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   Mensuel de réflexion socio-économique vers l’Économie Distributive
 
 
 
 
 
AED La Grande Relève Articles > N° 742 - janvier 1977

 

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N° 742 - janvier 1977

Etrennes et bons voeux   (Afficher article seul)

De l’austérité à l’abondance   (Afficher article seul)

L’utilité économique des fléaux sociaux   (Afficher article seul)

Encore les armements   (Afficher article seul)

Ça ira mieux demain   (Afficher article seul)

Au fil des jours   (Afficher article seul)

Malthus avait tort   (Afficher article seul)

Une évidence aveuglante   (Afficher article seul)

Publicité - Duplicité   (Afficher article seul)

Sortir des chemins battus   (Afficher article seul)

Plein emploi ! Pleins d’emplois !   (Afficher article seul)

Hommes et femmes de notre temps, où vous conduit-on ?   (Afficher article seul)

A bas les impôts   (Afficher article seul)

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Editorial

Etrennes et bons voeux

par M.-L. DUBOIN
janvier 1977

Notre bon camarade et ancien collaborateur Marcel Dieudonné, a su ménager aux lecteurs des étrennes qui seront appréciées : son retour parmi nous. Il se propose de remettre au service de « La Grande Relève » la vivacité de sa plume et les réflexions innovatrices de son esprit. Dans ce premier numéro de l’année, il dévoile son analyse originale mais pertinente d’un aspect méconnu du rôle de la délinquance dans notre intelligente société des prix-salaires-profits. Je tiens à remercier ce fidèle militant du soutien qu’il nous apporte, démentant ainsi ceux qui prétendaient qu’il avait définitivement abandonné notre cause.
Autre soutien de taille dont témoigne ce numéro : celui d’une personnalité mondialement renommée, tant pour sa valeur scientifique exceptionnelle que pour ses courageuses prises de position ALFRED KASTLER, prix Nobel de Physique. Nos lecteurs trouveront, outre son point de vue exprimé dans une lettre, la très éloquente étude qu’il nous a communiquée. Il s’agit de l’évaluation de ce qui pourrait être fait contre la misère, grâce à l’économie de seulement 5  % du budget mondial des armements. Ceci constitue un remarquable argument objectif pour le système économique que nous préconisons.
Espérons qu’aussi bien commencée, cette année va voir augmenter notre audience. C’est là le premier voeu que nous formons tous.
Mais comme la sagesse populaire conseille : « Aide-toi, le ciel t’aidera », nous avons pensé prendre les devants en joignant, à chaque abonné, un second exemplaire à l’envoi de ce mois. Nous lui demandons de s’en servir pour aider le ciel à susciter un nouvel abonnement pour l’un de ses proches.
Meilleurs voeux, chers lecteurs, pour que 1977 soit une bonne année pour la diffusion de nos thèses.

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En relisant J. Duboin

De l’austérité à l’abondance

par J. LE MORVAN
janvier 1977

Imposer l’austérité tout en combattant l’abondance ;
freiner les investissements et l’expansion tout en se proclamant pour le progrès technique ;
réduire, de ce fait, la production nationale tout en se proposant d’en exporter 40 % au delà de nos frontières ;
envisager froidement la permanence de plus d’un million de chômeurs...
voilà la politique française d’aujourd’hui.
Jacques Duboin avait raison d’écrire que les économies de rareté ont atteint leur terme et qu’une économie distributive de l’abondance est, dès à présent, nécessaire.
C’est ce qu’il, faut faire comprendre aux Français, et particulièrement aux responsables politiques et syndicaux de la Gauche dont les intérêts personnels sont les moins liés au régime du Profit.

ETRE PRIS AU SERIEUX

Exposer les mécanismes d’une économie distributive ne suffit pas. Il ne suffit pas de montrer que, par le Plan, la monnaie de consommation, le revenu social et la répartition sociale du travail, l’économie distributive équilibrera l’offre et la demande - ouvrira les portes de l’économie à l’abondance, supprimera inflation et chômage.
Les esprits réfléchis - qui sont les seuls qui acceptent de nous entendre - ne sauraient se satisfaire d’un schéma général qui laisse dans l’ombre ce que deviendront les activités de ces centaines de milliers d’entreprises qui sont les cellules actives de ce grand corps qu’est l’économie nationale.
- « Si vous voulez organiser, selon la raison et les exigences du bien public, l’économie française, il vous faudra discipliner les activités de l’ensemble des entreprises. Cela me paraît impossible », nous dit l’un de ces esprits réfléchis.
Il faut lui répondre : « Oui si leur statut juridique demeurait celui d’aujourd’hui. En économie distributive, toutes les entreprises travailleront d’ordre et pour compte de la nation qui prendra en charge leurs obligations financières actuelles. Et n’oubliez pas que cette « administration des choses » disposera de l’informatique qui permet de coordonner les activités si diverses soient-elles sans les noyer sous une bureaucratie. Enfin, si l’Etat distributif assume les principales responsabilités économiques, il est politiquement un Etat démocratique, décentralisé, coordonnant l’action de régions largement autonomes agissant sous le contrôle constant d’un peuple organisé de la base au sommet. » C’est alors qu’il faut faire lire à notre interlocuteur dont la vision économique demeure encore incertaine, le très clair exposé que Jacques Duboin nous a laissé dans son livre « Rareté et Abondance » (page 413) :
« Le Plan... est conçu dans le but de produire et de répartir en vue des besoins réels de toute la population. Ses rédacteurs s’inspireront donc des travaux des hommes de science qui étudient les problèmes humains. Cependant, en dernière analyse, la décision appartient au pouvoir politique qui doit être l’émanation de la nation tout entière.
 » Le Plan, rendu exécutoire, est réparti entre les divers secteurs de l’économie. A son tour, chaque secteur fixe le programme des établissements qui lui sont subordonnés.
 » A la différence de ce qui se passe dans le socialisme de la rareté, l’Etat ne réalise pas de profit sur les consommateurs ; les établissements ne sont donc pas assujettis à l’équilibre comptable. Ne payant ni appointements, ni salaires, ni les fournitures qui leur sont nécessaires, ils ne peuvent établir de prix de revient, ce qui importe peu puisqu’ils n’ont pas de bénéfices à réaliser. Ils tiennent donc la comptabilité des matières employées et des temps de travail afin de permettre le contrôle de la fabrication  ; ils règlent par des écritures et au moyen de bons- matières, les opérations qu’ils traitent entre eux pour l’exécution de leur programme de production. Ce n’est qu’au stade de la distribution que les biens de consommation sont appréciés en monnaie, conformément aux décisions du Plan. »

LE PRIX EN ECONOMIE DISTRIBUTIVE

Il est probable que notre interlocuteur nous demandera, alors, sur quelles bases le Plan établira les prix de vente à la consommation.
Nous laisserons répondre Jacques Duboin :
« Le montant nominal de la monnaie créée et distribuée, valable pour un an par exemple, sera égal au total de la production fournie par le service social dans le même laps de temps. Il y aura lieu de tarifer les produits en tenant compte d’abord du degré de leur nécessité, de leur abondance ensuite. Le bon marché règnera ainsi pour tout ce qui est indispensable à la vie, et le prix des objets s’élèvera dans la mesure où leur rareté relative obligera de restreindre la demande. » (« Libération », page 241).
Attendez-vous alors à la réaction classique de la part d’hommes qui vivent depuis leur enfance sous le « régime des comptes » et du Profit.
- « Mais vous dira, sans doute, votre interlocuteur, homme réfléchi, on ne peut pas comptabiliser une valeur à partir seulement de la « nécessité » d’un produit et de sa quantité. La base de la valeur des choses, c’est le travail qui y est incorporé  ».
Le disciple de Jacques Duboin répondra :
Il en est en effet ainsi dans les économies fondées sur l’échange. Mais, en économie distributive de l’abondance, le prix n’est plus une « valeur » représentative du travail incorporé. Nous sommes sortis du salariat. Le travail n’est plus une marchandise que l’on vend mais un service que l’on doit à la collectivité. Le prix d’un produit n’est plus alors qu’une fraction du total des prix de la production offerte. » En économie distributive, il y a dissociation entre le travail et le prix (ou le revenu), entre le système économique et le système financier. » Le disciple de Jacques Duboin doit alors suspendre son exposé. Il fera confiance à son interlocuteur, sachant bien que ce n’est que par la réflexion personnelle que l’on devient militant pour l’économie distributive.

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L’utilité économique des fléaux sociaux

par M. DIEUDONNÉ
janvier 1977

Si la société du gain ne s’est pas encore effondrée, c’est parce que les gens se sont toujours débrouillés tant bien que mal pour gagner ou se procurer de l’argent, provoquant ainsi l’immense activité inutile ou nuisible.
Ainsi, la délinquance, dont l’accélération de la croissance est « préoccupante » (synonyme d’alarmante) dans les pays hautement industrialisés, a une qualité économiquement positive : les trentetrois mille pensionnaires des prisons et ceux qui devraient y séjourner n’encombrent pas le marché du travail, ni les statistiques du chômage, puisqu’ils ont créé leurs propres « emplois ».
De plus, la croissance de la délinquance provoque, en réaction, une croissance parallèle de sa répression et la création de nouveaux emplois dans ce secteur professionnel.
Merci, messieurs les délinquants, au nom de la police de la magistrature, du barreau, du personnel pénitentiaire et du ministère de la Justice. Sans vous, que deviendraient-ils ?
Merci au nom du secteur du bâtiment : on construit des prisons.
Merci encore au nom du Président de la République et du gouvernement, dont le souci majeur est de créer de l’emploi, pour votre collaboration efficace. Les escrocs, proxénètes, cambrioleurs et autres tueurs au secours des économistes et des ministres, n’est-ce pas merveilleux ? Nous avons tous les jours sous les yeux ce spectacle sensationnel de l’oeuvre de salut public du sauvetage de l’emploi par la pègre, mais nous ne le remarquons pas, nous ne l’apprécions pas, nous n’en tirons pas de conclusions, comme si nous étions des inconscients... c’est à douter de nous-mêmes.
Merci enfin, messieurs les délinquants, pour la société du gain à bout de souffle, que vous contribuez à maintenir en vie. Cette société ne peut plus se passer de vous, car vous procurez de l’emploi à trois ou quatre cent mille personnes, y compris vous-mêmes bien entendu.
Si la délinquance disparaissait comme sous l’effet d’un coup de baguette magique, il faudrait la recréer. Ce ne sont pas ceux qui en vivent qui me contrediront. Ces derniers savent d’ailleurs que leur avenir est assuré : avec le progrès technique qui tue l’emploi, la délinquance ne peut que croître et prospérer, à l’exemple de l’Amérique.
S’il n’y avait que la délinquance pour voler au secours de la société du gain, ce ne serait pas trop grave. Mais un million de personnes en France, dont quatre cent cinquante mille patrons cafetiers, tirent leurs ressources de l’alcool. Plus elles en vendent, plus leurs gains sont élevés, et plus l’alcoolisme, l’enfance handicapée et sa protection s’épanouissent. Cette protection  : trente mille emplois.
Les handicapés, un million cinq cent mille consommateurs sans besoin d’emplois, hélas !, pour eux, mais quelle aubaine pour les forcenés de l’économie du gain !
Si la maladie, ce grand fléau humain et social, était vaincue par la science, il faudrait la ressusciter, car elle assure des centaines de milliers d’emplois thérapeutiques ou connexes.
Rappelons que l’humanité est condamnée à préparer son supplice par la « civilisation » du gain, sinon cent millions de militaires, d’arsenalistes et de fournisseurs d’équipements dans le monde seraient transformés en autant de chômeurs, puisque les services et la production utiles n’ont pas besoin d’eux. L’économie ne pourrait le supporter et sombrerait dans le chaos.
Nous pourrions citer une trentaine d’autres fléaux sociaux, tous créateurs d’emplois et, par conséquent, tous bienfaits économiques. Ce serait fastidieux. Et puis, tout cela sent le cadavre social en état de décomposition avancé, en dépit des apparences qui peuvent encore illusionner les personnes non averties.
Pour survivre aux coups impitoyables que lui assène sans arrêt le progrès technique, la société du gain développe les fléaux sociaux. Les individus s’y emploient de toute leur énergie sous l’aiguillon de la nécessité de gagner de l’argent pour vivre. De plus en plus gravement, cette société accentue donc sans interruption son caractère de société de voyous et de policiers, de pourvoyeurs d’alcool et d’alcooliques, d’handicapés et de fous, de malades et de thérapeutes, de travailleurs de l’armement et de soldats, d’affairistes, de publicitaires et de créateurs de faux-besoins, de pollueurs et de pornos, d’empoisonneurs et d’empoisonnés, de spéculateurs, de bureaucrates, de bavards éloquents mais impuissants, de vandales de l’environnement, etc... Bref, huit personnes actives sur dix sont des bâtisseurs de l’inutile et du nuisible.
Il nous faut à tout prix sortir du piège dans lequel nous sommes tous enfermés par notre salaire, notre bénéfice ou nos honoraires, par l’obligation faite à tout le monde de se procurer de l’argent, en un mot par le gain. Nous sommes comme des crabes enfermés dans un panier par notre gain et qui se battent entre eux. La lutte économique, sociale et politique approche de son paroxysme.
Cependant, nous restons confiants.
La révolution matérielle est pratiquement terminée... La production et le travail automatiques règnent en souverains tout-puissants. L’emploi et le gain, expulsés de leur empire, se réfugient dans les sombres cavernes de l’inutile et du nuisible, répudiés par le coeur et la raison.
Pourtant cela n’empêche pas le chômage de grandir.
Il importe maintenant de compléter la révolution accomplie par le progrès du machinisme, en remplaçant le gain, frappé à mort, par un revenu social.
Matériellement, rien n’est plus facile. L’appareil est en place, nous le verrons, tant il est vrai que les institutions nécessaires à un ordre nouveau prennent naissance et se développent dans l’ancien. La difficulté réside dans le retard de la pensée sur l’évolution du monde. L’obstacle est d’ordre psychique. Il est loin d’être insurmontable.
C’est une question d’information.
Là est le problème. Il faut coûte que coûte lui donner une solution. Et alors, nos contemporains comprendront où est l’intérêt général et la satisfaction de leur égoïsme bien compris.

(Extraits d’un ouvrage en préparation).

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Le professeur Alfred KASTLER, Prix Nobel de Physique, a bien voulu nous communiquer un extrait de « the Bulletin of the Atomic Scientists », Chicago, de novembre 1976, dans lequel il souligne pour nous un extrait d’une édition révisée en 1976 d’une étude intitulée « World Military and Social Expenditures » (Dépenses militaires et sociales du monde), par Ruth Leger Sivard, qui fut Economiste en chef de l’«  U.S. Arms Control and Disarmament Agency » (Agence U.S. pour le Contrôle des Armes et le Désarmement). En voici la traduction :

Encore les armements

janvier 1977

Ce que 5 % du budget des armements permettrait d’acheter :
Si les dépenses militaires du monde pouvaient être réduites de 5 %, l’économie annuelle serait de ...15 milliards de dollars.
Que pourrait-on faire avec 15 milliards de dollars pour réduire le vaste déficit social du monde Voici quelques possibilités sous la forme de programmes coopératifs internationaux pacifiques, et l’estimation de leurs coûts actuels. Chacun d’eux constitue un apport significatif aux programmes existants. Ensemble, ils représenteraient le point de départ d’un formidable fonds pour la paix.
- pour 200 millions d’enfants mal nourris, une nourriture de protéines supplémentaires pour assurer le complet développement de leur cerveau :
...4 milliards de dollars
- Pour les pays pauvres au bord de la famine, un développement de l’investissement agricole pour augmenter la production de nourriture :
...3 milliards de dollars
- La création d’écoles primaires, offrant 100 millions de places nouvelles pour les enfants qui ne peuvent, à l’heure actuelle, être scolarisés :
...3 milliards de dollars
- Une aide d’urgence et une force internationale permanente de secours pour l’assistance des pays touchés par une catastrophe :
...2 milliards de dollars
- un programme mondial de prévention contre la carie dentaire par fluorisation :
...1,5 milliards de dollars
- Une éducation de base pour les 25 millions d’adultes encore illettrés :
...1 milliard de dollars
- Une campagne mondiale pour enrayer la malaria :
...450 millions de dollars
- Un supplément de fer pour protéger contre l’anémie 300 millions d’enfants et de femmes en âge de porter des enfants :
...45 millions de dollars
- Un supplément de vitamines pour protéger 100 millions d’enfants de 1 à 5 ans contre la cécité causée par une déficience en vitamine A :
...5 millions de dollars

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SOIT DIT EN PASSANT

Ça ira mieux demain

par G. LAFONT
janvier 1977

C’est notre Président qui le dit, ou plutôt qui le chante, maintenant. Parce qu’il sait chanter aussi. Et puis les discours cela ne prend plus tellement. Fallait trouver autre chose.
Il a trouvé. Vous avez pu l’entendre y aller de sa chansonnette, sans accordéon, mais en duo avec Annie Cordy devant les petits enfants sages invités à l’arbre de Noël de l’Elysée. C’était hier. Et nous sommes déjà demain. Comme le temps passe ! Et, vous l’avez peut-être remarqué, ça ne va pas beaucoup mieux. Si je n’avais pas peur de le décourager, notre Président - il faut si peu de chose pour le déprimer - je dirais même que ça va plutôt mal. Pourtant, il avait l’air d’y croire. Eh bien c’est raté.
Moi, ce qui me nâvre c’est que chez nous, en France, on a tout, à part le pétrole, pour être heureux. On a même des idées. Et aussi, et surtout, des hommes de gouvernement à la hauteur, que le monde nous envie. Même qu’il paierait cher pour les avoir. Des fortiches, des économistes plus ou moins distingués qui sortent tous de Sciences Po, ou de l’E.N.A., sans parler de tous les sauveurs qui se bousculent au portillon pour prendre la relève le cas échéant.
Et ça va mal quand même.
Cela dit, et il fallait le dire, il n’y a pas de raison de s’affoler. On en a vu d’autres. Et notre vieil ami Antoine Pinay est toujours en pleine force, à ce qu’on dit. Et fin prêt. Donc pas de panique, mais regardons les choses en face.
Ce n’est pas la première fois que la France est en péril. Déjà sous la Troisième République - ce qui ne nous rajeunit pas - un député lançait un jour du haut de la tribune de l’Assemblée Nationale, dans une métaphore hardie, ce cri d’alarme : « Le char de l’Etat navigue sur un volcan  ! ».
A l’époque cela faisait rigoler. L’éloquence fout le camp. Comme le reste. Aujourd’hui tout ce que la situation fait dire - j’emprunte l’image à un élu de la majorité qui n’avait pas encore entendu chanter Giscard - : « Le char de l’Etat pédale dans la choucroute ». Ce qui n’est guère plus rassurant.
Alors, il y a bien quelque chose qui cloche dans le système. Un mal sournois, un virus filtrant, un microbe pathogène - que sais-je ? - ronge notre société, qui, d’accès de fièvre en dépressions, n’en finit pas de rendre l’âme.
Ce mal devant lequel tous nos économistes patentés perdent sinon leur latin, du moins les pédales, se manifeste par deux symptômes alternés : chômage, inflation. Mais ce qui déconcerte ces graves personnages penchés sur le moribond, c’est qu’ils ne peuvent améliorer l’un de ces états sans aggraver l’autre. Si, grâce au traitement emprunté à M. Purgon, l’inflation diminue, c’est le chômage qui augmente. Et réciproquement. On ne sort pas de là.
Eh bien, on en est sorti. M. Raymond Barre, lui, a réussi ce joli tour de force avec son plan le chômage et l’inflation croissent en même temps.
Que faire ?
J’ai bien ma petite idée, mais n’étant pas plus économiste que distingué, j’ose à peine l’exprimer. Et puis, après le meilleur économiste français, de quoi j’aurais l’air  ? Eh bien, toutes les thérapeutiques classiques ayant échoué les unes après les autres, j’ose.
On sait que l’un des bons moyens de sortir de la crise c’est d’exporter. Exporter ou mourir, quelqu’un, avant Giscard avait déjà chanté cet air-là. Mais pour exporter il faut avoir des prix compétitifs, comme on dit. Avec des prix compétitifs l’étranger achète, les devises rentrent, le franc remonte, on est sauvés.
Nous avons un million de chômeurs, bientôt deux millions, si on laisse faire. Peut-être plus. Des gens qui ne sont pas contents et qui grognent à tout propos. Qui ne demandent qu’à travailler, se morfondent dans l’inaction et qui paieraient cher pour trouver du boulot. Jouer à la pétanque ou regarder Guy Lux à la Télé toute la journée, c’est long. Et déprimant. Je ne propose pas de les faire payer pour travailler, ce serait un peu exagéré, mais de les faire travailler à l’oeil. Ils seraient déjà bien contents d’avoir du boulot, pourquoi les payer en plus ? Vous voyez l’astuce ?
C’est du coup que nos prix deviendraient compétitifs. Mieux que les Japonais. Et que le monde entier s’arracherait nos marchandises, même notre veau aux hormones. Et que la France serait sauvée une fois de plus.
Vous allez me dire - mais dites-le, allez, ne vous gênez pas - que mon truc est complètement idiot. Je suis bien le premier à en convenir. Mais si vous trouvez que le plan Barre d’austérité c’est plus malin...
Alors, puisqu’il est démontré par les faits que l’on ne peut sortir de la crise - même qu’on s’y enfonce - dans le système capitaliste, il faut substituer à l’économie du profit l’économie des besoins, ou Economie Distributive.
C’est de l’utopie ? On n’a jamais essayé.
Ce serait peut-être le moment.

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Au fil des jours

par J.-P. MON
janvier 1977

Dans la revue « DAEDALUS », Harry G. JOHNSON, professeur à l’Université de Chicago et à la London School of Economics, écrit qu’en France et en Italie on confond la recherche économique avec la facilité littéraire et l’aptitude à pratiquer une rhétorique grandiloquente  : « La France, par exemple, vit sur des rêves de grandeur et les récompenses y vont aux prétendus économistes qui savent s’emparer d’idées puisées dans la production anglo-saxonne et les traduire en concepts français... Les économistes français les plus estimés sont les plus malhonnêtes (the most fraudulent economic scientists). La Recherche économique des pays latins est ruinée par le dilettantisme, les effets de plume, et ne survit que par la pratique éhontée de la contrebande intellectuelle... ».
Que penser alors lorsque le Président de la République nous dit que M. Raymond Barre est le meilleur économiste français  ?

***

Depuis la guerre du Kippour et l’augmentation du prix du pétrole, il est de bon ton de déclarer que l’abondance n’est pas possible pour tout le monde, que la famine menace, etc... Or, lors d’une récente conférence de nutritionnistes qui s’est tenue début décembre à Philadelphie, le Dr TIMMER (Université de Cornell) a déclaré : «  A l’heure actuelle le monde produit de quoi fournir à chaque individu 65 grammes de protéines et 3 000 calories par jour. Malgré cela, un demi milliard d’êtres humains meurent de faim ou sont sous-alimentés ». Ce qui montre bien, selon le Dr Timmer, que ce sont les insuffisances de la distribution plutôt que celles de la production qui sont à l’origine du mal.
C’est ce que nous disons depuis fort longtemps.

***

Une proposition à retenir, celle du professeur ANGELOPOULOS, gouverneur de la Banque Nationale de Grèce qui, dans son livre « Pour une nouvelle politique du développement international », suggère que les pays industrialisés mobilisent les capitaux non investis et utilisent une partie des énormes crédits militaires mondiaux (300 milliards de dollars) pour élever leurs productions afin de satisfaire les innombrables besoins des pays du Tiers-Monde.
Nous ne pouvons qu’applaudir à l’énoncé de ce programme dont l’application signifierait l’abandon de la notion de Profit.

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Un moyen original pour créer des emplois : construire des autoroutes à péage !
C’est en substance l’argumentation que développe M. PONTON, Ingénieur Général des Ponts et Chaussées et Directeur Général de la Société concessionnaire de l’Autoroute Esterel-Côte d’Azur (tiens, il cumule deux emplois ce monsieur !) pour défendre la perception d’un péage sur l’autoroute de contournement de Nice qui amènera la création d’une quarantaine d’emplois de receveurs. Voilà bien un exemple d’application fidèle des consignes du gouvernement : il faut créer des emplois... à tout prix.

***

La C.F.D.T. sur la bonne voie ? Oui, car si l’on en croit M. J. CHEREQUES, secrétaire général de la Fédération des Métaux de la C.F.D.T., le premier objectif à atteindre en 1977 est la réduction massive de la durée du travail pour accroître l’emploi. M. Chérèques a notamment déclaré : « Nous voulons briser l’idée que la diminution de la durée du travail est anti-économique et malthusienne ».

(Décembre 1976).

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UN EXEMPLE A SUIVRE

Le Conseil Général du Val- d’Oise informe, par voie d’affiche, que les personnes âgées de 65 ans et plus peuvent désormais voyager gratuitement sur le réseau d’autocar du département et, en outre, bénéficier d’une réduction de 50 % dans le réseau S.N.C.F. de la banlieue parisienne ainsi que dans le métro parisien.

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Si l’on en croit F.H. de Virieu, les économistes du Parti Socialistes viennent de retarder la date du colloque qu’ils préparaient sur la politique industrielle qu’il conviendra de mener en France, secteur par secteur, lorsque la gauche sera au pouvoir, parce que leurs premiers travaux font apparaître que toute remise en ordre de l’industrie, toute adaptation de celle-ci aux exigences de l’intérêt général et aux critères d’une modernisation « raisonnable » débouchent sur des suppressions d’emplois et donc une aggravation dramatique du chômage.
Nous sommes heureux de voir que nos camarades du P.S. découvrent enfin que le progrès technologique supprime des emplois. Il ne nous reste plus qu’à les convaincre que ça n’a rien de dramatique... à condition qu’ils veuillent effectivement changer de type de société. Nous avons beaucoup de suggestions à leur faire pour cela... et nous ne leur en voudrons pas d’avoir pris nos idées.

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Malgré les succès croissants de l’industrie allemande, le taux du chômage en Allemagne Fédérale, est passé en novembre dernier de 4,3 à 4,8 % de la population active.

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Etranger

Malthus avait tort

par P. SIMON
janvier 1977

 [1] Le Docteur Malthus vient de recevoir un nouveau démenti du Conseil International du Blé. En effet , la production mondiale de cette céréale pour la campagne 1976-1977 va dépasser les 400 millions de tonnes, soit une augmentation de 10 % par rapport au record de 1973. Ce progrès considérable est dû à un accroissement des rendements et des surfaces cultivées ainsi qu’à l’introduction de nouvelles variétés de blé dans les zones tropicales. Partout dans le monde, à l’exception de l’Europe, des Etats-Unis et de l’Australie, la récolte de cette année a été très bonne et il est prévu que la prochaine le sera également.
Entre 1949 et 1976, la production mondiale de blé est passée de 160 millions à 410 millions de tonnes. Dans le même temps, la population mondiale a crû de 2,4 milliards à 4 milliards d’humains. La production de blé augmente donc plus rapidement que la population. Comme les autres céréales et la viande suivent une évolution parallèle, le spectre de la famine paraît donc écarté.
Bien sûr, devant cette abondance, les prix mondiaux ont baissé cette année. Aux Etats-Unis, la baisse atteint près de 25 % et le blé s’y vend un peu moins cher que le maïs. C’est donc un désastre pour les producteurs dont les profits diminuent et qui demandent l’aide du gouvernement fédéral. Déjà, pour soutenir les cours, les gouvernements des Etats-Unis, de l’Australie et du Canada avaient diminué les surfaces cultivées en blé et contingenté la production dès 1969, engendrant ainsi la rareté selon la recette traditionnelle.
Les excédents de céréales pourraient pourtant servir à nourrir les animaux dont la chair serait sans doute plus savoureuse. Mais les cours fixés en Europe par la Politique Agricole Commune pour sauvegarder les revenus des agriculteurs sont si hauts qu’ils découragent les éleveurs, et la part des céréales dans la ration alimentaire du bétail ne cesse de décroître.
Toutes ces données montrent bien l’embarras dans lequel l’abondance place l’économie de marché. Seule l’Economie Distributive nous permettra de sortir de ces contradictions en supprimant la nécessité de soutenir des cours en organisant la rareté.

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[1] Titre et données empruntés au «  Financial Times » de décembre 1976.

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Une évidence aveuglante

par J.-P. MON
janvier 1977

1976 s’est achevée dans la morosité générale la majorité se déchire et cherche une fois de plus un sauveur pour la France ; à juste titre les salariés n’acceptent pas le gel de leur pouvoir d’achat ; les patrons ne croient plus à la reprise et regardent mélancoliquement baisser leurs carnets de commandes ; les licenciements se multiplient et le gouvernement en admet maintenant la nécessité... Quant à nos distingués économistes, ils ne trouvent pas d’explications satisfaisantes, ni, a fortiori, de remède à la « crise » que nous traversons. Ils sont en plein désarroi, témoin P. Drouin, qui dans un récent article du « Monde », s’interroge sur les causes du chômage  : K Parmi les curiosités, écrit-il, d’une crise polymorphe, il y a celle, bien connue maintenant, de l’incapacité des économies qui croissent, même à bonne allure, de fournir suffisamment d’emplois à ceux qui en demandent ». Montrant que ni les adeptes de M. Rueff, ni les « Keynesiens » ne peuvent donner d’explication très satisfaisante à cette évolution, P. Drouin en vient même à se demander si c’est le niveau des investissements qui commande l’emploi.
-Pour nous qui connaissons les thèses de Jacques Duboin, les choses sont claires depuis fort longtemps et nous pouvons même affirmer que plus l’investissement croît et plus l’emploi diminue.
Pourquoi investit-on, en effet ?
Pour moderniser une usine ou pour créer de nouvelles entreprises.
Or, moderniser une usine, ça veut dire acquérir des machines de plus en plus automatisées, qui, pour un moindre coût, produisent plus, avec moins de main-d’oeuvre.
Investir pour créer de nouvelles usines ? Pour produire plus  ?.. Pourquoi, puisqu’on s’efforce par tous les moyens de freiner la consommation et que les usines existantes ne tournent qu’à 70  % de leur capacité normale de production ?
Malgré cette évidence aveuglante, on constate que sous prétexte de lutter contre l’inflation, l’objectif de tous les plans des pays industrialisés est de favoriser les entreprises au détriment des consommateurs. C’est ainsi que le plan Barre a pour but principal de comprimer la demande intérieure en instaurant des impôts supplémentaires (sur le revenu, l’essence, les bénéfices, la vignette, l’alcool, etc.) en essayant de bloquer le pouvoir d’achat en 1977, en freinant les dépenses publiques d’équipement, en resserrant le crédit, etc...
On demande donc aux industriels d’investir pour produire plus et aux consommateurs de consommer moins. Même le meilleur économiste français devrait comprendre que c’est contradictoire !
Mais où avais-je la tête ?
J’oubliais la panacée universelle : l’exportation. Il faut produire plus, pour exporter davantage. Oui, mais c’est justement ce que veulent faire tous les pays industrialisés. Et cela ne va pas sans problèmes  : la C.E.E. demande au Japon de réduire ses exportations d’acier, les producteurs de chaussures des U.S.A. demandent l’arrêt des importations, qui « coûtent » 26 000 emplois aux ouvriers américains, etc... Restent, bien sûr, les pays du TiersMonde dont les besoins sont immenses mais dont l’endettement global (150 milliards de dollars) est tel qu’ils demandent un moratoire voire même des annulations de dettes. Exporter vers ces pays n’est donc ni sûr ni rentable.
Continuer à investir dans de telles conditions demande un sérieux optimisme.
Les chefs d’entreprises n’étant pas des philantropes, il n’y a donc rien d’étonnant à ce que, même pendant la récente et éphémère « reprise économique  », l’investissement soit resté à un niveau assez bas, car en économie Capitaliste continuer à investir c’est tuer le profit.
Par contre en économie Distributive, investir c’est libérer de plus en plus l’Homme du Travail.
1977 va voir s’exacerber les contradictions du capitalisme et, par la force des choses, un plus grand nombre de gens seront amenés à s’interroger sur la validité des doctrines économiques classiques. Il nous appartient donc à tous de faire un gros effort de propagande pour faire connaître et admettre les thèses de J. Duboin qui peuvent, seules, nous éviter le pire.

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Publicité - Duplicité

par A. TARDIEU
janvier 1977

« Dans notre société de consommation, le nombre des vols augmente parallèlement au nombre de choses à voler. »
Je relève cette phrase dans « HEBDO de Grenoble » du 13 novembre 1976, en un article sur la criminalité.
J’accuse la publicité d’inciter à commettre le vol de ces choses !
La publicité, envahissante, agressive, force le public à vouloir posséder, coûte que coûte, des objets souvent inutiles. On les achète sans discernement suffisant, sous la pression morale de tentations savamment provoquées qui prennent admirablement des formes multiples et variées.
Est particulièrement odieuse la publicité qui s’adresse aux jeunes et pis encore celle qui viole la naïveté enfantine. Les chourineurs modernes des mass-média exploitent à fond le candide sourire de l’enfant qui sollicite de sa maman l’acquisition de l’objet de ses rêves conditionnés. Les parents se privent de l’essentiel pour satisfaire la soif d’inutile qui tourmente les gosses. Avec son implacable logique, le jeune se dit : « Pourquoi n’ai-je pas ce que tout le monde doit posséder ? La publicité l’affirme.

Un provocateur au-dessus de tous soupçons.

Cette publicité omniprésente est plus malhonnête que le vol qu’elle engendre car ce vol est punissable, alors qu’elle jouit de l’impunité. On détrousse plus facilement au coin des lois, qu’au coin des bois, disait-on jadis.
Les parents ont à peine les ressources pour faire face à leurs dépenses élémentaires. Malgré cela, le Moloch moderniste, monstre malfaisant, exige les sacrifices de son culte et extorque, au nom de l’amour de l’enfant.
Mais si des parents ont la rare volonté de dire Non ?
Quelle autre solution choisiront les jeunes ? Ils affronteront les sarcasmes de leurs camarades « Tes vieux ? Des demeurés, des épaves, des pauv’ mecs, etc. ». Ces adolescents se replieront sur eux- mêmes, passifs, frustrés. Ou bien, actifs, ils voleront cette marchandise, dont il y a tant, disait Jacques Duboin, qu’on l’étale sur les trottoirs. Comment ce qui est si abondant peut-il avoir une valeur ? Si l’on subtilise une goutte d’eau dans cet océan d’objets à vendre, le niveau de cette mer ne baissera pas. Mais la Société vigilante condamnera celui qui a osé ne pas payer.
Il y a dans tout publicitaire un provocateur au vol, soit conscient soit inconscient, en tous cas un réel facteur de délinquance juvénile.

Le voleur de bicyclette.

Il y a peut-être un autre aspect du désarroi de la jeunesse dans notre société de profit. Une anecdote  : Un jeune garçon économise pendant 2 ans en déposant régulièrement à la Caisse d’Epargne. Son ambition est d’acquérir l’outil de travail de Poulidor. Lorsque la somme prévue est atteinte, ses parents lui retirent intérêt et principal qu’il donne illico au marchand de cycles. Il revient à pied chez lui, portant un cadre sur l’épaule. Les roues manquent, car pendant que le garçonnet économisait, l’érosion monétaire majorait les prix de 25 %.
Que peut penser un enfant du sérieux d’une, Institution qui, en 24 mois de privation et d’espérance, ampute deux roues à une bicyclette ? Du vol !

Les diaboliques.

Ce ne sont pas seulement les gens de gouvernement qui font cette société dite de consommation pour les uns, et surtout de consomption pour les autres, mais tous ceux qui, par leur pouvoir, leur situation, leurs moyens financiers, disposent des rouages essentiels. Devant si peu de morale de la part de ces êtres humains respectables, puisque riches, les jeunes, ni plus ni moins courageux ou chevaleresques que ceux des générations précédentes, comprennent l’inanité d’attaquer ces grosses entreprises bien défendues par des polices privées ou d’Etat, la Justice et ses hommes dits de loi. Ils se sentent rejetés.
Si notre société veut des jeunes meilleurs, qu’elle commence par s’amender, par ne plus tromper les enfants et les adolescents à l’aide d’une publicité exploiteuse. La publicité est déjà superflue pour le consommateur adulte, car elle ne le renseigne pas, comme on le prétend, mais, toujours, l’abuse. La publicité est, de nature, invariablement et inévitablement trompeuse, enjoleuse, menteuse, dans ses termes comme dans ses résultats.
Mettons la publicité au banc d’accusation.

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Sortir des chemins battus

par J. CARLESSE
janvier 1977

La première fois que Jacques Duboin prononça, dans un Congrès, le mot « Socialisme », il fut accueilli par un « Ah » enthousiaste.
Presque en s’excusant il répondit : « C’est que je viens de loin ».
Il venait peut-être de loin, puisque Républicain de gauche avec Caillaux, lorsqu’il devint ministre. Mais il était depuis longtemps socialiste, dans le sens où il l’entendait, et, la longue marche qui l’a conduit à l’affirmer, c’est à ses interlocuteurs qu’il voulut la faire accomplir.
Déjà comme député il avait eu beaucoup de mal à se faire entendre par les dirigeants de son propre parti. « - Est-ce qu’on t’a demandé cela dans ta circonscription  » lui rétorquait-on chaque fois qu’il voulait engager le fer. - Non évidemment puisque sa circonscription, comme toutes les autres, n’était peuplée que d’électeurs au « crâne bourré » de vieilles romances.
Devenu promoteur d’une nouvelle philosophie sociale et fort d’une expérience politique enrichissante, il comprit vite qu’il fallait savoir doser ses effets pour parvenir à débourrer efficacement les crânes de ses contemporains.
Il fallait en 1932, alors que tous les esprits étaient traumatisés par le chômage, prôner le « Droit au Travail » pour avoir une certaine audience.
Les idées faisant leur chemin, influencées par les vieilles écoles à la peau dure, force était plus tard de se laisser accoler l’étiquette socialiste. Tout le monde en était, même Hitler avec son national-socialisme.
Cependant dès 1944 Duboin peut préciser que son socialisme est celui de l’abondance et non celui de la rareté.

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Plein emploi ! Pleins d’emplois !

par P. BUGUET
janvier 1977

Tel est l’invariable slogan des Grandes Centrales Syndicales.
Restons braqués sur l’emploi peau de chagrin, c’est sage, c’est simplissimus, donc c’est sain. Ne cherchons pas d’autre issue, il faudrait réfléchir, analyser, ça fatiguerait la tête. Et, si nous trouvions autre chose, quel branle-bas ! Ne nous laissons pas entraîner sur la pente savonneuse de la révolution technique, faisons l’autruche. Nos lois économico- sociales ont été pensées à l’apparition de la lampe à pétrole une fois pour toutes.
Nos ancêtres ont travaillé, nos grands-pères ont travaillé, nos pères ont travaillé, nous, nous voulons du travail...
La compétence syndicale ne peut être en défaut PLEIN EMPLOI recommande-t-elle, plein d’emplois répétons-nous.
Nous vivons du travail, nos fils vivront du travail, leurs enfants vivront du travail. Oui, le travail à perpétuité c’est l’idéal, c’est la libération, susurrent les augures syndicaux, s’inspirant révolutionnairement des prophètes de l’âge de la houe qui allaient clamant, aux hommes en lutte contre l’ingrate nature : « Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front  » !
- Que manges-tu travailleur ? Du travail, ou du pain, du lait, des fruits, de la viande
- De quoi t’habilles-tu ? De travail ou de vêtements, de laine, de tergal ?
- Où loges-tu ? Tu te tiens devant ta machine jour et nuit, ou tu habites dans une maison créée pour toi et les tiens ?
Les nouvelles techniques de production t’offrent tout cela, en refusant toujours un peu plus ton concours.
Tes efforts passés, tes efforts de chaque jour ont tous tendu à créer, perfectionner ces techniques qui te relèvent de ta tâche et t’apportent les biens que tu convoites. A présent que tes efforts portent leur fruit, que s’offrent à toi loisirs et bien-être, tu doutes, tant ton attente fut longue, tu chancelles, tant ton espoir fut fervent.
Nous arrivons, nous entrons dans une nouvelle ère. Désormais nous aurons toujours moins de travail et toujours plus de biens à notre disposition. C’est notre conquête à tous, le couronnement de nos efforts.
N’écoutons pas les augures - prophètes noyés dans l’exégèse politico-idéologique qui nous aveuglent, nous neutralisent par l’énormité de revendications d’un autre âge, de l’âge pré-industriel.
Prenons fermement pied sur terre. Nous n’allons pas accepter cette condamnation aux travaux forcés inutiles à perpétuité, sous le prétexte que cet artifice comptable, imaginé par le capitalisme pour sauvegarder sa raison d’être : LE PROFIT, est la solution paresseuse ? Ce serait une démission et une stupidité. Démission après la longue lutte pour notre libération matérielle et sociale, des générations qui nous ont précédés ; stupidité, car le palliatif comptable des revenus dégagés par une production nuisible est dangereux, et précaire par la dévaluation constante de la monnaie qu’il entraîne, par son incapacité à assurer durablement du travail : 1 MILLION 500 MILLE CHOMEURS avoués malgré une production « exemplaire » d’armements.
Les Commissions d’Etudes, les Conseils Economiques des Grandes Centrales ne se sont jamais appliqués à dégager l’impact irréversible qu’a le progrès des techniques de production sur l’emploi de la main d’oeuvre. C’est trop simpliste.
L’assaut du machinisme, de l’automatisme, aujourd’hui de l’ordinateur libérant l’homme du travail, lui apportant produits et biens pratiquement sans son intervention, est « tabou » pour ces institutions.
Nos démarches auprès de toutes les Fédérations syndicales - dans les années 50 - sur l’incidence primordiale de l’élimination du travail humain par la mécanisation et l’automation naissante, restèrent lettre morte.
Depuis, 25 années de progrès accélérés se sont écoulées, et le slogan reste : « PLEIN EMPLOI  ».
Cependant, malgré cette application au silence, l’évolution technique se poursuit, le chômage s’accroît irrémédiablement. « Il est à la mesure du progrès technique » écrivait Jacques Duboin dès les années 30.
L’accès aux biens et aux services, pour des millions d’individus (chômeurs et leurs familles), est désormais dépendant de secours sociaux. Doit- on sous le prétexte de « PLEIN EMPLOI ». s’axer sur des productions inutiles ou nuisibles telles que des milliers de milliards d’armements qui risquent, un jour, d’être utilisés à notre propre anéantissement. Ou bien doit-on revendiquer : LE SALAIRE GARANT[ pour tous, prélude au REVENU SOCIAL que nécessite la production technicienne avancée ?

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Hommes et femmes de notre temps, où vous conduit-on ?

par J. PONCIN
janvier 1977

Le climat d’insécurité sous toutes ses formes, des moins graves aux plus abjectes, nous submerge.
Ne pensez-vous pas qu’il y a quelque chose de troublant à constater que cette épidémie de perversion et d’agression atteint l’ensemble des Etats de la Planète ?
On s’aperçoit, par une analyse logique des réalités, que tous les régimes qui sévissent dans le monde, sans exception, imposent à leurs administrés d’assurer leurs moyens d’existence par l’« accumulation monétaire », acquise par leur participation au travail de production des biens mis à leur disposition.
Cette condition est l’unique moyen de survie. De ce fait elle est pour l’individu, et aussi pour les collectivités, le souci primordial, inspirant le déchaînement des passions, de la concurrence impitoyable, des pires excès.
On en arrive au bout de la chaîne au déchaînement de cette calamité endémique qu’est la guerre.

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A bas les impôts

par J. CARLESSE
janvier 1977

La presse se fait l’écho d’une nouvelle épidémie de suicides qui s’abat sur les commerçants menacés de contrôles fiscaux.
Ne se suicident évidemment que les faibles, ceux qui ne sont pas assez cuirassés pour résister aux sanctions ou se défendre à armes égales contre des spécialistes de la finance, des scrutateurs avertis des questions comptables et du code des impôts.
Les avis sont partagés. Les uns prennent le parti des contrôleurs et estiment les contrôles nécessaires pour lutter contre la fraude, les autres prétendent s’opposer à ces contrôles qu’ils trouvent inhumains.
Personne ne met en cause la légitimité de l’impôt lui-même mais sa forme actuelle, la plus pernicieuse qui soit et la plus sournoise : la forme déclarative.
C’est, sous cette forme, un affreux piège à nigauds, une chausse-trappe ignoble, une incitation pernicieuse à la fraude dans le but évident d’arrondir les recettes budgétaires sur le dos des naïfs en difficultés financières perdant la tête dans le maquis inextricable des lois, décrets et règlements draconiens que-seuls les malins et les puissants peuvent déjouer grâce au concours onéreux de leurs conseillers fiscaux.
Comme la souris alléchée par le beau morceau de fromage qui déclanchera le piège meurtrier, les commerçants, en butte à la mévente, aux rentrées d’argent difficiles, aux intérêts bancaires exorbitants, aux charges écrasantes assorties de coûteuses pénalités de retard, guettés par la faillite et le chômage, sont quelquefois tentés de retarder l’échéance de l’impôt par des déclarations fantaisistes. Ce faux pas, ils le payent chèrement lorsqu’ils sont contrôlés au point de se sentir acculés à la misère la plus noire. Certains préfèrent alors se supprimer plutôt que d’endurer un calvaire qu’ils connaissent peut-être déjà et dont ils se sont crus un moment délivrés.
II faut absolument mettre un, terme à cette guerre froide à retardement et la seule issue humaine c’est de supprimer les impôts sous la forme déclarative.
Cette suppression, seule l’économie distributive peut la réaliser.

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