Recherche
Plan du site
   Mensuel de réflexion socio-économique vers l’Économie Distributive
 
 
 
 
 
AED La Grande Relève Articles > N° 1056 - juillet 2005

 

Le site est passé à sa troisième version.

N'hésitez-pas à nous transmettre vos commentaires !
Merci de mettre à jour vos liens.

Si vous n'êtes pas transferé automatiquement dans 7 secondes, svp cliquez ici

 

 

< N° Précédent | | N° Suivant >

N° 1056 - juillet 2005

Lettre ouverte   (Afficher article seul)

Jacques HAMON réagit à l’attitude partiale et malhonnête, après le référendum, de l’un des journalistes défenseurs du oui.

Nettoyer ... Quoi ?   (Afficher article seul)

Après le 29 mai, on continue !   (Afficher article seul)

Concrétisation de cet espoir : la première déclaration d’un collectif citoyen.

L’empreinte écologique   (Afficher article seul)

Comment donner du travail aux jeunes ?   (Afficher article seul)

Il est bon de relire aujourd’hui cette page de Jacques Duboin, publiée il y a près d’un demi-siècle. On comprend pourquoi les mêmes problèmes demeurent.

Croissance et décroissance   (Afficher article seul)

Roland Poquet montre que ces mots cachent une réalité mal appréhendée et que la vraie question est le choix entre productivisme et développement.

Florilège sur le chômage   (Afficher article seul)

Problème insoluble   (Afficher article seul)

Jean-Pierre Mon dénonce les incohérences des promesses du nouveau gouvernement au sujet du chômage.

Les désillusions de Thierry Breton   (Afficher article seul)

Avertissement aux nouveau-nés    (Afficher article seul)

Paul Vincent met le doigt sur ce qui fait mal, en réagissant à une récente déclaration du Ministre de l’économie à propos d’une “dette”.

Aux économistes distingués   (Afficher article seul)

R. Josse s’étonne du manque de bon sens dont font preuve les économistes qui conseillent les gouvernements.

C’est le moment !   (Afficher article seul)

Un lecteur de Lorraine demande des volontaires pour l’aider.

^


Lettre ouverte

par J. HAMON
juillet 2005

À

Monsieur Serge JULY
Libération
11, rue Béranger
75154 Paris Cedex 03

Le 30 mai 2005

Monsieur,

Je viens de lire votre éditorial indigné du 30 mai 2005, sans être convaincu de la justesse de votre analyse : Sauf à l’occasion du traité de Maastricht, les électeurs français n’ont jamais été consultés sur les conditions de la construction de l’Union européenne, le terme Communauté - tous solidaires - ayant été abandonné. Il est donc normal qu’ils aient exprimé leur point de vue sur l’ensemble de l’usine à gaz.

La Convention n’avait pas été chargée de rédiger une constitution, mais de mettre un peu d’ordre dans les conduites de l’usine à gaz, ce qu’elle n’a pas fait.

Le récent élargissement a été entrepris sans prévoir les ressources permettant une mise assez rapide à un niveau socio-économique acceptable des entrants dans le besoin, et sans envisager que cette mise à niveau exige des engagements et des aménagements.

Le plombier polonais a été inventé par Fritz Bolkenstein, et l’horreur turque par Bayrou et Sarkozy. Rendez à César ce qui est à César.

Certains ont voulu différencier le vote sur le projet de Constitution de celui concernant la politique du gouvernement Raffarin, mais il s’agit de la même chose, Raffarin mettant en oeuvre les impératifs de l’Union. La situation est la même en Allemagne, et vous avez vu ce qu’en pensent les électeurs allemands.

Appartenant à une formation politique gouvemementale, je me suis efforcé d’inciter mon président à ne pas mentir aux électeurs, sans succès. Dans toute la documentation dont je dispose, les pro-non ont été raisonnablement honnêtes, les pro-oui ont menti comme des arracheurs de dents. Comme ils ont menti depuis deux décennies. Malheureusement pour eux, les électeurs français savent généralement lire, et certains ont de la mémoire.

Juste après la seconde guerre mondiale, nos pays ont créé un système social raisonnablement équitable, et l’ont financé. Soixante ans plus tard, et infiniment plus riches, ces pays n’ont plus les moyens de financer un tel système. Où est le problème ?

Bien cordialement

^


ÉDITORIAL

Nettoyer ... Quoi ?

par M.-L. DUBOIN
juillet 2005

Le ministre de l’Intérieur a donné le ton... Mais ce qu’il faut nettoyer, c’est la démocratie. Car elle est si infectée qu’on peut sérieusement s’inquiéter pour sa survie.

Les craintes viennent de toute part. D’abord, du constat que les gouvernements, en mandatant la Convention Giscard, n’avaient rien envisagé dans le cas où le texte qu’elle allait pondre ne serait pas accepté. Ensuite, de voir que le Président des Français a refusé d’être le porte-parole du peuple quand celui-ci venait de rejeter, de façon éclatante, en toute légalité et sans la moindre ambiguïté, le traité présenté comme constitutionnel pour l’Union européenne. Enfin, de façon plus générale, de l’attitude des défenseurs du oui après le verdict du référendum : qu’ils soient, politiciens, journalistes ou penseurs supposés, ils ont prétendu que la majorité avait voté parce qu’elle n’avait pas compris les enjeux, ou bien parce qu’elle s’était trompée de question, ou encore, tout simplement, parce qu’elle n’est pas capable de juger.

Quel fichu manque de respect du vote de tout un peuple que cette façon de vouloir démontrer qu’il s’est trompé ou qu’il est incompétent. Ce mépris est d’autant plus choquant que le peuple en question venait, depuis des mois, de manifester sa maturité en revenant au texte pour s’y référer, en forçant des débats alors que les partisans du oui tentaient d’y échapper par des affirmations ou de vagues promesses. Et en résistant, finalement, tant aux menaces qu’à une campagne non équitable entre le oui et le non, savamment organisée, véritable matraquage publicitaire, allant même jusqu’au chantage, et d’ailleurs fort coûteux.

Ce mépris est aussi choquant que l’entêtement du gouvernement à poursuivre la même politique tout en tentant de la dissimuler sous de beaux discours, en semblant ne pas voir que le peuple a cessé d’être dupe et qu’il est capable d’en constater l’échec.

UN ENJEU TRÈS LOURD

L’enjeu est très lourd car la bataille engagée est en fait celle entre, d’un côté, ce nettoyage au karcher de tout ce qui contrarie l’idéologie “libérale” et, de l’autre, une démocratie véritable qui reste à inventer. Comme pour les politiciens français, dans l’immédiat, l’échéance est l’élection de 2007, le premier camp a déjà son meneur, c’est un nouveau Le Pen, pas moins démagogue ni moins dangereux que le précédent. Il reprend l’arme qui avait si bien servi à son modèle en 2002 : le sentiment d’insécurité qui ne serait due qu’à la violence “des quartiers” et contre laquelle, lui, il sait prendre les mesures ”efficaces” ; il y ajoute sa critique de la justice et de l’incompétence de certains magistrats, prouvant aussi qu’il n’a aucun scrupule à enfreindre la séparation des pouvoirs, au point que le Président de l’Assemblée nationale a été amené à avertir que « se méfier de la magistrature est un commencement de dissolution sociale ». Si les médias propagent cette peur comme ils l’ont fait en 2002, la méthode a des chances de réussir encore mieux. La prochaine élection risque donc de ressembler à celle qui vient d’avoir lieu le 24 juin en Iran, où moins de la moitié des 47 millions d’Iraniens en âge de voter ont élu un jeune président qui se propose, lui aussi, de « balayer les rues de la nation ».

LA DÉMOCRATIE EST BAFOUÉE

La consultation des électeurs dans ces conditions n’est pas de la démocratie. Il est vrai que celle-ci est d’abord bafouée à l’intérieur même des partis politiques, avec leurs vedettes, qui sont suivies par leurs “faire-valoir”, lesquels ne militent que dans l’espoir de faire élire “leur candidat” parce qu’il saura renvoyer vers eux l’ascenseur. Elle est bafouée ensuite par les grands médias, dont les journalistes côtoient si quotidiennement ces vedettes qu’inconsciemment ou non, ils en deviennent complices, ils se sentent faire partie de la même élite, qui ne vit pas dans le même monde que le reste de la population. Enfin elle est bafouée quand les élections se transforment en un concours, telle une course automobiles de formule 1. Le gagnant, pourvu qu’il se plie à des experts en communication, est celui dont l’écurie est alimentée par les plus puissants sponsors. Dans la coupe qui lui est remise à l’arrivée, il trouve d’abord le droit de faire ce qu’il veut, et, s’il a l’ambition de se représenter à la prochaine échéance, l’obligation de favoriser ceux de son clan qui l’ont soutenu parce qu’ils en attendent un “retour sur investissement”.

À NOUS DE CONSTRUIRE

C’est dans l’autre camp, celui de la démocratie, que nous mettons l’espoir de voir triompher une autre vision de la civilisation, de voir l’affairisme cèder le pas à plus d’humanité.

Quelles chances a ce camp-ci de vaincre la véritable “marchandisation” de la politique qui sévit ? Il n’y a pas lieu de se désespérer à la pensée qu’il n’a pas un meneur, un guide du peuple ou un sauveur suprême à opposer au champion d’en face, puisque son objectif n’est pas de prendre le pouvoir : il est d’élaborer un projet de société qui apporte à tous sécurité et respect, avec d’autres perspectives, et justement en partageant les pouvoirs. Mais il y a urgence à défendre ce point de vue. La difficulté est de rester vigilant, mobilisé, de vouloir s’informer, pour ne pas être dupe, pour ne pas tomber dans la facilité du scepticisme et du laisser-faire devant l’ampleur du changement à amorcer. C’est ainsi que l’avenir dépend d’abord de chacun de nous, de notre courage individuel à se sentir responsable au point de ne pas lâcher. Puis de notre capacité à s’organiser avec les autres, pour débattre et agir avec raison, à apporter notre pierre pour construire ensemble, intelligemment, sainement et durablement.

UN TRÉS GRAND ESPOIR

C’est en ce sens que le non au référendum apporte un très grand, un très sérieux espoir. Il faut se rappeler qu’il y a un an, personne ne pensait que le peuple français était capable de lire, et surtout pas de discuter, un texte aussi gros, aussi dense, aussi difficile à déchiffrer que le projet constitutionnel. Si sa ratification n’avait été soumise qu’aux élus, elle était dans la poche, comme ailleurs, et avec une écrasante majorité. L’Europe libérale poursuivrait son chemin. Comme aucun véritable choix de l’Europe qu’ils souhaitent n’aurait été proposé aux électeurs, on affirmerait aujourd’hui « qu’il n’y a pas d’alternative » non plus à cette forme-là d’Europe.

L’évènement, c’est que les Français s’y sont mis et que, depuis un an, des débats se sont amorcés partout, que les citoyens n’hésitent plus à donner la réplique aux “communicants”. Le peuple français a montré qu’il est capable de comprendre et juger les implications d’un texte élaboré par des spécialistes. Qu’il peut tenir tête au dénigrement, voire aux insultes et aux menaces d’apocalypse. Enfin, qu’il sait résister aux médias, et même leur répondre par des tracts et des affiches, qu’il rédige sans avoir appris les astuces des professionnels de la pub.

Cette manifestation d’une éducation populaire certaine, rappelle que c’est aux mouvements sociaux, d’une époque qu’on croyait révolue, que notre civilisation doit ses résultats les plus généreux, ceux que l’idéologie dominante a entrepris d’anéantir. Tous ceux qui aspirent au contraire à ce que le monde de demain soit meilleur ont donc là une nouvelle occasion historique à saisir. Il dépend d’eux, et d’eux seuls, de maintenir le tonus de leur attitude citoyenne, pour qu’elle fasse école partout dans le monde, à commencer, sans doute, par les autres peuples d’Europe.

PARTICIPER AUX COMITÉS DE CITOYENS

La guerre économique permanente de tous contre tous, concoctée par des gouvernements de tout bord et pendant des décennies, vient d’être clairement refusée. N’est-ce pas la preuve que les professionnels de la politique ne sont pas conscients des aspirations des peuples, que leurs propositions et leurs projets ne répondent pas à leur attente ? Manifestons que la politique véritable est notre affaire à tous. Qu’elle est toujours d’actualité et pas seulement pendant quelques campagnes électorales, ne traitant souvent que certaines questions.

Pour cela, il nous faut, tous, participer aux comités citoyens qui se forment. Ou prendre l’initiative d’en créer. Car c’est maintenant, à ces comités de citoyens, quelsqu’en soient le nom, d’élaborer non plus des “cahiers de doléances”, mais de prendre l’initiative de définir eux-mêmes la façon dont ils souhaitent voir s’organiser la solidarité entre les gens et la coopération entre les peuples. C‘est à eux de faire entendre leurs propositions aux politiques et à les obliger d’en tenir compte.

LES PROPOSITIONS DISTRIBUTIVES

Pour notre part, depuis bientôt soixante dix ans (un record) nous soutenons de telles propositions. Grâce à une analyse objective des faits économiques et sociaux, que nous ne cessons de remettre à jour, nos lecteurs disposent de solides arguments pour que la rivalité permanente fasse enfin place à une véritable démocratie jusqu’en économie, impliquant le partage équitable des emplois et des richesses créées. Or ces propositions impliquent, forcément, une transformation radicale de la monnaie. Forcément, parce que la monnaie actuelle est faite pour rapporter, pas pour répartir. Elle est créée par des organismes privés, qui n’investissent donc pas dans l’intérêt commun. Elle est créée ex nihilo, contre paiements d’intérêts, elle impose donc une obligation de profit. Et c’est ainsi qu’elle conduit à cette course en avant, irraisonnée, à ce productivisme fou, qu’il faut pourtant arrêter.

La difficulté est d’aborder ces questions monétaires, parce que la finance est un domaine beaucoup trop réservé, c’est même de ce tabou qu’elle tire son pouvoir. La plupart des gens, conduits à penser « qu’il n’y a pas d’alternative » et ignorant les mécanismes monétaires, sont plus prêts à taxer d’utopie l’économie distributive qu’à rentrer dans ces arcanes de la finance... C’est pour cela qu’il est ardu de faire comprendre pourquoi l’argent ne doit être qu’un pouvoir d’achat, non spéculatif. Qu’il ne doit être créé que par un organisme public officiel, et non pas pour servir une rente au privé. Qu’alors seulement il aurait la neutralité nécessaire pour que le politque décide de l’économique, donc du social. Et que c’est ainsi que la situation actuelle peut être retournée. Que l’homme cessera d’être asservi à l’économie et qu’au contraire celle-ci, démocratiquement organisée, pourra être mise au service de tous. Il faut bien que sa place soit celle de l’intendance et non pas du commandement si l’on souhaite que, dans une démocratie véritable, il soit possible d’orienter l’économie, de décider quelle croissance est nécessaire ou pas, de ce qu’on produit ou pas, dans quelles conditions, en quelles quantités, pour satisfaire quels luxes après que les besoins les plus élémentaires soient satisfaits.

Que tous ceux de nos lecteurs qui vont avoir à cœur de s’impliquer dans ces comités citoyens, participer aux débats, aider à l’élaboration de propositions locales, nationales, européennes, ou mondiales, nous envoient leurs témoignages. Nous pourrons ainsi soutenir leurs initiatives en les aidant à se coordonner, à se faire part mutuellement de leurs réflexions, à échanger leurs expériences.

^


Ci-dessous, le texte intégral de la première déclaration d’un collectif citoyen qui nous soit parvenue. Elle émane de la rencontre nationale des collectifs unitaires pour le Non qui a eu lieu à Nanterre le 25 juin 2005. La déclaration adoptée par la réunion européenne des 24-25 juin à Paris est complémentaire de cette déclaration et les initiatives qu’elle propose sont prises en compte par la réunion nationale des collectifs. Aux dernières nouvelles (27 juin à 13 heures), de telles initiatives ne semblaient pas très appréciées par un des responsables partisans du oui au PS.

Après le 29 mai, on continue !

juillet 2005

Le rejet par les citoyennes et les citoyens du projet de Constitution libérale constitue un événement politique majeur pour l’Europe entière. C’est une première victoire contre l’Europe libérale et anti-démocratique. C’est un vote populaire, antilibéral et européen, qui a mobilisé l’essentiel des forces vives du pays. C’est un vote de gauche, d’exigence sociale, démocratique, féministe, écologique, laïque, d’égalité, de paix et de solidarité. Le Non de gauche est majoritaire dans le Non. Le Non est majoritaire à gauche. Le Non de gauche pro-européen fait reculer la droite extrême. C’est un vote de rejet des politiques libérales et d’aspiration à une autre Europe. Ce vote ouvre de nouvelles perspectives. C’est un vote porteur d’espoir pour une Europe solidaire.

La victoire du Non de gauche est à mettre à l’actif de toutes les forces qui y ont contribué. Elle est le fruit de la dynamique unitaire initiée par l’Appel des 200 et qui s’est amplifiée et élargie à d’autres composantes progressistes, ainsi qu’à de nombreux secteurs du mouvement social, tout au long de la campagne. Elle est le produit d’une démarche politique et sociale, liant les exigences et les luttes sociales aux questions politiques européennes. Elle est le résultat d’une formidable mobilisation de terrain et de conviction menées par les centaines de collectifs unitaires qui se sont constitués, la coordination féministe, les partis, associations et syndicats partie-prenantes. Le type de campagne que nous avons menée, sur le contenu du traité, en faisant appel à l’intelligence des citoyens, tournée vers les couches populaires et contre la droite, a compté. Cette campagne a fait travailler ensemble des militants d’organisations politiques, syndicales, associatives, de sensibilités diverses ; elle a favorisé l’implication de dizaines de milliers de citoyennes et de citoyens.

En France, désavoués massivement une nouvelle fois, le Président de la République et le nouveau gouvernement français n’en tirent aucune conséquence quant à leur légitimité. Au contraire, ils montrent leur refus d’entendre et de respecter la volonté populaire exprimée dans les urnes. Au rejet par la majorité du peuple français de cette Constitution libérale, ils ont répondu par un appel à la poursuite du processus de ratification. À l’exigence démocratique, ils répondent par le recours à la procédure des ordonnances au mépris des attentes de la société, des revendications des organisations syndicales, et même des procédures de débat parlementaire.

À l’exigence sociale, ils répondent par une aggravation des politiques libérales, la poursuite de l’entreprise de démantèlement social en s’attaquant au Code du Travail et aux garanties collectives, l’accélération des privatisations, le durcissement répressif et sécuritaire.

En Europe, le Conseil européen a révélé au grand jour les contradictions et la crise qui taraudent la construction européenne depuis longtemps et qui ne débouche que sur une pseudo-Europe, qui tourne le dos aux besoins et aspirations des peuples. L’affrontement des ‘intérêts nationaux” et l’absence d’émergence d’un intérêt collectif européen montrent les impasses d’une construction qui tient les peuples à l’écart, les met en concurrence et conduit des politiques libérales de démantèlement social.

Le refus, partagé par les gouvernements des principaux pays de l’Union, de toute augmentation du budget communautaire, au moment où l’élargissement à dix nouveaux membres introduit une profonde fracture économique et sociale en son sein, interdit toute politique de solidarité (notamment en faveur des nouveaux membres) et de réduction des inégalités, conduit au dumping social et fiscal, empêche l’adhésion des peuples à un projet commun.

Il est urgent de sortir de cette impasse et d’ouvrir un autre chemin.

Les collectifs unitaires qui, avec toutes les forces qui ont mené campagne, ont été les artisans de la victoire du Non ont décidé de leur maintien et de leur élargissement. Leur action va se poursuivre contre les offensives libérales, qu’elles soient internationales, européennes ou nationales, et pour être une force de proposition pour une Europe alternative.

Nous continuons pour résister et gagner face aux politiques libérales en Europe et en France Nous devons agir pour obtenir des mesures immédiates traduisant un changement de cap : retrait de la directive Bolkestein, des directives de libéralisation (transports, portuaire, brevetabilité des logiciels, du vivant, etc) et des textes visant à démanteler les services publics, adoption d’une directive limitant effectivement le temps de travail, politique économique européenne volontariste pour l’emploi et l’environnement, mesures de solidarité et de convergence sociale et fiscale, remise à plat de la politique agricole commune non soumise aux objectifs libéraux de l’OMC, remise en cause des négociations AGCS, révision du statut et des missions de la Banque Centrale Européenne, remise en cause du Pacte de stabilité monétaire, appropriation et gestion sociale de l’eau, annulation réelle de la dette des pays pauvres, etc. Cela suppose une remise en cause des Traités antérieurs et des politiques menées.

Nous devons agir contre la privatisation d’EDF et de GDF, la fermeture des bureaux de Poste, l’ouverture à la concurrence du transport ferroviaire, la transposition des directives de libéralisation des services publics, la remise en cause des droits des chômeurs, les licenciements collectifs, le démantèlement du Code du Travail, et les mauvais coups à venir des “100 jours” du nouveau gouvernement ; pour la création d’emplois par la réduction du temps de travail, pour la lutte contre la pauvreté par l’augmentation des salaires et des minimas sociaux.

Nous continuons pour débattre et construire des alternatives à ces politiques en Europe et en France Nous réaffirmons notre engagement pour la construction d’une Europe démocratique et solidaire. Il est urgent de sortir de l’impasse d’une simple zone de libre échange où la concurrence généralisée détruit les solidarités, et d’emprunter un autre chemin, celui de la démocratie, de la justice sociale, de la solidarité, de l’égalité entre les femmes et les hommes, des droits de la personne, des droits des migrants et demandeurs d’asile, de la citoyenneté de résidence, de l’action pour la paix et contre la militarisation, de nouveaux rapports solidaires avec les pays pauvres et pour un nouveau type de développement permettant d’éradiquer la pauvreté mondiale et respectueux des équilibres écologiques. Plus largement, nous devons contribuer à donner de nouveaux fondements politiques et sociaux et à élaborer une nouvelle charte fondamentale pour l’Europe.

Nous allons œuvrer, avec nos amis et partenaires, à l’organisation d’un vaste débat dans tous les pays pour que les grands enjeux de la politique européenne deviennent l’affaire des citoyens. Cette démarche devra rechercher les articulations et complémentarités avec le processus du Forum Social Européen et prendre en compte le calendrier des grandes échéances européennes, voire internationales. Le projet de Constitution européenne est juridiquement et politiquement mort. Il doit être retiré et une nouvelle discussion doit s’ouvrir au grand jour et sous l’autorité des peuples sur les politiques économiques et sociales et sur les institutions de l’Europe.

Les questions européennes sont aujourd’hui des questions nationales. Les orientations que mettent en œuvre les institutions européennes et les gouvernements puisent à la même inspiration libérale. Les résistances et les alternatives ont nécessairement une double dimension, européenne et nationale. Il s’agit de construire, en lien avec les mobilisations concrètes, un processus de débat et d’élaboration “d’exigences pour une autre Europe” et pour des politiques de transformation sociale progressistes dans notre pays et en Europe.

Nous continuons avec le même esprit de rassemblement, d’ouverture, de convergence, de pluralisme et d’unité que pendant la campagne, avec la volonté de nous élargir, en respectant les rythmes et les diversités, en nous adressant à toutes celles et tous ceux qui veulent agir concrètement contre les directives de libéralisation européennes et leur traduction nationale, qui veulent bâtir une autre Europe et construire une alternative aux politiques néo-libérales.

Nous continuons avec la même démarche de fonctionnement qui a fait ses preuves : autonomie des collectifs, circulation en réseau de l’information et des propositions, coordination autour des initiatives et des campagnes, prise en compte des diversités, fonctionnement au consensus. Il ne faut pas entrer à marche forcée dans une structuration trop stricte, une délimitation politique trop précise, une projection prématurée sur de prochaines échéances électorales, sous peine d’être contre-productifs par rapport aux nécessités d’élargissement, de pluralisme et d’unité. Nous devons partir des contenus communs et des accords vérifiés pour construire ensemble. Les collectifs locaux, leur forme souple et non cartellisée, ont une grande importance pour cela.

Le collectif d’initiative national décide de continuer à exister pour contribuer à construire une alternative antilibérale en Europe et en France. Il doit garder une fonction souple de circulation de l’information et de proposition, mais n’a pas vocation à “centraliser” ou “diriger”. Un changement d’appellation nécessaire pour prendre en compte la nouvelle situation et son élargissement doit être débattu et sera rendu public à l’occasion d’une conférence de presse de rentrée en septembre.

La réunion nationale des collectifs unitaire du 25 juin à Nanterre propose à tous les collectifs de débattre et de s’emparer de ces réflexions et de la démarche proposée. Elle appelle :
•à saisir les opportunités de l’actualité de l’été pour apparaître dans des formes originales adaptées à la période ;
• à organiser des “initiatives de rentrée” fortes, dans toutes les localités, pour relancer dès septembre la dynamique de mobilisation et répondre aux “100 jours” de Villepin ; une affiche nationale sera préparée en ce sens ;
• à conduire à tous les niveaux des actions et des campagnes autour des objectifs élaborés en commun ; en prenant en compte les objectifs décidés lors de la rencontre européenne du 24 juin à Paris (pétition européenne, etc) ;
• à initier de larges débats et confrontations, à organiser des réunions publiques et des forums de masse, au cours de l’automne, dans les localités, départements et régions, pour engager avec tous les citoyens et toutes les organisations qui le souhaitent, un travail de confrontation d’idées et de propositions afin d’élaborer des “exigences” démocratiques et sociales et des alternatives aux politiques néo-libérales en Europe et en France, dans la perspective d’Assises nationales, perspective que nous mettons en débat ;
• à préparer une initiative de mobilisation particulière à l’occasion du prochain sommet européen début décembre ;
• à actualiser les outils (en particulier internet) pour favoriser les espaces de débat et d’échange.

Une nouvelle rencontre nationale sera proposée avant la fin de l’année pour faire le point de la dynamique engagée et les suites à donner.

La victoire nous donne une grande responsabilité ; nous allons relever le défi en amplifiant en France le processus de réappropriation de la politique par les citoyennes et les citoyens, et en l’élargissant à l’Europe.

^


La planète n’est pas extensible... et nous n’en avons pas d’autre

C’est sur internet, sur le site de Roger Luce que Paul Vincent a trouvé les éléments ci-dessous pour amorcer une piste de réflexion, un repère, si l’on veut estimer où nous en sommes par rapport à la consommation que la terre peut assurer. Il y joint d’autres adresses pour les internautes qui chercheraient plus d’informations.

L’empreinte écologique

par P. VINCENT
juillet 2005

Selon l’organisation non-gouvernementale World Wide Watch (WWW), le revenu ne peut être qu’inférieur ou au plus égal à celui qui permet une consommation globale (individuelle et collective) par personne qui soit supportable par la planète, d’un triple point de vue qui sont trois aspects différents d’une même réalité : le vivant, l’énergie et matières premières non renouvelables et les déchets et autres pollutions. Toute consommation globale supérieure est donc parasite parce qu’elle est insupportable moralement, socialement et écologiquement. D’où la notion fondamentale de l’empreinte écologique par laquelle le WWW mesure l’utilisation humaine des ressources naturelles renouvelables. celle-ci, en effet est fonction 1) de la consommation évaluée par personne 2) de la population à un moment donné et 3) des techniques utilisées. Elle ne prend pas en compte la plupart des déchets, ni le non-renouvelable.

Vivre simplement pour que simplement les autres puissent vivre.
Gandhi.

Les revenus devraient ainsi ne pouvoir augmenter qu’en fonction d’innovations biologiques, culturales et industrielles soutenables ou, éventuellement, qui feraient baisser l’empreinte écologique. Ainsi le revenu défini par le WWW n’a plus rien à voir avec les “gains de productivité”, ni avec la “valeur ajoutée”...

L’évaluation de notre empreinte écologique personnelle différe selon les logiciels utilisés. Mais pour l’évaluer, on peut utiliser les sites www.agir21.org, www.reseauressourceries.org, ou www.wwf.fr, en français et les sites en anglais www.earthday.net, www.myfootprint.org et www.rprogress.org. On y trouvera des évaluations se rapportant aux terres cultivées, pour notre nourriture et celle de nos animaux (dont élevage intensif...), les fibres (ex. coton) et le caoutchouc (hévéas), les pâturages pour l’élevage extensif (cuir, viande, laine, lait), les forêts pour le bois et les fibres de cellulose(papier), les zones de pêche (plates formes continentales : 95% de la capture de poissons marins), la forêt nécessaire pour fixer l’excédent de carbone provenant de la combustion des énergies fossiles (pétrole, charbon, gaz ) non absorbé par les océans. Les polluants bio-dégradables, et les polluants stables, non dégradables par la nature (plutonium, polychlorés biphényls, chloro-fluoro-carbures...) ne sont pas pris en compte. D’autre part sont évaluées les surfaces correspondantes qu’offre la nature (biocapacité), mais sont exclus « les processus qui endommagent la biosphère de façon irréversible » (désertification, destruction des forêts primaires et de la biodiversité...). Ne sont pas prises en compte les ressources naturelles non vivantes, non renouvelables (pétrole, charbon, gaz, et les différents minerais).

On ne résout pas les problèmes avec les modes de pensée qui les ont engendrés.
Albert Einstein.

L’étude internationale pluridisciplinaire publiée par WWF-France, conclut, dans son rapport “Planère vivante” publié en 2002, que si le monde entier actuel vivait comme la France, il faudrait en plus deux planètes identiques à la Terre, et si c’était comme les États-Unis, il en faudrait 5 !

Doù la conclusion de Roger Luce, au 5 juin 2005 : « Il est urgent de changer nos modes de pensée. Et de construire une bio-économie, une économie qui prendrait enfin en compte, à la base, les conditions biologiques et physiques de l’activité humaine. »

^


Une page d’anthologie

Le nouveau gouvernement promet de résoudre en 100 jours le problème du chômage. Qui peut le croire en relisant l’article suivant, et la date à laquelle il a été écrit ?

Comment donner du travail aux jeunes ?

par J. DUBOIN
juillet 2005

Dans sa circulaire, le ministre du travail insiste pour qu’on embauche les travailleurs âgés ; dans ses conférences et ses articles dans la grande presse, M. Alfred Sauvy veut qu’on crée des emplois pour des milliers de jeunes gens.

J’ai montré que cette poursuite du “plein emploi” était en contradiction avec le principe de la “productivité” qui, lui, consiste à supprimer le plus d’emplois possible. Aucun de ces Messieurs ne m’ayant réfuté, quelques lecteurs s’en étonnent. Mais s’ils se mettaient à leur place, ils comprendraient que ces Messieurs, se proposant de construire un carré rond, ont besoin de réfléchir à la manière dont ils doivent s’y prendre. À la vérité, ils voudraient éviter la transformation sociale que les progrès techniques rendent indispensable. En affectant de poursuivre la recherche du “plein emploi”, ils esquivent le problème. C’est un procédé que les autruches avaient inventé avant eux.

Quand on préfère ouvrir les yeux, on est obligé de se rendre à l’évidence : rendement en constante augmentation et labeur humain en constante décroissance.

Par exemple, notre région du Nord est peut-être la plus active de France. Nos deux départements du Nord et du Pas-de-Calais possèdent le magnifique centre industriel de Lille-Roubaix-Tourcoing, une terre très fertile, un sous-sol riche en houille.

Or, il y a un siècle, le secteur industriel, presque exclusivement consacré au textile, absorbait 90 % des travailleurs. Aujourd’hui, cette proportion est tombée à 52 %. Fabrique-t-on moins de tissus de tous genres ?

Passons aux charbonnages : juste avant la dernière guerre mondiale, le rendement moyen du mineur de fond était de 1.136 kilos par jour. Il y a quelques semaines, il atteignait 1.700 kilos. Cette augmentation n’est-elle pas admirable ?

Et pourtant, elle ne s’arrêtera pas, car on va perfectionner l’outillage, et la concentration des fosses doit faire baisser leur nombre de 109 en 1945, à 45 à la fin du programme en cours. Inutile d’ajouter qu’il en résultera une nouvelle diminution des effectifs. Il y a dix ans, le nombre des mineurs de fond s’élevait à 134.299 unités ; il est tombé aujourd’hui au-dessous de 82.000, soit une chute d’environ 48 %. Elle sera plus profonde encore à la fin du programme, car on estime que, d’ici 1965, 15 à 20.000 mineurs deviendront inutiles.

Dans l’industrie textile, le nombre des travailleurs s’élevait, fin 1949, à 195.000. À la fin de 1954, l’effectif ne comptait plus que 170.000 salariés, non compris les frontaliers. La modernisation des filatures et leur concentration actuellement en cours, diminueront encore sérieusement le nombre des travailleurs nécessaires. En résumé, quand on considère à la fois le Textile, les Houillères et la SNCF, on s’aperçoit que l’emploi évoluera vers une réduction de 80.000 unités d’ici une dizaine d’années, en admettant que l’automatisation ne provoque pas d’ici là quelques coupes sombres qu’on ne paraît pas soupçonner.

Intervient alors M. Minjoz pour déclarer qu’il faut réembaucher les travailleurs âgés.

Et M. Alfred Sauvy, au nom de la pression démographique, réclame la création d’environ 140.000 emplois nouveaux, pour les jeunes gens “excédentaires” qui viendront s’offrir sur le fameux “marché du travail”.

Enfin, M. Emile Roche, le grand augure du Conseil Économique où il représente avec M. Alfred Sauvy la Pensée française, écrit, froidement, qu’entre 1960 et 1970, il faudra créer 210.000 nouveaux emplois dans les deux départements du Nord et du Pas-de-Calais. On voit qu’il a complètement oublié la circulaire de M. Minjoz rappelant aux industriels que leur devoir, et leur intérêt (sic), sont d’embaucher des travailleurs âgés. On peut donc se demander si ces Messieurs réfléchissent à ce qu’ils disent ou écrivent.

Ainsi, dans leur jugeotte, la production n’a pas pour objet de fournir des produits ; son rôle serait de procurer des emplois ? Alors pourquoi ces progrès techniques, ces machines et l’énergie extra-humaine qui les fait tourner ?

Ces Messieurs raisonnent comme au Moyen-âge, ils en sont restés au temps béni de l’artisanat.

Ce qui permet à M. Benedetti, préfet du Nord, d’adresser un vibrant appel, dans La Vie Française, aux industriels du Nord : « Allons, Messieurs, faites preuve d’initiative, créez des usines ! » Pour ce haut fonctionnaire, il est clair qu’on monte une usine comme on organise un comice agricole !

Évidemment quelques nouvelles entreprises seront créées, mais comme elles adopteront nécessairement de nouveaux progrès techniques, c’est pur enfantillage que d’espérer ( ?) qu’elles exigeront 210.000 travailleurs.

*

Répétons, sans nous lasser, que lorsque tous les efforts des savants et des techniciens tendent à transférer le labeur des hommes à des machines puissantes et infatigables, l’augmentation de la production doit se traduire par du bien-être et des loisirs, et non par l’embauchage intégral des travailleurs. C’est si logique qu’aucun commentaire n’est nécessaire.

Pour que chacun ait sa part de travail, il faut organiser le travail par roulement, comme aujourd’hui le service militaire. En conséquence, il convient d’abaisser l’âge de la retraite jusqu’au moment où tous les jeunes ont un emploi. Sans oublier de prolonger la scolarité afin que ces jeunes puissent acquérir les connaissances que doit posséder l’honnête homme du XXème siècle.

La Grande Relève, N°358,
samedi 13 avril 1957.

^


Croissance et décroissance

par R. POQUET
juillet 2005

Les écrits de Jacques Duboin étant pratiquement tous épuisés (à quand leur réédition ?), il arrive que des économistes, des sociologues, des journalistes ... citent, de son œuvre, des extraits prélevés dans d’autres publications que les siennes. Plus grave, des esprits très éclairés réagissent parfois sur un seul mot pour condamner définitivement son message ; c’est ainsi que la philosophe Isabelle Stengers, interpellée à l’issue d’un colloque organisé par nos amis belges, a estimé que les thèses de Jacques Duboin avaient perdu de leur intérêt en raison d’une production devenue abondante [1] !

Si celui-ci a mis l’accent sur le rôle prédominant du processus de production, il ne s’est jamais contenté d’annoncer le proche avènement d’une ère de l’abondance. À la suite de Karl Marx qui déclarait que « la production, la distribution, l’échange, la consommation... sont les éléments d’un tout, des diversités au sein d’une unité » mais que « c’est à partir de la production que le processus recommence et se renouvelle chaque fois ... par conséquent, telle production détermine telle consommation, telle distribution, tel échange » [2], Jacques Duboin s’est attaché, en fonction des nouvelles données de son siècle, à rechercher une parade au dysfonctionnement de ces quatre éléments et, la production des biens et des services devenant potentiellement abondante, à accorder le rôle majeur à la distribution des richesses. S’il était encore en vie, à coup sûr ses analyses prendraient en compte le développement inconsidéré de la production, son effet néfaste sur les ressources énergétiques limitées de notre planète et sur les écosystèmes, mais il verrait confirmées ses vues prémonitoires sur l’impossibilité de faire fonctionner harmonieusement une économie dont les rouages, valables pour une production rare, se grippent dès que s’engorge tel ou tel secteur de la production, que s’amplifie une concurrence acharnée et que se profile, de ci, de là, le spectre de la gratuité.

Le résultat du référendum du 29 mai dernier a révélé le désarroi des couches les plus modestes de la population, mais nous pouvons être assurés que, passée la “vague de froid”, nos analystes reprendront leur examen du sexe des anges avec le même sérieux imperturbable qu’autrefois. Au risque de se tromper de cible. Et de se fourvoyer, une fois de plus.

*

Depuis quelques années, le débat ne porte plus sur les moyens de développer la production, mais sur l’opportunité de juguler la croissance, voire d’imposer une décroissance, alors que le mot d’ordre quasi général est la croissance à tout prix.

Les partisans de la croissance ne manquent pas d’arguments. Elle augmente le volume des richesses et élève ainsi le niveau de vie. Si elle est suffisamment forte (plus de 3 %), elle permet à l’emploi de repartir, ce qui augmente la masse salariale et favorise la reprise de la consommation. Elle crée un climat psychologique favorable à l’innovation, à l’investissement et, de façon moins avouée, à la spéculation pour les uns et au surendettement pour les autres. Les adeptes d’une décroissance attirent l’attention sur les dangers d’une croissance non maîtrisée, sur une surindustrialisation à l’échelle de la planète qui augmente la pollution (en tenant compte d’une croissance mondiale moyenne de 2,8 %, la croissance cumulée sera de 60 % en 2020 et les émissions de CO2 auront augmenté de 52 % aux Etats-Unis et de 27 % en Chine), sur le pillage et le gaspillage des ressources (bois, pétrole, aluminium, cuivre) : 30 % des richesses de la planète ont disparu ces vingt dernières années, et nous ajouterons sur le gaspillage de temps et de travail humain dans des productions inutiles, voire nuisibles (multiplication d’un même produit sous des appellations différentes, publicité délirante, fabrication d’armements). Et pourtant les inégalités se creusent : les pays riches augmentent leur potentiel productif au détriment des pays pauvres, accablés par la dépréciation de leurs productions, par le poids de leur dette (l’annulation de celle-ci pour 18 pays pose déjà problème) et par une aide en réduction de la part des “pays du nord” (cette aide, qui s’élevait en 1970 à 0,7 % du PIB de ces pays riches est tombée à 0,24 % en 2000 !). Face à ces menaces bien réelles, certains économistes en viennent à réclamer une remise en question de la croissance. Pour Alain Gras, « il s’agit de privilégier les liens plutôt que les biens ». Jean-Marie Harribey joue de la subtilité : « Plutôt qu’une décroissance, il faudrait une décélération de la croissance dans les pays riches » [3]. Quant à Serge Latouche, après avoir déclaré : « Pour survivre ou durer, il est donc urgent d’organiser la décroissance » [4], il émet dans une autre publication l’avis contraire : « Dans notre société de croissance, le moindre ralentissement est une catastrophe : le chômage augmente, il n’y a plus d’argent pour la culture et l’environnement ... Il n’y a rien de pire qu’une société de croissance sans croissance » [5]. À ces déclarations pour le moins incantatoires (« il s’agit de », « il faudrait », « il est donc urgent »), nous préférons la mise au point de René Passet qui, dans l’un de ses articles, opère une distinction salutaire entre croissance et développement. On y lit notamment : « la croissance matérielle débouche sur le déchirement du tissu social et la dégradation des milieux naturels ; à l’opposé, le développement est une croissance qui respecte les valeurs humaines fondamentales et les mécanismes reproducteurs de la biosphère » [6]. Dès lors, que le développement soit affublé des adjectifs durable ou soutenable, peu importe. « Ce n’est pas le concept de développement qui est en cause », ajoute René Passet, « c’est la course productiviste engendrée par le système » [6] et, dans l’un de ses nombreux articles : « La logique de l’économie néo-libérale s’oppose aux impératifs d’un authentique développement » [7]. Cette précision est d’autant plus importante que la notion de croissance trouve appui sur celle de PIB (produit intérieur brut) qui, on le sait, additionne les éléments chiffrés de la richesse matérielle et néglige notamment la prise en compte d’une grande partie des richesses humaines. Ce qui amène certains philosophes comme Dominique Méda [8] ou Patrick Viveret [9] à interroger, à juste titre, la notion de richesse.

*

Croissance, décroissance, développement, richesse. « Words, Words, Words », faisait dire Shakespeare à l’un de ses personnages. Bien sûr, les mots ont de l’importance et nous avons tenté de rappeler leur sens exact, grâce aux contributions de quelques spécialistes. Mais cette querelle de mots révèle chez certains une réelle difficulté à faire parler la réalité et à imaginer les solutions qui s’imposent.

S’il est vrai que « la logique de l’économie néo-libérale s’oppose aux impératifs d’un authentique développement » et que, selon l’économiste Olivier Passet, le processus de destruction créatrice, qui constitue la donnée fondamentale du capitalisme selon Joseph Schumpeter, évolue de telle sorte qu’il détruit plus qu’il ne crée [10], alors laissons aux médecins de Molière le soin de débattre, à perte d’articles, des ratés de la croissance et des fumées de la décroissance. Et répétons après George Bush senior : « notre niveau de vie n’est pas négociable », après Bill Clinton : « je ne signerai rien qui puisse nuire à notre économie » et après un industriel américain : « nous voulons que survivent à la fois la couche d’ozone et l’industrie américaine ». Puis mettons-nous un oreiller sur la tête et attendons le déluge.

Au fait, qui a dit que notre système économique et financier était éternel ?

*

Dernière minute : Un certain Thierry Breton, Ministre de l’économie, encourage les Français à (déclaration du mardi 21 juin 2005). En tant que retraité encore valide, je suis tout disposé à reprendre un travail. Mais lequel ?

---------

[1] Rappelons que Jacques Duboin avait créé, en période de rareté, le Mouvement Français pour l’Abondance (MFA ).

[2] Karl Marx, Introduction générale à la Critique de l’économie politique.

[3] Jean Marie Harribey, “La croissance, à quoi bon ? ” Libération, 26/09/03.

[4] Serge Latouche,“À bas le développement durable. Vive la décroissance conviviale”.

[5] Serge Latouche, “La planète est au bout du rouleau ”, Libération, 26/09/03. .

[6] Serge Latouche, René Passet, “Décroissance ou développement durable ?” Politis, 11/2/3.

[7] René Passet “Néolibéralisme ou développement durable ? ” 29/06 /02.

[8] Dominique Méda, “Qu’est ce que la richesse ? ” Flammarion, 2000 (réédition).

[9] Patrick Viveret, Rapporteur de la mission “Nouveaux facteurs de richesse”.

[10] Olivier Passet, Alternatives économiques, Juin 2005.

^


Florilège sur le chômage

17 janvier 2006

• 17/08/1975 : « Nous sommes repartis sur une meilleure voie. Nous apercevons la sortie du tunnel » (Jacques Chirac, Premier ministre de Valéry Giscard d’Estaing, alors qu’avec une progression de 235.000 chômeurs, le chômage vient d’atteindre 1 million de personnes).

• 26/09/1984 : « Il faut se battre, c’est la guerre [...] Le fond du problème, c’est le chômage, ce cancer abominable dont il faut se débarrasser » (Laurent Fabius, Premier ministre de François Mitterrand : il y a 1,5 million de chômeurs).

• 14/07/1993 : « En matière de lutte contre le chômage, on a tout essayé » (François Mitterrand, Président de la République, : il y a 3 millions de chômeurs).

• 13/09/1999 : « Il ne faut pas tout attendre de l’État » (Lionel Jospin, Premier ministre de Jacques Chirac, à propos des 7.500 suppressions d’emplois chez Michelin : le chômage touche 10 % de la population).

• 01/01/2004 : « 2004 verra le chômage baisser. Je vous l’ai toujours dit et vous pourrez le constater » (François Fillon, Ministre des affaires sociales du gouvernement Raffarin : l’année 2003 s’est pourtant achevée avec 137.000 chômeurs supplémentaires !).

• 10/11/2004 : « Je pense que nous sommes capables aujourd’hui de descendre sous la barre des 9% » (Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre de Jacques Chirac).

• 01/06/2005 « Je vais mener personnellement la bataille pour l’emploi avec pragmatisme [...] Tout n’a pas été tenté contre le chômage » (Dominique de Villepin, Premier ministre de Jacques Chirac : le taux de chômage s’élève à 10,2% ce qui veut dire qu’il y a environ 2.775.000 chômeurs).

^


Problème insoluble

par J.-P. MON
juillet 2005

L’essentiel de la déclaration de politique générale de notre nouveau Premier ministre, Dominique de Villepin, était centrée sur son « plan d’urgence pour l’emploi » dont la nouveauté est le « contrat nouvelle embauche » de deux ans. De politique étrangère, de politique financière, il n’en a pratiquement pas été question. Parce que Jacques Chirac est persuadé que c’est le chômage qui explique l’échec du référendum . Ce n’est pourtant pas un problème récent. Il existait déjà sous Raffarin, sous Jospin (n’en déplaise au PS !), en fait, depuis fort longtemps, comme le prouve le florilège présenté page précédente.

Des statistiques “optimistes”

Si l’on analyse les statistiques du chômage de plus près, on constate tout d’abord que le nombre de personnes exclues du monde du travail est bien plus important que ne l’indique le taux de chômage : en mai 2002, alors que L. Jospin était encore Premier ministre, J-P. Fitoussi écrivait dans le Monde : « Sait-on que 10 % de la population active est dans des dispositifs d’emploi aidés, pour la plupart précaires et très faiblement rémunérateurs ? Deux autres pour-cent sont en travail temporaire, et d’autres encore occupent des emplois précaires non aidés ou des temps partiels non voulus, etc.... Si l’on ajoute [...] les 9 % de chômeurs d’aujourd’hui, on perçoit que pour près d’un quart de la population active, l’emploi fait problème, le présent est fait de difficultés financières, l’avenir est inquiétant ». Un an plus tard, le sociologue Didier Demazière renchérissait [1] : « À cette époque (les années 70), les contours de phénomène étaient nets. Les indicateurs statistiques couvraient assez bien la réalité du chômage et la dénombraient correctement. Actuellement, la multiplication des situations intermédiaires, dites de “sous-emploi”, qui concernent un nombre grandissant de personnes difficiles à situer entre salariat et inactivité, ainsi que la cohorte d’anciens chômeurs découragés et radiés, contribuent à rendre floue la situation ».

La croissance à tout prix

Les choses ne s’améliorent pas, bien au contraire. En ce mois de juin 2005, 24% des actifs de moins de 25 ans ne parviennent pas à trouver du travail et les plus de 55 ans constituent la catégorie la plus touchée par les “ajustements” d’effectifs. Trouver des emplois pour tous, jeunes et vieux, n’est pas un problème nouveau [2] et ce ne sont pas les mesures proposées par M. de Villepin et son Ministre de l’économie et des finances qui le résoudront. Le problème du chômage de masse est consubstantiel à l’économie capitaliste. Les partis de droite ne veulent évidemment pas l’admettre et la gauche continue à sacraliser l’emploi, comme si les moyens de production étaient encore ceux du XIXème siécle. Pour les uns, seul le “modèle” anglo-saxon (bien surfait quand on l’étudie de près) permettra de venir à bout du chômage, pour les autres, le salut est à chercher dans le modèle scandinave (qui coûte très cher et que les pays membres de l’Euroland ne peuvent financer à cause de la politique monétaire de la BCE). Pour les uns comme pour les autres, le maître-mot est ”croissance“ et tant pis pour l’environnement [3] [4] Mais quoi qu’ils fassent, la croissance ne vient pas et, en France, notre ministre de l’économie et des finances, Thierry Breton,vient finalement de revoir ses espoirs à la baisse [5] : « le plancher de ma précédente fourchette de prévision (2 à 2,5%) est devenu plutôt le plafond ». Ce plafond est cependant jugé irréaliste par de nombreux économistes qui le situent à 1,5%. Qui plus est, se désespère le ministre, la situation de nos finances publiques est grave : la dette des administrations (État, collectivités locales, organismes de sécurité sociale,...) atteint 1.067 milliards d’euros. « Il faut dire la vérité aux Français : l’impôt sur le revenu ne sert pas à financer des écoles, des hôpitaux ; il ne sert pratiquement qu’à payer les intérêts de la dette » [6]. Alors, pour lui, il n’y a qu’une solution, il faut faire de la croissance « mais pour avoir de la croissance, dans l’économie, comme dans une famille, il faut travailler plus ». Thierry Breton avait un peu plus d’imagination, il y a vingt ans (voir l’encadré page suivante) et ne pensait pas, comme le font couramment les Ministres des finances démago, à identifier stupidement l’économie du pays à l’économie familiale ! Mais comment travailler plus, commencer ou recommencer à travailler si on ne crée pas d’emplois ? Est-ce que les entreprises vont créer des emplois dont elles n’ont pas besoin ? Et comment faire diminuer le nombre de chômeurs, si les autres travaillent plus longtemps ?

Toujours est-il que les prévisions du rapport de l’OCDE [7], Perspectives de l’emploi pour 2005, selon lesquelles plus de 36 millions de personnes, soit près de 7 % de la main-d’œuvre totale, seraient encore au chômage en 2005 dans les 30 pays de l’OCDE sont en train de se réaliser.

Des solutions “libérales”

En conséquence, toujours fidèle à sa politique “libérale”, l’OCDE recommande aux gouvernements de mettre en œuvre une plus grande flexibilité du temps de travail, des réglementations et une administration plus efficace pour lutter contre l’économie informelle. Elle préconise aussi de soutenir la formation tout au long de la vie pour aider les travailleurs à améliorer leurs qualifications. Mais ça, ça coûte cher...

Le cas de la France préoccupe particulièrement les analystes de l’OCDE car « seulement 61,9 % des personnes d’âge actif occupent un emploi, contre plus de 70 % dans les pays les plus performants, comme le Danemark, la Suède, les États-Unis et le Royaume-Uni ». La France, note le rapport, est assez éloignée des meilleurs élèves. En 2003, sont taux de chômage, de 9,3 %, était supérieur de 1,5 point à la moyenne observée pour les pays de l’Europe des Quinze (et bien au-delà de la moyenne OCDE).

D’où l’idée d’essayer d’importer en France les modèles qui semblent avoir réussi (suivant les normes capitalistes...) dans ces pays.

Nous y reviendrons dans un prochain article.

Entre temps, le Premier ministre britannique, Tony Blair, aura pris pour six mois la Présidence de l’Union européenne et tentera de faire adopter par les 25 son modèle de développement. Nous savons à quoi nous attendre, puisque dès le 17 mai, (donc avant le référendum en France), le Ministre des finances britannique, Gordon Brown, s’est engagé dans un discours [8] devant le patronat du Royaume-Uni, à faire des réformes économiques la priorité de la Présidence britannique de l’Union. Quand on sait ce que veut dire “réforme” ou “modernisation” en langage libéral, on peut avoir quelques craintes sur ce qui attend les salariés européens.

On a vu comment, sous un gouvernement social-démocrate, l’Allemagne a payé la “modernisation” de son économie : par... 5 millions de chômeurs !

---------

[1] Le Monde, 01/07/2003.

[2] On vient d’en avoir la preuve en relisant, page 8, l’article écrit ici, à ce propos, il y a près d’un demi-siècle.

[3] Les industriels européens mobilisés contre les engagements de Kyoto, Le Monde, 23/03/2004.

[4] M. Seillière dénonce les risques d’entrave au développement économique, Le Monde, 26/06/2004.

[5] Conférence de presse du mardi 21 juin 2005.

[6] NDLR : C’est à cette phrase que réagit Paul Vincent dans l’article qui suit, page 13.

[7] OCDE = Organisation de Coopération et de Développement Économiques.

[8] Le Monde, 19/05/2005.

^


Les désillusions de Thierry Breton

juillet 2005

• L’émergence de nouvelles technologies a paru un moment, après la crise du début des années soixante-dix, ranimer le rêve du progrès continu.

Nous avons cru à la technologie : elle sauverait l’emploi en stimulant la productivité. L’ère de l’économie immatérielle s’ouvrait à nous. Bientôt nous serions tous des “cols blancs”.

Les taux de croissance enregistrés dans le secteur informatique faisaient rêver ? Vive le tertiaire ! Vive l’économie “technoservicielle” ! La solution au chômage, on la trouverait dans les services : les innovations technologiques feraient surgir des nouveaux besoins propres à stimuler l’emploi, la croissance.

• Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, presque toutes les familles françaises sont touchées par le chômage. Or nous savons déjà que le système de protection sociale, qui a jusqu’ici évité le pire, est moribond. Encore un effort pour être des cols blancs ! Vite ! Il y a urgence. La solution miracle... ? Personne ne l’a trouvée. Alors il faut tout essayer. Essayer et mettre en œuvre ce que dicte notre bon sens.

• Partager le travail. Utopie ? Épouvantail ? Peut-être. Et pourtant, il n’est pas exclu qu’à l’avenir, un grand nombre soit contraint - ou choisisse - de travailler moins et sans doute... de gagner moins. Oui, gagner moins.[...] Partager le travail n’est plus une revendication idéologique : c’est en train de devenir une nécessité économique. C’est en tout cas l’un des recours obligés, qui nous pend au nez, pour sauver l’emploi urbain dans certaines branches sinistrées du tertiaire, et pour conjurer la menace d’implosion sociale.

•Travailler autrement. Une chimère ? Les années quatre-vingt, avec la pénétration de la micro-informatique et la remise en cause des structures bureaucratiques traditionnelles, ont aussi favorisé le désordre, la confusion. Le partage des responsabilités, la valorisation de l’initiative ont souvent signifié irresponsabilité, égoïsme, recherche de l’intérêt personnel, emprise des jeux de pouvoirs.

• Civisme et efficacité devraient devenir les deux mots clés de la décennie quatre-vingt-dix. ou plutôt redevenir, car ce furent toujours les vertus indispensables au développement.

• Le moment n’est-il pas venu non de stopper le progrès technologique, mais au contraire d’assurer la consolidation, disons l’acclimatation des acquis ? Le sentiment d’absurdité que beaucoup éprouvent à l’égard du développement technologique s’estompera peut-être.

Quand on parle de technologie, on pense à tous ces objets qui peuplent notre environnement : satellites, scanners, ordinateurs, lecteurs de compact disques, fours à micro-ondes.

Tout nous pousse aujourd’hui à en finir avec la société du gadget.

Thierry Breton
(Extraits de La fin des illusions, Plon, 1992)

^


Réflexion

Avertissement aux nouveau-nés

par P. VINCENT
juillet 2005

Nous avions un Ministre des Cultes et de tout le reste qui, pour faire progresser la moralité et faciliter la tâche de la police, principalement dans les banlieues, veut aider les religions à introduire en chacun de nous un flic appelé Dieu ou autres expressions synonymes.

Voici maintenant un Ministre des Finances qui tient un discours théologique en prêchant l’existence d’un péché originel, pas celui dont le Christ nous a racheté, mais un autre bien plus grave. Ne vient-il pas d’annoncer à tous les nouveau-nés qu’ils allaient trouver dans leur berceau leur quote-part de plus de 1.000 milliards d’euros de dettes accumulées par leurs aïeux, des égoïstes dont « l’esprit de jouissance l’a emporté sur l’esprit de sacrifice » comme disait le Maréchal.

À qui devront-ils rembourser de telles dettes ? Thierry Breton ne nous l’a pas précisé et c’est dommage. Il est bien sûr décevant pour nos gouvernants que lors du dernier référendum une majorité de gens se soient montrés incapables de comprendre ce qu’ils s’étaient donné tant de mal à leur expliquer, mais pour cette histoire de dettes j’aurais aimé qu’il fassent encore un effort.

Les Américains eux aussi ont d’énormes dettes et pourtant personne ne leur dit qu’ils vivent au-dessus de leurs moyens. Mais ce sont surtout des dettes extérieures et les dettes entre États n’ont peut-être pas grande importance, vu que quand des pays ne peuvent plus ou ne veulent plus les payer, sauf à risquer de déclencher des guerres ou des révolutions, on finit par les annuler, ce que prône inlassablement notre Président dans les réunions internationales, en dépit de nos propres difficultés.

Mais nos dettes ne sont-elles pas plutôt des dettes franco-françaises ? Si certains nouveau-nés vont devoir en assumer une quote-part plus ou moins importante, d’autres au contraire ne naîtront-ils pas titulaires de confortables créances sur l’État s’ils ont la chance que leurs ascendants aient investi dans des emprunts juteux, comme nos gouvernants ont toujours su en inventer ?

Je lis par exemple dans le Quid 2004 (page 2029 c) :
• que la rente Pinay 4,5 % indexée sur l’or et exemptée de droits de succession fut émise en 1953 sur la base d’un napoléon à 36 F alors qu’en 1980 celui-ci culminera à 1130 F (page 2021 a),
• et que l’emprunt Giscard 7 % émis en 1973 suivant un mode d’indexation plus savant (un rapport entre le franc et l’unité de compte européenne servant à fixer les prix agricoles) fut remboursé 55 milliards de F en 1988 au lieu des 6,5 prévus, après versement de 35 milliards de F. d’intérêts au lieu de 6,8 milliards.

Il faut certes tenir compte de la dépréciation du franc, mais ce n’était quand même pas un trop mauvais placement alors que se trouvaient complètement floués les petits épargnants voués à l’épargne classique, avec des taux d’intérêt souvent inférieurs au taux d’inflation et, au bout de 50 ans d’existence d’un livret de Caisse d’Epargne, le remboursement du capital en francs presque entièrement dévalorisés, ceux récupérés en l’an 2000 ayant perdu 9/10 de leur pouvoir d’achat par rapport à ceux épargnés en 1950.

On aimerait que le gouvernement nous explique qui sont aujourd’hui les créanciers de l’État et la façon dont s’est constituée envers eux cette dette de plus de 1.000 milliards d’euros. L’héritage des socialistes ? On veut bien, mais quelques faits précis, s’il vous plaît ! Les emprunts cités plus haut et qui ne leur sont pas imputables ne sont pas des exemples d’une bonne gestion du bien public.

C’est dommage que celui qui n’a pas étudié l’économie soit obligé de chercher lui-même ses informations dans les encyclopédies de sa bibliothèque, ou sur internet s’il sait se servir de google. Quand Valéry Giscard d’Estaing n‘était encore que Ministre des Finances, il se donnait la peine de venir à la télévision s’expliquer devant les Français et parfois débattre longuement de questions économiques. Je me souviens qu’avec Jean-Jacques Servan-Schreiber, un autre polytechnicien, ils s’étaient un jour tous deux expliqués, une craie à la main, devant un tableau noir. Tout cela était très pédagogique. Valéry Giscard d’Estaing, puisqu’il fut peu après élu Président, s’était montré à l’époque plus convaincant que nos gouvernants d’aujourd’hui. Etait-il plus intelligent, ou le peuple français plus naïf ?

Il faut aussi noter que, pour essayer de réduire cette dette, l’État a vendu presque tous les biens de famille. Les Sociétés que le général de Gaulle avait nationalisées au lendemain de la guerre comme devant appartenir collectivement à la Nation, on ne cesse de les privatiser depuis 20 ans, tous gouvernements néogaullistes ou soi-disant socialistes confondus, et cela continue tant qu’il en reste encore. En 1987, ces privatisations auraient rapporté (toujours selon le Quid) 67 milliards de F. Il ne reste plus malheureusement de quoi faire aussi bien cette année.

^


Aux économistes distingués

par R. JOSSE
juillet 2005

“L’honnête homme”, à l’aube de ce 3ème millénaire, reste confondu devant deux attitudes de l’esprit humain, radicalement opposées :

D’une part :

Dans une chaîne ininterrompue depuis des millénaires, à toute époque et en tous lieux, il s’est efforcé de percer les mystères des lois de la Création qui l’entourent et dont il est partie intégrante.

Sages, philosophes, chercheurs et savants de toutes disciplines explorant, anneau par anneau, les domaines de l’infiniment grand et de l’infiniment petit, sont parvenus, sans pour autant épuiser le sujet, à mettre en évidence l’unité de vie de toute forme existentielle, du Tout Cosmique à la particule la plus infime.

Échange incessant d’activités multiples et complémentaires, nécessitant une réciprocité parfaite. En ce qui nous concerne plus particulièrement, la biologie appliquée à notre constitution, dans sa réalité anatomique et physiologique, nous éclaire sur le modèle le plus parfait de Constitution Sociale, la collectivité n’échappant, pas plus que l’individu, à la Loi naturelle de la Forme de vie.

Ainsi : Tout l’organisme de l’être humain repose sur sa charpente osseuse, assise matérielle indispensable pour que chacune des grandes fonctions assurant sa vie, puisse s’effectuer :

Direction nerveuse partant de la tête vers toutes les parties du corps. Vivification partant de la poitrine vers les autres organes et enfin Nutrition partant de l’abdomen pour apporter sa contribution à ce merveilleux ensemble.

La complémentarité des systèmes osseux, musculaires et nerveux dans chacune de nos actions vient parfaitement souligner l’unité nécessaire à la manifestation de toute vie.

La collectivité étant constituée d’individualités dissemblables et complémentaires, I’ensemble des “nécessités” physiques et matérielles, psychiques et affectives, mentales et spirituelles, doivent être comblées par le jeu normal des facultés de chacun dans l’accomplissement du devoir envers tous.

Cela suppose que l’existence matérielle de l’être humain soit assurée, de sa naissance à sa mort, par l’utilisation saine de la monnaie créée à cet effet, ainsi que pour régulariser l’ensemble des échanges de toute nature, indispensables.

Vision positive de l’esprit humain sur un modèle social parfaitement réalisable de nos jours, qui s’oppose inéluctablement à ce que :

D’autre part :

Délaissant cette règle naturelle de vie, notre société moderne s’est dotée de pseudo-lois, lesquelles, loin de réaliser l’harmonie de l’ensemble, ne cessent de provoquer d’innombrables conflits, crises à répétitions, petite délinquance, grande truanderie, révoltes, guérillas, guerres, disparité effarante des conditions d’existence au sein des multiples communautés de la planète.

Qu’en serait-il de notre “santé” si, tout à coup, de telles règles s’instauraient au sein de notre corps. “Lois de marché” entre organes, tissus, et cellules ! concurrence, profit, compétitivité, rentabilité avec pour corollaire chômage d’un certain nombre d’éléments du tout !

La réponse est sans ambiguïté !!!

Ce qui sera rendu possible avec le retour à l’usage normal de la monnaie ne l’est plus lorsque la spéculation s’en empare. Véritable cancérisation de la Société, puissance de l’argent thésaurisé, jeux de toute nature, casinos, PMU, bourses, publicité envahissante...

Cette dérive est tellement entrée dans nos mœurs, que nul ne se sent aujourd’hui amoral ou immoral, de prêter son concours à ces pratiques.

Vous, économistes distingués, de notoriété internationale, êtes tout à fait désignés pour attirer l’attention des responsables de tous nos GN [1] sur l’urgence d’un retour à la normale (la Morale, au sens noble du terme, ou Logique naturelle...). L’abandon d’une route qui ne conduira à terme, qu’à la ruine généralisée du système.

Mission douloureuse, certes, mais salutaire, dont l’humanité entière, retrouvant enfin les conditions de son épanouissement dans la paix et l’harmonie, vous serait éternellement reconnaissante.

---------

[1] GN, où N est le nombre de pays représentés par leurs chefs d’État et de gouvernements, G7, G8, G20, le nombre varie suivant les sujets abordés.

^


Tribune des lecteurs

Premier à prendre de l’initiative après le non au référendum, un lecteur de Lorraine lance un appel aux bonnes volontés pour démarcher les politiques :

C’est le moment !

par É. GOUJOT
juillet 2005

Depuis les débats au sujet du référendum, de plus en plus de personnes s’ouvrent, recherchent, critiquent. Beaucoup vont sauter au plafond en entendant parler d’économie distributive. Ceux qui osent dépasser leurs peurs du changement et sortir de leurs habitudes, vont arrêter de se désespérer à cause de leur croyance selon laquelle le capitalisme néo-libéral serait une fatalité. Alors, pour nous, distributistes, n’est-ce pas le moment de dépasser la peur du politique qui récupère à son profit ? Je vous invite donc tous à vous joindre à moi dans la rencontre des femmes et hommes politiques.

J’ai cru comprendre que jusqu’à maintenant, il fallait se protéger des politiques qui, jusque là, ont eu tendance à dénaturer bon nombre d’idées et mesures et de les retourner à leur profit ou à celui de leurs amis. Un bon exemple est la récupération par les propriétaires immobiliers de l’extension des aides au logement à tous les étudiants (en les rendant disponibles sans condition de ressource) dans les années 1992-95 : les loyers ont été aussitôt augmentés du montant des aides attribuées par les propriétaires ! Sans gène, ceux-ci expliquaient aux étudiants qu’ils ne payeraient pas plus cher... et ils ont ainsi récupéré l’intégralité de “l’avancée sociale” (si on peut dire que c’en était vraiment une). C’était d’autant plus facile que les solutions tentées étaient souvent compartimentées et qu’on restait dans le “marché” et la recherche de profit.

La force de notre proposition d’économie distributive (ED) est de supprimer le profit financier. Et l’argument de la fuite de capitaux qu’elle entraînerait, argument utilisé pour affirmer qu’on ne peut pas s’attaquer au capital, est sans effet puisqu’il s’agit de changer de monnaie ! Donc le jour où un président est élu sur un programme incluant l’ED, il lui suffit, grâce à la légitimité démocratique, de décider, à l’intérieur de ses frontières, de tous les process de fabrication, tant de la monnaie que de toute autre production. Personnellement, cette vision me donne des ailes pour envisager une transition rapide.

D’autant que « l’anesthésie ne fait plus effet », selon les termes de l’UDF André Rossinot, le soir du 29 mai 05, nous sommes de plus en plus nombreux à réagir ! La preuve en est que, pour la première fois, le dénombrement effectué par la Préfecture de Police a été supérieur à celui des organisateurs. C’était à propos du rassemblement au Larzac l’été 2003 : les organisateurs estimaient que s’il y avait 60.000 participants, ce serait à succès. Sur place et dans les médias, les chiffres oscillaient entre 150.000 et 200.000. Et tout cela était largement sous-estimé : le devant de la scène principale accueillit à lui tout seul 300.000 personnes [10 ha à 3 personnes au m2], de sorte que la préfecture a calculé qu’il y avait 400.000 personnes ! Si en 1999, quelqu’un avait envisagé un tel rassemblement, il aurait été traité de complètement fou, d’inconscient, de dangereux utopique. Quelle démonstration de renaissance d’une force tranquille !

S’il a été possible de duper les populations lors de la mise en place du socialisme en Russie, s’il a été possible à Bush de réussir un coup d’État il y a 4 ans (Voir à ce sujet le film Fahrenheit 9/11), il n’a pas été possible à MM. Chirac, Hollande, et VGE de nous imposer leur projet de traité de Constitution européenne. En Europe, la Démocratie (re)prend le dessus !

En France, avec la claque que s’est prise le PS, on peut s’attendre à ce que nombre de militants et responsables osent regarder les problèmes à leurs racines et s’ouvrent aux propositions de l’ED. J’en ai la preuve, puisqu’à ce jour, j’ai déjà trois présentations à des équipes PS (locales et départementales) de Meurthe-et-Moselle qui sont planifiées. On peut même s’attendre à ce que des UMPistes qui désirent vraiment vivre leur humanisme prennent de la distance vis-à-vis de l’idéologie de la croissance et j’ai des contacts intéressants dans l’UMP lorraine. Et ça devrait être encore plus facile dans certains pays comme la Belgique ou le Canada...

Je pense que c’est le moment d’aller à la rencontre des femmes et hommes politiques. Je lance un appel aux lecteurs de la Grande Relève pour que les volontaires se regroupent. S’aider dans la réalisation de documents de démarchage, s’informer des contacts et avancées, s’appuyer les uns sur les autres... Quelqu’un pourrait-il mettre en place un site forum sur ce sujet ? Dans un premier temps, je vous invite à me contacter.

^

e-mail