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   Mensuel de réflexion socio-économique vers l’Économie Distributive
 
 
 
 
 
AED La Grande Relève Articles > N° 866 - avril 1988

 

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N° 866 - avril 1988

Ne pas se taire !    (Afficher article seul)

Chômage et emploi   (Afficher article seul)

Autogestion-Participation ?   (Afficher article seul)

Socialiser l’abondance   (Afficher article seul)

Nouvelles des créditistes canadiens   (Afficher article seul)

Victimes de féroces entreprises !   (Afficher article seul)

Banquiers, victimes !

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Éditorial

Ne pas se taire !

par M.-L. DUBOIN
avril 1988

Par définition, un distributiste est le contraire d’un conservateur. C’est quelqu’un qui n’aspire qu’à voir la société évoluer : il ne peut plus supporter que croisse la misère dans un monde où l’abondance est devenue possible, il exige que le progrès serve à transformer le chômage en loisirs heureux, il veut mettre les machines au service des hommes et non l’inverse, il n’a ni le culte de l’argent, ni celui de "la réussite" à n’importe quel prix. Ni les batailles de chiffres, ni les bilans que les candidats s’envoient à la figure ne l’impressionnent. Et quand ses yeux, forcément, tombent sur le portrait plein d’auto-satisfaction d’un candidat dont les affiches inondent les murs, il ne voit que tout le gâchis que cela représente, tout ce qu’on aurait pu faire de mieux avec les millions que ces campagnes publicitaires engloutissent... ou bien il pense aux beaux arbres qui sont devenus ces papiers.
N’étant pas conservateur, un abondanciste ne vote pas à droite. Il vote encore moins pour un raciste d’extrême-droite pour qui patriotisme rime avec égoïsme.
Mais la récente expérience d’un gouvernement qui se disait de gauche l’a déçu. Il n’a pas admis qu’un parti qui se prétendait socialiste, qui avait affirmé dans son programme : "il ne s’agit pas pour nous d’aménager le système capitaliste mais de lui en substituer un autre", face volte-face et mette son point d’honneur à gérer le système capitaliste en question aussi bien que la droite, parfois mieux même, car le peuple lui faisait confiance.
Nous l’avons dit, écrit et réécrit dans ces colonnes : tous les pouvoirs que croyait détenir la gauche n’étaient rien auprès du pouvoir de l’argent, qui lui échappe complètement. Mais il fallait le dénoncer, ce pouvoir contre lequel la volonté du peuple se heurte ! Montrer qu’il empêche toute démocratie  ! Dénoncer ces procédés qui rendent les financiers plus puissants que. les gouvernements. Et surtout pas les admettre, puis renoncer à un idéal de changement.
Alors ? Certains abondancistes, représentés dans ces colonnes par "Pinoche’ ; ont pris le parti de voter blanc. Tout en se défendant de refuser de voter, par égard pour tous ceux qui se sont battus pour que nous ayons le droit de vote (et les femmes sont encore plus sensibles que les hommes à ce scrupule). Malheureusement, refus de vote ou vote nul, tout cela fait bonnet blanc ou blanc bonnet quant aux résultats, car seuls les votes exprimés entrent dans les statistiques... Ne pas voter ou voter nul peut donc permettre au fascisme de progresser...
Ce n’est pas là l’idéal d’un distributiste. Il est donc très malheureux, il se sent seul et incompris. Mais il a une voix et il refusera de se taire.

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Chômage et emploi

par A. PRIME
avril 1988

CHOMAGE : OU EN SOMMES-NOUS ?
Les 2.500.000 chômeurs "incompressibles", plus personne n’y croit. Seuls s’accrochent à ce chiffre nos gouvernants, élection présidentielle oblige. Ils triturent le moindre pourcentage -0,1, 0,2 qui les avantage, les variations saisonnières ; ils ordonnent de rayer de l’ANPE ceux qui, fussent-ils diplômés, refusent un travail de Tucard (peut-être doit-on dire "tuciste", c’est plus doux !) : voir à ce sujet la GR de Mars.
Le chiffre le plus couramment évoqué, c’est 3 millions de chômeurs, soit 12,5 % - et non 10,5 selon les statistiques officielles - de la population active estimée à 24 millions d’individus (ne pas oublier que, statistiquement, les chômeurs sont classés dans la population active). Les préretraités, souvent dès 55 ans, les stagiaires et les personnes en congé-conversion ne sont bien entendu pas pris en compte comme chômeurs ; non plus que ceux qui arrivent sur le marché du travail et n’ont pas encore eu d’emploi. D’où le trompe l’oeil.
En 1961, la France ne comptait que 141.000 chômeurs ; 15 ans plus tard, environ 350.000. Mais dès 1981, 1.700.000 et 3 millions en 1988. On mesure l’accélération de la courbe. On invoque l’augmentation de la population active, qui s’est accrue, par exemple de 1975 à 1982 de 1.350.000 personnes : c’est le résultat conjugué du baby-boom d’après guerre et de l’accroissement du nombre de femmes au travail. On oublie :
- que ces nouveaux travailleurs touchant un salaire font croître la consommation des ménages, et partant la production : ce n’est donc pas cela qui génère le chômage, au contraire.
-que l’allongement des études et l’abaissement de l’âge de la retraite réduit ipso facto le chiffre de la population active.

Oui, c’est bien la crise, c’est-à-dire l’incapacité du système capitaliste à maîtriser le couple production accrue par des machines de plus en plus performantes/adéquation du pouvoir d’achat distribué qui jette les salariés sur le pavé. Entre 1975 et 1982, 870.000 emplois industriels ont été détruits ; le fameux secteur tertiaire, surnommé par certains "secteur poubelle", qui devait tout absorber, n’en a créé dans le même temps que 200.000. Pour une démonstration radicale du phénomène, nous renvoyons le lecteur à la courbe de la page 20 de notre brochure "L’économie libérée". A la destruction des emplois industriels, il faut ajouter bien entendu la destruction des emplois agricoles.
Et ce n’est pas, hélàs, fini : l’INSEE prévoit la disparition chaque année de 90.000 emplois d’ici 1992 et confirme que la France connaîtra environ 3.500.000 chômeurs réels, les emplois dans les hautes technologies dont on nous avait promis monts et merveilles pour la création de postes, ne représentant au mieux alors que 5% de l’emploi total.

***

ÉTATS GÉNÉRAUX DU CHÔMAGE ET DE L’EMPLOI
J’ai tenu à assister à ces Etats Généraux, organisés à l’initiative du Mouvement National des Chômeurs et des Précaires, du Syndicat des Chômeurs et de Partage, à Paris, les 5 et 6 mars. Nombreux économistes, chercheurs au CNRS, sociologues, responsables syndicaux, et même un Ministre (Zeller) comme intervenants ; nombreux chômeurs dans la salle. On nous a annoncé 1500 participants à ces journées en roulement ils ont pu suivre quelques-uns des 5 forums et des 20 carrefours (quelques médias, dont FR3, ont évoqué cette manifestation). En ce qui nous concerne, la librairie ayant accepté d’exposer quelques livres et brochures, nous avons eu un succès particulier avec "les Affranchis de Tan 2000" et "I’Economie libérée" de M.L. Duboin.
N’ayant pas le don d’ubiquité, je n’ai pu suivre que 2 forums  : "Révolution technologique et emploi" "Comment vaincre le chômage ?" ; et 2 carrefours : "Crise du syndicalisme, société duale et chômage" "La montée des petits boulots ; vers une précarisation croissante des emplois et nouvelles formes d’exploitation".
Vous voyez que ce sont là des sujets au coeur de nos thèses. Comment résumer en quelques lignes l’esprit de ces journées et les arguments développés ?
- Tout d’abord, soulignons que les intervenants - 4 ou 5 par forum - devaient s’exprimer assez brièvement pour laisser une large place à la discussion. Ce qui fut fait.
- On ne peut passer sous silence des témoignages bouleversants sur la condition morale faite au chômeur. Une jeune femme évoqua le suicide de 2 de ses amis, une femme de 43 ans, un homme de 40 ans. M. Pagat confirma qu’au Syndicat des Chômeurs, ils avaient connaissance de nombreux cas de suicide, dont parle rarement la presse. Et que dire de toutes les dépressions nerveuses qu’entraîne la situation de chômeur !
- Cela explique en partie -toujours selon M. Pagat- que, politiquement, le Mouvement et le Syndicat des Chômeurs ne rencontrent qu’un écho limité, sans aucun rapport avec le nombre des chômeurs. Le chômeur a tendance à se replier sur luimême. Et surtout il a une obsession majeure : retrouver du travail.
D’autre part, les responsables gouvernementaux, les partis et même les syndicats ont tendance à vouloir ignorer les chômeurs, surtout depuis qu’ils sentent que le chômage est devenu un phénomène de société, qu’il est "incompressible". Bref, tout le monde se défile. Les syndicats sont surtout préoccupés de défendre ceux qui ont un "job".
- Il nous a semblé - corollairement à cette situation -que le Mouvement créé par Pagat a tendance à glisser dans le Caritatif ; il est largement soutenu du reste par des catholiques. Un syndicat des Chômeurs politiquement actif,. agressif, reste à créer. Mais est-ce possible ?

Toujours est-il qu’il existe de très nombreuses maisons de chômeurs en France, qui agissent dans un esprit d’aide morale ou matérielle, servent de conseil juridique ; si des amis distributistes veulent en contacter, ils peuvent écrire pour se renseigner à "Partage", 54, rue des Entrepôts, 93400 Saint-Ouen, et s’ils le souhaitent, s’abonner au journal mensuel "Partage" (90 F).
Nous terminerons sur les questions de fond qui ont été débattues et les propositions qui ont été faites. On peut les résumer ainsi :
1. Revenu social garanti. On évite à juste titre de parler de minimum social garanti, laissant ainsi la porte ouverte à des sommes allant de 2.000 F à 2/3 du SMIC. Cette idée est donc bien dans l’air et c’est probablement ainsi que les futurs gouvernements - de droite ou de gauche - règleront les risques d’explosion sociale.
2. Journée de 35 heures. Idée couplée avec le travail à mi-temps. Ce qui se passe, en Allemagne capitaliste confirme que ce n’est plus, à moyen terme au moins, une vue de l’esprit.
3. Développement de la "nébuleuse" tertiaire. Là, des idées nombreuses, souvent contradictoires, voire confuses. La création d’emplois "conviviaux" ; de petits boulots, souvent mal rémunérés, constituent des "gisements d’emplois" importants. Ça rejoint la théorie actuelle des socialistes.

Aucun orateur n’a évoqué sérieusement la rupture indispensable avec le capitalisme pour "en sortir"  : de nombreux congressistes par contre ont posé, et souvent avec virulence, la question. J’ai moi-même interrogé un intervenant "Pensez-vous que le problème du chômage puisse être résolu dans le cadre d’un régime de marché ?" Réponse de l’orateur, Professeur d’Économie, très brillant dans l’analyse de la situation actuelle : "C’est un faux problème. La question ne se pose pas ainsi, c’est plus complexe que cela. Compte tenu de la mondialisation de l’Economie, on ne peut pas... etc... etc..." Bref, l’antenne habituelle : nous sommes des utopistes.
Il a été beaucoup débattu de la redistribution des gains de productivité, seule façon d’alimenter les créations d’emplois dans le tertiaire et de répondre aux impératifs de solidarité dans la société d’aujourd’hui et de demain. Pour la même raison, les prélèvements obligatoires ne peuvent diminuer. Sur ce point, les faits confit confirment ce que, nous aussi, nous avons toujours soutenu : en 1987 sous la droite qui devait diminue impôts et taxes, il s’avère que les P.O ont continué à croître de 0,3 pou atteindre 44,7 %.

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Autogestion-Participation ?

par R. MARLIN
avril 1988

C’est une banalité que de constater la pauvreté du débat politique des élections présidentielles  ! La nature du duel, lors du second tour, auquel pensent les candidats en position de l’emporter et la faible marge prévisible de la victoire rendent forcément prudents. Seuls les candidats marginaux peuvent donc se permettre de parler nouveau et clair. Même les lieutenants restent réservés. Michel Rocard ne parle plus d’autogestion. Jacques Toubon confond participation, privatisations et mainmise d’un clan sur les entreprises. Comment donc envisager la gestion des entités économiques et favoriser l’évolution nécessaire vers plus de participation effective des personnels dans les décisions, seul moyen de motiver les travailleurs ?
Ne faisons que pour mémoire référence aux illusions néo-libérales de capitalisme populaire. Les privatisations ne sont qu’une caricature d’ouverture au plus grand nombre ; nous l’avons déjà démontré (1). Quoiqu’il en soit et même si un nombre important d’actionnaires entraient dans le capital, il est acquis qu’ils ne s’intéresseraient pas à la vie interne de la société. Le jeu boursier s’apparente au loto et au bingo, il ne constitue pas une participation dans le sens des conseillers du Général de Gaulle (H. Vallon et P. Langevin) : une alternative au capitalisme et au communisme. Au contraire, on a pu se demander à bon droit si le système financier ne jouait pas contre l’industrie et contre les entreprises, déconnexion favorable à ces dernières jusqu’à présent préservées dés atteintes du krach boursier d’octobre 1987.
Autre abus de vocabulaire, l’emploi du terme mutualisation pour qualifier le rachat du Crédit Agricole par ses caisses départementales. Au-delà des contestations sur le prix "bradé" de 7 milliards de F et sur la majorité garantie aux "agriculteurs" dans le conseil d’administration, l’opération ne s’apparente en rien à une mutualisation. En effet, une mutuelle est, par essence, ouverte aux membres individuels et tous peuvent y accéder. Fermée, elle perd tout intérêt.
En Allemagne Fédérale, la cogestion est à l’honneur. Les représentants syndicaux, véritables potentats, sont entrés dans les organes qui administrent les entreprises. Outre que cette solution ne saurait s’appliquer en France, en raison du faible taux de syndicalisation, on sait que la plupart des syndicats nationaux sont ici opposés à la prise de responsabilités dans la gestion. Ils estiment qu’ils convient de ne pas faire de la collaboration de classes ou pensent qu’il faut séparer le pouvoir de décision et celui de contestation.
En dehors des sociétés capitalistes pures, d’autres formules subsistent encore en économie industrielle ou commerciale. Citons les mutuelles et les coopératives. Les mutuelles déjà nommées sont intéressantes, il en est de plusieurs sortes dont celles qui couvrent le domaine social : assurances complémentaires de tous ordres, mutualité agricole. Certaines ont voulu se lancer dans le commerce. Beaucoup y ont échoué. La fraternité et la solidarité s’accomodent mal de la concurrence et du profit. D’autres n’ont de mutuelles que le nom ; c’est le cas des assurances générales où certaines pratiquera des tarifs effectivement intéressants alors que d’autres s’alignent sur leurs congénères.
Les coopératives sont en principe composées de membres à part entière qui participent aux bénéfices comme aux pertes éventuelles ; elles sont prônées par des abondancistes qui y voient une bonne école de gestion et un moyen d’associer pleinement les travailleurs à la direction des entreprises ainsi qu’une transition vers l’économie distributive. Hélas, on ne peut pas écrire que les échecs des coopératives, aussi bien dans la production (Boimondau, AOIP) que dans la consommation (Coop) soient très prometteurs. Il en est de même des communautés qui s’étaient réunies dans la mouvance des événements de 1968, allant jusqu’à tout mettre en commun : D’autres expériences plus encoura-geantes sont les kibboutzim qui s’apparentent souvent, à la fois, aux coopératives et aux communautés. L’on peut se demander toutefois si ce système est adapté à nos mentalités occidentales.
Enfin, d’aucuns voient, dans les implications économiques du fédéralisme, une autre voie transitoire n’excluant d’ailleurs pas les propositions précédentes.
Il est certain que l’organisation fédérale présente le double avantage d’éviter les écueils d’une centralisation excessive et d’un bureaucratisme souvent envahissant. Prétendant placer la décision au niveau du besoin, depuis la famille jusqu’au plan mondial, ce principe parait séduisant et universel. Justement n’est-il pas trop ambitieux ? Ne se situe-t-il pas bien au-delà des moyens à notre portée ? Ne manque-t-il pas de pragmatisme en voulant régler tous les problèmes à la fois à quelque endroit qu’ils se situent ? Désirant tout résoudre, ne se condamne-t-il pas à l’impuissance ?
J’en reviendrai donc à une solution de transition déjà étudiée avec un concours syndical dans le cadre du retour au pouvoir de la gauche en 1981. Le "statut" préparé à cette occasion et qui n’a pu être mis en application, prévoyait, pour commencer, une représentation tripartite au Conseil d’Administration retenu comme le centre de décisions de la société. Il s’agissait d’une entreprise ayant le caractère d’un Etablissement Public Industriel et Commercial (EPIC) c’est-à-dire assimilable à une "nationalisée régionale". Le système peut s’appliquer aussi bien aux grandes nationalisées qu’aux entreprises privées et présente des avantages sur les deux formules supprimer l’antagonisme entre le personnel et son employeur (le patron ou l’état-patron).
Le Conseil d’Administration est donc composé de représentants des trois groupes intéressés par la bonne marche de l’entité économique : les consommateurs, le personnel et l’employeur (état ou actionnaires). Bien entendu, nous en resterons à la présentation du principe susceptible d’applications diverses. En particulier, l’orientation générale vers l’autogestion serait tempérée par la représentation de ceux qui sont souvent oubliés, à gauche comme à droite, et qui constituent pourtant la finalité même de la production : les consommateurs. Leurs représentants pourraient être, par exemple, élus parmi les membres des différentes associations ou fédérations qui les regroupent à présent.
Qu’il soit bien entendu que ce projet s’inscrit seulement dans le cadre des mesures propres à faciliter, dans une étape bien ultérieure, l’accès à l’économie distributive. Applicable dans le cadre de l’économie de marché, il ne serait qu’une amélioration limitée de l’économie actuelle.

(1) Voir "Capitalisme populaire ?" G.R. n°  853.

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Amis distributistes, AU TRAVAIL ! :

Socialiser l’abondance

par le G.R.H.A.P.
avril 1988

Jean Belaubre et Jean Damblans du groupe de recherches des Halles de Paris (GRHAP) (ainsi nommé uniquement en raison de sa localisation) ont présenté à la réunion du Comité de la Grande Relève du samedi 30 janvier, la situation des études effectuées par leur groupe, préparées par l’un mais discutées par tous et mises sous une forme provisoire non exhaustive.
L’atelier réunit une petite équipe de camarades à des titres divers mais de formation et d’activités variées et possédant tous une certaine culture politique. Cette équipe ne souhaite en aucune sorte se substituer aux groupes abondancistes existants. Elle pense seulement en conclusion de ses travaux qu’il serait éminemment souhaitable que soit constitué un ou des groupes rédactionnels d’un ouvrage de référence présentant l’analyse et les solutions abondancistes, pour permettre d’entreprendre ultérieurement une action plus concrète à définir avec les camarades qu’une forme d’activité éventuellement plus politique intéresserait.
L’expérience prouve surabondamment en effet qu’il est impossible de charger les autres de présenter/défendre notre analyse et de tendre à la concrétisation de nos conclusions... "Il faut aller soi-même au charbon".
L’établissement d’un tel ouvrage de la classe, pour fixer les idées, de la "Théorie Générale" de J.M. Keynes (Payot) ou de "Capitalisme-socialisme et démocratie" de J. Schumpeter (Payot) (si comme nous l’espérons nous en avons la possibilité intellectuelle) impliquerait pour un homme seul un travail d’un certain nombre d’années avec évidemment tous les défauts et lacunes que présenterait une telle production (sauf pour son auteur d’être enseignant et de ce fait de pouvoir actualiser en permanence ses références et débattre à la continue de ses réflexions avec des interlocuteurs informés et valables).
Pour aboutir rapidement serait envisagée la création d’un groupe de travail par chapitre du livre en projet, suivant le sommaire provisoire proposé sur lequel nous pourrions nous mettre d’accord rapidement. Ces groupes de travail constitués seront évidemment susceptibles d’intégrer à tout moment tout spécialiste que chacun d’entre nous dans son entourage intéresserait au travail en cours.
En matière de forme, pour fixer les idées, les études scientifiques, économiques actuelles, l’histoire nouvelle (entr’autres celles de L. Febvre, M. Bloch, F. Braudel, J. Le Goff, G. Duby) nous ont habitués à des exposés où chaque idée avancée a été confrontée à celle de scientifiques, d’économistes, d’historiens, de sociologues ou autres, si bien qu’un ouvrage comme par exemple : "Le problème de l’incroyance. La religion de Rabelais" de L. Febvre - Ed. Albin Michel comporte 25 pages de références bibliographiques et la liste ne serait pas exhaustive, de même "Les origines d l’économie occidentale" - Ed. Albin Michel de R. Latouche comporte quelque 60 pages de références bibliographiques.
Ainsi en parodiant L. Febvre dans le livre précité, page 323 pourrait-on écrire : "Supposons un homme exceptionnel... qui se montre capable de devancer d’un siècle ses contemporains, de formuler des vérités qui ne seront tenues comme telles que cinquante, soixante ou cent ans plus tard... où trouvera-t-il des appuis ? Nous serons bien forcés de nous rallier à deux conclusions :
"L’une, que ce qu’a pu dire cet homme n’importe pas... Car nier c’est dire posément, calmement les raisons qui ne doivent pas, ne peuvent pas être fragmentaires mais constituer un faisceau véritable de raisons cohérentes, s’étayant l’une l’autre et reposant les unes et les autres sur un faisceau de constatations scientifiques concordantes. Si ce faisceau ne peut être formé, la négation est sans portée".
"Seconde conclusion : parler d’abondance à une époque où contre une économie capitaliste, aux prises universelles, si les hommes les plus intelligents, les plus savants ou audacieux ne trouvent pas d’appui, c’est un peu parler d’une chimère".

"Quels sont donc les appuis de l’abondancisme ? Dans l’histoire ? dans les sciences physiques, économiques, monétaires, dans les technologies à leur point de développement actuel  ?..."
Il ne s’agit pas d’énoncer le problèmes des excédents agricoles rapportés par Newsweek seulement comme ils se présentent pour nous abondancistes mais bien de les situer dans leur contexte national et international. Comment oser parler de ces excédents sans avoir lu sinon parcouru les Rapports généraux sur l’activité des Communautés Européennes et pour mémoire : "La politique agricole des États-Unis d’Yves Gazzo - préface M. Rocard - Revue Economica ainsi que l’article : "La faillite de l’agriculture américaine dans un monde sous-alimenté" Florence Baugé - Le Monde diplomatique - Janvier 87, les articles d’Henri Vallet et de Claude Servolin dans le Monde diplomatique de février 88 ?
Un document disponible : "Synopsis d’un livre à paraître sur la socialisation de l’abondance" a été établi antérieurement par le GRHAP. Nous le résumons brièvement  :
1) Naissance, développement, épanouissement puis dépérissement obligé de l’économie capitaliste :
L’économie antique- les origines de l’économie occidentale  : économie de subsistance et naissance de l’économie de marché. Apparition du capitalisme. L’épanouissement de l’économie capitaliste et sa dynamique - son dépérissement obligé en particulier de l’intérieur.
2) La critique de l’économie politique : ses objectifs actuels et ses limites obligées du fait même de ses objectifs.
3) L’histoire de la Monnaie et des Monnaies : définitions et antinomie des usages : détermination/expression de la valeur - moyen d’échange - accumulation et spéculation. -Analyse des possibilités et perspectives de la monnaie, (du numéraire), électronique et de la géofinance.
Nécessité de restaurer l’instrument d’échange : historique des monnaies de consommation.
4) Les options politiques actuelles L’option néolibérale : historique-finalitémotivation réelle et perspectives. Les options socialistes et social-démocrate.
5) La mutation en cours - ses preuves Les données statistiques de l’OCDE prouvent la pertinence de notre analyse. Mais il faudrait reprendre contact avec les auteurs d’études conjoncturelles pour entendre leurs arguments - les développer et réfuter si besoin.
6) Les difficultés des hommes à se rendre intellectuellement disponibles et ouverts aux idées nouvelles, quel que rationnelles qu’elles puissent paraître, et être, effectivement.
7) Quelle organisation dans la période de transition nécessaire :
-Secteur de la nécessité - nationalisé pour la production aussi automatisée que possible des produits abondants reconnus socialement utiles - monnaie de consommation millésimée.
- Secteur de l’autonomie - production en régime de capitalisme libéral sans intervention de l’Etat - monnaie nationale.
8) Monnaie (de préférence : numéraire) de consommation  : (mais ce terme numéraire impliquerait un exposé qui sortirait du cadre de ce bref article). Définition et moyen d’émission.
Méthode de régulation du rapport : monnaie de consommation (en circulation) /monnaie nationale (en circulation). (Réalisation d’une simulation pour confirmer les modalités d’introduction de la monnaie de consommation et les possibilités de régulation envisagées.
9) Examiner les répercussions et incidences au plan international de l’instauration d’une telle monnaie de consommation nationale.
10) Conclusion : Les politiques pourront-ils vaincre leur incurie, dépasser leur pusillanimité et leur égocentrisme.

-Un certain nombre de dossiers ont été établis et discutés avec indication des bibliographies de référence. Ils seront à reprendre, à compléter éventuellement et à rédiger.
-Choisissez le ou les rubriques susceptibles de vous intéresser dans l’ordre.
Pour une information qui vous paraîtrait nécessaire, demandez-nous préalablement les deux documents : " Socialisons l’abondance" et "Synopsis d’un livre à paraître". Prix 10 F franco l’un.

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"Le paysan biologique" (1) reprend sous la signature d’Alain PILOTE des informations sur une controverse devant le Congrès des Etats-Unis et les tentatives d’Alan GARCIA, président de la République du PÉROU extraites de "Vers demain" l’organe des créditistes canadiens". Le premier article est Intitulé "Le Sénateur américain Jack Metcalf veut redonner au Congrès des Etats-Unis le pouvoir d’émettre l’argent". En voici de larges extraits :

Nouvelles des créditistes canadiens

avril 1988

L’Histoire politique des Etats-Unis, spécialement celle des 100 premières années (1776-1876), peut se résumer dans la bataille entre les banquiers internationaux et le gouvernement légitimement élu de la nation pour le contrôle et l’émission de la monnaie. Les banquiers semblaient avoir eu le dernier mot dans cette bataille lorsqu’en 1913, le Congrès des Etats-Unis votait le "Federal Reserve Act", qui enlevait au Congrès lui-même le pouvoir de créer l’argent et remettait ce pouvoir à la Réserve Fédérale (Banque centrale des EtatsUnis).
Mais voici qu’un sénateur de l’Etat de Washington, M. Jack Metcalf se lève et part en campagne contre la "Réserve Fédérale" ; pour redonner au Congrès son pouvoir d’émettre l’argent, pouvoir qui est clairement inscrit dans la Constitution américaine.
Et ce qui est le plus surprenant, c’est que la nouvelle est rapportée en page couverture du porte-parole des milieux financiers et grand défenseur des banquiers, le "Wall Street Journal", édition du 16 juillet 1987, sous le titre : "Fed Up with the Fed, a State Legislator Moves to Abolish it" (En ayant plein de dos de la Réserve Fédérale, un législateur d’Etat prend des mesures pour l’abolir).
Le sénateur voyage à travers tout l’Etat et il a gagné l’appui de plusieurs groupes populaires en vue de ce référendum. C’est une véritable campagne d’éducation sur le fonctionnement du système bancaire qu’il a entreprise, et il parle pour être compris de son auditoire. . un groupe de chefs syndicaux réunis à Seattle par exemple, il raconte l’histoire du "Saloon de la Réserve Fédérale" :
"Quatre cowboys déposent leurs avoirs comme garantie pour emprunter un jeu de cartes. Le problème est que chacun des quatre doit rapporter 14 cartes à la fin de la soirée - une impossibilité mathématique (il n’y u que 52 cartes en tout, soit 13 pour chacun). . la fin, un joueur se retrouve avec seulement 10 cartes et perd tout ce qui lui appartenait... C’est cela le problème avec la Réserve Fédérale. Elle créé l’argent pour les prêts mais ne créé pas l’argent pour payer les intérêts...
Le Wall Street Journal termine son article en essayant de discréditer le Sénateur Metcalf avec toutes sortes de faussetés et d’insinuations, et voudrait bien que les gens votent contre son référendum. Cela n’est pas surprenant de lu part des banquiers, car lorsqu’ils sentent la soupe chaude et leur pouvoir menacé, ils sont prêts à employer les ruses et stratagèmes les plus déloyaux et perfides pour que leur monopole de la création de l’argent ne soit pas contesté. lis ont employé les mêmes tactiques contre C.H. Douglas et Louis Even, mais lorsque la vérité éclate en plein jour et que la lumière est faite sur leur système voleur, les banquiers ne peuvent plus l’arrêter, malgré tous leurs millions et les efforts de -leurs fidèles serviteurs lèchebottes pour tenir lu population dans l’ignorance de leur vol.

***

APPEL AU PUBLIC
La Sénateur Metcalf sait très bien que les financiers peuvent corrompre et acheter quelques représentants élus, mais ils ne peuvent acheter toute une population, c’est pourquoi il fait appel au peuple par la méthode d’un référendum, pour que la. question "Qui doit créer l’argent ?" soit connue du public le plus largement possible. "C’est la question la plus importante devant n’importe quelle législature de n’importe quel Etat de l’Union cette année", dit Metcalf.
Metcalf soutient qu’il est absurde que le gouvernement paye des intérêts à un système bancaire privé pour l’usage de son propre argent, qu’il pourrait émettre luimême sans intérêt. Et il soutient aussi que le Congrès, lorsqu’il a délégué à la Réserve Fédérale en décembre 1913 le pouvoir de créer l’argent, n’avait pas l’autorisation constitutionnelle de déléguer ce pouvoir.

***

QUI DOIT CRÉER L’ARGENT NOUVEAU ? LA SOCIÉTÉ
Qui doit créer l’argent nouveau ? Les créditistes le savent depuis longtemps, c’est la société, et plus précisément, le gouvernement agissant au nom de cette société. L’argent nouveau appartient à la société, et non pas au banquier, car cet argent est basé sur la production de la société  ; le banquier n’a absolument rien produit dans le pays, il n’a fait qu’apporter des chiffres. Sans la production de tous les citoyens du pays, les chiffres du banquiers ne valent rien. Mais le banquier agit comme si cet argent nouveau lui appartenait, le prête et réclame un intérêt sur ce prêt par-dessus le marché. C’est un double vol.
C’est ce qui fait que plus le pays se développe, plus la production augmente, plus le pays s’endette. Plus le puys est riche, plus il est endetté ! C’est contradictoire, mais ça démontre justement que c’est le système des banquiers qui est à l’envers. Sous un tel système de fou, ceux qui ont bâti le pays, la population, le doivent à ceux qui n’ont absolument pas levé une seule pelletée de terre. les banquiers n’ont fait qu’écrire des chiffres pour permettre à la population du pays d’utiliser su propre capacité de production et faire usage de ses propres richesses.
La justice et le simple bon sens exigent que ce soit le gouvernement qui émette lui-même son argent, sans intérêt, sans passer par les banquiers privés. Le gouvernement, par l’intermédiaire d’un office National de Crédit (ou d’une autre institution, qui pourrait même être la Banque du Canada pour les Canadiens, et la Réserve Fédérale pour les Etats-Unis, mais cette fois-ci réellement mise au service de la population, et non pour servir les intérêts de banquiers privés), établirait une comptabilité exacte, où tout endettement serait impossible : l’argent nouveau serait émis au rythme de la production, et retiré de la circulation au rythme de la consommation. On aurait ainsi un équilibre constant entre l’argent et les produits, et l’argent garderait toujours sa même valeur.
C’est cela que propose entre autres le Crédit Social, qui en plus de son dividende à chaque citoyen et sa fameuse technique de l’escompte sur les prix, garantirait à chaque citoyen, le nécessaire pour vivre et empêcherait toute inflation des prix. L’argent serait enfin mis au service de la personne humaine.

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Voici maintenant d’autres passages d’un article sous le titre : "Le Pérou lutte contre les banquiers internationaux - Alan Garcia instaure la "démocratie économique." La police utilise les grenades lacrymogènes contre les banquiers"  : ... Le président du Pérou, Alan Garcia, continue su lutte contre les banquiers internationaux. Le 28 juillet 1987. il annonçait un projet de "démocratie économique" pour le Pérou, qui comprend la "nationalisation de la Banque". Et le 13 août 1987, le parlement péruvien approuvait le projet de loi prévoyant la nationalisation de 10 banques, de 6 sociétés financières et de 17 compagnies d’assurances...
Et le "Toronto Star" du 5 août 1987 rapportait la nouvelle suivante, avec le titre assez spectaculaire : "La police péruvienne utilise les grenades lacrymogènes contre les banquiers" :
"LIMA (Reuter) - La police a utilisé les gal lacrymogènes contre les cadres et les employés de banque marchant à travers un quartier sélect de Lima hier pour protester contre la nationalisation proposée des banques privées du Pérou.
"Environ 500 secrétaires, caissiers et directeurs de banque privées et compagnies de crédit ont marché à travers le chic quartier de San Isidro portant des affiches avec l’inscription  : "A bas la nationalisation".
"Tous sauf environ 150 marcheurs qui s’arrêtent devant la banque Mercantile se sont dispersés lorsque la police est arrivée. Le reste s’est enfui lorsque les grenades des lacrymogènes remplirent l’air de nuages".

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GARCIA DEVIENT PRÉSIDENT
Le 28 juillet 1985, Alan Garcia, à 36 ans devenait président du Pérou,. ce qui en faisait le plus jeune président élu du monde entier. Il prenait le pouvoir dans des circonstances difficiles, entre autres une dette extérieure de $ 14 milliards, énorme pour l’économie de ce pays. Le jour même, il prenait position contre les banquiers internationaux en annonçant que son pays ne consacrerait désormais pas plus que 10 pour cent des revenus des exportations pour le service de la dette. Garcia faisait passer l’intérêt de son peuple avant celui des banquiers : "J’ai été élu parle peuple et non par un cercle de banquiers" ; dit Garcia.

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L’ARGENT N’EST QU’UN CHIFFRE
Garcia savait que le Pérou n’avait rien à perdre en ne recevant plus d’argent des banquiers étrangers, car l’argent, ce n’est qu’un chiffre. L’argent n’est pas la richesse, mais le signe qui donne droit à la richesse. Enlevez les produits, et l’argent ne vaut plus rien. Ce sont les produits du Pérou qui donnent la valeur à l’argent. Les banquiers ne produisent absolument rien, ils n’ont que des chiffres à offrir. Et ces chiffres-là, le Pérou peut très bien les faire lui-même sans s’endetter envers les banquiers internationaux.

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AU SUJET
DE LA NATIONALISATION
La nationalisation des banques effectuée par Garcia n’est pas du même genre que la nationalisation prônée par les socialistes, tel que veut le faire le Nouveau Parti Démocratique (NPD) au Canada, ou comme l’a déjà fait Mitterand en France, ou lorsque le gouvernement travailliste de l’Angleterre avait nationalisé la "Banqué d’Angleterre". Le gouverneur d’alors de la Banque d Angleterre, Montagu Norman, avait dit : "La nationalisation  ? Nous lui souhaitons la bienvenue".

Ce genre de nationalisation prôné par les socialistes ne fait pas de mal aux banquiers et les laisse passablement indifférents, car il leur laisse le pouvoir de créer l’argent nouveau, selon leur bon plaisir. C’est une nationalisation qui ne fait que changer l’écriteau sur la façade de la batisse, la politique de la banque demeurant inchangée, les banquiers ne sont pas dérangés dans leur vol.
Les socialistes n’ont jamais un mot à dire contre le système financier. lis blâment tout le système capitaliste, tout excepté la seule chose qui va mal, le système financier. les créditistes ne font pas cette erreur, et ils savent que dans le capitalisme, il faut faire la distinction entre deux choses : le système producteur, qui fait les produits, et le système financier, qui fait l’argent...
Mais Garcia a effectivement enlevé aux banques ce pouvoir de créer l’argent nouveau, pouvoir qui revient de droit au gouvernement, et c’est pourquoi les banquiers sont dans tous leurs états. Le Crédit Social n’exige pas la nationalisation des banques, le gouvernement peut laisser aux banques les opérations d’ordre strictement bancaire, celles ayant trait à l’épargne et aux prêts, mais il doit absolument enlever aux banques les opérations ayant trait à l’émission et au retrait de l’argent, car c’est là une fonction qui appartient au gouvernement. Garcia a repris cette fonction, et c’est ce qui compte.
Enfin sous le titre "Alan Garcia instaure la démocratie économique" l’auteur rappelle les principes du Crédit Social :

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DEMOCRATIE ECONOMIQUE
Sous un régime créditiste, l’argent ne serait émis ni selon le bon plaisir des banques ni du gouvernement, mais selon les statistiques : l’argent nouveau serait mis en circulation au rythme de la production, et retiré de la circulation au rythme de la consommation. Il y aurait ainsi un équilibre constant entre les prix et le pouvoir d’achat.
Et cet argent nouveau serait remis directement entre les mains des consommateurs. C’est ce que Douglas, l’auteur du Crédit Social appelle la "démocratie économique" et Louis Even l’explique en comparant l’argent à un bulletin de vote : les consommateurs, ayant ainsi de l’argent dans leurs poches, pourraient exercer leur choix par leur "argent-vote", et "voter" pour les produits et services qu’ils désirent, pénalisant ainsi les producteurs dont ils ne désirent pas les produits et services. Pour rester en affaires, les producteurs chercheraient à produire ce que les gens désirent. Ce sont les consommateurs qui, en fin de compte, décident quelle production sera faite, ce qui est une véritable démocratie économique. (Voir l’article de Louis Even à ce sujet dans le présent numéro de Vers Demain).
D’ailleurs, le premier livre que le Major Clifford Hugh Douglas a écrit sur le Crédit Social, en 1919, était intitulé "Economic Democracy" (Démocratie Economique). Ce n’est que plus tard qu’il a désigné ses propositions financières sous le nom de "Crédit Social". "Démocratie économique" et "Crédit Social" c’est synonyme. Et lorsqu’on apprend que le Président Garcia désigne sa réforme sous le nom de "Démocratie économique", tout porte à croire que c’est une réforme dans la ligne du Crédit Social, il y a donc là de quoi se réjouir (transmis par R. Q, Rive de Gier).

(1) 5, rue de Renac - 44143 CHATEAUBRIANT CEDEX

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CES BONS BANQUIERS,

Victimes de féroces entreprises !

par P. VILA
avril 1988

Dans son numéro du 13-19 février, le "Monsieur Loyal" de l’hebdomadaire "The Economist" présente le nouveau cirque des "fonctions bancaires de l’entreprise" et ses fauves mal apprivoisés ; je traduis mot à mot l’article : "Bankers to both sides", ou banquiers entre deux feux, (entremetteurs) pigeons, ou agents doubles ?).
"Quand un prédateur menace d’OPA une compagnie, il a souvent sur elle des informations absolument confidentielles... Fini le temps où une entreprise n’attendait de son banquier rien de pire que des capitaux pour fonctionner, des fiches de comptes et un bon déjeuner... La concurrence sur les marchés financiers détruit les vieilles traditions. Le krach d’octobre 1987 a envenimé les conflits (OPA) en Grande-Bretagne et aux USA, et une seconde vague d’achats fait encore plus hurler à la trahison. Des sociétés qui pensaient conserver une relation privilégiée avec leur banque la découvrent brandissant sur elles un fusil de chasse encore fumant, et le banquier est en train de recharger.

Exemples :
Pearson, société britannique (propriétaire indirect d’une moitié des part de "The Economist") était cliente du groupe d’investissement S. G. Warburg. Elle s’est trouvée fort lésée quand l’antenne commerciale de Warburg a acquis 4,9% de Pearson pour Carlo de Benedetti, europrédateur international. Pearson a changé d’experts.
Citibank prêtait à la firme britannique DEE (réinvestisseurs) ; elle était son courtier pour l’émission d’obligations et pour le marché américain de ses actions. Durant l’été 1987, Citibank avait proposé à DEE une cession de dirigeants que DEE avait repoussée. Citibank a alors engagé une coopérative bancaire pour cofinancer une offre meurtrière de deux milliards de livres pour le compte d’un autre groupe britannique, Barker and Dobson. Alec Monk, patron de DEE, a déclaré que Citibank avait agi d’une façon "très vilaine" et DEE a dû modifier une partie de ses activités...
Le plus gros coup s’est produit en janvier 1988 ; Morgan Guaranty, grand prêtre en relations d’experts bancaires a conseillé et monté une offre hostile d’Hoffman la Roche contre Sterling Drug. C’était la première OPA de plusieurs milliards de dollars US jamais pilotée par une banque commerciale ; Morgan étant prêteur à Sterling, et ayant en charge son émission de bons, était dépositaire et agent de transfert de ses actions. Le président de Sterling a accusé sa banque de conduite contraire à l’éthique et modifié ses relations avec Morgan. Comble de déconfiture pour cette banque... l’offre d’Hoffman a été repoussée !

Qu’est-ce qu’une relation en matière de banque  ?
Les banques ont toujours eu des conflits avec des clients qui s’affrontaient dans des OPA, maintenant ces conflits se multiplient et s’aggravent. Les banques d’investissement sont très mobilisées dans des affaires de fusions et d’achats. Et les grandes.’ banques commerciales se précipitent sur leurs chasses gardées. Plus personne n’est d’accord sur les prérogatives...
L’un des droits légaux assez clair est la discrétion. Les banques qui contresignent des obligations ont des informations confidentielles. Les agents de courtage détiennent des listes d’actionnaires. Tout conseiller en restructuration connaît parfaitement les comptes de la compagnie. Même des prêteurs ordinaires tiennent des fiches sur les emprunteurs. Une compagnie britannique ou américaine peut attaquer un expert financier si elle a la certitude qu’il utilise contre elle des informations confidentielles. La Gencorps américaine fait actuellement un procès à sa banque d’investissement Shearson Lehman. Mais ce type de procès ne réussit presque jamais. Warburg, Morgan Guaranty et Citibank affirment que les informations confidentielles sont absolument protégées par des écrans "chinois" et leurs clients mécontents n’ont pu infirmer cela devant les tribunaux. La réalité du débat porte non pas sur un usage malveillant de l’information, mais sur, la loyauté des opérations.
Si une banque protège un secteur particulier d’une société, doit-elle s’abstenir d’agir dans les autres, comme c’est le cas pour un avocat ou pour un comptable ? Ce sont les sociétés elles-mêmes qui ont fait beaucoup pour ruiner le "banquisme relationnel" et ceci à leur avantage. A partir de 1975, elles ont préféré s’adresser pour moins cher aux marchés de capitaux. Elles ont ensuite exploré le marché pour d’autres services. Il n’existe pratiquement plus une seule grande entreprise liée à une seule banque commerciale, et beaucoup séparent leurs engagements de finance propre de ceux de courtage qu’elles distribuent à des banques d’investissement différentes. La loyauté est une bonne chose, mais elle s’applique dans les deux sens.
Beaucoup de banque se refusent toujours à lancer une offre hostile contre un de leurs clients, mais elle exigent de plus en plus, avant d’adopter une entreprise comme client. Les liens importants, étroits et multiples sont protégés ; des amitiés moins profitables peuvent être rompues sans entorse légale et sans problèmes. C’est ainsi que fonctionnent les marchés. Un danger majeur est que la stratégie de certaines banques se limite à des profits à beaucoup trop court terme ; aujourd’hui les opérateurs à tout va offrent des profits étincelants, mais les corporations retournent au mode de crédit bancaire lorsque le marché des obligations devient moins accueillant. Si, enivrées par la déréglementation, les banques se mettent à jouer trop vite, elles perdent sur leurs vieux clients et ont du mal à en trouver de nouveaux. Souvenons-nous de l’adage : "Dans le doute, abstiens-toi", ainsi il y aura des chances pour que la "fonction bancaire" ou le banquisme de relation ne soit pas réellement mort, mais au repos pour quelque temps".
Quel rapport avec l’économie trouvée dans ce cirque ? Les "sociétés" et leurs chefs, troupeaux de chevaux de labour et ours affreux, se débattent pour continuer à produire, ils s’insurgent contre les hyènes nettoyeuses et les cochons-rois du système bancaire...
Pourtant ce petit monde pose des problèmes délicats de loyauté... Mais grâce à la main invisible du dieuargent du marché, la mystérieuse continuité du monde bancaire prospère et, raffinée ne peut que se rétablir....
Ce texte illustre l’agilité morale des chantres du banquisme. Il n’est pas possible de formuler aussi joliment le dépeçage des économies par l’aberration bancaire des six derniers mois. les "experts" se recopient, quel que soit le tableau délirant du gaspillage que nous offre le système, moteur des crises et des guerres depuis cent cinquante ans. Et les "experts" continuent de cautionner les traditions de servilité des médias et des gouvernants, devant la fine élite des rois du marché bancaire !
Dans ce conteste, l’Europe fait déjà figure d’accusée rétrograde : elle n’est même pas capable de centraliser ses places boursières autour d’un écu de référence, de "réserve" : voici qu’elle pourrait bien se rattraper économiquement grâce aux déphasages Frankfort-Londres-Paris... qui permettent aux investisseurs productifs, ours et lions de chez nous, d’échapper partiellement à la férule bancaire.
Pourvou que çà doure !

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