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   Mensuel de réflexion socio-économique vers l’Économie Distributive
 
 
 
 
 
AED La Grande Relève Articles > N° 885 - janvier 1990

 

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N° 885 - janvier 1990

Vœux   (Afficher article seul)

Bonne décénnie   (Afficher article seul)

Pa ! Dak   (Afficher article seul)

Le contrôle des entreprises   (Afficher article seul)

Financement de T.U.C. en monnaie de consommation   (Afficher article seul)

Pour un premier contact   (Afficher article seul)

La double lecture   (Afficher article seul)

Les joies de l’économie des ressources   (Afficher article seul)

La retraite à plus de 67 ans !   (Afficher article seul)

Des chiffres   (Afficher article seul)

Après la nuit pointe le jour   (Afficher article seul)

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Éditorial

Vœux

par M.-L. DUBOIN
janvier 1990

Aux peuples de l’Est qui découvrent la démocratie nous souhaitons de ne pas se laisser séduire par le miroir aux alouettes que leur tendent les marchands de l’Ouest. Et, puisqu’on va leur apprendre la gestion économique,nous souhaitons qu’ils se gardent, eux, de gérer les hommes comme on doit gérer les choses.

Aux peuples du Sud, nous souhaitons qu’ils ne fassent pas les frais de l’ouverture du Grand Marché.

A tous les laissés-pour-compte du monde, nous souhaitons qu’ils soient enfin reconnus comme tous cohéritiers des immenses possibilités ouvertes grâce au travail de toutes les générations précédentes.

A tous les vivants nous souhaitons une prise de conscience des dangers pour les générations à venir de l’actuelle "fuite en avant" pratiquée par les décideurs économiques.

Bref, à tous nous souhaitons que les distributistes redoublent d’efforts pour faire entendre la voix de la raison et que cesse le scandale de la misère, maintenant que les moyens existent d’y mettre fin.

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Éditorial

Bonne décénnie

par A. PRIME
janvier 1990

Bonne décennie... Le souhait n’est sans doute pas superflu après les événements qui viennent de se dérouler à l’Est et qui vont bouleverser, tout au long de la dernière décennie du XXe siècle, la face de l’Europe et probablement du monde. Les chances de voir naître un véritable socialisme s’éloignerontelles ou se rapprocheront-elles  ?
Dans son éditorial de la Grande Relève de novembre, M.L. Duboin, de façon précise et concise, posait parfaitement le problème :

- "Décidément, les conservateurs de tous poils sont très forts. Ils ont entrepris de nous faire confondre le désir, fort légitime, des peuples de l’Est vers la démocratie avec une soi-doisant aspiration dans ces pays à voir l’économie de marché y imposer les désordres du libéralisme économique. "

- "Le drame serait que les peuples qui s’émancipent, mais n’ont pas l’expérience du libéralisme économique, soient dupes. Tous les moyens sont déployés pour les tromper. Auront-ils la sagesse d’y résister et d’inventer le socialisme démocratique qui n’existe encore nulle part et pour lequel, contre vents et marées, nous ne cessons de nous battre ?" Ce sont ces deux points que je voudrais développer.

I.La grande sortie à droite

Dans la Grande Relève de mars 1984, j’avais écrit un article intitulé "Sortie de crise : à gauche ou à droite ?". Je disais "Les capitalistes vont tout faire pour tenter une sortie à droite de la crise. L’enjeu - la défense de leurs privilèges -leur donne ardeur et imagination, peut-être plus qu’à la gauche... Une telle évolution - sortie à droite -n’est pas exclue : il faut que les gens de gauche en soient bien persuadés pour redoubler d’efforts ou simplement se ressaisir".
Eh bien, force est de constater que depuis deux ans environ, le capitalisme-libéralisme est sorti de la crise économique, en laissant les scories que l’on sait. Mais cela n’est pas son problème, il n’a pas d’états d’âme.
Les pays capitalistes avaient eu chaud et ils s’estimaient satisfaits de cette sortie de crise. Or voilà que l’incroyable, l’inespéré leur est donné par surcroît : l’effondrement en quelques mois de la quasi-totalité des pays du bloc communiste en Europe. Les dieux de l’argent et du profit sont doublement du côté des riches à la veille de la dernière décennie du siècle. La petite alerte d’octobre 1987 n’est plus considérée que comme une péripétie.
Ce n’est plus seulement la sortie à droite de la crise, c’est la grande sortie à droite.
En effet, dans tous les pays "libérés" du communisme, le maître-mot, c’est : économie de marché. :
- Pologne. On se souvient que Walesa avait dit, il y a quelques mois que le capitalisme était le seul régime capable de faire marcher l’économie.

Le POUP (PC polonais), après avoir admis que "le temps du POUP était dépassé", se prononce pour "un authentique système parlementaire, la liberté d’expression, le respect des droits de l’homme, l’économie de marché et le pluralisme politique".
- RFA. Helmut Kohl, après avoir lancé au Bundestag : "c’est notre mission nationale de promouvoir un changement politique et économique radical en RDA." précise que l’aide de la RFA à la RDA est subordonnée au fait que "l’économie planifiée cède la place à une économie de marché" (sic).
- Hongrie, Tchécoslovaquie, dito.
Voilà, c’est clair : pour avoir droit à l’aide de l’Europe des Douze (et sans doute des Etats-Unis et du Japon) retour à l’économie de marché. II en sera de même pour tous les pays de l’Est qui secoueront le joug communiste : qu’on se le dise  !
Aux émotions, aux enthousiasmes des peuples, en général sincères, généreux, qui se soulèvent et pensent faire la révolution, se mêlent, bien entendu, les trémolos vocaux ou écrits de tout ce que le monde capitaliste compte de réactionnaire, plumitifs, hommes politiques et hommes d’affaires, ces derniers souvent plus discrets, mais tapis dans l’ombre  : les requins sont là qui caressent leur future proie pour la mieux croquer. Pour eux, la fête populaire n’est pas finie qu’ils pensent aux "choses sérieuses". C’est le délire des marchands, la ruée vers l’Est, les "nouvelles Trente Glorieuses". 140 millions de consommateurs (425 avec l’URSS) çà aiguise l’appétit. Jugez plutôt : "Les chefs d’entreprise ouest-allemands se préparent à un nouveau miracle économique. Flambée des cours de la plupart des entreprises." (Le Monde).
Ecoutons le tout puissant chef de la Bundesbank, Alfred Herrhausen : "l’absence de barrière linguistique, la communauté de valeurs et de mentalités sont autant d’éléments pour qu’une coopération avec la RDA. porte ses fruits beaucoup plus rapidement qu’avec d’autres pays de l’Est".
Favilla, éditorialiste des Echos, ne se tient plus : "Nous seuls pouvons assurer le sauvetage économique de l’autre moitié d’Europe et il se trouve qu’en faisant cela nous nous ouvrons à nous-mêmes d’énormes réserves d’expansion .... Le tiers monde n’est pas assez solvable pour soutenir notre développement ..... Nous avions quelques raisons de nous sentir un peu à l’étroit, confinés. Or voici que s’ouvre à nos portes un continent quasi neuf .... Pour l’économie française, il est temps de partir à la fraternelle conquête de l’Est."
Conquête fraternelle : les phari-siens !
Notre Ministre de l’Industrie, Roger Fauroux, n’est guère moins "lyrique" : "Nous voyons s’ouvrir des marchés de consommation, il faut s’y précipiter .... Grâce à la vitrine occidentale de Berlin ,l’Ouest a magnétisé l’Est". M. Bérégovoy, notre Ministre de l’Economie et des Finances, s’est cru obligé, lui aussi, d’y aller de son petit couplet : les pays de l’Est représentent "un grand gisement de croissance potentielle". II a estimé qu’à moyen terme "ce qui se passe en RDA. est bon pour l’économie ouest-allemande, et donc pour l’économie européenne".
Le Japon, bien entendu, veut être de la fête, lui qui dénonce sans cesse la "forteresse Europe", malgré tout ce qu’il y vend et achète : d’ores et déjà sont décidées des aides à la Pologne et à la Hongrie. "Les Japonais ont le souci de participer à l’effort occidental pour soutenir le mouvement de démocratisation de l’Europe orientale". Comme c’est bien dit ! II y a probablement des rapaces qui ont des chants mélodieux.
En Hongrie, Nissan va conclure un accord pour fabriquer 10.000 moteurs diésel par an, Suzuki négocie la production d’automobiles, Datsun compte s’implanter en Pologne, etc... Ce sont des horsd’oeuvre.
Comme en 1789 - que de parallèles n’avonsnous pas entendus entre 1789 et 1989 en ce qui concerne ce qui se passe à l’Est ! - comme en 1789, les sansculottes auront tiré les marrons du feu pour la bourgeoisie, la Montagne se sera battue pour la Gironde.

II.Quel espoir pour la décennie qui commence et le XXIe siècle ?

Il n’est pas facile de faire des pronostics face à une situation en pleine explosion. Tout au plus, pouvons-nous écrire des scénarios, émettre des hypothèses. Ou le "drame du libéralisme" ou "l’invention d’un socialisme démocratique qui n’existe encore nulle part", pour revenir à l’éditorial de M.L. Duboin. Petit détail : pour éviter toute confusion avec le socialisme démocratique et donc la socialdémocratie, de nos "socialistes", j’utiliserai de préférence la formule "démocratie socialiste". La révolution française avait fini par instaurer la "démocratie politique". II faut se battre maintenant pour la démocratie socialiste, car, ce que nous vivons ( j’allais écrire "subissons" ) actuellement, c’est la démocratie capitaliste ; c’est pour tromper son monde que la bourgeoisie s’arrête au mot "démocratie". Qui oserait soutenir sérieusement que nous vivons en démocratie authentique, alors que les principes inscrits dans la Constitution ou la Déclaration des Droits de l’Homme ne sont pas appliqués, le droit au travail par exemple. ?

1) Les dangers

Ils sont multiples
- Le premier, tout bête, serait que Gorbatchev soit renversé, ou assassiné. Nombreux sont les chefs d’Etats, les hommes politiques, les journalistes qui ont évoqué cette hypothèse. Dans ce cas, il y aurait reprise en main brutale en URSS, probablement par les militaires ; par contre, tout retour en arrière dans les pays qui ont rejeté le communisme semble impossible. Du reste, Bush a mis en garde l’URSS contre toute opposition au "processus de démocratisation en cours dans les pays de l’Est".
- II ne faut pas se faire d’illusion à terme, le pacte de Varsovie ne tiendra pas (1). Lorsque les pays de l’Est auront ce qu’exige l’Ouest pour les aider ) procédé à des élections libres et secrètes, il y a fort à parier que dans l’euphorie actuelle, les communistes seront minoritaires (cf Pologne). On voit mal ( sauf accord BushGorbatchev )les nouveaux gouvernements acceptant la tutelle militaire de l’URSS.
Pour autant, entreront-ils dans une alliance atlantique élargie  ? Impossible pour l’URSS d’accepter un tel danger à ses frontières.

Par contre, comme le soulignait J. Delors à "7 sur 7" début novembre, le danger serait grand de voir des guerres locales éclater, guerres "balkaniques" tant les problèmes territoriaux, occultés sous la domination soviétique, restent nombreux et explosifs (2).
- Autre danger majeur : la situation en URSS .Ecoutons Gorbatchev luimême ou ses conseillers
Gorbatchev en octobre "II faut arrêter l’escalade des phénomènes négatifs dans l’économie. Cela protégera le processus de démocratisation (et empêchera) qu’on ne se retrouve otages des tentatives d’ébranler notre économie .... Nous avons commencé à perdre le contrôle des choses. Les nouveaux mécanismes ne sont pas enclenchés alors que les anciens ne fonctionnent plus... On ne peut pas attendre. Chaque jour supplémentaire a des conséquences terribles".
Léonid Abalkine, vice premier ministre, déclare qu’on a envisagé la création d’un marché socialiste (socialisme de marché) conciliant marché et planification, mais il avertit "Nous savons vers où nous voulons aller, mais la phase de transition est le point faible de nos programmes. Nous n’avions pas défini par quelles étapes il faut passer. .. La situation va de plus en plus mal chaque mois. Il faut arrêter ce mouvement et renverser la tendance... Comment arriver à ce que l’opinion nous croie et nous fasse confiance ? ".
La longue grève des mineurs de Vorkouta fait craindre de manquer de charbon cet hiver. N’oublions jamais que, si les penseurs préparent le terrain pour les grandes révolutions, c’est souvent pour un simple manque .de pain que le peuple se met en branle(3).
Et que dire de l’autre grave danger que Perestroïka et Glasnost ont fait naître : le réveil des nationalités quia déjà causé des troubles mortels. ?
A notre avis, Gorbatchev n’est plus maître du jeu : "ces événements nous dépassent, feignons d’en être les organisateurs" écrivait Cocteau. Gorbatchev est assez malin pour récupérer au maximum le développement des événements. Mais le pourra-t-il toujours ?
Les économistes réunis par Gorbatchev fin novembre ont conclu qu’il faudrait six ans pour sortir du marasme économique, ce qui est en contradiction avec les déclarations de Gorbatchev et Abalkine que nous venons de citer. II est clair que Gorbatchev ne sera pas mécontent de n’avoir plus à aider économiquement les pays du bloc communiste : l’URSS ne le peut plus si elle veut garder une chance de réussir chez elle. Mais quel boomerang sur le plan politique et militaire !
- Les pays du tiersmonde seront sûrement les grands sacrifiés de la ruée vers l’Est. Nous avons vu ce que dit Favilla. Le Monde du 28 novembre titre un article : "L’ouverture de l’Europe orientale et le jeu du marché détournent du tiersmonde, notamment de l Afrique, les entreprises et les gouvernements" (4). Mitterrand, questionné sur les demandes d’effacement de la dette de la Pologne, répondait en substance : "Impossible. Que diraient les pays du tiersmonde, bien plus pauvres que la Pologne ?".
Les capitalistes n’écouteront que leurs intérêts  ; il est à penser et à souhaiter que les pays du tiers-monde davantage appauvris et abandonnés n’écoutent, eux aussi, que leurs intérêts et explosent
- La réunification de l’Allemagne pose problème. Après l’euphorie de la chute du mur, les têtes froides ont réfléchi. Un pays de près de 80 millions d’habitants, une capacité industrielle double de celle de la France, une puissance financière semblable à celle du Japon et unique en Europe, voilà ce à quoi demain l’Europe sera confrontée. D’ores et déjà, les documents ou graphiques parus dans la presse nous montrent une RFA solidement implantée dans tous les pays de l’Est (Ostpolitik), loin devant tous les autres et notamment la France. De plus, "pour les investisseurs américains, l Allemagne sera le Cheval de Troie" (Le Monde 29 novembre).
En ce qui concerne la réunification, à peine Mitterrand, au soir du Sommetrepas des Douze, avait-il affirmé que la question n’était pas d’actualité que, dès le lendemain, les premiers slogans "Allemagne, Patrie Unie !", "Nous sommes UNE Allemagne" apparaissaient. Peu après, le 28 novembre, Kohl lançait son plan qui n’est autre que le schéma des étapes menant à la réunification. La "grande maison commune", chère à Gorbatchev, pourrait bien avoir une "maison de gardien" cossue et incontournable : RFA + RDA.
En résumé, l’Allemagne, jusqu’ici tenue pour un nain politique (la tête et les jambes, la tête étant cette France arrogante au-dessus de ses moyens), pourrait bien être tentée de jouer un rôle prépondérant dans une Mitteleuropa (5), gonflé des pays de l’Est actuels, étroitement liés à son dynamisme, voire à ses bienfaits, sur le plan économique. L’Europe des Douze deviendrait pour elle une sorte de gadget (6) en dépit des protestations patelines de fidélité.
Dangereuse militairement un jour, une telle Allemagne, prolongée par des "satellites" à l’Est jusqu’aux frontières de l’URSS ? Personne ne veut y penser. Et pourtant, si l’URSS se raidissait (coup d’état militaire par exemple) et revenait à un communisme pur et dur ? Car ce qui est irréversible dans les pays de l’Est ne l’est pas en URSS, compte tenu de son importance, de sa situation géographique et de sa puissance militaire.
Nous reviendrions alors à la case départ, au lendemain de la guerre 1914-1918. Qui peut jurer qu’alors la même croisade ne recommencerait pas, avec éventuellement in fine une guerre classique (pour commencer) ? Oui, qui peut le jurer ?

2) Une démocratie socialiste à inventer

Après avoir examiné le plus objectivement possible la situation nouvelle créée par l’effondrement du communisme dans les pays de l’Est, peut-on encore espérer voir naître la démocratie socialiste ? Reste-t-il un créneau, si petit soit-il, pour un tel rêve, alors que du Nord au Sud et d’Ouest en Est, le libéralisme submerge la planète et retrouve un second souffle à l’Est ? Peuton faire nôtres les paroles rassurantes de Régis Debray : "le capitalisme démocratique reste bon maître du terrain. II s’abuserait lui-même en supposant qu’il le contrôle et que son histoire s’arrête avec son triomphe. Son indéniable victoire du moment pourrait bien porter dans ses flancs sa propre défaite à long terme". Et il met en garde :’7e libéralisme est un redoutable danger culturef’.
Des petites lueurs apparaissent :

- Dans "Lu-vu-entendu" de la G.R. de décembre, nous avions relaté l’interview dans l’usine OMIG en Pologne, privatisée depuis quelques mois : 25% de licenciements, salaires bloqués "pour cause de compétitivité".
- Delors, à "7 sur 7", début novembre, a révélé qu’une enquête faite auprès d’Allemands ayant quitté la RDA pour la RFA depuis plusieurs années, montrait que, s’ils préféraient la RFA pour la liberté et le niveau de vie, ils regrettaient la RDA pour l’éducation, la santé, la protection sociale.
- Nous avons vu, à la télévision, des Allemands rentrant en RDA après quelques années passées à l’Ouest, avouant qu’ils ne pouvaient plus supporter de vivre dans un pays où régnaient l’injustice et le chômage.

Petites lueurs certes, mais qui montrent que tout n’est pas rose aux pays du libéralisme. Le chômage, les bas salaires "pour cause de compétitivité", voilà ce à quoi ne s’attendent pas, tout à la joie de la libération du communisme, tous ces manifestants des pays de l’Est qui s’acheminent vers l’économie marchande.
Au mieux, dans ces pays, une socialdémocratie pourrait récupérer les désenchantements et toute l’Europe se retrouverait capitaliste, avec sur la gauche, des gens, partis et syndicats, se battant pour des réformes.
Sauf orientation imprévue (7), l’Europe toute entière repart, pour 50 ans ou plus, avec un bail capitaliste.

Il faudra se battre, car le libéralisme ne lâchera pas aisément sa proie ; cheminement classique, après le communisme, il dénoncera, essaiera de baillonner la socialdémocratie elle-même et toute force de progrès "subversive", en un mot, tout ce qui entravera ses objectifs économiques, sociaux (régression), militaires, culturels.

Conclusion

L’URSS - en Europe- apparaitrait alors comme le dernier rempart à l’avancée libérale ; à condition qu’elle trouve très rapidement la voie de la démocratie socialiste et, d’abord, redresse son économie et désamorce les tensions trop nombreuses qui sont apparues dans les républiques fédérées. C’est l’étape la plus urgente. Et si, dans cinq ans, dans dix ans, - alors que pays capitalistes et tiersmonde connaitront de plus en plus chômage et misère (y compris les pays de l’Est actuels, s’ils ne trouvent pas une voie originale vers la démocratie socialiste) - l’URSS n’apparait pas comme un pôle, un espoir pour les déshérités de l’Ouest et du Sud, bref, si elle ne réalise pas enfin ce que tant de gens, ouvriers, paysans, intellectuels attendaient d’elle en 1917, alors elle tombera à son tour dans l’escarcelle libérale.
La guerre cessera - relativement - faute de combattants, mais alors il faudra des décennies pour que les peuples de la planète retrouvent les rivages du socialisme. On serait alors tenté de paraphraser Robespierre, le 9 Thermidor, empêché de parole par les crapules Tallien, Barras, Fouché... "le socialisme est perdu, les brigands triomphent’.
Certes, la République a fini par triompher ... près d’un siècle plus tard ! Comme un jour, très lointain sans doute, le capitalisme finira par subir un désastre comparable à celui du communisme aujourd’hui.

(1) Dés le 30 novembre, le premier ministre tchécoslovaque souhaitait le retrait des troupes soviétiques.
(2) On mesure ce à quoi peuvent conduire les revendications ethniques ou territoriales quand on voit ce qui se passe avec le Haut Karabach en URSS.
(3) En Tchécoslovaquie, on a inventé un faux mort, avec un nom qui n’a jamais existé, pour exciter l’ardeur des foules.
(4) Un expert de la Banque Mondiale a déclaré :"Si l’on accorde des crédits à l’Est, ce sera au détriment des pays pauvres d’Afrique et d’Amérique latine".
(5) "Aujourd’hui, une course de vitesse eest engagée entre le délitement de la Communauté européenne et son renforcement" (G. Fuchs, Député européen PS, dans le Monde du 16 novembre)
(6) PNB (RFA + RDA)= 30°/ du PNB de la CEE.
(7) Paroles réconfortantes entendues dans la bouche de jeunes Allemands de l’Est, le 29 novembre sur TF1 :"Nous sommes contre la réunification parce que nous craignons ce que nous voyons à l’Ouest : drogue, chômage" ou "Il y a beaucoup de bonnes choses ici qu’on n’a pas à l’Ouest ou "l’Est n’est pas à vendre à l’Ouest".

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Pa ! Dak

janvier 1990

L’argent est partout dans le sport, mais le comble est atteint par le Paris-Dakar, comme le dit Philippe Noiret : "II y a certaines choses qu’on ne devrait pas avoir à expliquer. Si les gens ne sentent pas spontanément que ce spectacle est déplacé, je crois qu’il sera très difficile de le leur faire comprendre. Je trouve personnellement que cette horde est d’une incongruité obscène. Elle est le symbole de notre société de consommation dans tout ce qu’elle a de plus voyant mais de plus violent aussi.. Elle prend pour terrain de jeu un continent dont la plupart des pays manquent des choses les plus étémentaires, les plus essentielles." ou comme le dénonce encore plus nettement l’Abbé Pierre : "Ce n’est pas scandaleux de faire du sport ; ce qui est scandaleux, c’est de le faire avec des moyens de milliardaires, sous les yeux des crève-la-faim" :
L’ensemble des coûts de ce rallye atteint 500 millions de Francs. Cette somme, qui est réduite en poussières, est fabuleuse par comparaison au budget de l’éducation des pays où passe la course : 267 millions au Mali, 333 millions en Mauritanie.
Or cette opération publicitaire n’est qu’en partie financée par des "sponsors", pour qui elle s’avère juteuse. Le reste est financé par les contribuables et c’est ce qui est intolérable : l’Etat, avec l’aide d’entreprises publiques, apporte son aide à l’organisation (moyens de transports, de transmission et des milliers de policiers pour le départ entre Paris et le port d’embarquement) son appui aux équipages (le CEA et la COGEMA ont affrêté en 1988 une voiture pour promouvoir l’uranium français dans les sables africains) et enfin une aide diplomatique, c’est-à-dire sa caution morale, puisque le Ministre de l’Intérieur en 1987 et 1988 était intervenu pour permettre au rallye de traverser l’Algérie puis le Mali où le ParisDakar apparait comme une manifestation quasi-officielle, cautionnée par le Gouvernement français ! Des dizaines de villes, départements ou régions utilisent le Paris-Dakar pour leur promotion : le Conseil général de LoireAtlantique pour 400.000 F. , les Sablesd’Olonne pour 55.000 F. soutiennent le rallye 1990. Alors que les associations qui travaillent en Afrique se plaignent des destructions de pistes occasionnées par le passage des bolides, les camions sont à nouveau autorisés cette année (les voitures les plus puissantes avaient été interdites les deux années précédentes).
Ce rallye symbolise la division du monde en deux parties : celle des riches, de l’Européen conquérant, aventurier, gagneur, prêt à toutes les douleurs pour se dépasser et écraser les autres, et celle des pauvres qui regardent en ramassant les miettes.
Pis encore, certains y laissent leur vie : en 1988, six Africains sont morts à cause du rallye, en 1989, la mort d’une fillette a fait moins de bruit que le tirage au sort du gagnant.
Ce jeu de massacre n’est plus supportable. Nombreuses sont les associations(1) qui appellent à une campagne de protestation, et nous nous y associons pleinement.

II faut pour cela que chaque lecteur écrive, en franchise postale, à.

Monsieur le Secrétaire d’Etat
auprès du Ministre d’Etat
de l’Education, de la Jeunesse
et des Sports

78, rue Olivier de Serres
75739 - PARIS CEDEX

Voici le modèle de lettre proposé

Monsieur le Ministre,

La 11 e édition du rallye Paris-Dakar met une nouvelle fois en évidence le caractère indécent de cette compétition, dans laquelle le sport cède le pas à la publicité et où l Afrique est transformée en un vaste terrain d’aventure.
Des associations africaines et européennes contestent cette course depuis des années.
En tant que citoyen, je suis personnellement contre cette compétition qui reçoit chaque année le soutien fiancier ou moral de ministères ou de collectivités territoriales.
En votre qualité de Ministre de tutelle des compétitions sportives, je vous demande de bien vouloir prendre publiquement position au nom du Gouvernement sur ce sujet au cours du 11 e Paris-Dakar, et de vous engager à ce que les pouvoirs publics ne soutiennent plus cette course.
Cette décision sera, je l’espère, entendue par les collectivités territoriales qui soutiennent le rallye.
Veuillez croire, Monsieur le Ministre, en l’expression de ma considération distinguée.

Lettre qu’il faut signer en indiquant le nom et l’adresse de l’expéditeur.
Proposez cette campagne autour de vous et envoyez des communiqués de presse aux médias locaux. Il faut montrer que les distributistes ne sont pas d’accord avec le Paris-Dakar.

(1) par exemple l’association "Agir Ici" à qui nous devons cette information.

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Le contrôle des entreprises

par R. MARLIN
janvier 1990

Qu’elle soit de production, de distribution ou de services, l’entreprise est censée répondre avant tout aux besoins des consommateurs. C’est sa finalité et sa raison d’être. Qu’en estil dans la réalité ?
Si les salariés, des plus élevés (en principe le Président Directeur Général et le personnel de direction) jusqu’aux plus humbles, sont, le plus souvent, soucieux de satisfaire les clients par la qualité et la quantité des fournitures, il n’en est pas toujours de même au niveau où se prennent les décisions.

Les grandes sociétés

Dans les sociétés auxquelles nous nous intéresserons ici et qui jouent les rôles essentiels dans l’activité économique du pays, la plupart des orientations sont prises au niveau du Conseil d’Administration. Le Conseil étant l’émanation des actionnaires, on voit déjà que ses préoccupations sont plus financières que sociales. Les grands financiers qui se comptent par dizaines seulement, en France, dominent en fait la plupart des grands groupes et leurs préoccupations, nous l’avons constaté fréquemment dans la G.R., sont de dominations, de stratégies et de sauvages batailles entre eux. Du petit porteur au plus grand, le but est pourtant le même : gagner de l’argent, le plus possible, dans le temps le plus court. L’on a remarqué récemment que les responsables de l’association des petits porteurs d"Eurotunnel" s’insurgeaient à l’idée que l’exploitation du tunnel sous la Manche ne serait pas bénéficiaire dès la première année  ! Sans prendre parti dans la querelle entre les constructeurs et la société exploitante, ce qui nécessiterait de trop longs développements, il est quand même révoltant d’observer que certains assimilent cette grande oeuvre européenne à une boutique qui devrait s’amortir dans l’année...
Pour subsister et se développer, face à la concurrence, l’entreprise fait habituellement appel à l’épargne publique, c’est-à-dire qu’elle offre des actions en Bourse.

L’on assiste alors à ce jeu surréaliste où les titres vedettes ne sont pas les plus importants économiquement, mais ceux qui procurent des gains possibles, soit à la hausse, soit à la baisse. Aucune considération n’est portée à l’objet matériel de la société. La plupart des actionnaires ne s’intéressent qu’aux informations de nature à faire fluctuer la cote et ils joueraient aussi bien, comme aux courses, au loto ou à la roulette leur date de naissance ou leur numéro de sécurité sociale. De même l’indice des valeurs dit "CAC 40" varie d’une façon erratique selon le déficit de la balance commerciale ou l’indicateur des prix.Or ces résultats sont mensuels et très fluctuants. IIS ne sont significatifs que sur la longue période. Les réactions des joueurs sont inconsidérées !
Dans tout ce domaine ainsi que dans l’ensemble du régime, la somme des intérêts particuliers ne favorise pas l’intérêt général. C’est l’économie casino.

Le capitalisme dit populaire ?

Nous avons déjà commenté largement les pieuses intentions de MM. Balladur ou Bérégovoy qui prétendaient "moraliser" la Bourse en imposant une meilleure information des petits porteurs, permettant à ceux-ci d’assister en connaissance de cause aux assemblées générales et d’influer, même dans la faible mesure de leurs moyens divers et dispersés, sur la marche de l’affaire qu’ils financent.
Mais les petits porteurs souhaitent-ils vraiment s’intéresser à la gestion de l’entreprise ? L’on peut en douter. MM. Balladur et Bérégovoy le désireraient pourtant. Ils voudraient rejouer le coup de la copropriété des appartements et rendre les Français solidaires, donc complices, de l’économie ultra-libérale. Cela marche d’autant moins bien qu’ils se heurtent aux banquiers, lesquels, loin de ces considérations politico-sociologiques, considèrent : "Que la Bourse n’est pas faite pour la veuve de Carpentras qui passe des ordres tous les dix ans" (1). Aussi que venaient faire les modestes ?

Ils alourdissaient les frais alors que ces pauvres banquiers sont déjà ruinés par les tarifs insignifiants,selon eux, des taux de courtage (0,21 à 0,65 % de la valeur des titres vendus). Les actionnaires individuels se grouperont donc dans des SICAV et des FCP (2) gérés par les banques et ces messieurs se retrouveront entre gens de bonne compagnie et de pouvoir.
Certains agents de change se rebellent pourtant et pensent qu’il s’agit là d’une atteinte aux libertés individuelles. Conscients de l’enjeu, ils soutiennent que la Bourse est un service public ouvert à tous. Mais leur influence est bien faible face aux intérêts en cause.
Le CERC (3) vient, dans son dernier rapport, d’apporter une conclusion très nette à la tentative avortée de capitalisme populaire : le capital en valeurs mobilières n’a fait que se concentrer de 1980 à 1987 entre moins de détenteurs de plus en plus pourvus. Dont acte.

La voix des salariés

C’est le moment, afin de se faire une vocation moins antisociale, avec les sections d’entreprise du RPR, que Jacques Chirac choisit pour relancer la participation. Elle était un peu oubliée, en ces temps difficiles, malgré un essai de Jean Boissonnat (4) pour la ranimer dans le conflit Peugeot.
Rappelons à ce propos notre thèse selon laquelle nous sommes tous usufruitiers du patrimoine technique que nous ont légué nos prédécesseurs et que nous faisons fructifier nous-mêmes. Les progrès de productivité ne devraient donc être la propriété ni de la société Peugeot, ni des actionnaires, ni même du personnel, encore moins de M. Calvet  ; ils devraient profiter à tous. Quant à la participation sous la forme d’un intéressement des salariés aux bénéfices, s’il y en a, elle ne sera jamais qu’un jouet aux mains d’un patronat toujours aussi "sûr de lui et dominateur".
Mais les patrons ne sont point éternels. Ils disparaissent aussi. Pour les PME dont les fondateurs meurent ou vieillissent sans succeseurs, une solution qui se développe depuis 1984 est la RES (5). Une récente enquête de la CEGOS (6) montre que les chefs d’entreprises bénéficiaires de ces reprises sont satisfaits et que leurs affaires sont relativement prospères. Mais elle précise aussi que lorsque la société "pèse" plus de 10 à 15 MF, les partenaires financiers, en fait les banques, sont présents dans le holding de contrôle. Dans la plupart des cas, la transmission se termine par une introduction en Bourse. L’objectif recherché à l’origine est donc abandonné.

La nouvelle ère des organisateurs

Lorsque James Burnham écrivait : "L’ère des organisateurs" en 1941, il pensait que le capitalisme était en voie de disparition, non au profit du socialisme, mais à celui d’un régime "directorial". Presque un demi-siècle a passé depuis sans que cette prophétie s’accomplisse. Pourtant de nouvelles formules telles que les LBO ou LMBO (7) se développent, d’abord aux Etats-Unis, puis en Europe.
II faut savoir qu’il s’agit en fait du rachat de la firme, non plus par l’ensemble du personnel, mais par quelques cadres dirigeants. II faut pour cela, bien entendu, que les acheteurs bénéficient de prêts consentis par les banques qui leur font confiance. Ainsi ils peuvent obtenir le contrôle d’usines valant une centaine de MF en ne disposant eux-mêmes que de quelques MF. Comme ils ne parviendront à rembourser le prêt et ses intérêts que par les bénéfices futurs, ils deviennent de vrais patrons, pleinement responsables de la marche de l’affaire. D’où la recherche de profits à tout prix par les moyens classiques  : licenciements, restructurations, dégraissages... et par d’autres mesures plus radicales : revente d’actifs en particulier de branches non rentables ,d’immeubles non indispensables ( !!), fortes augmentations de leurs salaires personnels, etc... Bien entendu les simples soucis humains, le respect des travailleurs et des cadres qui sont souvent très attachés à leur travailla considération pour ceux qui ont parfois consacré une bonne partie de leur existence, de leur dévouement et de leur imagination à leur emploi, sont parfaitement ignorés, sinon tournés en dérision. Tout cela provoque de fortes tensions, en particulier aux Etats-Unis où 10.000 LMBO ont eu lieu de 1980 à 1988 alors qu’il n’y en a eu que 2.500 en GrandeBretagne, environ 300 en France et 200 aux Pays-Bas.
Les avantages de ce procédé sont donc :

- motivation des repreneurs, rachat par des spécialistes compétents,

- réponse à des difficultés éventuelles provenant de la transmission d’entreprises créées après la seconde guerre mondiale et dont les propriétaires parviennent à l’âge de la retraite,

- renforcement des grands groupes par séparation d’activités annexes.

Mais les inconvénients n’en sont pas moindres, nous venons de le voir. En fait, les responsables des sociétés spécialisées dans le "montage" financier de ces opérations le reconnaissent, elles doivent porter sur des firmes en pleine croissance qui génèrent des excédents de trésorerie. Tout va bien alors ... On reconnait là l’idéologie dominante, celle des gagneurs, des puncheurs, du dynamisme. Quant aux perdants, aux calmes, aux scrupuleux, aux réfléchis, aux lucides, ils n’ont rien à espérer dans ce monde en folie.

Les bénéficiaires de tout cela sont toujours les mêmes : les intermédiaires et surtout les banquiers qui prêtent à fort intérêt la monnaie qu’ils ont fabriquée, à leur guise, sans participer à la satisfaction des besoins matériels des populations.

Les véritables maîtres

Le métier devient dangereux, surtout en Allemagne fédérale, où la "Fraction Armée rouge" a exécuté, après Martin Schleyer, Président du patronat, Alfred Herrhausen, Président de la Deutsche Bank. Ce n’est évidemment pas en tuant quelques personnes que l’on abattra le système. Mais ceux qui contrôlent les entreprises sont bien les grands rapaces de la finance (8). Même s’ils se battent à coup d’OPA ou d’OPE (9), c’est aussi pour soutenir les cours de la Bourse en appâtant les opérateurs. Les affaires opéables s’enchérissent sans motif autre que la rumeur. C’est le règne du bluff et de l’esbroufe. Les actions dans le vent sont purement financières. Et pourtant elles n’ont pas retrouvé leur niveau d’avant 1987 (10). Evidemment elles sont purement spéculatives et avaient crevé comme des bulles ; elles doivent donc se reconstituer...
Les entreprises françaises se portent bien dans l’ensemble. Merci pour elles. Les 1000 premières, classées par l’Expansion de décembre 1989, se sont adjugées un bénéfice de 113 MdF contre 71 en 1987 et 26 en 1986. "II y a du grain à moudre" comme aurait dit Bergeron ex-secrétaire général du syndicat Force Ouvrière.
Les sales "affaires" sont sur le toboggan. Celles qui mettent en cause le PS : les fausses factures de Marseille, Péchiney, le Carrefour du développement se font oublier. Celles qui mettent en cause le RPR : les privatisations, le faux-vrai passeport de Challier, les comptes de M. Médecin ressortent comme par enchantement. Ce serait l’inverse en cas d’alternance. Ainsi va la politique politicienne. Une affaire chasse l’autre des médias et des mémoires. Aucun suivi n’existe. Et l’on voudrait nous faire croire que nous sommes en état de démocratie et d’information libre. Ne faut-il pas être l’homme des banques pour se payer le plus fort tirage sur l’ensemble des journaux nationaux et provinciaux et, en plus, une chaine de télévision ?

Une réelle économie de marché, où la volonté du producteur-consommateur assurerait l’orientation de l’appareil productif, serait l’économie distributive. Les entreprises de production de masse seraient contrôlées par le personnel et les clients. Les coopératives, mutuelles, fédérations représentatives y seraient multipliées assurant l’autogestion de l’ensemble. En attendant, dans une phase transitoire compatible avec ("économie mixte", les conseils d’administration devraient être composés, à la différence du "coquetelle" de César et Marius, de trois tiers égaux : les consommateurs, le personnel et les investisseurs ou l’Etat selon que l’entreprise est privée ou nationalisée et plus tard socialisée. Les citoyens le désirent-ils vraiment ? Nous le saurions si les grands médias nous étaient ouverts.

(1) Propos de M. Gérard de la Martinière, Directeur général de la Société des Bourses de Valeurs lors d’un forum de l’Université de Lyon II en avril 1986.
(2) Sociétés d’investissement à capital variable. Fonds commun de placement.
(3) Centre d’études des revenus et des coûts.
(4) Directeur de l"Expansion".
(5) Reprise de l’entreprise par les salariés dont l’exemple le plus connu en France est celui de la Société Moulinex.
(6) Centre d’études de la gestion et de l’organisation scientifique.
(7) Leverage Management Buy out. Littéralement rachat avec effet de levier (par les dirigeants).
(8) M. Herrhausen était aussi l’artisan de la fusion récente de Daimler Benz (Mercédès) avec le trust de l’armement MBB (Messerschmitt-Boelkow-Blohm) malgré l’interdiction de l’Office Fédéral des Ententes. Cela rappellera de mauvais souvenirs à ceux qui ont connu les cartels nazis.
(9) Offre publique d’achat. Offre publique d’échange.
(10) Voir "Deux ans après le krach boursier : les oubliés de la hausse" , Le Monde du 10 octobre 1989.

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Financement de T.U.C. en monnaie de consommation

par H. MULLER
janvier 1990

Le mode d’emploi en est connu de longue date (1). II semblerait, pourtant, qu’il reste ignoré des principaux protagonistes qui, en ordre dispersé, s’efforcent aujourd’hui de mettre en place une solution au double problème des excédents et du chômage, peu conscients du résultat qu’obtiendrait une coordination de leurs intitiatives, associée à l’usage d’une monnaie de consommation.

Les éléments de l’opération ?

- Des bénévoles assurent déjà la collecte de surplus dans le cadre des "banques alimentaires", surplus distribués sans contrepartie, sous forme de colis, à des personnes nécessiteuses.
- A Marseille, tout récemment, c’est la municipalité qui, rassemblant les lots d’excédents dans des locaux spéciaux aménagés en "supermarchés", offre le choix à consommer par leur mise en vente pour un franc symbolique, aux ayants-droit.
- Lors de leur congrès, les Ingénieurs des Arts et Métiers ont suggéré d’utiliser les chômeurs pour des T.U.C. financés par prélèvements sur les hauts revenus (profits boursiers et commerciaux).
- Enfin, l’apparition de la "carte à puce", susceptible de jouer le rôle d’une monnaie de consommation gagée par les excédents, devrait apporter le Deus ex machina qui, visiblement, fait défaut à toutes ces initiatives éparses, erratiques.

II s’agit de créer une monnaie parallèle, non transférable, neutre, s’annulant à l’achat, pour un marché parallèle réservé à des consommateurs marginaux, capable à la fois d’écouler toutes quantités d’excédents voués à la destruction, de remettre des chômeurs au travail contre un salaire complémentaire s’ajoutant à leurs indemnités, enfin de procurer aux collectivités un appoint de ressources pour financer, sans appel aux contribuables, un ensemble de prestations utiles dénuées de rentabilité, allégeant de surcroit leur budget social.

Qu’ajouter de plus ?

Comment convaincre les responsables de l’urgence d’assurer cette coordination en y intégrant la pratique d’une monnaie de consommation ?
Faut-il attendre que fermentent plus longtemps des impatiences lourdes de menaces pour la stabilité des institutions ?

(1) "Un pool international des excédents" (Rev. Ingénieurs ICAM 1955). "L’aide économique et la double monnaie" (Débat à la Jeune Chambre économique internationale 14 décembre 1956). "L’économie du don. Son mode d’emploi" (Rev. Confluents n° 13- juin 1957). "La carte de crédit. Son utilisation en monnaie de consommation pour les banques de nourriture en faveur des nouveaux pauvres" (L’écho de la Presqu’île 11 janvier 1985).

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Comme suite à sa proposition publiée en novembre 1989, Téo Vidal nous fait parvenir un projet de texte d’introduction à chaque livret thématique.

Nous prions nos lecteurs de nous adresser leurs avis, corrections, suggestions, contre-propositions, ...au texte que voici

Pour un premier contact

par T. VIDAL
janvier 1990

Quasiment tous les systèmes économiques (du capitalisme au communisme) ont maintenant été essayés  ; en divers temps, lieux et nuances, avec les résultats que l’on sait ! Ils ont montré ce qu’ils valaient, et se sont révélés inadaptés aux transformations techniques révolutionnaires survenues depuis quelques dizaines d’années dans notre société.
Tout un chacun rejette de plus en plus la politique et cela est dû au fait qu’en réalité c’est l’économie qui commande celle-ci et non l’inverse comme le croient ou le proclament certains  ! Ce ne sont qu’accommodements et tâtonnements dans les deux domaines où les théories en apparence les mieux établies sont malmenées et contredites par la réalité.
Après les agriculteurs et les artisans, ouvriers et employés sont de plus en plus avantageusement remplacés à tous les niveaux par des outils autonomes, rapides et économiques communément appelés "robots". Tout le monde sent bien que ces robots ne peuvent, en toute logique, que continuer à remplacer l’homme dans de nombreux domaines.
Ce ne serait d’ailleurs qu’un bien si, dans un même temps, l’économie toute entière n’était exclusivement basée sur le système du profit maximum et du salariat. Or il y aura, nous l’avons vu, de moins en moins de salariés, et donc peu d’acheteurs potentiels aussi (car les robots ne créent pas , comme on l’avait espéré, autant d’emplois qu’ils en suppriment, loin s’en faut !)... d’où "économie à problèmes", inadaptée à la situation, avec une misère grandissante face, pourtant, à une abondance de produits grandissante elle aussi.
Le dernier "rafistolage" du vieux système économique et monétaire consiste à redistribuer (grâce aux taxes et impôts) une partie des gains salariaux aux plus démunis sous la forme d’aides diverses : "au logement", "familiales", "sociales", "revenus minimum"... Mais cette redistribution n’est pas viable car, prenant aux uns (les salariés) une partie des revenus de leur travail pour permettre aux autres (les "assistés") de survivre, elle ne peut suivre l’accélération du remplacement des salariés par des robots. De plus, elle entretient, quand elle ne le crée pas, un sentiment d’injustice chez les salariés qui font survivre les autres sur une part de leur travail, leur salaire s’en ressentant chaque jour davantage.
En réalité, l’accroissement de l’automatisation (cybernétique) impose la création et l’injection d’une nouvelle monnaie ; d’un pouvoir d’achat correspondant aux productions qui ne délivrent pas de salaires car elles se passent, comme nous l’avons vu, de salariés.
A l’heure actuelle, en effet, le régime économique tout entier s’appuie sur une monnaie et des "capitaux" dont moins de 20% ont réellement conservé la fonction utilitaire initiale : permettre une distribution optimum des productions. La plus grande partie de la monnaie n’est considérée que comme une marchandise à part ayant sa finalité propre et comme but prioritaire son propre accroissement par les professionnels de la finance et économistes classiques... L’objectif primordial a été "oublié" et n’est considéré que comme secondaire !
II faut à l’heure où le fossé des inégalités ne cesse de s’accroitre, à l’heure où le salariat ne fait et ne peut que se réduire, à l’heure où les possibilités de production (souvent freinées ! ) ne font, elles, qu’augmenter sans que ce soit pour le bien de tous, créer adaptée à cette "révolution" et retrouvant sa finalité distributive réelle pour le bien de l’ensemble de la population.
Celà devient une nécessité vitale et, comme vous allez le constater, ce n’est pas très difficile car :

1. Une telle monnaie a été étudiée, sous divers aspects, depuis des décennies, et maintenant certains économistes développent des thèses démontrant la nécessité d’un tel changement.
2. La monnaie a déjà, à plusieurs reprises, par le passé, subi des transformations aussi radicales !

Encore faut-il que le plus grand nombre soit informé de toutes les causes et conséquences réelles de la situation actuelle et de la possibilité réaliste d’un tel changement. Combien de problèmes (insécurité, écologie, racisme, hyperindividualisme, inégalités, désespoirs...) qui trouvent leur source dans cette réalité économique aux horizons noirs, seraient résolus dans un tout autre contexte  !
La solution ne saurait, de plus, n’être que monétaire car les implications sont d’importance dans tous les domaines de la vie future ; et grandement positives si elles sont préalablement bien pensées.
Oui, d’ores et déjà, compte tenu des progrès des sciences et techniques, l’accès pour tous à un très haut niveau de vie est tout à fait réalisable !. Combien le savent ? Peu ! Certains, très peu, ont sûrement quelque intérêt à conserver, jusqu’à l’extrême limite, le système économique mourant. Ils tiennent les grands moyens d’information et font le silence sur les solutions proposées.
Tout est prêt pour qu’une nouvelle ère s’ouvre vers une société totalement différente, très supérieure à celle que nous connaissons, et cela sans prendre aux uns ce que l’on donnera aux autres, donc sans passer par la violence, nécessaire par le passé.

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Le papier de chiffon

La double lecture

par A. CHIFFON
janvier 1990

Louise a trouvé un superbe "album d’Histoire de France" dans les poubelles d’une librairie. C’est un livre pour classe très élémentaire, ça tombe bien : on va voir comment les chérubins commencent leur vie :
"Les premiers hommes ... chassaient pour se nourrir.. Ils s’abritaient dans des cavernes, lis construisent des maisons, lis fabriquent des vases. Les druides cueillent le gui ... César est un général romain, Vercingétorix veut libérer la Gaule... - des femmes s’affairent devant l’étal d’un boucher (illustration)... ! Les Huns attaquent la Gaule, Attila épargne Lutèce, les Francs s’installent dans le nord de la Gaule, Ils aiment beaucoup se battre (sic) .... Sainte Geneviève rassure les Parisiens (c’est bien gentil à elle !) ... Le Maire du Palais, le bon Roi Dagobert... Les Arabes attaquent notre pays, Charles Martel les arrête à Poitiers...".
C’est ainsi que j’entendis un Maghrébin dire un soir, sur une radio libre, au sujet de toutes les péripéties concernant le "foulard" des jeunes intégristes : "Nous sommes bien montés jusqu’à Poitiers en 732 et la France ne s’en est pas plus mal portée .." Voire ! ... La France-Mère-Patrie, notion abstraite.. Mais qu’en a-t-il été des femmes espagnoles, des femmes françaises, qui se trouvèrent sur le passage des conquérants, et de nos soeurs sarrasines, abandonnées  ? Non-dit ! occulté ! à la Trappe ! Le monde des mères, des filles, des épouses, ne fait pas partie de l’Histoire.
Pour nous qui, à force de lectures, sommes persuadées que l’exploitation des femmes par les hommes n’a pas toujours existé, que c’est un avatar socioéconomique qui apparait avec la première agriculture, les stocks, l’élevage, la sédentarisation, l’appropriation, et qu’elle a précédé de très longue date l’exploitation capitaliste qui s’en est inspirée, il y a deux grilles de lecture de l’Histoire au quotidien, bien distinctes  : celle qui nous est racontée à la télévision, tout comme l’Histoire de France : chefs, traitres, batailles, sacrifices sanglants, holocaustes, victoires, pillages, viols, sabres et goupillons. C’est ainsi que nous regardons, crédules encore, toutes sortes d’émissions où s’affrontent des costumescravates qui refont le monde autour d’une table. Puis parfois on sursaute il manque à cette histoire la moitié de l’humanité, en filigrane, une autre interprétation nous fait un clin d’oeil...

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L’alternative acceptable :

Nous avons commencé dans notre numéro 881 et poursuivi dans notre numéro 883 la traduction d’une proposition de réformes qui nous vient du Royaume-Uni tendant à substituer aux multiples taxes en vigueur une taxe unique basée sur l’énergie. Voici la suite de cette traduction :

Les joies de l’économie des ressources

par F. BRADBURY
janvier 1990

3.4 On mesure très facilement le contenu en énergie (physique, différent de sa valeur monétaire) de tous les matériaux à l’aide de procédures bien établies ou à partir de tables en fonction de leur poids ou de leur volume. La déclaration en énergie sur les documents d’import-export (qui peut être constestée par les producteurs indigènes sur justification du véritable contenu en énergie) ne serait qu’une simple procédure douanière dans toutes les transactions commerciales et les mouvements de marchandise en gros. Bien que tous les utilisateurs d’énergie ou de produits énergétiques adopteront sans doute des procédures d’audit en énergie (défia disponibles) pour des raisons d’efficacité économique, c’est l’État qui évaluera et appliquera la Taxe Unique mais une fois seulement : à la source économique. Aux frontières européennes (ou nationales) on applique la Taxe unique sur tous les mouvements de marchandises (entrant ou sortant) suivant des taux conformes aux "normes industrielles" en agrégeant ainsi les produits composites tels que les moteurs d’automobiles qui renferment une grande variété de matériaux qui, pris séparéments, auraient des Contenus Légaux en Énergie Primaire différents. Ces taux sont calculés de façon à incorporer toutes les pertes de conversion et de fabrication qui supportent donc la Taxe Unique. Quoiqu’on puisse s’attendre à ce que cette procédure améliore les rendements de conversion (par exemple, la récupération de l’énergie perdue dans les torchères dans les puits de pétrole), il faut en fait s’assurer que tous les points de taxation sont égaux. C’est essentiel pour que le commerce intérieur et extérieur ne soit pas discriminatoire. Le reste, comme nous le verrons, est pris en compte naturellement et équitablement à mesure que l’énergie se diffuse dans l’économie des ressources dans toutes les activités humaines.

3.5 Des combinaisons des Énergies Primaires Légales précédentes sont appliquées à , ou contenues dans, toutes les ressources matérielles et tous les produits (cuivre, fer, acier, aluminium et tous les autres métaux ; tous les plastics ; l’électricité, le pétrole et toutes les énergies (secondaires) raffinées et fiouls ; le papier peint, les textiles synthétiques, les engrais artificiels,...). On ajoute aux matériaux naturels tels que les tissus de coton des Contenus en Energie Primaire Légaux pendant leur fabrication comme on le fait pour les briques, le ciment, le verre, les céramiques et tous les matériaux de construction ainsi que pour les industries de services. Le Contenu en Energie Primaire Légal peut provenir de l’énergie utilisée ou perdue dans l’extraction, la fabrication, le traitement et le transport (contenu en énergie "selon la valeur" ou "latent") ou être dû à l’énergie "intrinsèque" contenue dans et transférée à partir de l’Énergie Primaire Légale ellemême. D’une manière ou d’une autre, cette valeur énergétique totale, supportant le coût ajouté par la Taxe Unique, diffuse vers les industries de services, les travaux de bureau, la publicité, la radiodiffusion et finalement vers tous les consommateurs. En tant que taxe sur les ressources, la Taxe Unique s’applique donc à toutes les consommations qu’elles soient de produits tangibles ou non : du fioul brut pour le chauffage aux services bancaires. Le législateur n’a cependant pas ici à se méler des définitions légales parce que l’utilisations des énergies de l’économie des ressources tend tout naturellement à s’optimiser dans une économie de marché libre. Cette caractéristique intrinsèque et incontournable résoud complétement les problèmes complexes mentionnés en (1,2.3), (2.2) et (4.1).

3.6 Le gouvernement aura à assurer une planification adéquate et la sécurité publique, à réglementer la localisation et la sécurité des turbines à vent, les émissions de fumées et à protéger le bien être public général. La fraude fiscale sera détournée au profit d’initiatives alternatives d’épargne qui devront, pour la plupart, être encouragées. Une grande partie de la législation est défia en place. Les charges législatives et administratives seront même décimées si l’on tient compte de ce que, comme nous nous orientons vers la "valeur sociale" des ressources matérielle, les politiciens apporteront quelques complications moralisatrices dans des domaines tels que les droits sur les alcools, le tabac,... et chercheront à donner (ou à prendre) des avantages sélectifs à leurs propres préférences du moment (nucléaire, vent,...). Comme nous allons le voir, on n’aura plus besoin d’oeuvres de bienfaisance sélectives "d’allocation de fioul" et autres pénibles quoique bien intentionnées protections de l’État.

4. L’ÉCONOMIE DES RESSOURCES

4.1 Ayant établi les règles fondamentales, revenons sur notre affirmation "toute création de richesse est une fonction de la consommation totale d’énergie". Cela parait simple mais c’est, bien sûr, incroyablement complexe. L’efficacité avec laquelle l’énergie est transformée en "valeur ajoutée" varie largement et, en effet, on peut tout à fait dépenser de l’énergie dans des actions manquées ou destructrices, ou, osera-t-on le suggérer, l’utiliser de manière extravagante et égoïste dans certaines activités de loisirs consommatrices de puissance (et bruyantes). Une grande partie de l’activité économique est orientée vers des industries " à coûts ajoutés" qui consomment énormément sans apporter grand chose au bien-être humain. Classer, et cataloguer, ne parlons pas de mesurer, des activités aussi diverses serait une tache redoutable. Cependant nous avons ici une expression qui est essentiellement économique parce qu’elle définit un ingrédient universel - un coût- dans toute "création de richesses" à la fois tangibles (marchandises) et intangibles (services), dans toute activité, même dans tous les processus conflictuels de manière inéluctable. Cette mesure du coût (quoique indirecte) est essentielle dans la conception d’un système économique capable de s’auto-optimiser.

(à suivre)

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La retraite à plus de 67 ans !

par J.-M. BLANCHARD
janvier 1990

Oui !Chers lecteurs de la Grande Relève, vous avez bien lu ! Cette phrase est tirée du bulletin trimestriel de la Mutualité Gardoise de septembre 89.
A quelle date est-il possible de fixer l’achèvement de toute activité professionnelle ?Cinquante cinq ans ? Soixante ? Ou soixante cinq ? Certainement soixante sept pour les années 2000  !
Gros problème : le financement des régimes de retraites parait s’effriter. On envisage même de prolonger la durée de cotisation. En bref, la jeunesse devra payer afin de permettre le renflouement des caisses qui, à leur tour, reverseront aux "vieux". Solidarité sociale de notre système arrivé à épuisement !
Vieillissement démographique oblige l’Europe prend de l’âge et la jeunesse se fera rare, parait-il, d’ici 2025... La baisse de la natalité arrive à son comble dans nos pays industrialisés. Et pour cause ...
Aujourd’hui, seulement aujourd’hui !Nos plus grands dirigeants commencent à se soucier d’un tel problème de financement ! "Pour la seule année 1992, il faudra trouver 96 milliards de francs. Un exercice de calcul fort compliqué qui pousse à la recherche de solutions nouvelles".... (Pourtant elles sont si simples, désarmement pourquoi pas ?...)
Inutile d’être Futuribles pour prévoir et comprendre tout cela. Inutile de s’attaquer à de gros et savants calculs pour savoir qu’un tel système ne peut avoir d’avenir dans un futur proche ! Un simple coup d’oeil objectif sur le nombre grossissant des chômeurs, auquel vient s’ajouter celui des futurs inactifs, nous donne toutes précisions utiles.
Une seule solution à retenir : changement de système.
Mais voilà, nos ministres se battent afin de préserver le système économique actuel, tous convaincus qu’il peut encore résister au temps et qu’il reste infaillible.
C’est un peu comme si à l’époque du TGV, nous nous contentions encore de la diligence !...
Bien sûr, des solutions existent, plus humaines ; mais la seule qui est retenue par certains passe par l’éventuelle prolongation du temps de travail. Alors que nous nous battons depuis des années afin d’avancer l’âge de la retraite ! ....
- Réduire le montant des pensions impensable, à l’heure où le SMIG ne fait plus vivre personne et pourtant combien en sont malheureusement encore là (Peugeot : un exemple !).
- Augmenter les cotisations : impossible, déjà salariés et entreprises s’épuisent. Et le plan de reprise du marché du travail, que deviendrait-il ? (actuellement pas grand résultat me direz-vous !).
- Le projet d’Yvon Chotard soumis à l’automne 88 est bien pire  : Ce Monsieur "estime qu’il faudra avoir cotisé plus de 150 trimestres actuels pour avoir une retraite complète. Celle-ci serait calculée sur l’ensemble de la carrière et non plus sur les dix meilleures années." Malheureusement les chômeurs de longue durée ou longues maladies trinqueraient. (II est si simple de culpabiliser ces gens là ! Comme s’ils n’avaient pas assez souffert contre leur volonté !...).
De toute cette pagaille, il ne ressort que le côté rétrograde  : augmentation de la durée de travail comme de l’âge de la retraite.

En conclusion, une seule phrase m’a parue positive, celle d’un grand chirurgien, le Professeur Jean-Paul Binet. Celle-ci s’adresse aux jeunes qui entrent dans la vie active (ce seul mot me fait peur !) : "Dès que vous posséderez votre métier, n’en soyez pas l’esclave, sinon, il ne vous lâchera pas ou, pire, vous ne pourrez le lâcher".
Apparemment, bon nombre de nos dirigeants sont déjà atteints par cette "maladie de la retraite", à moins que la place soit si bonne qu’ils n’osent la quitter prématurément  !
41.000 frs pour un ministre, cela donne peutêtre envie d’aller au bout du rouleau !... A suivre... Mais au fait, peut-être sontils devenus des robots ? ... Malin non !

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Des chiffres

janvier 1990

Logements : la vérité

A Paris, le mètre carré de logement ancien a augmenté de 24,5% en un an. Les prix ont doublé en moins de cinq ans. En coût moyen, plus aucun arrondissement ne descend audessous de 12.000 F. le mètre carré. Les loyers flambent. Plus 8,2% en 1988. Au moment du renouvellement du bail, les hausses atteignent 30% en moyenne.
Etriqués, vétustes et souvent inconfortables : c’est le jugement de l’INSEE sur les logements parisiens. Le quart d’entre eux n’a ni WC, ni installations sanitaires.
400.000 personnes n’ont pas de logement en France.

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Désarmement chez les Grands

L’URSS démobilise 500.000 hommes et réduit son budget militaire de 17%. Les Etats-Unis réduisent le leur de 10 milliards de dollars sur 315, soit un peu plus de 3%.
(d’après Le Monde du 20 novembre) Espérons que les événements de l’Est auront au moins le mérite de calmer sérieusement la course aux armements.

***

Rapport du CERC sur le revenu des ménages

Très important et minutieux rapport de 261 pages. Progression des revenus deux fois moindre que celle de la richesse nationale. En francs constants, après déduction des cotisations salariales de sécurité sociale (qui ont augmenté, de 22,4% en 1978, à 25,7% en 1982 et 29,3% en 1988) les salaires des travailleurs ont baissé de 1,4% entre 82 et 88.
Ceux des cadres ont augmenté de 1,4% entre janvier 86 et janvier 89. La progression de la richesse nationale va donc bien, ce que nous ne cessons de dire, aux cadres et surtout aux patrons et professions libérales. Société duale.
(d’après le Monde du 20 novembre)

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Primes chez Elf Aquitaine
en chiffres arrondis
50.000.000 F. pour 29.000 ouvriers = 1.725 F. par personne
50.000.000 F. pour 290 cadres supérieurs= 172.500 F. par personne
(Revue de Presse, 16 nov. , France-Inter)

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Thèses

Après la nuit pointe le jour

par R. CARPENTIER
janvier 1990

Pourtant, rien n’est perdu, si le peuple étourdi
Réagit en faisant fonctionner ses méninges,
Et réveille, en sursaut, son état engourdi ;
Se libère enfin de la "planète de singes" ! (1)

Car l’honneur a, de plus que son cousin animal,
L’unique faculté d’user de la pensée
Il pourrait refuser son état anormal,
Imposé par les chefs .. Oh ! croyance insensée

Qui lui fait accepter la "loi de sélection
De l’espèce animale" ! Approuvant par là même
La primauté d’un maître ... Et sa désaffection
Permit la construction d’un contraignant système,

Dont est déterminé tout son comportement !
Responsables surtout sont ses moyens d’échanges
Causes d’iniquités ils changent fortement
Sa paisible nature en discordes étranges !

En se "donnant" des rois, empereurs, dictateurs,
Des maîtres et des dieux, des présidents, des papes,
- Mûs par l’Or et l’Argent, ces ogres prédateurs
L’homme souffre les lois protégeant ces satrapes !

Quand même, il appert que, pourvu de l’intellect,
La "loi de sélection" ne peut être applicable
A ce "roseau pensant". Condition de respect
Et de soumission, ce dogme nous accable !

Ce n’est que sur le plan des problèmes sociaux,
De l’organisation de son économie
- Hors celle de profit pour ses besoins spéciaux,
Que sa matière grise est encore endormie !

Chercheur par sa nature et grâce à son cerveau
L’homme invente et transforme et produit l’Abondance..
Mais ne sait s’en servir, la jette au "caniveau" !
Aurait-il atteint là le seuil de décadence ?!

D’autant que sous l’effet de la pullulation
Le "lapinisme" humain porte en soi la famine
En nombre irraisonné croît la population,
Alors que limitées sont la terre et la mine !

Par insatisfaction la rareté produit
Les inégalités, facteurs d’intolérance.
Mais avec le progrès apparait aujourd’hui,
Sans effort, l’opulence apportant l’Espérance.

Espérance aussi par la langue Espéranto
Duboin et Zamenhof ouvrent grande la porte
A la libération de l’homme pour tantôt !
C’est l’assurance, que leur oeuvre lui apporte.

Heureusement qu’il est des hommes généreux,
Porte-voix courageux honorant notre espèce ;
Dénonçant le non-sens de ce monde véreux,
Paradis financier, sécrétant la détresse !

L’homme doit recouvrer son état de Raison ;
S’apercevoir qu’avec toutes ses découvertes,
Il peut assurément faire la liaison
Entre la production, très suffisante - certes !

Et la distribution, qui peut rayer la faim. (2)
Jamais plus, face à l’homme, un homme en adversaire !
Plus un seul pauvre ou riche ...Accomplissant enfin,
Avec l’Egalité, l’Equité nécessaire !

Dans l’organisation humaine en société,
Exempte de profit et de lois imposées,
Pour que puisse manger tout homme à satiété,
Nombre de solutions ont été proposées !!

Mais toutes, structurées, ordonnaient à l’Humain
Toutes ont échoué parce que politiques
Aucune ne comprit que le succès demain
Dépend d’administrer les biens économiques.

Il suffit ! ... de contraindre et de moraliser
Il ne faut plus jamais prendre l’homme pour cible !
Mais agir et régir sur les Choses ! Miser
Sur leur distribution... C’est aujourd’hui possible !!

Agissons par nos propres soins
Pour changer la physionomie
Des sociétés, mais néanmoins
Organiser l’Economie Distributive ou des Besoins !

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