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   Mensuel de réflexion socio-économique vers l’Économie Distributive
 
 
 
 
 
AED La Grande Relève Articles > N° 799 - avril 1982

 

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N° 799 - avril 1982

Il faut agir !   (Afficher article seul)

Sur quoi repose le système bancaire ? *   (Afficher article seul)

Anathème ou électrochoc ?   (Afficher article seul)

Visage de l’espoir   (Afficher article seul)

La montée du chômage   (Afficher article seul)

Du lance-pierres... au cerveau électronique   (Afficher article seul)

Une moisson de chômeurs pour la France   (Afficher article seul)

Le troubadour du capitalisme   (Afficher article seul)

Prévenir plutôt que guérir   (Afficher article seul)

Survivre ou périr ensemble   (Afficher article seul)

Ah, la vache...   (Afficher article seul)

L’utopie ou la barbarie   (Afficher article seul)

Ils y viennent !   (Afficher article seul)

Ils s’y mettent !   (Afficher article seul)

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Il faut agir !

par M.-L. DUBOIN
avril 1982

POUR venir à bout de la crise, il ne suffit pas d’avoir une proposition simple, logique, efficace et sûre. Il faut d’abord la faire admettre, pour qu’un grand nombre de gens l’exigent et la mettent en application. Et, malgré sa simplicité, notre proposition dérange les habitudes de pensée : on s’habitue mieux à l’idée que l’homme puisse aller se ballader sur la lune qu’à le voir dissocier travail et revenus pour tous !
Nous sommes tous concernés par les changements nécessaires, mais les chômeurs le sont avant les autres, parce qu’ils sont les premiers touchés :
le marché du travail les a éliminés : il les traite en assistés, en inutiles, comme des incapables. C’est donc auprès des chômeurs que nous devrions avoir le plus de chances d’être compris : à eux de répudier ce marché qui les élimine  !
C’est à eux que doivent s’adresser d’abord les lecteurs de «  la Grande Relève » qui ont à coeur de lutter pour qu’un monde meilleur remplace celui dont ils voient l’agonie. Les aider à comprendre qu’il leur appartient de se prendre en main pour créer, avec les moyens qui existent déjà, une véritable société : distributive et équitable. La première étape consiste donc à réunir les chômeurs autour d’un projet : leur donner un idéal, un but commun qui leur donne le courage de lutter avec efficacité.
Pour réaliser cette étape, nous avons fabriqué un tract en supplément à ce numéro, pour nos abonnés. Si chacun d’eux accepte d’y mettre son nom et son adresse et d’en distribuer autour de lui à tous les gens concernés, afin de les réunir, de les aider à prendre contact entre eux, nous aurons déjà fait un grand pas en avant.
Mais combien parmi les lecteurs qui nous disent « il faut agir  », agiront-ils eux-mêmes ?
Réponse dans un prochain numéro... ?

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Quand un nombre suffisant de gens courageux auront entrepris de mettre sur pied un système distributif, ils seront amenés à exiger l’intervention du gouvernement sur un point capital  : l’instauration d’une monnaie distributive.
Ils se heurteront à tous ceux qui croient encore que la monnaie est une institution éternelle que rien ne peut remettre en cause. A ceux-là, nous répondons par l’étude publiée ci-dessous en 1961 par J. Duboin. Elle leur montre que cette sacro-sainte institution est totalement inconsistante : les bases du système bancaire, sur lequel reposent toutes nos relations économiques, ne sont en fait qu’un accord tacite, une simple convention entre gens de connivence... et qui savent bien s’entendre par exemple quand il s’agit de faire baisser le franc pour influencer l’électorat  !

Sur quoi repose le système bancaire ? *

par J. DUBOIN
avril 1982

POUR le grand public, la banque est une sorte de garde-meubles où l’on met son argent à l’abri des voleurs. On l’en retire quand on en a besoin. La banque vous ouvre un compte (le compte en banque  !) qu’elle crédite des sommes versées et débite de celles retirées. Le déposant reçoit un carnet de chèques et s’en sert pour payer ses fournisseurs : c’est très commode. L’homme de la rue sait encore que la banque ne paye un chèque que si l’on a de l’argent à son compte, tirer un chèque sans « provision » étant un délit ; ici s’arrêtent ses connaissances. Si on lui demande cependant si les banques prêtent quelquefois de l’argent à leurs clients, il répond affirmativement. Quel argent prêtent- elles ? Mais celui qu’on leur a déposé  ! s’écrie-t-il avec un léger sourire de pitié.
Cette naïveté est répétée couramment  ; elle se rencontre sous la signature de journalistes, même d’économistes distingués et d’analystes financiers qui expliquent doctement que les crédits consentis par les banques sont forcément limités, car elles ne peuvent prêter que l’argent qu’elles possèdent : la plus belle fille du monde...
Lorsque vous rencontrez un de ces innocents, dites - lui ceci quand vous déposez 100 000 F à votre compte, n’avez-vous pas le droit de les retirer à vue, donc à n’importe quel moment  ? Supposons que vous les réclamiez le lendemain et que le caissier vous dise : « Mille regrets ; nous venons de prêter votre argent à un brave homme - votre voisin - qui en avait grand besoin  :il nous le remboursera dans quelques mois augmenté d’un bon intérêt et des commissions d’usage », quelle tête feriez-vous ? Ce n’est plus de l’argent que vous déposeriez, ce serait une plainte pour vol ou abus de confiance. Certes vos 100 000 F appartenaient bien à la banque qui les avait mis dans sa caisse, qui fait partie de son Actif ; mais elle avait inscrit dans sa comptabilité qu’elle vous les devait, car vos 100 000 F figurent à son Passif. Admettriez-vous qu’un commerçant prêtât un élément de son Passif ? Qu’il prêtât l’argent de ses créanciers ?
Votre interlocuteur cherchera à s’en tirer en disant que l’argent prêté est celui de la banque ou de ses actionnaires. Conseillez-lui de courir retirer ses fonds, car elle ne tardera pas à fermer ses guichets : elle ne couvre pas ses frais généraux ! Il faut lui apprendre que les choses se passent autrement. Rappelez-lui l’histoire des orfèvres de Londres chez qui les Anglais déposaient leurs pièces d’or quand ils partaient en voyage. Les orfèvres leur délivraient un reçu. Mais les Anglais, trouvant plus commode de se servir des reçus à la place des pièces d’or, négligeaient souvent de réclamer celles-ci aux orfèvres. Ceux-ci s’enhardirent donc à fabriquer des reçus fictifs qui, mis en circulation, sont devenus les billets de banque.
La même aventure est arrivée aux billets de banque que les clients déposent dans les banques. Elles s’aperçurent que, si les déposants sont nombreux, une fraction ces sommes déposées ne sort plus de leur caisse, car si des clients retirent de l’argent, d’autres en apportent. Elles estimèrent donc qu’elles pouvaient autoriser quelques clients à retirer momentanément plus d’argent qu’ils n’en avaient à leur compte ; puis ce privilège fut étendu à de nouveaux clients. Cette monnaie ainsi créée porte aujourd’hui le nom de monnaie bancaire ou scripturale ; elle a pris un développement considérable, les banques en créant souvent plus qu’il n’existe de billets de banque en circulation.
Les 100 000 F que vous avez effectivement versés à votre compte, permettront de créer peut-être 100 000 F de Monnaie bancaire en faveur d’Antoine, 100 000 F de plus en faveur de Bernard, et 100 000 F encore au profit de Casimir.
A ces trois emprunteurs, la banque remettra, comme à vous, un carnet de chèques qu’ils pourront tirer jusqu’à concurrence des 100 000 F prêtés. Si des porteurs de ces chèques réclamaient des billets, vos 100 000 F effectivement versés suffiraient à leur donner satisfaction.
En bref, la banque autorise Antoine, Bernard et Casimir à tirer des chèques sans provision, car c’est elle qui fait la provision .. en monnaie bancaire !
C’est que l’expérience a prouvé aux établissements de crédit et aux grandes banques, que l’argent qui sort de leur caisse ne découche jamais longtemps. Trois cas peuvent se présenter  : 1°) le porteur du chèque possède un compte dans la même banque : elle crédite alors son compte et débite celui du tireur ; 2°) il possède un compte dans une autre banque : elle remet son chèque à la Chambre de Compensation qui joue le rôle d’un super-siège social de toutes les banques, car elle compense chaque soir leurs opérations de la journée ; 3°) le porteur du chèque l’encaisse et reçoit des billets dont il se servira pour ses achats ou pour payer les salaires de son personnel : ces billets ne tarderont pas à faire retour à la banque par les mille canaux du commerce de détail.
Si l’on désire une explication plus technique, la voici : la monnaie bancaire n’a d’autre existence que celle d’un compte sur lequel son titulaire tire des chèques s’il est créditeur. Cette monnaie bancaire lui appartient mais ne consiste qu’en écritures comptables ce qui sort d’un compte entre dans un autre compte et ainsi de suite. Enfin quelques billets de banque sont nécessaires pour les porteurs de chèques qui préfèrent les toucher en « espèces », c’est-à-dire en papier !

* Ce texte est extrait de « Pourquoi manquons-nous de crédits  ? ».

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Anathème ou électrochoc ?

par J. MALRIEU
avril 1982

J’AI cru que Christ était ressuscité ! C’est un terrible réquisitoire que Mgr Lustiger, Archevêque de Paris, vient de prononcerà l’occasion de la récente visite du Pape en Afrique Noire : « Nous perdons notre âme. Notre civilisation signe son arrêt de mort quand nous n’accordons pas aux Africains l’égale dignité des enfants de Dieu, quand nous voulons conquérir à notre profit le monde entier et ses richesses alors que Dieu les a donnés à tous les hommes pour leur bonheur... Une nation riche qui perd son âme est une nation de morts... Et une nation dont l’âme est morte, une culture qui a perdu ses raisons de vivre, des systèmes économiques et sociaux qui contredisent pratiquement les objectifs qu’ils se proposent, ne peuvent alors enfanter que le néant et la destruction... Peut-être est-il déjà trop tard pour que nos cultures et nos histoires échappent au germe de mort qui ronge notre coeur. Maladie mortelle, maladie doublement mortelle : homicide puisqu’elle fait mourir nos frères, suicidaire puisqu’elle nous détruit nous-mêmes. » (1)

C’est le ton des malédictions bibliques. On est très près de l’eschatologie de René Guénon qui voit dans la montée du matérialisme l’annonce de la fin des temps. Moins prophétique, le Père Elsa, missionnaire, cerne d’un trait plus précis le problème posé aux croyants : « En Afrique Noire, les tâches d’Evangile s’inscrivent dans une région du monde où les puissances d’argent ont décidé de faire de ce territoire une réserve d’esclaves et de main d’oeuvre à bon marché. Pour les Eglises, la question posée par cette situation est claire : chaque jour, au nom de l’Evangile, écrire l’histoire de la libération effective des opprimés. »

Le Père Elsa dit vrai. La situation est claire et la question est bien posée, non seulement pour l’Afrique mais pour l’humanité entière. Mais alors pourquoi le Pape, Chef suprême de l’Eglise, du haut de l’Infaillibilité que lui confère les dogmes, ne lance-t-il pas l’Anathème contre les fauteurs du génocide  ? Pourquoi ne dénonce-t-il pas solennellement les Etats et les systèmes économiques et sociaux qui bafouent cyniquement les Droits de l’Homme ? Pourquoi ne frappe-t-il pas d’excommunication Reagan et Brejnev, les affairistes de tous poils et d’abord les trafiquants d’armes et les sociétés multinationales qui pillent et affament les peuples du Tiers-Monde, comme la télévision elle-même vient d’en faire la démonstration ? Avec tout le respect et l’estime que nous lui portons, nous disons à Jean-Paul Il Pasteur de la Chrétienté, qu’il ne peut pas se dérober à la mission dont Dieu l’a investi. L’heure n’est plus aux homélies lénifiantes. Il faut parler clair et fort. La plus haute autorité spirituelle du monde occidental est seule capable de provoquer l’électro-choc qui sortira l’humanité de sa torpeur. Faut-il rappeler au Pape que le Christ, dans une circonstance au moins, n’a pas hésité à recourir à la violence, lorsqu’il a chassé à coups. de fouet les marchands du Temple ? C’était sa manière d’exprimer sa réprobation à l’égard de l’économie de marché...
Cependant d’autres voix s’élèvent pour donner l’alarme. Europa Erwache ! Europe, réveille -toi ! C’est le cri que pousse la jeune génération d’Allemagne occidentale. Divine surprise  ! Concours inespéré. La nouvelle Allemagne semble avoir rompu avec le démon de l’expansionnisme et du racisme. Elle se bat aujourd’hui pour protéger la Vie, pour défendre les arbres contre les engins destructeurs et les centrales nucléaires. La montée du mouvement pacifiste est un phénomène intrinsèquement sain. Les tentatives de manipulation dont il peut faire l’objet ne sauraient dissimuler son importance historique.
L’Est et l’Ouest sont en crise. La faillite des deux systèmes qui se partagent le monde n’a jamais été aussi manifeste  ; ni aussi évidente la menace que fait peser sur la planète, l’affrontement des deux Superpuissances qui les incarnent.
Entre deux formes de barbarie, entre le capitalisme sauvage et le socialisme concentrationnaire, les hommes refusent de choisir. lis les rejettent l’une et l’autre avec la même horreur. Le monde est à la recherche d’une troisième voie. Les démarches erratiques des peuples, à l’approche du troisième millénaire, expriment une aspiration confuse vers des formes de socialisation délivrées de l’oppression et de la compétition permanentes. Ni Jungle, ni Goulag, une société à la mesure et au service de l’homme !
Les deux superpuissances sont définitivement disqualifiées. C’est à l’Europe et aux pays non alignés qu’il appartient désormais de prendre en main les destinées de la Planète. L’héritage humaniste et chrétien de l’Europe se découvre des affinités avec les survivances traditionnelles des pays du TiersMonde. La fascination qu’exerce les dernières tribus primitives de l’Amazonie et de la Nouvelle-Guinée traduit la nostalgie d’un monde non asservi aux « valeurs » de la société productiviste dans l’une ou l’autre de ses versions, capitaliste ou bureaucratique. En unissant leurs forces, l’Europe et le TiersMonde peuvent s’interposer entre les deux colosses et mettre un terme à leur confrontation suicidaire.
Nous avons été assez souvent critiques et même sarcastiques avec le Président Mitterrand pour ne pas lui ménager notre approbation quand il remet en cause l’hégémonie des deux Grands (Yalta, c’est fini !) et surtout quand il affirme l’urgente nécessité d’un nouvel ordre économique mondial. Même si ces déclarations sont démenties par les prises de position effectives - on sait que le Pouvoir socialiste est comme l’Enfer, pavé de bonnes intentions - elles ne sont pas totalement inefficaces. Comme les admonestations du Pape, elles contribuent à faire avancer l’idée que la spirale mortelle où le monde est entraîné ne peut être désamorcée si les rapports entre les hommes continuent d’être soumis aux impératifs de la compétition et aux mécanismes du marché. L’état de guerre économique débouche inévitablement sur la guerre tout court.
François de Ravignan, agronome et disciple de René Dumont, soutient à juste titre dans son ouvrage « Le monde de la faim » que la meilleure façon d’aider les pays sous-développés est de les déconnecter du marché mondial et de leur permettre de disposer de leurs ressources pour satisfaire Ieurs propres besoins. C’est ce que l’on appelle le développement autocentré dont les multinationales ne veulent à aucun prix. Le mot d’ordre « D’abord manger » lancé par Nyéréré, Président de la Tanzanie, exprime fort bien cette stratégie de développement qui vise à soustraire à la compétition et à la dépendance, les économies fragiles du Tiers-Monde..
La lutte pour la Paix est étroitement liée à la lutte pour une nouvelle organisation mondiale de la production. Une citation empruntée à un ouvrage de Bertrand de Jouvenel « La civilisation de la Puissance » me paraît de nature à faire comprendre la gémellité des deux problèmes  : « On est tenté de rapprocher les entreprises d’investissement des entreprises d’équipement militaire. Dans l’ordre militaire, il y a course aux armements le souci n’est pas seulement d’avoir des armes efficaces, mais d’en avoir qui surclassent celles des adversaires possibles. Ce souci porte d’une part à l’innovation continuelle, de l’autre au rebut des armes qui paraissent surclassées. De ce comportement, celui des entreprises se rapproche d’autant plus qu’elles s’adressent à un marché mondial et qu’elles sont plus grandes. Comme dans l’ordre militaire, le souci de rivalité est un principe de la consommation accélérée d’équipements et explique l’énormité des dépenses d’investissement qui constituent une part croissante de la dépense globale. C’est ce que j’ai appelé le syndrome des Danaïdes auquel les groupes nationalisés n’échappent pas plus que les autres.
Ainsi, une part croissante du produit social est engloutie dans des équipements voués à une obsolescence accélérée, au détriment de la rémunération des travailleurs, du niveau de l’emploi et de la préservation de la biosphère, c’est la fatalité inexorable du système marchand. Face à cette Némésis, la pathétique conjuration de l’Archevêque de Paris frappe juste. Elle interpelle tous les hommes, croyants ou non croyants.

(1) « Le Monde » du 12-2-82.

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Visage de l’espoir

par M. DUBOIS
avril 1982

Un étrange Prix Nobel

DEPUIS plus de 20 ans j’essaye, dans la mesure de mes capacités et des informations dont je dispose, de lutter contre toutes les formes de pollution et surtout de démontrer que le succès de cette lutte passe obligatoirement par l’instauration d’une Economie des Besoins, seule capable de placer les intérêts vitaux des individus avant la sacro-sainte rentabilité financière.
Au cours de toutes ces années, j’ai eu l’occasion de citer des centaines d’articles et d’auteurs. En toute bonne foi, je ne croyais guère possible de trouver d’éléments vraiment nouveaux à verser dans cet énorme dossier.
C’est aujourd’hui chose faite. J’ai découvert récemment un livre de poche édition 1973 et qui devait dormir dans un coin de grenier.
Le nom de son auteur m’a alerté, car c’est un homme dont on a beaucoup parlé ces derniers mois, et qui est en outre directeur du Figaro Magazine : il s’appelle Louis Pauwels.
Le titre de l’ouvrage ? : « Lettre ouverte aux gens heureux et qui ont bien raison de l’être ».
Son sujet ? Dénoncer le pessimisme systématique, le dénigrement généralisé qui ont réussi à diminuer les unes après les autres nos raisons de vivre. La sinistrose de nos sociétés contemporaines est, selon Louis Pauwels, le résultat d’une entreprise de démolition de longue haleine sans aucune issue positive ou constructive possible. L’objectif de nos contestations se limite à « casser la baraque » avec, en toile de fond, un plus ou moins vague retour au rousseauisme, un abandon de toutes les réalisations dues aux progrès techniques des cinquante ou cent dernières années.
Pour étayer sa démonstration, Louis Pauwels a recours à sa méthode habituelle : choquer le lecteur, en prenant le contrepied d’idées largement admises.
Et c’est ainsi qu’arrivé à la page 43 du livre, j’ai failli m’évanouir de surprise en apprenant que Louis Pauwels «  ne croit pas au péril pollution »... Et page 44 : «  La pollution, comme mythe négatif, est une arme de guerre psychologique maniée, contre le monde développé, par des agents. C’est enfin un racket pour divers organismes et groupes de pression. Je donne aux inventeurs de cette psychose le Nobel de l’escroquerie.  »

Ne pas nier l’évidence

Une affirmation aussi péremptoire mérite tout de même d’être étayée, et Louis Pauwels ne se dérobe pas puisqu’il consacre, en annexe à son ouvrage, plus d’une dizaine de pages à ce sujet. Qu’y trouvons-nous ?
« Depuis 1960, nous dit-il, la plupart des problèmes de pollution industrielle avaient été maîtrisés, sur le plan technique (c’est nous qui soulignons). Restait à établir ou à raffermir une législation. »
Restait surtout, hélas, à éliminer l’action des puissants intérêts financiers qui dans tous les domaines s’ingéniaient à tourner les lois pour sauvegarder leurs projets. Nous connaissons les résultats...
Autre citation : « C’est à cette époque que parut le livre de Rachel CARSON. Cette malheureuse, se mourant d’un cancer, était persuadée que sa maladie venait du DDT. L’influence de son ouvrage, « Le Printemps silencieux » fut désastreuse. Au lieu de combattre les insectes, on combattit les insecticides. On sait aujourd’hui que les références et informations tendant à présenter ce produit comme ayant une persistance infinie s’accumulant sans limite dans les tissus humains, étant responsable de la disparition de milliards d’oiseaux et de poissons, et produisant chez l’homme des effets pathogènes et cancérigènes, ne repose sur aucune base scientifique. »
Tiens donc ! Et sur quelle base scientifique s’appuie Louis Pauwels  ? Sur un communiqué de la Chambre syndicale de Phytopharmacie reproduit par le journal Le Monde.
Il est bien évident qu’entre ce communiqué, hautement désintéressé, et les affirmations de dizaines de savants tels M. Jean DORST, par exemple, aucune hésitation n’est possible.
Pourtant M. Louis Pauwels continue :
« Le DDT enfin reconnu inoffensif après 10 ans de panique stupide, on a nourri la psychose avec le mercure. Le DDT contient notamment du chlore. Un des procédés de fabrication du chlore consiste en l’électrolyse d’une solution de sels marins avec une cathode de mercure. Quand on découvrit du mercure dans le lac Sinclair, au Canada, l’affolement fut grand. Les analyses se poursuivant un peu partout, on devait s’apercevoir que certains poissons (comme le thon) contiennent naturellement une petite quantité de mercure et que cela est sans rapport avec la fabrication du DDT. ».
Evidemment, en 1973, M. Louis Pauwels ne pouvait avoir connaissance du livre de Fernand GIGON « Le 400e chat, ou les pollués de Minamata ». Dix mille victimes, dont presque une centaine de morts, c’est tout de même beaucoup pour une inoffensive psychose.
M. Louis Pauwels ne croit pas non plus « à la raréfaction de l’oxygène dans l’air et à notre, prochaine asphyxie générale ». Sans doute n’a-t-il jamais vu les distributeurs d’oxygène installés dans les grandes villes japonaises, et notamment à Tokyo.
Il admet pourtant que « le problème de la pollution par gaz d’échappement des voitures n’est évidemment pas négligeable.  » Mais « la solution a été découverte dans la post-combustion, c’est-à-dire dans la réalisation d’un brûleur supplémentaire détruisant le gaz d’échappement de la voiture. Il est prévu que les automobiles américaines seront ainsi équipées dans les 5 années à venir, en attendant la voiture électrique. »
Nous sommes en 1982, cher Monsieur, où sont les voitures électriques  ? Où sont les brûleurs supplémentaires ? Ils sont nuisibles financièrement et n’ont par conséquent pas vu le jour.
Et les engrais chimiques ? « Il a fallu trente ans de lutte pour anéantir l’idée que les engrais artificiels détruisaient le sol et produisaient des aliments malsains. » Qu’en pensent les agriculteurs, chaque jour plus nombreux, qui se sont ralliés aux méthodes de culture agrobiologiques ?
Et la pollution des océans ? Au diable Cousteau, Bombard et autres prophètes de malheur qui se prétendent bien placés pour tirer les sonnettes d’alarme, sous prétexte qu’ils ont vu et étudié sur place. M. Louis Pauwels, lui, n’est pas inquiet ; il ne redoute ni une crise de l’eau pure, ni l’immersion de déchets radioactifs, mais admet tout de même « qu’il faut surveiller les pétroliers », surveillance particulièrement efficace si l’on s’en réfère aux nombres de marées noires survenues depuis la sortie de son livre.
Avec le recul des années, le démenti des faits devient plus cinglant. Il est toujours dangereux, et parfaitement inutile, de nier l’évidence.

Le progrès au service de l’homme

D’autant plus que, parmi les défenseurs de la Nature, broyer du noir ne constitue pas toujours le dernier chic, et que nul ne songe sérieusement à nier les acquits positifs de la science et de la technique dans des domaines comme celui de la médecine par exemple, ou de la lutte contre la famine. Nul, même parmi les partisans de la croissance zéro, n’envisage un impossible retour en arrière à la vie du bon sauvage.
Mais nier la pollution est un enfantillage encore plus dangereux. Et le principal avantage d’une économie des Besoins c’est précisément, dans ces problèmes comme dans beaucoup d’autres, de concilier les inconciliables de notre système économique actuel.
Réclamer que les progrès techniques soient mis au service de l’homme est un lieu commun. Préciser comment y parvenir est beaucoup plus difficile.
Prenons un exemple : celui de l’énergie. Parlant des moyens de captage des diverses énergies douces, non polluantes, M. Marcel BOITEUX, Président d’E.D.F., écrit dans Le Figaro du 21 mars : « ce qui importe pour qu’une énergie vaille ou non d’être mobilisée, c’est son coût. »
Oui, mais quel coût ? Dans notre système économique actuel, aucune ambiguité : c’est le coût financier, la rentabilité financière des capitaux investis, avec tous les non sens qui en résultent au niveau des décisions. Sans aller jusqu’à préconiser l’Economie des Besoins, M. Marcel BOITEUX est tout de même conscient du problème puisqu’il écrit un peu plus loin : « Il reste que le calcul économique n’intègre pas toujours, ou pas assez, certaines raretés essentielles, mais encore non marchandes, telles que l’air pur, l’eau propre, ou la terre vierge. Une économique rationnelle de ce type de biens collectifs est encore à faire pour rendre opérationnel un mode de calcul économique qui ferait sa juste place à ces raretés essentielles. »
On croirait lire Philippe de SAINT-MARC. Oui, cette économie reste à faire, et c’est pour cela que nous ne devons pas désespérer de l’avenir. Nous voulons bien, comme M. Pauwels, être optimistes, mais pas en nous bandant les yeux. Et nous ne sommes pas seuls, si j’en crois la conclusion d’un article de M. Henri GUITTON, Président de l’Institut, dans le même Figaro du 21 mars dernier.
« Derrière le visible de type kafkaien, je vois aussi se profiler un invisible ouvrant une voie nouvelle. La fin d’un monde peut être le début d’un monde nouveau. Le chômage, qui croît, annonce en effet une mutation profonde dans le monde salarial. Lorsqu’il aura atteint ce chiffre de deux millions qui nous fait peur, l’heure aura sonné de reclasser autrement que dans des grandes usines, ces jeunes, ces femmes qui ont grossi le volume des demandeurs d’emploi mal trouvable. Il ne faut pas s’attrister indéfiniment de la substitution des machines, soit aux muscles, soit à l’intelligence de l’homme. Cette substitution fera surgir des emplois hors du monde salarial de la dépendance, dans un ensemble artisanal rénové. L’ère des micro-ordinateurs n’est pas encore commencée.
Oserai-je dire encore que derrière un renouveau technique, dans un invisible encore plus souterrain, une résurgence des valeurs morales est en train de s’opérer ? Après une décadence évidente de ces valeurs qui nous afflige tant, puisqu’elle a conduit au désarroi, à la violence, aux destructions stupides, ne sentezvous pas venir pour demain une remontée chez les tout jeunes ? Après la contestation, un certain dégoût se fait jour. Ne serait-il pas comme pré. curseur de ce supplément d’âme que nous attendons depuis si longtemps ? Les générations montantes sont encore silencieuses. Par-delà les agressions des minorités extrémistes, ce silence me paraît prometteur.
Les invisibles de longue durée entretiennent pour moi l’espérance.  »
Qu’ajouter à ce texte sinon que, depuis plusieurs décades, les invisibles porteurs d’espérance ont pour nous le visage de l’Economie des Besoins.

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La montée du chômage

par P. SIMON
mars 1982

DANS son numéro du 8 février 1982, la revue américaine Time consacre un long article à la montée du chômage aux Etats-Unis. Ce pays, qui se considère comme le plus puissant du monde et le champion de l’économie de marché et de libre entreprise, est en proie à de graves difficultés qui illustrent bien la crise que le système capitaliste traverse en ce moment.

QUELQUES CHIFFRES

Chaque mois, les services officiels publient diverses statistiques. Parmi tous ces chiffres il en est un qui a une résonance particulière sur le plan politique et sur le plan humain, c’est celui qui indique le pourcentage de la population active actuellement sans travail. De mois en mois il ne cesse de monter, passant de 8 % en octobre 81 à 8,4 % en novembre et 8,9 % en décembre. Le chiffre de janvier n’était pas encore connu au moment où l’article a été rédigé. Ainsi donc, en décembre, 9 millions et demi d’Américains étaient sans emploi.
A qui profite cet état de fait ? Pas aux chômeurs bien sûr. Pas plus au gouvernement pour qui 1% de plus de chômeurs représente un déficit supplémentaire de 25 milliards de dollars (environ 150 milliards de francs lourds) en impôts non perçus et en allocations versées.
A propos d’allocations, la nouvelle politique mise en oeuvre par le président Reagan consiste à les réduire afin de diminuer les dépenses du gouvernement. Au plus fort de la récession qui dura de 1973 à 1975, plus de 75 % des Américains au chômage (ils étaient près de 8 millions et demi) percevaient une aide. En décembre 1981, ce chiffre était tombé à 37 %.
Hélas, le chômage n’affecte pas que les Etats-Unis. Au Canada, les sans emploi représentent 8,6 % de la population active  ; en France, 8,7 % en Italie 9,1 %, en République Fédérale 7,3 % et en Grande Bretagne, où le gouvernement suit une politique économique et monétaire assez voisine de celle des Etats-Unis, le triste record est battu avec 12,7 %.

QUI EST ATTEINT ?

Tous les Américains ne sont pas affectés de la même façon par le chômage. Bien sûr, ce sont les travailleurs les moins qualifiés ou ceux qui appartiennent aux minorités qui souffrent le plus. Le taux de chômage chez les Noirs est de 17,4 % et chez les jeunes de 21,7 %. Si ces jeunes ont le malheur d’être aussi des Noirs, le pourcentage atteint 39,6 %.
Il existe également une catégorie de « travailleurs  » particulièrenient remarquable. C’est celle des «  travailleurs qui ont perdu espoir », en d’autres termes, ceux qui, au cours des quatre dernières semaines, n’ont pas cherché d’emploi. Ils ne sont plus considérés comme chômeurs bien qu’on en compte 1 200 000. Il y a aussi ceux qui ont dû se contenter d’un travail à mi-temps ou à temps partiel et qui ne sont pas plus de 5400000.
Les industries le plus durement touchées sont l’automobile et le bâtiment, avec, pour la première, un taux de chômage de 21,7 %, et de 18% pour la seconde. Les fonctionnaires ne sont guère mieux lotis puisque le président veut dégraisser les effectifs, comme on dit, et licencie même une partie des fonctionnaires qui ont pour tâche de distribuer les allocations chômage.
A titre d’exemple, Time cite le cas d’un vendeur d’automobiles de Californie célibataire qui, en des temps plus heureux, gagnait environ 2 000 dollors par mois, soit environ 12 000 francs lourds. Lorsque les ventes de voitures ont baissé il s’est retrouvé avec un revenu mensuel ramené à 250 dollars, soit 1 500 francs. A 54 ans, avec une formation professionnel. le qui n’est plus adaptée aux techniques nouvelles, il n’a pas pu trouver d’autre emploi et vit depuis un an dans les locaux d’une Mission qui lui fournit les repas, un lit dans une chambre de 8 personnes et une allocation hebdomadaire de 8 dollars, soit 48 francs.

QUEL AVENIR ?

Toutes ces statistiques sinistres rie peuvent qu’éclairer davantage une situation depuis longtemps connue de nos lecteurs. La crise actuelle a essentiellement pour cause une redistribution des cartes. De nombreux pays ont, depuis peu, atteint l’ère industrielle et sont de dangereux concurrents pour les pays industrialisés depuis longtemps, habitués à un niveau de vie élevé dont les entreprises ne peuvent plus faire les frais. Pour survivre, les producteurs réduisent au maximum leurs dépenses et licencient, se privant ainsi de clients qu’elles doivent rechercher à l’étranger où la concurrence est vive. Les robots n’ont encore fait qu’une apparition timide mais cela ne va pas durer. Alors le chômage va continuer à croître globalement même si on enregistre une légère reprise dans les mois qui viennent. Une seule solution : le partage du travail que les machines ne peuvent accomplir mais sur des bases complètement nouvelles, celles de l’Economie Distributive.

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Du lance-pierres... au cerveau électronique

par G. LAFONT
avril 1982

TANDIS que notre malheureuse planète, qui décidément ne tourne plus rond, s’achemine cahin-caha vers l’an 2000, tandis que les Nostradamus de bazar, les voyantes extra-lucides, les astrologues de fêtes foraines, les diseurs de bonne aventure et les liseurs dans le marc de café, auxquels viennent se joindre les futurologues, nous annoncent le programme des réjouissances et des catastrophes - au choix - prévu pour cette fin de millénaire ; tandis que les économistes de service - et ça fait du monde - nous préparent les nouveaux plans de lutte contre l’inflation et le chômage sortis de leur matière grise en ébullition  ; tandis gu’en ces lendemains de festivités, de gueuletons et de beuveries en l’honneur du Père Noël, toujours solide au poste, lui, dans cette partie de la planète que l’on appelle le TiersMonde on continue à crever de faim, et dans l’autre partie, dite civilisée, à crever d’indigestion, une révolution comme on n’en a pas vu de mémoire d’homme, depuis l’invention du lance-pierre, s’accomplit en ce moment sous nos yeux.
C’est ce que l’on appelle déjà la révolution télématique. Et le cerveau électronique n’est pas loin. Depuis l’apparition des premiers ordinateurs considérés d’abord comme des gadgets la machine a fait des progrès foudroyants avec l’arrivée en masse des robots dans l’industrie, suivis il y a quelques années à peine, des micros-processeurs qui sont des plaquettes de silicium minuscules et que l’on appelle les « puces » électroniques. Et ce n’est pas fini. Le progrès ne s’arrête pas là. On pourra perfectionner encore ces merveilleuses machines d’un faible prix de revient - c’est moins cher qu’un sous-marin nucléaire et ça fait moins de dégâts - et les miniaturiser, ce qui serait difficile pour un sous-marin.
Non, le cerveau électronique n’est pas loin et la miniaturisation de ces machines va les rendre capables, entre les mains de l’économiste le plus obtus, même M. Raymond Barre, de résoudre des problèmes jusqu’alors réputés insolubles. Bref, selon le docteur Christopher Evans, psychologue et informaticien, auteur du livre «  Les Géants minuscules » : l’intelligence artificielle est une utopie en voie de réalisation.
La révolution industrielle du XIXe siècle, avec tous les espoirs qu’elle suscitait, avait posé plus de problèmes qu’elle n’en pouvait résoudre. Entraînant l’humanité dans une course au profit qui n’avait jamais été aussi implacable, de guerres de conquêtes en colonisations elle avait enrichi les conquistadores, les aventuriers et les marchands de canons, créé le prolétariat, cette forme moderne de l’esclavage et réalisé ce joli tour de force : la misère dans l’abondance.
Mais on ne s’en est pas tenu là. Au train où vont les choses - et elles vont bon train - ça va peutêtre enfin changer. Si l’abondance nous submerge au point que l’on en est toujours réduit à résorber les excédents, et si les crève-la faim, ceux que l’on appelle les assistés, sont toujours aussi nombreux et même en nette augmentation, c’est qu’ils se débrouillent mal pour trouver du boulot. Des emplois ii y en a plein dans les journaux.
Ce qui me rend optimiste c’est qu’on n’arrête pas le progrès. Avec l’ordinateur de demain - et demain c’est pas loin - qui sera bientôt à la portée du premier venu, c’est une ère nouvelle qui commence. Selon le docteur Christopher Evans, expert mondial en matière de micro-processeurs, grâce aux derniers progrès réalisés dans l’électronique et à tous ceux que l’on attend des nouvelles techniques et qui dépassent les rêves de la science-fiction, on peut déjà envisager pour un proche avenir l’apparition de la machine intelligente.
La nouvelle machine électronique effectue déjà des travaux compliqués que l’homme est incapable de faire lui-même, et si elle e encore besoin de l’homme pour être programmée elle sait dresser des bilans aussi bien qu’un expertcomptable, prédire le temps qu’il fera demain, calculer les impôts que vous aurez à payer, et même gagner aux échecs. Bref, l’intelligence artificielle, selon les experts en informatique, est une utopie en voie de réalisation.
Alors, qu’est-ce que l’on attend pour nous débarrasser du ministre de l’Economie et des Finances et mettre à sa place, rue de Rivoli, un cerveau électronique ?
C’est le seul moyen de sortir de la pagaille dans laquelle nous pataugeons depuis plus d’un demisiècle et de voir se réaliser enfin, avec un plan de redressement, qui, pour une fois, sera définitif, cette « utopie » que l’on appelle l’Economie Distributive.

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Une moisson de chômeurs pour la France

par H. de JOYEUSE
avril 1982

Recensement général de la population. En 1975 ça s’était plutôt mal passé. L’INSEE, chargé de la chose, avait cru bien faire en choisissant les « chefs » temporaires (pour former et encadrer les agents recenseurs) des messieurs style colonels en retraite ou P.D.-G. sur la touche.
Résultats : les chômeurs et les étudiants embauchés pour l’occasion écrémèrent le plus facile, négligeant le recensé du bout du quai. Pendant ce travail, colonels et P.D.-G. plastronnaient estimant que la piétaille ferait son devoir.
Cette année on a visé plus bas. Les 2 800 « délégués  » ont été recrutés parmi les retraités petit cadre, genre adjudant-chef. Ils ont reçu pour mission de faire recruter par les maires quelque 120 000 recenseurs.
Ça fera toujours un peu de boulot pour les étudiants et les chômeurs !
Bah, pas tellement. Les instructions (orales) de l’INSEE sont «  Evitez les jeunes et les chômeurs, gens peu sérieux ».
C’est vrai ça. Et puis ce sont peut-être les mêmes qu’en 75. Sont capables de rester gamin 7 ans d’affilée ces cocos-là et les chômeurs itou.

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Lectures

Le troubadour du capitalisme

par H. MULLER
avril 1982

ECHARDE plantée au flanc de la richesse, la pauvreté donne aux riches mauvaise conscience. Elle dérange leur confort d’esprit, semant le doute chez les théoriciens du capitalisme libéral inquiets de la voir persister et s’étendre, en dépit d’une croissance continue de la production, propre à la résorber. Il s’agit donc de disculper les riches et le système dont ils profitent, des accusations dont ils font l’objet. Troubadour d’un néo-capitalisme d’extrêmedroite, GILDER dans son livre « Richesse et pauvreté » (1), prend le taureau par les cornes et mène son attaque sur deux fronts
Les pauvres sont responsables de leur condition. L’assistance sociale les rend paresseux. Cette assistance supprimée, les chômeurs devront nécessairement se remettre au travail, participer à la créativité, à la productivité, à l’innovation. Qui ne travaille pas ne mangera pas, disait déjà St Paul au premier siècle de notre ère. « L’aiguillon de la pauvreté, écrit GILDER, est la chose la plus nécessaire à la réussite des pauvres ».
En outre, observe GILDER, les programmes d’aide sociale ont un effet corrosif sur la richesse, taxée, imposée, découragée, alors que le but suprême du libéralisme économique est l’accumulation du capital en vue d’investir. Aussi Gilder tire-t-il à boulets rouges sur l’impôt progressif qui frappe les hauts revenus.
Dans la foulée, il déclare la guerre aux contrôles car ils découragent l’esprit d’entreprise. Guerre également aux appareils régulateurs de l’Etat, à l’Etat-providence, aux Assurances, à l’impôt sur les plus-values ; guerre surtout à l’économie stagnante. Les paysans encombrés de leurs stocks ? Qu’ils se débrouillent. Les veuves, âgées ou laides, se trouveront un nouvel époux. Les vieux, les impotents  ? Qu’ils crèvent ; ce sont des parasites, des inutiles qui vivent aux crochets des riches. Plus d’aide aux « canards boîteux  » : tant pis pour les outillages inutilisés, les actifs gaspillés. N’est-ce pas excellent pour la mobilité ? Il nie en bloc l’efficacité des transferts, n’en retenant que les effets pervers sur la croissance, spoliateurs à l’égard des riches, mais se gardant d’évoquer leur rôle en matière de débouchés étatisés, générateurs de hauts profits au niveau des grandes compagnies et de leurs sous-traitants.
Pourquoi parler de lutte des classes puisque les classes n’existent que dans l’imagination des marxistes ? On n’appartient pas à une classe. On y entre et on en sort à tout instant au gré du hasard, de la chance ou de la malchance. La mobilité sociale est un fait caractéristique de la société américaine. Les riches d’aujourd’hui ont été les pauvres d’hier et seront souvent les pauvres de demain. Traqués par le fisc, victimes des droits de succession, leurs avoirs consumés par les dévaluations, leurs propriétés morcelées, partagées par leur descendance, c’est à se demander où ils puisent le courage, la foi d’entreprendre.
Pauvres riches ! Que ne ferait-on pour les aider dans l’accomplissement de leur noble tâche, eux qui soutiennent à bout de bras les colonnes du temple, eux qui par leur épargne, leur travail, leurs mérites, la foi, la créativité et autres vertus cardinales non moins indiscutées, alimentent la machine économique en capital, créent la seule, la vraie richesse  : l’argent, clé du pouvoir, gage de considération ?...
GILDER n’a pas vu, ou feint de ne pas voir, l’irrésistible évolution de notre monde industriel aux prises avec des usages monétaires inadéquats. « Même Adam SMITH, écrit-il pourtant, dont le nom symbolise l’ordre capitaliste, prévoyait sa décrépitude finale : l’avènement ardemment souhaité d’une société d’abondance dissoudrait les objectifs et les fondements mêmes du. système » (p. 19).
C’était mal connaître l’esprit capitaliste. Périssent les hommes plutôt que le système ! Pour en préserver les mécanismes, pour sauvegarder le profit, une pléïade de chercheurs besogneux n’a cessé, depuis un demi-siècle, d’imaginer des séries de moyens propres à maîtriser l’abondance ou à l’empêcher de naître, à éviter la submersion des marchés par des crues de production temporaires ou durables dans un certain nombre de secteurs. Armements, guerres, spatial, nucléaire, aide extérieure, stockages, «  banque du sol », gaspillages, grands travaux non prioritaires comptent ainsi parmi les principaux de ces moyens auxquels GALBRAITH a cru devoir adjoindre l’extension des services publics, le tout financé par le budget et l’inflation...
Le livre de GILDER donnera lieu à bien des exégèses. Déroutant à plus d’un égard pour la pensée classique, il sera pour beaucoup d’économistes, une mine d’informations et une source de réflexions, en dépit de ses incohérences, de ses contradictions, de ses ommissions, de ses paradoxes, écrit dans un style émaillé d’envolées lyriques et de métaphores. Mis entre les mains de néophytes, il peut se révéler dangereux, néfaste pour leur formation, en raison des pièges qu’il contient.

(1) Publié par Albin Michel.

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Prévenir plutôt que guérir

par J. MESTRALLET
avril 1982

L’EXPRESSION « médecine de pointe » évoque une réalité bien différente des hôpitaux ultra-modernes, pourvu d’un matériel « dernier cri »  ; des opérations à coeur ouvert et des greffes d’organes, de grands médicaments sans lesquels elles seraient impossibles.
S’il n’est pas question de refuser ces moyens aux malades pour lesquels ils constituent le dernier recours, leur nécessité croissante ne traduit pas un progrès ! Loin de là !
Le vrai progrès consiste à empêcher les gens de tomber malades et non à laisser la maladie s’emparer d’eux pour les soigner ensuite. On fait d’ailleurs beaucoup mieux aujourd’hui : on rend les gens malades par les pollutions de toutes sortes : de l’air, de l’eau, des aliments, par le bruit, les conditions de travail où il entre pour beaucoup, les tracas imbéciles, etc...
Bien sûr, on objectera la fin des grandes épidémies. Mais s’agit-il d’une victoire décisive ? Le paludisme, que l’on croyait vaincu, a fait sa réapparition, les moustiques, vecteurs du germe, deviennent résistants aux insecticides. Quant aux maladies vénériennes, elles refusent de céder aux antibiotiques, dont il faut sans cesse augmenter les doses. Et pour bien d’autres maladies encore, c’est aussi vrai.
Ajoutez les maladies de dégénérescence, cancers, allergies, rhumatismes, affections cardio-vasculaires, les maladies mentales, et votre image du progrès médical sera quelque peu ternie. J’allais oublier les maladies « iatrogènes  », dues aux médicaments. Elles progressent toutes.
Soyons clairs : il ne s’agit pas de nier les succès de la médecine moderne. Mais on ne peut davantage fermer les yeux sur leurs contreparties.
La vraie réussite médicale ne saurait être de nous réduire à un assemblage de prothèses ou à nous transformer en perpétuels assistés médicamenteux. On doit réserver ce genre d’intervention aux personnes ayant épuisé leurs défenses naturelles. L’artillerie lourde médicale sera d’autant plus un progrès qu’on l’emploiera moins.
Au contraire, il faut savoir qu’un organisme vivant possède normalement tous les moyens de défense nécessaires, pourvu que l’on s’abstienne de le perturber. On peut gêner son fonctionnement de plusieurs manières : par intoxication et carence de sels minéraux en particulier, fatigue excessive, chocs émotionnels, etc...
Voilà justement les causes auxquelles s’attaquent les «  méthodes naturelles de santé ». Je garde volontairement cette expression, bien que certaines d’entre elles aient un caractère artificiel en apparence (acupuncture, courants électriques, etc.), parce qu’elles stimulent des processus naturels. On doit bien reconnaître à ces méthodes un pourcentage élevé de succès. Elles sont nombreuses et généralement complémentaires régimes alimentaires, cures de jeûne, homéopathie, phytothérapie, applications d’argile, etc., en plus des thérapeutiques mentionnées auparavant.
Quels qu’ils soient, tous les régimes alimentaires reposent sur l’agriculture biologique. On ne saurait parler d’alimentation saine sans produits sains, même en dehors de tout régime.
J’ai mentionné, dans la série d’articles consacrés à l’agriculture biologique, l’amélioration obtenue par quelques adeptes en matière de santé.
L’agriculture biologique préviendra aussi la pollution des eaux par les nitrates. Le rapport Hénin en a révélé l’ampleur (1).
Restent la pollution de l’air et celle de l’eau par des causes non agricoles. Leur élimination relève de l’action collective. Mais là, comme partout ailleurs, la véritable raison est le profit.
L’agrochimie est, de toute évidence, une impasse. Même si l’agrobiologie n’a pas résolu tous ces problèmes, elle représente l’avenir, le progrès véritable. Peu importe qu’elle n’atteigne pas toujours les rendements de l’agrochimie, s’ils ne représentent qu’un succès éphémère et menacent la qualité des sols et la santé.
Constituant l’un des piliers d’une véritable politique de la santé ; l’agrobiologie doit recevoir le soutien de la collectiité. Il est vrai que sa généralisation rapide en même temps que celle des autres méthodes naturelles de santé provoquerait, en régime du profit, une telle catastrophe économique  ! Je vous laisse conclure...
Ecologistes qui parlez toujours d’économies, remuez vos méninges  !

(1) Nature et Progrès, n° 72.

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Survivre ou périr ensemble

par F. FOULON
avril 1982

DEPUIS la grande crise économique de 1929, c’est-à-dire depuis que la mécanisation, l’automation, l’électronique prennent la relève des travailleurs en usine comme au bureau, la recherche d’un emploi est devenue un problème et le plein-emploi, un faux problème. La prétention de survivre grâce aux 39 h/semaine conduit inévitablement à la fabrication d’une production inutile, dangereuse, mais rentable, comme tout particulièrement les armements de guerre. Pour justifier leur nécessité, il suffit de créer ou d’attiser des situations conflictuelles, ce qui, en raison de la puissance pénétrante des médias et de la crédulité des foules, n’offre guère de difficultés majeures. Rien ne sert d’aller loin pour le prouver.
Quoiqu’une guerre atomique soit impensable parce qu’aucun homme d’Etat ne se sent disposé à être exposé aux mêmes risques que le derniers de ses troufions, on n’en respire pas moins, partout, une atmosphère de malaise. Il flotte dans l’air une inquiétude indéfinissable, comme à l’approche d’un séisme.
A partir du chaos de notre société, chacun voudrait voir apparaître les prémices d’une nouvelle organisation du monde. Pour qu’il en soit ainsi, force nous est d’abord de comprendre les questions insolites qui nous assaillent, d’en mesurer la profondeur, de découvrir les réponses écologiques qu’elles exigent.
Hélas, nous sommes dépassés par l’accélération de la révolution technologique dont foisonnent les exemples d’effets négatifs :
- pollutions mutispécifiques (rivières, mers, atmosphère)  ;
- menaces d’altération du climat entraînant la fonte des glaces polaires ;
- croissance effrénée des populations pauvres dont une moitié meurt de faim ;
- élimination définitive d’espèces animales sauvages, tarissant, dans le Tiers-Monde, la source de protéines riches, à la fois nourrissantes et régulatrices de la fécondité féminine (2) ;
- scalp démentiel de la couverture végétale, plus spécialement forestière, réduisant le libération d’oxygène par le mécanisme de la photosynthèse  ;
- Exploitation du Sud famélique par le Nord pléthorique, cupide, impitoyable.
L’addition et l’enchaînement de ces agressions volontaires contre la Nature conduisent à la destruction de notre biosphère, c’est-àdire, l’espace planétaire au sein duquel, par une succession de hasards prodigieux, se sont trouvé réunies toutes les conditions propres à l’apparition de la vie, où celle-ci s’est développée, transformée et se perpétuerait en se perfectionnant pendant des centaines de siècles, si l’ogre capitalisteindustriel, égoïste, ignorant, obsédé par l’ambition de s’enrichir, cessait de démolir, un à un, les rouages fragiles des équilibres que la Nature - pour d’autres la Providence - a mis des milliards d’années à construire.
Le temps nous reste-t-il et disposons-nous des moyens pour mettre ces rapaces humains dans l’incapacité de poursuivre leur oeuvre de mort ? Pourrons-nous sauver la vie de notre merveilleux petit vaisseau spatial, perdu dans le Cosmos ? A ces questions ma réponse : est  : Oui !!
Cette brève synthèse devrait se dégager de la lecture de mon livre, à la condition que j’aie réussi à associer mes lecteurs à l’impératif d’un renouvellement de nos principes et de nos valeurs, à une manière neuve de penser et d’agir, à l’avènement d’une philosophie qu’Aurelio PECCEI appelle Nouvel Humanisme et d’un système économique que Jacques DUBOIN a appelé Socialisme Distributif.

(1) C’est le titre nouveau de la 2e édition de mon livre «  Un Ecologiste accuse ».
(2) Dans son livre La Géopolitique de la Faim (1971), Josué de CASTRO fait la démonstration médicale d’une fécondité accrue par manque de protéines animales.

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Ah, la vache...

par H. de JOYEUSE
avril 1982

Notre confrère « Europe Notre Patrie » (B.P. 512-02 75066 Paris Cx 02) rapporte qu’un quotidien à grand tirage publie un article intitulé « Faites jeûner vos vaches ». Des « savants » auraient constaté qu’une vache peut rester un mois sans manger. Il suffirait de faire boire la bête. Ces « savants » assurent que l’animal sortira de l’expérience rajeuni. Notre confrère, indigné, imagine l’impact d’une telle « découverte » sur les éleveurs insensibles aux malheurs des bêtes et prêts à se jeter sur toutes les nouveautés capables d’accroître la rentabilité. Si les vaches peuvent vivre sans manger (un mois, on doit pouvoir améliorer  ; les records sont faits pour être battus) plus besoin de prés, de fourrage, plus besoin de personnel pour les sortir ou rentrer de l’étable. Naturellement, ce que dame
vache peut accomplir, veaux, moutons, couvée doivent pouvoir en faire autant ! Et « Europe Notre Patrie » de conclure que l’animal domestique n’a qu’un plaisir : manger. La plupart ne peut s’accoupler sans l’accord de l’homme, lequel leur mesure ce genre d’amusement. Il ne leur reste que le repas pour trouver quelque agrément à la vie. Si maintenant on le leur supprime !
De son côté Hilarius considérant que l’Homme est indiscutablement le Roi des Animaux, il doit faire mieux qu’une vulgaire vache. Plaçons le savant agricole qui a découvert le procédé, dans un box. Clos par huissier. Donnons-lui de l’eau gratuite avec une pipette, à volonté. Si passé un mois et un jour, il est en mesure de répondre à l’interview de Petrus Belle Marre, il a gagné.

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L’utopie ou la barbarie

par C. BUGUET-MELANÇON
avril 1982

« La barbarie encor tient nos pieds dans sa gaîne,
Le marbre des vieux temps jusqu’aux reins nous enchaîne
Et tout homme énergique au dieu Terme est pareil. »

Quelques fois, tout comme le poète, le chemin à parcourir nous semble long, empêtrés que nous sommes dans ce «  marbre des vieux temps » de moins en moins noble et de plus en plus cruellement absurde.
Le découragement atteint parfois son comble lorsque votre interlocuteur, confronté, alarmé même par les proportions dramatiques que prend la crise économique actuelle et ce, quel que soit le gouvernement au pouvoir, cet interlocuteur donc vous lâche du bout des lèvres cette « utopie » avec laquelle il espère clore le débat.
Mais enfin d’où vient cette peur ? Pourquoi ne pas la saisir cette utopie ? Prouvons-le au moins que c’en est une. Nous, nous risquons le pari, il en vaut la chandelle. Le remède que propose A. Hunebelle semble imparable. Les mesures concrètes qu’il propose ne sont-elles pas infiniment moins utopiques que les promesses de créations d’emplois ? Certains gouvernements, comme c’est le cas ici au Québec, entretiennent soigneusement cette illusion alors même que s’effectuent de sévères compressions budgétaires qui en suppriment radicalement. Autre absurdité, on exerce des pressions morales sur les syndiqués du secteur public pour qu’ils renoncent spontanément  » à toute augmentation de salaire et à certains acquis au niveau de la retraite, mais on permet à messieurs les banquiers de hausser impudemment les taux d’intérêt. On est résigné à ce qu’on voudrait nous faire prendre pour une fatalité. Réussirons-nous, avant qu’il ne soit trop tard, à secouer ce fatalisme suicidaire de nos contemporains  ? On ne peut plus ne pas être saisis de l’urgence de réfléchir mais surtout d’agir sur les mécanismes économiques.
Si je parle d’urgence c’est que je suis frappée par le changement de mentalités chez les jeunes quand bien même ils appartiennent à des milieux favorisés. Les questions fondamentales ne sont plus pour eux d’ordre « existentiel » mais reflètent la brutale actualité de la crise, du chômage et de la guerre totale. Ce pessimisme fait froid dans le dos et on ne peut plus, sans impudence, les envoyer « cueillir les roses de la vie »... Dans le face à face quotidien avec les jeunes on se sent honteux de toute apathie. Pourquoi avoir troqué le Petit Chaperon Rouge pour le Petit Prince ? On ne veut plus faire peur aux enfants ? Est-ce pour leur réserver un vrai suspense, une vraie peur, pas celle si dérisoire. du loup ou de l’an 1000, celle bien concrète de l’an 2000, avec sa panoplie d’armes nucléaires ? Au moins là avouons-le nous tenons une certitude : notre barbarie et le pessimisme qu’elle engendre ne sont pas des utopies.

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Ils y viennent !

avril 1982

Un lecteur de Bruxelles nous transmet un article signé Jean Candide du journal « Vlan », intitulé : POUR DES CHOMEURS HEUREUX !
L’auteur estime qu’il y a bien trop longtemps qu’on lui rebat les oreilles en parlant de crise... S’agitil bien d’une crise ?

« A présent, il s’agit de beaucoup plus que d’un simple dérèglement des marchés industriels et financiers. Il s’agit de la transformation inouïe et irréversible du système mondial de production, lequel s’appuie de plus en plus sur la robotique, l’informatique, la cybernétique, la télématique - et de moins en moins sur le travail humain. »

L’auteur signale un livre fort intéressant, un « maître-livre  » d’un ingénieur américain James Albus, spécialiste des robots. Malheureusement il ne nous en donne pas la référence (peut-être un de nos lecteurs nous l’enverra-t-il ?).
Cet ingénieur américain s’élève contre cette notion de « salaire » qui nous asservit tous. Pourquoi revendiquer sa stabilité, par exemple, alors que l’on peut demander des robots, toujours plus de robots qui feraient tout le travail sans salaire, sans sécurié sociale, tandis que chacun toucherait sa part des bénéfices de cette production ?
D’autant plus que dans de nombreux secteurs c’est le travail humain qui est cause principale des freinages et défauts de la production  !

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Ils s’y mettent !

avril 1982

A Manosque, l’entreprise Serathon a été contrainte de déposer son bilan en décembre 1981, malgré tous les efforts de ses quelque 90 salariés.
Un lecteur, F. Feldman, nous apprend qu’un véritable élan de solidarité a poussé une quarantaine des anciens employés de cette fabrique de meubles à mettre sur pied une coopérative ouvrière pour la faire survivre.
Cette « SCOP » ne fait évidemment pas encore partie de la coopérative des chômeurs du plan Hunebelle ; elle va probablement chercher à être « compétitive  » et rester dans le système du profit !
Mais nous espérons bien que F. Feldman et tous les distributistes de la région de Manosque sauront les aider à voir plus loin.

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