plan du site
   Mensuel de réflexion socio-économique vers l’Économie Distributive
 
 
 
 
 
AED La Grande Relève Articles > N° 1 - 16 au 31 octobre 1935

 

Le site est passé à sa troisième version.

N'hésitez-pas à nous transmettre vos commentaires !
Merci de mettre à jour vos liens.

Si vous n'êtes pas transferé automatiquement dans 7 secondes, svp cliquez ici

 

 

| N° Suivant >

N° 1 - 16 au 31 octobre 1935

Au lecteur   (Afficher article seul)

Notre journal : La Grande Relève   (Afficher article seul)

Attention !   (Afficher article seul)

Plan !   (Afficher article seul)

L’économie prime la politique   (Afficher article seul)

Le chômage   (Afficher article seul)

Il faut !   (Afficher article seul)

L’heure du technicien   (Afficher article seul)

Nous voulons !   (Afficher article seul)

À travers le monde   (Afficher article seul)

Les progrès techniques   (Afficher article seul)

Une statistique de débacle   (Afficher article seul)

Une histoire comique   (Afficher article seul)

Sottisier   (Afficher article seul)

Dans l’aviation   (Afficher article seul)

Les effets de l’économie... dirigée par la rareté   (Afficher article seul)

La révolution des décrets-lois   (Afficher article seul)

La ligue de la médecine   (Afficher article seul)

Chroniques des loisirs   (Afficher article seul)

Groupe DYNAMO   (Afficher article seul)

Nouvelles Energies Féminines   (Afficher article seul)

^


Au lecteur

par J. DUBOIN
16 octobre 1935

Le “Droit au travail” est un groupement d’hommes qui se refusent d’admettre qu’il y ait toujours plus de misère sous prétexte, dit-on, qu’il y a trop de tout !

Trop de misère ! Oui. Trop de choses utiles ? Allons donc ! Comment ose-t-on parler de surproduction dans un pays où tant de familles manquent du nécessaire ?

Trop de tout ! Mais ne voilà-t-il pas que l’on détruit les choses utiles : on dénature le blé, on arrache les vignes, on détruit des métiers. Or déjà l’industrie et l’agriculturevont au ralenti ! Nous glissons ainsi tous dans la misère, au nom de principes économiques qui sont faux, archi-faux, car la science les a mis définitivement en déroute.

Le groupement “Droit au travail” le démontre et le répète partout.

*

Pourquoi s’appelle-t-il “Droit au travail” ?

- Parce que, dans la société actuelle, celui qui n’a rien est obligé de travailler s’il veut vivre et faire vivre les siens. La société lui doit donc du travail, puisqu’elle en a fait l’équivalent du droit à la vie.

Mais la société actuelle peut-elle assurer du travail à tout ceux qui en réclament ? -Non. La présence de 30 millions de chômeurs dans le monde suffirait à le prouver, si le raisonnement ne permettait pas de démontrer que le chômage ne peut qu’aller en augmentant, au fur et à mesure que la science relève l’homme de son labeur. En conséquence, la société actuelle doit se transformer au plus tôt.

Dans quel sens ? - Dans le sens de l’adaptation sociale aux prodigieux progrès de la science qui ont permis de créer un fond commun de civilisation appartenant à tous les hommes, car ce sont toutes les générations antérieures qui ont permis de le constituer. On doit passer du stade de la civilisation de la rareté, au stade de la civilisation de l’abondance, en répartissant, entre tous, les travaux encore nécessaires et les loisirs heureux.

Cette transformation s’effectue toute seule, petit à petit, mais au prix de souffrances, de misères, peut-être même de guerre civile. On peut et on doit l’éviter, si les élites le comprennent et l’exigent.

*

Le “Droit au travail” accueille tous les hommes et les femmes de bonne volonté, sans se soucier de leur origine, ni de leurs convictions politiques.

Notre groupement ne cherche pas à créer un nouveau parti. Ne sont-ils pas déjà trop nombreux ?

Il ne noyaute aucun parti existant. Bien au contraire, au radical il dit : reste radical ; au socialiste, il dit : reste socialiste ; au communiste, il dit : reste communiste ;au ligueur de droite ou de gauche, il dit : reste ligueur si cela te fait plaisir, mais à condition de ne pas cogner sur celui qui n’est pas de ton avis : la violence n’a jamais convaincu personne.

Mais radical, socialiste, communiste, ligueur, dis à tes camarades de parti ou de ligue : le seul problème qu’il faut résoudre est celui de savoir comment chacun de nous va pouvoir vivre demain !

Il existe une solidarité étroite (qu’on le veuille ou qu’on ne le veuille pas) qui nous soude les uns aux autres et fait que nous sombrerons tous dans la misère, ou que nous vivrons tous heureux dans l’abondance. Personne ne se sauvera en faussant compagnie aux autres.

*

Le “Droit au Travail” présente au lecteur le premier numéro de son organe : La Grande Relève des Hommes par la science. Il est rédigé bénévolement par des hommes qui se sont réunis pour faire une active propagande en faveur de ce qu’ils appellent : la « civilisation de l’abondance ».

Tous ceux qui sont de notre avis devraient nous apporter leur collaboration. On ne sera jamais trop nombreux pour faire comprendre que détruire des choses utiles aux hommes et même les empêcher de les créer, c’est reculer les limites de la bêtise humaine.

^


Notre journal : La Grande Relève

16 octobre 1935

Notre Ligue, née il y a seulement quelques mois, est fière de souhaiter aujourd’hui la bienvenue à son journal La Grande Relève.
Jacques Duboin, infatigable et dévoué, a accepté d’assumer le poste de rédacteur en chef et, à ses côtés, une équipe de propagandiste ardents dont quelques-uns ont déjà acquis la notoriété, va, sous son parrainage, présenter au public les travaux, les conclusions et les espoirs de notre chère Ligue, dans l’esprit de fermeté et de modération qui lui est propre.
La grande relève qui sera bimensuelle à partir de ce numéro, était devenue une nécessité, en raison du recrutement intensif des membres de la Ligue, dont l’effectif enfle à une cadence des plus réconfortante. Notre journal entend donc être le lien entre toutes ces bonnes volontés surgies de partout et impatientes de s’employer utilement : car chacun se rend bien compte aujourd’hui que les événements marchent plus rapidement que jamais et qu’il faut agir ou risquer de périr.
La Grande Relève entend aussi préciser la position de la Ligue tout entière en face de l’opinion publique et, prenant ses responsabilités, saura faire entendre sa voix, quelque intérêt ou quelque préjugé qu’elle ait à affronter.
Réaliste obstiné, notre journal s’adresse, par-dessus toutes les rivalités et toutes les métaphysiques à cette section de l’opinion qui, dans tous les camps a su rester saine et honnête et pour qui l’intérêt national bien compris est le mot d’ordre.
C’est donc de grand coeur que la Ligue tout entière souhaite aujourd’hui succès et longue vie à la Grande Relève et félicite tous ceux qui, au premier appel, ont su concerter leurs efforts et aboutir en un temps très court à assurer matériellement et moralement le départ du journal.

La Ligue pour le travail et le progrès social.

^


Attention !

16 octobre 1935

On se propose de détruire des emplois à Lyon
On a déjà commencé dans le Nord.
Il paraît qu’on veut continuer à Lyon.
Sont dans le complot : le syndicat des fabricants de soieries, la Chambre syndicale du tissage mécanique à façon, le Syndicat général de moulinage, et, bien entendu le Ministère du Commerce.
On se propose de mettre une contribution volontaire sur les matières premières, afin de gager un emprunt.
Celui-ci serait destiné à certaines opérations sur le matériel.
Vous avez compris ?
Avec cet argent, on achètera des métiers que l’on enverra à la ferraille.
C’est pour résorber le chômage, Monsieur le Ministre de Travail ?
Laisserez-vous faire votre collègue du Commerce ?
Et qu’en pense M. Herriot, ministre d’Etat et maire de Lyon ?

^


Nous croyons utile de mettre, sous les yeux de nos lecteurs, le bel article « Plan », paru sous la signature de M. C. Spampinato, dans la revue Comprendre ou périr ! publiée par la section de notre groupe dans l’Afrique du Nord.

Plan !

par C. SPAMPINATO
16 octobre 1935

On a pu dire que l’année 1935 était une année « planifère » en ce sens que toute une floraison de « plans » visant à enrayer « la crise » a fait son apparition cette année, élaborés par des groupements et des individus.
Le fait est symptomatique. Cette éclosion n’aurait pas eu lieu avec ce formidable ensemble si la nécessité d’un plan ne s’était pas fait sentir ; et, si ces plans ont choisi cette année pour éclore, c’est que le mal y a atteint une acuité hors de pair qui fait songer à son apogée.
Le nombre même de ces plans justifie donc la nécessité d’un plan.
Mais un plan doit être une solution et une solution ne peut être bonne que si elle tient compte de tous les éléments du problème, c’est-à-dire, dans le cas qui nous intéresse, de toutes les causes de « la »crise.
Quels sont ces éléments ?
Pour certains, la mévente. mais la mévente est une conséquence et non une cause.
D’autres s’imaginent que c’est la méfiance. C’est encore une conséquence.
D’autres encore « la corruption des parlementaires », l’immoralité, la baisse des prix, etc.. Ce ne sont toujours que des effets.
La cause, la véritable cause, c’est l’abondance créée par le progrès technique et le machinisme.
Beaucoup l’on déjà reconnu : mais alors, ils n’ont essayé que d’un remède : la destruction systématique de l’abondance.
Mais l’égoïsme même de ceux à qui cette destruction devait profiter s’en est trouvé offensé.
Car, d’une part, chacun ne veut détruire que ce qui est produit par son prochain et , d’autre part, cette destruction ou la limitation du rendement de la production diminue le pouvoir d’achat des consommateurs et, par conséquent, raréfie le client.
Il ne reste donc qu’une seule catégorie de solutions : ce sont les solutions antiégoöstes et anti-individualistes, puisque désormais l’expérience a montré l’interdépendance et la solidarité de tous les individus, même malgré eux.
Mais toutes ces solutions doivent tenir compte, en premier lieu, du fait nouveau qui caractérise l’époque nouvelle : notre entrée indiscutable dans l’ère de l’abondance. Ce fait nouveau appelle des mesures nouvelles, taillées à son envergure. Plus de raccommodage, plus de petitesse, plus de restrictions sordides, plus de déflation, d’inflation, de dévaluation. Il ne s’agit plus d’économiser, il faut, au contraire, largement consommer et profiter de toute l’abondance dont les millénaires d’efforts humains nous ont dotés à jamais.
Ce premier point étant acquis, examinons si le problème peut avoir des solutions financières dans le cadre de l’économie actuelle.
On a déjà essayé de la déflation, de l’inflation, de la dévaluation ; aucune de ces expériences n’a donné un résultat positif, parce que toutes ne consistent qu’à diminuer le pouvoir d’achat des masses, donc à aggraver ce qu’on appelle « la crise ».
Actuellement, on tente de mettre en avant le principe d’un emprunt ou d’un prélèvement sur la capital pour financer de grands travaux, lesquels résorberaient tout ou grande partie du chômage.
Mais pendant combien de temps ?
Est-ce qu’on compte sur le retour des vaches grasses ?
Elles sont paraît-il, déjà bien trop opulentes.
Certains préconisent alors de rendre cette solution permanente en un impôt sur le capital.
Le mécanisme de ce principe est même passionnant :
Vous avez un gros caillot de sang en un point précis de votre corps. Le reste de votre être, exangue, s’atrophie et se meurt, quoique un plantureux repas embarrasse votre estomac et que vous êtes dans un site merveilleux où l’air est le plus pur et le plus vivifiant.
Quel est dans ce cas le rôle du médecin ?
Décongestionner ce point et activer le coeur qui va pomper le sang de caillot pour le refouler et le répartir ensuite partout et ainsi drainer toutes les richesse de votre estomac et de l’air ambiant dans toutes les moindres parties de votre corps.
En terme social, le sang, agent de circulation des richesses s’appelle la monnaie ; le caillot, ce sont les coffres-forts qui figent l’argent. La congestion, c’est la thésaurisation, le trust des capitaux par les grosses banques dirigées par les quelque deux cents magnats de la finance. La pompe aspirante - foulante - coeur est représentée par l’Etat ; le massage, c’est l’impôt sur le capital et le refoulement dans toutes les parties du corps se traduit par la mise en oeuvre de grands travaux, la mise à la retraite, payée, des vieux travailleurs et l’exécution d’un grand programme d’assistance sociale.
Le pouvoir d’achat étant ainsi restitué à tout le monde, les excédents auront tôt fait de se résorber et il faudra de nouveau faire tourner les usines à plein rendement, pour satisfaire tous les besoins accrus qui, désormais, se manifesteront.
Mais que se passera-t-il alors, indépendamment de l’hostilité prévue (et loin d’être négligeable) que va soulever cette opération dans les milieux intéressés ?
Ce prélèvement sur le capital sera probablement, pour être efficace, supérieur ou au moins égal au profit que ce capital donnera à son professeur, au moment de la reprise.
C’est donc, d’une façon détournée, la suppression du profit ou sa limitation à un taux insignifiant.
Mais si cette disparition est inévitable et si on est d’accord pour la légitimer, pourquoi employer ce grand détour ? Pourquoi ne pas la décréter franchement ?
Tout le problème revient alors à trouver un autre mode de distribution des richesses que celui basé sur le profit.
Et voilà à quoi tendent tous nos efforts.
Nous ne visons rien de moins, en effet, par nos études et notre action, qu’à mettre tous les atouts entre les mains d’un gouvernement qui naîtrait d’un mouvement populaire.
« Nous voulons pouvoir dire à ce gouverment, lors de son avènement :
Les hommes sont là ;
Les machines sont là ;
Les matériaux sont là ;
Pour cela, il faut, en quelques sorte, dresser la carte d’état-major économique du pays. »
C’est à quoi s’évertuent le « groupe Dynamo » et « Le Club d’Action Economique ».
Il faut enfin préparer toutes les masses à comprendre les solutions nouvelles qui s’élaborent dans nos commissions, et à se rendre compte qu’elles sont les seules efficaces.
C’est à quoi oeuvrent avec le « Club d’Action Economique », les jeunes équipes de la « Ligue pour le Droit au Travail ».

^


L’économie prime la politique

par A. D.
16 octobre 1935

La révolution n’est pas à faire, elle est faite. Les Français qui pensent sont en majorité révolutionnaires ; cette majorité ne croît plus du tout à la possibilité d’un redressement par la simple révolution. On dit que les révolutions sont faites par des minorités ; c’est exact par rapport à la totalité de la population. Mais si l’on ne tient compte que des individus susceptibles de penser pour que la révolution soit faite, il faut aussi que la majorité de ceux-ci soient révolutionnaires.
Il reste aux révolutionnaires à prendre le pouvoir, soit par le bulletin de vote, soit par un coup de force. La prise de pouvoir ne donnera de bons résultats que si l’esprit révolutionnaire est suffisamment évolué ! La prise de pouvoir, si elle est prématurée, même si elle vient à la suite d’un vote légal, et à plus forte raison si elle vient d’un coup de force, est néfaste : cela constitue même un moyen de défense pour les conservateurs (l’expression « conservateurs » s’entendant comme l’opposé de « révolutionnaire » et non dans son sens de parti politique). Si, par contre, sont suffisamment instruits, éduqués, évolués, la prise de pouvoir même par un coup de force (car les gens en place peuvent reporter les élections ou les truquer matériellement ou moralement) est souhaitable, car, dans ce cas, le coup de force coûtera peu de sang, si même il en coûte.
L’esprit révolutionnaire est suffisamment évolué quand les révolutionnaires sont devenus « plus révolutionnaires que partisans », quand ils sont disposés à admettre une expérience, même si leur solution personnelle est différente, plutôt que de maintenir un statut quo qui prolonge une agonie sans espoir. Il est d’autant plus facile de faire admettre à un révolutionnaire une expérience en dehors de sa propre théorie, que la solution adoptée ne sera pas celle d’un autre révolutionnaire qu’il a pu avoir l’occasion de combattre. La révolution à laquelle nous assistons est essentiellement économique. La politique dans les pays où les révolutionnaires ont pris le pouvoir (U.R.S.S., Italie, Allemagne) n’ayant pour but que d’adapter le pays à une théorie économique adoptée une fois pour toute.
En France, l’argument politique est habilement exploité par les conservateurs, notamment les notions de patrie, nationalisme, internationalisme, pour diviser les partis révolutionnaires et les empêcher à tout prix de se rejoindre sur le plan économique. Le régime français capitalisme-libéral, disparu en fait, continue à exister officiellement en attendant la prise de pouvoir par les révolutionnaires. Afin d’éviter un arrêt absolu de la vie économique par suite de la carence totale du système, les gouvernements qui gèrent le pays au nom de système disparu, et qui semblent susceptibles de prendre des mesures révolutionnaires, y ont été bel et bien contraints. Lorsqu’on passe du débit de coalition et de hausse illicite o la coalition par décrets dans le but de provoquer une hausse des prix, il s’agit en toute évidence de mesures révolutionnaires (ou tout au moins incohérentes).
Les mesures prises l’ont été dans le sens « fasciste » qui représente le moindre mal par rapport à l’économie capitaliste, puisqu’on détruit les richesses, plutôt que de les distribuer, afin de sauvegarder le profit. Les révolutionnaires se partagent en deux dont les querelles politiques sont exploitées par les conservateurs, et dont la divergence réelle est purement économique. En effet, les révolutionnaires à tendance fasciste veulent ramener la production à la hauteur de la consommation pour faire renaître le profit. Les révolutionnaires à tendance collectiviste veulent ramener la consommation à la hauteur de la production, celle-ci étant poussée à fond, et le profit disparaissant du fait de l’abondance.
Les révolutionnaires à tendance fasciste ont un sens de la collectivité qui, sans être total, est assez développé, par opposition au système capitaliste, incapable de tout sens collectif sous peine de disparition. Ils veulent en effet, supprimer les abus du grand capitalisme et redonner à chacun le goût du risque et de la responsabilité. Ils emploient les mots : patrie, nation pour désigner la collectivité du pays, telle qu’ils la conçoivent, la supposant épargnée des inégalités abusives et ne conservent que des inégalités estimées utiles par eux. Les révolutionnaires à tendance collectiviste ont un sens total de la collectivité.
Ils pensent qu’on ne peut supprimer les abus du capitalisme qu’en supprimant le capitalisme lui-même. Ils veulent remplacer le goût du risque individuel par la notion du service rendu, et sont également partisans du principe de la responsabilité, mais vis-à-vis de la collectivité et non par rapport à l’intérêt du responsable ainsi que l’établit le système fasciste. Ils ne conçoivent l’idée de patrie et de nation qu’à travers la collectivité, pensant que ne seront dignes d’être défendus que les nations où le patrimoine appartient à la collectivité et non pas à un certain nombre d’individus. Cette notion de patrie en relation avec la possession du patrimoine national les amènent aux théories internationales, car ils pensent que les collectivités ne peuvent avoir aucun intérêt à la guerre, laquelle ne peut profiter qu’à quelques-uns au détriment de tous.
Ces deux notions de la patrie qui forment la seule divergence politique sérieuse entre les deux grands groupes révolutionnaires français, ne sont inconciliables en aucune façon, nous voulons en voir la preuve dans les mesures franchement collectivistes prises ces derniers temps en Allemagne et en Italie, et bien propres à amener dans les cerveaux collectivistes l’idée de patrie ; et dans les discours favorables à l’idée de patrie en faveur de l’armée et de la défense du patrimoine national en U.R.S.S., bien propres également à amener les esprits fascistes à concevoir l’idée de patrie collectiviste.
Reste : la différence de conception économique. Que les fascistes italiens et allemands n’aient pas songé à organiser l’abondance en produisant à plein, et en élevant le pouvoir d’achat de la masse à la hauteur de la production, cela provient uniquement de leurs origines anticollectivistes. (Nous voyons maintenant ce qu’est devenu l’anticollectivisme dans ces deux pays où il ne subsiste plus qu’en parole, - et encore - mais est complètement abandonné dans les actes). Cela provient aussi de ce que, dans des deux pays, si l’abondance industrielle est possible (sauf importation de matière première pour l’Italie surtout), l’abondance agricole et dans le domaine du futur ou dans le domaine de l’internationalisme.
Les gouvernants italiens et allemands, s’ils ont volontiers réduit les production industrielles pour maintenir le profit, n’ont pas eu à réduire les productions agricoles. Au contraire, surtout en Italie, où un gros effort a été fait en faveur de l’augmentation de la production agricole, et notamment du blé.
Que ces pays n’aient pas songé à s’organiser sous le signe de l’abondance se conçoit donc.
Que l’U.R.S.S. ait osé le faire, et cela dans un moment où elle manquait de tout, cela se conçoit aussi, car ses dirigeants et ses savants connaissaient les possibilités du sol national en toutes choses.
Le difficile était, au contraire, de supprimer au début le profit sous le signe de la rareté, car, au fur et à mesure de la venue de l’abondance, l’absence de profit coule de source.
Et la France ?
Elle n’a plus de régime économique défini.
Il faut en organiser un. Sous le signe de la rareté des produits ? Ou bien sous le signe de l’abondance ?
Les Français qui pensent que la France doit et peut vivre sous le signe de la rareté des produits industriels ou agricoles, aiment peut-être beaucoup leur pays, mais ne connaissent rien de ses ressources.
En ce moment, sous l’empreinte d’un long passé de disette, nous faisons des efforts inouïs pour essayer d’organiser la rareté, sans cependant y parvenir.
Pense-t-on rassurer les paysans français en leur expliquant que, grâce à la mauvaise récolte en blé de cette année (ce mauvais n’est que relatif), les choses vont s’arranger ?
La hausse du blé par suite de la récolte moyenne et juste suffisante, peut être transformée en victoire gouvernementale, quoique le gouvernement n’y soit pour rien de tout ; mais c’est en tout cas une défaite paysanne : morale et matérielle, car à qui sert de vendre le blé plus cher si on vend moins ?
Et puis, vendre le blé plus cher à qui ?
Aux ouvriers ? Aux fonctionnaires ? Alors, on va les augmenter.
Mais non ? On les diminue. Alors qui paiera la hausse ?
Dans un pays où l’abondance est naturelles par la valeur du sol et le génie de ses habitants, on ne peut pas organiser la rareté, et les essais qui sont faits ne peuvent qu’abattre le moral des citoyens puisque leur niveau de vie ne cesse de diminuer.
Alors, la seconde solution, l’Organisation de l’Abondance ? Oui, car rien ne s’y oppose. Toutes les conditions techniques sont non seulement réalisées, mais ne permettent pas d’autre solution. Les conditions doctrinales seront réalisées demain si nous voulons bien ne pas copier ce qui s’est passé à l’étranger.
Tous les Français sont partisans de l’abondance, mais ils la conçoivent sous forme d’abondance d’argent. Ils veulent tous avoir beaucoup d’argent. Pour quoi faire ? Pour bien vivre, se nourrir, se loger, prendre des loisirs, et assurer leurs vieux jours. Qu’ils ne ramènent donc plus tout à l’argent, et cela deviendra immédiatement possible.
Les Français le savent, et le sentent au fond d’eux-mêmes, et il est bien difficile de les persuader de la nécessité de faire pénitence au milieu des richesses qu’ils voient inutilisées. Au profit de qui ? Au profit de quoi ?
Pour faire régner l’abondance, il faut organiser la production au profit de la collectivité, mais il est absolument inutile de collectiviser la consommation, car cela n’est utile qu’en régime de rareté.
Les Français sont individualistes,. Ils pourront l’être encore plus en augmentant leurs loisirs. Les Français aiment la propriété : il y a en France du sol, et des pierres, et de la main-d’oeuvre pour tout le monde.
La majorité des Français conçoit-elle encore que les différentes qualités, et notamment l’intelligence, doivent conférer des avantages à ceux qui en sont pourvus ? Surtout, disent certains, que les différences sociales sont utiles à l’émulation.
La collectivisation des moyens de production ne s’oppose pas du tout à ce principe, car il ne s’agit pas de collectiviser des hommes.
Les paysans propriétaires de leur terre ne veulent pas qu’on la leur prenne ! Qu’ils se rassurent ! Il ne s’agit pas de cela, puisque l’abondance existe dès aujourd’hui, alors qu’ils en sont propriétaires. Mais si on leur offre de puissants moyens de travail à très bas prix, tout en leur assurant la vent de leurs produits à des cours fixes, refuseront-ils en échange de suivre des directives techniques, qu’ils pourront du reste contrôler, tout en observant pour leur main-d’oeuvre un contrat de travail permettant à celle-ci de vivre aussi dans l’abondance ?
Les Français aiment une monnaie stable. Pourquoi ? Parce qu’une monnaie stable doit assurer la stabilité des prix.
Pourquoi ne pas s’assurer cette stabilité par l’organisation de la distribution de marchandises ? Gager de la monnaie par de l’or est défendable, tant que l’or a une valeur internationale ; mais baser la valeur de la monnaie sur l’or, marchandise étrangère que nous devons importer, est tout à fait contraire aux intérêts de la France.
Les Français, à de rares exceptions près, conçoivent la nécessité de la défense nationale, mais ils n’aiment guère être soldats. - Pourquoi ? - Parce que l’armée est démodée.
Si la valeur technique du Haut Commandement est certaine, l’organisation sociale de l’armée est en retard de cent ans : nourriture, habillement, casernement, sport, bibliothèque, exercice des religions, tout cela date de la campagne d’Algérie. Et le Français de 20 ans s’y sent dépaysé, brimé moralement et matériellement au détriment de la valeur de l’armée.
Il faut que l’Armée profite de l’abondance. L’abondance nous permet d’avoir une armée supérieurement outillée, la mieux nourrie, la mieux habillée, etc. ; mais, là comme ailleurs, on économise !!! On économise quoi ? du fer, du charbon, de l’électricité, de la viande, du blé, des pierres. Pourquoi ? Puisque nous en avons trop.
On pourrait continuer ainsi dans tous les domaines. Alors nous direz-vous, il faut un plan ; encore un plan qui sera démodé quand il faudra s’en servir ? Non, seulement un recensement exact des richesse du pays, et la volonté de les exploiter à fond : c’est tout ce qu’il nous faut !
Quand on a un poulet pour 10 personnes, il faut un plan ! Quand on a un poulet pour 4, il n’y a qu’à choisir. Quand on a un poulet pour 2, on n’a même plus besoin de choisir. Une directive et c’est tout !!!
Celui qui produit une richesse est un bon Français. Celui qui détruit... une richesse, qui dénature le blé, qui arrache de la vigne est un traître à la nation.

^


Le chômage

16 octobre 1935

Que signifient ces clameurs ? ces lamentations ?...

Honnie soit la République, qui trouble notre quiétude et provoque notre insomnie, clament les riches bien pensant.

Honnie soit la démocratie qui ne dispense plus les richesse comme avant, au seul profit de la gent parasitaire, qui professe la vertu des fortunes faciles, se lamentent les moralistes vertueux de la religion du capital. Que se passe-t-il donc ? La crise !

Mais la crise au sens calamiteux du mot, puisqu’elle atteint les fortunes respectables.

La crise qui ébranle les bases du temple du veau d’or.

Alors quoi ? Eh bien ! c’est le chômage.

Le chômage c’était la pénitence avant la rédemption, tant qu’il n’affectait que la classe des salariés inférieurs. Mais, du moment qu’il dépasse les limites traditionnelles et menace ceux d’en haut, le chômage devient la maladie honteuse du régime.

*

Le chômage, c’est du travail libéré qui, par une contradiction monstrueuse, se transforme en misère pour les travailleurs et ruine pour la société.

Libérés du travail, les chômeurs sont aussi libérés de la consommation. Mais, sans consommation, que devient la société ? Comment établir le bilan de la comptabilité sociale ?

*

Impossible de connaître le chiffre exact des chômeurs en France.

Les statistiques officielles sont à dessein imprécises et incomplètes.

Ces statistiques donnent pour 1932, 219.000 chômeurs de plus qu’en 1931, dont le chiffre n’était que de 54.000.

De 1932 à 1934, le nombre des chômeurs a augmenté de 48.666 par an en moyenne.

En 1935, il était supérieur de 39.000 à celui de 1934.

Pour les mois de janvier jusqu’au mois d’août de cette année, la moyenne des salariés en chômage a été de 438.000.

Ces chiffres, donnés, par les services des fonds de chômage et de placement, correspondent à une population d’environ 18 millions d’habitants, puisqu’il n’y a qu’un petit nombre de communes en France qui paient des secours de chômage.

Or, comme la population est d’environ 40 millions d’habitants, il n’est pas exagéré de dire qu’il y a en France au moins un million de chômeurs.

D’ailleurs, les assurances sociales peuvent jeter un peu de lumière dans l’obscurité, peut-être voulue, des statistiques officielles.

Il y avait 10 millions environ de travailleurs assurés obligatoires ; il n’y en a plus que 7 millions environ aujourd’hui. Que sont devenus les autres ?

D’autre part, si la crise est un progrès réalisé par la science, le chômage est une étape dans l’évolution de l’humanité, ce qui prouve bien que celle-ci ne peut pas reculer mais avancer.

Pourquoi les ouvriers ne déclareraient-ils pas, d’accord en cela avec la science, que le chômage doit être transformé en loisirs ? Pour cela il suffirait de le répartir entre tous. Nous atteignons là la plus haute conception de la révolution.

*

L’actuel ministre du Travail nous donne à ce sujet des chiffres qui n’infirment pas notre idée. « Il y a, dit-il, 7.000.000 de travailleurs salariés en France.

« Sur ces 7 millions de salariés, il y en a 4.000 qui travaillent 48 heures par semaine, 2.000.000 qui ne travaillent que 30 heures, ce qui fait 252.000.000 d’heures de travail par semaine. »

Or, il reste en effet un million de chômeurs. Alors, de deux choses l’une : ou l’on conservera le régime actuel, et il y a un million de salariés mis à la retraite ; ou on répartira les 252.000.000 d’heures de travail entre les 7.000.000 de salariés et nous aurons alors la semaine de 36 heures, et la journée de 6 heures ; le chômage sera résorbé, officiellement parlant. Il resterait à déterminer le taux de salaire selon le rapport de la production et les besoins de la consommation, pour résoudre définitivement la crise. Qu’en pense le ministre ?...

L’OUVRIER CHOMEUR.

^


Il faut !

16 octobre 1935

Réveiller le parlement où le jeu absurde des partis continue. Les intrigues de toutes les factions vont bon train pendant que le Commerce, l’Industrie et l’Agriculture sombrent verticalement.
Les chômeurs, dont la majeure partie est sans secours, crèvent de faim pendant que la spéculation internationale florissante raréfie criminellement les denrées.
Nous voulons un Parlement qui travaille et non une loge de concierges.
Nous voulons le Pouvoir au Peuple du Travail ; il gouvernera.

^


L’heure du technicien

par Ch. D. FABER
16 octobre 1935

Au moment où tant de partis et de groupement politique divers songent à organiser la lutte, pacifique ou violent, pour le triomphe de leur plan, et le bonheur définitif, garanti à l’usage, du Français moyen, chômeur et désargenté, il conviendrait - peut-être ? - de lui demander son avis et de tenir compte de ses préférences, voire de ses critiques ; car, jusqu’ici, il est le dernier qu’on consulte sur les questions vitales qui l’intéressent, et ce serait pourtant bien son tour qu’on lui permit de choisir l’air de violon dont il ne cesse de faire les frais.
Nous avons pour cela, peut-on dire, le suffrage universel et tous les quatre ans, le glorieux privilège d’aliéner notre souveraineté sur le nom de celui qui, pendant trois ou quatre semaines, aura le mieux réussi à intriguer, car, pendant la période électorale, les intérêts inavouables, les comitards, les agents électoraux de tous poils rampent et grouillent sans relâche.
Tous les moyens sont bons pour abuser de l’électeur, le mettre en confiance et, comme dans tout vol à l’américaine qui se respecte, refiler au malheureux la liasse frauduleuse des promesses électorales contre l’honnête bulletin de vote convoité. A partir de ce moment, finie la souveraineté populaire imprescriptible et inaliénable. Au parlement, un député pas nécessairement malhonnête ou inintelligent deviendra le prisonnier d’un groupe, d’une tactique, et forcé, qu’il en soit conscient ou non, d’obéir à des mots d’ordre ou des consignes passées par ces forces occultes irresponsables, ces puissances d’argent que des parlementaires courageux et désabusés dénoncent de temps à autre.
Toute indépendance est, là-bas, à peu près réduite à l’impuissance et, si incomplet et si hâtivement brossé qu’il soit, voilà le tableau fidèle de ce qu’on a officiellement le front d’appeler la représentation nationale.
Etonnons-nous qu’une pareille caricature de représentation équilibrant sa servilité ou son ignorance par les plus basses pratiques de démagogie, aboutisse au gâchis effroyable dans lequel se trouve aujourd’hui le pays toujours confiant, toujours trompé !
Etonnons-nous que, n’ayant rien vu de ce qui se passait, rien compris à l’évolution admirable qu’inspirait la science et qu’animait la technique, nos représentants à tous les degrés, nos ministres, notre Exécutif, se trouvent aujourd’hui impuissants en présence de la situation insensée et périlleuse où les fortunes, privées et publiques, risquent de sombrer tout entières.
Mais allez donc expliquer ça à nos politiciens de droite ou bien de gauche. Tout ce que certains d’entre eux ont compris dans l’aventure c’est : gauche, droite, gauche, droite, et voilà la tactique de tout repos (pour l’esprit tout au moins) à laquelle, pour nous tirer d’affaire, songent les plus cyniques, cependant que derrière les animateurs de ces pauvreté on voit se profiler l’ombre sinistre des trafiquants et des profiteurs de tous les lieux et de tous les temps, ces puissances d’argent iniques pour qui tout se monnaye : désespoirs, larmes, sang et famine, drapeaux et patries.
Soit ! Peut-être ?
Mais les temps sont changés ! Une classe est née qu’on a eu l’imprudence, ou le tort, d’arracher à ses travaux de laboratoire, de bureaux d’étude ou d’atelier pour la jeter à la rue. Le technicien, victime de la crise qu’il ne comprend pas encore, lui qui a créé l’abondance, regarde autour de lui, stupéfait, confondu.
Ce dévot serviteur de l’ordre mathématique, de la fonction et du rapport exacts, est pris de nausée et d’indignation au spectacle de ce qu’il considère comme un défi à son oeuvre tout entière.
Quoi, il crée tout ce qui donne du prix à la vie, il guette les moindres désirs de l’humanité pour les satisfaire sur-le-champ, il trouve dans les ressources de la science les bases d’une abondance et d’une richesse hallucinantes, et on aboutit à la disette !
Pour vous éclairer, vous nourrir, vous vêtir et vous transporter, le génie du technicien, de l’homme de métier, s’est prodigué, soit qu’il allège votre effort dans le travail, soit qu’il nous délasse et vous distraie par la variété des effets artistiques qu’il sait encore tirer des ressources de sa technique, soit, enfin, qu’il arme le praticien des merveilleux moyens chimiques, physiques ou électriques qui permettent aujourd’hui de monter une garde vigilante autour de votre santé.
Son effort créateur fait reculer tous les jours un peu plus l’ignorance, la haine, la misère et le vice, et tout cela aboutirait à la faillite générale, à la catastrophe, à la faim, au sacrifice imbécile et au massacre des jeunes générations. En vérité, nul César, nul satrape, nul potentat de légende dans son faste et sa puissance suprêmes n’a pu rêver de la splendeur de la vie que la technique de l’Occident offre à ses enfants sous la forme de la production accélérée et de l’abondance !
Imaginez, si vous l’osez, le monde privé subitement de la technique !
Si vous ne le pouvez pas, la question se pose dans vos consciences de savoir si, en présence de ce magnifique bilan, vous serez complice de la faillite organisée par l’incompétence et l’avidité conjurées de tous les saboteurs de la fortune publique.
Si le néant des résultats obtenus en vue des redressements indispensables vous apparaît dans sa désolante nudité et si l’impuissance - d’aucuns diront la malfaisance - d’un système politique sans vision, sans responsabilité, inhumain, est condamné dans votre esprit à disparaître et à céder la place à de plus dignes, alors, c’est bien simple !
L’heure politique du technicien et du professionnel vient de sonner ! Ce monde, que des conducteurs sans qualification mènent à toute allure à la catastrophe, il va le guider et, de sa main exercée, empoigner le volant de direction.
Il va, en réaliste, appliquer implacablement les principes victorieux de la science à la conduite politique des affaires humaines, et di on lui demande de quel droit il se substitue ainsi aux gouvernements arbitraires, incapables et discrédités, il pourra répondre qu’il tient ce droit de sa position même, car il a en main tous les leviers de commande de la grande machine économique.
Limitant le champ de leur vigilance à ce qui avait trait à leur profession seulement, les syndicats et les associations techniques étaient, jusqu’ici, restés dans l’expectative. Aujourd’hui, la machine politique, vieillote, démodée, se trouve en face d’une situation alarmante que le régime qu’elle représente a créée, mais qu’elle n’est nullement en mesure d’affronter. Pour des raisons spécifiquement techniques, le monde se trouve en danger, en très grand danger. Tout retard ajoute un risque de plus et seuls, les aveugles se font encore des illusions sur l’issue tragique qui nous menace tous à brève échéance.
Seul aussi, le technicien est qualifié pour trouver une solution appropriée ; seuls les syndicats et les associations professionnelles peuvent prétendre dénouer cette situation et servir de cadre à la réorganisation qui s’impose. Au surplus, si la fiction démocratique a été respectée aussi longtemps qu’aucun inconvénient grave ne s’était révélé, le travail a un droit sûrement plus sérieux à cette souveraineté qui réside dans le peuple ; car le peuple, ce n’est pas un meeting, ni une consultation électorale, ni un référendum, ni un plébiscite, ni rien de tout cela !
Le peuple est en permanence dans ses métiers, dans ses professions, dans ses syndicats. Seule l’activité professionnelle permet à l’homme et à la nation de subsister, seule elle qualifie un peuple sur la voie de la civilisation.
Le peuple est là, et là seulement.
Techniciens et professionnels, tous donc à l’oeuvre, votre heure sonne ! Ralliement dans vos syndicats, vos groupements, en vue de la reconstruction d’un monde nouveau où il y aura une place pour chacun et où chacun sera à se place.

^


Nous voulons !

16 octobre 1935

La destruction des barrières de classe et la mise au service absolu de la Nation française de l’énergie de chaque citoyen. Les sacrifices séculaires de nos aïeux ont mis la Nation debout ; notre génération a le devoir impérieux d’élever au plus haut point de sa destinée la France du Travail.

^


À travers le monde

16 octobre 1935

ANGLETERRE

New English Weekly, 24 sept. 1935.

Cette revue, qui est l’organe de la « Douglas Social Credit Association », publie dans ses « notes de la semaine » le compte rendu de la propagande des idées sur la nouvelle économie sociale. On y attaque, avec une belle énergie, l’économie libérale décadente ; les puissants du jour, responsables des troubles et des risques de guerre actuels sont traités comme il convient. Tout serait à citer ; nous nous bornerons à reproduire les conclusions de ces notes qu’affaiblirait un commentaire :
« L’âge libéral du Free Trade était un purgatoire et celui de l’Internationale noire de la finance satanique ; mais l’âge de la Finance impérialiste serait tout simplement l’enfer. De cette menace infernale, nous n’apercevons aucun autre signe de délivrance que celui de la révolte pleine d’espoir qui se répand, principalement dans les Dominions en faveur du Crédit social et contre la finance impérialiste.
« Notre foi ne réside pas dans la proposition de Sir Samuel Hoare d’une conférence pour régler l’accès aux matières premières, à moins qu’elle ne soit précédée du succès du plan Aberhart.
« Car le recours aux emprunts étrangers est en train de disparaître pour toujours ; et seul le plan Aberhart peut ouvrir un chemin en avant, par le Crédit social, au nationalisme économique qui est le seul système économique international, un échange des richesses plus large que jamais n’a conçu Manchester.
« A ce moment seulement l’Italie, nous-mêmes et les autres n’auront plus besoin de rechercher soit la fausse gloire par le massacre de peuples primitifs ou la fortune illusoire dans un désert pour les singes »

***

U.R.S.S.

La Russie en route vers l’abondance

Bonne nouvelle pour les Russes. A la date du 25 septembre, les autorités communistes ont aboli les cartes alimentaires pour la vente de la viande, du poisson, du sucre, du beurre, de l’huile et des pommes de terre. Cette mesure a été appliquée à partir du 1er octobre.
Le Journal de Moscou du 27 septembre où nous puisons cette information, ajoute qu’une baisse de 25 à 30% sur des prix de détail de ces marchandises a été enregistrée, ainsi d’ailleurs que sur beaucoup d’autres objets.
D’autres part, nous extrayons du rapport publié par F. Grenier et lu aux Journées nationales d’Amitié, des chiffres qui confirment la remarquable ascension du peuple russe vers le bien-être et l’abondance :
« La production globale de la grande industrie a dépassé de trois fois le niveau de 1928 et de quatre fois et demie celui de 1913. La production d’énergie électrique, condition nécessaire à l’utilisation d’énormes richesses naturelles, et qui a contribué à appeler à la civilisation toute une série de régions éloignées et arriérées de l’U.R.S.S., cette production d’énergie électrique est dix fois plus forte qu’avant guerre (20 milliards de kilowatts eu lieu de 2). De la quinzième place qu’occupait la Russie en 1913 elle est passée à la troisième. En 19337, il y aura 79 centrales électriques qui produiront 38 milliards de kw., ce qui placera l’U.R.S.S. au premier rang des Etats de l’Europe. »
En France, il faudra se contenter des 13 milliards de kw, que veut bien consentir à nous vendre très cher un consortium qui produit le kw aux environs de 4 sous-papier.

^


Les progrès techniques

16 octobre 1935

La marée montante

(De l’Information, 25-9-35)
New-York, 24/9/35 (par câble P.Q.).

- Je viens d’assister à la réunion du Conseil économique de la Nouvelle Angleterre et j’ai constaté que les industriels ont de plus en plus tendance à adopter toutes sortes de machines permettant de réduire la main d’oeuvre employée, en vue de se soustraire à l’incidence des lourds impôts sur le volume des salaires ; ces impôts commenceront à être appliqués le 1er janvier prochain, en vue de subvenir aux frais que vont comporter les nouvelles lois sur l’assurance chômage et sur les retraites ouvrières. C’est ce qui explique pourquoi les compagnies fabriquant des machines industrielles et du matériel de bureau bénéficient actuellement de très fortes commandes.

***

Un ligueur de la L.P.D.T.P.S. nous informe :
Nous avons fait, il y a un mois, une visite à un fabricant de guidons qui, à notre étonnement, avait supprimé un train de machines à étirer et souder les tubes en acier, nécessaires à sa fabrication. Il employait une quinzaine d’ouvrier à ce travail spécial.
A notre question, il nous répondit : « Chacune de mes machines produisait 1 mètre par minute avec deux compagnons.
« Aujourd’hui, ces tubes me sont fournis par une entreprise qui me les vend à mon prix de revient en les produisant sur une machine à étirer d’un type nouveau qui produit 25 mètres par minutes avec un seul compagnon. »
Soit un rendement comparé de 50 à 1 ; comment veut-on que l’équilibre économique résiste à de pareilles poussées. Que vont faire les 49 éliminés ? Y songe-t-on ?
Malgré une baisse de prix de 10% sur les prix de 1933, une affaire très connue de fabrication de farine alimentaire spéciale atteignait en 1934 le même chiffre d’affaires que l’année précedente.
On jugera de l’augmentation du profit si nous révélons que, grâce à une technique très poussée, on atteignit la même production en ramenant en 1934 le travail à 4 jours par semaine au maximum au lieu de 7 jours en 1933.
Les éliminés, eux, se débrouilleront. Qu’importe s’ils meurent de faim, l’usine de fabrication alimentaire marche à plein rendement !

^


La destruction des richesses

Une statistique de débacle

16 octobre 1935

Sous ce titre, le Matin publiait, ces jours-ci, un article de M. Intérim. A propos, qui est M. Intérim ? De qui fait-il l’Intérim ?
Citons textuellement :
« On vient de publier aux Etats-Unis une liste des marchandises détruites en raison du manque de marché et pour la hausse des prix. »
Au Brésil, au cours du seul mois de mars dernier, ont été détruits 7 750 000 sacs de café. Aux Etats-Unis, ont été tués et détruits dans le premier trimestre, 6 millions 200 000 cochons, 2 000 000 de tonnes de maïs ont été dénaturées afin de les rendre impropres à la consommation.
A Los-Angeles, on jette 200 000 litres de lait par jour et 20 000 à Hartford. Pour remplir le programme de diminution de 15% de la production de beurre, on a dû tuer 600 000 vaches. Un million et demi d’oranges ont été jetées à la mer en Californie pendant le seul mois d’août et on s’est abstenu de procéder à la récolte sur 10 000 hectares de fraises. Enfin, aux Indes, à Ceylan et aux Indes Néerlandaises, on a diminué de 15% la production du thé en en jetant à la mer 30 000 tonnes.
« Cela s’appelle l’économie dirigée et les économistes disent que cela est fort bien. »
Non, Monsieur Intérim, c’est très mal.
L’économie dirigée vers la destruction des choses utiles est abominable. Elle veut créer de la rareté afin de ressusciter les profits.
Au contraire, l’économie dirigée doit faire augmenter la production de toutes les choses utiles, afin que tous les hommes puissent vivre de mieux en mieux.
Il y a donc économie dirigée et économie dirigée. L’économie dirigée vers le passé ; l’économie dirigée vers l’avenir ! La nôtre doit être dirigée vers l’ABONDANCE. Comprenez-vous ?

^


La destruction des richesses

Une histoire comique

par Ed. CHARPENTIER
16 octobre 1935

Les cochons américains

En 1933, les prix du porc étant tombés très bas, il fut décidé aux Etats-Unis la destruction de 6 millions 188 717 jeunes cochons, dont la viande fut distribuée en secours aux chômeurs.
En 1934, continuant la même politique, on distribuait 250 millions de dollars aux agriculteurs qui consentaient à réduire de 25% leur production de cochons et de 15% celle de blé ; le financement de l’opération était assuré par une taxe que payait le consommateur, de 2 cents 25 sur la livre de porc et de 5 cents sur le boisseau de blé.
Mais la sécheresse en 1934, le mauvais temps en 1935 ont réduit les récoltes et les troupeaux. Le résultat est qu’en août 1935, la viande de porc est revenue aux prix de 1929, c’est-à-dire, dans les circonstances actuelles, à un prix prohibitif pour les bourses moyennes.
Alors on vient de décider qu’on ne paierait plus les agriculteurs que pour une réduction de 5% des surfaces ensemencées en blé et qu’on les paierait aussi pour les cochons, à condition qu’ils en produisent le plus possible avec le blé qu’ils récolteraient.`Comme les taxes subsistent, les consommateurs américains paieront donc en 1935 et en 1936, 300 millions de dollars sur le blé et les cochons, pour réduire une production qu’on supplie maintenant les agriculteurs d’augmenter.
Et les United States News du 19 août 1935, qui nous racontent cette savoureuse histoire, ajoutent que les âmes des 6 188 717 petits cochons sacrifiés empêchent le « Brain Trust » de dormir.

Ed. CHARPENTIER

***

Nous lisons d’autre part, dans le Coopérateur de France (18/8/35) qu’un magazine américain publie les chiffres suivants :
« En 1934, 2 400 000 individus sont morts d’inanition ; 1 200 000 se sont donnés la mort pour des motifs directement déterminés par le manque de nourriture.
« D’autre part, la crise économique et la baisse des prix ont provoqué la destruction d’un million de quintaux de blé, de 267 000 wagons de café, 258 millions de kilos de riz et 25 millions de kilos de viande. »
Nous bornons là pour aujourd’hui nos citations que commente notre rédacteur en chef en première page et nous suivrons comme il convient dans l’avenir l’organisation du Pacte de famine.

^


Sottisier

16 octobre 1935

Le mot « surproduction » figure toujours dans le dictionnaire que vient de réviser l’Académie française ; mais il est à peu près complètement retranché du langage courant, surtout en matière économique et agricole. Jamais dans les manifestations oratoires et autres qui ont lieu dans nos campagnes, il n’est fait la moindre allusion aux inconvénients néfastes qu’il y a à produire plus qu’on ne peut consommer. Ces inconvénients sont d’autant plus redoutables qu’avec le protectionnisme universel cloisonnant chaque pays, ce qu’un pays produit en trop il n’est pas sûr de pouvoir l’écouler ailleurs.
La « surproduction » existe plus que jamais. Si on ne veut pas prononcer le mot, il faut au moins tenir compte de la chose. Voudra-t-on bien admettre que seule est utile et bonne la production vendable ?

^


Dans l’aviation

par A. S.
16 octobre 1935

S’il est un domaine dans lequel il est permis de constater que la « Science dévore la Science », c’est bien celui de l’Aéronautique.
Dans l’industrie automobile, le progrès va si vite qu’il est impossible aujourd’hui d’amortir un matériel normalement : on fait jouer la capital que l’on augment ou que l’on diminue, à moins que l’on ne lui fasse subir alternativement les deux opérations. En aéronautique, le problème est différent du fait que la clientèle particulière est à peu près inexistante et que l’Etat est le seul gros acheteur. Les constructeurs lui font supporter tous leurs frais et bénéfices sur les commandes qu’il passe. D’ailleurs, la concurrence ne joue que sur le terrain technique, jamais sur les prix. A ce sujet, tout le ponde est d’accord : l’Etat soit payer cher.
Ne nous étonnons plus qu’un moteur soit payé 250 000 francs et le moindre trimoteur plus d’un million et demi. On invoque l’importance des frais d’études et de prototype, et l’on dépense des milliards sans parvenir à donner au pays l’aviation qu’il devrait avoir.
Pourquoi donc telle usine spécialisée dans la fabrication des moteurs en ligne dépense-t-elle des millions pour étudier des moteurs en étoile à peu près semblables à ceux fabriqués par une usine concurrente ?
Pourquoi donc telle société aéronautique, qui s’était consacrée à l’aviation lourde, se met-elle à construire des avions de chasse ?
L’actuel ministre de l’Air a décidé l’an dernier la concentration des usines d’aviation afin d’éviter la dispersion des efforts : pourquoi n’a-t-il pas usé de son autorité pour imposer à chacun de ses groupements ainsi constitués une spécialisation qui aurait eu pour résultat de perfectionner la technique et de réduire les prix ?
Il est fort à craindre qu’un tel problème soit difficile à résoudre, car l’anarchie actuelle facilite les profits qui sont la base du système actuel et qu’il est indispensable, pour ceux qui y puisent, que le budget de l’aéronautique demeure pléthorique.
L’aviation commerciale, malgré l’activité des dirigeants d’Air France, reste la parente pauvre, parce qu’elle n’intéresse que médiocrement des constructeurs en faveur de qui l’on a créé un nouveau privilège.
D’autre part, personne ne s’intéresse vraiment à l’aviation privée : l’heure de vol coûte beaucoup trop cher et il n’est permis qu’à quelques privilégiés d’utiliser le plus moderne des moyens de transports.
Qu’en conclure, sinon que l’aéronautique française souffre du plus déplorable des étatismes : celui qui, pour subsister, a été contraint de créer des privilèges sous la poussée d’influences ne reculant devant aucun moyen.
Les ministres qui se sont succédés à la tête du ministère de l’Air l’ont tous appris à leurs dépens et le Service technique, dont les méthodes peuvent être parfois critiquées, mais dont l’utilité est incontestable, a dû, maintes fois subir les assauts acharnés des vampires de l’Aéronautique.
Les grands inventeurs sacrifient tout à leurs idées, le courage des pilotes et des mécaniciens est toujours désintéressé. Hélas ! là comme partout, la finance poursuit inlassablement son oeuvre de corruption et de profits.

^


Les effets de l’économie... dirigée par la rareté

16 octobre 1935

C’est celle que l’on pratique en grand aujourd’hui.
On vous dit : il faut vous restreindre ; c’est la crise !
Mais on se restreint sans un pays où l’on manque de tout, comme dans une ville assiégée.
Alors, il faut faire venir au plus vite ce qui nous manque, afin d’en finir avec votre « grande pénitence » !
Si nous manquons de tout, pourquoi empêche-t-on les produits alimentaires d’entrer en France ?
Lisez l’Officiel du 10 octobre. Il prohibe les produits suivants, qui n’ont plus le droit d’entrer chez nous, à aucun prix, et en aucune quantité :
« Boeufs, vaches, veaux, taureaux,génisses, porcs, cochons de lait, viandes fraîches et congelées, abats frais et réfrigérés, conserves de viandes, suifs, saindoux et graisses animales, lait complet ou écrémé, beurres, miels, graisses, blé, millet, noix, tourteaux, etc. »
C’est donc que nous avons trop de tout cela. Alors, pourquoi la grande pénitence ?

^


La vie juridique

La révolution des décrets-lois

par M. BLOCH
16 octobre 1935

Ne souriez pas. C’est un fait. Evidemment, les auteurs des décrets-lois n’ont pas poursuivi un but révolutionnaire. Ils ont eu, au contraire, le dessein de sauvegarder le régime économique du capitalisme le plus orthodoxe. Les avocats de l’action gouvernementale ont même sérieusement pensé que les décrets-lois devaient écarter définitivement les tracas et les soubresauts provenant de l’instabilité économique. Pourtant, je le répète, M. Laval et ses collaborateurs ont fait acte révolutionnaire. Parce qu’ils ont entendu réduire les dépenses de l’Etat et équilibrer symboliquement un budget en matière plastique ? Que nenni. Mais bien parce qu’ils ont porté la première atteinte officielle à certains principes et certaines données qui représentent en quelque manière la structure idéale du régime capitaliste qu’ils ont eu pour prétention de défendre.
M. Jourdain faisait de la prose, comme M. Laval, jadis révolutionnaire, l’est redevenu malgré lui. Je ne veux pas faire allusion aux dispositions souriantes qui devaient assurer le triomphe de la déflation (chez MM. les bouchers, par exemple) ni aux modifications apportées au régime des faillites, des sociétés, du démarchage ou même de l’expropriation pour cause d’utilité publique. Il y eut là un effort utile qui, tout compte fait, exprime la tendance à reviser certaines erreurs ou à adapter certaines réalités à une époque précisée dans le temps. Mais il y a d’autres décisions qui après un examen à base pécuniaire sollicite l’attention des sociologues et des économistes.
Ce qui anime l’esprit capitaliste dans la tradition, c’est le respect des conventions privées, injustes ou non. Or, il a été porté atteinte, par exemple aux conventions passées entre propriétaires et locataires, prêteurs et emprunteurs hypothécaires. Il fallait sauver le franc et déterminer un équilibre des dépenses et recettes publiques. Bien sûr ! Mais quel coup de boutoir aux idoles ! Sans doute, ce n’est qu’un commencement. Mais quelle répercussion ! On ne pouvait faire autrement... Que diable ! c’est bien cela, on ne pouvait faire autrement. Mais on ne pourra plus faire autrement. Arrêtez-vous le progrès, la science, les facilités de la production ? Endiguerez-vous le flot de l’abondance qui désespère les philanthropes de l’époque qui ne conçoivent qu’un monde composé de riches et de pauvres, de ventres plains et ventres creux.
On a exercé des prélèvements « de salut public » sur les intérêts et même sur le capital. L’uniforme réduction de 10% des loyers d’habitation a, en effet, atteint la matière même du capital. La chambre syndicale des propriétaires l’a écrit et son patriotique empressement n’exclut pas sa conscience des choses.
Révolutionnaires... les mesures destinées à assainir divers marchés, ceux du blé et du vin notamment, ne le sont-elles pas ? Pour revaloriser le blé, on a décrété qu’on le dénaturerait, que les porcs s’empiffreraient, que l’Etat consentirait des avances sur les stocks même s’ils entraient en putréfaction. On a, pour maintenir le prix du vin, ordonné des achats massifs destinés a être transformé en alcool. Pour le blé et le vin, on a limité les champs de production, voire même prévu que les vignerons gagneraient plus à arracher leur vignes qu’à fournir au pays des produits à bas prix. La révolution contre la nature a été décrétée. Mais la nature et le progrès ne sont pas régis par la Banque de France ni par le Comité des Forges. Ils dominent les calculs mesquins des mandataires d’intérêts privés qui tentent d’étayer un monde désuet et presque évanoui par des moyens de fortune auxquels on a conféré une forme définitive... qui ne dure qu’une semaine.
Propriétaires d’immeubles ou de fonds de commerce, sur quelles bases envisagez-vous l’avenir ? Paysans et industriels, comment déterminez-vous les règles de vos efforts ? Ce ne sont pas les détracteurs du régime économique qui se meurt qui portent la responsabilité de votre désarroi. Ses défenseurs ont été contraints de prendre des mesures révolutionnaires. Ils ont tenté d’enrayer la gangrène en coupant et rognant ? Peine perdue. On ne limite pas l’abondance, l’élan du progrès ni une plus équitable distribution des richesses. On ne peut ni les abolir ni les méconnaître. On les organise.

M. BLOCH
Avocat à la Cour

^


La vie médicale

La ligue de la médecine

par H. JAWORSKI
16 octobre 1935

Les bénéfices que dans tous les domaines apportera la réalisation du plan Duboin sont inconcevables. Notre mentalité routinière est effrayée par les changements. On dit, par exemple, que le travail des machines va donner aux hommes des loisirs qui protégeront la paresse ; or, au contraire, ces bienheureux loisirs vont permettre de créer à tous ceux qui aiment réfléchir, étudier ; même plus on pourra penser comme l’humanité ne l’a peut-être jamais fait encore !
Mais le sujet est trop vaste et nous devons nous cantonner à notre propre domaine. Dans la grande crise il y a une multitude de petites crises, morales et matérielles, celle du corps médical n’est pas la moins grave ni la moins douloureuse.
Traqué par les impôts, poursuivi par le terme, avec clientèle de plus en plus restreint et appauvrie, le médecin parisien se débat dans les plus grandes difficultés et perd beaucoup de son prestige... La médecine doit rester un véritable sacerdoce, mais que peut valoir celui d’un prêtre qui n’est pas sûr d’avoir son église demain... On accuse la médecine de vouloir se commercialiser et il y a malheureusement des médecins qui abusent et, à ce point de vue-là également, le public est victime. C’est pour cela que beaucoup d’entre nous depuis longtemps avons réclamé la fonctionnarisation des médecins comme d’ailleurs celle des avocats. Ces services publics doivent être payés par l’Etat et il est profondément regrettable et immoral que des questions d’intérêt particulier s’insinuent là où la souffrance humaine est en jeu.
Il est vrai que la grande majorité des médecins en France est hostile à la fonctionnarisation, mais c’est surtout à cause de l’état actuel des choses où la politique et les intrigues dirigent l’avancement.
Nous allons étudier un plan d’organisation de la médecine à Paris, tel qu’il pourra s’organiser avec la grande révolution qui vient, chose qui ne peut tarder à cause de la diminution fatale et progressive du profit et du pourvoir d’achat causée par le progrès du machinisme.
Mieux que n’importe quel argument, l’exposé de ce que sera la médecine dans l’organisation future montre les bienfaits qui nous attendent et la tristesse de la situation actuelle, autant pour les pauvres malades que pour les pauvres médecins.
Pour le moment bornons-nous à quelques considérations générales.
En principe on calcule qu’il faut un médecin pour mille habitants. Paris et le département de la Seine ayant environ 6600 médecins, on voit de suite que ce ne sont pas les médecins qui manquent, au contraire, parce qu’avec des organisations centralisées, les médecins pourront avoir beaucoup plus de loisirs.
La fin de la guerre je l’ai passée dans un centre spécialisé de neurologie. Jamais je n’ai vu de malades si bien soignés. Et vous allez comprendre facilement pourquoi.
Après un examen clinique minutieux et avec une feuille d’observation complète, le médecin a besoin d’examens spéciaux, d’analyses de laboratoire, qui viennent confirmer son diagnostic et éclaircir les points restés douteux. Notre centre était doté de services annexes, d’analyses cliniques, bactériologiques, biologiques, de radiologie, de physiothérapie, d’électrothérapie et d’hydrothérapie.
Il nous suffisait de signer un bon pour avoir une réaction électrique, une réaction Wassermann (d’ailleurs obligatoire), un examen du liquide céphalo-rachidien, une radiographie, etc., etc. Notre examen examen était parfait et en signant d’autres bons nous faisions faire aux malades des douches, des massages, de la physiothérapie, etc., etc. Il n’y avait que pour les médicaments et surtout pour les spécialités que nous étions un peu bridés ; mais il s’agissait d’organisations récentes et puis, c’était la guerre.
Or, figurez-vous la situation dans la médecine courant. Vous pensez comme médecin que le malade a besoin de tel ou tel examen, mais immédiatement le malade demande : Docteur, combien cela me coûtera ? et vous hésitez devant tel examen supplémentaire. Quelquefois, cela peut être grave. Je me souviens d’un jeune homme de 24 ans qui est venu me consulter pour des battements de coeur. Il avait la langue sale et cela semblait un cas banal. Heureusement ,e savais qu’il était riche, et je me suis permis de lui conseiller une radiographie. Cela semblait un luxe, mais il pouvait payer. Or, à ma grande surprise, la radiographie a révélé des plaques athéromateuses de l’aorte, c’est-à-dire de la syphilis. Le jeune homme a commencé par nier puis il s’est souvenu que son père prenait un sirop où il y avait du mercure. Le traitement l’a complètement guéri et sa vie a complètement changé. J’avoue que pour une chose si simple, en apparence, je ne me serais pas permis de conseiller une radiographie à un malade pauvre.
Et je ne parle pas de traitements. Tous les médecins nous sommes arrêtés tous les jours à cause des prix des traitements que les malades ne peuvent pas payer, même quand ils sont absolument indispensables...
Je crois d’ailleurs que ce n’est pas nécessaire d’insister davantage, même n’étant pas médecin, tout le monde doit reconnaître, il me semble, ces vérités premières. A elles seules, elles doivent imposer l’organisation sociale de la lutte contre les maladies.
D’une façon générale, l’organisation de la médecine, à Paris doit être basée sur l’établissement de centre médicaux par quartier.
Ces centres fonctionneraient surtout le matin et comprendraient un service de consultations de chirurgie ; un service de consultations dentaire.
2e Un petit hôpital par arrondissement, comprenant des services mixtes pour les personnes brusquement malades intransportables, les accidents de la rue et les hospitalisations très courtes.
3e A la périphérie de Paris, les grands hôpitaux et les hôpitaux spécialisés pour les accouchements, les maladies des femmes, les maladies des enfants, le chirurgie, le cancer, les maladies de la circulation et du coeur, les maladies de la bouche, les maladies de la peau et vénériennes, les maladies du tube digestif et des annexes, les maladies coloniales et les parasites, les maladies des voies urinaires de l’homme, les maladies nerveuses, les maladies mentales, les maladies du nez, de la gorge et des oreilles, les maladies du poumon, la tuberculose, les maladies des yeux, plus des centres spécialisés, celui de transfusions, celui d’applications électriques spéciales, celui de massage, etc.
Chacune de ces maladies que nous avons désignées exige un hôpital spécial. Il y a en outre, comme nous l’avons vu, les grands hôpitaux de médecine et de chirurgie. A chacun de ces hôpitaux doit être annexé un pavillon d’anatomie pathologique ou habitent des médecins spécialisés et qui font les autopsies. Les autopsies doivent être obligatoires et ne doivent jamais être faites par les médecins traitants ; ces derniers peuvent assister et même s’ils veulent aider l’autopsie, mais celle-ci doit être dirigée par le médecin spécialisé. C’est un contrôle très important et très instructif.
Dans l’aménagement des hôpitaux, avec l’organisation idéale que nous envisageons il y a lieu de penser, dans tous les cas où c’est possible, à la cohabitation de l’époux ou d’un parent du client. Pourquoi ajouter aux souffrances de la maladie l’isolement, quand il n’est pas nécessaire.
Dans une organisation aussi vaste beaucoup de points se présentent à l’étude, celle d’un hôpital de contagieux ou simplement des pavillons de contagieux dans les grands hôpitaux, celle des maisons de santé pour des malades chroniques de très longues durées, enfin les maisons des vieillards et de convalescents, ces dernières n’entrant pas dans le cadre de l’organisation de Paris.
Une autre question qui pourrait prêter à discussions est celle des visites particulières. Le traitement des malades étant socialement organisé, les médecins pourront-ils continuer à exercer chez eux ou seulement dans les dispensaires ou les établissements de quartier ? Les malades légers pourront-ils continuer à se soigner chez eux ? Je réponds à ces deux questions par l’affirmative, mais je serais heureux d’avoir l’opinion de mes lecteurs à ce sujet.
Sachant par exemple que l’organisation centrale est parfaite, absolument parfaite, une femme jeune, saine, avec une grossesse absolument normale, pourra-t-elle continuer à accoucher chez elle, ou devra-t-elle forcément aller à l’établissement central ? Voilà, par exemple, une question qui se pose. L’accouchement est un phénomène normal, physiologique mais quand même des complications imprévues peuvent subvenir. A l’établissement central, tous les secours sont prêts. D’un autre côté, malgré tous les soins les conditions d’aseptie à domicile ne peuvent pas être aussi parfaites que dans l’établissement. Mais il y aussi le côté moral, les semaines de séjour au lit obligatoires seront plus agréables au milieu de la famille, chez soi, que dans l’établissement pour si beau qu’il soit. Je le répète, je voudrais connaître l’avis du lecteur à ce sujet, car l’avenir doit avant tout apporter le bonheur et la joie.
C’est une question morale qui se pose. Scientifiquement la question est résolue. De l’établissement spécialisé on peut transporter l’accouchée chez elle, sans risques, au bout du 12e jour, dans une ambulance. Mais vous, public, vous, femmes, acceptez-vous de bon gré qu’il soit absolument défendu, dans votre intérêt d’ailleurs d’accoucher chez vous ?
Naturellement toute cette question comporte une foule de parties et chaque détail doit être étudié à part. Il y a par exemple le principe de la gratuité absolue, mais est-ce que certaines choses ne devront pas être payées ? Pour moi j’espère que non, mais comment limiter les abus ?
Une autre question capitale est celle du service d’urgence, des accidents aigus des maladies (hémorragies, ruptures, etc., etc.), des accidents de la rue, enfin tout ce qui comporte l’urgence. Paris à ce point de vue là est une des dernières villes du monde en ce moment.
Une autre question aussi capitale est celle du triage. Aujourd’hui le malade va où il veut, or c’est le médecin qui doit lui indiquer à quel service et à quel établissement son cas appartient. Le triage vers la fin de la guerre était admirablement fait.

(A suivre)

Dr H. JAWORSKI.

^


Chroniques des loisirs

16 octobre 1935

Chaque jour plus libéré par la machine de la servitude du travail, l’organisation des loisirs prendra pour l’homme de demain une importance toujours plus grande. Elle tendra à donner à la vie de chacun cet équilibre harmonieux qui fut l’apanage d’une élite dans quelques sociétés antiques.
Elle formera d’abord des êtres sains, elle développera leur goût des belles choses, sport, arts, voyages, fêtes, repos combleront les heures libérées du travail...
Anticipations. Nous en sommes loin. La société actuelle ne donne abondamment ces biens qu’à ceux qui ont le moins besoin, qu’à ceux que le travail absorbe peu ou point.
Qu’offre-t-elle aux autres ? Et d’abord, quels loisirs leur laisse-t-elle ?
Ne parlons pas des loisirs forcés laissés à un nombre croissant de chômeurs et pour lesquels rien n’est organisé. Circulez pour vous en convaincre les jours de semaine dans la banlieue parisienne et vous verrez les groupes lugubres y traînant sur les places et dans les rues, attendant la reprise promise qui ne viendra jamais.
Mais les autres, ceux qui travaillent encore. Ils ont les soirées ; ils ont les dimanches. Qu’en faire avec un budget restreint, un pouvoir d’achat diminuant sans cesse ?
Le cinéma, le théâtre, rarement ; la radio achetée à tempérament ou écoutée chez un voisin et complétant si bien le rôle abrutissant de la grande presse. Et le dimanche ? jour du loisir, rien n’est plus lamentable que de voir dans les parcs et les jardins publics étriqués de ce Paris étouffé par la brique, la théorie lamentable des familles en promenade, traînant leurs gosses, le père grognon, la mère fatiguée avant le départ par le ménage et la préparation de sa nichée. En province, un peu plus d’air, mais pas plus drôle.
Et pourtant quel désir d’évasion chez tous ces gens ; avec quelle ferveur ils se ruent vers les fêtes, les rares fêtes gratuites que de pauvres imaginations leur offrent, toujours les mêmes, si rares.
Quel désir de grand air, d’épanouissement physique chez cette jeunesse qui sous le maillot et dans les stades ignore les classes sociales et ne connaît que la joie des luttes sportives.
Tout entière elle réclame le droit à la culture complète, celle du corps comprise. Mais on la courbe dix heures par jour dans des classes surpeuplées pour mieux lui apprendre comment la jeunesse grecque partageait son temps entre l’étude et le stade. Et l’Université reproduit sans se décourager son type idéal : le professeur myope, au dos rond et à la poitrine creuse, blafard, cagneux et craignant l’eau.
Ah ! M. Lafont, ministre de l’Hygiène et des Sports, peut toujours - après avoir sentencieusement ordonné à nos athlètes de vaincre les Allemands, avec le résultat que l’on connaît - mettre le Conseil des ministres au courant de son programme d’amélioration de notre organisation sportive. Ce n’est pas lui qui peut faire quelque chose pour la jeunesse. C’est son collègue de l’Instruction publique. Et il est douteux que l’actuel titulaire réduise les programmes d’études que le Garde des Sceaux a lui-même établis. Alors, tant que chaque école, collège, lycée, faculté n’aura pas son stade et sa piscine, tant que les enfants sous la surveillance et le contrôle des médecins sportifs n’y passeront pas au moins trois après-midi par semaine, rien n’aura été fait pour la santé et l’équilibre des jeunes.
Et c’est le premier, l’indispensable et urgent effort à faire pour l’utilisation sportive des loisirs.

***

Pour la jeunesse, la pratique des sports exige déjà des dépenses assez importantes et un enthousiasme qui ne recule devant aucune difficulté, les stades étant loin et la journée remplie par les études. Mais ce n’est rien encore si on les compare à l’héroïsme nécessaire à un homme fait désirant conserver sa souplesse et sa force, et ne disposant pour cela que de ses heures de loisir. S’il habite Paris, il vit en général loin de son travail et passe de une à deux heures par jour dans des moyens de locomotion divers.Il ne lui reste que la ressource de la culture physique chez soi, très insuffisante et pénible, et le sport du dimanche. Mais où pratiquer ? Les clubs sont chers, lointains et mal organisés. Quand on a visité à l’étranger les belles installations où dans un cadre riant, des familles entières passent leurs journées de repos, pratiquant jeux et sports qui conviennent à chaque âge, profitant d’un restaurant économique, de douches, de piscines, et quand on compare ces installations les quelques terrains pelés, sans confort et sans attraits de la banlieue parisienne, on s’étonne moins de l’aspect physique lamentable de nos foules, de leur avachissement, de leurs bedaine, de leurs odeurs.
Si l’on avait fait pour elles le dixième des dépenses faite pour l’amélioration de la race chevaline - heureuse race chevaline qui elle bientôt ne travaillera plus et ne fera plus que du sport : courir et sauter - on aurait couvert la zone de stades riant, reliés aux divers quartiers par des moyens rapides de transport et permettant à tous les citadins sédentaires ce qui leur est plus nécessaire qu’à d’autres. Peut-être alors au bout de quelque temps s’apercevrait-on que les hôpitaux et les « sana » reçoivent moins de malades.
Les terrains sont là : la zone, lèpre ignoble qu’on ne peut, paraît-il, supprimer avant 1965. La main d’oeuvre aussi : les chômeurs.
Et puisque dans l’absurde régime actuel il faut compter sur la « phynance » et bien la voilà aussi. Ecoutez plutôt :
J’ai fait partie dans une grande ville de l’Amérique de Sud d’un club splendide : vestiaires, restaurant, salles de lecture, salles de douche, 3 piscines, un stade, 8 terrains de football, 2 pistes de courses à pied, jardins et garderie d’enfants, terrains de basket-ball, agrès, 45 courts de tennis (j’ai bien dit 45), cotisation 10 francs par mois (moindre pour les scolaires). Et savez-vous comment tout cela avait été édifié ? Une loi spéciale avait, moyennant certaines obligations (prêt gratuit des terrains le matin aux écoles, contrôle, etc.) affecté à ce club, la totalité des lots non réclamés de la Loterie Nationale. Il recevait de ce chef 5 à 6 millions par an.
Voilà une belle utilisation de l’argent des poires et des négligents, ne croyez-vous pas, Monsieur Lafont, dont la bonne volonté s’épuise devant des crédits squelettiques ?

^


Groupe DYNAMO

par JOVE
16 octobre 1935

Cette rubrique, placée sous l’égide de DYNAMO, traitera des sujets de documentation, d’information et les lecteurs y trouveront une série d’articles techniques, complétant nos informations.
Nous vous présentons aujourd’hui le groupe DYNAMO, et pour cela, nous ne pouvons mieux faire que de reproduire ici le manifeste qui préfacera le premier ouvrage de ce groupe :

On connaît les méthodes d’action pratiquées par les J.E.U.N.E.S., méthodes qui consistent à confier un travail déterminé à des équipes spécialisées. Très rapidement, la commission économique acheva ses études sur les causes de la crise et commença à prévoir les grandes lignes d’une économie nouvelle, naturellement engendrée par le développement formidable du machinisme, accroissant d’une part le chômage et d’autre part l’abondance des richesses.
Si les chiffres du chômage pouvaient être connus par les soins des statistiques officielles - encore que la confiance que l’on peut accorder à ces dernières doive être bien limitée - les chiffres exprimant les richesses et les facultés de production de la France restaient résolument inconnus. Devant cette carence de chiffres et par conséquent d’éléments fondamentaux, toute tentative de travail constructif était voué à l’échec.
Les J.E.U.N.E.S. décidèrent donc de s’entourer de techniciens compétents, représentant toutes les branches de l’activité économique et sociale, techniciens qui pourraient fournir des chiffres et des courbes concernant leur spécialité et qui, par ailleurs, sauraient faire l’effort de ne pas mêler à leur travaux - essentiellement scientifiques - la marque de leurs opinions politiques ; et ce fut, de concert avec la Ligue du Droit du Travail, dont les membres ressentaient aussi intensément la nécessité d’un organisme de documentation, la fondation du groupe DYNAMO.
Pour bien marquer le caractère technique et impartial des recherches entreprises, il fut formellement spécifié que DYNAMO serait intégralement autonome et accepterait comme membre tout spécialiste ou technicien - quelles que soient ses opinions politiques - désireux de collaborer à l’oeuvre commune du recensement des richesse de la France et de ses possibilités de production.
La formule s’est révélée excellente. DYNAMO connut rapidement l’adhésion de nombreux techniciens qui se répartirent en commissions et commencèrent leurs travaux.
Plusieurs conférences publiques, qui revêtaient à la fois le caractère de séance d’étude et d’amicales causeries scientifiques, donnèrent la preuve que DYNAMO était viable et grandissait, au point que nous dûmes envisager une limitation du recrutement.
A nos deux dernières séances d’étude où nous n’attendions que deux cents spécialistes, nous eûmes un public très nombreux (un millier de personnes à la dernière réunion) où nous trouvâmes un pourcentage exceptionnel de techniciens.

Très prochainement, une revue sera publiée, qui permettra aux Français de connaître leurs ressources actuelles et celles dont ils pourraient disposer si le progrès technique était rationnellement appliqué.
Cette revue leur révélera aussi des chiffres qu’on leur a tenus jusqu’à maintenant savamment cachés, et qui exprimeront les quantités d’énergie et de matières, le nombre d’hommes et de machines nécessaires et suffisant pour les combler de richesses.
A la lecture de cet ouvrage, beaucoup s’apercevront que les causes du chômage et, partant, de la crise sont complètement étrangères aux raisons qu’on nous en donne officiellement et que toute doctrine économique qui, de nos jours, ne s’appuie pas sur des chiffres de production et de consommation constitue une véritable escroquerie.

^


Nouvelles Energies Féminines

par M. RODE
16 octobre 1935

Sous le nom d’ENERGIES NOUVELLES s’est formé un groupement féminin, indépendant des J.E.U.N.E.S.
Son but est de préparer, pour la société telle qu’elle surgira des travaux entrepris par le groupe DYNAMO, des bases solides et précises, au point de vue philosophique et culturel.
Les femmes qui le composent croient avoir compris : elles s’adressent à toutes les autres femmes pour les faire comprendre, à leur tour, l’absurdité de leur existence. En un temps où le machinisme et la technique ont atteint un développement tel qu’un minimum de travail procure un maximum de bien-être, en ce temps qui pourrait être l’« âge d’or », que des femmes consentent à travailler comme des esclaves pendant seize heures par jour semble un défi au bon sens. Et c’est un exemple entre cent : le mode d’exploitation de la femme, que ce soit au foyer, au bureau, à l’atelier ou sur le trottoir, revêt les formes les plus variées.
C’est tout simplement monstrueux. Et d’autant plus qu’elles subissent cette vie anormale comme un état naturel et intangible... Elles la subissent... sans joie, évidemment ; elles se plaignent, se lamentent, mais là s’arrête leur révolte, purement stérile.
Nous refusons de continuer à « vivre » de cette façon. Cette vie absurde, il faut en changer.
Une chose nous frappe tout d’abord : c’est que la misère, la vraie, celle qui, à la déchéance physique, ajoute la déchéance morale, bien souvent celle-là ne se voit pas, ou si peu qu’elle semble une exception.
Que l’on fasse le recensement de tous les sans-logis, de tous ceux qui usent lamentablement leur journée entre la soupe populaire et l’asile de nuit, et l’on sera étonné de leur petit nombre. Ils sont surtout le déchet des grandes villes. Cette misère-là, reconnue, chiffrée et étiquetée, celle sur laquelle aussi on s’apitoie le plus volontiers, par snobisme ou pitié réelle, celle-là ne représente qu’un tout petit côté de la grande misère humaine.
Mais combien d’êtres mettent leur fierté à « ne rien demander à personne » ? Combien de femmes réussissent ce tour de force de « joindre les deux bouts » avec un pouvoir d’achat de plus en plus réduit ?
Tous ceux-là et les autres représentent plus de la moitié des Français. La misère ne serait donc plus l’exception, mais la règle ? Est-ce normal ? Est-ce logique ?
Ca l’est si peu que, j’en suis sûre, on ne nous croira pas. C’est bien simple, nous le démontrerons avec des chiffres. Il nous suffira de gratter un peu la surface, le petit plâtrage de dignité qui recouvre la vie intime des individus, pour découvrir le visage réel du monde actuel avec ses lézardes, ses plaies monstrueuses, le chômage qui épuise la résistance morale des êtres et les traîne lentement de la honte au désespoir ou, au contraire, cette espèce d’inconscience qui frappe les plus sains et les retranche de la vie. Ne croyez-vous pas qu’une telle vision, exprimée et contrôlée, suffit à justifier une société nouvelle ?
La partie négative de notre travail terminée, il nous faudra construire ; donner, à cette société nouvelle les bases qui permettront aux techniciens d’assurer l’équilibre de l’armature économique qu’ils ont créée.
Il nous faut, sur le plan social et culturel, lui donner un sens tel que nous jouissions enfin de cette vie normale, celle à laquelle nous aspirons tous, et qui n’est possible que grâce à une organisation rationnelle et harmonieuse des besoins de l’individu.
Déterminer rationnellement ce que chacun doit consommer et en déduire le nombre d’heures qu’il doit fournir, c’est la tâche que nous, camarades du groupe DYNAMO, à laquelle nous nous associerons pour toutes les questions qui nous intéressent directement ou pour lesquelles nous avons quelque compétence : bien-être matériel de l’enfant, de la famille en général, travail des femmes, etc.
Mais il reste ce que nous avons appelé l’« organisation harmonieuse des besoins de l’individu ».
Le bien-être matériel, le confort, le travail rendu plus facile et moins absorbant grâce aux progrès de la technique, créeront des loisirs. D’autre part, l’enfant, l’adolescent ne seront plus immédiatement réclamés par la société pour assurer les besoins collectifs. L’organisation de ces loisirs, les fondements et la portée d’une éducation intégrale et rationnelle seront l’essentiel de notre plan constructif.
Tout cela que nous proposons de faire peut paraître bien ambitieux. Si vous voulez considérer, d’abord, que c’est nécessaire, ensuite que c’est possible, nous avons raison de l’entreprendre.
D’ailleurs, toutes ces questions se tiennent étroitement et nous les avons groupées de manière à dresser un plan de travail net et précis.
Résumons-les brièvement :
1° Etaler en une sorte de tableau toute la misère actuelle, en montrant la sous-alimentation, l’entassement des villes, l’insuffisance vestimentaire et la déchéance morale que toute cette misère entraîne.
En chercher les causes : mauvaise organisation de la production en fonction des besoins de la consommation. Est-il possible de la supprimer ? Oui, puisque des techniciens nous apporteront des vases précises d’organisation matérielle. Ils nous prouveront que chacun peut être nourri, logé et vêtu confortablement, sans qu’il lui soit nécessaire pour cela de travailler comme un forçat. Nous aurons à démontrer, d’autre part, que la sous-alimentation ne dépend pas toujours de l’insuffisance des aliments, mais souvent de leur mauvais emploi ;
2° Etudier en particulier le sort réservé à la femme dans la société actuelle ; les conditions dans lesquelles elle travaille ; montrer qu’il n’y a aucune raison pour que tous les travaux de ménage lui incombent en dehors du travail social qu’elle devra assurer, pourquoi ne pas apprendre aux garçons aussi bien qu’aux filles à partager ces travaux, qui seront d’ailleurs grandement simplifiés par la vulgarisation des appareils ménagers ?
D’autre part, réserver dans le plan culturel une place à l’éducation de la femme en tant qu’être humain. Il est grand temps qu’elle prenne conscience d’elle même, de sa personnalité, condition essentielle de l’équilibre de son foyer et de l’harmonie du couple ;
3° Etablir un projet d’Education rationnelle qui assure le développement simultané, harmonieux, de toutes les facultés de l’enfant. C’est l’être normal, au corps sain, à l’esprit libre, qui est l’image et en même temps la cellule de la société telle que nous la concevons ;
4° Enfin, il est bien évident que la Paix étant la condition nécessaire de notre vie, il ne saurait être question pour nous de la tenir en dehors de nos préoccupations.
Quelques-unes seront peut-être découragées par l’oeuvre immense que nous prétendons entreprendre. Elle ne paraît telle que parce que nous avons voulu coordonner et compléter des efforts qui, jusqu’ici isolés, vont souvent à l’encontre les uns des autres.
Mais, de par son étendue, notre travail exige les collaborations les plus diverses et les plus abondantes. Toutes les femmes, quelles que soient leur situation sociale et leur profession, peuvent nous apporter leurs idées, leurs observations, les fruits de leur expérience ou leur jeune enthousiasme. Chacune aura ainsi donné sa part au travail collectif, lui assurant la richesse d’abord, puis la rapidité, qui sont la condition même de notre réussite.

^

e-mail