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   Mensuel de réflexion socio-économique vers l’Économie Distributive
 
 
 
 
 
AED La Grande Relève Articles > N° 875 - février 1989

 

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N° 875 - février 1989

1789 -1989 Un anniversaire, 1793 -1993 Une échéance   (Afficher article seul)

La crise est finie ?   (Afficher article seul)

Lu, vu, entendu   (Afficher article seul)

Restructuration et transparence   (Afficher article seul)

Sauvons les forêts, Sauvons la planète...   (Afficher article seul)

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Éditorial

1789 -1989 Un anniversaire, 1793 -1993 Une échéance

par J.-P. MON
février 1989

Depuis le 1er janvier toute la France et de nombreux pays de par le monde célèbrent le bicentenaire de la Révolution Française. Tout ou presque, sera dit ! Presque, parce que, parmi les privilèges qui continuent à exister, il en est un exorbitant, dont on ne parle pas et qu’il importe pourtant d’abolir au plus tôt, si l’on veut instaurer une société en accord avec les principes de la Révolution , c’est le privilège qu’ont conservé et développé les banques d’émettre des monnaies. Nous y reviendrons un peu plus loin.

Mais la Grande Relève qui est toujours en avance sur son temps, se propose, elle, de commémorer 1793. Pourquoi 1793 ? parce que c’est cette année là que la Convention Nationale a fait figurer dans la Constitution du 24 juin la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen dont certains articles ont, comme on va le voir, conservé toute leur actualité.

Et tout d’abord l’article 1 qui pourrait servir de fondement à l’Economie Distributive :
« Le but de la société est le bonheur commun.
Le gouvernement est institué pour garantir à l’homme la jouissance de ses droits naturels et imprescriptibles. »
Article 2
« Ces droits sont l’égalité, la liberté, la sûreté, la propriété. »
L’égalité comme premier des droits, c’était très nouveau à l’époque ! C’est même encore très contesté, y compris parmi les distributistes. Passant sur les autres articles, nous arrivons maintenant à l’article 21 qui stipule :
« Les secours publics sont une dette sacrée. La société doit la subsistance aux citoyens malheureux, soit en leur procurant du travail, soit en assurant les moyens d’exister à ceux qui sont hors d’état de travailler. »
Procurer du travail aux citoyens devenant de plus en plus difficile avec le développement des techniques de production informatisées, le gouvernement français, bien en retard sur ce qui se fait depuis longtemps dans la plupart des pays européens, a instauré le Revenu Minimum d’Insertion, qui n’est finalement pas autre chose que la mise en application de l’article 21. Il n’aura guère fallu que 196 ans pour en arriver là !

On trouve aussi dans l’Acte Constitutionnel de l’état des Citoyens
(article 4) : « Tout homme né et domicilié en France âgé de vingt et un ans accomplis, qui domicilié en France depuis une année - y vit de son travail - ou acquiert une propriété - ou épouse une française - ou adopte un enfant - ou nourrit un vieillard ; tout étranger enfin, qui sera jugé par le Corps législatif avoir bien mérité de l’humanité, est admis à l’exercice des Droits du citoyen français. »
N’est-ce pas là, en plus libéral le futur code de la nationalité dont on n’a pas fini de débattre et qui fait si peur au R.P.R. !

On pourrait continuer ainsi à établir des parallèles entre des articles de cette constitution et des préoccupations sociales ou économiques actuelles.

Bien sûr aussi, de nombreux articles ont vieilli et les progrès techniques permettent des avancées insoupçonnables en 1793 ! Il n’empêche que nos Conventionnels qui avaient décidément bien travaillé, précisaient à l’article 28.
« Un peuple a toujours le droit de revoir, de réformer et de changer sa Constitution. Une génération ne peut assujettir à ses lois les générations futures. »

On ne s’est pas privé d’utiliser la première partie de cet article, mais je crois, par contre, que chaque génération essaie d’imposer ses lois et ses modes de pensée aux générations plus jeunes qui ne disposent pas encore du pouvoir. Et c’est pourquoi les mentalités évoluent lentement.
Il va pourtant falloir précipiter l’évolution si l’on veut faire de l’Europe de 1993 autre chose qu’un marché capitaliste dans lequel s’agrandira sans cesse le fossé entre les riches et les pauvres, avec tout ce que cela comporte de risques pour conserver cette liberté pour laquelle se sont battus nos ancêtres de 1789. Si nous voulons pouvoir célébrer dans quatre ans les principes de la Constitution de 1793, il faut mettre fin aux privilèges des banques ? Il faut donner à la monnaie son véritable rôle qui est simplement de faciliter les échanges.

Maintenant qu’est enfin admis en France le principe que l’argent peut être distribué sans contre-partie de travail, (et souvenez-vous que cela n’était pas aussi évident il y a seulement quelques années et comment nous nous faisions traiter d’utopistes !), il faut désormais populariser l’idée d’une monnaie distributive. Cela doit constituer notre travail prioritaire pour les quatre prochaines années.

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Dans l’esprit de notre article de janvier, « La crise est finie », nous faisons aujourd’hui le point de la situationdans trois pays industrialisés : Etats-Unis, Angleterre, France.

La crise est finie ?

(suite)
par A. PRIME
février 1989

Le cow-boy est parti

L’Amérique demeure... avec son bilan.
En abaissant les impôts, tout en augmentant les crédits militaires, Reagan croyait que les rentrées fiscales dues à l’accroissement induit de l’activité économique compenseraient, et au-delà, les recettes manquantes. Mauvais calcul. Les déficits jumeaux -budget et commerce extérieur- s’amplifient au point que la première puissance occidentale devient, sous le règne double de Reagan, le premier pays débiteur du monde. La dette nationale s’est accrue de 1000 milliards de dollars et la dette extérieure de 500 milliards. Les déficits commerciaux se transforment en excédents japonais, sud-coréens, allemands, taïwanais et divers. Puis ces pays, le Japon notamment, renflouent le déficit budgétaire des EtatsUnis en achetant des bons du Trésor, l’épargne américaine s’avérant insuffisante ; mieux, ils achètent des valeurs américaines, mobilières (des usines... une Université !) ou immobilières (valeurs boursières). Retour boomerang... des dollars !
En six ans, les Etats-Unis ont consommé 700 milliards de dollars de plus que ce qu’ils ont produit - donc des produits étrangers - et ce, avec en partie, l’argent prêté ou investi par les étrangers. Autrement dit, la fringale de consommation du pays le plus riche du monde est financée de l’extérieur. Fred Bergsten, (Director of Institute for international economy), peut ironiser sur la « doctrine de l’offre », base de la reaganomanie : « Nous savons maintenant à quoi tient le miracle de l’économie de l’offre l’étranger nous a offert la plupart des biens et l’essentiel de l’argent ».

Un phénomène a fait boule de neige : le déficit du budget a entraîné une hausse des taux d’intérêt et partant une appréciation continue du dollar qui a plus que doublé en quelques années. Ce faisant, les exportations ont chuté, les produits étrangers, devenus bon marché, ont envahi l’Amérique (25 % de voitures japonaises). On voit le lien interactif des déficits jumeaux. Bien sûr, cet appel de produits étrangers a profité à l’économie des autres pays du monde « libre » et on peut dire que le boom général est dû en partie au déclin relatif de l’Amérique de Reagan. La baisse autoritaire du dollar, destinée à relancer les exportations et donc la production des Etats-Unis proprement dite est loin, comme on le sait, d’avoir porté ses fruits trois ans après (voir persistance d’énormes déficits du commerce extérieur).
Sur le plan social, on sait que l’Amérique de Reagan compte 35 millions de pauvres, en majorité des noirs, et que les emplois créés, dont on nous rebat les oreilles, et pour cause, sont essentiellement des « petits boulots », mal payés, à mi-temps ce que l’on voudrait imposer en Europe (même en France rocardienne) pour faire baisser les « statistiques » du chômage et ses coûts.
Sur le plan moral, signalons que Reagan laisse une Amérique par certains côtés rétrograde : tentatives pour imposer la prière dans les écoles, remise en cause de l’avortement (mais sans toucher aux ventes florissantes du porno)... Quoi d’étonnant quand Reagan que j’avais traité, dans un article il y a deux ou trois ans, de « dangereux analphabète » écrit « J’ai de sérieux doutes sur la théorie de l’évolution ; on devrait, dans les écoles, enseigner aussi la version biblique de la création ». Retour au Moyen-Age de celui qui, en appuyant sur un bouton, a le pouvoir de faire sauter la planète.

Voilà ce qu’était l’homme le plus puissant du monde. Et dire qu’il est parti avec 60% d’opinions favorables... Triste, désespérant ! Réjouissons-nous cependant qu’il n’ait pu réussir l’invasion du Nicaragua, une de ses obsessions. Mais il a encore eu une pensée pour Kadhafi..
L’Amérique de Bush va devoir payer la note. Bush ? S’il montre l’élévation d’esprit développé pendant sa campagne présidentielle (qui s’est surtout déroulée « au-dessous de la ceinture », comme le faisait remarquer Christine Ockrent), on peut être inquiet. Mais l’Angleterre veille...

La Maggie-cienne d’Albion

« Le rêve de Maggie n’est pas mystérieux : elle veut tout simplement prendre la relève de Reagan à la tête du monde occidental et perpétuer ainsi la croisade du libéralisme économique... », écrivait il y a quelque temps un journaliste du Monde. En tout cas, Madame Thatcher est heureuse dans sa troisième législature, une quatrième étant considérée comme probable par 80% des Anglais. Oyez, braves gens :

Salaires en hausse : moyenne 1988, 9,25% pour une inflation de 7%. Donc, plus 2,25% d’augmentation du P.A. Les infirmières ont eu, elles (le saviez-vous, infirmières de notre douce France rocardienne ?) 17,9
après un long conflit, il est vrai. Taux de croissance : 4%. 950.000 chômeurs ont retrouvé du travail, essentiellement dans les services. Ces deux phénomènes conjugués ont permis des rentrées fiscales en excédent de 80 milliards de francs. Point noir : l’inflation. D’où compétitivité moins grande et, partant, déficit commercial inquiétant (150 milliards de francs, 4 à 5 fois celui de la France !).

Voilà en bref les ingrédients capitalistes pour la cuisine d’Albion. Et Maggie poursuit son oeuvre : elle annonce la privatisation du service des eaux (60 milliards, mais probablement +20% des tarifs) et de l’électricité, le plus gros morceau 200 milliards. Pour Madame Thatcher, la crise est sûrement finie. Mais attendons la suite...

Une France enfin unie Rocard et Périgot

Les calculs ci-après sont faits, d’une part à partir des résultats économiques de 1988 (+ 3,50  % à 3,80 de croissance, soit 1,50 à 1,80 % de plus que prévu) ; d’autre part, en tenant compte de l’augmentation des traitements des fonctionnaires survenue fin 1988 : elle n’aura son plein effet qu’en 1989, mais cela ne change pas fondamentalement notre raisonnement si l’on se place sur le plan macro-économique. D’autant que, pour 1989, l’INSEE et l’OCDE prévoient le maintien d’une croissance forte.

1. La croissance supplémentaire -
biens et services - se chiffrera entre 50 et 60 milliards.

2. Les recettes fiscales supplémentaires
correspondantes se chiffreront entre 35 et 40 milliards (42 selon les experts du PC) : TVA, 8 à 10 milliards ; impôts sur les bénéfices, 27 à 30. Ces derniers sont importants parce que marginaux pour les entreprises dont les frais fixes ne varieront guère.
A ces recettes, il faut ajouter les quelque 5 milliards de l’ISF, que nous retrouverons au titre du RMI.

3. Pouvoir d’achat supplémentaire distribué
" Pour la fonction publique (6 millions et demi de salariés actifs et retraités) ; selon Rocard : 15 milliards,
" Pour le privé : 25 milliards (soit environ 16 millions de salariés à une moyenne (1) de 8.000 F., qui ont obtenu une augmentation moyenne de P.A. de 1,50 %,
" Pour le RMI : 5 milliards,
TOTAL : 45 milliards.

Nous admettons que l’écart entre ces 45 milliards et les 50 à 60 milliards de croissance supplémentaire concerne les professions libérales, commerçants, etc... dont le PA s’accroit de 6 à 7% l’an. En gros, donc, il y a adéquation entre la fraction de croissance supplémentaire et la distribution supplémentaire de P.A. Pour un peu, on se croirait en Economie Distributive !
Or, prenons le discours de Rocard, interrogé par Anne Sinclair à 7 sur 7, après les grèves. Il craint :
" ou un dérapage (un de plus) des échanges extérieurs,
" ou une reprise de l’inflation (auquel cas « j’aurais payé en monnaie de singe » dit-il). De trois choses l’une
" ou les producteurs de biens et services opérant en France font face au (petit) supplément d’augmentation de 1,50 à 1,80% de la croissance et, dans ce cas, aucune des deux craintes n’est justifiée,
" ou ils n’en sont pas capables (voir les extraits de l’article de Max Gallo dans la Grande Relève de décembre et la suite de notre article), et, dans ce cas, les 45 milliards ou plus de P.A. distribués risquent de se porter sur l’achat de produits importés  : d’où aggravation du déficit du commerce extérieur,
" ou, troisième hypothèse, le patronat, tout de même capable de faire les calculs ci-dessus, se dit en salivant : « Puisqu’il y a P.A. supplémentaire, augmentons nos prix qui sont libres. L’Etat ne pourra rien contre nous ». Dans ce cas, effectivement
" l’inflation repartirait et les salariés auraient été « payés en monnaie de singe »,
" les patrons feraient de superbénéfices à frais fixes constants, ce qui ne les empêcherait pas de vilipender de nouvelles grèves revendicatives, de réclamer la limitation du droit de grèves plus fort encore qu’à fin 1988, etc...
" enfin, comme il est probable que, sur les 45 milliards de P.A. supplémentaire, une partie non négligeable irait à l’achat de produits étrangers (chez les patrons, il y a des importateurs actifs), il y aurait déficit du commerce extérieur aggravé. Donc, dans ce cas de figure, les deux craintes de Rocard seraient au rendez-vous : inflation et dérapage du commerce extérieur.

Mais alors, Monsieur Rocard, qui ne s’est pas gêné pour flétrir en partie les grévistes, menaçant même d’user du 49/3 pour imposer un service minimum au printemps 89 (ce qui est vraiment démocratique pour un homme qui ne cesse de répéter qu’il est de gauche et socialiste), Monsieur Rocard, dis-je, pourrait peutêtre flétrir l’incivisme du patronat et expliquer clairement la situation à tous les Français, puisqu’il est le Chef du Gouvernement.

D’autant qu’il faut savoir que, d’après une étude publiée par le CERC, fin 1988, le salaire moyen français atteint à peine 82% du salaire moyen européen et que notre pays est le plus inégalitaire du vieux continent.

En ce qui concerne les patrons, le CNPF par contre a poussé à desserrer un peu les boulons par crainte de voir l’effet de grève s’étendre aux travailleurs du secteur privé, et ce, malgré l’épée de Damoclès du chômage. Ce n’est pas le moment de perdre des jours de production, car les carnets de commandes sont pleins ! Cependant, malgré une croissance globale de 3,5 à 3,8%, les licenciements continuent, même si M. Périgot claironne fièrement : « Depuis le début de l’année, nous avons créé 100 à 150.000 emplois » (au fait, pourquoi cette imprécision de 50%- ? Bluff ou statistiques mal tenues... ou fausses ?) (2).

Pourquoi cette situation ? Parce que le patronat français, pris dans son ensemble, est timoré, peu entreprenant. Des enquêtes nombreuses montrent que ses investissements sont essentiellement tournés vers les gains de productivité, c’est-à-dire qu’il se contente de remplacer des travailleurs par des machines, des robots, sans avoir pour objectif second de développer sa production. Or, ce développement ventesproduction permettrait de « récupérer » les ouvriers devenus superflus, voire d’embaucher.
Si, pour les patrons, la crise économique est finie, pour leurs victimes, les « exclus de la fête », la crise sociale continue et s’aggrave. On ne sort pas du cercle vicieux : productivité accrue, mais non production, chômeurs supplémentaires, baisse globale du pouvoir d’achat, charges nouvelles pour payer les chômeurs... et pleurnicherie des patrons pour alléger leurs impôts !
On est loin des espoirs formulés par André Fontaine (3) dans son article « Après les embruns » « La seule façon de faire, c’est ce qui a si bien réussi ailleurs : pousser au maximum les feux du développement de la production et répartir sagement au fur et à mesure les fruits de la croissance entre l’investissement et les rémunérations ».

La « gauche » française serait-elle en passe de devenir, comme la droite en a la réputation, la plus bête du monde ?

(1) Rocard assure que 10 millions de salariés, sur 22 millions, touchent 6.000 F ou moins par mois. Et selon l’Abbé Pierre, un million et demi à deux sont au seuil de pauvreté.

(2) 35.000, c’est le nombre d’emplois que l’industrie du textile-habillement devrait encore perdre cette année. En 1987, l’hémorragie était déjà de 25.000 postes supprimés (EDJ 15/21 décembre 88).

(3) Le Monde du 22 octobre 88.

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Lu, vu, entendu

février 1989

Beauté du Reaganisme
Pendant l’ère Reagan, les pauvres se sont appauvris et les riches enrichis. Une étude d’un organisme plutôt libéral montre que, de 1979 à 1986, les 5% d’AMERICAINS LES PLUS DESHERITES ont vu leur revenu moyen baisser de 10,9 pendant que les 5% les plus riches voyaient le leur faire un bond de 13,8% !

EDJ 22/28 Déc. 88

***

Echappement libéré
Il a suffi que Donald Petersen, président de Ford Motors, révèle la semaine dernière la mise au point d’un nouveau pot d’échappement catalytique n’utilisant pas de PLATINE pour que les cours mondiaux du métal précieux s’effondrent. Logique : l’industrie automobile est le premier consommateur de platine, avant la bijouterie.

EDJ 22/28 déc. 88

***

Un chiffre : 516 millions de $ C’est le coût unitaire du bombardier « invisible » américain, l’avion le plus cher du monde. L’ardoise présentée par le Pentagone est de 16 supérieure à ce qui était prévu initialement !

EDJ 22/28 Déc. 88

***

Les Etats-Unis sont furieux qu’on refuse de continuer à importer leur viande de boeuf aux hormones (« produit légal » aux Etats-Unis). Motif : en dehors de leurs intérêts bovicoles : ils ne veulent pas qu’on mette à mal leur industrie pharmaceutique !

TV, le 20 Nov. 88

Refuser de manger du boeuf aux hormones « made in USA », c’est montrer un dangereux manque d’esprit libéraliste !
Conclusion du discours de Maurice Allais, lors de sa réception du Prix Nobel :
Ce n’est que par la constante remise en cause des vérités établies et par la floraison d’idées nouvelles suggérées par l’intuition créatrice que la science peut progresser. Mais tout progrès scientifique réel se heurte à la tyrannie

des idées dominantes des establishments dont elles émanent. Plus les idées dominantes sont répandues, plus elles se trouvent en quelque sorte enracinées dans la psychologie des hommes, et plus il est difficile de faire admettre une conception nouvelle, si féconde qu’elle puisse se révéler ultérieurement.
Les fruits du libéralisme fleurissent autour de la Maison Blanche « Washington est devenue la capitale du crime. »

A2, 2 janv. 89

***

La France stressée
La France détient le record de consommation de tranquillisants per capita (Pour mémoire, celui également de la consommation d’alcool -devant l’URSS- et des victimes de la circulation). Faut-il penser que le ballottage gauche-droite en est la cause ? Ou le chômage ou sa hantise ?

***

Mobutu se fâche
Parce que des journalistes et des hommes politiques belges ont tenu à son égard des propos « infamants ». Il a même annoncé qu’il offrait à l’Etat Zaïrois les nombreux biens qu’il possède en Belgique (rassurez-vous, passé son ire, il n’en fera plus rien). En tout cas, cela confirme ce qu’écrit Susan Georges dans son livre « Jusqu’au cou » que je conseille vivement à tous nos amis de lire : « Mobutu possède, excusez du peu, 7 châteaux en France et en Belgique, ainsi que des résidences somptueuses en Espagne, en Italie et en Suisse. Ajoutons à celà des immeubles en Côte d’ivoire, des résidences de fonction dans les huit provinces du pays et un palais dans sa province d’origine. » Plus avions (un Boeing personnel 747), Mercédès, etc...

(Le Monde 6 décembre)

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Restructuration et transparence

par R. MARLIN
février 1989

La passion apparait très vite lorsqu’il est question de l’Union Soviétique (1) Et pourtant malgré ceux qui s’obstinent encore à nier les changements fondamentaux qui s’y produisent ou s’y préparent, notre mensuel de réflexion socio-économique ne peut éviter d’y revenir.
A entendre et lire ce qui se dit et s’écrit sur l’ouvrage de base « Perestroika » (2) de Mikhaïl Gorbatchev, l’impression domine que ceux qui s’expriment à son sujet, soit n’ont lu le livre qu’en « diagonale » ce qui n’est pas étonnant avec la profusion de publications actuelles et la prétention de certains de tout lire, soit n’en ont retenu que ce qui conforte leurs thèses.
Afin de clarifier notre débat, nous tenterons ici de bien séparer ce qu’écrit le Secrétaire Général du PCUS de ce qu’en pensent les commentateurs et nous-mêmes (3) et essayerons de centrer cet article sur les problèmes majeurs de l’économie et des chances de paix qui en résultent.

Très peu d’histoire

La révolution soviétique de 1917 a soulevé un espoir immense parmi les opprimés du monde entier. La résistance des koulaks, la disparition de Lénine et son remplacement par Staline, l’encerclement et l’intervention des puissances impérialo-capitalistes, enfin la montée du nazisme et la seconde guerre mondiale ont été les éléments déterminants qui ont dominé la courte histoire de l’URSS. Ces événements ont suscité la dictature du prolétariat, la terreur stalinienne, l’écrasement des « ennemis » intérieurs : Trotsky, Kamenov, Zinoviev, Radek, Boukharine, etc... un million de fusillés, douze millions de morts dans les camps, vingt millions de victimes pendant la seconde guerre mondiale. Dans le domaine de l’économie, ce furent la nationalisation des moyens de production, l’instauration des sovkhozes et surtout des kolkhozes. La domination des échanges intérieurs et extérieurs par les instances gouvernemental que l’on a pu qualifier de capitalisme d’Etat. Les dirigeants soviétiques furent conscients très rapidement qu’il n’était pas question d’instaurer le communisme immédiatement et limitèrent leurs ambitions à la marche vers cet objectif. L’état de l’appareil de production tsariste, la première guerre mondiale et ses suites ne permettaient pas d’envisager la satisfaction des besoins exprimés. La pénurie dans tous les domaines obligeait à concevoir des restrictions qu’il s’agissait de répartir plus justement. Le passage au socialisme dans un pays plus riche comme les Etats-Unis, ou de tradition plus productiviste comme l’Allemagne, aurait été à cet égard plus significatif. Malgré l’utilité indéniable, pour les distributistes, d’une expérience pratique de système économique basé sur une motivation de solidarité plutôt que sur la compétition, la concurrence et l’intérêt personnel, il est certain que le dénuement faussait l’essai au départ. Les responsables de l’URSS ne manquèrent pas d’invoquer cet argument afin de justifier le retard de leur pays en ce qui concerne le niveau de vie moyen de ses habitants. Ils l’emploient encore, 70 ans après la révolution...

Pourquoi la restructuration ?

Malgré certaines réussites brillantes en astronautique, en aviation, dans les arts, les sports, l’enseignement, Gorbatchev admet et dénonce véhémentement les carences du régime. Le conservatisme et la prolifération de l’administration héritée de celle des tsars, l’alcoolisme envahissant, l’absentéisme, la corruption, la servilité, la flagornerie sont stigmatisés par le premier secrétaire. Le culte de la personnalité avait déjà été rejeté par Krouchtchev devant le 20e congrès en février 1956, il avait fait sa réapparition avec surtout la fin de l’ère Brejnev mort le 10 novembre 1982. Gorbatchev le réprouve, mais vient d’accéder au titre de Chef de l’Etat, ce qui lui confère l’ensemble des pouvoirs... Peut-être est-ce nécessaire afin de lui permettre de mener à bien des réformes salutaires.
Dans le domaine économique, Gorbatchev ne cache pas les échecs ralentissement de la croissance économique : de 50% par an à la stagnation en 15 ans, difficultés d’approvisionnement en acier, matières premières, pétrole, pourtant les points forts de l’Union Soviétique, et finalement l’obligation d’acheter des millions de tonnes de céréales chaque année pour l’alimentation du bétail, un comble ! Enfin, production de biens de consommation et d’aliments insuffisante en quantité, mais aussi en qualité ainsi que tous les touristes ou visiteurs professionnels en URSS peuvent en juger.
Ces déconvenues ne manquaient pas d’être utilisées par la propagande adverse toujours prompte à dénoncer les erreurs du communisme, comme nous le verrons plus loin. Toujours est-il qu’ils mettaient dans le plus grand embarras les partis communistes du monde entier, en particulier ceux de l’occident obligés, soit de se réfugier dans l’« eurocommunisme » (Espagne, Italie), soit de régresser (France). Gorbatchev n’en souffle mot, mais les défaites économiques de l’URSS combinées avec le mépris des droits de l’homme qui subsiste : syndicats enrégimentés, internements arbitraires, camps de détention politique ne furent pour rien dans la mauvaise image du pays à l’étranger. Il y a 25 ans, Krouchtchev donnait quatre ou cinq ans à l’URSS pour rattraper le niveau de vie des pays occidentaux. Il n’en fut rien, bien au contraire, l’écart ne fait que s’amplifier. Cette situation ne pouvait durer sauf à mettre en péril, à long terme, l’existence même de l’Union Soviétique.
La course aux armements conventionnels, chimiques, bactériologiques ou nucléaires dans laquelle les pays de l’est sont engagés, de gré ou de force, avec l’Occident, pèse lourdement sur la production. Les meilleurs savants, ingénieurs, techniciens sont requis par cette quête épuisante. Le premier secrétaire insiste avec des accents qui paraissent sincères sur l’effroyable gâchis qu’entrainerait le développement de l’Initiative de Défense Stratégique (IDS) ou guerre des étoiles qu’il veut empêcher à tout prix, même s’il prétend que 10 % des investissements consentis par les Etats-Unis lui suffiraient pour contrecarrer l’avantage momentané de son adversaire.
Enfin Gorbatchev n’ignore pas et c’est heureux pour nous tous, l’immensité du danger que fait courir au genre humain l’arsenal nucléaire existant. Il cite le mot de Winston Churchill que Richard Nixon lui rapporta : « ...Les ailes brillantes de la science peuvent fort bien ramener l’âge de la pierre sur la planète... ». Il sait que la vie sur terre est menacée. « ...Un seul sous-marin stratégique emporte un potentiel destructif égal à celui de plusieurs secondes guerres mondiales... Pour chaque habitant de la terre, il existe une charge capable d’incinérer un immense territoire... ». Il affirme qu’il n’y aurait aucun vainqueur, ni aucun vaincu, mais seulement des victimes après un conflit nucléaire mondial. Pour toutes ces raisons principales internes et externes, l’auteur a engagé la Perestroïka et la Glasnost.

Les orientations

Contrairement à ce qu’affirment les uns pour le regretter, les autres pour s’en réjouir, le président n’envisage jamais d’abandonner le socialisme soviétique. Il se place en permanence sous les auspices de Lénine. Il fait confiance au peuple, pense que tout renouvellement ne peut venir que de la base. Il soutient le respect des droits de l’homme et fonde son action sur la démocratisation. Il appelle à la critique constructive et cite de nombreuses lettres de citoyens ordinaires pou montrer la voie : celle du respecte de la loi. Il demande aux syndicats de ne pas se cantonner dans la gestion des oeuvres sociales et aux jeunes ainsi qu’aux femmes de participer au renouvellement dans tous les domaines.
Certes, il soutient le recours à la « vérité des prix » et se demande « ...comment l’économie pourraitelle avancer si elle crée des conditions préférentielles pour les entreprises désuètes et pénalise celles qui sont à la pointe du progrès ?... ». Les puristes regretteront la décentralisation, l’autonomie des unités de production, la création d’entreprises mixtes et l’entrée de Coca-Cola en URSS, mais cela ne date pas d’aujourd’hui... Sa véritable politique économique peut être assez bien définie par les deux passages suivants :
...C’est à Lénine que l’on doit l’idée qu’il faut trouver les formes les plus efficaces et les plus modernes de mariage entre la propriété collective et les intérêts personnels ; cette idée constituera le fondement de toutes nos recherches, dans le cadre d’un concept de gestion économique radicalement transformé... » et « ...La presse, il est vrai, a fait connaitre certaines propositions qui allaient au-delà de notre système. L’opinion a été émise, par exemple, que nous devrions renoncer à l’économie planifiée et accepter le chômage. C’est impossible, notre but est de renforcer le socialisme, non de le remplacer par un autre système. L’exemple qui nous vient de l’ouest, celui d’une économie différente, est inacceptable pour nous... ».
Toutefois, la libéralisation du commerce extérieur et le plan de dévaluation du rouble annoncés le 9 décembre 1988 (4) en attendant la convertibilité de la monnaie soviétique et l’entrée de l’URSS au FMI, s’ils sont nécessaires à la modernisation des moyens de production, vont très peu dans un sens léniniste. La politique internationale de Gorbatchev est évidemment fonction des éléments indiqués ci-avant : respect de l’identité des nations, soutien des non-alignés, aide au tiers-monde. Dans les conversations et les pourparlers américano-soviétiques, il prétend tenir le plus grand compte des intérêts européens. Il n’oublie d’ailleurs pas que la Russie est en Europe et avance la métaphore, qu’il croit constructive, de « l’Europe maison commune » dans laquelle chaque propriétaire d’appartement est maître chez lui, mais aussi responsable du bon état et de la présentation des parties communes. Et il précise : « ...Même une guerre conventionnelle, pour ne rien dire d’un conflit nucléaire, serait désastreuse pour l’Europe d’aujourd’hui. Ce n’est pas seulement parce que les armes conventionnelles sont bien plus destructrices que celles utilisées durant la Seconde Guerre Mondiale, mais aussi parce qu’on y trouve des centrales nucléaires regroupant au total quelque deux cents réacteurs et un grand nombre de vastes complexes chimiques. La destruction de ces installations lors d’un conflit conventionnel rendrait le continent inhabitable... » L’on décèle dans le livre une conscience aiguë que nous sommes tous responsables de l’avenir du monde. Mais aussi le constat : « ...de l’incapacité ou de la réticence à admettre que nous représentons tous une seule race humaine, que nous partageons un destin commun et devons apprendre à vivre en voisins civilisés sur notre planète... ». Il se lance alors dans une longue autojustification de la position soviétique dans les négociations américanosoviétiques sur le désarmement atomique et ne peut que proposer le développement de cette méthode. Si la parole était donnée aux interlocuteurs des Etats-Unis, ils soutiendraient certainement avec conviction que leur thèse est la meilleure. Mais il ne viendra jamais sous la plume de ces grands que, puisque nous sommes assaillis par des difficultés mondiales, seules des institutions à

la même échelle, c’est-à-dire mondiales elles aussi et démocratiques, seraient capables de les résoudre.

Les obstacles

Tous les soviétiques ne sont pas convaincus par le chef du PCUS. Il en est bien conscient. Cela le pousse à se donner le plus de pouvoir possible pour vaincre les réticences, avec les risques de dérive autoritaire que cette démarche comporte. Les réformes, le changement menacent partout les situations établies. Les habitudes de tous sont bousculées, la force d’inertie s’y oppose. Les plus vulnérables sont ceux qui, à tous les niveaux détiennent une parcelle même minime de pouvoir et peutêtre de privilèges : les fonctionnaires de tous grades victimes des coupes sombres pratiquées dans les administrations, les responsables locaux, régionaux ou nationaux du parti qui devront s’expliquer devant les citoyens, les directeurs d’usines ou de complexes agricoles dont la situation n’est pas assurée, etc... c’est-àdire toute la nomenklatura. Des soubresauts inquiétants se font entendre dans l’armée rouge depuis surtout que la décision unilatérale de retirer 500.000 hommes des troupes de l’est européen a été annoncée devant l’assemblée générale de l’ONU.
La difficulté vient aussi de ce que la plus grande facilité d’expression libère des revendications jusque là interdites. Il en est ainsi de désirs légitimes comme, par exemple, l’amélioration de la qualité des produits de consommation, mais aussi, autre exemple, de la création de partis d’opposition toujours prohibée jusqu’à maintenant. Le nouveau régime évolue sur le fil du rasoir, entre deux abîmes.
Au plan économico-financier, l’autorisation, pour les entreprises, de commercer directement avec leurs homologues étrangères, utilise évidemment la concurrence du marché capitaliste pour remotiver les dirigeants, mais aussi les employés. Un arsenal de mesures telles que les droits de douane, le contingentement, etc... en un mot le protectionnisme est à la disposition du pouvoir afin d’éviter l’effondrement de l’économie soviétique dont la productivité est de 3 à 3,5 fois inférieure à celle de l’Occident. Si ces informations sont exactes, car il ne faut pas exclure l’intoxication utilisée si souvent par les médias occidentaux, Gorbatchev semblerait contraint de recourir à cette pression et il ne paraît pas exclu qu’il pousse jusqu’aux restructurations d’usines et peut-être à la mise au chômage. Il convient néanmoins de remarquer que ces orientations iraient exactement à l’encontre de la volonté affirmée parle premier secrétaire dans la phrase citée au paragraphe précédent. Le fait serait sinon d’une gravité qu’il ne faut pas se cacher. Voilà le capitalisme d’Etat qui s’affirmerait et qui s’infiltrerait dans les rouages internes de l’économie. Seuls les syndicats et les travailleurs seraient alors en mesure d’assurer le contrôle de la tendance. A l’Occident, nous ne pouvons qu’attendre et observer... A la périphérie de l’Union, les minorités nationalistes redressent la tête, aussi bien dans les républiques baltes qu’en Arménie. Cela permet à la propagande française de droite de se déchaîner. Hélène Carrère d’Encausse est considérée comme le génial précurseur car elle avait prévu cela dans « l’Empire éclaté  ». Nous sommes pourtant loin de l’éclatement.
Gorbatchev se défend : aucun pays avancé n’est épargné par les difficultés économiques. Il accuse la presse française d’être la plus zélée à vouloir le détruire et attaque « l’Express » qui lui attribuait le désir d’établir sa domination sur l’Europe. Il aurait pû aussi donner l’exemple de l’ensemble des chaînes télévisées qui nous renseignent sur les moindres faits et gestes de Solidarnosc mais font le silence sur les propositions précises des syndicats et des « coordinations » françaises. Mais les plus dangereux adversaires de la Pérestroïka se placent précisément dans les complexes militaroindustriels situés à l’intérieur, et surtout à l’extérieur de l’URSS.

Les enjeux

La Pérestroïka et la Glasnost, comme toutes les grandes réformes, ne connaissent pas les frontières. Mais la méfiance réelle ou feinte subsiste. Et si, au vu des mesures de désarmement soviétiques, nous nous laissions entraîner nous aussi dans la même voie, comment pourrionsnous réarmer à temps lorsque les dirigeants actuels seront éliminés ? dit-on dans certains milieux américains, faisant preuve d’une naïveté assez... désarmante. D’autres vont plus loin : « ...L’Ouest n’accordera crédit aux propositions soviétiques de réduction des armements que si l’URSS change son système politique, si elle prend pour modèle la société occidentale. C’est tout bonnement ridicule... » affirme Gorbatchev qui se prévaut d’un moratoire unilatéral des essais atomiques maintenu pendant dix-huit mois. Il dénonce la faction militariste des Etats-Unis étroitement liée au commerce des armes et « ...terrifiée par le moindre indice de dégel entre nos deux pays... ». Notre auteur cherche à rassurer les économistes de l’ouest et s’appuie curieusement sur l’avis de Wassily Léontiev américain d’origine russe, Prix Nobel 1973, « ...qui a prouvé que les arguments des militaristes ne tiennent pas d’un point de vue économique... » et « d’assurer que chaque emploi militaro-industriel coûte deux ou trois fois plus que l’industrie civile »... On pourrait créer trois emplois à la place... (pour le même prix) triomphe-t-il. Il oublie qu’il faudrait, en régime capitaliste, les rentabiliser, alors qu’il n’en serait nul besoin dans une économie vraiment différente. Il laisse croire aussi que les fonds rendus disponibles pourraient être affectés au développement du tiers-monde. Et pourtant, il est conscient que les P.V.D. sont incapables de rembourser leur dette alors que les profits retirés de ces pays par les américains ont représenté le quadruple de leurs investissements. Croit-il ou feint-il de croire que ce commerce lucratif pourrait continuer si l’aide était véritablement désintéressée ?
La question centrale de cette partie du débat est pourtant bien posée l’URSS a-t-elle plus grand intérêt au désarmement que les Etats-Unis ? Pour nous, la réponse est oui, s’il s’agit de l’intérêt général, mais non pour les grands financiers américains et les simples citoyens qui bénéficient des miettes des retombées de la construction et de la vente des armes. Par contre, s’il s’agit de l’intérêt primordial pour la paix et la survie : tous les humains d’Amérique, d’Europe ou d’ailleurs sont bien solidaires et cette aspiration transcende toutes les frontières.

Conclusions en forme de questions

Ceux qui nous accusent de faire état de trop de certitudes seront peut-être surpris que nous nous posions tant de questions :
L’Union Soviétique en affichant, notamment au cours de la période stalinienne, un tel mépris pour la liberté et la vie humaines a-t-elle trahi les espoirs de la classe ouvrière ?
La classe ouvrière telle que définie par Marx et Lénine existe-t-elle encore ? Sous sa forme actuelle est-elle en mesure d’impulser en Occident une révolution fondamentale dans la structure des échanges et de l’économie ? Sinon qui d’autre le fera ? Un système économique en état d’abondance potentielle peut-il être basé sur une motivation autre que celle de la domination de l’homme par son semblable, de l’intérêt financier immédiat, de la guerre économique, avec le risque d’évolution vers la guerre nucléaire finale ? Une révolution dans la société, au moins aussi totale que celles de 1789 et 1917, peut-elle se faire pacifiquement de nos jours ? Les excès de la terreur entraînée par ces révolutions, puis ceux des Napoléon et des Staline, sont-ils inhérents à leurs finalités, puis au maintien des acquis obtenus ?

Voici quelques-unes des remises en questions salutaires suggérées par l’actualité du bicentenaire et par l’évolution des événements en Union Soviétique. Nous aurons sûrement l’occasion d’y revenir au cours des années 1989 et suivantes... Ces années seront cruciales, car, pour ceux qui répondent plutôt affirmativement à la première question, quelle ne serait pas l’espérance renouvelée si même certains seulement des objectifs fixés à la réforme en cours étaient atteints ?

Et voici pour terminer un extrait de la conclusion de Mikhail Gorbatchev « ...La restructuration est une nécessité pour un monde submergé par les armes nucléaires ; pour un monde tourmenté par des problèmes économiques et écologiques sérieux ; pour un monde affligé du fléau de la pauvreté, du retard et de la maladie ; pour une race humaine enfin, confrontée à l’urgence d’assurer sa propre survie... ».

(1) Voir notamment l’article de Henri Muller G.R. n°  872 et le « Courrier des lecteurs » des N° 874 et 875.
(2) Editions Flammarion nov. 87.
(3) C’est-à-dire l’auteur de la chronique et non l’ensemble de la rédaction ni, bien entendu, les « distributistes ».
(4) Le Monde, 13 déc. 88.

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Nous avons reçu d’Ecoropa-France le texte d’une pétition à retourner à The Ecologist, Worthyvale Manor, Camelford, Cornwall, Royaume Uni de la part de La Grande Relève :

Sauvons les forêts, Sauvons la planète...

février 1989

LE PLUS GRAND RESERVOIR BIOLOGIQUE
Les forêts tropicales humides nous relient directe ment à l’histoire de la terre. En 60 millions d’années d’évolution, elles ont élaboré des éco-systèmes d’une richesse qui défie l’imagination. Leur manteau protecteur abrite plus de 70% de la totalité des espèces vivantes, 80% des espèces d’insectes du monde, les 2/3 de toutes les plantes connues... Une seule rivière du bassin amazonien renferme jusqu’à 2.000 sortes de poissons.
Un hectare de la forêt offre 400 espèces d’arbres alors qu’il n’y en a que de 10 à 15 dans les forêts tempérées.
Ces forêts ne renferment pas que des bois rares, animaux et fruits exotiques dont nous risquons à jamais de perdre la souche : huiles essentielles dont certaines sont indispensables à la médecine moderne (contre le leucémie par exemple)... 140 millions d’hommes, aborigènes et sylvio-agriculteurs y vivent depuis des siècles. Leur survie est en cause. Les compagnies qui massacrent les forêts les pourchassent. Certaines tribus ont été partiellement, d’autres totalement exterminées.

UNE DESTRUCTION EFFRENEE
Ce formidable réservoir biologique est aujourd’hui menacé. Selon les estimations, très conservatrices de la F.A.O., 100.000 km2 de forêts tropicales sont détruites chaque année, l’équivalent de 1/5 de la France ! Chaque jour, au moins une espèce est condamnée à l’extinction. Si ce rythme de destruction se poursuit, ce sera bientôt une par heure. Dans cinquante ans il en restera plus rien des forêts tropicales.
Il n’y a pas que des raisons morales pour s’opposer à cet holocauste biologique. Bien qu’elles ne représentent que 7% des terres émergées du globe, les forêts tropicales produisent 25% de l’oxygène : elles sont le poumon de la planète. Ce n’est pas tout. Elles sont aussi le grand régulateur du climat mondial : rafraîchissement des tropiques, réchauffement de zones tempérées, rythme et réparti tion des pluies qu’elles reçoivent, souvent torrentielles, (2 à 4 m par an), sont emmagasinées à 95% dans ce tapis complexe de racines et de feuillages. Tout au long de l’année, par évapotranspiration, elles restituent cette humidité à l’atmosphère, réapprovisionnant les nappes phréatiques, alimentent les rivières pendant la saison sèche. Mais ce système subtil est aussi très fragile. Quand les bulldozers et tronçonneuses détruisent la végétation protectrice, il ne reste en réalité que des terres peu fertiles, en proie à l’érosion. Les pluies ravinent alors les sols, emportant l’humus qui va embourber les rivières. Le soleil des tropiques les dessèche et craquelle : en quelques années elles se transforment en latérite. Le fameux cycle inondation-sécheresse s’installe, avec son cortège de sinistres et de famines, et des conséquences qui ne sont pas seulement régionales.

VERS UN FLIP CLIMATIQUE MONDIAL ?
Aussi dramatique que soit pour l’Amérique Latine, l’Afrique et l’Asie du Sud Est, la perte des forêts (causée principalement par les banques multinationales et les agences internationales), c’est l’hémisphère nord qui subira le plus les conséquences climatiques. Rien ne pourra remplacer tous ces services rendus par la forêt. Les plus éminents climatologues prédisent « un clip climatique » mondial d’ici 20 à 30 ans. La forêt brûlée (pour semer des prairies pour élevage de boeufs à hamburgers !) la végétation coupée (qu’on laisse pourrir sur place après avoir enlevé les seuls bois précieux), dégagent d’énormes quantités de dioxyde de carbone. Le niveau croissant de dioxyde de carbone dans l’atmosphère piège la chaleur du soleil, ce qui entraîne une élévation de la température globale à la surface de la terre : c’est le fameux effet de serre. Selon de nombreux spécialistes, les effets combinés de la déforestation actuelle et de l’utilisation des combustibles fossiles, provoqueront un réchauffement de 2 à 5 degrés : une énormité à l’échelle géologique ! Les ceintures fertiles des U.S.A. et de l’Union Soviétique deviendront plus sèches et moins productives. Des régions méridionales deviendront plus arides. Les tempêtes seront plus violentes. Si, ce n’est pas du tout improbable, il atteint 5 degrés, ce sera la fonte partielle des glaces de l’Antarctique ouest, et l’immersion de nombreuses zones côtières (Bangkok, Venise, Londres seraient directement menacées).

Les activités de l’homme déstabilisent le climat mondial. La déforestation est une des grandes de ce déséquilibre planétaire.

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