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   Mensuel de réflexion socio-économique vers l’Économie Distributive
 
 
 
 
 
AED La Grande Relève Articles > N° 797 - février 1982

 

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N° 797 - février 1982

Allo, les femmes !   (Afficher article seul)

A nous tous de jouer !   (Afficher article seul)

Cure de silence   (Afficher article seul)

La main invisible   (Afficher article seul)

Au fil des jours   (Afficher article seul)

Le fric et la Pologne   (Afficher article seul)

Il faut des animateurs   (Afficher article seul)

Le Plan doit prévoir les activités marginales   (Afficher article seul)

La transition nécessaire   (Afficher article seul)

OVNI soit... qui mal y pense   (Afficher article seul)

Ils en sont là et nous en sommes las...   (Afficher article seul)

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Allo, les femmes !

par C. BUGUET-MELANÇON
février 1982

« A vos plumes »... prête ou pas, je pars. Après tout, on verra bien et puis il y a un certain temps déjà qu’une sorte de remords me harcèle : c’est la navrante solitude dans laquelle nous les femmes, et moi en particulier, nous laissons Marie-Louise Duboin se battre, nous parler d’économie, refaire la société, comme si, curieusement, nous n’étions pas concernées. Cette fois son appel m’est irrésistible et j’ai honte de mon silence.
Tout d’un coup j’ai envie de ne plus me retrancher derrière une montagne d’excuses, le travail, les enfants, vous connaissez... Et, la plus insidieuse de toutes ces excuses est « je n’ose pas ». Insidieuse parce qu’elle repose, à la limite sur l’idée qu’il n’est pas féminin de parler de ces choses.
Alors, tout d’un coup j’ai envie de dire au contraire qu’être féministe c’est forcément être socialiste dans la perspective de l’économie distributive. En effet, n’est- ce pas vouloir faire respecter enfin les droits de la personne, de chaque personne, dans une société juste. Etre féministe c’est avoir débusqué l’Injustice, en avoir identifié les nombreux masques et se sentir finalement solidaire de tous ceux qui souffrent à travers le monde. Cette conscience mise en marche doit entraîner la remise en question de tous les abus qu’engendre la domination. C’est en supprimant le profit que l’économie distributive peut favoriser cette évolution des mentalités.
Par la distribution à chacun et chacune de sa part de revenu ne serait-ce pas reconnaître d’abord l’utilité et la complémentarité de la participation féminine à la société  ? L’égalité des revenus ne mettrait-elle pas un terme à l’autorité abusive que notre système confère à celui qui gagne beaucoup ? Les femmes continueront- elles à accepter cette méprisante conviction que chacun a le salaire qu’il « mérite » ? II est peut-être temps de ne plus utiliser nos échelles de salaire comme échelles de valeurs.
Être féministe c’est aussi être pleinement femme et donc se révolter de toutes les pratiques économiques qui visent à dégrader la vie : destruction de produits, pollution, gaspillage et par dessus tout ces pratiques qui tuent des innocents par ventes d’armes interposée.
Alors, si nous avons atteint l’âge de la parole, serait-ce le temps de la Grande Relève des hommes par les femmes ? Vous souvenez-vous du poète qui croyait que « la femme est l’avenir de l’homme  » ?

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Éditorial

A nous tous de jouer !

par M.-L. DUBOIN
février 1982

MAINTENANT que nous possédons le plan de transition proposé par André Hunebelle, exposé dans notre dernier numéro, il nous appartient d’agir, et d’agir TOUS, et sans attendre.
Je crois que nous devons le faire sur deux plans à la fois.
D’une part, approfondir le projet Hunebelle. Cela a déjà commencé pour quelques-uns de nos lecteurs qui, selon leur spécialité ou leur personnalité, en analysent plutôt certains aspects que d’autres. Nous rapporterons désormais leurs réflexions dans une rubrique spéciale.
Et puis il faut tenter par tous nos moyens de réaliser ce projet. Et pour cela la première étape consiste à mobiliser l’opinion, à convaincre un maximum de gens.
Cette action, qui nous concerne tous, doit impérativement être concentrée sur tous les chômeurs et tous les laissés-pour-compte de l’économie libérale. Qui d’entre vous ne connaît pas de chômeur ? Ne connaît aucun de ces jeunes gens qui se demandent s’ils vont pouvoir un jour bâtir un avenir sur du solide, ou s’ils sont égarés dans un monde qui ne veut pas d’eux ? Oui ne connaît ni un entrepreneur, ni un artisan, ni un paysan qui ne demande qu’à produire, mais cherche en vain qui pourra utiliser ses produits... tout en l’aidant à vivre correctement ? Qui ne sait où se trouvent les grandes concentrations de chômeurs, pour y porter nos convictions ? Nous sommes prêts à envoyer le dernier numéro à toutes les adresses que vous nous communiquerez.
Mais dites-leur bien :

LE MONDE DU MARCHE VOUS ELIMINE ?
RÉPUDIEZ-LE !

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Cure de silence

par M. DUBOIS
février 1982

10 mai 1981 au soir : sous la pluie battante, on danse sur la place de la Bastille, et l’on chante
Nous avons gagné... ».
Qui a gagné ? Et qu’a-t-il été gagné ?
Je me suis posé ces deux questions en relisant le numéro de notre journal dans lequel, dès avant les élections, figuraient des prises de position politiques en faveur de M. MITTERRAND.
Je me les suis posé à nouveau lorsque la Grande Relève a favorablement salué la victoire du parti socialiste, cherchant vainement ce qui, au-delà des affinités sentimentales et subjectives, pouvait bien justifier une telle entorse à la règle d’or de l’équipe de J. DUBOIN persuader nos contemporains qu’au delà de toutes les cuisines politiques, seul un abandon radical de l’économie de marché était en mesure de résoudre les problèmes nés de l’inadaptation des hommes aux progrès de leurs techniques.
L’année 1981 s’achève. Où en sommes nous ?

PAUVRE BILAN

Deux fléaux majeurs de notre temps ont puissamment contribué à la chute des partis au pouvoir depuis plus de deux décennies  : la montée des prix et le chômage. Ces deux fléaux ne sont pas spécifiquement français, mais mondiaux. Depuis bientôt 50 ans J. DUBOIN a démontré que tous les moyens utilisés pour les combattre au sein des économies marchandes étaient autant de cautères sur des jambes de bois. Effectivement les prix ont continué de grimper, et le nombre des chômeurs de s’accroître, chez nous comme ailleurs. Lorsque nos dirigeants prétendent qu’il s’agit d’un effet d’ombre portée, ou d’héritage des gouvernements précédents, ils mentent : ayant délibérément opté pour le maintien de l’économie marchande, ils n’élimineront pas ces fléaux et en porteront la pleine responsabilité au même titre que leurs prédecesseurs.
Par ailleurs, en dehors de l’abolition de la peine de mort et des amnisties, où sont les vrais changements ? Dans la dévaluation du franc et dans l’augmentation des recettes de poche, tabac, essence, allumettes, alcools ? Il me semble pourtant avoir déjà vu appliquer antérieurement ces innovations géniales. Dans les nationalisations ? Celles réalisées avant le 10 mai auraient-elles par hasard éliminé les problèmes des fonctionnaires, des enseignants, des cheminots, des agents d’E.D.F. ou de Renault ? Dans l’impôt sur la fortune, dont chacun reconnaît aujourd’hui le rendement dérisoire ? Dans l’abaissement de l’âge de la retraite, alors que les problèmes de financement des allocations vieillesse sont parfaitement insolubles dans le système actuel  ? Dans la réduction de la durée hebdomadaire du travail et la 5e semaine de congés payés qui contribuent, indéniablement en économie de marché, à réduire notre compétitivité internationale ?
Oh l’ancienne majorité a beau jeu pour dénoncer aujourd’hui l’absurdité des contradictions contenues dans les programmes et soi- disants remèdes de la nouvelle équipe laquelle a d’ailleurs non moins beau jeu pour souligner l’inefficacité d e s programmes d’hier. Mais où est, dans cet échange d’arguments faisandés, le véritable plan de remise en ordre de notre économie ?

RECONSTRUIRE SANS HAINE

Lorsque nous faisons campagne pour l’avènement de l’économie des Besoins, nous proposons tout le contraire de la lutte des classes, cru nivellement par le bas, et des règlements de compte, préconisés par certains chevaliers de la rose, au besoin en se reniant eux-mêmes.
Un exemple : l’augmentation de la taxe de francisation sur les bateaux de plaisance, c’est-à-dire de la vignette des voiliers, présentée la 10 juin 1981 dans le collectif budgétaire 1981 au Conseil des Ministres. Elle sera multipliée de 10 à 16 fois d’ici à 4 ans. Or le gouvernement BARRE avait déjà envisagé une hausse de cette vignette, s’attirant alors de vives critiques de M. Michel CREPEAU (Maire de La Rochelle...) et une opposition écrite catégorique de deux parlementaires du groupe socialiste, rédigée en ces termes :
« Notre groupe a déjà pris position contre ce projet qui n’aura aucun effet positif sur l’activité économique, écrivaient les deux parlementaires. La taxation des navires de plaisance fait partie de ces mesures dérisoires et vaines par lesquelles le gouvernement essaye d’accroître les recettes de l’Etat. Les socialistes ont toujours défendu la nécessité de réformes profondes tant au niveau de l’économie que des finances publiques et s’opposeront à un rapiéçage illusoire en votant contre ce budget. »
Ces deux parlementaires s’appellent Louis MEXANDEAU et Gaston DEFFERRE, aujourd’hui ministres du gouvernement MAUROY.
Mais, après tout, le port des vestes réversibles n’est pas plus une nouveauté que les vignettes.
Nous devons donc continuer imperturbablement à combattre pour la réforme monétaire et le Revenu social, piliers de l’économie des Besoins conçue par Jacques DUBOIN. Indifférents aux pétards mouillés et aux engouements d’un soir, aux principes généreux mais inapplicables, aux bonnes volontés bafouillantes, nous devons réserver nos applaudissements au premier parti politique qui l’inscrira sans ambiguïté à son programme.
Il reste à découvrir.

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La main invisible

par J. MALRIEU
février 1982

VOUS allez voir comment « la main invisible » qui, à en croire Adam Smith, règle harmonieusement les rapports économiques entre les hommes, fait bien les choses.
Je venais d’assister à la conférence télévisée du Président de la République, affligeante pour ce qui a trait aux questions de politique économique, lorsque je suis tombé sur une information sensationnelle qui semble avoir été escamotée par les médias. Voici ce que rapporte Jacqueline Grapin dans un court article du « Monde » (10-12. 81) consacré au Forum de l’Ecole H.E.C. : « ...L’ancien Directeur de la Banque d’Italie, M. Guido Carli cita une enquête de l’université américaine Carnegie - Mellon prévoyant que l’introduction des robots dans l’industrie va entraîner la suppression de 7 millions d’emplois ouvriers aux U.S.A. et l’introduction de l’informatique dans les bureaux conduire à la disparition de 38 millions de postes d’employés ». La journaliste du « Monde » ajoute ce commentaire de son crû : « Ainsi 45 millions de personnes devront changer d’emploi ». C’est vite dit.
Vous voyez, vous, les 45 millions d’Américains expulsés de la production - mettons d’ici 1990 - par les progrès de la technologie, retrouver un emploi ? Et ou çà donc ? Dans la publicité, dans les services de santé, dans l’animation culturelle, dans le show-business ? 45 millions de chômeurs d’ici 90 plus les 9 millions déja existants, cela représente plus de la moitié de la population active des U.S.A. Bien sur, la fabrication et la maintenance des nouveaux équipements informatiques créeront des emplois, de haut niveau pour la plupart. Mais qui osera soutenir que ces créations d’emplois compenseront, même de très loin, les suppressions de postes résultant de l’introduction des nouvelles technologies ?
Parions clair. Sur la base de l’enquête réalisée par l’université Carnegie Mellon, ce sont près de la moitié des salariés américains qui, d’ici 10 ans, seront réduits au chômage et à la misère. On ne voit pas comment, compte tenu de l’intégration de l’Europe dans le marché mondial, les choses pourraient se passer différemment de ce côté-ci de l’Atlantique.
Face à ces sombres perspectives, les homélies-mélos du Président Mitterrand qui s’obstine à vouloir concilier socialisme et libre entreprise et continue d’évoquer la rupture avec le capitalisme en caressant les patrons dans le sens du poil, paraissent ce qu’elles sont, de la bouillie pour les chats, de la logorrhée électoraliste. Mais notre propos n’est pas de dénoncer le double langage et les palinodies des politiciens, d’autant que les électeurs eux-mêmes sont paumés et ne savent pas ce qu’ils veulent.
Ce qui nous paraît beaucoup plus important c’est de montrer que la logique de l’économie de marché - autrement dit l’exploitation concurrentielle des ressources et des hommes, à laquelle souscrivent au plan mondial, aussi bien les tenants du « socialisme démocratique  » que les représentants du « collectivisme bureaucratique  », aboutit inexorablement à l’aggravation de la crise économique et à la détérioration de l’écosphère. Que dans cette course à l’exploitation et au picage, le capitalisme occidental soit plus performant que le capitalisme d’Etat des pays de l’Est est une question marginale. Le qui compte, c est que les 2 blocs rivalisent dans la même
boulimie predatrice, dans le même productivisme dévastateur, avec en rond de tableau, l’affrontement nucléaire.
Voilà l’avenir que nous prépare la fameuse « main invisible » chère aux apologistes de l’économie de marché. N’était-ce pas aussi une main invisible qui traçait sur les murs du palais de Babylone, au temps de Nabuchodonosor, l’avertissement fatidique : Mané, Thecel, Phares ?
Si l’on veut comprendre comment le mode de production concurrentiel conduit le monde à la catastrophe, il faut lire l’ouvrage de William Kapp « Les coûts sociaux dans l’économie de marché » (Flammarion) . L’ouvrage de Kapp est une véritable radioscopie des effets pervers de la « libre entreprise ». Il met à nu l’économie de marché en montrant que la règle du jeu pour l’entrepreneur consiste à «  internaliser » les profits en « externalisant » les coûts sociaux, autrement dit en rejetant une énorme part dès charges de la production sur la société et l’environnement. C’est à ce prix que le capitalisme réalise ses performances, en dévorant les ressources, en polluant la nature, en broyant et corrompant les êtres humains. Comme le dit Kapp, il y a une insouciance institutionnalisée de l’entrepreneur à l’égard des conséquences sociales et écologiques de sa gestion. Il ne saurait en être autrement car Ia stratégie qui s’impose à lui, sous les effets combinés de la compétition et de l’obsolescence technologique, est polarisée par la recherche du profit maximum et-le renouvellement accéléré des moyens de production. C’est la stratégie dès Danaïdes  !
Que cette problématique fasse du capitalisme le système de production le plus irrationnel qui soit dans la perspective du long terme et de l’utilité sociale, voilà ce que démontre Kapp.
Au premier rang de ces « coûts sociaux » que le marché capitaliste ne prend pas en compte, il y a la crise des échanges et celle des monnaies et l’extension du chômage. A ce propos rien n’illustre mieux les contradictions du système que l’histoire de l’industrie française de la machine-outil. On sait que le gouvernement vient d’affecter 4 milliards de subventions au développement de cette branche où la France a pris un sérieux retard. L’objectif est de relever le défi des pays industriels de tête (USA, Allemagne, Japon) en dotant la France d’un parc de machines automatisées, assurant le cycle complet de la production sans intervention humaine, sous le contrôle d’un ordinateur. Il est clair qu’au plan de l’emploi cette innovation se traduira en France comme aux USA par une forte réduction des postes de travail. Mais la situation serait pire si la France renonçait à cet investissement, car son industrie ne serait plus «  compétitive ».
Trois cas de figure - et trois seulement - sont envisageables pour l’affectation des capitaux l’évasion ou la délocalisation vers les paradis fiscaux et les bassins de main d’oeuvre à bas prix (les capitalistes ne s’en privent pas), la thésaurisation et l’investissement productif. Dans les trois cas, le niveau de l’emploi diminue, le déséquilibre se creuse entre l’offre et la demande globales.
Crise et chômage sont bien inscrits dans les gènes de l’économie de marché comme a dû le reconnaître il y a 8 mois le représentant de l’orthodoxie libérale Pierre Drouin  : « ... la montée du chômage est irrésistible. L’économie marchande ne peut plus assurer l’emploi. » Un autre expert du « Monde » Paul Fabra a prédit un Krach financier du type Wall-Street 1929 et la dislocation du marché mondial. C’est un diagnostic encore plus pessimiste qu’exprime aujourd’hui le rapport de l’université américaine Carnégie-Mellon.
Il est grand temps que les hommes reprennent en main leur destin. La classe politique et les partis, incapables de dépasser des préoccupations catégorielles à courte vue, sont disqualifiés. C’est du peuple, des groupes en fusion, comme disait Sartre, que doivent surgir les mots d’ordre mobilisateurs capables d’arrêter le char d’Armageddon. A cet égard, des observateurs comme Aurelio Peccei, fondateur du Club de Rome, Lewis Mumford, René Dumont, Edgar Morin, René Girard, Konrad Lorenz, Michel Bosquet sont beaucoup plus représentatifs et porteurs de la conscience humaine que tous les chefs d’Etat réunis.
Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’au niveau de puissance atteint par la technologie, la procédure du marché, de même que celle de la bles sous peine d’anéantissement.
Dans le cadre du marché « libre », le progrès technologique stimule les capacités productives, mais en même temps il intensifie et élargit la compétition entre les hommes. Au lieu d’accroître leur bien-être, comme il en fournit les moyens, il multiplie les frustrations et les conflits et développe le malaise dans la civilisation. Trois siècles avant Freud, et plus profondément que lui, Montaigne avait diagnostiqué la source du mal : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Nous pouvons ajouter aujourd’hui :...et des corps  ».
C’est cette conscience éliminée par le mercantilisme qu’il s’agit de réintroduire dans l’organisation de la production. Contrairement à !a problématique du marxisme, il ne s’agit pas de « libérer » les forces productives, mais d’en prendre le contrôle et de les maîtriser. C’est parce que le marché les déchaîne et pervertit la science et la technologie que nous le condamnons.
D’une certaine manière, nous disons comme Marx, que les rapports de production doivent être adaptés à l’état des forces productives. Mais dans un sens très éloigné du déterminisme marxiste. Notre proposition exprime une exigence éthique et non une « nécessité historique  ». A l’inverse de Clausewwitz, nous disons que la politique économique actuelle est la continuation de la guerre et que dans les deux cas, le coût des moyens mis en oeuvre est devenu prohibitif.
Ce n’est donc pas seulement un moratoire sur la prolifération des missiles nucléaires que les peuples doivent contraindre les gouvernements à négocier, mais un moratoire planétaire sur la confrontation économique. C’est sur ce terrain que doit se situer le dialogue Nord- Sud. Ce n’est pas seulement « Halte à-la croissance » qu’il faut proclamer, mais « Halte à la concurrence, Halte à la compétition destructrice  ! ».
Le mot d’ordre central doit être désormais : « Abolition de l’économie de marché, Planification planétaire de la Production et de l’allocation des ressources ». C’est dans le droit fil de la doctrine de Jacques Duboin.

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Au fil des jours

par J.-P. MON
février 1982

A part l’ex-premier économiste de France qui persiste et signe dans ses déclarations, de plus en plus de gens s’aperçoivent que la théorie économique a besoin d’être sérieusement révisée : c’est qu’en effet la crise mondiale ne cesse de s’amplifier. On comptait 18 millions de sans-emploi à l’automne 1981 dans les sept pays les plus développés contre 15,5 et 13 aux époques comparables de 1980 et 1979. L’échec des théories monétaristes et assimilées est patent. Il n’y a plus de « miracle Allemand » (on va dans ce pays dépasser les deux millions de chômeurs) ni de « modèle suédois ». Le plan de Regan a débouché sur la récession. Le déficit du commerce extérieur des Etats-Unis pour 1981 est de l’ordre de 42 milliards de dollars. Fin décembre, le chômage frappait 9 millions et demi d’Américains, soit pratiquement 9 °/U de la population active (17,4 % dans la population noire, 21,7 % chez les jeunes !). La situation des chômeurs est d’autant plus dramatique que Reagan a pratiqué des coupes sombres dans les dépenses sociales. Tout cela fait quand même l’affaire, pour le moment, du patronat américain qui arrive à faire accepter à ses salariés des diminutions de salaire (10 % à la Western Airlines). Les revenus des agriculteurs sont eux aussi en baisse : selon les statistiques officielles, les prix agricoles à la production ont baissé de 13 % en un an alors que les coûts d’exploitation ont augmenté de 4,2 %, si bien que l’endettement des fermiers américains s’est accru de 30 % au cours des deux dernières années et atteint 180 milliards de dollars.
Tout ça, c’est la faute à l’Europe ! Le département de l’agriculture vient de publier un rapport dans lequel on peut lire  : « une réforme de la politique agricole européenne visant à modérer la production et à stimuler la consommation intérieure serait la solution la plus favorable car elle diminuerait les désordres et l’instabilité que l’exportation des excédents de la C.E.E. provoquent sur les marchés mondiaux. »
Ils ne manquent pas de culot, les Américains ! Car malgré tout ce qu’ils peuvent dire sur la Pologne et l’Afghanistan, ils continuent tranquillement à commercer avec l’Union Soviétique pour sauvegarder les intérêts des agriculteurs américains...

*

La « crise » n’est évidemment pas uniquement américaine, elle est mondiale . l’appareil productif de l’ensemble des pays de l’O.C.D.E. n’est utilisé qu’à 70 % de sa capacité. Et la crise des pays développés se répercute sur les pays en voie de développement. C’est qu’en effet, le Nord détient 93 de la capacité de production industrielle et contrôle plus de 93 des échanges mondiaux ; il a le monopole des transports maritimes et aériens internationaux ; les grandes organisations monétaires et financières internationales qu’il contrôle lui permettent d’orienter la politique dans le sens de ses intérêts.

*

Dans son « Plaidoyer pour un Monde Nouveau », M. Edem Kodjo, Secrétaire général de l’Organisation de l’Unité Africaine, écrit :
« On ne peut que s’étonner de la résurgence de certaines doctrines dont le passéisme n’a d’égal que l’inadéquation à résoudre les problèmes de ce temps. La glorification du marché libre, la croyance dans les vertus et l’automaticité du libéralisme proclamées dans certaines enceintes internationales, et non des moindres, ont de quoi surprendre.
Le marché libre, lorsqu’il existe - que dire en effet des prix des matières premières qui sont fixés non par le marché mais par les spéculateurs en Bourse ? - a engendré dans le passé et continuera d’engendrer une croissance en cycles, une évolution en dents de scie, caractérisées par l’imprévisibilité et l’incertitude. L’imprévisibilité. l’incertitude, ce sont à coup sûr, le marasme pour les revenus des producteurs de matières premières, les taux d’intérêts erratiques, les fluctuations absurdes sur le marché des changes. L’imprévisibilité, c’est l’impossibilité d’une planification rationnelle, c’est la réticence à investir pour la relance et le progrès social. »

*

Toujours à propos de l’impuissance des économistes, L. Lammers écrit dans « Energies » du 6-11-81 : «  Les efforts infructueux des gouvernements pour enrayer la crise économique internationale conduisent à s’interroger sur la capacité de Ia pensée économique et en particulier de la macro-économie à poser les problèmes et à suggérer des solutions convenables. En ce moment, des analyses et des solutions opposées sont admises simultanément. »
« Il faudra une longue persistance de la crise et de l’inflation pour qu’enfin apparaisse le doute dans le cerveau des banquiers, des gouverneurs et des ministres des Finances...

En conclusion, il faut considérer qu’aujourd’hui un moment de l’histoire économique se renouvelle dans ses principes. Les révolutions industrielles sont des étapes de l’Histoire. Les remous et les perturbations proviennent de ce que les vieux principes ne sont plus adaptés Comme pour un vêtement, il faut réajuster le costume de l’économie à ses nouveaux usages, à ses nouvelles dimensions, à ses nouveaux mouvements.

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Le fric et la Pologne

par H. MULLER
février 1982

Flamberge au vent, jurant leur indéfectible attachement à la classe ouvrière polonaise en révolte, étaient-ils courageux, émouvants, ces preux chevaliers réunis au Club de la Presse, volant dans les plumes de leur collègue communiste voué aux gémonies !
De deux choses l’une : ou bien le soulèvement polonais revendique seulement les libertés syndicales, l’autogestion, l’élection des chefs d’entreprises, toutes choses dénoncées, chez nous, par ces mêmes journalistes, comme le péché suprême à l’égard de la libre entreprise ; ou bien il s’agit d’un mouvement de fond à but politique visant à changer de société ; changement qui, toujours selon les mêmes, rallierait la majorité des polonais. Mais alors, pourquoi tenir un autre langage en ce qui concerne l’alternance décidée en France par une majorité de Français ?
Les propos que se renvoient la Droite et la Gauche depuis le début de l’affaire polonaise, ne débouchent que sur des mots, sur des voeux pieux. Sans doute la question de fond reste-t-elle posée  : un peuple peut-il demeurer sous le joug d’un Pouvoir qu’il récuse  ? Plus que l’idéologie et le droit, c’est la géographie, l’Economie et l’Histoire qui arbitrent en la matière. Pouvoir politique et pouvoir économique sont deux formes de dictature, celle de l’argent n’étant guère moindre. Isolée au coeur de l’Europe, la Pologne n’a cessé d’être démembrée et remembrée par ses voisins, convoitée pour son sous- sol, pour la fertilité de ses plaines et depuis quelque temps, en raison de sa main d’oeuvre qualifiée, docile et peu coûteuse, qualités appréciées par les multinationales occidentales pressées d’exploiter un tel filon. Intégré au bloc capitaliste, ce pays perdrait son attrait, à la fois pour les Soviétiques et pour les multinationales qui font la loi à la Maison Blanche. Il faut voir là, probablement, l’un des motifs de la prudence américaine à l’égard du statu-quo polonais.
Notons que l’Occident s’est fort bien accommodé du régime franquiste, du Portugal de Salazar et de la Grèce des Colonels, de l’écrasement de la rébellion turque, de l’extermination des Indiens d’Amérique, de l’ère coloniale et les négriers nantais ont fait de belles fortunes grâce à l’esclavage noir dans les Etats du Sud. Aujourd’hui, les nations socialistes offrent de fructueux débouchés aux Economies capitalistes encombrées de leur abondance et il ne sied guère d’en faire des concurrents.
Il y a ainsi deux langages que tiennent les dirigeants des Etats selon qu’ils s’adressent à leur électorat nourri d’idéologie ou qu’ils s’expriment en tant que délégués des milieux d’affaires pour lesquels l’argent n’a pas d’odeur.
Faisant feu de tout bois, nos politiciens de droite tentent d’utiliser la révolte des ouvriers polonais de Solidarité pour régler leur querelle avec le Pouvoir « socialocommuniste ». A les entendre, il suffirait au Gouvernement français de renvoyer les quatre ministres communistes pour marquer concrètement sa réprobation à l’égard de l’Union soviétique qui, toute honte bue, s’empresserait naturellement de refiler la Pologne, ses richesses minières et agricoles, au bloc capitaliste, rendant la liberté aux Polonais.
Quatre ministres contre 40 millions de Polonais ! Qui aurait cru que nos communistes valaient si cher en terme de troc ?
Radio Free Europe. - Bastion avancé de La Voix de l’Amérique face aux pays de l’Est qu’elle arrose de sa propagande (écoute polonaise à 95 % selon J. d’Ormesson ...) , Radio Free Europe, installé à Munich, avait déjà joué un rôle important au moment de l’insurrection hongroise de 1956, jetant à pleines marmites l’huile sur la braise. On la croyait mise hors d’usage à la suite d’un récent plasticage de ses installations jugées sans doute intempestives si près de la poudrière polonaise. La CIA qui n’est pas à 200 milliards de dollars près quand il s’agit d’une bonne cause, aura mis les bouchées doubles.
Certes tout le monde n’est pas, loin s’en faut, vêtu de lin blanc, innocent dans le déclenchement du drame polonais encore lourd d’imprévus. Dans l’ombre grouillent des légions de séides dont la mission est d’ouvrir le débouché d’une guerre mondiale dont toutes les économies’ ont un besoin urgent pour les sortir de leurs crises d’abondance, raffermir les prix, relancer les profits et l’emploi.
SUEZ - HONGRIE, GOLAN - POLOGNE.- Qui donc disait que l’Histoire ne repassait pas les plats ?

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A propos du projet Hunebelle

Il faut des animateurs

par A. CHANTRAINE
février 1982

...« C’est très bien la proposition de transition vers l’économie distributive, d’André Hunebelle. C’est une bonne idée aussi que de demander aux lecteurs de nous faire part de leurs initiatives, de leurs expériences et de leurs idées pour l’aider et aider les chômeurs et les autres défavorisés.
Le gouvernement socialiste, s’il est vraiment socialiste, ne pourrait qu’en être satisfait.
Il faudrait beaucoup d’informateurs et d’animateurs pour créer des mouvements de solidarité. Les idées ne doivent pas manquer : magasins spéciaux, fabrication artisanale, remise en état des maisons d’habitation, entretien des jardins... aides diverses aux pensionnés, vieillards et handicapés. Dans les quartiers créer des réunions de chômeurs (discussions et réflexions sur ce que l’on peut faire et ne pas faire, tenir un fichier des différents corps de métier, etc...) pour un changement de société.
Tout est possible à ceux qui le veulent. Il faut surtout des initiatives. Il ne manque que la volonté de vouloir. Oui, tout cela serait une transition vers l’économie distributive. Ce serait mobiliser les énergies et les initiatives populaires pour appuyer les changements que veut le gouvernement socialiste.
Résorber le chômage signifie Employer tous les chômeurs de la façon la plus utile. »

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A propos du projet Hunebelle

Le Plan doit prévoir les activités marginales

par C. C.
février 1982

...« Nous sommes nombreux à penser que « La Grande Relève » prend la position que nous comptions qu’elle devrait adopter, face à l’Economie de marché qui n’a aucune raison de céder le pas à une « Economie Distributive » (bien que ce soit la meilleure solution).
En effet, les « Régimes » se sont toujours superposés, et rarement annulés : la tribu, le royaume, la noblesse, les congrégations, les coopérations, les républiques, les multinationales (et j’en passe...).
L’Economie de marché... « marchera » un bon bout de temps encore... C’est donc, en effet, à côté qu’il faut mettre en route une certaine forme d’Economie Distributive.
10 %, actuellement, des travailleurs sont « en chômage », pourquoi ne pas créer, pour eux, une « économie à part », vous avez raison, bien distincte de l’autre et n’ayant aucun rapport avec le circuit mercantile actuel.
Certains pourraient continuer à recevoir des indemnités de chômage ; mais ceux qui le voudraient pourraient créer des coopératives de production et de consommation, avec l’aide de l’Etat et des Collectivités locales. Le Plan est tout indiqué pour « prévoir » l’activité marginale de ce secteur. (Voir Michel Rocard).
Ce pourrait être des sortes de Kibboutz en circuit fermé, où les familles trouveraient une occupation, des services communs, des écoles, des crêches, avec une monnaie intérieure (monnaie fondante, tout à fait différente de celle de l’extérieur).
Pas de concurrence avec les « capitalistes » ; mais donner une vie agréable et utile à tous ceux qui, inéluctablement, sont et seront éjectés du circuit économique actuel.
Comme le Progrès ne fera que « dégraisser » les entreprises de leurs ouvriers, employés et cadres, le «  secteur d’Economie Distributive » s’amplifiera sans cesse et c’est ainsi qu’on le préfèrera progressivement à l’autre.
Bravo, encore une fois, pour le « remède » que préconise André Hunebelle avec son Economie de chômage.
Il faut poursuivre la discussion autour de cette idée intéressante et tâcher d’aller proposer des « expériences » dans ce sens à l’équipe actuellement au pouvoir. ».

C.C., Vannes.

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A propos du projet Hunebelle

La transition nécessaire

par A. HUNEBELLE
février 1982

La liberté est un mot qui a fait le tour du Monde et qui n’en est pas revenu.

Henri JEANSON

C’EST LE « LIBERALISME » QUI - PARTOUT DANS LE MONDE - A TRANSFORME LE CHOMAGE EN CATASTROPHE SANS PRECEDENT.

LE « LIBERALISME » est un vieux mythe qui sert depuis toujours à camoufler les plus odieuses combines du grand capitalisme. En effet, sa fameuse devise « Laisser faire, laisser passer » a trop souvent dégénéré en laxisme coupable et servi d’excuse à de regrettables abus, à d’innombrables scandales dont le désastre de l’Amoco Cadix (qui ne sera jamais indemnisé par les richissimes responsables), les polluants lavages en mer des cuves à mazout (toujours impunis parce que leurs auteurs naviguent sous « pavillons de complaisance  »), et les somptueux « pots de vin » de Lockheed, ne sont que de maigres échantillons encore présents à toutes les mémoires.
Après ce rappel des tristes réalists je ne résiste pas au plaisir de vous citer une définition humoristique de cette sacro-sainte « Economie Libérale » parue en 1937 dans un hebdomadaire économique et politique dont j’étais Administrateur et qui me paraît tout à fait actuelle :
- « Le Libéralisme Economique est la liberté donnée à n’importe qui, de faire n’importe quoi avec de l’argent (qui bien souvent ne lui appartient pas) pour réaliser dans le minimum de temps, avec le moins de mal, le maximum de profits, presque toujours au détriment des autres - en restant dans une limite d’illégalité (tolérée) ou de fraude (bien camouflée) afin d’éviter tout ennui sérieux - et sans se soucier des conséquences morales, sociales et humaines qui en résultent. »
N’est-il pas opportun de rappeler ici que V.G.E. en nous quittant a déclaré bien haut :
- « S’il ne reste en France qu’un seul partisan du Libéralisme, ce sera moi ! »
et que le Président Reagan proclamait à la T.V. américaine  :
- « C’est le Libéralisme Economique qui sauvera l’Amérique  ! »
Ne lui jetons pas la pierre puisqu’il vient de convenir publiquement que son fameux « sauvetage » ressemble bien à un « naufrage ».
Ceci dit, il faut reconnaître qu’en période de rareté, après des désastres comme le dernier conflit mondial, le Libéralisme se révèle comme le régime le plus efficace car il suscite, mieux que tout autre, l’initiative individuelle. Mais son influence qui est grande (car il a toujours derrière lui les plus grosses puissances d’argent) se manifeste toujours en faveur des Chefs d’entreprises et, en ce qui concerne le chômage, la solution qu’il a inspirée est tout à leur avantage.
Pour nous en convaincre, examinons-la d’assez près et démontons-en les rouages :
C’est le Libéralisme, en effet, qui a permis aux employeurs de réaliser d’énormes bénéfices en faisant travailler (à plein) toute la main d’oeuvre disponible, à l’époque où le machinisme n’avait pas encore donné un coefficient de productivité très élevé à chaque ouvrier.
C’est encore le Libéralisme qui a permis à ces mêmes employeurs d’investir une partie des bénéfices réalisés - grâce à leur « association de fait » avec leur main d’oeuvre - en achat de machines plus modernes, faisant davantage de travail avec beaucoup moins de salariés, donc finalement de gagner beaucoup plus.
C’est toujours et encore le « libéralisme » qui a permis aux employeurs de renvoyer (sans scrupules) ceux dont le travail a contribué à édifier leur fortune et leur a fait gagner cet argent qu’ils viennent d’investir en machines. Ils n’ont pas le moindre souci à se faire pour ceux qu’ils rejettent tout bonnement sur le pavé comme un « trop-plein » devenu encombrant. Ils comptent sur un « Service National de Poubelles  » pour les recueillir et s’en occuper. Ainsi ceux qu’ils évacuent comme des déchets ne seront plus du tout à leur charge mais à celle de la « collectivité » du pays (c’est-à-dire vous et moi !).
Qu’a-t-elle donc fait au bon Dieu cette malheureuse collectivité qui était jusque-là tout à fait en dehors du coup, pour qu’on la pénalise de toutes les conséquences néfastes d’une décision, arbitraire mais légale, qu’un patron vient de prendre, alors que ce renvoi et l’utilisation des nouvelles machines (produisant davantage, à un prix de revient plus bas, avec moins de main d’oeuvre) ne profite qu’à lui.
Qui se mettra demain davantage de bénéfices dans la poche  ?
- L’employeur.
Qui paiera tous les frais de cette opération ?
- La collectivité, c’est-à-dire l’Etat... qui sera dans l’obligation pour équilibrer son budget de répercuter cela sur les contribuables, c’est-à-dire « vous et moi  ».
C’est donc finalement vous et moi qui payons pour permettre à un industriel de gagner davantage. Celui qui a mis au point ce «  tour de passe-passe » n’est pas tombé de la dernière pluie. C’est un recours de plus des employeurs à l’Etat-Providence dont ils obtiennent ainsi une subvention déguisée.
Mais les exigences de l’Economie Libérale ne s’arrêtent pas là. Elle a obtenu de tous les Gouvernements Libéraux qui se sont succédés au pouvoir pendant si longtemps, qu’ils imposent à ces « rejetés » de rester bien sagement à se croiser les bras, de se considérer comme des « interdit-de-travail » à vie, pour avoir droit à l’indemnitévitale qu’ils iront mendier aux caisses de l’Etat, chaque mois. Le fait d’imposer cet « interdit » aux chômeurs révélait chez les Chefs d’entreprises une inquiétude latente :
- « Si on leur laissait faire quoi que ce soit de leurs dix doigts et de leur intelligence, cela pourrait peut-être un jour devenir inquiétant. »
« N’est-il pas préférable qu’ils restent, pour toutes les années qu’ils ont encore à vivre, à organiser entre eux de petits loisirs de misère ? On doit les contraindre à rester passivement dans cette situation sans issue. Il ne tient qu’à eux de voir la vie en rose, en limitant leurs ambitions... car il faut à tout prix éviter que l’envie leur vienne un jour d’améliorer leur sort, de s’organiser pour retravailler et produire... et de se mettre à vendre des biens de consommation concurrentiels sur un marché devenu déjà difficile.  »
« Et même, sait-on jamais, s’il leur prenait un jour l’extravagante fantaisie - puisqu’on les a exclus de la grande communauté générale actuelle - d’organiser leur petite communauté sur des bases nouvelles, sur des principes économiques nouveaux, compatibles avec la production abondante du machinisme... Où irions-nous ? »
Mais ces hypothèses-là étaient à l’origine purement théoriques car avec les Gouvernements Libéraux au pouvoir, il n’y avait rien à craindre.
Si j’ai fait ici l’analyse un peu longue de cette situation, c’est qu’elle aidera sans doute à mieux comprendre des conclusions auxquelles j’arrive un peu plus loin.
Mais regardons d’un peu plus près le comportement des Gouvernements Libéraux vis-à-vis des Chefs d’Entreprises. En leur consentant les énormes avantages que nous avons énumérés, les représentants de l’Etat ont-ils été dupés  ? Bien au contraire, ils ont toujours été « complices  », car ils étaient beaucoup plus amis avec les Chefs d’Entreprises qu’avec les ouvriers... et il faut toujours faire plaisir aux amis, c’est bien connu ! Et puis, on a quelquefois besoin d’eux pour le financement de périodes électorales... et il est toujours préférable d’être « bien » avec leur Presse qui est très puissante (elle en fait souvent la démonstration !).
Cependant les gouvernements libéraux ont jugé plus prudent, pour ménager l’opinion et l’opposition d’alors, de mettre bien en évidence des excuses apparemment valables pour camoufler cette complicité, et la Grande Presse du Patronat dont nous venons de parler, les y a aidés de son mieux.
Alors, on nous a fait un vigoureux « bourrage de crâne » :
- « Ne vous plaignez pas que les entreprises soient prospères. Elles deviennent ainsi mondialement compétitives. Cela assure de confortables bénéfices à leurs propriétaires et c’est très favorable pour la « Balance Commerciale » de la France. » Et l’on nous a chanté, comme de beaux refrains charmeurs, de belles formules trompeuses pour tenter de justifier l’attitude du Pouvoir favorisant outrageusement les entreprises, contre les intérêts des particuliers et des consommateurs
- « Les profits d’aujourd’hui font les investissements de demain qui feront les emplois d’après- demain. »
Mais cet après-demain n’arrivera jamais car il y a longtemps que la seule raison d’être de leurs investissements est, pour les entreprises, de placer dans des machines l’argent qu’elles ne donneront plus à leur main d’oeuvre congédiée, ce qui leur permet de gagner bien davantage puisque l’heure d’utilisation de la machine (entretien et amortissement compris) coûte cinq à six fois moins cher que celle de la main d’oeuvre nombreuse qu’elle remplace, et que toute cette main d’oeuvre excédentaire congédiée est prise en charge par l’Etat.
Malheureusement, cette subtile combinaison qui fait supporter par l’Etat, c’est-à-dire par vous et par moi, tout ce que coûtent les chômeurs présents et à venir - pour permettre aux Chefs d’entreprises de gagner davantage - est tellement ruineuse que nous n’allons plus parvenir à nous en sortir. Et, pour conclure cette première partie de mon exposé, j’espère vous avoir clairement démontré que :
C’est le Libéralisme qui, par ses exigences, nous a conduit - avec la complicité des Gouvernements Libéraux - à la situation très grave où nous nous débattons aujourd’hui.

Que cela ait été si bien et si longtemps camouflé, pour éviter un scandale, par tous les gouvernements libéraux complices qui se sont succédés au pouvoir avec une rare constance, on le conçoit aisément. Mais pourquoi notre Gouvernement Socialiste n’a-t-il jamais formulé à ce sujet la plus timide observation ? Il aurait dû au moins exposer, aussi clairement que je me suis efforcé de le faire la rouerie du système en place et ses conséquences néfastes et ruineuses pour l’Etat et l’ensemble des Français. Il aurait dû dénoncer les tripatouillages complices des Gouvernements Libéraux qui l’ont précédé, qui portent, de ce fait, avec le « Patronat » ; toute la responsabilité de la gravité sans précédent de la situation actuelle. Cela aurait sans doute incité ce Patronat, l’opposition, et leur fameuse Presse à un peu plus de décence... et même, sans doute, à adopter pour l’avenir une attitude beaucoup plus prudente.
Cette situation est un vrai scandale !... soit, mais notre propos n’est pas de nous en indigner.
Nous pensons plus utile et concret d’exposer ce qui peut encore être tenté efficacement pour nous sortir du pétrin.

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Soit dit en passant

OVNI soit... qui mal y pense

par G. LAFONT
février 1982

UN lecteur de « La Grande Relève », M. Clause, ayant pris connaissance d’un de mes récents articles dans lequel il est question des extra-terrestes, ces objets volants plus ou moins identifiés, et qui n’a pas pris la chose à la rigolade, m’écrit pour me révéler que les extra-terrestres, quoiqu’en pensent les incrédules, existent, et qu’eux seuls détiennent la solution de tous les problèmes posés par les foudroyants progrès des sciences et des techniques à notre monde en pleine mutation. Problèmes sur lesquels les grosses têtes qui nous gouvernent passent d’interminables nuits blanches.
J’avoue que pour n’en avoir jamais vu ni de près, ni de loin, sinon au cinéma, je n’y croyais guère jusqu’à ce jour, à ces êtres fabuleux dont tout le monde parle sans savoir, pas plus qu’à Croque-mitaine, au Père Noël, à la mère Michel, au serpent de mer, au monstre du Loch-Ness, et autres êtres imaginaires qui ont bercé nos rêves d’enfants.
A la réflexion, pourtant, quand on regarde le ciel nocturne - mais qui regarde le ciel aujourd’hui ? - avec ses milliards de milliards d’étoiles qui illuminent nos nuits, ses milliards de milliards de planètes faisant comme la nôtre leur éternelle ronde autour de leur soleil, on se demande si la vie n’existe pas ailleurs, dans l’un de ces mondes lointains qui gardent pour nous tout leur mystère.
Il est peu croyable, en effet, que la planète Terre soit la seule dans tout l’univers sur laquelle la vie est apparue un jour, et qu’il n’existe pas dans l’infini de l’espace d’autres planètes, à des milliards d’années lumière de la Tour Eiffel, habitées par des êtres vivants, apparus avant nous, plus intelligents peutêtre - même si ça vous défrise et que l’envie démange de venir voir ce qui se passe sur cette petite boule ronde qui les intrigue.
A cette pensée je me sentais tout disposé, si par hasard l’un d’entre eux venait atterrir chez moi dans mon jardin de banlieue, à le recevoir en ami et, histoire de faire connaissance, à déboucher la dernière bouteille de Château- Lafitte (exonérée de l’impôt sur la fortune) que je garde dans ma cave.
Restait qu’à savoir la gueule qu’ils ont, ces mecs, et s’il est possible de discuter avec eux. Eh bien, ça va peut-être vous épater, mais le Château-Lafitte n’y est pour rien, j’en ai rencontré un, d’extraterrestre, venu passer ses vacances sur notre terre dont il rêvait depuis longtemps et qui, après l’avoir visitée en faisant de l’auto- stop, attendait, place de la Concorde, la fusée aérospatiale qui devait le ramener sur sa planète d’origine, avec, dans ses bagages, de quoi épater les copains à son retour.
Plutôt sympa, ce garçon. Et bien qu’il s’exprime dans un mélange d’espéranto, de bas breton et de volapuk, on arrivait à se comprendre. Mais il était déçu.
- C’est à ne pas y croire, me dit-il. Vous avez d’admirables savants qui, grâce aux fantastiques progrès des sciences et des techniques, ont su réaliser ce miracle créer des machines capables de produire de mieux en mieux et de plus en plus, avec le minimum de main d’oeuvre, tout ce dont les hommes ont besoin pour vivre heureux. Mais vous avez, hélas, des politiciens attardés et des économistes poussiéreux qui, n’ayant rien compris, s’obstinent à vouloir réaliser cet autre miracle : résorber par tous les moyens, même aux frais du contribuable, une production devenue excédentaire parce qu’on n’arrive plus à la vendre, et à créer des emplois pour les travailleurs réduits au chômage par la machine.
- Tout d’abord, reprit l’extraterrestre, après un moment de silence, je croyais rêver. Mais j’ai vu par la suite, à travers les campagnes florissantes que je parcourais, des cultivateurs en colère barrer les carrefours et déverser sur les routes des tonnes de choux- fleurs, de betteraves ou de melons « excédentaires  » qui auraient pu sauver des milliers d’enfants sous- alimentés du Tiers-monde. Non, je ne rêvais pas. Mais je suis d’un naturel optimiste et j’ai assisté par la suite à deux manifestations de de genre qui m’ont donné de bonnes raisons d’espérer. La première, le jour où, visitant l’Algérie, alors Française, le Premier ministre de l’époque était reçu avec tous les honneurs dûs à son rang, sous un bombardement de tomates, bien entendu excédentaires, mais qui ne firent d’autre victime que lui-même. Et la seconde, le jour plus récent où Giscard, encore président de la République, mais pas pour longtemps, venu haranguer les normands à Valognes (Manche) recevait le même genre d’accueil, mais avec des pommes, cette fois.
C’est-il pas mieux, quand on veut se débarrasser des excédents, d’en faire profiter les amis ? On était sur la bonne voie. Ce problème réglé il ne restait plus que celui du chômage.
Hélas, c’était trop beau. Sous le nouveau septennat ce genre d’accueil semble abandonné.
Mais tous les espoirs sont encore permis.
Adieu. Je reviendrai.

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Ils en sont là et nous en sommes las...

par M.-L. DUBOIN
février 1982

A l’époque des étrennes, pour le cas où vous envisageriez d’offrir ou de vous faire offrir une fourrure, alléchés par les placards publicitaires des journaux, les photos, les mannequins élégants, sachez que :
- plus de 30 millions d’animaux sont exterminés chaque année dans le monde pour le commerce
de leur fourrure
- dont près de deux cent mille bébés phoques au large de Terre Neuve dans des conditions abominables : les chasseurs envahissent les pays du Grand Nord, au mois de mars, quand les mères allaitent leur nouveau-né, la tuerie s’effectue quand les petits n’ont pas plus de cinq semaines, pour que leur fourrure soit encore blanche. Ces jeunes animaux sont assommés à coups de gourdin, le sang éclaboussant la mère qui hurle de désespoir en entendant le craquement des crânes qui éclatent. Les bébés phoques sont souvent éventrés vivants, pour aller plus vite. Les peaux rasées, traitées et teintes en Europe sont ensuite expédiées au Japon, mais près de 10 000 sont gardées en France par les industriels de la maroquinerie qui les transforment en gadgets, comme ces porte-clefs vendus dans les stations de sport d’hiver :
- les astrakans nouveau-nés sont tués à la naissance, sous leur mère, à l’aide d’un pistolet qui leur percute la cervelle ;
- des coyotes sont pourchassés par des hommes en jeeps ;
- des loups sont massacrés par une pluie de balles tirées d’un avion ;
- on décime les renards, en les accusant d’avoir la rage ;
- les félins, animaux nocturnes, sont attirés vers un piège grâce à un appât, qui est souvent une chèvre effrayée. Si le collet d’acier les saisit par le cou, ils meurent vite. Mais s’ils sont attrapés par une patte, ils agonisent longtemps dans des douleurs atroces ;
- malgré bien des campagnes, tout un peuple de petits animaux, les lièvres, les castors, les hermines, les loutres, les visons, les martres sont couramment attrapés par des pièges à mâchoires dentées qui les gardent prisonniers avant qu’ils ne meurent, dans d’abominables souffrances, d’épuisement, de froid et de faim.
Les journaux, et tous les médias, ne manquent pas d’informer le public sur les autres massacres perpétrés par la race humaine. Mais ceux-là font la fortune des fourreurs, alors on n’en parle pas trop !

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