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   Mensuel de réflexion socio-économique vers l’Économie Distributive
 
 
 
 
 
AED La Grande Relève Articles > N° 843 - mars 1986

 

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N° 843 - mars 1986

Quelle différence y a-t-il ?   (Afficher article seul)

Lu, vu, entendu   (Afficher article seul)

À propos de la transition   (Afficher article seul)

1. Toujours le profit ! H. Muller
2. Un peu naïf, le professeur,
3. Ma transition.

Quelques nouvelles de la « Commission Économique » chargée de travailler sur les mesures de transition.   (Afficher article seul)

Le lien entre travail et revenu devient injuste   (Afficher article seul)

Au Canada, du journal « La Presse », de Montréal.

L’état minimum*. Débrouillez-vous !   (Afficher article seul)

Guy SORMAN récidive.

Aux confins de l’absurde !   (Afficher article seul)

Il n’y a pas qu’un Sida   (Afficher article seul)

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Quelle différence y a-t-il ?

par M.-L. DUBOIN
mars 1986

« Quelle différence y a-t-il, entre la droite et la gauche ?, soupirait récemment un ami, écoeuré par la campagne électorale qui nous agresse.
Peut-être est-ce parce que je venais justement de lire L’homme imaginant, d’Henri Laborit, toujours est-il que cette remarque m’a automatiquement rappelé une devinette d’enfants : «  Quelle différence y a-t-il entre un écureuil et un fer à repasser ? » Aux personnes qui, paralysées par l’évidence, disaient « Je n’en sais rien », on répondait  : « Tu les mets tous les deux au pied d’un arbre, celui qui monte, c’est l’écureuil ! ». Henri Larorit, en conclusion de son essai sur les comportements humains, se demandant lui aussi où se situe la séparation entre la droite et la gauche répond de la façon suivante :
Comment les définir ? On pourrait dire que la droite comprend les sédentaires, ceux à qui le mouvement répugne, qui désirent maintenir les choses en l’état existant, leurs privilèges et leurs bien sociaux. Comme ce sentiment n’est pas empreint d’idéalisme, l’homme de droite préfère se présenter comme le défenseur de valeurs séculaires, voire éternelles, de la morale, de la religion, du droit, de la justice, de la propriété, du travail, de la famille, etc., de toutes ces entités qui ont fait la fortune du bourgeois de toutes les nationalités. C’est un CONSERVATEUR...
Mais la gauche alors ? Serait- elle caractérisée par le désir de changement ? Sans doute, mais ce changement peut aller du détail au bouleversement profond des structures sociales... Si la caractéristique de la gauche est le changement et si ce changement passe par l’abolition de la propriété privée des moyens de production, en supposant que celle-ci soit réalisée.., tout commence, car cette abolition ne résout pas les problèmes... C’est ce qui explique cette explosion d’idéologies... qui cherchent une solution nouvelle aux problèmes humains. Si la gauche était unie, elle serait la droite. En d’autres termes, si elle avait trouvé une solution, elle la conserverait. Sa qualité fondamentale est de se poser des problèmes, de chercher. La caractéristique de la droite est de ne pas s’en poser, de conserver...

Cet « essai de biologie politique », bien qu’écrit il y a déjà plus de quinze ans, aide à supporter l’indigeste débat électoral actuel. Il explique, entre autres aspects, l’âpreté avec laquelle l’opposition dénigre .tout ce que la gauche au pouvoir a pu faire ; citons encore Laborit :
« Quand la droite défend ses biens matériels, ses prérogatives, elle sait ce qu’elle défend, elle a l’expérience de l’utilisation de ces biens, elle devine ce qu’il lui en coûterait de les perdre. »... « Et voilà le drame de la gauche »... « La gauche ne défend aucun bien matériel, elle ne défend souvent qu’une idéologie qui pourrait les lui procurer. »

Et Laborit conclut :
« Si c’est le contrôle par ellesmêmes de leur destin que recherchent les classes défavorisées, ce qui doit être finalement le but réel du socialisme, on comprend que l’unité de la gauche soit difficile, car c’est le problème de toute la destinée humaine qui est posé... Le jour où un peuple a cru découvrir cette solution et s’y est maintenu, il a découvert la bureaucratie et c’est elle, dès lors, qui a tout fait pour se maintenir... La première richesse de la gauche doit être sa diversité. Lorsque celle-ci disparaît, elle évolue irrésistiblement vers la droite... »

C’est bien ce que reprochent aujourd’hui au gouvernement ceux qui sont profondément choqués de l’entendre prôner les mérites de la compétitivité, et vanter les vertus des «  battants », grâce à qui la vie devient une guerre économique incessante avec tous les risques que cela comporte. Ces vrais « déçus du socialisme », n’ont pas oublié que - le Projet socialiste, publié avant mai 81, proclamait très clairement : « Pour sortir de la crise, il faut sortir du capitalisme en crise »... car « il ne s’agit pas pour nous d’aménager le système capitaliste, mais de lui en substituer un autre ».
Le Parti Socialiste n’a pas osé aller aussi loin. Et c’est bien pour cela qu’il n’a pas pu apporter de solution au problème du chômage dont l’acuité est chaque jour plus dramatique. Parce qu’il n’a pas su, pas voulu, ou pas osé, ouvrir le dialogue avec les véritables forces de la gauche, celles qui proposent de vrais changements. Il a fait beaucoup, certes, et c’était difficile. Mais il n’a pas fait assez parce qu’il n’a pas eu le courage suffisant pour « imaginer » un autre cadre économique que celui qu’imposent, par tous les moyens, les forces conservatrices, c’est-àdire les forces de droite.
En fait le plus grand échec du P.S. se situe au plan culturel  : il n’a pas su se donner les moyens de transformer les mentalités. Là encore, écoutons Laborit :
« Dans un pays industrialisé comme le nôtre, désirer un changement profond du régime socio-économique est louable, mais pour y parvenir, à moins d’une dictature, il faut d’abord obtenir l’assentiment du plus grand nombre. Ce plus grand nombre ne paraît pas décidé aujourd’hui à abandonner les avantages matériels que lui concède le régime socioéconomique existant. Cet abandon ne peut être obtenu que par l’éducation non politique, mais scientifique, de ce plus grand nombre. Par une véritable révolution mentale, par une transformation profonde du comportement... »

L’objectif de la gauche ça devrait être : « d’imaginer le monde socio-économique de demain et surtout de diffuser la culture. J’entends, par là, de semer le doute au sein de toutes les classes et non pas seulement l’ouvrière, sur la légitimité de l’ordre existant. De montrer au plus grand nombre la fragilité des jugements de valeur et le
déterminisme des structures mentales.
... « Et maintenant, je vous conseille d’aller porter sérieusement votre bulletin dans l’urne. Que diriez-vous si, à tous les tons dégradés qui vont du bulletin rouge au bulletin blanc, on ajoutait délibérément une autre couleur : un bulletin vert par exemple ? Celui de l’espoir, de l’imagination, celui qui placerait en tête de ses préoccupations l’enseignement généralisé, non orienté de façon autoritaire, celui de la restructuration permanente ? »

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Lu, vu, entendu

mars 1986

Coût humain d’une guerre nucléaire

Une guerre nucléaire, au cours de laquelle serait utilisée la moitié des arsenaux américain et soviétique contre le quart ou le tiers des villes des Etats-Unis, de l’Europe et de l’Union Soviétique, causerait la mort de 2,5 milliards de personnes, selon une étude d’un comité des problèmes de l’environnement qui réunit près de trois cents savants de trente pays différents. Cette étude reprend la thèse de « l’hiver nucléaire » lancée, en 1982, par le savant ouest-allemand Paul Crutzen, selon laquelle le froid et l’obscurité, la fumée et la poussière s’étendraient sur la Terre en même temps que la famine et la stérilité des sols.

(Le Monde, 14 septembre 1985)

***

REDUCTION DU TEMPS DE TRAVAIL ET CHOMAGE

Dans La Grande Relève de juillet 1984, n°  825, on pouvait lire cet encart :
Les 35 heures viendront-elles de la R.F.A. ?
L’I.G. Metall, puissant syndicat de 2 millions 1/2 d’adhérents en R.F.A. revendique les 35 heures sans diminution de salaire (donc du pouvoir d’achat). Cris épouvantés du gouvernement et du patronat. Le syndicat, qui insiste sur l’augmentation des profits ces dernières années, malgré la crise, précise que cette « révolution » n’augmenterait que de 6,5  % les charges du patronat, augmentation vite rattrapée par l’accroissement de la productivité. En tous cas, la grève continue.
Or, Le Matin du 12 novembre 1985 précise :
La réduction du temps de travail a créé 102 000 emplois dans la métallurgie ouest-allemande. C’est ce que vient d’annoncer l’IG Metall qui a mené l’année dernière une longue grève pour faire descendre la durée hebdomadaire de travail à 38 heures et demie.
Toujours selon le syndicat, cette réduction n’a entraîné aucune perte de compétitivité des producteurs de la RFA.
Les 38 h.1/2 avaient été obtenues sans réduction des salaires. Lorsqu’il avait déclenché la grève, le syndicat de I.G. Metall pensait qu’une réduction de 5 h. du temps de travail par semaine créerait 500 000 emplois !

« L’EVOLUTION DE L’EMPLOI DANS LA TELEPHONIE

Les effectifs vont continuer à diminuer de 1% à 3% par an :
De quatre-vingt-cinq mille six cent cinquante salariés en 1977, les effectifs de la téléphonie sont passés à soixante-cinq mille cinq cent quarante- neuf en 1983, soit une baisse de 23% »

(Le Monde, 27 décembre 1985)

***

« BRESIL

inflation record de 234 % - La hausse des prix à la consommation a atteint 13,4 % en décembre, portant l’inflation pour 1985 à un niveau record de 234 %, contre 208,8 % pour 1984, annonce le ministère de la planification. La poussée des prix agricoles, + 280 % cette année, a constitué l’un des principaux facteurs des prix qui inquiète tout particulièrement les créanciers du Brésil, champion de la dette extérieure latino-américaine avec environ 104 milliards de dollars ».

(Le Monde, 27 décembre 1985)

***

Ah, les honnêtes gens !

« L’argent qui rapporte deux fois.
Certaines entreprises (parfois parmi les plus grandes) « font du gras »avec l’argent de l’Etat en profitant de la procédure des prêts bonifiés : voilà une des conclusions d’un rapport, encore secret, de l’inspection des Finances. Ces entreprises replacent à taux juteux les capitaux empruntés à taux bonifiés et théoriquement destinés à l’investissement ou à l’exportation. Un détournement qui est rarement sanctionné ».

(Nouvel Observateur - Déc. 1985)

***

LAIT : LE QUOTA NATIONAL RISQUE D’ETRE DÉPASSÉ

Le rythme de la production laitière reste trop important et le quota annuel de 25,3 millions de tonnes, attribué à la France par l’accord européen, risque d’être dépassé de 250 000 tonnes pour la campagne 1985-1986, a indiqué, jeudi 7 novembre, l’Office du lait (Oni- lait). Cet excédent pourrait entraîner le paiement par les producteurs d’une amende de 500 millions de francs. Les hausses de production des mois d’août, septembre et octobre ont été respectivement de 5,8 %, 4,5 % et 2 par rapport aux mois correspondants de 1984. Pour les cinq mois qui restent jusqu’à la fin de la campagne laitière, l’Office précise que la production ne devra pas dépasser un rythme mensuel d’augmentation de 1 %.

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Pour contribuer à la tâche que s’est assignée le groupe animé par Philippe Le Duigou, la Grande Relève a entrepris de publier des articles de réflexion sur la transition entre notre actuelle société de l’économie distributive. Le premier, en Janvier dernier, fut la traduction d’une étude parue dans une revue américaine, dont l’auteur était le Professeur Macarov. Cette initiative porte ses fruits puisque nous avons reçu à son propos les trois commentaires ci-desous :

À propos de la transition

par H. MULLER, A. PRIME, P. HODIQUET
mars 1986

1. TOUJOURS LE PROFIT !

par Henri MULLER

Désacralisation du travail, celui- ci évoluant en bénévolat, en activités libres assorties d’un revenu garanti distribué, confiné dans les tâches socialement utiles, l’homme remplacé par la machine, on retrouve dans les propositions de Macarov des idées familières aux distributistes de l’école de J. Duboin. Toutefois, l’absence de référence à une monnaie de consommation, l’évocation du profit, de la vente, témoignent du chemin qu’il lui reste à parcourir.
Une société sans travail, à chômage total  ? L’automatisation ne saurait s’étendre à tous les domaines, en matière de services plus particulièrement. Les exagérations, les généralisations finissent par déconsidérer des thèses comme les nôtres en les dénaturant. A escient ? Prenons garde. Les « taupes » sont partout.
David Macarov semble recommander la formule du Kibboutz, celle des communautés, très proche d’un communisme à l’état pur, mais trouvant ses ressources dans un environnement où l’argent, le profit jouent leur rôle traditionnel. Nous sommes ici, à des années- lumière de la construction distributiste.

2. UN PEU NAIF, LE PROFESSEUR !

par Pierre HODIQUET

... « J’ai lu avec intérêt l’article de D. Macarov. Vous soulignez que nous ne sommes pas seuls dans notre analyse du chômage, mais c’est uniquement sur l’analyse, pas sur le remède. L’auteur restant dans le système n’indique aucune mesure de transition. Il nous parle d’une « société sans travail » alors qu’il s’agirait plutôt d’une société sans travailleurs, les robots effectuant le travail. J’ai retenu la phrase « Des changements dans la société seront aussi nécessaires pour parvenir à une base de répartition du revenu autre que le travail » ; et je tiens à préciser que le travail sert de base au calcul du revenu et non à la répartition. Pour nous la répartition est vite faite, puisqu’égalitaire et basée sur la production. »
Certaines affirmations sont curieuses comme « les bons étudiants sont mieux payés que les mauvais et les coopératives ne sont pas un rêve ». Les coopératives ne résolvent pas le problème.
Il suffirait de transformer toutes les entreprises en coopératives et le chômage disparaîtrait. De même les salariés achèteraient leur robot et le loueraient à leur employeurs. Ceci est d’une singulière naïveté pour un professeur. Notons toutefois ce trait de lucidité quand l’auteur avoue que trouver des méthodes pour mettre en oeuvre les réponses au chômage d’une façon qui ne crée ni agitation, ni bouleversements sociaux est plus difficile.

3. LA TRANSITION

par André PRIME

Dans l’introduction à l’article de David Macarov (G.R. de janvier), traduit de la revue américaine « The Futurist » par J.-P. Mon, on peut lire : « Il (l’article) est une façon d’aborder, dans ces « dossiers de la G.R.  », l’étude de ce qu’on peut appeler les mesures de transition vers l’E.D. : et les commentaires sur cet article, que nos lecteurs ne manqueront pas de nous envoyer, nous l’espérons, viendront utilement étayer les réflexions que mène sur cette question de la transition le groupe animé par Philippe le Duigon ». La transition est le problème qui occupe prioritairement mon esprit. Et je sais que nous sommes de nombreux distributistes à partager ce souci. Je saisis donc la balle au bond, d’autant que j’écrivais dans la G.R. de décembre dernier : « Il est indispensable d’élaborer une étude sérieuse de transition, tenant compte du contexte social, économique et politique de la France et même du monde. Sinon, nous ne serons pas crédibles. Ressasser la théorie de l’E.D. est la tâche la plus facile  : mais c’est stérile si nous n’offrons pas une perspective plausible des moyens d’y arriver ».
Donc, il est temps - car, sans jeu de mots, le Temps presse - de s’attaquer à ce problème. Le débat est ouvert ; les lecteurs de la G.R. ont quasiment le devoir d’y réfléchir, de proposer, de critiquer... jusqu’à ce qu’une synthèse puisse être dégagée.
En note préliminaire, je crois qu’il faut bien poser les «  règles du jeu » : éviter les blocages, les critiques non constructives, le manichéisme. Toutes les opinions doivent pouvoir s’exprimer ; par exemple, des camarades peuvent être marxisants, d’autres non. Pas d’anathème. Le monde est ce qu’il est, les êtres ce qu’ils sont et nous ne les voyons pas forcément tous de la même façon : alors dialoguons, car si des distributistes ne le font pas, qui le fera ?
Dans cet esprit, mon point de vue n’engage que moi. Aujourd’hui mon propos sera modeste ; je n’aborderai pas les mesures, mais essaierai de tracer un cadre, une « toile de fond » pour que puissent être - selon moi - élaborées et prises des mesures, faute de quoi nos idées risqueraient fort de se limiter à une discussion interne, voire byzantine.

POSTULATS

Je commencerai par 5 postulats :
1) Le « grand soir » n’est plus possible. A 20 ans, j’en rêvais. 40 ans plus tard, j’ai une autre optique. La majorité des gens n’est pas « révolutionnaire » dans ce sens-là et, le serait-elle, on imagine mal ce qu’on pourrait faire contre des mitrailleuses et des tanks. Je n’exclus pas pour autant une situation économique et sociale qui pourrait générer des événements type mai 68 (1). Mais, souvenez-vous » : quand la situation devint par trop critique, même de Gaulle n’hésita pas à faire appel à l’armée. Rappelons en passant qu’en mai 68 des camarades distributistes avaient un stand à la Sorbonne.
Une situation économique critique pourrait même surgir à l’échelle mondiale ; nous avons déjà eu des signes avant-coureurs : faillite de banques aux Etats-Unis, pays du Tiers-Monde en état de faillite également, faillite encore de nombreux agriculteurs américains, etc. Il est donc urgent d’élargir considérablement le cercle des gens acquis à nos idées, au cas où...

2) La crise est incontournable et je m’accroche à deux idées force (idées jusque-là confirmées par les faits) : la Reprise Américaine et mondiale n’aura pas vraiment lieu, c’est-à-dire qu’on ne reverra plus les «  30 glorieuses » et le Chômage ne sera jamais résorbé dans une économie de marché. Cette situation secrète une SOCIETE DUALE de plus en plus accusée des pauvres toujours plus nombreux et plus pauvres, des riches toujours plus riches. C’est valable au niveau des sociétés industrialisées, comme, à une échelle gigantesque, au niveau Nord-Sud : ça ne peut pas ne pas exploser un jour. Soyons prêts.

3) Mais le capitalisme est loin d’être mort
Les multinationales se portent bien ; la finance internationale rayonne (les bourses sont florissantes). Les industries de guerre prospèrent, notamment sous Reagan aux Etats-Unis : conséquence, l’URSS, est condamnée à investir une part énorme de ses biens et moyens dans les industries de guerre pour ne pas se laisser, distancer par les Etats-Unis. Si donc ses nouveaux dirigeants voulaient secouer la bureaucratie et le laxisme pour développer considérablement le bien-être, leur économie ne pourrait suivre. Une société distributiste ne peut s’instaurer et servir de modèle que dans nos pays « capitalistes ». Pour compléter ce 3e postulat, j’ajouterai (bien que je m’efforce de n’y point trop penser) qu’on ne peut exclure que le capitalisme, en cas de danger suprême - je veux dire de crise économique très grave mettant sa vie en péril - déclenche une 3e guerre mondiale.

4) Le socialisme distributif (nous avons tort d’avoir quelque peu délaissé cette belle association) peut être instauré dans un seul pays ; et pourquoi pas la France où il a été conçu ? Il me semble beaucoup plus utopique de penser qu’à cause de l’interconnection des échanges, l’E.D. ne peut être que mondiale. Donc pourquoi pas la France, puis l’Europe, puis... le Monde ?
Mais on ne doit pas oublier que le Tiers-monde nous interpelle. Cinq sur six des nouveaux-nés viennent au monde affamés dans ces pays exploités, (20, peut-être 50 millions de morts par an) où, de surcroit, se déroulent presque toutes les guerres de « libération-répression » depuis 1945 (20 millions de morts, plus les destructions). Ignorer ce monde, ces faits, et vouloir bâtir le paradis des « riches », c’est passer à côté d’une donnée fondamentale de notre temps. Le problème du Tiers-monde est donc à intégrer dans nos réflexions pour aller vers l’Economie Distributive.

5) « La droite et la gauche, c’est la même chose ! »
Je ne suis pas de ceux qui pensent : droite, gauche, c’est la même chose (leurs dirigeants, peut-être, encore que, personnellement, j’y mettrais plus que des nuances ; des différences profondes). Pris dans leur ensemble, ceux qui ont intérêt à ce que « ça change » constituent le « peuple de gauche » ; ceux qui ont intérêt au maintien du système constituent la droite : c’est une réalité incontournable. C’est la « gauche » qui depuis plus de 150 ans, sans pratiquement avoir été au pouvoir, a été, par ses grèves, ses luttes, ses prisonniers politiques, ses déportés,

ses morts, à l’origine de tous les acquis sociaux que nous connaissons. Et ils sont considérables : en gros, il ne reste plus aux générations actuelles - et ce n’est pas rien, bien sûr - qu’à forcer la dernière porte pour que s’instaure la société dont nous rêvons.
C’est logique : tout a été arraché, rien n’a été octroyé. Et pour l’.E.D., ce sera la même chose. Mais pour faciliter la lutte, visons d’abord le « peuple de gauche » et plus particulièrement les « déçus du socialisme  ». Faites un compte rapide même avec un PS à 30 %, un PC à 10 %, cela fait quelque 2 à 2,5 millions d’électeurs du « printemps 81 » déçus - qui attendaient - et attendent - « autre chose ». Pourquoi pas nos propositions, la seule issue ?

Réformes ou révolution

Le « cadre » étant en partie délimité par ces postulats, j’aborde mais je ne ferai qu’effleurer, car l’étude est complexe, et je compte sur les idées de nombreux camarades pour tracer « des voies » - le problème des moyens pour la transition.
« Mesures de transition vers l’E.D. » me gêne un peu. Bien sûr, le mot « mesures » n’implique pas forcément que nous soyons au pouvoir (ce qui serait utopique). Pour ma part, le mot « mesures » ne peut signifier que celles que nous pouvons avancer, suggérer aux gouvernants. A condition d’acquérir un certain poids, donc un certain crédit, les circonstances aidant.
Réformes ou révolution ? Révolution : j’ai donné mon point de vue dans le postulat n° 1. Alors, y a-t-il une autre voie que celle des réformes ? Personnellement, je n’en vois pas  : aux camarades de m’ouvrir les yeux !
2e question : Qui peut faire ces réformes mettant en jeu la vie- même du système ? La droite ? Exclu (sauf, sous très forte pression - mai 68 - des réformes partielles). Le PC ? Marginalisé  ; le pouvoir lui est interdit. Alors qui ? Il ne reste que la gauche réformiste. Je sais, le qualificatif est péjoratif : au pouvoir, avec la durée cette fois, elle a fait sur de nombreux points la politique de la droite et mieux qu’elle. Objectivement (rappelez-vous, en 81, la fuite des capitaux, la « grève » des investissements), je crois qu’il lui fallait rapidement se soumettre ou se démettre. Elle ne s’est pas démise... et les 2 millions d’électeurs déçus vont la rejeter dans l’opposition.
C’est pendant cette « pénitence » qu’il faut faire entendre notre voix, interpeller les dirigeants de gauche, éclairer les « déçus », et, pour quoi pas, les autres.
Encore une fois, il ne faut pas rêver :
- il faut nous situer dans la durée
- pendant cette « durée », faire connaître nos thèses aux électeurs, aux dirigeants de gauche, aux journalistes, économistes, etc.
- pour être prêts à « peser » sur la gauche si elle revient au pouvoir ; ou être là en cas de krach.

Prenons le minimum social garanti dont le PS nous rebat les oreilles à la veille de quitter le pouvoir. M. L. Duboin a bien montré qu’il s’inscrivait, comme d’autres mesures, dans le cadre de la redistribution et non de la distribution : ce n’est qu’une réminiscence dévoyée du revenu social que nous préconisons.

Néanmoins, je ne suis pas loin de croire que le PS a découvert cette idée à la lecture de la brochure « Sortir le Socialisme de la Crise » que le groupe de réflexion R. Buron avait distribuée à tous les députés et sénateurs socialistes et envoyée à toutes les fédérations.

Il faut donc harceler, bombarder (2) : avec la nouvelle brochure « Pour une Economie Libérée », par exemple. Mais notre théorie sera parfaite lorsque nous l’aurons complétée avec les « Mesures de Transition vers l’Economie Distributive ».

(1) Je compare simplement le climat : en effet, mai 68 était une « crise de civilisation » (Malraux), non une crise économique.
(2) Montherlant écrivait : « si vous voulez être édité, emmerdez les éditeurs ».

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Quelques nouvelles de la « Commission Économique » chargée de travailler sur les mesures de transition.

par P. LE DUIGOU
mars 1986

Depuis l’appel lancé dans le n° 838 d’octobre 85, trois réunions ont été organisées et nous avons reçu de nombreux documents. La Commission permet l’échange de données et de sujets de réflexion par la transmission à tous les participants. (Parisiens ou Provinciaux) des éléments reçus. Pour cela nous demandons à chaque membre de nous envoyer plusieurs enveloppes timbrées libellées à sa propre adresse.
Lors de notre dernière réunion, sous l’impulsion de Pierre Hodiquet, la commission est passée du stade préparatoire à une phase de recherche pour tous les reversements sociaux effectués par le gouvernement actuel. Albert Sprintz et Gisèle Cerf-Laudrain se sont responsabilisés sur ce sujet. Nous ne manquerons pas de publier les résultats de nos travaux dès que nous aurons du concret.
En attendant, nous faisons appel aux lecteurs de « La Grande Relève  » qui pourraient nous aider dans l’immense travail de collecte de données. Nous recherchons notamment des éléments chiffrés sur :
- Les Assédic, Les Unidic afin d’élaborer une mesure proposée par Albert Sprintz. - Les causes de retraite en général.
- Les allocations familiales.
- La Sécurité sociale.
- Les allocations de toutes sortes versées par l’Etat, le département, la commune, la CEE.
- Les subventions de toutes sortes aux entreprises, aux collectivités agricoles.

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Étranger

Le lien entre travail et revenu devient injuste

mars 1986

C’est sous ce titre que Jean Poulain, journaliste à « La Presse » de Montréal, nous présente dans la rubrique « L’économie qui s’écrit » du 25 avril 1985, les interrogations qui agitent quelques économistes canadiens. Comme on peut le constater à la lecture de cet article, au Canada aussi l’idée d’économie distributive fait son chemin.

« L’homme a inventé des machines pour se dispenser de travailler. Cela a tellement bien marché qu’il y a aujourd’hui un million et demi de chômeurs. Mais, au lieu de nous en réjouir, nous nous en mordons les doigts. Voilà qui est tout à fait illogique ! »...
Il ne s’agit pas d’une boutade, le sujet étant trop sérieux, mais au contraire d’une opinion bien arrêtée de John Farina, professeur à la Faculté des sciences sociales de l’Université Wilfrid Laurier à Waterloo (Ontario).
Le problème est que « ... nous tentons d’aborder la société post-industrielle en nous basant sur les valeurs et l’éthique de la société industrielle. Naturellement, ça ne marche pas... »
Comme le note Wassily Leontieff, prix Nobel d’économie, il fallait plusieurs milliers de téléphonistes il y a trente ans pour acheminer un million d’appels interurbains ; dix ans plus tard, il en fallait plusieurs centaines ; et maintenant, grâce aux, autocommutateurs téléphoniques, quelques dizaines suffisent.
Arthur Cordell, économiste et conseiller scientifique au Conseil des sciences du Canada, relève, ces points dans son étude, qui vise à stimuler la réflexion du public en général sur le rôle et l’influence de l’ordinateur et des technologies apparentées, sur la société ; elle s’intitule, en effet « Le grand dérangement. A l’aube de la société d’information ».
Aussi bien le professeur Farina que l’auteur de l’ouvrage sont d’accord pour affirmer que nos valeurs traditionnelles face au travail doivent changer et que la notion de « plein emploi » (lancée en 1945 en Angleterre) est un objectif politique ; en théorie, d’un strict point de vue économique, il n’est pas nécessaire que toute la main-d’oeuvre disponible soit utilisée.
(Il y a quelques siècles toute la main-d’oeuvre disponible était nécessaire et souvent insuffisante pour nourrir la population, alors que moins de cinq pour cent des travailleurs sont maintenant affectés à cette tâche).

Le revenu, non l’emploi

La conclusion de Cordell est donc que « c’est le revenu et non l’emploi qui sera la question-clé de la décennie 1980. »
Comme le secteur des services est l’un de ceux le plus touché par l’automatisation et que l’on y trouve beaucoup de main-d’oeuvre féminine, c’est cette dernière qui souffrira le plus, surtout dans les bureaux.
Car même si les nouvelles technologiques créeront des emplois, ils ne seront pas à la portée d’une main-d’oeuvre que, dans un premier temps, elles auront mises à pied ; car cette évolution accentuera les extrêmes, c’est-à-dire créera des emplois hautement qualités et ne conservera que des postes nécessitant peu de compétence ; les situations intermédiaires auront disparu.
Cela signifie que l’ouvrier ou l’employé au bas de l’échelle n’aura que peu de possibilités de grimper faute de barreaux intermédiaires  ; cette rareté dans les promotions et ces deux classes sociales bien distinctes risquent de créer des tensions.
Cette situation pourrait se comparer aux employés à bord’ des Boeing 747 : d’un côté des spécialistes hautement qualifiés dans la cabine de pilotage, de l’autre le personnel de bord affecté aux menues besognes, qui ne pourra jamais espérer accéder au rang de pilote.
Le « grand dérangement » qui nous guette aura ainsi pour effet de « déqualifier » la population active et de nous diriger vers une croissance sans création d’emplois (Toyota est passé en 5 ans d’une production annuelle de 2 millions à 3 millions de véhicules, avec le même personnel).
Autrefois, note Cordell, qui cite Leontieff, la machine remplaçait la force musculaire de l’homme mais de nos jours la machine à produire des biens est remplacée par une autre machine qui exécute les fonctions de l’intelligence humaine, non seulement dans la production des biens mais aussi des services : la relation entre l’homme et la machine est bouleversée.
La seule conclusion à tirer, selon ce Prix Nobel, est qu’il faut que travail et revenu soient partagés, c’est-à-dire, en pratique, réduire la semaine de travail (opération qui a pourtant échoué au niveau des emplois créés en France avec Mitterrand dont l’objectif était la semaine ramenée graduellement de 40 à 35 h).
L’idée qui en ressort est que cela devient de nos jours une inégalité sociale de disposer chaque semaine d’un travail de 40 h, comme autrefois d’avoir deux emplois quand d’autres n’en avaient aucun.
Comment « partager » les revenus ?
Le lien entre le travail et le revenu, qui avait un sens à une époque de rareté matérielle, entraîne maintenant l’inégalité sociale et risque, à la limite, poursuit Cordell, de saper les fondements mêmes de l’économie.
Ce qu’il faut, affirme-t-il, c’est une mutation des institutions existantes aussi profonde que la révolution des technologies, soit, en plus clair, inventer de nouvelles formules pour répartir les revenus.

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Lectures

L’état minimum*. Débrouillez-vous !

par H. MULLER
mars 1986

Irrémédiablement marqué par l’école d’Heyeck, Friedmann et consorts, lors de son stage à l’Université de Stanford, Sorman vit un rêve éveillé, inconscient des réalités, d’un quotidien dont il s’est isolé. Lorsqu’il risque un oeil hors du bocal de sa théologie, c’est en position du « cochon pendu ». Il voit toutes choses à l’envers, prend l’effet pour la cause, accumulant les contre-vérités, retournant l’échiquier, attribuant la victoire au vaincu, affichant des certitudes articulées sur de faux postulats. D’où un méli-mélo amalgamant les vieux clichés, les redondances des propagandes reaganiennes et leur reniement, les lieux communs repris des pires politiciens.
Le chômage devient la cause de la crise. Sorman voit des chômeurs paresseux, timorés, lovés dans leurs indemnités. Il les presse d’ouvrir des bars, des restaurants, de faire preuve d’initiative en s’activant dans mille petits métiers que chacun peut exercer à peu de frais dans la rue, sur les trottoirs. Vive les T.U.C. à formule élargie, pactole pour les entreprises toujours à la recherche d’une main-d’oeuvre au moindre coût, première avancée vers la flexibilité des salaires et de l’emploi. Comment survit un foyer à salaire unique, sous-rémunéré, endetté, ployant sous une multitude de charges, en butte aux imprévus, à mille aléas ?
Sorman plane au dessus de ces contingences. Illuminé par sa foi, il poursuit sa marche à l’étoile, piétinant les réalités, chevauchant l’utopie, interprétant l’histoire pour en évacuer ce qui dérange sa démonstration. Soucieux de compenser la perte de revenu associée à la flexibilité des salaires, il préconise l’actionnariat populaire, la participation ouvrière aux bénéfices de l’entreprise, enfourchant cette vieille haridelle promenée depuis 40 années sur les tréteaux électoraux. Une abondante littérature en a fait pourtant le procès. Aux néo-libéraux de s’y référer.
L’indéniable croissance économique en Union Soviétique, les gigantesques réalisations accomplies sous l’égide de l’Etat sont un pavé de taille dans la volière des néo-libéraux. Quoi, d’autre part, de plus amoral que le système du profit quand il prolifère à travers la fraude et les frustrations d’autrui, dans les guerres, sur leurs charognes, ou encore grâce au jeu, aux malversations, aux trafics, à l’exploitation du malheur, du vice, aux spéculations monétaires. Pas de profits sans débouchés. Les Etats Unis en sont à ne plus compter que sur la guerre des étoiles pour soutenir leur croissance, pour éviter le naufrage de leur économie ultra-libérale encombrée de surplus.
Sorman ne paraît guère avoir discerné l’importance d’un phénomène révélé lors de la grande crise de 1929 la submersion durable des marchés par une production d’ampleur de moins en moins maitrisable sous l’effet des progrès technologiques. Sa référence à J.B. Say en témoigne et l’enseignement qu’il en a retenu, tombé en désuétude, ne lui offre aucune clé pour expliquer l’inexplicable : la pauvreté, l’austérité dans l’abondance, l’origine et la genèse des crises dans les nations ayant atteint un certain seuil d’industrialisation.
Les crues de production, devenues quasi permanentes dans nombre de secteurs industriels et agricoles, engendrent une série de conséquences sur les prix et sur les profits, sur l’investissement, sur la fiscalité aggravée de subventions aux exportations, sur le coût des gaspillages, des stockages, des destructions, des armements et des guerres indispensables à la création de débouchés.
Là où il a été pratiqué, le libéralisme a sans doute enrichi considérablement un lot de familles, d’individus qui, pour cette_ raison, usent de mille roueries pour le faire accepter, fut-ce comme le moindre mal, par ses propres victimes dûment endoctrinées, soumises au matraquage d’une propagande désinformatrice. Dans le même temps, il a endetté l’Etat, rendu les monnaies folles, déchaîné la spéculation, creusé les injustices, engendré le chômage, multiplié les faillites, plongé les populations dans de noires détresses, substitué à la solidarité nationale, une lutte féroce pour accéder au revenu, au profit. Faim et misère se sont répandues dans une grande partie du monde, en dépit d’approvisionnements pléthoriques que les exigences du profit conduisent à stériliser, à détruire.
Pour Sorman, le rôle de l’Etat doit se borner à préserver l’ordre social, à « donner aux Français la sécurité de leur épargne, de leur revenu, de leur patrimoine », ce qui sous-entend qu’il s’agit avant tout de neutraliser les entreprises subversives de ceux-là qui n’ont ni épargne, ni revenu, ni patrimoine. D’où la nécessité d’établir certaines limites à la démocratie, ce qui était déjà l’un des voeux de cette Commission Trilatérale où Sorman dispose sans doute d’ardents supporters.
Mais quelle sécurité pour les biens exposés à la convoitise des chômeurs, des marginaux ? « Débrouillez-vous  », dit Sorman à ces derniers : d’aucuns le font déjà en fracassant les vitrines. Escrocs, voleurs à la tire, cambrioleurs tentent pareillement de se « débrouiller ». Bonnes gens, calfeutrez-vous, blindez vos portes, grillagez vos ouvertures, équipez-vous d’alarmes, le libéralisme vous agresse. Il prépare ses longs couteaux. Il vous menace dans ce à quoi vous tenez le plus : votre sécurité, votre liberté.
Le livre de Sorman, ardent plaidoyer pour une économie, de profits libérée d’un maximum de contraintes fiscales et sociales, devrait recueillir les faveurs des dirigeants des grandes entreprises peu concurrencées, intéressées par l’abaissement des coûts et par la liberté des prix. Il choquera par ses outrances les salariés victimes du libre marché, de la libre concurrence, peu séduits par la théorie participative, miroir aux alouettes, et auxquels la flexibilité de l’emploi ne dit rien que vaille. Il irritera surtout la masse des consommateurs qui en ont plus qu’assez de se faire rouler dans la farine, de se voir, jour après jour, dépouillés de leurs quatre sous.

(*) Albin Michel, éditeur.

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Aux confins de l’absurde !

par E. BARREAU
mars 1986

Précoce et rigoureux, l’hiver a déjà montré son nez, « Ce tueur de vieilles gens » disait VICTOR HUGO. _Que ne dirait-il aujourd’hui de cette misère, au milieu d’une production pléthorique ? Si la nature a ses lois intransgressibles, parfois soudaines et meurtrières (MEXICO et ARMEDO nous le rappellent) déjouant les connaissances humaines fragiles, celà ne suffirait-il pas sans que les humains y rajoutent des calamités artificielles, au nom de fausses valeurs, entretenant de ce fait le paradoxe absurde, imbécile et inhumain de «  LA MISERE DANS L’ABONDANCE », maintenant une économie à deux vitesses : « RICHESSES et PAUVRETÉ ».

Des chiffres, des exemples ? PARIS : 50.000 personnes en état de clochardisation... 10.000 personnes sans abri... tandis que les métiers du Bâtiment tirent la sonnette d’alarme du levier « Commandes » Résultat dépôts de bilans, faillites, licenciements, chômage avec son cortège de misères. D’un côté : des besoins, de l’autre  : des techniciens et des matériaux pouvant les satisfaire, de quoi manque-t-on ?... tout simplement et tout bêtement, de crédits  !.. 8 millions d’économiquement faibles, plus 1 million sans un centime en poche, c’est-àdire, vivant (ou survivant) d’aumônes et autres quêtes publiques, baptisées pudiquement : Solidarité  ! Foire d’empoigne, mendicité et charité remplaçant la JUSTICE... en même temps que : 700.000 tonnes de viande invendues, engorgent et se baladent dans la C.E.E... denrée périssable qui risque de s’acheminer vers la destruction, plutôt que vers la distribution aux nécessiteux qui y ont pourtant droit. Malgré les quotas laitiers, et autres artifices employés, 1 million de tonnes de beurre se trouvent dans la même situation, car, pour que ce marché (comme les autres) ne s’effondre, ces montagnes de beurre doivent disparaître... Après avoir été payées par les contri-buables ! Quelle solidarité... dans la destruction ! Je vous fais grâce des artifices employés, lorsque ce beurre... revient sur les marchés, à moindre prix, mais payant tout de même ! Combien de fois sera-t-il payé  ? par les contribuables, consommateurs ou pas ! N’oublions pas que pendant ces manipulations... financièrement grasses ! 45.000 enfants meurent de faim chaque jour dans le monde, y ajoutant la sous-alimentation massive des nécessiteux, privés de revenu, et sacrifiés sur l’autel du monstrueux et criminel « dieu-profit »... Tandis que l’on prêche la natalité ! S’il a fallu peu de temps entre le décret-loi décidé et promulgué par LE PREMIER MINISTRE sanctionnant sévèrement les automobilistes en infraction, serait-il plus malaisé de prendre les mêmes mesures, interdisant de détruire toute production, tant que des besoins existent ? Cette forme de changement ne serait-elle pas Socialement positive ? Le Revenu Social garanti pour tous est la pierre angulaire de cet édifice qui se dessine envers et malgré ceux qui refusent d’admettre, (ou de comprendre ?) que le changement existe dans les « FAITS ». Quand des voix courageuses instruites de ces faits, oseront- elles informer et proposer à la face du monde la solution découlant de leurs conséquences, dans la plus rigoureuse logique cartésienne ? Sans quoi l’absurde ira encore vers plus absurde ? Jusqu’à quand ?

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Il n’y a pas qu’un Sida

par A. CHANTRAINE
mars 1986

Le virus du Sida tue les cellules de surveillance que sont les lymphocytes, défenseurs de nos cellules. Ainsi il crée un désordre immunologique. C’est pareil avec le virus du Sida économique. En effet, le système économique-financier basé uniquement sur l’argent-profit s’emploie à tuer nos cellules de surveillance par des harcèlements quotidiens tels que les bruits, les informations et les publicités mensongères, les produits chimiques, les ondes, les stress de tous genres, etc... etc...
Ce Sida là est le fossoyeur de notre économie.
Et pourtant le vaccin existe...

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