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   Mensuel de réflexion socio-économique vers l’Économie Distributive
 
 
 
 
 
AED La Grande Relève Articles > N° 800 - mai 1982

 

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N° 800 - mai 1982

Un pari intenable   (Afficher article seul)

Impasse   (Afficher article seul)

Une affaire explosive   (Afficher article seul)

Au fil des jours   (Afficher article seul)

Les non-dit de la FNSEA   (Afficher article seul)

Agrobiologie, où en es-tu ?   (Afficher article seul)

La troisième voie   (Afficher article seul)

Vous trouvez ça normal ?   (Afficher article seul)

Un vrai gâchis   (Afficher article seul)

Un monde criminel   (Afficher article seul)

Vous avez dit chômage ?   (Afficher article seul)

L’empire empire   (Afficher article seul)

Un échec de la société   (Afficher article seul)

Une autre société   (Afficher article seul)

Réflexion sur la surpopulation   (Afficher article seul)

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Editorial

Un pari intenable

par M.-L. DUBOIN
mai 1982

PIERRE MAUROY vient d’accorder au patronat un allègement des taxes payées par les entreprises. Cette concession lui a été dictée par son désir de « relancer l’économie  », de pousser les entrepreneurs à investir pour «  faire repartir la machine » avec l’espoir que cela, par miracle, allait résoudre la crise sans qu’il soit nécessaire d’analyser la nature profonde de la dite crise.
L’heure semble donc venue, où le pouvoir socialiste prend enfin conscience de l’obstacle à ses aspirations que représente le pouvoir économique et financier. Il avait cru pouvoir dire aux entrepreneurs : investissez, donc économisez sur la main d’oeuvre, continuez ainsi à faire des profits, puis remettez-moi ces profits car il faut bien que je nourrisse les chômeurs que vos investissements ont créés ! (Dr, le patronat, logique avec ’ ’ )i du marché, estime évidemment que s’il investit, c’est dans son seul intérêt : s’il remplace ses employés par des machines automatiques, ce n’est pas avec l’intention de continuer à payer leurs salaires, fut-ce sous forme de taxes. Même si on invente encore des emplois, inutiles, pour faire semblant de rendre utiles les chômeurs secourus !
Or cette loi du marché, qui rap
pelle celle de la jungle, est la loi du plus fort : pressées par la concurrence de celles qui ont de gros moyens, les petites et moyennes entreprises ont de plus en plus de mal à survivre. Comment pourraient-elles contribuer, par des taxes, à l’entretien des chômeurs, alors que la compétition les pousse à la faillite ? La concession du gouvernement a été dictée par la crainte de ces faillites. Mais il doit du même coup comprendre que la loi du marché ne permet pas de compter sur les investissements des entreprises pour distribuer aux chômeurs le pouvoir d’achat qui devait relancer l’économie. Le pari qu’il en avait fait est bien intenable.

*

Alors ? Va-t-il renoncer au changement promis, et revenir à la politique économique que les Français ont massivement rejetée le 10 mai dernier ?
S’il était tenté d’y songer, la situation des pays où cette politique, dite aussi monétariste, continue à être à l’honneur, est éloquente. Le Président Reagan, par exemple, a choisi d’alléger les taxes aux Etats-Unis. Un article de l’International Herald Tribune, de janvier dernier, titrait « Les soupes populaires, aux Etats-Unis, rappellent la grande dépression ». J’en traduis ici quelques passages :
« Pour la première fois, depuis de nombreuses années, le col. Kinnett, responsable de l’Armée du Salut dans l’Ohio, a commencé à se rappeler la Dépression. C’est le genre de souvenir auquel vous cherchez à échapper, dit-il, et pourtant il y a de plus en plus de jeunes gens et de femmes qui n’auraient jamais pensé avoir un jour besoin de la charité d’un repas ou d’un colis d’épicerie. Mais cette région industrielle est en train de chanceler et la honte apparaît sur leurs visages. Nous l’entendons sans cesse. Ils disent : « Vous savez, je n’ai jamais eu à demander quoi que ce soit jusqu’à maintenant - et je n’aurais jamais pensé que j’aurais un jour à être ici ».Les hommes et les femmes qui ont perdu leur emploi dans la plus grande dépression industrielle de cette région, depuis des décennies, viennent en nombre de plus en plus grand s’asseoir sur les bancs grossiers des soupes populaires installées dans des églises et des centres communautaires... Le nombre de gens qui vinrent pour des repas gratuits en cette fin d’année a doublé par rapport à l’an passé...
« Sur le plan national, l’Armée du Salut estime que la demande de repas gratuits a augmenté de 10 à 30 % par rapport à l’an dernier et dos entretiens avec les directeurs de ses centres confirment le schéma apparent : les foules affamées sont plus jeunes, et plus nombreuses sont les familles avec enfants dont les parents ne trouvent pas de travail.
« Leur histoire est habituellement la suivante : le père travaillait chez Chrysler, ou à la General Motors, ou chez Ford, il a été licencié et ils ont épuisé toutes leurs ressources. Un responsable du Milwaukee commente : «  il y a cinq ans, on pouvait estimer que 95 % des vagabonds devaient leur situation à l’alcool ou à une drogue quelconque. Aujourd’hui 70 % de nos hôtes ne sont que des sans-abri et des sans-travail. Ils ne sont pas à la rue par choix mais à
cause des forces économiques et politiques. Pour nos hôtes aujourd’hui, être au chômage est une réalité, ce n’est plus une exception. »

Le journaliste de l’International Herald Tribune exprime la conclusion tirée par de nombreux organisateurs de repas gratuits : «  Les coupes opérées dans le programme social par l’administration Reagan, avec pour objectif la revitalisation de l’économie nationale en réduisant les dépenses du gouvernement, sont largement ressenties... ».

*

On pourrait croire, à lire ces lignes, que les Etats-Unis viennent de traverser une crise de disette, qu’une catastrophe quelconque a détruit leurs récoltes. Le correspondant du Monde rapporte, le 16 avril, qu’il n’en est rien. Sous le titre « Crise chez les fermiers américains  », voici ce qu’il écrit :
Washington. - Les agriculteurs américains s’arrachent les cheveux. 1982 sera, disent-ils, leur pire année depuis la grande dépression ; on prévoit un revenu agricole net compris entre 13 et 18 milliards de dollars contre 22,9 milliards en 1981. En monnaie constante, cela représenterait le tiers des gains de 1975. Et en dollars courants, la moitié de ceux de 1979.
La crise est due essentiellement à la surproduction. Comme si les progrès techniques dont le Middle-W est avaient tant profité commençaient à se retourner contre lui. Les récoltes de l’année dernière ont battu tous les records, d’où des surplus considérables et des baisses sensibles de prix.

Tandis qu’un nombre croissant de gens meurent de faim, les fermiers s’arrachent les cheveux de ne pouvoir vendre leurs productions ! Il n’y a plus rien à espérer d’une économie régie par le marché. La loi du profit a fait son temps. La seule solution pour sortir de la crise est bien de supprimer salariat et profit afin que l’économie soit directement contrôlée par les besoins humains. N’est-ce pas la plus naturelle des motivations, que la compétitivité a complètement dénaturée  ?

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Impasse

par P. BUGUET
mai 1982

A la suite de notre communication télévisée, Tribune Libre F.R.3 du 29 septembre 81, nombre d’auditeurs très intéressés nous écrivent, nous demandant de préciser nos propositions seulement ébauchées dans le court temps imparti : - «  Le problème de la production étant désormais résolu grâce au recours à la mécanisation, il reste à résoudre celui de la répartition pour l’acheminement à la consommation ».
Comment procéder équitablement au bénéfice de toute la population participante ?
En réponse, une première considération s’impose  : l’exercice de production, dans le système échangiste capitaliste remplit deux rôles : il crée les biens et services, et par les salaires et bénéfices qui découlent de son exercice, il dégage les revenus qui permettent la consommation.
Face à la production automatisée, l’échangisme capitaliste ne peut plus remplir son rôle de répartition des revenus sans le recours à des impôts draconiens ou à la création massive de monnaie qui, par la dévaluation qu’elle provoque, entraîne la ruine de l’avoir de chacun.
Comme nous en faisions la démonstration chiffrée dans l’éditorial de « la Grande Relève » de novembre sous le titre « Pourquoi il faut tout changer », en échangisme, une fraction de la population est désormais promue à travailler et à entretenir l’autre, réduite au chômage.
Dans le cadre de l’échangisme, la population restée en activité doit donc désormais consentir, soit une sévère amputation de ses revenus par l’impôt, soit une égale amputation de son avoir épargné, par la cavalerie monétaire, qu’est l’inflation -dévaluation galopante, manne des dépenses d’Etat affectées au soutien de l’économie moribonde. Ne nous y trompons pas, ce palliatif qui colmate en apparence, le déséquilibre entre la somme de la production et le décalage des revenus créés, ne fait que donner, à ceux qui s’accrochent à la fallacieuse et dangereuse facilité de l’échangisme-esclavagiste, que l’illusion de la constance du pouvoir d’achat.
A notre niveau de technicité l’échangisme se bloque, la distribution peut seule prendre la relève de l’échange pour fermer le cycle production-consommation.
L’expédient de la facilité de l’autruche mène à la catastrophe, il appartient à tout progressiste d’apporter sa pierre à l’édification du Socialisme Distributif de l’Abondance.

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L’article que « le Monde » n’a pas publié :

Une affaire explosive

par J. MALRIEU
mai 1982

LA main qui a appuyé le revolver sur la tempe de René Lucet ne se doutait pas qu’elle n’allait pas seulement faire sauter la tête d’un malheureux fonctionnaire.
Les deux balles qui ont fait éclater la cervelle de René Lucet pourraient bien à terme désintégrer la Sécurité Sociale et au delà de la S.S., le système de santé auquel elle sert de« vache à lait ».
Si Lucet n’était pas mort, 50 millions de Français n’auraient jamais su qu’un directeur de Caisse de la S.S. pouvait s’octroyer 880 000 F de frais de représentation par an et s’offrir en outre quatre gardes du corps aux frais du contribuable. IIs n’auraient pas su non plus qu’une Caisse primaire de S.S., à l’ère de la gestion informatisée, avait besoin de 3 300 employés pour administrer les dossiers de maladie d’un seul département.
Ils n’auraient pas su que le budget de la Sécurité Sociale (970 milliards pour 1981) dépassait de 200 milliards le Budget total de l’Etat et représentait environ le tiers du Produit National Brut (P.N.B.).
La révélation de l’effarante gabegie qui règne dans l’Administration n’a pas fini de faire des vagues. Il est scandaleux en effet qu’un service dont le seul rôle est d’encaisser des cotisations sociales pour les redistribuer aux ayant droit, en l’occurence les malades, puisse disposer de « frais de représentation », quel qu’en soit le montant. Que les fonctionnaires perçoivent des indemnités dans l’exercice de leurs fonctions, rien de plus normal. Qu’ils donnent des réceptions et arrosent leurs petits copains, politiques ou non, aux dépens-de l’Etat, c’est une autre affaire.
Il y a en France 130 caisses d’Assurance-Maladie. Si ces caisses ont suivi l’exemple de celle des Bouches-du-Rhône, c’est plus de 100 millions de francs qui auront été extorqués à la Sécurité Sociale pour régler les dépenses somptuaires et les trafics d’influence de ses gestionnaires. De quoi faire, vivre convenablement 1500 familles de chômeurs pendant un an. Extrapolez à l’ensemble de la Fonction Publique, ajoutez-y le secteur privé qui, lui, a depuis longtemps élevé la « note de frais » à la hauteur d’une entreprise lucrative et c’est par milliards qu’il faudra compter les sommes ainsi détournées par une minorité de profiteurs. A une époque où le nombre des chômeurs dépasse les 2 millions et où l’on parle de solidarité nationale, ce pillage des fonds publics constitue un scandale intolérable.
Cela dit, le laxisme des bureaucrates, le clientélisme des partis politiques et des syndicats ne sauraient rendre compte de l’accroissement fantastique des charges sociales et plus particulièrement des dépenses de santé au cours des deux dernières décennies. Pour expliquer la progression des dépenses de la Sécurité Sociale qui dépassent aujourd’hui celles de l’Etat et absorbent à elles seules le tiers du revenu national, il faut aller chercher plus loin que la gabegie ou l’incurie administrative.
« Il y a quelque chose de pourri dans le royaume du Danemark » disait Hamlet. Il doit y avoir aussi quelque chose de pourri dans notre régime d’Assurance - Maladie qui constitue le poste le plus important des dépenses sociales.
C’est là que nous découvrons le pot aux roses. Derrière l’explosion des dépenses de maladie, il y a notre système de santé, merveilleux amalgame de médecine privée et de service public (privé pour les recettes, public pour le financement), admirablement agencé pour promouvoir et garantir le développement sans limites de la consommation médicale.
C’est ce constat que le signataire du présent article exprimait en formules sulfureuses lorsqu’il terminait sa carrière au Ministère de la Santé : « La médecine mercantile ne guérit pas les malades, elle les cultive ». « Les praticiens, ordonnateurs des dépenses, ne sont plus que les promoteurs des ventes de l’industrie pharmaceutique ». « La première. chose à faire, c’est de démercantiliser la médecine ». On ne surprendra personne en disant que ces propos sacrilèges n’étaient pas de nature à favoriser son avancement.
Aujourd’hui, il n’est plus seul à faire cette analyse. Il arrive même que des membres du corps médical la reprennent à leur compte. Je recommande à tous ceux qui s’intéressent aux problèmes de santé la lecture de l’ouvrage fracassant du Docteur Janine Fontaine « La médecine des trois corps  » édité chez Laffont. La médecine, le Dr J. Fontaine l’a pratiquée pendant 20 ans, en qualité d’anesthésiste et de cardiologue dans les services des hôpitaux parisiens, avant d’aller découvrir les guérisseurs des lies Philippines. Cette médecine, elle la connaît de l’intérieur. Aussi sa critique est-elle dévastatrice, ce qui explique que les pontes du système aient tenté de la réduire au silence, en la faisant interdire à la télévision et dans les média.
Ecoutons-la dénoncer « la dépersonnalisation de la médecine, le culte des hôpitaux immenses qui multiplient les risques infectieux ». « Le tout, écrit-elle avec un sens aigu du diagnostic, fait partie d’un système matérialiste démentiel dans lequel se multiplient les examens inutiles et coûteux, où l’on maintient les malades dans les lits afin que ceux-ci soient remplis, où les, locaux deviennent prétextes et non plus instruments de soins, où l’on fabrique à la pelle des maladies iatrogènes... » (p. 218). Ce qu’elle dit s’applique aussi à la médecine de cabinet.

Ecoutons-la encore décrire le conditionnement auquel est soumis le personnel médical : « Les puissants laboratoires pharmaceutiques ou les fabricants de matériel nous abreuvent dès la première année de médecine, de luxueux fascicules qui deviennent notre Bible et qui adroitement, après avoir décrit les signes de la maladie et sa physiopathologie, concluent à la nécessisté de pratiquer X examens et d’administrer N médicaments. Et l’on est pris au piège... ».

C’est le procès en règle d’un système de soins soumis aux impératifs de l’économie de marché. La logique du système le pousse irrésistiblement à multiplier les actes médicaux générateurs d’honoraires, à développer la consommation pharmaceutique dont dépend la prospérité des officines et des laboratoires, à remplir les hôpitaux et les cliniques financés par les « prix de journées », à la limite à « fabriquer des malades - autrement dit des clients - pour rentabiliser l’institution » (1).
Logique d’autant plus irrésistible que l’Industrie de la Santé peut compter sur une « vache à lait » apparemment inépuisable, la Sécurité Sociale, ce qui avait conduit un économiste facétieux à avancer l’idée d’un « capitalisme monopoliste d’étable ». A la vérité, si on pousse l’analyse, notre système de santé fonctionne comme un gigantesque « rackett » qui crée les besoins qu’il exploite, comme une immense pieuvre aux cent mille ventouses qui pompe le sang de la nation en même temps qu’il l’empoisonne.

Le résultat de ce système démentiel, c’est que jamais on n’a autant dépensé pour la santé des Français et jamais ils ne se sont si mal portés. Plus ils fréquentent les cabinets de consultation et les hôpitaux et plus ils sont patraques. La pathologie « iatrogène » fait des progrès foudroyants. Aux U.S.A., 8 % des malades hospitalisés le sont à la suite d’une intoxication médicamenteuse. Un professeur de dermatologie de Montpellier me disait il y a 10 ans que la moitié des clients de son service lui étaient envoyés par ses confrères des autres disciplines. On pense au principe de Parkinson : « Tout service a pour objectif de donner du travail à un autre service ». Tous les ans, en France, on est obligé de fermer des hôpitaux devenus des foyers d’infection particulièrement virulents. Les thèses d’Ivan Illitch sur la Némésis médicale sont toujours pertinentes. C’est que la médecine mercantile polarisée par la poursuite du profit ne peut avoir pour cible les causes profondes de la maladie, mais seulement ses symptômes, à condition qu’ils soient solvables.
Ces tendances désastreuses et morbides pourraient être éliminées et il serait sans aucun doute possible de réduire considérablement les dépenses de soins tout en améliorant la santé de la population (2).
Mais cela supposerait que l’on échappe à l’attraction et à la logique de l’économie de marché. C’est une éventualité que l’inertie mentale et les modestes capacités de réflexion des ilotes modernes ne permettent pas de prévoir pour demain. Cependant les choses bougent. Comme le disait Nietzche, « les idées qui bouleversent le monde avancent sur des pattes de colombe ».
Il peut même arriver qu’elles fassent irruption dans la tête des gens comme les deux balles qui ont mis fin à la vie de René Lucet.

(1) Une illustration à peine caricaturale de cette fatalité nous a été fournie il y a 2 ans par la presse argentine. Les pharmaciens de Buenos-Aires avaient sur les bras un énorme stock d’une lotion contre les poux qu’ils n’arrivaient pas à écouler. Ils ont eu l’idée de faire répandre dans les écoles une nuée de poux sur le crâne des jeunes écoliers. Trois semaines après, les flacons de lotion se vendaient comme des petits pains. Ce qu’il faut bien voir c’est qu’un état de santé satisfaisant constitue objectivement une catastrophe pour la profession médicale et pharmaceutique. La démarche du Dr Knock est parfaitement rationnelle dans le cadre existant. « La santé est un état qui ne présage rien de bon ».
(2) Il y a quelques années, j’avais soumis une proposition à l’inspection des Finances et à la Direction des Hôpitaux légitimement alarmées par la progression des dépenses de santé qui dévorent une part croissante du produit national et grèvent lourdement notre économie. Je leur avais dit à peu près ceci : « Il y a en France une association « Vivre en Harmonie », fondée par Raymond Dextreit, qui préconise le végétarisme, un mode de vie près de la nature et le traitement des maladies par les plantes, à l’exclusion de tout recours à la médecine allopathique. Cette association doit regrouper une vingtaine de milliers de familles. Il vous est très facile (sous réserve d’un accord avec l’association) de faire procéder par les services comptables de la Sécurité Sociale, à l’évaluation des dépenses de santé afférentes à ces familles et de les comparer avec celles des usagers de la médecine officielle. D’après mes estimations personnelles, basées sur un échantillonnage réduit et donc sujettes à vérification, le rapport des coûts serait de l’ordre de 1 à 5 en faveur des méthodes harmonistes ». Il est à peine besoin de préciser que cette proposition n’a pas eu de suite.

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Au fil des jours

par J.-P. MON
mai 1982

La presse pourrie : le mois dernier le « Figaro Magazine » a publié une photo de corps calcinés qui étaient censés être ceux d’indiens Mosquitos massacrés par les sandinistes au Nicaragua. Il s’agissait d’un document diffusé par les Américains et utilisé devant le Congrès par Alexandre Haig pour dénoncer le gouvernement actuel du Nicaragua. En fait, la photo datait de plusieurs années et représentait l’incinération de cadavres de victimes de l’ex-dictateur Somoza (qui avait l’appui des Américains !). Le département d’Etat américain a révélé par la suite la véritable origine de la photo. Mais pas le « Figaro-Magazine ». Bien pire encore, les journaux du groupe du « Figaro » pratiquent couramment les amalgames osés, des truquages, des coupures, ... C’est ainsi que le « Figaro-Magazine », toujours lui, associait récemment les projets de retraite anticipée proposés par le gouvernement à une interview de Jacques Attali, conseiller du Président de la République, donnée il y a plus d’un an, pour démontrer que le pouvoir socialiste entend organiser ainsi « la mort sociale de centaines de milliers de Français âgés ». Or, que disait Attali dans son interview  ? Qu’à son avis, la logique du système marchand condamnait les vieillards soit à rester solvables, soit à subir une euthanasie de fait. Constatant que les dépenses de santé sont pour les deux tiers concentrées dans les derniers mois de la vie, Attali soulignait que la nature même de la société capitaliste la pousse à ne plus rechercher l’espérance de vie mais seulement la durée de vie sans maladie. Il ajoutait que l’évolution actuelle de la société marchande conduira inévitablement à éliminer la vie par des procédés techniques lorsque cette vie s’avérera trop insupportable ou économiquement trop coûteuse.
Il est bien évident que le style d’Attali n’est pas toujours très limpide et qu’il exige quelque attention de la part du lecteur moyen. Mais tel n’est pas le cas de journalistes expérimentés, habitués à lire les proses plus ou moins abstraites des technocrates de tous bords. Ça n’a pas empêché Pierre Gaxotte d’affirmer dans le « Figaro que Jacques Attali proposait de supprimer les vieillards de soixante, soixante-cinq ans.
M. Gaxotte qui doit, quand même, savoir lire, déshonore l’Académie Française à laquelle il appartient. Mais peut-être est-il gâteux ?
« Le Quotidien du Médecin » (qui est dirigé par la femme de Ph. Tesson), directeur du « Quotidien rie Paris  » n’a pas hésité à reproduire un tract de l’Union Nationale des Assurés Sociaux intitulé : «  Va-t-on supprimer les vieux ? » dans lequel les textes de base écrits par Attali pour expliquer la logique du système du profit, étaient tronqués, donc déformés. Cette presse, qui utilise le racisme, l’antisémitisme (Attali est Juif), la calomnie, cette presse qui ne recule devant rien pour attaquer le pouvoir socialiste, c’est ce qu’on appelle la presse «  libérale » !
Alors quand vous voyez ces journaux, n’hésitez pas, brûlez-les  !

*

Ça devait arriver : après les marchés agricoles, il faut maintenant assainir le marché du pétrole pour maintenir le niveau des prix. C’était l’objet de la réunion des pays membres de l’OPEP à Vienne le 19 mars dernier. On ne consomme plus assez de pétrole. Catastrophe ! Il y a surproduction. Alors me direz- vous, il n’y a plus de crise économique puisque celle-ci était due à la rareté du pétrole  ? Eh bien non !
Il y a toujours crise, mais maintenant c’est parce que le prix du pétrole baisse !

*

Et comme une catastrophe n’arrive jamais seule, voilà qu’on découvre de plus en plus de gisements de pétrole (au Mexique, par exemple) et selon le vice-président de la Chase-Manhattan Bank, chargé des problèmes d’énergie, les réserves chinoises non encore explorées pourraient être aussi importantes que celles de l’Arabie Saoudite (quelque 39 milliards de barils).

*

A Londres, depuis le 21 mars dernier, le prix des transports publics a doublé à la suite d’un arrêt de la Haute Cour des Lords qui a déclaré illégale la baisse des tarifs qu’avait décidée en 1981 le Conseil de Londres (Travailliste). Cette baisse de 25 % s’était traduite par une augmentation de 10 % de la fréquentation des transports en commun (qui était en baisse depuis 20 ans). Résultat les banlieusards vont reprendre leurs voitures, polluer un peu plus et embouteiller.
Qui plus est, l’augmentation des tarifs n’empêchera pas la réduction des services, la fermeture de stations de métro, la suppression de lignes d’autobus et le licenciement de 5 000 employés. Le monétarisme, c’est aussi ça !

*

Le monétarisme, vous le savez, c’est cette théorie développée par Milton Friedman et son école (les Chicago boys) qui fait passer la défense de la monnaie avant tout et qui prône le libéralisme économique le plus effréné. C’est cette théorie que défendaient GiscardBarre, Barre, c’est celle que met en application Reagan aux Etats-Unis, c’est celle qu’utilisent toutes les dictatures de droite (Chili, Argentine, Turquie, ...) avec pour principaux résultats une inflation galopante (plus de 100 % au Brésil, 6 % par mois en Argentine, 80 ou 100 % en Israël, ...) et un chômage énorme (par exemple plus de 21 % de la population active en Turquie).

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Les non-dit de la FNSEA

par H. MULLER
mai 1982

LES agriculteurs ne sont pas tous loges à la même enseigne. Un revenu moyen par tête d’exploitant a autant de signification qu’un revenu par borne kilométrique. Il y a le revenu des gros et des petits maraîchers qui produisent en serre, endettés à perpétuité et comptant sur le consommateur pour régler, à travers les prix, le coût du crédit. Il y a le revenu des propriétaires de grands crus qui roulent en Mercédès ou en Jaguar, emploient des gérants et mènent une existence de grands seigneurs. Il y a les petits besogneux qui vont sur les marchés locaux écouler - leurs oeufs, leur petit élevage, les produits du potager aux prix du commerce, sans acquitter ni impôts, ni dîme aux intermédiaires, ni charges sociales. Il y a les gros céréaliers et betteraviers qui ne se plaignent guère, leurs surplus pris en charge par les contribuables européens. Ne parlons pas de ceux qui, favorisés par un P.O.S., cèdent des parcelles à prix d’or aux promoteurs de lotissements et se retirent fortune faite en ajoutant à leur revenu les rentes d’un coquet capital.
Au lieu de manifester contre les Pouvoirs publics pour augmenter les prix, les paysans devraient se liguer avec les consommateurs salariés et retraités pour dénoncer les marges souvent scandaleuses prélevées à tous les stades de la commercialisation et qui conduisent le gros de la clientèle à réduire le volume de ses achats, tout ce trafic, cette spéculation d’intermédiaires qui multiplie par 5 ou 6 les prix payés aux producteurs.
Quant aux coûts de production, objet de tant de polémiques, banques et multinationales s’y taillent la part du lion et les coopératives, gagnées par le gigantisme, investissent « trente six fois  » plus qu’elles ne ristournent à leurs sociétaires devenus leurs vaches à lait. Les coûts incluent principalement les charges des prêts bancaires, les fournitures d’engrais, les carburants, l’amortissement et l’entretien, la réparation d’un parc de machines et de matériels aux marques hétéroclites, des frais de transport et le reste. Pour payer tout cela et permettre aux pauvres exploitants de joindre les deux bouts, une pluie de milliards se déverse sur la profession, sur ses innombrables organismes et organisations, grâce à la sollicitude des Finances publiques, à l’inépuisable générosité des contribuables.
Endettés, sans vacances ? A qui la faute, sinon à un stupide individualisme qui les éloigne, par idéologie, des solutions communautaires, de l’agriculture de groupe, de l’esprit de solidarité  ? Ils acceptent sottement de voir leurs efforts ruinés par des conditions météorologiques défavorables, par une intempestive abondance, par de trop belles récoltes.
Ils sont, aujourd’hui, victimes de l’abondance, piégés par une règle du jeu associant leur revenu au niveau des prix. Doivent-ils persister dans leur refus d’appuyer un changement de structures économiques qui permettrait de mobiliser leurs efforts au seul service du consommateur et non à celui de l’argent, du profit, des banques, de leurs opulents fournisseurs d’aliments et d’engrais et de la kyrielle d’intermédiaires qui ne sont pas, loin s’en faut, des candidats à la soupe populaire ?

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Agrobiologie, où en es-tu ?

par J. MESTRALLET
mai 1982

JE ne crois pas que les promoteurs de l’agrobiologie aient jamais imaginé qu’ils auraient la tache facile. L’énormité de l’enjeu, l’avenir de notre santé, nous laissait pourtant espérer des progrès bien plus rapides. Surtout avec les moyens actuels d’information.
En dehors de l’habitude prise, on peut citer quelques gros obstacles à l’avancée de la culture biologique le poids de l’agrochimie, avec ses profits et les milliers d’emplois qu’elle représente  ; les difficultés de la reconversion aux frais de l’exploitant, les problèmes généraux, mévente en particulier, qui aggravent les obstacles précédents.
Ce n’est pas un régime économique générateur de chômage, ne survivant que grâce au gaspillage, à la mort ou sa préparation, qui lèvera ces obstacles ! Livrés à eux- mêmes, les mécanismes économiques fondés sur le profit deviennent « auto bloquants ». Ils nous transforment en automates cherchant à gagner de l’argent avec un emploi quelconque ou... n’importe quel moyen. Pour finir, ces mécanismes nous échappent.
Les problèmes de l’agriculture, de la santé, les problèmes écologiques dans leur ensemble dépendent étroitement de ces mécanismes généraux.
Les écologistes nous invitent constamment à nous prendre en charge. Qu’ils donnent l’exemple ! La première démarche, c’est de s’informer, et pas auprès de ceux qui nous endorment avec les vieilles rengaines ou des mesures vainement essayées depuis 50 ans, mais de ceux qui prennent le contre-pied de ces vieilles sornettes.,
Un régime économique et social est une création humaine. Il peut être remplacé, comme toute création humaine, surtout lorsqu’il aboutit à la destruction. Ecologistes de tous bords, assez de plaintes, informez-vous sérieusement pour commencer !
L’économie actuelle camoufle le prix de revient exact de l’agrochimie (dépenses nationales de maladie). Seule, une Economie remplaçant la notion de rentabilité par celle d’Utilité permettra un essor de l’agriculture biologique.
La mesure de transition vers l’Economie Distributive : élimination de la misère par création de monnaie gagée sur les excédents de production en faveur des plus défavorisés, va dans ce sens.

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Soit dit en passant

La troisième voie

par G. LAFONT
mai 1982

LE parti socialiste se prépare-t-il à fêter l’anniversaire de sa victoire du 10 mai 1981 ? Ce serait une bonne idée pour remonter le moral des troupes, lequel, depuis la fin prématurée de l’état de grâce, n’est plus au beau fixe. Et les occasions de pavoiser se font plutôt rares en ce moment.
Toujours est-il qu’au P.S. on commence à s’impatienter. Et il y a comme de la grogne dans les rangs. Les réformes promises dans l’euphorie de la campagne présidentielle ne se font pas vite et le redressement définitif prévu au programme des réjouissances est encore loin d’être réalisé. Alors, on cherche, faute _ de mieux, « la troisième voie  » - c’est le « Quotidien de Paris »* qui nous l’apprend  -, entre la Social Démocratie et le modèle soviétique dont se réclament, avec les socialistes français, les communistes italiens et espagnols.
C’est à l’initiative de l’I.S.E.R., l’institut socialiste d’études et de recherche, nous dit-on, que sera organisé à la fin du printemps - on ne sera pas loin du 10 mai - un séminaire sur le « NOUVEL INTERNATIONALISME » auquel participeraient représentants et observateurs de divers partis socialistes et communistes.
Bien que l’Economie Distributive, ou Socialisme de l’Abondance, ne soit pas un parti politique, à l’heure où j’écris aucun des collaborateurs de la GRANDE RELEVE n’a été invité pour participer à ce séminaire.
Dommage. On avait un petit mot à dire.
Cela dit, je souhaite, même si personnellement je ne me vois pas déguisé en séminariste à côté de M. Georges Marchais, bien du plaisir à tous les participants, et j’attends qu’ils nous donnent de leurs nouvelles.
Que sortira-t-il de cette exploration ?.. La Relance des affaires ? Un nouveau plan de redressement définitif ? La fin de la crise  ? La solution au problème du chômage ? L’arrêt de l’inflation ? L’extinction du paupérisme après dix heures du soir ?
Ne nous berçons pas trop d’illusions. La crise économique que nous subissons sévit aussi dans l’ensemble des pays capitalistes développés, sans parler des autres. Les Etats-Unis, l’Allemagne, l’Italie, la Grande-Bretagne n’y échappent pas plus que nous. Partout le monde du travail est atteint par ce nouveau mal qui répand la terreur, le chômage ; partout l’inflation et la misère gagnent du terrain du fait des nouvelles techniques de production et des lois implacables de l’économie de marché condamnant les entreprises à la compétitivité et à la modernisation, ou à la faillite.
On n’en sortira pas. Tant que les hommes au pouvoir et les incapables qui s’y accrochent s’obstineront à rafistoler un système économique né dans la période de pénurie et devenu caduc avec l’apparition de l’abondance ; tant que l’on cherchera à résoudre le problème de la quadrature du cercle  ; tant que les politiciens en quête d’une majorité et toujours en retard d’une révolution comme nos généraux en retard d’une guerre feront la loi ; tant que pour sauver le franc on laissera crever les Français ; tant que des faiseurs de miracles et des rebouteux appliqueront leurs cataplasmes sur des jambes de bois pour guérir les hemorroïdes ; tant que des libéraux avancés installés à l’Elysée et à Matignon feront la pluie et le beau temps, on n’en sortira pas.
Alors, la « troisième voie », j’ai bien peur que ce ne soit qu’une voie de garage.

* du 1e février.

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Vous trouvez ça normal ?

par F. LÉVY
mai 1982

- Les machines travaillent à votre place, plus vite et mieux. Pour vivre, vous devez travailler quand même, et autant. Vous trouvez cela normal ?

- Toutes les entreprises, les commerces, les producteurs souffrent de la crise. Mais on exige la semaine de 35 heures avec le même salaire. Vous trouvez cela normal ?

- Vous vivez de la culture des pêches : on les jette dans le Rhône. De la production des choux-fleurs : on les arrose de mazout. De la pêche en mer on y rejette les poissons. Des produits de la vigne : on distille le vin. Vous trouvez cela normal ?

- Vos lames de rasoir durent moins longtemps, vos bas « filent  » plus vite, votre voiture rouille mieux, votre appareil «  électro-ménager » n’est pas réparable parce qu’une soudure a remplacé un boulon. Vous trouvez cela normal  ?

- La monnaie, c’est ce qu’on donne pour acquérir une marchandise. Mais la valeur de la monnaie et celle des marchandises varient suivant le cours de l’or et du dollar. Vous trouvez cela normal ?

- Vous payez l’essence en francs. Son prix augmente parce que le dollar monte. Vous trouvez cela normal

- La libre entreprise, c’est la concurrence à tout va. Les Japonais sont plus compétitifs que nous, alors on hurle qu’il faut «  se protéger » contre les bas prix. Vous trouvez cela normal  ?

- Le Marché Commun nous inonde de vins, de fruits, de légumes, de cochons et de moutons, mais nous ne savons pas quoi faire des nôtres. Vous trouvez cela normal ?

- Votre patron n’a plus de commandes, ou plus d’argent. Alors l’usine va fermer. Vous l’occupez pour conserver votre emploi. Vous trouvez cela normal ?

- En 1905, par la Charte d’Amiens une assemblée de travailleurs français a proposé la suppression du salariat. Le salariat demeure partout, même dans les pays qui se disent socialistes. Vous trouvez cela normal ?

- Les armements font vivre 20% des travailleurs, et permettent d’acquérir des devises nécessaires à l’importation. Et on vous promet le désarmement. Vous trouvez cela normal ?

- Chacun propose aux autres d’aider le Tiers-Monde. Mais personne ne veut produire ni transporter gratuitement les biens de consommation nécessaires parce que la « rentabilité » et le « profit » s’y opposent. Vous trouvez cela normal ?

- En Yougoslavie, l’autogestion n’a pas réussi parce que ces « socialistes » ont conservé le salariat, la concurrence, l’argent, l’intérêt, la banque, tous les fondements du capitalisme. On vous propose ça en France. Vous trouvez cela normal ?

- Les pollutions et les gaspillages sont dûs à la nécessité du profit, qu’impose l’économie de marché. On vous propose de les combattre sans changer de système économique. Vous trouvez cela normal ?

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Chiffres

Un vrai gâchis

par H. MULLER
mai 1982

Deux millions de chômeurs en Allemagne, trois en GrandeBretagne, dix aux Etats-Unis avec 13,3 % d’inflation, le Trésor belge à sec, 500% d’inflation en Argentine, tous pays où, pourtant, il n’est question ni de nationalisations, ni de programme socialiste. Ainsi la dégradation générale des économies apparait-elle comme un phénomène non associé à quelque projet socialiste, mais relevant d’autres facteurs, notamment l’insuffisance de débouchés solvables à une production pléthorique à laquelle les gouvernements cherchent des soupapes armements, guerres, nucléaire, spatial, aides extérieures, stockages, destructions, etc...

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Chiffres

Un monde criminel

par J. GUÉZENNEC
mai 1982

C’est par centaines de milliers de tonnes que le poisson est rejeté à la mer sans aucune réaction de l’intelligence. Et au Tiers Monde meurent de faim chaque année, selon les statistiques, cinquante millions de malheureux et le plus grand nombre d’enfants. Voici brièvement le résumé des destructions dans notre vieille économie millénaire : « nous laissons mourir de faim chaque jour 35 mille enfants de sous-alimentation, tandis que chaque année, la Communauté Economique Européenne dépense 225 millions de francs pour détruire fruits et légumes pour maintenir les cours ; que chaque année plus de cent mille enfants deviennent aveugles par manque de vitamine A alors que les frigorifiques de l’Europe communautaire regorgent d’un excédent de 300 mille tonnes de produits laitiers à propos desquels on discute en haut-lieu sur l’art et la manière de les faire disparaitre  ; que les laiteries des Etats-Unis déversent à l’égoût chaque année dix millions de tonnes de petit lait dont les protéines pourraient nourrir huit millions d’êtres humains !

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Vous avez dit chômage ?

par P. SIMON
mai 1982

UNE organisation charitable dont j’ai déjà parlé dans ces colonnes attire à nouveau notre attention sur le douloureux problème de l’exploitation des enfants. Je ne peux résister au besoin de vous communiquer l’information reçue de «  Frères d’Espérance ».
Comment en effet rester indifférent quand on lit que 52 millions d’enfants de moins de quinze ans accomplissent des tâches souvent très dures pour un revenu parfois inexistant. Bien sûr, on ne rencontre plus une telle exploitation dans les pays développés. C’est dans des parties du monde comme l’Inde, l’Amérique Latine, l’Asie du Sud-Est que des patrons osent traiter comme esclaves des êtres sans défense.
Encore les statistiques officielles sont-elles sujettes à caution. Elles sont établies par le Bureau International du Travail qui n’a à sa disposition que les chiffres que les gouvernements veulent bien lui communiquer. Gageons qu’ils ne sont pas sincères. En septembre 1981 le rapporteur spécial devant la Sous-Commission des Droits de l’Homme à Genève déclarait «  Plus de 150 millions d’enfants entre 10 et 14 ans font partie de la population active mondiale ».
Je comprends bien que, dans les économies pauvres, il n’est pas question d’offrir aux jeunes des études longues et coûteuses qui leur donneraient une formation professionnelle et les prépareraient à la vie. Il n’est pas étonnant que, dans de tels pays, où l’énergie mécanique n’existe pas encore en quantité suffisante le travail humain soit nécessaire. On peut admettre que les enfants contribuent à la vie économique de la nation. Mais pas dans n’importe quelles conditions.
Il n’y a pas si longtemps les enfants d’Europe n’étaient guère mieux traités. Au siècle dernier ils étaient nombreux à pousser les wagonnets dans les mines de charbon, d’Angleterre et d’ailleurs. Il a fallu l’action des âmes charitables pour que cela cesse. Surtout il a fallu le développement de l’énergie et de la machine pour que l’homme n’ait plus à accomplir des tâches démesurées car imposées, non pas par la nature mais par l’industrialisation.

LA GRANDE RELEVE

Nous avons maintenant franchi ce stade et, dans la plupart des secteurs la tendance est complètement inversée. Les tâches pénibles n’ont pas entièrement disparu mais elles sont souvent allégées voire éliminées par les robots.
On serait tenté de croire que nous vivons désormais dans un monde où le travail n’est plus la corvée qu’il était, le labeur qui use prématurément. C’est en partie vrai. Pourtant la réalité demeure sombre car le chômage est venu prendre la suite de l’exploitation honteuse. La machine qui devait libérer condamne à l’inactivité et, pour se défendre, les travailleurs redécouvrent d’instinct les procédés des Luddites anglais qui, en 1811, détruisirent les métiers à tisser qui venaient prendre leur emploi.
Les 3 millions d’enfants qui travaillent dans des mines d’Amérique Latine à 280 mètres sous terre, sans étai et sans ventilation n’ont pas ce souci, pas plus que les petites filles de Thaïlande qui emballent des bonbons 15 heures par jour. On ne leur prendra pas leur emploi. D’abord on a trop besoin d’eux. Quelle main d’oeuvre extraordinaire. Rapides, habiles, non syndiqués, peu exigeants sur la nourriture les enfants offrent les meilleures garanties de rentabilité pour un patron. Et quand ils grandissent et réclament un salaire on les met à la porte.
Qui ne voit que la misère ainsi profite à certains. Les familles sont tentées de donner ou de vendre leur enfant à des marchands d’esclaves quand elles ne peuvent plus le nourrir ou sont incapables de payer leurs dettes. Les entreprises peuvent alors produire à bas prix et demeurer compétitives. C’est, en un sens, le même phénomène avec nos chômeurs. Quand le travailleur coûte trop cher à l’entreprise elle s en débarrasse.
Si l’on admet que, dans la fabrication, il entre trois facteurs de coûts  : la matière première, l’énergie et la main d’oeuvre, et que les deux premiers sont incompressibles on ne peut donc agir que sur les salaires pour maintenir les coûts à un niveau acceptable et permettre le profit d’ailleurs indispensable en économie capitaliste.
Pas de doute ; c’est le système entier qu’il faut revoir et repenser. L’économie distributive en substituant la notion de revenu social à celle de salaire doit redonner à l’être humain sa dignité en le libérant de l’exploitation comme du chômage.

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L’empire empire

par J. LENGLINÉ
mai 1982

LES prix augmentent, l’emploi diminue. La dialectique de la misère (la pauvreté engendrant plus de pauvreté) gagne des marches aux provinces de l’Empire !
Cet Empire est devenu totalement ingérable :
D’abord irrationnel, puisque son fonctionnement, reposant exclusivement-sur les critères de rentabilité/productivité aboutit à une destructuration de toute vie collective - la logique sociale étant subordonnée aux caprices de l’économie de marché.
Ensuite destructeur de valeur, puisque par l’exploitation, il procède à des prélèvements sur la périphérie (Tiers et Quart Mondes) pour permettre le gaspillage au centre - ce qui nous entraîne dans une dynamique de décadence, analogue à celle de la civilisation romaine après l’instauration de l’empire...
Enfin dangereux, puisque la violence et la compétition y sont inhérents : le système fonctionne de crise en crise jusqu’à la rupture et la guerre.
Le problème de la survivance de l’Empire est incontournable : l’heure de la relève approche, le temps de la transition est commencé.
Le phénomène marquant de la fin du 20e siècle est le rejet du travail dans un contexte d’abondance de biens et de services. Le rejet du travail stérile, qui procure aux uns un statut et une occupation débilitants mais aux autres un moyen commode de quadrillage social, est illustré par la révolution des mentalités (chez les jeunes et les cadres en particulier) et la mutation technologique.
Ainsi peut-on lire dans « le Nouvel Economiste » du 15 mars 1982 : « Derrière la grande mutation que constitue le développement de l’informatique et de la robotique, la question qui domine aujourd’hui est celle de son bilan emploi... A la manière d’une révolution démographique, la mutation informatique suppose de trouver un nouvel équilibre axé sur la recherche de plus grande formation, de plus grande qualification, de plus grande responsabilité... N’allons-nous pas redécouvrir que loin d’être un luxe pour période de prospérité, une interrogation ouverte sur le travail humain est en fait un impératif inéluctable pour une période de crise et de mutation ? ».
Par ailleurs, la transition ne peut avoir lieu tant que les échanges sont formalisés par une monnaie impériale : le dollar, ou un ersatz : le franc. C’est par leur intermédiaire, en effet, que nous sont répercutés les coûts de l’empire. Une monnaie de consommation - qui pourrait être du type de celle prévue pour les nouvelles cabines téléphoniques - est seule utile dans un système d’abondance où les échanges peuvent être remplacés par la distribution des valeurs produites par les machines. Quant aux services, une convivialité intelligente et vigilante peut assurer à la fois l’égalité et la liberté qui sont les enjeux fondamentaux de toute vie en société.
Les coûts de l’Empire empirent mais désormais ils relèvent de la grande relève...

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ILS Y VIENNENT !

Un échec de la société

mai 1982

Face au chômage qui s’impose et qui augmente, la question a été posée : que faire
Le travail est un bien qui diminue et il faudra bien accepter de le partager. La réduction des horaires va dans ce sens, mais elle n’est pas la panacée.
Si le travail manque, les moyens de vivre, donc de consommer, devront être assurés à tout le monde. Aussi, le salaire ne sera plus uniquement associé à un travail.
Les personnes présentes ont insisté sur la nécessité de deux actions essentielles : mobiliser les consciences et déculpabiliser les chômeurs. La première pour informer et faire prendre conscience de la situation ; la seconde pour permettre aux chômeurs d’être reconnus, parce que leur situation est le résultat de l’échec de la société et non le leur.
Ces réflexions furent émises au cours de la réunion d’un organisme intitulé « Rubrique des Herbiers »

(Extrait de « Ouest-France », Edition de Vendée, 8 fév. 1982).

Transmis par Georges GILET

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Une autre société

par R. MENTA
mai 1982

Lorsque les socialistes prirent le pouvoir, la crise datant de 1974, maintenait sa vitesse de croisière et, jusqu’à présent, rien ne permet de penser que le nouveau gouvernement parviendra à redresser la situation.
Il ne réussira dans son entreprise qu’en sortant du système, c’est-à-dire en se tournant définitivement vers un autre type de société et non pas en apportant quelques réformes à l’intérieur d’une économie capitaliste.
En rien responsables du déficit de la Sécurité sociale les travailleurs devront payer. Dans le même temps le chef de l’Etat exonère les oeuvres d’art de l’impôt, se privant ainsi des moyens de renflouer les caisses de chômage.
Pour combattre le mal dont souffre notre économie de profits et de privilèges il n’existe qu’un seul remède : distribuer le revenu national de manière différente.
L’idée de la réduction du temps de travail, avec pour effet la diminution des bénéfices des patrons, doit entrer dans une phase active. La réduction d’une heure de la semaine de travail n’apportera rien de positif sur le plan de l’emploi car les patrons réorganiseront leurs services et remplaceront les hommes par des machines.
Il faut obtenir, dans les plus brefs délais, la semaine de 35 heures ou de 30 heures, vouloir un mode de vie différent et apporter ainsi la réponse à la nécessité de transformation d’une société afin que disparaisse l’injustice.
Tout autre projet ne conduira qu’à l’échec. Mais, pour aller vers ce type de société, une révolution doit s’effectuer au niveau des mentalités. Ceci est une autre histoire.

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Réflexion sur la surpopulation

par R. CARPENTIER
mai 1982

LE 23 juin 1980 sur FR3, aux informations de 22 h 30, on a eu droit à un peu de morale sur la dénatalité en France. La journaliste de service de s’écrier « mais que sera alors le rôle de la France dans un monde qui sera peuplé de 11 milliards d’habitants en 2050 ? » et, sous-entendant la contraception. « à ce rythme là les Français de 53 millions ne seront plus que 35 millions » et allez-y du serrement de coeur...
Or si un jour - en 2050 comme le référencie la journaliste - on se retrouve 35 millions, du moins peut-on penser qu’on aura tous la satisfaction de nos besoins et que le régime capitaliste aura disparu ; que la population sera de qualité et l’esprit français recouvré n’en rayonnera que mieux...
Car enfin, si l’on se situe en régime capitaliste, le problème de la surpopulation est simplement un rapport de classe sociale ; la classe des profiteurs, des possédants, et celle des déshérités. Il est normal dans ce régime que les privilegiés aient intérêt à ce que les démunis soient le plus nombreux possible, car la main-d’oeuvre est alors bon marché, et les armées multiples. Tout va alors dans le sens de la misère du plus grand nombre au profit d’une minorité de possédants.
D’ailleurs tous les natalistes, à l’esprit bâté par ignorance ou par intérêt, sont toujours du côté des plus forts, y compris toutes les religions qui ont toujours contribué à pousser les peuples à la reproduction. Ce sont les peuples les plus démunis, les plus fanatisés par les religions et la croyance que le régime marchand et !’Etat sont indispensables, qui croissent et multiplient à outrance. La surpopulation est un baromètre marquant la misère dans les pays sous-développés et arriérés. Elle n’existe d’ailleurs que dans les classes pauvres ; c’est une résultante du régime marchand d’inégalité économique et sociale. Dans notre pays industrialisé quelle gloire y a-t-il de se compter 53 millions (estimation en 1982 plus de 54 millions) quand, sur ce nombre, il y a environ 20% qui sont vraiment pauvres - malgré l’abondance des produits de consommation ? 20  % cela fait près de 11 millions !!
La société marchande est satisfaite du grouillement populaire, pour écouler ses produits de mauvaise qualité qui empoisonnent la santé des consommateurs (qui ont encore un pouvoir d’achat). La pollution de la nature est une conséquence de la surpopulation découlant d’une âpreté au profit, et déployant une publicité écoeurante pour forcer la vente - malgré la difficulté d’acheter.
Tous les miséreux du monde, pour se libérer de l’exploitation de l’homme par l’homme et des inégalités économiques, devraient comprendre qu’ils ont intérêt à se limiter... mais une génération consciente ne peut être le fait que d’une société déjà libérée.
D’autre part, si l’on se situe en régime d’Economie Distributive - c’est-à-dire si le régime capitaliste a disparu, les hommes n’étant plus des profiteurs et ayant leur entière raison - à quoi servirait alors de pulluler inconsidérément dans l’abondance ? Pour la simple raison morale de ne pas être taxé d’égoïste ? Mais où serait alors la supériorité de l’intelligence de l’homme sur l’animal ? En suivant l’idée de procréer sans limite, il arriverait un moment où les hommes bientôt trop nombreux sur la terre n’arriveraient plus à maintenir l’abondance des produits et ce serait alors la rareté recouvrée et la faillite pure et simple du régime d’égalité économique.
Si nous sommes des hommes raisonnables, capables de penser et de prévoir l’avenir de nos enfants, ne vaut-il pas mieux se limiter consciemment, plutôt que de croître et multiplier sans contrôle jusqu’à saturation sur la terre bornée ? Devant l’attrait sexuel infini - puisque l’individu l’assimile à un plaisir - la procréation n’aurait plus de borne, si la raison ne donnait l’éveil de la limitation, parmi les gens sensés. Je me demande d’ailleurs l’intérêt qu’il peut y avoir à partager les fruits de la production - même en abondance - entre 11 milliards d’hommes plutôt qu’entre 4 milliards... qui seraient plus a l’aise dans.. un paradis terrestre !
Qu’on ne vienne pas conter que, nous retrouvant 35 millions chez nous, le voisin nous écraserait parce que peut-être supérieur en nombre. Voire !- Si nous sommes en régime Distributif le voisin, las de sa misère et sensible à la propagande diffusée par la voie ’ des ondes, ne tarderait pas à nous copier dans un élan de solidarité -, ce qui démentirait la mentalité de survivance bourgeoise de nationalisme stupide et désuet !
En fait, la surpopulation est néfaste en régime capitaliste pour les travailleurs et les consommateurs, et inutile en société Distributive. Il est toujours déraisonnable de pulluler, ce qui donnerait pour conséquence un gaspillage des matières premières que nous reprochons aujourd’hui à la société de consommation.
En conclusion, que ce soit en régime capitaliste ou distributif, la démographie galopante est dangereuse à la Vie matérielle et spirituelle de l’humanité. Soyons digne de l’Etre pensant qui prévoit sa survie dans le temps en s’assurant la Fraternité par la qualité de l’Espèce dans le Paradis Terreste enfin acquis !

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