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AEDBienvenueLectures > Le droit au travail - N° 1

 

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Le droit au travail - N° 1

La “LIGUE POUR LE DROIT AU TRAVAIL ET LE PROGRÈS SOCIAL” publie sous forme d’affiche un bimensuel intitulé Le Droit Au Travail et qui précède la publication de La Grande Relève.

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Lettre ouverte à M. Gaston DOUMERGUE   (Afficher article seul)

Le plan stérile   (Afficher article seul)

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1ère ANNÉE N°1
(BI-MENSUEL)
VENDU AU PROFIT DES CHÔMEURS
25 centimes

Acheteur, lisez ceci

par J. DUBOIN
1935
 
Rédaction :
17, Rue Pierre-Nicole, Paris
Organe de la “Ligue pour le Droit au Travail et le Progrès Social”
PRÉSIDENT : JACQUES DUBOIN

ACHETEUR, LISEZ CECI
Et vous ne regretterez pas vos cinq sous

Celui auquel vous venez d’acheter ce journal est un homme comme vous. Il a probablement femme et enfants. Or il est dans la plus noire détresse, lui et les siens. Pourquoi ? Parce qu’il n’a pas de travail. Est-ce sa faute ? Si vous êtes de ceux qui considèrent les chômeurs comme des paresseux, trouvez-lui donc du travail ! Il acceptera... Mais vous ne trouverez rien, entendez-vous  ! Sinon il aurait trouvé lui-même, car il a cherché ... Personne n’a besoin de lui !

*

Vous croyez peut-être que son dénuement est passager et que demain la chance le favorisera. C’est faux.

C’est faux parce que son travail n’est plus nécessaire. Il y a abondance de blé,...de fruits,...d’appartements vides. Certains inconscients disent même qu’il y en a trop alors que des hommes sont privés de tout.

Il y a abondance parce que le progrès permet de fabriquertoujours davantage avec toujours moins de main-d’œuvre.

*

Mais le progrès ne devrait pas permettre que des hommes dont le travail est inutile soient condamnés à crever de faim et de froid, eux et leurs enfants.

Le progrès est destiné à créer des loisirs à tous, cependant l’imbécillité des hommes est si grande qu’ils n’ont pas encore compris que le chômeur est un homme accablé des loisirs qu’il faudrait répartir entre tous, afin que chacun vive largement comme l’abondance de toutes les choses utiles permet de le faire aujourd’hui-même.

*

Lisez tous :

Ce qu’on appelle LACRISE ! !
et La Grande RÉVOLUTION qui vient
par JACQUES DUBOIN

En vente partout :
le volume de 224 pages, 5 francs

Réfléchissez que demain ce sera peut-être votre tour. Demain vous pouvez être retranché de la société comme le malheureux auquel vous avez acheté ce journal. Vous ne le voulez pas ? Alors faites campagne pour qu’on donne du travail aux jeunes et que les vieux aient les moyens de se reposer.

Et sachez bien que c’est possible, grâce à la science qui peut libérer tous les hommes de la plus grosse part de leur labeur, si les hommes savent s’organiser [...]

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Lettre ouverte à M. Gaston DOUMERGUE

par L. LAIR
1935

Cette lettre, communiquée à 112 journaux de Paris et de Province, a été reproduite parquatreet citée par sept.
Sans commentaires !!

Monsieur le Président,

Les résultats que votre politique a obtenus depuis huit mois sont indiscutables : le commerce, l’industrie, l’agriculture n’ont jamais connu d’aussi mauvais jours ; les magasins n’ont plus d’acheteurs, le paysan ne vend pas son blé, le viticulteur ne sait où mettre son vin, tandis que, dans le même temps [...] les traitements et salaires s’amenuisent, le chômage augmente... la situation financière de la France, par le jeu des emprunts à jet continu, ne cesse de s’obérer, etc. Allezvous continuer ?...

Certes, Monsieur le Président, votre courage civique et votre bonne volonté ne sont pas en cause. Vous faites tout ce que vous pouvez, mais vous n’aboutissez à rien parce que vous tournez le dos aux réalités.

La production boude, dites-vous, il faut la revigorer. Cependant, si la production boude, ce n’est pas que les moyens lui manquent ; le problème, en ce qui la concerne, est résolu, car elle est outillée pour produire dix fois, cent fois plus qu’aujourd’hui.

Ce n’est donc pas la production qui a besoin d’être revigorée, c’est la consommation. Or, Monsieur le Président, toutes les mesures de restriction que vous avez prises (car, affirment ceux qui vous conseillent, le train de vie de notre pays est trop grand) ont-elles créé des consommateurs, et des consommateurs solvables qui sont les seuls à intéresser la production ?

Evidemment non. D’autres vous engagent à ralentir le progrès et même à revenir en arrière. M. le Maire de La Rochelle vous donne une leçon quand il décrète que les “grands travaux” de sa ville ne seont faits qu’avec des pelles, des pioches, et des brouettes ; il proscrit les machines qui allègent le travail de l’homme. Mais alors pourquoi, Monsieur le Président... inaugurez-vous chaque semaine des expositions où vous admirez et vantez les réalisations du génie humain qui, toutes, tendent à produire davantage avec moins de travail ?

Car c’est un fait, dont la constance lui a donné force de loi, qu’à toute augmentation de la production correspond une augmentation du chômage ; le chômage devient ainsi la mesure du progrès technique.

Et vous savez qu’on n’arrête pas le progrès, justement parce qu’il est le fruit de l’intelligence humaine dont les possibilités sont illimitées [...]

La confiance manque, avez-vous souvent dit. Même stimulée par un emprunt qui réussit, mais qui nous endette en capital et en intérêts, ou par une hausse du marché des rentes, elle n’est qu’un élément psychologique et artificiel qui ne donne pas de travail aux chômeurs et ne les nourrit pas plus.

[...] Comprenez donc, Monsieur le Président, que l’humanité change de civilisation : pendant les soixante siècles qui nous ont précédés, les hommes ont lutté contre la misère parce que les richesses étaient rares ; aujourd’hui, grâce aux progrès de toutes les techniques, les richesses débordent de partout : c’est la civilisation nouvelle de l’abondance.

Le problème que vous avez à résoudre est avant tout un problème d’organisation : d’un côté, des monceaux de richesses et des moyens d’en créer davantage encore ; de l’autre, des êtres humains que vous avez condamnés jusqu’à ce jour à se restreindre, à se priver comme si vous vouliez les punir de leur intelligence créatrice.

Faites cesser cette situation atroce ; vous avez l’autorité, vous avez le pouvoir : profitez de l’une, utilisez l’autre. Ayez le courage de passer la ligne.

Vous n’avez d’alleurs pas à choisir, car il n’y a plus d’option à prendre. La marche des événements est implacable, elle vous domine ; et vous devez tout de même bien le sentir puisque tout ce que vous avez tenté pour “rétablir la situation antérieure” a échoué.

Première mesure à prendre :reconnaître et organiser le droit au travail, contre-partie équitable et légitime du droit de propriété. Notre plan est prêt, il est à votre disposition. Quelques mots le résument  :

Une place pour chacun, chacun à sa place ; du travail pour les jeunes, une retraite pourles vieux ;de même que l’on distribue les vivres dans une ville assiégée, de même, il faut répartirle travail, devenu denrée rare, entre toutes les parties prenantes : plus le progrès technique se développera (et il ne faut apporter aucune entrave à son développement) moins pénible sera le travail, moins il durera et plus nombreux seront les loisirs.

Si vous n’avez pas le courage de nous guider vers cette nouvelle civilisation dans laquelle quelques privilégiés ont à perdre, mais où tous les autres ont à gagner, vous serez, un jour prochain, rejeté par ceux-là mêmes qui vous ont appelé parce que vous les aurez déçus.

Et vous savez, Monsieur le Président, pour avoir lu l’Histoire, combien violente est la colère d’un peuple qui a faim ; et combien plus violente encore elle doit être quand le peuple sait que le pain qu’on lui refuse est à la portée de sa main.

Veuillez agréer, Monsieur lePrésident, l’expression de nos sentiments distingués.

LIGUE POUR LE DROIT AU TRAVAIL
ET LEPROGRÈS SOCIAL.
Le Secrétaire-Général : Louis Lair.

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Le plan stérile

par J. DUBOIS
1935

Au seuil d’un hiver gros d’angoisses et de menaces, la « Ligue pour le Droit au Travail » croit devoir rappeler à M. le Président du Conseil, et, au delà de lui, h l’Opinion, que les difficultés actuelles n’ont aucun caractère politique. Elles échappent aussi è. tous remèdes et recettes de l’ordre monétaire, financier ou budgétaire. C’est dire qu’elles se placent tout entières dans le plan économique et social.

A cet égard le Gouvernement est muet comme une carpe, et si on le pousse de trop près, il donne le change en passant à l’invective politique. Telle est la morale des deux derniers discours radio-diffusés de M. Doumergue.

Ainsi, non seulement le Gouvernement est en peine de solutions qui continueront à le fuir inexorablement, mais il ne sait quelle attitude prendre vis-à-vis des problèmes qui requièrent ces solutions. En dépit de ses efforts de maintien, cette attitude est scandaleuse parce qu’elle refuse à l’Intelligence le minimum de satisfactions dont, en tout temps et en toute occasion, cette dernière exige le tribut.

***

Cette politique gouvernementale qui consiste à mettre la lumière sous le boisseau, inspire deux sentiments :

- d’abord, une profonde pitié pour l’impuissance totale dont le mot « Trêve » porte en lui-même l’aveu ;

- ensuite, une grande Indignation, née de ce fait que la moindre réflexion assigne à toutes les misères, à toutes les tortures de l’Epoque, pour douloureuses qu’elles soient, une origine ridicule. Elles tiennent, tout entières, dans le retard apporté par l’homme à prendre conscience des transformations sociales qui sont la conséquence du déve- loppement de son génie technique. La « Ligue pour le Droit au Travail » dénonce, comme la plus honteuse des impostures, l’idée qu’un divorce permanent puisse s’établir entre les forces de production ramassées par l’homme dans sa main puissante, et les constitutions économiques et sociales par quoi s’exprime, à tout moment, la Civilisation. En représentant qu’il n’existe et ne saurait exister de ces constitutions qu’un seul type - le leur - hors duquel tout serait chaos et barbarie, les conservateurs sociaux, en l’espèce M. Gaston Doumergue, font une besogne pendable, au sens littéral du mot, parce qu’elle appelle et excuse toutes les représailles par quoi se signalent les Révolutions. Sans tenir bureau philosophique, la « Ligue pour le Droit au Travail » constate et enseigne que, depuis que le monde est monde, l’homme suit constamment derrière ses outils, et qu’à chaque allongement ou perfectionnement de l’outil, il doit réaliser une adaptation sociale qui est une sorte de rançon de son génie. Constamment douloureuse en son principe, puisqu’elle fait échec aux privilèges des élites et au dressage des masses populaires, cette adaptation est la condition du progrès, lequel est la condition de cet épanouissement de la civilisation dont les conservateurs sociaux prétendent aujourd’hui tenir et déterminer la limite sur type « ne varietur » choisi et approuvé par eux. Contre cette stupidité à laquelle les forces de coercition sociale ne peuvent apporter qu’un appui passager, la « Ligue pour le Droit au Travail » réclame, répétons-le, une société conformée à la puissance de l’homme, pour les mêmes raisons qu’un chapeau doit être conformé au volume de la tête qu’il abrite. Or notre société nous va comme un bourrelet d’enfant à une tête d’adulte.

***

Pour remédier à cette contradiction, que nous offre le Gouvernement de M. Doumergue ? Trois choses : un projet de réforme constitutionnelle de l’Etat, qui est une baliverne, puisque c’est toute la Société qu’il faut changer. A côté de cela, un vain serment sur la monnaie et un faux équilibre budgétaire. Il se place donc, entièrement, dans ce que nous appelons « le plan stérile ». En termes populaires, disons qu’il n’est pas à. la page.

Ni Duboin, ni mol-même, ne sommes suspects de vouloir à tout prix que cela change ». Mais nous savons qu’il faut que « cela change ».

Certes, nous aimerions mieux qu’il n’en fut pas ainsi. Mais nous n’avons pas le choix. Et nous ne sommes pas assez bêtes pour penser que la conservation sociale dépend de notre attitude. C’est là. pourtant le thème des discours S. O. S. de M.  Doumergue : « Cela dépend de vous ». Cette imposture nous révolte alors que nous professons que les destins sont tellement clairs qu’il n’est pas besoin, pour qu’ils s’accomplissent, que vous compreniez ou ne compreniez pas. Ceci est la mesure de notre sincérité, de notre conviction, de notre sérénité.

Mais tout ce qui ne sera pas compris devra être cruellement acheté ou expié.

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