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   Mensuel de réflexion socio-économique vers l’Économie Distributive
 
 
 
 
 
AED La Grande Relève Articles > N° 745 - avril 1977

 

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N° 745 - avril 1977

Ils y viennent !   (Afficher article seul)

Le bûcher   (Afficher article seul)

Agriculture et Santé   (Afficher article seul)

Encore les impôts   (Afficher article seul)

Au fil des jours   (Afficher article seul)

Enfin une bonne nouvelle !   (Afficher article seul)

Un marché bien peu commun   (Afficher article seul)

Le droit de propriété et le revenu social   (Afficher article seul)

Un principe fondamental   (Afficher article seul)

Le mouvement distributif et la politique   (Afficher article seul)

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Ils y viennent !

par M.-L. DUBOIN
avril 1977

A ceux qui lui reprochaient de ne pas avoir réussi à instaurer l’économie distributive, Jacques Duboin répondait  : « elle fait son entrée dans le monde, discrètement, par la porte basse du chômage. Elle est déjà là, dans les multiples et diverses allocations ».
Il disait aussi qu’à son avis ce serait aux EtatsUnis qu’elle serait d’abord mise en pratique parce que c’est le pays où les progrès technologiques sont le plus poussés et où, par conséquent, les contradictions du capitalisme sont les plus exacerbées.
Encore une fois, les faits lui donnent raison et en voici une nouvelle preuve : le syndicat américain de l’acier (U.S.W.) oui compte un million quatre cent mille adhérents, demande « A VIE, un REVENU ANNUEL qui ne tienne pas compte des changements pouvant intervenir dans l’économie nationale, l’industrie de l’acier ou dans une entreprise donnée et l’emploi même d’un syndiqué  ».
C’est donc la garantie du revenu et non plus celle de l’emploi que réclame ce puissant syndicat. Quand on sait à quel point les syndicats américains sont intégrés aux institutions capitalistes, on ne peut que s’étonner d’une telle revendication qui traduit une sérieuse perte de confiance dans le système de la libre entreprise. Mais, premières victimes du chômage et de l’inflation, les ouvriers de l’acier estiment qu’ils doivent eux aussi bénéficier des clauses de non licenciement déjà accordées à un certain nombre de cheminots, de dockers et d’ouvriers de l’imprimerie, en échange de leur accord sur la modernisation et l’automatisation des entreprises.
Le syndicat entend donner à cette revendication la plus haute priorité et laisse aux négociateurs le choix des moyens appropriés pour atteindre ce but : réduction. de la durée de la semaine de travail, ou création d’un fond permettant d’assurer aux licenciés un revenu permanent.
De leur côté les compagnies sidérurgiques critiquent ces revendications, propres, disent-elles, à faire monter le prix de l’acier ; mais, pragmatiques, les plus importantes d’entre elles ne réagissent pas de manière entièrement négative  : appréciant l’avantage de disposer d’une main-d’oeuvre qualifiée et stable, elles semblent prêtes à satisfaire cette revendication à condition d’en limiter le bénéfice aux ouvriers ayant une certaine ancienneté.
Ces nouvelles devraient être riches d’enseignements pour les syndicats français, confrontés, comme ceux de tous les pays industrialisés, aux mêmes problèmes d’automatisation et de licenciement.
Réalistes et efficaces, les syndicats américains sont prêts à immoler la sainte libre entreprise sur l’autel du « revenu à vie », pourquoi les syndicats français ne sacrifieraient-ils par le droit à l’emploi au droit au revenu  ?

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Le bûcher

par M. DUBOIS
avril 1977

LE PANIER DE CRABES

1977 : les municipales ; 1978 : les législatives. Dans le panier, les crabes s’agitent, cherchent leur ligne de départ. Les futures Jeanne d’Arc que la France secrète avec une régularité exemplaire depuis un demi siècle s’apprêtent à sauter en selle pour un galop historique sur le front de l’inflation avant de brûler sur le bûcher de l’oubli.
Bienheureux bûcher ! Que se passerait-il s’il venait soudain à manquer et si, par un malheur inouï, les Français retrouvaient des bribes de mémoire ?
Car enfin voici effectivement près de 50 ans que pour des motifs lucidement analysés par Jacques DUBOIN, les monnaies (pas seulement la nôtre) souffrent de ce mal que les économistes traditionnels s’obstinent à dénommer inflation, alors que précisément le fléau de la balance ne demanderait qu’à basculer du côté de l’offre si des prodiges d’« ingéniosité  » ne réussissaient à maintenir une rareté relative. Voici près d’un demi-siècle que les sauveurs se succèdent, avec leurs plans de stabilisation, de relance et d’austérité ; les hommes nouveaux appliquent sans broncher les recettes les plus éculées, augmentent le tabac et l’essence, lancent leurs emprunts exceptionnels, et font succéder, sur leurs vignettes, la photo du paysan à celle du vieillard. Et imperturbablement les monnaies poursuivent leur slalom, bloquant des économies dont elles ne devraient être que la traduction chiffrée mais fidèle, et piétinant allègrement les merveilleuses possibilités que les progrès de la science et de la technique offrent aux hommes d’aujourd’hui.

UNE CONTRE-VERITE

Car attention, je l’ai souvent dit et nous ne le répéterons jamais assez : le sentiment confus qu’à M. DUPONT de vivre moins bien que ses parents correspond bien à la réalité, en dépit des statistiques, de la télé et des embouteillages. Redisons que notre société saturée de gadgets hautement rentables, sacrifie les vrais besoins vitaux : qualité de la nourriture, du logement, des rapports sociaux, de l’environnement. La meilleure preuve en est le prix relativement très élevé demandé à ceux qui s’obstinent par exemple à préférer les aliments traditionnels ; de même la valeur marchande de l’air pur et du silence. N’oublions donc jamais que les « conquêtes sociales » des dernières décennies n’ont été possibles qu’au prix d’un véritable écroulement des vraies valeurs, aussi bien matérielles que morales.
Sur cette toile de fond, à ne jamais perdre de vue, l’agitation des marionnettes prête à sourire Giscard ou Chirac ? Barre ou Mitterand ? Quelle importance pour le sujet qui nous préoccupe tous et qui prime actuellement tous les autres ? La gauche ne dissimule pas que si elle arrive au pouvoir son premier souci sera, comme au Portugal, comme en Allemagne, comme en Angleterre, de lutter à son tour contre la fameuse inflation « retroussez vos manches » (refrain connu avec couplets remis au goût du jour) ...

UN SONDAGE REVELATEUR

En attendant, percevant le malaise, ces Messieurs multiplient les prises de pouls : nous sommes auscultés dans les plus petits méandres de nos consciences de citoyens et voilà maintenant qu’on nous accuse ouvertement de cultiver le paradoxe... pour ne pas dire plus ! Une majorité d’entre nous n’a-t-elle pas eu assez d’inconscience pour déclarer récemment :
1°) que nous nous sentons mal dans notre peau actuelle et qu’il fallait que ça change.
2°) que nous ne souhaitions pas opter pour une société « collectiviste ».
Pour notre part, nous déclarons cette apparente contradiction parfaitement logique, et elle aurait dû faire éclater aux yeux les moins dessillés une escroquerie intellectuelle aveuglante qui dure depuis des lustres : à savoir la confusion savamment entretenue entre les problèmes économiques et le choix d’un régime politique. Dans notre système du Profit, en effet, aucune libéralité ne peut être accordée à quiconque sans amputer les ressources de quelqu’un. Dans ces conditions, tous ceux qui possèdent quelques privilèges se rangent automatiquement dans le clan des conservateurs, tandis que les lésés, regroupés au sein d’une opposition, oeuvrent pour que la prise de pouvoir politique leur permette d’intervertir les rôles. En se faisant les seuls champions d’une suppression des injustices sociales, les partis politiques trichent, puisqu’aucun d’eux ne propose de s’évader du système économique actuel. Pourquoi l’instauration d’une économie des Besoins serait-elle le monopole de telle ou telle forme de gouvernement ?

LE VRAI CHOIX

Gageons que, bientôt, on va nous seriner à longueur d’émission de radio et de télévision le caractère angoissant et définitif des choix que nous allons être amenés à faire. Belle occasion pour nous tous de remettre les choses au point ce qui engage fondamentalement l’avenir, c’est le temps qui s’écoulera avant que le changement de système économique ne nous permette à nouveau de vivre, au vrai sens du terme. Car ils pèseront lourd ces mois au cours desquels nous allons continuer à polluer, à gaspiller les réserves planétaires, à hypothéquer l’avenir de nos enfants et peut-être à nous préparer une fin de siècle d’apocalypse !
J’exagère ?
Comme je souhaiterais en être sûr !..

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LES QUESTIONS AGRICOLES

Nous décrirons dans de prochains articles les méthodes de culture biologique, puis les problèmes qui se posent. Car c’est là le point faible des écologistes. Pour les méthodes, il s’agira plutôt d’un rappel, car nous les avions présentées aux lecteurs voici quelques années. Nous attendrons leurs remarques.

Agriculture et Santé

par J. MESTRALLET
avril 1977

Jean Pennaneac’h a écrit dans « La Grande Relève » de décembre 1976 un article bien documenté au sujet de la Sécurité Sociale. D’un autre côté, des lecteurs demandent quelle pourrait être l’agriculture en Economie Distributive. Ces problèmes paraissent différents à première vue. Il n’en est rien.
...« On est en droit de se demander si nous sommes bien soignés  » dit Jean Pennaneac’h. Beaucoup de gens - mais pas assez encore  ! - se posent la même question.

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DEPENSES DE SANTE OU DE MALADIE ?

Il est bon de remettre au point ce problème de la Sécurité Sociale, car trop de mensonges courent s ce sujet. Mais, en admettant que les dépenses de santé soient trop fortes pour la nation, là n’est pas le scandale. Le scandale, c’est qu’il ne s’agit pas de dépenses de santé, mais de dépenses de maladie !
Ces dépenses ne seraient pas graves, et même bénéfiques, si elles aboutissaient à une amélioration générale de la santé française. Est-ce le cas ? Trop souvent non, hélas ! Et leur augmentation continuelle en est une preuve supplémentaire.
Certes, la chimie médicale et l’abus de la chirurgie ne sont pas les seuls responsables. En dehors
des maladies « iatrogènes » (causées par les médicaments) la dégradation des conditions de vie tient sans doute une plus large place. Il n’en reste pas moins vrai que la Sécurité Sociale rembourse sans sourciller une quantité de thérapeutiques inefficaces et refuse de rembourser des soins de haute valeur (cures de jeûne par exemple).
Nous sommes bien placés pour le savoir. Et si cet ostracisme a disparu nous aimerions en être informés. Ce ne peut être que tout récent.
On nous avait répondu à l’époque : « C’est la faute du contrôle médical et pas de la Sécurité .. Il paraît que cela ne va pas ensemble [1]. Encore un mystère de plus, n’est-ce-pas, sauf pour les adhérents du M.F.A. : ils savent bien qu’il ne faut pas « tuer la poule aux oeufs d’or », en l’occurence, l’augmentation de la morbidité.

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AUGMENTATION DE LA MORBIDITE

Car, cela aussi il faut que nos camarades, trop souvent fanatiques du « Progrès le sachent ; la baisse de la mortalité a été compensée par l’augmentation de la morbidité, c’est-à-dire du nombre de gens malades, pas d’une façon aigüe et fatale (du moins pas toujours), mais chronique, et obligés de se soigner constamment.
Les grandes épidémies ont été remplacées par d’autres maladies : hépatites, cancer, maladies cardio-vasculaires, mentales, etc...
Les spécialistes du cancer attribuent 80 % des cas à l’environnement (déclaration faite en particulier par le Pr John Higginson, de l’Institut International de Lyon). Nous n’avons même pas besoin de recourir ici aux fanatiques de l’écologie et de la médecine naturelle pour les mises en garde. Et à côté du cancer, combien d’allergies, de maladies pulmonaires, digestives ou autres lui sont imputables ?
L’environnement, bien sûr, c’est l’air, c’est l’eau, mais aussi nos aliments et notre manière de vivre.
Parmi ces facteurs, notre alimentation est primordiale. Si la production agricole a battu des records (coupés de fortes baisses, il est vrai), ces dernières années, sa qualité ne s’est pas améliorée, au contraire ! Nous posons la question à nos lecteurs : le progrès consiste-t-il à rendre les gens malades, puis à inventer des tas de remèdes plus ou moins complexes pour les soigner, ou bien leur offrir des conditions de vie qui les empêchent de tomber malades ?
Il nous semble que la réponse est évidente. Inutile de continuer à polluer l’eau et l’atmosphère avec les rejets des usines chimiques si l’on peut se passer de leurs produits en médecine et en agriculture. Et c’est possible. L’expérience le démontre.

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ECOLOGIE ET ECONOMIE

Depuis que nous étudions l’agriculture biologique, nous avons eu connaissance de nombreux témoignages, prouvant l’amélioration de la santé des plantes et des animaux, mais aussi de la santé des agriculteurs eux-mêmes. (Nous avons fait des constatations identiques en médecine naturelle).
L’agriculture biologique a donc un double résultat : elle permet de se passer d’une grande partie de l’énergie employée par l’agrochimie, tout en améliorant ou rétablissant la santé des consommateurs. Elle est capable d’atteindre ou même de dépasser les rendements de l’agrochimie !
Elle fait mieux : ses rendements se maintiennent, alors que ceux des méthodes courantes, après avoir atteint un sommet, décroissent ensuite régulièrement (en proportion des fertilisants employés, mais aussi en valeur absolue).
Exemple : des rendements en blé variant entre 40 et 70 qx/hectare  ! Nous connaissons un agriculteur produisant régulièrement entre 45 et 60 qx/hectare. Ces témoignages ne manquent pas. Si les adversaires contestent, qu’ils prouvent le contraire.
Notons enfin que le blé du cultivateur précité est d’une propreté étonnante : peu de graines de plantes adventices et ce, sans aucun herbicide.
Ce détail a son importance, lorsqu’on sait que l’on utilise, pour désherber les céréales, des produits à base de 2-4 D ou 2-4-5-T, comme les défoliants du Vietnam. Ils renferment de la dioxine, le bon produit de Seveso, et sont interdits aux EtatsUnis, qui savent à quoi s’en tenir !
Voici encore quelques renseignements supplémentaires :
- après avoir augmenté, l’espérance-vie baisse de nouveau dans les pays « avancés ».
- les épidémies subsistent, malgré les vaccinations, dans les pays où règne la misère (variole, choléra, tuberculose), il y a eu progrès, chez nous, dans ce domaine, mais la grande bouffe et la pollution alimentaire pourraient bien les remettre en cause ; et nous n’avons pas éliminé la misère.

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[1] Il va de soi que le principe sur lequel est fondé la Sécurité Sociale n’est pas en cause. Il s’agit de la remettre au service des citoyens. Le « cochon de payant » a son mot à dire dans le choix de son traitement.

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Encore les impôts

par A. GASNIER
avril 1977

Un des responsables du Parti Socialiste a fait récemment un brillant exposé à la télévision sur le thème : l’impôt, son utilité, les moyens de le rendre plus juste et d’éviter les fraudes. En tant qu’inspecteur des Finances, M. Michel Rocard avait toute la compétence voulue pour traiter un tel sujet.
Il est à craindre cependant que les solutions proposées ne soient inefficaces, car elles demeurent dans le cadre de l’économie des prix-salaires- profits.
C’est pourquoi nous lui en proposons une autre : le service social assurant le revenu social. Celui- ci, distribué avec équité entre tous les citoyens, ne doit être calculé qu’après avoir tenu compte des sommes nécessaires à la production. Pas d’autre impôt à déduire ensuite par ceux qui acceptent d’accomplir leur service social. Cet impôt de type encore inédit étant institué, les assujettis comprendraient très vite que pour diminuer le temps de ce service social, il faudrait supprimer le gâchis et les gaspillages de toutes sortes. Finies les productions inutiles engendrées par la recherche vaine du plein emploi.
Et que d’emplois considérés aujourd’hui comme utiles perdraient alors leur raison d’être : banques, assurances privées, appareil policier et judiciaire, intermédiaires, etc., ce qui réduirait encore le service social.
C’est alors que nous pourrions crier avec notre camarade Carlesse : Vive l’impôt, mais le nôtre.

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Au fil des jours

par J.-P. MON
avril 1977

Dans « France-Soir » du 9-1-77, François Gault cherche des armes contre le chômage. Il écrit : «  Plus longue que prévu, la ’crise économique a modifié la politique industrielle et celle des échanges internationaux. Dans ces conditions, de nouvelles armes se révèlent nécessaires pour venir à bout du problème. On ne les connaît pas encore, mais on les cherche. »
Nous suggérons à F. Gault de s’abonner à «  La Grande Relève » et de nous ouvrir les colonnes de «  France-Soir ».

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L’automatisation du dessin des circuits intégrés est maintenant une réalité : associé à un ensemble de traçage photographique, un calculateur permet d’automatiser entièrement la phase manuelle de dessin des circuits intégrés et rend possible la conception de circuits imprimés de grandes dimensions.
La précision obtenue est de 1/100 de millimètre pour un carré de 300 mm de côté ou de 2/100 de mm pour une surface de 500 x 600 mm. La vitesse de tracé est de 100 mm à la seconde.

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Depuis quelques temps viennent d’apparaître sur le marché des testeurs automatiques de composants et de sous-ensembles électroniques. Permettant d’assurer les contrôles à la réception, en cours de production et en fin de fabrication, ils entraînent une amélioration de la qualité du produit fini et un abaissement des prix de revient.
Les testeurs automatiques apportent des avantages incontestables tant sur le plan fonctionnel qu’économique : le diagnostic est en effet beaucoup plus précis et plus rapide (quelques minutes au lieu de plusieurs heures) que lorsqu’il est est effectué par des techniciens. Ils permettent d’utiliser un personnel peu qualifié et rapidement formé.

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Le véritable motif de la grève qui vient de paralyser le centre informatique de la B.N.P. est la menace de la mise en place d’un vaste plan de restructuration de l’informatique dans les banques, entraînant, de très nombreuses suppressions de postes.

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Les trois exemples que nous venons d’évoquer démentent à l’évidence l’affirmation maintes fois entendue selon laquelle le progrès technologique ne supprime que des emplois de faible qualification et crée par contre des emplois exigeant un niveau de connaissance plus élevé.
Désormais, techniciens, dessinateurs, informaticiens, ingénieurs doivent un peu plus se sentir solidaires des manoeuvres et des O.S. et exiger avec eux un revenu garanti.

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Après le Tour de France des chômeurs en quête d’emploi, Raymond Barre va-t-il proposer le Tour de France des malades ?
Ses services se plaisent en effet à dire qu’il y a globalement assez de lits d’hôpital en France mais qu’on ne sait pas les utiliser.
Décidément, il va y avoir bientôt beaucoup de monde sur les routes !

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D’ailleurs, tout ce qui est social tracasse notre Premier ministre :
Après avoir prôné « l’assainissement » des Entreprises par l’allègement de la main-d’oeuvre (sidérurgie entre autres exemples), il s’en prend maintenant aux dépenses sociales : « Si l’on n’y met pas bon ordre, nous courrons à l’abîme » dit-il à ses proches collaborateurs. Selon lui, tout système qui tend à garantir à tous et à chacun un minimum de ressources entraîne l’existence d’un budget absorbant complètement le montant du produit national.
Nous avons pourtant vu dans le précédent « Fil des Jours » que le S.M.I.C. à 5 500 francs est parfaitement concevable dès à présent pour tous les ménages français.

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Le revenu minimum garanti n’est pourtant pas une utopie il est inscrit dans le programme du Parti Québécois qui vient de remporter les dernières élections législatives au Québec.
Et il ne s’agissait pas d’une simple promesse électorale puisque le ministre des Affaires Sociales du nouveau gouvernement québécois vient de soumettre au Conseil des Ministres un projet de mise en place progressive du revenu familial garanti.

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Il faut à tout prix maîtriser l’abondance  : la Commission Européenne préconise une réduction des capacités de raffinage de 16,5 % pour l’ensemble de l’Europe des Neuf. Elle recommande pour cela d’arrêter complètement les nouvelles constructions et de mettre hors service définitivement les installations les moins efficaces.

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Aux Etats-Unis, patrons et syndicats étudient divers projets concernant l’éventuelle réduction de la semaine de travail à 32 heures.
En France, le gouvernement et le patronat, toujours en retard d’une guerre, en sont encore à refuser les quarante heures.

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SOIT DIT EN PASSANT

Enfin une bonne nouvelle !

par G. LAFONT
avril 1977

Durant la dernière campagne électorale, celles des municipales, M. Giscard d’Estaing, histoire de se changer les idées, qu’il avait plutôt moroses, et de voir d’autres tronches que celles de ses ministres, est allé visiter le Salon de l’Agriculture à la Porte de Versailles. Et il en est sorti tout ragaillardi, le Président. Il en avait grand besoin.
C’est que le métier de président libéral avancé n’est pas un métier de tout repos. Il y a des cactus. Les adversaires, de l’opposition, bien sûr, et même ceux de la majorité, qui vous attendent au tournant. Et il y a les petits amis impatients qui voudraient prendre la place. Il y a aussi la conjoncture économique, l’inflation, le chômage, le franc qui se débine, et le reste. Comment voulez-vous gouverner dans de telles conditions ? C’est dur, vous savez.
Alors, il faut bien, de temps en temps, pour ne pas sombrer dans la déprime, aller se remonter le moral, au Salon de l’Agriculture, par exemple. C’est plus tonique que le Centre Pompidou, croyez-moi.
J’ignore, n’ayant pas été invité à cette belle cérémonie, si Giscard en est ressorti gonflé à bloc, comme on l’a dit, ou s’il a seulement fait semblant devant les photographes et les micros, mais c’était bien imité.
Je dois dire que, vue de la Porte de Versailles, quand le temps est beau, l’Agriculture et ses deux mamelles de la France, avec ses montagnes de choux- fleurs, ses tonnes de beurre, ses pyramides de camemberts, ses ovins primés, ses bovins déprimés, son matériel modernisé, ses hôtesses, et tout le folklore qui accompagne ce genre de manifestations, l’agriculture, même pour le visiteur distrait, offre un visage plutôt réconfortant.
C’est autre chose, j’imagine, que d’aller voir sur place, dans les campagnes, comment ça marche, que de se trimballer dans des chemins impossibles, serrer la paluche de tous les culs-terreux qu’on rencontre, souvent mal embouchés, en souriant, avec un petit mot gentil pour tout le monde. Surtout quand on n’est même pas foutu de faire la différence entre une vache landaise et un épagneul breton. Bien heureux encore quand ces péquenots ne s’amusent pas à barrer les routes ou à répandre sur la chaussée des artichauts arrosés de mazout.
Au salon de l’Agriculture tout s’est bien passé pour Giscard. Il était satisfait. « Quand l’agriculture va tout va, qu’il a dit, et quand l’agriculture ne va pas, rien ne va ». C’est comme le bâtiment.
Et puis, sur sa lancée, le Président a annoncé qu’un délégué aux industries alimentaires sera prochainement nommé par le gouvernement pour donner un nouvel élan à cette industrie, et, par contre-coup, à l’agriculture. Ca fera toujours un chômeur de casé.
Attendez, ce n’est pas fini. Giscard, visiblement en pleine forme, a ajouté : « Après les trois dernières années difficiles qu’a traversées l’agriculture, on peut actuellement prévoir en 1977 une augmentation en volume de la production agricole française, qui devrait dépasser les niveaux de 1975 et de 1976 ».
Autrement dit : Tout va pour le mieux et faites-moi confiance. Je tiens bon la barre.
C’est quand même une bonne nouvelle, non ?
Une bonne nouvelle ?,. Réflexion faite, ce n’est pas certain du tout. Je le dis, au risque de passer pour un trouble-fête. On voudrait bien faire confiance au Président, mais dans les propos pleins d’un si bel optimisme qu’il a tenus, il y a quelque chose qui me chiffonne Ou bien Giscard se paie notre tête à tous, ou bien il n’est pas au courant. Il a tellement à faire, cet homme.
Pourtant il devrait savoir qu’en dépit de toutes les difficultés qu’a connues l’agriculture depuis trois ans, le mauvais temps, la sécheresse, le mildiou, le doriphore, et tout, la France, avec le Marché Commun, n’a pas réussi encore à se débarrasser de toute sa surproduction. Les stocks de poudre de lait, de beurre et autres denrées s’entassent un peu partout jusqu’à devenir encombrants. Et pas le plus mince espoir de les fourguer, même à perte. (Mais aux frais des contribuables, comme le veut un usage solidement établi).
Alors, si maintenant la récolte 1977, comme l’annonce Giscard, se met à être bonne, c’est foutu ! Je ne vois pas comment le gouvernement, même avec à sa tête le meilleur économiste français, pourrait nous sortir de ce merdier.
On peut, bien sûr, en demandant un petit effort aux Françaises-Français, établir, après l’impôt sécheresse un impôt excédents. Quelqu’un y a sûrement pensé. Mais que fera-t-on des stocks ?
Giscard d’Estaing, pour être plein d’optimisme, doit bien avoir sa petite idée là-dessus. Je serais tout prêt à partager son optimisme s’il voulait bien, un four, venir nous expliquer son truc.
Je lui promis d’être sage. Et de ne pas aller refiler le tuyau à Mitterrand.

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Etranger

Un marché bien peu commun

par P. SIMON
avril 1977

C’est aujourd’hui 25 mars 1977 le vingtième anniversaire du Traité de Rome par lequel les ministres des Six (Allemagne, Belgique, France, Italie, Luxembourg, Pays-Bas) instituèrent la Communauté Economique Européenne (CEE) et la Communauté Européenne de l’Energie Atomique (EURATOM).
En janvier 1962, une Politique Agricole Commune vit le jour. Ses deux grands principes étaient la fixation chaque année de prix uniques à l’intérieur de la Communauté et une protection douanière efficace.
A deux reprises, en 1963 et 1975, une convention fut passée avec des pays du Tiers Monde (accords de Lomé).
En 1970, sur rapport de M. Barre (le même !) la CEE s’octroya un financement autonome et un fonds de soutien automatique de 2 milliards de dollars.
Sans nul doute, les intentions des fondateurs de la CEE étaient pures et généreuses. Vingt ans après, les réalisations obtenues laissent perplexe. A titre d’illustration voici plusieurs informations tirées de la très sérieuse revue britannique THE ECONOMIST dans ses numéros des 26 février, 5 mars et 12 mars 1977.
Le problème majeur de l’Europe verte est sans doute celui de ses excédents agricoles.
D’abord. les produits laitiers. L’année dernière, alors que la Communauté détenait déjà des stocks de 46 000 tonnes de beurre et de 437 000 tonnes de poudre de lait. les ministres ont accordé une augmentation de 7,5 % du prix du lait, encourageant la production mais décourageant la demande. Que les producteurs ne s’inquiètent pas ! La Communauté leur achète leurs produits au « prix d’intervention ». A ce titre, le fonds agricole a versé, en 1976. 1 200 millions d’unités de compte, monnaie conventionnelle en vigueur dans la Communauté en attendant une monnaie européenne. A titre d’indication. il faut environ 2 de ces unités pour acheter 1 kilo de beurre européen.
En janvier 1977, les stocks de beurre dépassaient 190 000 tonnes et ceux de poudre de lait un million de tonnes. Que faire de ces stocks  ? Les vendre sur le marché mondial ? Non, car le prix européen du beurre est environ 4 fois supérieur au prix mondial. Ou alors, on le vendra à bas prix et la Communauté versera la différence à l’exportateur. Grâce à ce système, les Russes viennent d’acheter, à grand scandale, du beurre européen moins cher que nous le pavons nous-mêmes. Pour apaiser les esprits on a décidé de ne plus leur en vendre. On va donc continuer à le stocker en entrepôts réfrigérés (il n’en coûte que 300 millions d’unités de compte par an et par tonne !).
Et si on le vendait au Tiers-Monde ? Eh bien, le Tiers-Monde ne s’intéresse qu’à la matière grasse du lait qu’il faudrait donc traiter, aux frais de la Communauté, avant de le lui expédier. Et les hôpitaux, et les écoles ? Ils sont acheteurs à bas prix, mais qui va payer la différence ? Faute d’action, les stocks de beurre s’éleveront sans doute à 350 000 tonnes d’ici la fin de l’année.
Ensuite le vin. La production croît de 2 1/4 %) par an mais la consommation diminue de 1 %, car les italiens et les Français, de loin les plus gros buveurs, lèvent moins facilement le coude. Pourtant, les surfaces cultivées n’ont guère augmenté, mais, grâce aux engrais et à l’irrigation les rendements, eux, augmentent. Quel plaisir d’apprendre que les versements du fonds agricole au secteur du vin ont été multipliés par plus de 12 entre 1973 et 1976, tant pour le stockage et le transport que la distillation.
Enfin, le sucre. Grâce à de fortes subventions son prix est maintenant le double du prix mondial. C’est pourquoi un produit de substitution, de 10 à 15 % meilleur marché, a vu le jour. C’est l’isoglucose, tiré du maïs et du blé, dont l’industrie est très prospère et qui donne satisfaction sauf qu’on ne peut le cristalliser. Ne me demandez pas pourquoi. Il ne reste qu’à se défaire des excédents de sucre européen en versant des indemnités aux exportateurs. Sans oublier qu’il faut bien laisser entrer quand même les importations de sucre de canne en provenance des pays signataires de l’accord de Lomé (1975).
Quand on se rappelle que le blé pose les mêmes problèmes à l’Europe que le beurre, la poudre de lait, le vin et le sucre, on a le vertige. Bien sûr, ces chiffres sont complaisamment étalés par une revue britannique et l’on sait que l’opinion britannique commence à se mordre les doigts d’avoir dit oui au référendum concernant son accession au Marché Commun. Depuis ce jour-là, elle a vu les prix des produits alimentaires monter en flèche, pour s’aligner sur les nôtres qui en faisaient autant. Et si l’inflation c’était un peu cela ?
Devant un tel gâchis on est en droit de se dire que nos économistes, nos experts et nos gouvernants font fausse route en manipulant leur sacrosaint marché comme ils le font, et qu’une solution de rechange s’impose de toute urgence. Pourquoi pas l’Economie Distributive ?

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Le droit de propriété et le revenu social

par J. CARLESSE
avril 1977

A QUI APPARTIENT LA NATURE ?

Selon les lois établies, le code civil et la justice humaine, on ne possède vraiment quelque chose que si l’on peut prouver que la personne qui vous l’a vendue en était légalement propriétaire.
Or, prenons un exemple : Vous possédez une montre en or qui marche bien. En avez-vous la propriété ?
Quelle est l’origine de cette montre ?
Son boîtier est en or. L’or a été extrait de la terre. Ceux qui l’ont extrait ne l’ont pas payé. Ils peuvent avoir acheté le terrain à quelqu’un, mais le premier propriétaire ne l’a pas acheté : il s’en est emparé... De même, d’autres hommes se sont emparés du fer de la terre qui fut utilisé dans la montre sous forme d’acier ; c’est également vrai pour les petits rubis dans la monture des pignons. A son tour le fabricant a payé un homme qui savait faire les montres ou bien il a acheté à quelqu’un un brevet pour leur fabrication.
Ce fut Pythagore qui divisa, le premier, le jour en vingt-quatre heures. Il fit don au monde de cette idée et de centaines d’autres idées sur les nombres et sur le temps.
Il n’y a pas une seule partie de la montre qui fut, à l’origine, achetée à quelqu’un qui en ait eu le droit exclusif, car personne n’a jamais acheté une seule chose à la nature.
Comment peut-on alors, prétendre en être le possesseur et avoir le droit de la vendre ? Nous sommes les obligés des grandes lois de la nature. Même l’inspiration de l’intelligence humaine est l’effet d’une illumination naturelle.
En réalité, le seul fait de venir dans ce monde nous confère la propriété indivise de toute la nature et fait de nous les héritiers de la lignée de savants, de chercheurs, d’ingénieurs qui nous ont précédés.
Il est impensable qu’un natif de cette terre soit dépourvu de tout droit sur elle, sa nature et ses fruits et sur les fruits de l’intelligence et du travail de ses ancêtres et des ancêtres de ses prochains.
Les premiers hommes s’attribuaient mutuellement ce droit. Le régime féodal ne l’a aliéné que partiellement par ses dîmes, ses tailles et ses corvées. Seul le régime capitaliste l’a aboli pour la grande majorité des vivants désormais voués au prolétariat.
Le but suprême du socialisme est de le rétablir sous une forme moderne.
Cette forme, pour nous, c’est le revenu social, ou la rente sociale.
Une propriété ne vaut que par les revenus qu’elle procure. Ces revenus ne peuvent provenir que de ceux qui achètent les fruits ou la production de la propriété. Ceux qui ont besoin de cette production tirent leur pouvoir d’achat, en tout cas la plupart d’entre eux, de la vente de leur travail. Le travail humain devenant une denrée de moins en moins nécessaire depuis l’avènement du machinisme, la clientèle s’amenuise. Force est donc de solvabiliser sous une autre forme les besoins de ceux qui ne possèdent rien à échanger, même pas leur capital travail.

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RENDRE A L’HOMME SES DROITS

Un courant d’idées est désormais dans l’air.
Un alinéa nouveau dans la déclaration des droits de l’homme s’impose : « tout citoyen, dès sa naissance, reçoit une reconnaissance le rendant propriétaire indivis de toute la production nationale, fruit de la nature et de l’oeuvre des générations qui l’ont précédé ».
Ce seul certificat l’affranchirait du prolétariat et le rendrait associé à part entière dans toute entreprise à laquelle Il apporterait son concours.
La science économique a fait de tels progrès que désormais on peut, sans expropriation spectaculaire, réaliser le socialisme de l’abondance.
L’Etat doit reprendre son droit régalien, lui donnant le monopole de la création monétaire, et chaque citoyen doit pouvoir se faire ouvrir un crédit, égal pour tous ; c’est la réalisation, sans brimades, de l’égalité économique, chacun affrontant la vie avec les mêmes chances et la même sécurité.
Nous avons vu que la propriété d’une usine ou d’un champ ne confère la richesse que par son revenu. Ce revenu dépend de son exploitation, donc des sommes investies pour elle.
Si le propriétaire de ces moyens de production doit faire appel au crédit national, s’il ne peut obtenir suffisamment de crédit qu’en s’associant à d’autres crédirentiers, son droit de propriété se borne à une possession nominale de la nue-propriété, l’usufruit étant partagé avec ses associés.

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C’est ce partage de l’usufruit de tous les moyens de production que nous préconisons sous l’appellation de revenu social et, l’utopie, c’est de croire qu’on peut, indéfiniment en ajourner le décret d’application en espérant, par des contorsions, réaliser encore le plein emploi.

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Un principe fondamental

par M. DIEUDONNÉ
avril 1977

« Le progrès technique crée de l’emploi » affirment les économistes. Si ce principe était juste, il y aurait de plus en plus d’emplois au fur et à mesure du développement du progrès, de moins en moins de chômage, la prospérité économique serait de mieux en mieux assurée, - si rien ne s’y opposait par ailleurs, bien entendu -. L’Economie du Gain s’adapterait parfaitement au progrès.
« Le progrès technique supprime de l’emploi », pensons-nous au contraire. Si ce principe était juste, le travail des machines de plus en plus automatiques se substituerait de. plus en plus au travail des hommes. Comme le progrès est illimité et irréversible, il condamnerait irrémédiablement l’emploi, le salaire en résultant, puis, en chaîne, le bénéfice, tous les autres gains et finalement l’Economie du Gain.

DEUX CONCEPTIONS DE LA REALITE

Nous sommes en présence de deux conceptions fondamentales diamétralement opposées. L’une est juste, l’autre est fausse. Une seule exprime la réalité. Si c’était la première, Economie du Gain pourrait subsister jusqu’à la fin des temps humains. Si c’était la deuxième, il serait impérieusement nécessaire de remplacer le gain par le revenu social, et l’Economie du Gain par l’Economie du Revenu Social.
Voilà le problème social le plus important des temps passés, présents et futurs, car de sa solution dépend l’avenir de l’économie, de la société, de la civilisation et de l’humanité. Ce problème est pourtant l’un des plus méconnus. Rien n’est donc plus important que répondre à cette question fondamentale, essentielle :
Le progrès technique crée-t-il ou supprime-t-il de l’emploi  ?

LE PERFECTIONNEMENT DES MACHINES

Il peut sembler évident qu’il en supprime. En effet. le progrès conduit à des machines de plus en plus automatiques qui fabriquent des machines elles-mêmes de plus en plus automatiques. Nous concevons difficilement qu’un tel processus crée de l’emploi. S’il en était ainsi. pourquoi donc les syndicats, les partis et tout le monde réclameraient-ils à cor et à cri, avec une étonnante obstination, de nouveaux emplois ? Pourquoi donc le Président de la République et le gouvernement claironneraient-ils à tout bout de champ, sans jamais s’en fatiguer, qu’ils vont créer de l’emploi ?
Un industriel se fait livrer et installer une machine moderne, en remplacement d’une autre, moins élaborée, afin de rendre le prix de ses marchandises plus compétitif. Il fallait deux hommes pour conduire l’ancienne machine, il n’en faut plus qu’un avec la nouvelle, qui, de surcroît, produit deux fois plus. Dans le cadre de cette entreprise, le progrès diminue l’emploi et augmente la production. De plus, pour produire la même quantité avec l’ancien matériel, il faudrait deux machines et quatre hommes. Ce n’est donc pas un seul emploi qui est supprimé, mais trois, dont deux, tués dans l’oeuf, ne pourront pas être offerts à deux jeunes travailleurs, qui seront chômeurs avant d’entrer dans la vie professionnelle, faute d’emplois éliminés par le progrès technique.

LES EMPLOIS NOUVEAUX

- C’est entendu, nous répond-on, le progrès élimine de l’emploi, mais il en crée plus qu’il en supprime, car il faut construire de nouvelles machines, les transporter, les installer, faire face à d’autres incidences.
Dans le prix d’une marchandise quelconque - que ce soit un objet d’usage courant, un engin ou une machine - est incorporé le prix de travail de toutes les personnes qui ont coopéré, de près ou de soin, directement ou indirectement, à sa fabrication et, en ce qui concerne la machine-outil, à son installation, car dans les affaires, personne ne fait de cadeau à personne.
Si le progrès créait plus d’emplois qu’il en supprime, le prix de la machine de notre industriel, et de son installation, serait supérieur au prix du travail de trois ouvriers pendant la durée de fonctionnement de cette machine, soit peut-être pendant une vingtaine d’années ou plus. On se demande alors pourquoi l’industriel aurait-il remplacé son outillage ? Pour dépenser plus d’argent ? Pour rendre ses prix moins compétitifs ? Pour être mis en faillite, pour perdre ses réserves et ses économies personnelles ?
Nous avons choisi un exemple simple pour faciliter la démonstration et la compréhension du sujet, mais la réalité du fait, sa matérialité dirait un juriste, est rigoureusement la même dans tous les cas. qu’il s’agisse d’un outil, d’un engin, d’une chaîne de fabrication ou d’un complexe industriel.

L’EXEMPLE DU CHEMIN DE FER

Pour étayer le principe de la création d’emplois par le progrès technique, l’argument massue mis en avant par les économistes est que les chemins de fer ont créé plus d’emplois qu’il y en avait à l’époque des diligences. Mais ils oublient d’ajouter que pour assurer avec des diligences et des charrettes le même trafic de voyageurs et de marchandises qu’avec les chemins de fer, le nombre des emplois d’éleveurs de chevaux, de palefreniers, de cochers, d’aubergistes de relais, de charrons, de bourreliers, de carrossiers, de maréchaux-ferrants, de cantonniers, etc., serait tellement élevé qu’il dépasserait énormément la capacité nationale d’emploi. En mettant toutes nos possibilités de main-d’oeuvre et d’élevage de chevaux
dans le transport hippomobile, on assurerait sûrement le plein-emploi, mais aussi un trafic extrêmement inférieur à celui des chemins de fer. Cela signifie que le progrès technique diminue l’emploi et augmente la production, le rendement, la productivité.
La conclusion de nos observations, puis de l’ana. lyse de l’argument des économistes sur les chemins de fer, est que le progrès technique supprime de l’emploi. Il nous sera impossible de changer d’avis tant que la démonstration du contraire ne sera pas faite, en langage clair et sans faux-fuyant. A défaut, nous sommes convaincus d’avoir raison ; donc nous pensons que les économistes ont tort sur ce principe fondamental, jusqu’à preuve du contraire. Or, cette preuve, ils refusent de nous la donner. Ils refusent de passer notre démonstration au crible de la critique. Ils gardent le silence le plus absolu sur l’économie distributive et sur tout ce qui s’y rapporte, sur tout ce qui y conduit. Devant cette attitude négative, nous ne pouvons que formuler des hypothèses :

POURQUOI CACHER LA VERITE ?

Se trompent-ils sur le principe fondamental ? Mentent-ils par omission ? Sont-ils obnubilés ?
S’ils se trompent, on se demande comment il est possible que tous les économistes du monde se trompent, à notre connaissance du moins, et que seuls les disciples de J. Duboin, notre maître, appréhendent après lui, une vérité qui leur semble évidente ?
S’ils mentent, en fait ou par omission, ce ne sont pas des savants, mais de faux savants, car dans le domaine scientifique sont ainsi considérés ceux qui ne disent pas la vérité. La première qualité d’un savant, c’est la sincérité. Il doit dire ce qu’il croit être la vérité, même si elle ne lui plaît pas, même si elle ne plaît à personne, même si elle heurte les convictions les plus profondes. C’est précisément ce qu’a fait un économiste courageux, épris de vérité, J. Duboin. Son oeuvre méritait au moins un examen sérieux, voire une réfutation éventuelle. Cependant, depuis 1932, soit pendant près d’un demi-siècle, ses collègues lui ont opposé le silence opâque le plus méprisant. Nous nous abstiendrons de commenter leur attitude inqualifiable, tant elle est contraire à la raison, à la solidarité et à l’esprit scientifique. L’histoire parlera encore de Jacques Duboin, généreux pionnier de la civilisation, la vraie, pas celle de l’argent, quand le nom de ceux gui le méprisent aura été oublié depuis longtemps. Bref, ne pas dire la vérité, mentir par omission, c’est être un partisan avant tout au service de son parti, de ses convictions et de ses préjugés.
Les économistes sont-ils obnubilés par leur propre enseignement, transmis de génération en génération ? Sont-ils submergés à leur insu par le préjugé de la pérennité de l’économie du gain, ce qui paralyserait leur faculté de penser à cet endroit ?
Sont-ils effrayés inconsciemment par l’envergure du problème ? Ont-ils peur de se compromettre, de perdre leur situation, de passer pour des utopistes, des illuminés sans plomb dans la cervelle et qu’on ne prendrait pas au sérieux ? Bien sûr, s’ils reconnaissaient publiquement que l’emploi est condamné par le progrès, il leur faudrait envisager de remplacer le gain qui en résulte par un revenu social, d’où un changement d’économie, de société, de civilisation et, finalement, de mentalité. Il y a de quoi être effrayé, en effet !... Mais il y a plus effrayant encore, c’est de laisser le monde dans l’ignorance, dans la nuit, sans boussole pour se diriger, sans but. Là est la cause de l’extrême confusion qui règne dans les esprits et la société.

LES CONSEQUENCES

La responsabilité des économistes est énorme la société leur fait confiance. Elle attend d’eux d’être renseignée, parce qu’ils sont des professionnels en la matière, professeurs de faculté, spécialistes, experts, savants en sciences économiques. Ils sont conseillers des syndicats, des partis de droite ou de gauche, du gouvernement - quand ils, ne cumulent pas les fonctions d’économiste et de ministre. Ils ont largement accès à la presse, écrite ou parlée. En somme, ils exercent une influence considérable sur l’opinion publique et particulièrement sur les personnes ayant des responsabilités. Méritent-Ils la confiance que tout le monde leur accorde ? Ne trahissent-ils pas leur mission en laissant dans l’ignorance le monde qu’ils sont chargés d’informer ? Nous aussi, nous sommes effrayés, mais n’est-ce pas par leur attitude négative, par leur silence, par leur refus d’examiner sérieusement le problème fondamental, essentiel, le plus important de tous les temps et oui est, c’est un comble, de leur seule compétence  !...
De toute façon, « on ne sait pas où on va, mais on y court !... » a dit quelqu’un. Cette petite phrase exprime parfaitement l’ignorance et la folie du monde présent. On se demande à quoi servent les économistes, qui restent aussi muets que des statues devant cette extrême confusion dans laquelle le monde s’englue. Cela suscite dans le coeur de tous le vague sentiment que rien de bon ne peut en résulter, l’humanité accomplit sa destinée sous les ailes poires de la fatalité contre laquelle on ne peut rien faire.
A l’inverse de cet abandon dû à la défaite de la pensée. au manque de courage pu au préjugé des économistes, la certitude que nous sommes sur la bonne voie, d’où l’on découvre la merveilleuse perspective d’un monde nouveau en harmonie avec le travail des machines, soulève notre enthousiasme, notre espérance et même, en dépit des apparences, notre confiance en l’humanité. Cette dernière réaliserait l’économie distributive si elle était informée comme elle devrait l’être à ce sujet, d’une importance de loin sans pareille.

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Tribune libre

Le mouvement distributif et la politique

par J. LE MORVAN
avril 1977

Dans le précédent numéro de «  La Grande Relève » j’ai rappelé la discrétion de Jacques Duboin à l’égard des activités politiques partisanes. Il pensait et espérait que la propagande éducative du « Mouvement Français pour l’Abondance » finirait par ouvrir les yeux d’un nombre important de Français et notamment des responsables politiques et syndicaux. Quarante années d’action opiniâtre n’ont pas permis de réaliser cet espoir.
A l’heure présente, et depuis six ans, nous vivons une profonde crise de régime. Nous comptons, en France, plus d’un million de chômeurs résultant de la politique d’un gouvernement qui entend réduire sensiblement la consommation populaire et ne pas dépasser les 4 % d’expansion annuelle tout en exportant massivement pour tenter d’équilibrer la balance commerciale. Cette politique anti- populaire provoque inévitablement un renforcement de l’autoritarisme gouvernemental, et le fascisme se profile à l’horizon.
L’économie capitaliste a atteint ses propres limites mais un gouvernement aux ordres de la Finance et du grand patronat cherche, coûte que coûte, à la faire se survivre. Quant à la Gauche qui demeure fidèle à la vision utopique de ce « socialisme de la rareté » fustigée à bon droit par Jacques Duboin, elle serait, de ce fait, incapable de redresser la situation si les élections législatives la portaient au pouvoir.

QUE POUVONS-NOUS FAIRE ?

Cette situation provoque l’inquiétude des Français qui réfléchissent. Ils sont de plus en plus nombreux car il n’y a pas que ceux qui, d’un côté, déclarent  : « Barrons la route au collectivisme et tout s’arrangera » et, de l’autre côté, ceux qui s’imaginent que si «  le Programme Commun de la Gauche » arrivait au gouvernement tous les problèmes seraient résolus.

Nous vivons donc une période historique pendant laquelle se multiplient les hommes et les femmes qui sont en mesure de nous entendre. Et ne l’oublions pas. NOUS SOMMES LES SEULS A PROPOSER DES SOLUTIONS ETUDIEES. Mais ces hommes et ces femmes ne viendront à nous que si nous descendons de notre Olympe. Nous devons non seulement leur dire ce que sera une société soutenue et vivifiée par une économie distributive mais encore leur montrer COMMENT nous pouvons l’atteindre. C’est là un problème de stratégie politique qu’il n’est plus possible de négliger... puisque les partis et les syndicats ont refusé de l’étudier.
IL N’EST PLUS POSSIBLE D’ATTENDRE.

UNE STRATEGIE

Nous devons être attentifs aux avis expérimentés de Jacques Duboin qui, nous l’avons rappelé, déclarait que les Parlements sont toujours incapables de mettre en route une véritable transformation de la société. Ce n’est donc pas dans les partis politiques que nous devons placer nos espoirs.
Notre appel doit s’adresser à tous les hommes et à toutes les femmes qui comprennent que « ça ne peut plus durer  », que « les emplâtres sur jambes de bois » sont plus dérisoires que jamais et qu’il faut mettre en route une nouvelle société.
C’est A. TOUS que nous devons faire comprendre que l’instrument de cette transformation est dans les mains de ceux qui tiennent les leviers de l’économie : les travailleurs.
Même en face d’un gouvernement dictatorial, ils sont les maîtres. Car si les usines s’arrêtent ce ne sont ni les C.R.S. ni des militaires qui seront capables de les remettre en marche. Mais, pour qu’une grève soit suffisamment générale, il faut que les travailleurs sachent pourquoi ils se battent et ce qui sera fait de leur victoire.
C’est alors que la nécessité de notre action apparaît. Non seulement nous devons leur apprendre quelle société doit être MAINTENANT édifiée mais aussi COMMENT nous la bâtirons ensemble.
Ne leur laissons jamais croire qu’elle pourrait naître spontanément de la grève générale, sans coordination entre les entreprises en grève, sans un centre coordinateur de leur action, sans la conquête du pouvoir politique et sans la mise en route de la société socialiste et distributive par leurs propres délégués.
Il faut leur rappeler qu’au cours des 40 dernières années le pouvoir politique fut plusieurs fois vacant. Il n’y a que neuf ans, en 1968, il serait tombé aux mains des travailleurs... si leurs responsables syndicaux et politiques avaient eu une envergure d’hommes d’Etat révolutionnaire. Mais ils ne l’avaient pas et, au gouvernement, les responsables syndicaux ou politiques se seraient trouvés désemparés parce que n’ayant pas pensé préalablement la transformation écot inique et sociale.
En 1936, Léon Blum et Maurice Thorez eurent bien en mains les leviers politiques pendant quelques mois, mais « révolutionnaires sans révolution A, selon le mot de Gaston Bergery, ils ne furent que u les honnêtes gérants du régime capitaliste  ».
Aujourd’hui, la situation économique de la France est autrement plus détériorée qu’en 1936 et 1968. Notre action devient beaucoup plus nécessaire et urgente.

L’UNION NECESSAIRE

C’est aux militants pour l’Economie Distributive qu’il appartient de former H des hommes d’Etat socialistes » qui seront capables de mettre en route la société nouvelle qui nous permettra de vivre en sécurité, dans l’aisance et la joie, cette joie qui naîtra d’une société pénétrée de l’esprit de liberté et de fraternité.
Mais nous ne serons capables de remplir cette urgente mission que si nous mettons, très rapidement, un terme à nos divisions. Ceux qui ont compris la nécessité d’une société distributive sont aujourd’hui, en France, peu nombreux ; le plus impérieux de leur devoir est d’unir leurs faiblesses - dans la fidélité au message de Jacques Duboin - pour en faire une force qui soit en mesure de réveiller ce pays et de lui montrer la route de son salut.

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