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   Mensuel de réflexion socio-économique vers l’Économie Distributive
 
 
 
 
 
AED La Grande Relève Articles > N° 753 - février 1978

 

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N° 753 - février 1978

Ce qu’ils appellent des « crises cycliques »   (Afficher article seul)

Une nouvelle science : La photonique   (Afficher article seul)

Haro sur l’inflation   (Afficher article seul)

Tabou !   (Afficher article seul)

Au fil des jours   (Afficher article seul)

Quand le géant s’enrhume   (Afficher article seul)

L’agriculture biologique (suite)   (Afficher article seul)

Le nez dans les affaires   (Afficher article seul)

Experts monétaires et économie   (Afficher article seul)

Le mobile des crimes   (Afficher article seul)

Petit déjeuner radiophonique   (Afficher article seul)

Que choisir ?   (Afficher article seul)

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Ce qu’ils appellent des « crises cycliques »

par M.-L. DUBOIN
février 1978

DEPUIS plus d’un siècle les économistes qu’on dit distingués, observent des crises cycliques dans l’économie des pays qu’on dit développés. Voulant agir en scientifiques, ils ont déterminé la fréquence et même la durée de ces crises. Cette interprétation des phénomènes a ceci de commode qu’elle permet d’affirmer, quand tout va mal, que les choses vont bientôt aller mieux… puisque c’est la preuve qu’on est au creux d’une vague !

Toutefois, si tous les maîtres es-économie partagent cette croyance, ils n’ont jamais réussi à se mettre d’accord sur les causes de ces crises régulières.

Mais ils cachent si savamment ce désaccord et sous un vocabulaire si rébarbatif, que personne ou presque, ne s’en aperçoit. Et c’est ainsi que pour le commun des mortels les questions économiques font figure de repoussoir… ce qui permet aux économistes de conserver leur prestige, voire leur influence.

Mais cela, bien sûr, n’empêche pas les choses de se gâter.

*

Non, l’économie des pays industriels n’obéit pas à une loi cyclique semblable à celle du courant alternatif. Qu’elle subisse des hauts et des bas, c’est évident. Mais il s’agit là de ce que les scientifiques appellent des fluctuations, qu’il ne faut pas confondre avec la tendance générale. Quand un physicien, ou un ingénieur, enregistre une série de mesures, il n’obtient généralement pas un tracé bien lisse, mais une courbe tremblotante, qui oscille de part et d’autre d’une valeur moyenne dont l’évolution seule est significative. Et il prend bien garde de choisir l’échelle des mesures de façon à ne pas grossir l’importance des fluctuations, ce qui lui ferait perdre de vue l’allure générale de la courbe.

En économie aussi évidemment, il faut une échelle convenable pour comprendre la tendance.

Dans nos civilisations industrielles, c’est avec l’invention de la machine à vapeur que l’évolution de l’économie a changé de pente de façon durable. Les conditions de travail ont été dès lors bouleversées et le chômage fit son apparition, même si l’émigration vers l’Amérique d’une vingtaine de millions de chômeurs en masqua momentanément les effets en Europe. Ils fournirent la main-d’œuvre à l’industrialisation des Etats-Unis.

La vraie, la seule « crise » résulte du remplacement du travail humain par celui des machines, pour la production de tous les biens matériels.

*

Cette évolution n’a fait que s’accélérer depuis le début du XXe siècle… et comme les lois de du système économique en vigueur sont telles que tout pouvoir d’achat, sauf pour de rares privilégiés, provient du travail humain, le chômage est une véritable calamité.

La réaction réflexe (et non pas réfléchie) a toujours été de chercher à créer des emplois, coûte que coûte, et partout dans le monde. Et tout a été tenté : production et perfectionnement du matériel de guerre et par conséquent guerres dévastatrices et exterminatrices, puis propagande éhontée pour forcer la consommation solvable. La dernière trouvaille est l’exportation d’usine clés en main… sans souci des véritables besoins des peuples concernés.

*

Mais, et c’est bien là le point crucial, tous ces efforts ont agi comme un boomerang : ils ont contribué à développer encore et partout la mécanisation, à une allure, déjà vertigineuse et qui ne fait que s’accélérer !

La dernière guerre a « supprimé » les 30 millions de chômeurs des années 30, mais elle a développé des techniques inimaginables il y a trente ans. Et depuis que les dégâts causés par la guerre ont été réparés, le nombre des hommes et des femmes dont le travail n’est pas utile à la production va croissant. Ni une bureaucratie déjà débordante,

Ni la publicité coûteuse ne peuvent les « utiliser ». Va-t-on les supprimer par une troisième guerre mondiale ou comprendra-t-on à temps que la criminelle fuite en avant des productivistes ne fait qu’aggraver « ce qu’on appelle la crise » [1] économique ?

Longtemps, nous avons été seuls à prêcher dans le désert. À dire que les progrès techniques qui ont transformé le monde au cours de ces dernières décennies plus qu’au cours de plusieurs dizaines de siècles auparavant, conduiraient l’homme à sa perte s’il s’obstinait à maintenir les conventions économiques dépassées par les événements.

De partout nous parviennent aujourd’hui des échos qui montrent que nous se sommes plus les seuls. Citons, par exemple, Gilbert Mathieu, qui écrivait dans « le Monde » du 7 décembre dernier :

« Les mœurs économiques ayant changé depuis trente ans, engendrant de nouveaux maux, les thérapeutiques, doivent être rénovées. Faute de l’admettre, la plupart des gouvernements, occidentaux prolongent en vain des remèdes inadaptés. Combien faudra-t-il encore attendre d’années pour qu’ils comprennent et en tirent les conséquences ? »

Mais nous sommes encore les seuls à montrer que c’est le principe que c’est le principe de l’économie de marché, et en particulier, du marché du travail, qu’il faut abolir et les seuls à proposer la solution [2] adaptée aux conditions économiques de notre temps.

*

En ce début d’année qui sera déterminante pour l’avenir, nous ne pouvons que formuler de meilleur vœu que celui de voir nos lecteurs, de plus en plus nombreux, faire connaître et défendre partout cette proposition de l’économie distributive et lutter ainsi contre la folie où s’égare l’humanité du 20e siècle sous l’effet d’une totale inconscience des phénomènes économiques et de leurs conséquences.

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[1] Titre d’un livre de J. Duboin publié en 1933 aux Éditions Nouvelles.

[2] Voir ci-après les articles le Résume de nos thèses et L’économie distributive et ses conséquences.

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SCIENCES ET TECHNIQUES

Une nouvelle science : La photonique

par J.-P. MON
février 1978

Dans le numéro 751 de « La Grande Relève », nous avons donné un aperçu d’un certain nombre de systèmes de télécommunication dont la mise en œuvre, prochaine ou déjà entreprise, est appelée à révolutionner notre vie de tous les jours.

Cependant, pour acheminer une quantité sans cesse croissante d’informations, il est nécessaire de disposer de systèmes de transmission opérant à des fréquences [*] de plus en plus élevées. (On montre en effet que la capacité de transport d’information croît avec la fréquence à laquelle travaille le système).

L’ESCALADE EN FRÉQUENCE

C’est pourquoi depuis les débuts héroïques de la TSF jusqu’à nos jours, les fréquences mises en jeu sont passées d’environ 100 kilohertz à 10 milliards de hertz. L’utilisation de lasers, c’est-à-dire de dispositifs émettant dans une seule direction un rayonnement lumineux monochromatique très intense, va maintenant permettre d’atteindre des fréquences de l’ordre de 100 000 milliards de hertz, ce qui signifie qu’en ne prenant qu’une partie de la gamme des rayonnements lumineux émis par un laser on pourrait en principe, acheminer simultanément les conversations téléphoniques de tous les habitants de l’Amérique du Nord.

Il n’est donc pas étonnant que dès 1960, année où furent construits les premiers lasers, l’idée vint rapidement d’utiliser leur rayonnement pour transmettre directement des informations d’un point à un autre, comme on le fait avec les faisceaux hertziens. On s’est cependant très vite rendu compte que les signaux ainsi transmis seraient déformés et fortement atténués par les perturbations atmosphériques telles que le brouillard, la pluie, la neige.

C’est pourquoi les recherches se sont orientées vers des systèmes permettant de « guider » des faisceaux lumineux à l’intérieur de fibres en verre ou en matière plastique.

LES GUIDES DE LUMIÈRES

CES fibres de verre ou de plastique ont été d’abord utilisées pour « guider » la lumière sur de faibles distances (quelques dizaines de centimètres) dans des instruments optiques ou pour éclairer l’intérieur d’un estomac. Mais, ces fibres n’étant pas suffisamment transparentes, on ne pouvait les utiliser dans le domaine des télécommunications. Les progrès technologiques réalisés depuis lors permettent de fabriquer des fibres optiques d’une transparence telle que, si l’eau avait la même, on pourrait voir le fon des océans les plus profonds. Cette extraordinaire transparence nécessaire au bon guidage de la lumière sur des distances, est obtenue en réalisant des fibres dans lesquelles la lumière ne vient jamais au voisinage immédiat de la surface extérieure où des poussières, des rayures, le contact d’autres surfaces, pourraient causer d’importantes pertes de lumière.

Ces fibres optiques sont constituées par la superposition à l’intérieur d’un tube de quartz d’un grand nombre de couches concentriques de silice contenant des quantités très précises de germanium, l’ensemble étant entouré d’un revêtement protecteur, généralement en plastique. Le diamètre d’une seule fibre optique est du même ordre de grandeur que celui d’un cheveu, et sa longueur peut atteindre quelques kilomètres.

Les meilleures fibres optiques que l’on fabrique actuellement ne représentent que 20% de perte d’intensité lumineuse par kilomètres.

Après avoir reçu une couche protectrice contre l’humidité, les fibres sont assemblées par groupes de douze pour former des rubans plats de couleurs bien déterminées. On tresse ensuite un certain nombre de ces rubans pour constituer un câble que l’on entoure de divers revêtements protecteurs.

LES AVANTAGES DES CÂBLES OPTIQUES

OUTRE la possibilité de travailler à des fréquences très élevées et donc de transporter un très grand nombre d’informations, les fibres optiques ont encore d’autres avantages sur les câbles métalliques classiques :

— comme le rayonnement lumineux reste confiné au centre de chacune des fibres, les signaux ne peuvent pas passer d’une fibre à l’autre et le phénomène de diaphonie, c’est-à-dire de mélange de deux ou plusieurs communications, fréquents avec les câbles classiques, ne se produit plus ;

— les signaux lumineux transportés par les fibres optiques ne sont pas affectés par les parasites électriques ;

— compte tenu de leur grande capacité de transmission, les câbles optiques permettent de réduire considérablement le nombre des équipements nécessaires à un bon acheminement des communications ;

— les câbles optiques, étant moins lourds que les câbles métalliques, ils permettent des allègements importants des équipements de bord des avions, des satellites ou des navires ;

— enfin, la généralisation de leur utilisation peut être une source considérable d’économie de matières premières, et notamment de cuivre, qui risquent de devenir rares dans un avenir plus ou moins proche.

[À suivre]

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[*] La fréquence d’un mouvement, d’un courant électrique, d’une lumière, est le nombre d’aller et de retour, de changement de sens, d’allumages et d’extinctions effectués en une seconde. La fréquence se mesure en Hertz.

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EN RELISANT J. DUBOIN

Haro sur l’inflation

par P. BUGUET
février 1978

D’AUCUNS, bien intentionnés sans doute, partant en guerre contre l’inflation, citent force chiffres du C.N.C. et de l’I.N.S.E.E. qu’ils disent cependant prêter à caution. Ce qui ne les gênent nullement pour en déduire que la demande devient plus forte que l’offre, car vient d’éclore une nouvelle crise qui daterait de 1969.

Cette découverte en main, ils arrivent à cette déduction que, pour réduire cette demande exagérée qui entraîne la hausse des prix, le musellement du crédit pourrait résoudre ces problèmes. Ce serait simple, trop simple nous semble-t-il. Ainsi, jusqu’à ce jour, il ne se serait trouvé personne pour y penser ? Il est vrai l’imagination ne brigue le pouvoir que depuis 68…

REVENONS AUX SOURCES

Nous savons, à la lueur des thèses de l’Économiste Jacques DUBOIN, que : « Depuis que, sous la poussée du progrès des techniques, la production peut croître en même temps que le chômage » (depuis les années 30 pour notre Europe industrialisée), l’économie marchande est entré dans sa crise définitive, qui ne cessera qu’avec elle-même sous la menace du blocage de l’échange.

Le capitalisme inscrit, par sa longue ère de dynamisme économique dans les viscères de chacun, se défend : fascismes, raréfactions de produits, destructions, diktats économiques, conflits mondiaux, ont été des ballons d’oxygène.

Présentement il lui reste, pour la survie du profit, les armements, les conflits locaux interposés et l’ultime cavalerie monétaire de l’inflation.

Ce n’est pas l’accentuation de l’inflation qui est la cause de la crise, elle en est l’effet, elle en est un palliatif éphémère qui permet encore l’échange lucratif, mais ruine le capital lui-même par l’instauration de la valeur de la monnaie, devenue peau de chagrin.

INTERPRÉTATION DES STATISTIQUES

Déduire des publications de l’INSTITUT NATIONAL DE LA STATISTIQUE ET DES ÉTUDES ÉCONOMIQUES que la demande est plus forte que l’offre, c’est supposer que la manne inflationniste se répand dans l’escarcelle de chacun, : « c’est supposé que les consommateurs achètent en fonction de la circulation monétaire, mais non en fonction de leurs revenus  » (JD).

Cette lacune liée à la découverte d’une néo-crise, et aux allusions à la vertu d’un crédit raisonnable doivent nous inciter à la réflexion objective.

MISE AU POINT

« L’inflation de la monnaie n’est autre chose que l’abondance faisant son apparition dans la circulation », disait naguère Hermodan dans « Demain ou le Socialisme de l’Abondance », 2e édition, page 128.

Laisser entendre qu’une certaine politique du crédit pourrait résoudre la crise économique, c’est supposer que l’économie de l’échange n’est pas fondamentalement en cause. Et c’est pourtant là l’essentiel. Et échafauder plans et projets avant d’avoir surmonté la cause de la crise, c’est se parer à bon compte d’un mérite facile. La pensée rationnelle de J. Duboin l’a conduit à s’interdire de tracer de tels plans en disant : « Les moyens d’actions, les formes intermédiaires et transitoires dépendent tellement des circonstances, qu’il est impossible de prévoir d’une façon efficace, … toute discussion à ce sujet est encore un jeu gratuit de l’esprit ! » (dans « l’Économie Distributive de l’Abondance », page 103).

Il se refusait à toute extrapolation sur les événements ou sur le comportement des hommes, le moment venu.

C’est à cette mesure, à cet intransigeant contrôle de l’objectivité que nous devons la valeur et l’impact constant des thèses que nous avons faîtes nôtres.

Ne dévions pas de cette rigueur de pensée.

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Tabou !

par M. DUBOIS
février 1978

UN DÉFAUT NATIONAL

M. François de Closets, journaliste bien connu des téléspectateurs, a connu un bon succès de librairie avec son premier ouvrage important : « Le bonheur en plus » dans lequel il évoquait déjà certains problèmes des sociétés de notre temps, et notamment ceux consécutifs à la croissance économique dans les pays industrialisés.

Encouragé, il vient de publier aux éditions Denoël un second livre, intitulé « la France et ses mensonges ».

Sujet : Dénoncer, sans prétendre être exhaustif, un certain nombre de « tabous », c’est-à-dire d’illusions mensongères volontairement acceptées par les Français. Ne retenir des réalités que ce qui nous flatte, refuser de voir les réalités et s’assoupir dans le conformisme ambiant, tel serait un des traits dominants de notre comportement que l’auteur va s’efforcer d’illustrer par diverses analyses concrètes : Concorde, l’argent, les corporations, le droit à l’emploi, l’État-providence, l’inflation, l’alcoolisme, etc…

Cette simple énumération permet de supposer que le livre de M. de Closets ne saurait nous laisser indifférents, puisqu’il ne peut manquer d’évoquer la plupart des grands problèmes économiques actuels.

LA SACRO-SAINTE RENTABILITÉ

Et, en effet, dès les premières lignes nous sommes accrochés par une affirmation aussi péremptoire qu’erronée : « en 1955, qui connaissait la pollution ? ». Un peu plus loin l’auteur récidive et nous donne une forte envie de lui adresser une collection des numéros de la Grande Relève lorsqu’il affirme que la civilisation technicienne a vécu son apothéose entre 1960 et 1965 et qu’à cette époque « le sentiment se répand qu’on peut tout attendre de la machine et de ses progrès », ou encore « qu’en ce milieu des années 1960 il semble temps de clore la discussion et de poser en principe que tout perfectionnement des machines améliore la vie des hommes. »

Telle serait la cause essentielle de la poursuite du programme Concorde, sur lequel l’auteur n’est pas d’accord. Pourquoi ? Il nous dit en une trentaine de pages : Concorde est beau, Concorde est une réussite technique, Concorde crée des emplois, Concorde sert notre prestige et favorise nos industries de pointe… mais Concorde est une erreur. On pourrait lui pardonner d’être un goinfre de kérosène, de perturber la couche d’ozone de la stratosphère, mais il présente le défaut capital : il n’est pas rentable !

« Tant que l’entreprise rapporte de l’argent à la France, on peut trouver dans les profits les justifications qu’on ne trouverait pas dans son utilité. Qu’importe si nos grands couturiers ne produisent rien de bien utile. Ils nous rapportent des devises et c’est l’essentiel ».

AU CŒUR DU SYSTÈME

Nous voici dans l’ambiance, et jusqu’à la dernière ligne nous resterons ainsi au cœur des seuls systèmes économiques traditionnels existants : le capitalisme libéral ou le capitalisme d’État. Nous pourrons alors ou bien relever soigneusement au passage certaines données statistiques intéressantes, ou bien prendre note des aveux de l’auteur sur l’impossibilité de résoudre dans le cadre des dits systèmes certains problèmes pourtant particulièrement irritants.

Au chapitre sur l’argent, par exemple, et à propos des inégalités sociales, F. de Closets rappelle que « l’imposition sur les grosses fortunes rapporteraient, selon les estimations, entre 3 et 10 milliards de francs ». C’est dire qu’un prélèvement de 5 milliards par an n’apporterait à chacun des 8 milliards de pauvres recensés en France que 52 F par mois. Une véritable redistribution affecterait donc toute la classe moyenne à des degrés divers, et pas seulement « les gros ». Ce serait bien une tentative de nivellement par le bas alors que l’Économie des Besoins permettrait d’obtenir un relèvement général des niveaux de vie suffisants par la simple distribution de la totalité des capacités productives du pays. Mais cela, l’auteur ne le dit pas.

De même, à propos du droit à l’emploi, F. de Closets reconnaît que « l’opposition de gauche défend avec un bel enthousiasme les industries de luxe ou d’armement, le tiercé, la culture des mauvais vignobles, l’exploitation des mines épuisées, le maintien des boutiques et des bistrots excédentaires, l’industrie de l’eau emballée, la publicité, j’en passe. »

Pourquoi ? Parce que « un emploi est un emploi. Qu’il soit rentable ou déficitaire, qu’il assure une production utile ou nuisible, il n’importe. Il est bon du seul fait qu’il permet de payer un salaire. Que des travailleurs poussent à boire des gens que d’autres devront soigner, que l’on fabrique des choses invendables ou que l’on s’agite sans rien faire n’a pas d’importance : l’essentiel est que tout le monde ait un salaire. Les emplois inutiles s’additionnent en positif tout comme les productions inutiles dans le PNB. »

Quel aveu !! Remèdes ? Répartir le gâteau du travail en parts plus petites, refuser la course à la productivité et choisir les solutions qui utilisent un maximum de personnel. D’où les slogans : non au licenciements, semaine de 40 heures, retraite à 60 ans, etc… Et pourtant l’auteur dénonce lui-même l’absurdité d’une telle position : « Pour le travailleur en crise, l’objectif premier du système producteur c’est d’employer de la main-d’œuvre alors que l’objectif premier doit être en vérité de produire. Le travail est un facteur de production et non un produit. Et, comme tous les facteurs de productions, il doit être économisé. C’est le suprême paradoxe… La rentabilité n’est ni capitaliste, ni communiste. Elle est simplement rationnelle. Elle répond à la logique monde moderne qui vit sur le principe d’efficacité… Le marché libéral la limite à la rentabilité commerciale et ne compte pour rien, par exemple, la peine du travailleur. Mais rien n’empêche d’introduire d’autres paramètres : sécurité, qualité de travail, de la vie, de l’environnement, temps libre, satisfaction personnelle, etc… »

Fort bien, mais alors M. de Closets ? Pas de solution ? On tourne en rond ? Vous avouez vous-même que le capitalisme et le communisme s’avèrent aussi impuissants l’un que l’autre puisque l’un utilise le chômage pour réguler son fonctionnement et l’autre se résigne à des techniques moins efficaces du point de vue productif. L’un sacrifie le travailleur au bénéfice du consommateur, et l’autre impose au consommateur de payer au travailleur le prix de la sécurité de l’emploi. Et, au terme de votre longue analyse, après avoir retourné la question sous tous ses angles (dans le système bien sûr), vous concluez : « En poursuivant les tendances actuelles, on risque simplement de s’installer dans un cycle régressif de crise économique et de crise de l’emploi. Il ne restera plus alors que le choix de l’espoir pour certains, du désespoir pour beaucoup : le choix du totalitarisme, de droite ou de gauche il n’importe. N’oublions pas que c’est la victoire sur le chômage qui a donné sa véritable assise populaire au nazisme. »

Et pourtant, l’Économie des Besoins, en dissociant définitivement par le Revenu Social le pouvoir d’achat du nombre d’heures de travail fourni, et ce sans peser sur les prix grâce à la réforme monétaire, remplacerait le chômage par les loisirs. Mais cela vous ne le dites pas.

LE TABOU SUPRÈME

Et il en sera de même tout au long des chapitres suivants. L’inflation, par exemple, est longuement évoquée dans le chapitre intitulé : « Le temps du mensonge », mais pas une fois l’auteur ne se demande par quel miracle on peut parler d’inflation, c’est-à-dire d’une demande supérieure à l’offre, dans un pays où le système producteur tourne bien au-dessous de sa capacité et où le seul problème des industriels et des agriculteurs est de vendre, de résorber les excédents, etc…

De même encore pour l’alcoolisme où M. de Closets reconnaît que les rares hommes politiques ayant eu le courage de s’attaquer publiquement à ce fléau ont vu, comme M. Mendès-France, leur carrière politique brisée par l’action des groupes de pression. Il n’hésite pas d’ailleurs à prédire le même sort aux mouvements écologistes qui se risqueraient à subir par exemple la contre-offensive des travailleurs employés dans le secteur d’une industrie nucléaire menacée de cessation d’activité.

Néanmoins, le livre ne s’achèvera pas sans donner un petit espoir de voir un jour M. de Closets élargir ses connaissances économiques pour essayer de nous aider à conclure autrement que par un constat d’impuissance à peu près totale. Il écrit en effet :

« C’est en définitive l’aptitude des Français à ne pas croire ce qu’on leur dit, à rechercher les faits au-delà des discours, qui pourra seule éviter le pire, et pourquoi pas, assurer le meilleur. Mais ce ne serait pas un mince mérite que d’y réussir, car tout est fait aujourd’hui pour entretenir les illusions. »

Bravo ! et alors, chers amis lecteurs de la Grande Relève, n’hésitez pas à lire le livre de M. de Closets et à lui écrire pour proposer, sur le sujet de votre choix, de rompre la conspiration du silence savamment entretenue autour des thèses de notre journal depuis bientôt un demi-siècle.

Sa position à la télévision et son activité d’écrivain peuvent lui fournir bien des occasions d’agir très efficacement en ce sens, amis acceptera-t-il de rompre ce TABOU suprême, non évoqué dans son livre ?

Nous ne risquons rien d’essayer.

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« Quand il n’est plus nécessaire de payer un travailleur pour qu’il produise, l’État doit le payer pour qu’il s’épanouisse. »

J. DUBOIN

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Au fil des jours

par J.-P. MON
février 1978

En matière d’énergie nucléaire, le gouvernement est en train de prendre un savant virage, et le ministre responsable, M. MONORY, avoue que ce ne sont plus des motifs économiques qui justifient la poursuite du programme nucléaire, mais plutôt des motifs d’indépendance. C’est qu’en effet les économistes officiels situent maintenant le prix du kilowatt-heure nucléaire entre 10,56 et 11,32 centimes (sans tenir compte du traitement des déchets ni du démantèlement des centrales périmées !). Ce prix est donc très proche de celui du kilowatt-charbon (11,6 centimes) et du kilowatt-fuel (13,3 centimes).

*

Bien que le chômage ait augmenté de 13,3 % depuis le mois de novembre 1976, le ministre du travail, M . Beullac, prétend que le nombre des demandeurs d’emploi a baissé en octobre et novembre, grâce aux dispositions prises par le gouvernement (loi du 5 juillet 1977) et « à l’effort exceptionnel de solidarité auquel ont participé les Français pour répondre à l’appel concernant le pacte national pour l’emploi des jeunes ».

Nous avons déjà expliqué dans un récent « Fil des Jours » quelle supercherie se dissimule derrière ces mesures gouvernementales.

L’échéance électorale approchant à grands pas, gageons que nos ministres vont nous annoncer triomphalement chaque semaine que le nombre des chômeurs diminue.

Il est bien évident qu’il n’en est rien et que, bien au contraire, le chômage s’accentue :

— Dans l’aéronautique, par exemple, la SNIAS prévoit le départ de mille cinq cents employés dans l’année ; — — Rhône-Poulenc annonce la suppression de 5 à 6.000 emplois d’ici trois ans sur les 13.900 que compte sa branche textile ; — — Pechiney Ugine Kulhman annonce des licenciements dans ses usines de la branche chimie… — Pourquoi d’ailleurs la France ferait-elle exception à la règle ? En effet, le Comité de politique économique de l’O.C.D.E. prévoit que le chômage continuera d’augmenter en 1978 dans la plupart des pays industrialisés.

Les experts de la Commission économique de l’O.N.U. pour l’Europe ne sont guère plus optimistes puisqu’ils estiment que le chômage pourrait disparaître entre 1985 et l’an 2000 !

Quant à M. Paul Marc HENRY, président, jusqu’au début de 1977, du Centre de développement de l’O.C.D.E., il écrit dans le bulletin 725 d’Informations UNESCO que pour occuper la jeunesse du monde il faudrait créer dans les dix prochaines années 350 millions d’emplois, mais qu’on ne voit pas comment cela est possible car « la technique avancée tend à supprimer des emplois, que ce soit dans l’industrie où il y a moins de travail pour les jeunes, dans l’agriculture où il n’y a plus de place pour eux, ou dans le commerce où les supermarchés éliminent de multiples réseaux. Il est évident que même si nous souhaitons revenir en arrière, la machine fatale de la suppression d’emplois est en marche dans tous les pays de l’Occident ».

*

Mais nous, Français, nous avons bien de la chance d’avoir à la tête de notre gouvernement un économiste d’une autre envergure que les divers experts, oiseaux de mauvais augure, cités plus hauts !

C’est pourquoi M. R. BARRE, lui, persiste à vouloir créer des emplois. Pour quoi faire, il ne le dit pas, mais il nous en révèle le prix dans l’intervention qu’il a faite au Sénat lors du débat budgétaire : « Les trois milliards que nous avons affectés au mois d’août aux équipements, ont été entièrement utilisés : ils doivent permettre des réalisations de l’ordre de 10 milliards intéressant la création de 17.000 emplois directement et de 50.000 indirectement ».

Sans chinoiser sur le nombre total des emplois ainsi créés, ni sur leur nature, cela revient à 149.000 francs (nouveaux) l’emploi.

Ce prix est bien en accord avec celui prévu par M. P. M. HENRY (cité plus haut) qui estime que la création d’un seul emploi exige au moins 100.000 francs).

*

On parle surtout de chômage dans les pays industrialisés, il en existe pourtant aussi dans les pays en voie de développement où il touche 30 à 40 % des jeunes.

En Indonésie, dans la seule île de Java, qui compte quelque 80 millions d’habitants, il y a 15 millions de chômeurs, et ce chiffre est appelé à augmenter puisque la population s’accroît de 2,2 à 2,6 % par an, ce qui représente en 10 ans quelque 10 millions de personnes de plus en quête de travail.

Constatant l’échec de la technologie occidentale qu’ils ont essayé d’implanter dans leur pays, les professeurs d’économie indonésiens déclarent maintenant qu’il est nécessaire d’adapter la production et la consommation aux besoins de l’homme et non l’inverse. Enfin !

Les experts occidentaux feraient bien d’acquérir un peu de cette sagesse orientale.

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ÉTRANGER

Quand le géant s’enrhume

par P. SIMON
février 1978

Il est clair que les États-Unis connaissent une période difficile sans qu’aucune amélioration sensible ne se manifeste à l’horizon. Les sujets d’inquiétudes sont nombreux, trop nombreux même pour que nous puissions les évoquer tous.

La chute vertigineuse du dollar sur les places internationales entraîne le franc (et autres monnaies fragiles) dans son sillage, et a des conséquences multiples. Par exemple, que se passera-t-il si les pays de l’OPEP refusent le dollar en paiement de leur pétrole et exigent des monnaies fortes comme le franc suisse, le mark allemand ou le yen japonais ? À quel prix majoré acquitterons-nous alors notre énorme facture d’un produit que nous gaspillons allègrement ?

Que dire aussi de l’énorme déficit de la balance des paiements américaine qui pourrait bien sonner le glas du libre échangisme auquel l’Amérique est restée si attachée tant qu’elle a exporté plus que qu’elle n’importait. Dans plusieurs branches de l’industrie — dont les exportations de produits manufacturés ont chuté d’environ 70 % en un an — patrons et syndicalistes se retrouvent côte à côte pour exiger de Washington des mesures protectionnistes. Certes le gouvernement fédéral se défend officiellement d’en avoir jamais adopté, et pourtant. En mai 77, le Japon (déjà lui !) s’est vu contraint de signer un « accord » par lequel il acceptait de réduire de 40 % ses exportations de téléviseurs couleur en direction des Etats-Unis. En juin 1977, une mesure similaire affectait les importations de chaussures en provenance de Taïwan et de Corée du Sud, autres alliés privilégiés des Américains. À l’automne, le Congrès n’a renoncé à imposer aux importateurs de pétrole d’utiliser, pour environ 10 % des quantités, des navires américains construits en Amérique que lorsqu’a éclaté un scandale révélant les sommes énormes que les pétroliers versent pour financer les campagnes électorales. À son tour, l’industrie de l’acier est gravement touchée par la crise et les producteurs réclament un prix minima à l’importation qu’il suffira de faire varier pour interdire l’entrée d’acier étranger.

L’agriculture se porte mal, elle aussi. C’est une maladie chronique que les médications du gouvernement fédéral ne parviennent pas à guérir. Qu’on en juge. L’agriculteur américain souffre d’être trop efficace. Il produit trop (par exemple 27 % de plus de maïs qu’il y a dix ans) , et lorsque, comme cette année, la récolte mondiale de céréales est satisfaisante, ses revenus baissent : 20 % depuis 1973 alors que, pendant la même période, ses frais augmentaient de 30 %. Si seulement les Russes voulaient bien acheter du grain, on serait prêt à se boucher le nez. À défaut, il faut intervenir. À cet effet on dépensera 13 millions de dollars pour soutenir les cours, aider l’exportation et procéder à des distributions gratuites dans le cadre de l’aide sociale. Il faut bien maintenir les revenus du fermier en puisant dans la poche du contribuable.

Il y a encore la Sécurité Sociale (car il en existe une) menacée par l’inflation. Financée par les cotisations des actifs, elle verse des prestations aux retraités, aux handicapés, aux personnes à charge. Mais la natalité baisse, la durée moyenne de vie s’allonge et les travailleurs prennent de plus en plus tôt leur retraite (pas toujours de leur plein gré). Il y a 40 ans, on comptait 10 actifs pour 1 retraité. Ce ratio est tombé à 3 et il va sans doute décroître. Comme le Congrès ne veut pas puiser dans les caisses de la nation, il va sans doute falloir relever très fortement les cotisations (on parle de les tripler), à moins qu’on ne diminue les prestations.

On le voit bien, la première nation du monde se trouve prise entre des exigences contradictoires. D’un côté, elle ne peut renoncer ouvertement au libre-échangisme qui constitue le fond de sa doctrine économique et même, en un sens, de sa morale. D’autre part elle ne peut accepter (pour toutes sortes de raisons) que les revenus de ses citoyens soient amputés par la démographie, le progrès technique ou la concurrence étrangère. Alors, elle navigue entre deux eaux. Si elle devait couler, nous boirions le bouillon.

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QUESTIONS AGRICOLES

L’agriculture biologique (suite)

par J. MESTRALLET
février 1978

ARBORICULTURE ET VITICULTURE : PROBLÈMES ÉCONOMIQUES

Au sujet de l’arboriculture biologique, les opinions divergent. Les uns estiment ne pas pouvoir se passer totalement de la chimie, qu’ils limitent au minimum (cuivre, souffre, associés aux insecticides végétaux). Le cuivre à faibles doses aurait même une action, bénéfique ; il agirait en renforçant l’arbre (voir plus haut) et pas seulement comme anticryptogamique direct, comme poison. Le souffre aussi.

Nous pensons qu’il serait tout de même souhaitable de les faire absorber par voie organique. Y parviendra-t-on un jour ? Tel est le problème.

Certains aussi paraissent confirmer ce point de vue. Alwin Seifert mentionne le cas d’un verger anglais où l’on emploie les badigeonnages d’argile sur les arbres, l’herbe coupée au pied, avec un peu de fumier de volailles et de boue de ruisseau. Il cite également des expériences italiennes et la sienne propre.

Les constatations nous paraissent imposer les directives suivantes :

— s’efforcer malgré tout d’éliminer les pesticides ;

— protéger rigoureusement les oiseaux ;

— épandre régulièrement du compost (bien mûr dans ce cas) ;

— ne jamais planter un verger n’importe où, surtout dans un lieu mal exposé et humide, choisir de préférence une orientation Levant-Midi ;

— ne pas planter des variétés mal adaptées à la région et par là même trop fragiles ;

— éviter les plantations trop serrées et la monoculture.

Au lieu de sélectionner des variétés uniquement par la couleur et le calibre, il vaut mieux les choisir pour leur résistance aux parasites et aux maladies. Peut-être trouvera-t-on ensuite qu’elles sont particulièrement riches en vitamines et en oligo-éléments. Voilà encore une piste de recherches. On a déjà effectivement créé des variétés de pommes et de poires résistantes à la tavelure. Nous-mêmes avons commencé des expériences avec le compostage de végétaux divers (ronces, orties, prêles, « mauvaises herbes » en général). Attendons la suite. Il faudra plusieurs années.

D’après nos renseignements, la viticulture serait plus facile à mener, certains vignerons parvenant même à se passer de cuivre. Les cultures intercalaires de légumineuses semblent leur apporter une aide appréciable.

Nous pouvons affirmer, en tous cas, avoir rencontré des personnes qui ne supportent pas le vin du commerce. Or, les mêmes personnes boivent sans inconvénients des vins qui ne sont pas spécialement faits selon les normes de la viticulture biologique mais peu traités et provenant de raisins qui ne le sont pas davantage. Il suffit donc d’éviter les excès pour obtenir un vin de bonne qualité. Ceci dit, nous avons entendu plusieurs fois vanter la qualité des vins « biologiques » par des acheteurs.

Nous voulons bien proposer quelques mesures d’ensemble concernant le problème viticole du Midi, selon le vœu de Jean Mateu. L’adoption des méthodes biologiques résoudrait sans doute en partie le problème car le vin de qualité et le rendement sont incompatibles. Peut-on employer de telles méthodes avec les mélanges ? Nous ne pouvons répondre à la question. D’ailleurs, cela suffirait-il à assurer un écoulement régulier du vin ? Nous pencherions plus volontiers en faveur d’une reconversion dans le raisin de table et la production du jus.

Il faut savoir en effet que le raisin dépourvu de produits chimiques est un aliment de qualité exceptionnelle, un véritable aliment-remède capable de guérir le cancer si l’on en croit la doctoresse Johanna Brandt (« La cure de raisins », Ed. Dunant à Genève). Nous nous gardons d’affirmer qu’il s’agit d’un remède absolu, ce cas étant le seul que nous connaissions à côté d’autres guérisons par les aliments crus ou par le jeûne.

Mais les thérapeutiques officielles, que nous ne rejetons pas pour autant, peuvent-elles se vanter d’un haut pourcentage de réussite ? Les malades ont le droit de savoir et de choisir. Du reste, une telle alimentation peut fort bien accompagner une thérapeutique classique ou luis succéder. On est en droit de supposer qu’un aliment possédant un tel pouvoir curatif préviendra efficacement le mal par une consommation régulière.

Nous voyons une fois de plus le véritable attentat contre la santé humaine par l’agrochimie et par le profit ! Cela n’étonnera pas nos lecteurs. L’écoulement du raisin et du jus sera-t-il garanti dans notre beau régime ?

Rien n’est moins sûr. On risque de voir un jour ou l’autre les raisins, biologiques ou non, encombrer les décharges à l’issue d’une année favorable. Cela nous permet d’aborder le problème de fond.

AGRICULTURE BIOLOGIQUE ET ÉCONOMIE

Trop d’agriculteurs biologiques et surtout de responsables des mouvements en faveur de l’agriculture biologique s’imaginent résoudre en même temps le problème économique. De deux choses l’une, ou bien l’agriculture biologique est capable de produire une nourriture à la fois abondante et de qualité ou non. Si elle en est capable, au bout de quelques années du moins, les problèmes d’excédents se poseront à nouveau. Et les rendements des meilleures exploitations le prouvent (la viticulture étant, nous l’avons vu, un cas à part, ainsi que l’arboriculture pour des raisons un peu différentes), pour les productions fondamentales.

Tant qu’il y aura dans notre pays des millions « d’économiquement faibles », les agriculteurs ne peuvent espérer une solution à leurs difficultés. Qu’ils réclament donc, avec nous, l’augmentation massive des plus bas revenus.

En attendant, l’agriculture biologique peut-être une solution sur le plan individuel. Nous ne saurions trop conseiller aux agriculteurs de se dépêcher car nous nous demandons comment ils vendront, dans quelques années, des produits bourrés de pesticides. Aux consommateurs de les épauler et d’exiger des garanties ! Il faudrait des conseillers agricoles plus nombreux pour que les agrobiologistes se sentent mieux soutenus. À nous de réclamer aussi l’enseignement officiel de l’agrobiologie dans les écoles.

Nous reviendrons, dans un prochain article sur les questions posées par une émission d’Anne Gaillard de « France-Inter ».

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Le nez dans les affaires

par H. de JOYEUSE
février 1978

Je continue ma cure de lecture de presse politico-financière, à la satisfaction de mon endocrinologue.

J’apprends ainsi qu’il est question de l’indemnisation des rapatriés. De même que les planètes réapparaissent à la date prévue par les astronomes, l’indemnisation des rapatriés réapparaît à la veille de chaque élection. Cette fois-ci on leur promet, comme d’habitude qu’ils toucheront le pactole. Cette attention répétée s’explique parce qu’ils doivent faire la décision dans 27 circonscriptions dont le tiers semble déjà perdu pour la majorité… alors un peu de flouss pourrait charmer le serpent qui dort dans l’isoloir.

Pour rester avec les gens qui viennent du Chaud, voici Si Hadj Ojjeh, Saoudien au grand cœur qui vole, sur un tapis de billets, au secours de petites banques françaises, comme Gadoin Cosnes-sur-Loire, Simple « Khémia ». Plus constituant est son rôle d’intermédiaire dans le contrat des 1001 nuits de 600 milliards de centimes pour fourniture de matériel militaire hyper-sophistiqué (fusée sol-air, etc., Matra preneur en chef). Mais est-on certain de quelque chose ici bas ? Et si le contrat fuyait comme du sable entre les doigts ? Bah, pour se consoler, Si Hadj Ojjeh conserverait « le France », cher à Michel Sardou, qu’on lui a cédé comme backchich, à un prix inférieur à celui proposé par d’autres enchérisseurs.

Ah, ces élections ! Le gaullisme a de plus en plus de mal à se faire diriger. Les gamins qui votent à 18 ans, ne savent même pas ce que c’est. On va leur expliquer. Afin d’être compris, on se met au niveau de la maternelle, en publiant l’histoire du gaullisme en bandes dessinées. Pour le dialogue des bulles, le regretté Gosciny a été remplacé par l’Amer Debré ce qui convient parfaitement au personnage aussi nuageux. Ces chers petits, ils auront l’impression de suivre un cours de paléontologie illustré.

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Experts monétaires et économie

par A. CHANTRAINE
février 1978

Quelle pitoyable pitrerie
Que ces réunions d’experts
Sur notre système monétaire.
Quel mensonge, quelle effronterie.

Crise, reprise et de nouveau crise,
Voilà la savante économie
Qui, depuis de nombreuses décennies,
Nous entretient de balourdises.

Comment donc qualifier de science
Notre économie politique
Économie oligarchique
Sans aucun contrôle de conscience.

Pauvres économistes bourrichons
Qui « étudient » les relations
« Production et consommation »
Sans en trouver la solution.

Économistes téléguidés
Pour les besoins du capital
Ferez-vous l’effort cérébral
Pour bien comprendre la vérité ?

Vite que chacun de vous étudie
Une économie de raison
Pour répandre dans toutes les directions
L’Économie Distributive

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Le mobile des crimes

par H. de JOYEUSE
février 1978

Le ministère de l’Intérieur fait connaître ses chiffres de la criminalité pour 1976.

Il a été commis 1 823 953 infractions au Code pénal, sans tenir compte des contraventions. Les crimes représentent 1,35 % de ce total, soit 34 643 cas. Il ne s’agit pas nécessairement d’homicides. Fabriquer de faux billets, par exemple, est un crime. Par rapport à 1975, les crimes sont en augmentation de 1,29 %.

Pour l’ensemble des délits et des crimes, 87,70 % soit 1 599 606 sur les 1 823 953 ont eu le profit pour mobile. Seulement 224 347 concernent le seul comportement, c’est-à-dire que l’incitation à commettre un acte délictueux n’était pas l’argent mais autre chose : imprudence, folie, haine, jalousie, peur, etc.

Par rapport à 1975, on constate pour les délits, une diminution de 5,06 % qui s’explique surtout par la « dépénalisation » des chèques sans provisions. Ceux-ci étaient si nombreux que la nouvelle législation renonce à en considérer les auteurs comme des délinquants !

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Petit déjeuner radiophonique

par M. ROUSSEAU
février 1978

À l’écoute de « France-Inter » le 8 décembre 1977 vers 7 h 45, je suis atterré par ce que je viens d’entendre.

M. Michel Debré, convié à un traditionnel « petit déjeuner » au cours duquel il est interviewé, prétend que d’ici cinq ans les caisses de retraite ne seront plus en mesure de fournir les prestations à leurs allocataires.

Motif : la dénatalité signalée par lui depuis de nombreuses années provoquera dans cinq ans une carence de cotisants de telle importance que les caisses n’étant plus alimentées, elles cesseront leurs paiements.

Ne disposant personnellement pour tous les revenus que les retraites qui me sont allouées en fonction de mes quarante sept années d’activité, je me demande ce que je deviendrai lorsque la sinistre prédiction de M. Debré se produira.

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Ma première émotion dissipée, je réfléchis en me basant sur les constatations actuelles.

À mon avis, et sans attendre, de façon à gonfler dès maintenant les ressources des organismes de retraite, il y aurait lieu de mettre d’urgence au travail les 1 200 000 chômeurs pour qu’ils cotisent.

Par ailleurs, il faudrait encourager la natalité pour que d’innombrables bras et cerveaux viennent dans l’avenir participer à la production de biens de toute nature et par cela même cotiser aux caisses de retraite de manière à ce que celles-ci continuent à remplir leur office.

Comment n’y a-t-on pas pensé plus tôt ? Je me perds en conjonctures et, las de réfléchir, je descends prendre possession de mon courrier. Je constate alors que ma boîte aux lettres est remplie de prospectus publicitaires me suppliant d’acheter ceci… ou cela… avec toutes facilités de paiement. On a donc de quoi satisfaire les besoins des retraités !

*

Décontenancé devant ces multiples contradictions, j’en arrive à me demander si M. Debré a encore une once de bon sens en matière économique. Ou alors c’est que notre ancien président du Conseil n’a jamais eu connaissance des progrès techniques réalisés dans tous les domaines depuis un demi-siècle.

Il n’a probablement pas encore compris que tous les revenus provenant de la production, celle-ci est en majeure partie assurée par des moyens extra-humains.

Il reste à trouver la façon d’en répartir les fruits.

M. Debré aurait intérêt à s’inspirer des ouvrages de notre regretté Fondateur avant d’être de nouveau convié à un « petit déjeuner » de « France-Inter » au cours duquel il pourrait être interviewé sur un sujet de caractère économique.

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Que choisir ?

février 1978

SURTOUT pas ces jeux éducatifs qui font à la télé l’objet d’un matraquage publicitaire. Ils sont le moyen le plus sûr d’adapter les enfants à notre société de profit en faisant d’eux des pions sans imagination. La revue « Que choisir » a publié dans son numéro de décembre l’analyse d’une centaine de ces jeux stupides tels que « Le jeu du président » où on gagne des voix comme on gagne des billets de banque au Monopoly, « Marketing » dont le but est de vendre n’importe quoi, au mépris du consommateur conditionné, « Envoyé Spécial » dont l’objectif est de « boucler la une » avant le journal du concurrent, « Richesses du monde » qui consiste à bâtir des empires financiers pour contrôler l’économie mondiale, en disposant du monde entier pour le piller…

Cette revue encourage ses lecteurs à réagir et lance une campagne pour sortir le jeu du cadre commercial. Elle a lancé pour détourner du Salon de l’Enfance (qui n’est qu’un Salon de la Consommation) un appel aux villes de la région parisienne.

Elle fait encore mieux : elle demande à ses lecteurs de rechercher des idées nouvelles de jeux créatifs, formateurs, critiques de notre société, dont la conception même tiendrait plus à faire valoir la vie sociale que l’apport du gain ou de la victoire.

Voici une ambition que nous tenons ici à encourager. Envoyez vos idées, des résultats de tests ou d’études, vos suggestions pour que l’imagination prenne le pouvoir dès l’enfance et non le conditionnement au profit et aux rivalités.

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