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   Mensuel de réflexion socio-économique vers l’Économie Distributive
 
 
 
 
 
AED La Grande Relève Articles > N° 1066 - juin 2006

 

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N° 1066 - juin 2006

Incohérences   (Afficher article seul)

Jean-Pierre Mon pointe deux faits d’actualité :

Pour réduire les gaz à effet de serre, on a créé la “Bourse des droits à polluer”, et krach ! les marchés se plaignent qu’on n’a pas assez pollué !

Il faut, dit-on, réduire la dette extérieure : le Danemark l’a fait, et crac, c’est la fin du modèle Danois !

Du bon usage du service public   (Afficher article seul)

Prenant l’exemple de la Poste, Marie-Louise Duboin montre que “moderniser” une entreprise de services afin qu’elle soit rentable, est incompatible avec ce qu’on entend par “service public”.

La question essentielle   (Afficher article seul)

Jean Mathieu tente d’inciter ses amis les Verts à pousser plus loin leur analyse, jusqu’à comprendre que leurs aspirations sont incompatibles avec l’économie basée sur l’échange.

Demandez le programme ! - 3.La valeur de l’activité humaine   (Afficher article seul)

Dans la perspective des Présidentielles, François Châtel conclut ses réflexions en montrant que, dans tout projet de société, ce qui est déterminant c’est la façon dont les motivations profondes des comportements individuels sont utilisées.

Les bonnes questions   (Afficher article seul)

J’ai fait un rêve   (Afficher article seul)

Au fil des jours   (Afficher article seul)

Franco cacophonie   (Afficher article seul)

Paul Vincent, grâce à l’expérience de ses nombreux contacts avec des étrangers, apporte son témoignage, qui va à l’encontre des lois préparées par le ministre de l’Intérieur.

Le vrai scandale des... “flots boueux”   (Afficher article seul)

... est que les données de Clearstream ne sont pas accessibles à la justice financière.

Sommes-nous en 1788 ?   (Afficher article seul)

Gérard-Henri Brissé voit la fin d’un monde dans l’attitude des responsables de la politique actuelle. Peut-on espérer une renaissance ?

Une pièce de monnaie   (Afficher article seul)

Alain Vidal a monté une pièce pour expliquer la création monétaire

Association Bio Consom’acteurs   (Afficher article seul)

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Actualités

Incohérences

par J.-P. MON
4 juin 2006

La Banque nationale du Danemark a annoncé le 31 mars un surplus de 36 milliards de couronnes (4,8 milliards d’euros), en précisant en tête de son communiqué qu’il s’agissait d’une première « depuis la deuxième guerre mondiale » [1]. À la fin des années 1980, la dette danoise atteignait presque 50 % du produit national brut (PNB). La politique de réduction de cette dette, entreprise depuis vingt ans, a finalement été couronnée de succès. Le Danemark rejoint ainsi le petit cercle des pays qui se sont débarrassés de leur dette extérieure. « C’est aussi le signe que notre économie est très saine, commente J.Thustrup, le directeur d’IFKA, un institut danois d’analyse de la conjoncture. Et cela montre au reste du monde que l’on réussit plutôt bien ». Pourtant, le ministre des finances, Thor Pedersen, a prévenu qu’il ne s’en suivrait ni baisses d’impôts ni hausse de la consommation : « Nous pouvons être heureux sans distribuer de cadeaux ». Les économistes danois expliquent que la bonne situation actuelle est aussi due au fait que depuis une dizaine d’années, le Danemark est devenu exportateur net de gaz et de pétrole. Même s’il est prévu que la croissance se tasse cette année (2,4% contre 2,8 en 2005), le taux de chômage devrait baisser à 4,4 %, l’excédent public serait de 2,25 % du produit intérieur brut (PIB) tandis que la dette publique devrait également être réduite à 30 % du PIB.

Or ces succès ne suffisent pas au premier ministre “libéral” A. F. Rasmussen, car le 4 avril, il a présenté un plan de réforme à long terme de l’État-providence qui prévoit notamment une hausse de l’âge de la préretraite de 60 à 63 ans, applicable à partir de 2017, et la possibilité, à compter de 2025, de toucher sa retraite à partir de 67 ans au lieu de 65 ans aujourd’hui. S’il a annoncé une hausse des fonds pour la recherche publique, il a aussi prévu un durcissement des règles pour les chômeurs “trop peu actifs” (sic). Selon le gouvernement, ces réformes sont destinées à garantir la pérennité de l’État-providence. Refrain connu !

La riposte n’a pas tardé : le 17 mai, avec 70.000 manifestants à Copenhague, 100.000 dans tout le Danemark (qui ne compte que 5,4 millions d’habitants), le pays a connu la mobilisation la plus massive depuis vingt ans [2]. La France “qui manifeste pour un oui ou pour un non” aurait-elle fait école ? Toujours est-il que le mouvement initié par les syndicats et soutenu par le parti social-démocrate, a fortement irrité le gouvernement, en pleine négociation avec l’ensemble des partis politiques, y compris les sociaux-démocrates, afin de dégager un consensus et une majorité parlementaire pour faire aboutir ces “réformes” de l’État-providence.

Un très grand nombre de jeunes ont pris part à ces manifestations, notamment pour s’opposer au projet gouvernemental de réduction des bourses d’études. (Le Danemark est le pays qui consacre la plus grande part de son PNB à ces bourses). Le gouvernement souhaite que les jeunes démarrent plus vite dans la vie professionnelle et passent moins de temps à leurs études [3].

Nous ne polluons pas assez !!

Le Monde du 2 mai annonçait une catastrophe d’un nouveau genre, sous le titre : « la Bourse des “droits à polluer”, Powernext, essuie un mini-krach ».

De quoi s’agit-il ? Le journaliste expliquait d’abord le fonctionnement de Powernext : « En application du protocole de Kyoto sur la réduction des gaz à effet de serre, l’Europe a attribué près de 2 milliards de certificats à ses entreprises, dont 156 millions à la France pour 1.100 sites industriels (25 millions pour Arcelor, 21 millions pour EDF, ...). Chaque jour, suivant leur activité et la pollution qu’ils génèrent, les industriels peuvent échanger ces quotas de gré à gré, en acheter et en vendre au comptant sur Powernext ou les négocier sur les marchés à terme, comme celui de Londres. »

Puis il déplorait que ces marchés venaient de « subir la même dégringolade » car « les émissions de CO2 n’ayant pas atteint le niveau attendu, de nombreux certificats risquent donc de ne pas trouver preneur. D’autant que, au terme de la première période d’attribution, qui court jusqu’à la fin de l’année 2007, leurs détenteurs ne pourront pas en reporter l’utilisation ».

Ainsi, dix mois après son lancement, on constate que la Bourse française du dioxyde de carbone subit de fortes turbulences... à cause de l’amélioration imprévue de la qualité de l’air ! En effet, le prix du certificat d’émission (un droit à polluer équivaut à 1 tonne de CO2) échangé sur ce marché est tombé de 30 euros le 19 avril à 13,19 euros le 28 avril. Pour des groupes comme Rhodia, qui y ont beaucoup investi, cela représente des pertes sensibles. Comme quoi un bien pour la santé publique ne fait pas le bonheur des spéculateurs sur le marché.

Pour le directeur de Powernext, la « raison fondamentale » de ce mini-krach est la faiblesse imprévue des émissions de CO2 en France, aux Pays-Bas, en République tchèque, en Estonie et en Belgique (Wallonie). Ce sont en effet 36 millions de tonnes de CO2 qui n’ont pas été rejetées dans l’atmosphère en 2005, dont 18 millions pour la France. Et la chute pourrait se poursuivre si, dans les prochains jours, l’Allemagne, l’Italie et la Grande-Bretagne annonçaient aussi qu’elles ont moins pollué que prévu.

Encore un problème dû à une croissance trop faible... !!

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[1] Le Monde, 19/04/2006.

[2] Le Monde, 19/05/2006.

[3] À la différence de la France, beaucoup de jeunes Danois en quittant l’école passent plusieurs années (4 ans en moyenne ) à voyager et à travailler avant d’entamer leurs études supérieures. Le gouvernement voudrait que cet intermède diminue afin que les jeunes entrent dans la vie active au moins un an plus tôt.

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Actualité

Du bon usage du service public

par M.-L. DUBOIN
4 juin 2006

D’abord, fermer les bureaux de Poste destinés à quelques usagers habitant loin d’un centre-ville. Puis raccourcir la durée d’ouverture des autres guichets afin d’en réduire les effectifs, quitte à en allonger les files d’attente. Tirer profit de ces files en installant à côté des présentoirs pour vendre des gadgets qui n’ont absolument rien à voir avec la mission de la Poste (ballons de foot ou T-shirts à l’effigie d’un joueur, par exemple). Supprimer purement et simplement quelques distributions de courrier. Mais imposer à tout le monde la façon de rédiger une adresse, pour pouvoir très vite automatiser complètement le tri. Et supprimer en même temps “l’appel des facteurs” qui permettait d’acheminer tant d’enveloppes incomplètes : elles iront désormais à la poubelle, c’est plus rapide. Ne pas oublier d’imposer de lourds contrats (une quarantaine de pages au moins) aux petits organes de presse, en leur compliquant la vie, en leur fixant un étroit créneau pour leurs dépôts, etc., quitte à restreindre ce qui restait de liberté en ce domaine. Et puis refuser désormais d’acheminer tous les colis ordinaires, n’accepter que les “colissimo”, au tarif fort.

Voilà, en résumé, les récentes “réformes” du service public, en l’occurence celui qui est le premier dit “de proximité” !

Bien que ces réformes soient présentées comme une modernisation, et tout en affirmant qu’on tient à « pérenniser les services d’intérêt général », y a-t-il encore beaucoup d’usagers, transformés en clients, qui sont dupes ?

Qui ne s’aperçoit pas que transformer ce qui était un service public en un service rentable conduit à faire payer plus cher un service moins accessible, déshumanisé et souvent moins bon ?

Les services postaux ont été pris ci-dessus comme exemples, mais ceux de la santé et de l’éducation, encore plus vitaux, plus essentiels, prennent également, à marche forcée, et qu’on le veuille ou non, cette même voie vers la rentabilité.

Rentabilité. Voilà, le mot-clé.

Car ces dégradations rapportent gros.

Les chiffres le prouvent :

Le Président de l’entreprise La Poste, Jean-Paul Bailly, ex-patron de la RATP, les a présentés le 3 mai [1] à ses administrateurs : ses bénéfices (557 millions d’euros) sont en hausse de près de 50 % en 2005, et le rendement de ses fonds propres est passé de 13,3 % à 15,2 %. Son “chiffre d’affaires” atteint 19,3 milliards d’euros, il est en progression de 3,5 % ; la simple augmentation du prix du timbre, en 2003 puis en 2005, l’a accru de la bagatelle de 276 millions d’euros, une manne qui ne se renouvellera probablement pas en 2006, année “préélectorale” !

Il reste à La Poste la question du financement de la retraite de ses agents, car ils ont (encore) le statut de fonctionnaires d’État. Mais cela est en cours d’arrangement : les charges dues par La Poste à ce titre vont être progressivement allégées, elle versera un forfait à l’État, et celui-ci, comme l’explique la journaliste du quotidien Le Monde, se « délestera de sa nouvelle dette auprès de la Caisse nationale d’assurance-vieillesse ». Celle-ci sera donc un peu plus en déficit, et il n’y aura qu’à expliquer aux vieux qu’il est de leur devoir civique de se serrer la ceinture.

Partant de l’idée que toute entreprise doit être compétitive, il faut qu’elle soit rentable, sinon les investisseurs favorisent ses rivales et la mettent en faillite. Or une entreprise ne peut être rentable qu’en faisant du bénéfice, au détriment soit de ses clients, soit de ses employés, ou des deux. La boucle est bouclée, bien bouclée.

Que la droite, qui place son idéal sur la prospérité de “l’Entreprise”, soutienne de tels raisonnements, c’est sa logique. Mais quand un parti qui se dit de gauche, prétendant poursuivre un idéal plus humaniste, ou disons seulement plus social, la suit sur ce terrain, comment s’étonner qu’il perde la confiance de ses électeurs, comme on l’a vu en 2002 et l’an dernier pour le référendum ? Il ne la retrouvera qu’en dénonçant les mécanismes pervers de la compétitivité, c’est-à-dire, car il faut être clair, la loi du marché, et en bâtissant un vrai projet sur la coopération, la solidarité et le partage.

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[1] Voir Le Monde du 04/05/2006.

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Dans la perspective des élections de l’an prochain, l’heure est à la réflexion dans tous les grands partis politiques. Or jusqu’à présent aucun d’entre eux n’a manifesté une réelle prise de conscience des vrais problèmes de notre temps, des nouvelles méthodes de production, par exemple. Tous s’engouffrent dans la même fuite en avant, ne voyant d’issue que dans la croissance.

Tout juste si, pour supprimer le chômage, ils ne vont pas promettre le retour du plein emploi de jadis !

Les écologistes, par vocation, ont sur les autres partis l’avantage de vouloir lutter contre la dégradation de l’environnement. Certains d’entre eux vont même jusqu’à dénoncer le productivisme, ou seulement ses excès, rêvant d’une décroissance volontaire et d’éco-taxes. Mais sans proposer une autre logique que celle du système marchand.

Pour élaborer un programme cohérent et viable, il faut pourtant qu’ils osent pousser plus loin leur analyse des mécanismes du marché, de celui du travail tout particulièrement, et Jean Mathieu s’efforce depuis longtemps de les y amener. Lucide et clairvoyant, il s’est adressé à ses amis les Verts en ces termes :

La question essentielle

par J. MATHIEU
4 juin 2006

Les motions Vertes qui chaque année se font un devoir de rappeler nos valeurs, notre spécificité, ce pourquoi nous sommes là, ont en commun d’invoquer les possibilités limitées de notre planète en regard de la boulimie productiviste de notre économie du Toujours plus !

Conscients du danger pour les générations à venir, les Verts veulent arrêter le gaspillage des ressources, économiser l’énergie, limiter les besoins et les déchets, cesser d’empiéter sur la nature, la faune, la flore, la stratosphère, etc.

Un gouvernement, dit de gauche, dont nous avons partagé quelques responsabilités, estimait que tout allait progressivement rentrer dans l’ordre (chômage, retraites, précarités, délinquances, etc.) dès lors que les feux verts de la croissance seraient de nouveau allumés.

Quelle croissance ?

Croissance de qui, de quoi ?

Nous voilà une fois de plus directement interpellés par un mécanisme qui semble lier toute possibilité d’avenir à ce terme-là. Nous réclamons de l’utile et du soutenable pour sauver le monde, mais dans le cadre des “grands équilibres” dont nous sommes tributaires, quelle est l’utilité qui prévaut ?

Là est la question.

Et comment l’éviter, puisque là est le sujet où nous nous distinguons ?

Une logique qu’il faut analyser

Sauf à faire l’autruche indéfiniment, il nous faudra bien tôt ou tard convenir que notre monde est embringué dans une logique évolutive de causes à effets qu’il importe d’analyser conséquemment :

• 1. Nous sommes régis par une économie où l’obtention des revenus repose sur un mécanisme de transactions permanentes : salaires pour les uns, profits pour les autres.

• 2. Reste que pour survivre dans une telle société, il faut toujours trouver à vendre quelque chose : sa capacité de travail, le produit de ses œuvres, ou un service quelconque. C’est l’entremise monétaire qui est vitale et pas son objet. L’obtention de l’argent du beurre conditionne l’accès au beurre même quand la pléthore de beurre est dite “catastrophique”.

• 3. L’essor technologique du XX ème siècle est tel que la seule économie des biens “utiles”, ou pour le moins inoffensifs, donne de moins en moins matière à emplois et activités solvabilisatrices. Pour la pérennité du système, force est donc de recourir à l’expansion continue d’activités superflues, nuisibles, souvent nocives, voire carrément criminelles. La substitution de l’héroïne au blé est sur ce point exemplaire. La marchandisation “corps et âmes” de toute forme de vie en est l’aboutissement.

• 4. Dans ce contexte, seuls les employés de l’État jouissent d’un statut qui les affranchit de l’évolution perverse du secteur marchand. Mais le budget, complètement assujetti à la fiscalité marchande, limite toute possibilité d’étendre cette salutaire promotion.

Nous avons dit “utiles”. Mais qu’en est-il de l’utilité dans ces conditions ?

De quelle utilité parle-t-on ?

Le critère de l’utilité réclamée par les Verts pour cadrer leur développement soutenable, il y a belle lurette qu’il est monopolisé par une tout autre signification : est “utile” tout ce qui engendre une transaction marchande, et par conséquent pérennise le système ! Voilà tout. Et le reste n’est que littérature pour écolos du dimanche.

Si donc les Verts veulent faire prévaloir le critère de l’utilité réelle et non plus celui de l’utilité marchande, ils doivent clairement dénoncer une économie d’échanges constants qu’il faut sans cesse abreuver de pacotilles ou d’engins de mort, et qui ne survit en réalité que par le gaspillage et l’obsolescence programmée de tout ce qu’elle fabrique.

Il nous faut expliquer pourquoi ce système est devenu intrinsèquement pervers au point de nous contraindre d’en changer.

Profitant de la hausse des cours du pétrole (plus de 40% en 2005), la compagnie américaine ExxonMobil, premier pétrolier mondial, a enregistré une hausse de 42% de son bénéfice qui a atteint 36,13 milliards de dollars (29,87 milliards d’euros).

Ce profit est supérieur au produit intérieur brut de 125 des 164 pays classés par la Banque mondiale et est équivalent à celui de la Slovaquie.

Mais nous ne pouvons pas non plus en rester là. Changer de système n’est recevable que si l’on se montre capable d’en proposer un autre, apte à tenir la route sans dérive totalitaire. Nous attendons encore le projet cohérent de gestion écologique de la société. Quelque chose comme un mode d’emploi possible de la croissance zéro. Un mode d’emploi tous comptes faits si libérateur qu’il “démodernise” à leur tour les insoutenables Machiavel de la précarité flexible, des caddies à flux tendu, des missiles en stock options, et du Veau d’or triomphant.

Il est vrai que tout cela n’est pas à l’échelle d’une législature et que nos valeureux élus amenés à gérer des orientations plus modestes peuvent difficilement maintenir le cap. D’autant qu’étant les seuls à revendiquer le long terme, nous courons grand risque de perdre notre crédit avant d’y arriver. Ainsi la marée noire conforte nos thèses, mais illustre notre impuissance plutôt que notre efficacité. Dans la même foulée, nous en venons à “écotaxer” la croissance, ce qui, comble d’ironie, nous promeut inventeurs d’un nouveau produit à vendre : la pollution (déjà les États-Unis sont acheteurs de parts [1]).

Où allons-nous ??

Force est de constater que l’écologie gestionnaire n’ose en fait rien proposer qui se démarque des normes pernicieuses de la comptabilité imposée.

Mais alors, s’il faut toujours ramer comme les autres pour avoir l’air sérieux, où allons-nous ?

Le propre d’un parti qui aspire à faire de la politique autrement, parce qu’il prévoit le pire, n’est-il pas de tirer le signal d’alarme suffisamment fort pour être entendu du bon peuple ? Qui, lui, parce qu’il n’a pas le choix, en est toujours à réclamer du boulot... Du boulot pour avoir de l’argent... De l’argent pour pouvoir acheter à manger... À manger pour rester en vie aujourd’hui... Tandis que le Déluge, c’est pour plus tard...

On en était déjà arrivé là en 1933, et c’est avec le super boulot des armements que le providentiel Hitler a gagné les élections.

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[1] NDLR : À ce sujet, l’article au titre ironique :“Nous ne polluons pas assez” a montré (page 2) que les États-Unis ont fait école.

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Alors que les partis politiques préparent les élections de 2007, François Châtel, dans nos deux précédents numéros, a montré que le bilan du système actuel discrèdite l’idéologie qui le soutient, puis il a exprimé son aspiration à un autre avenir et d’autres préoccupations pour l’humanité. Il aborde pour finir le fond du problème, la façon dont un projet de société utilise les motivations profondes des comportements individuels :

Demandez le programme ! - 3.La valeur de l’activité humaine

par F. CHÂTEL
4 juin 2006

La valeur de l’activité humaine

Si le prix de revient d’un objet peut s’établir en fonction de la rareté des matières premières dont il est constitué, de la quantité d’énergie dépensée pour le confectionner et de l’impact de sa fabrication sur l’environnement, comment y intégrer la valeur de l’intervention humaine ? Même dans le cas d’une réalisation artistique, c’est la valeur de l’œuvre que l’on mesure, par sa rareté et son succès, mais non pas l’intervention humaine qui, elle, n’est pas mesurable. Comment comparer l’unité de temps d’une vie humaine avec une unité de mesure quelle qu’elle soit ? On ne saurait établir la valeur d’une heure de vie humaine en utilisant une unité de mesure, de même que l’intelligence ne peut se mesurer par le Q.I. Non chiffrable et dépourvue de valeur mesurable, l’activité humaine doit être gratuite.

* NDLR :

Rappelons brièvement que l’économie de partage, (dite aussi distributive, ou de répartition) que nous proposons, comporte trois volets :

1. un revenu garanti

2. versé dans une monnaie non circulante (dite de consommation) parce que gagée sur les richesses produites,

3. une participation à l’activité de la société, librement choisie par le citoyen et qu’il définit dans son contrat civique.

Et dans un contrat civique* elle ne peut être classée dans une hiérarchie de valeurs. Dans le domaine où une personne exerce son activité, celle-ci va s’intégrer et s’associer avec d’autres activités pour rendre leur action efficace et atteindre leur objectif le mieux possible. Il y aura une hiérarchie, mais elle sera de fonction non pas de valeur. Et le même citoyen, en exerçant une autre activité dans une autre équipe, va faire partie d’une autre hiérarchie de fonction. Mais ces hiérarchies ne peuvent influencer l’Avoir, parce que le revenu de consommation est séparé de cette ou de ces activités.

La participation à une activité sociale est conditionnée, comme le disait Henri Laborit, à la gratification escomptée ou acquise dans son exercice. Cette acquisition sera réalisée par la réponse positive à l’instinct de dominance, ce terme de dominance désignant le besoin d’être reconnu et apprécié dans l’expression de ses compétences et de ses talents personnels. C’est par cette gratification que l’homme (et la femme) sera réconcilié avec le “travail”, mais d’une façon adulte, étant libéré du chantage infantilisant qui conditionne l’attribution d’un salaire.

C’est en exacerbant certaines tendances humaines, telles que l’instinct de dominance dans des situations de compétition, et en instituant une hiérarchie de valeur, que le système capitaliste garantit aujourd’hui le maintien de ses structures. Il s’auto-entretient par ces conditionnements, et ce faisant, il engendre non seulement les mœurs et les mentalités que nous déplorons, mais aussi la nécessité de la police et de l’armée pour tenter de contenir les réactions à ces frustrations créées.

Tout autre programme gérant la civilisation doit lui aussi satisfaire et utiliser les besoins neuro-biologiques de l’individu pour s’auto-maintenir. Ainsi les qualités humaines de toute civilisation, sa convivialité, sa maturité, sa solidarité, dépendent de ses modes de gratification.

La question est donc : Est-ce qu’un programme proposé incite l’individu à agir et à se gratifier en pensant “Moi”, comme à l’heure actuelle, ou bien en pensant “Nous” ?

Un système basé sur la solidarité

Élaborer et proposer un système basé sur la solidarité ne relève pas de l’utopie, car nous avons à notre portée un exemple remarquable de système auto-régulé, qui fonctionne grâce à des hiérarchies de fonctions et où chaque élément puise, suivant ses besoins, dans la “soupe” informationnelle pour maintenir vivante sa structure, et par conséquent l’ensemble. Il s’agit tout simplement de l’organisme humain lui-même. Voici comment le décrivait dans son ouvrage La nouvelle grille, Henri Laborit, un des savants qui l’ont le plus étudié : « Chaque cellule, chaque organe, chaque système ne commande à rien. Il se contente d’informer et d’être informé. Il n’existe pas de hiérarchies de pouvoir mais des niveaux d’organisation. Le niveau moléculaire correspond à celui de l’individu, le niveau cellulaire à celui du groupe social, le niveau des organes à celui des ensembles humains assumant une fonction sociale, le niveau des systèmes à celui des nations et celui de l’organisme entier à celui de l’espèce. Chaque niveau n’a pas à détenir un “pouvoir” sur l’autre, mais à s’associer à lui pour que fonctionne harmonieusement l’ensemble par rapport à l’environnement. Pour que chaque niveau d’organisation puisse s’intégrer fonctionnellement à l’ensemble, il faut qu’il soit informé de la finalité de l’ensemble et qui plus est, qu’il puisse participer au choix de cette finalité. Dans mon organisme, il est certain que mon gros orteil ne peut pas remplir les “fonctions” assurées par mon foie, que ma rate ne peut assurer le travail de mon cœur. Cela signifie-t-il que mon foie est “mieux” que mon cœur ou que ma rate ? Il assure simplement une fonction différente du fait de sa spécialisation. Dans un organisme vivant, la spécialisation fonctionnelle, qui équivaut dans un organisme social à la spécialisation professionnelle, ne s’accompagne d’aucune valeur particulière et elle ne procure, d’autre part, aucune possibilité d’agir séparée de l’ensemble organique. Celui-ci doit sans cesse l’informer des nécessités requises par cet ensemble organique pour sa survie en tant qu’ensemble, de même qu’en sens inverse elle doit informer l’ensemble de l’organisme de ce qui lui est nécessaire pour assurer sa fonction. C’est une notion fondamentale. En ce qui concerne l’émergence éventuelle d’une nouvelle société informationnelle, il ne s’agit pas de l’information fournie par l’apprentissage manuel ou conceptuel, mais bien d’une information beaucoup plus vaste, concernant la signification d’un individu en tant qu’individu au sein de la collectivité humaine afin de générer sa participation au pouvoir “politique”. Cette information permet à l’individu de s’inscrire dans une classe fonctionnelle et de prendre part aux décisions de l’ensemble organique, car “pouvoir c’est savoir”.

Aucun supérieur hiérarchique ne lui donne d’ordre mais (il) est sans cesse informé de ce qu’(il) doit faire, suivant sa place et son rôle, pour l’ensemble. »

Les mouvements de contestation et d’action anti-système néo-libéral cherchent une solution qui permettrait de passer à un autre programme établi sans cataclysme social. Faut-il attendre, comme le dit encore Henri Laborit, « une pression terrible de nécessité » ou « que le déterminisme de l’évolution s’en charge ou ne s’en charge pas » ? Le risque est grand et l’attente inconfortable...

Un “Non” qui dit “Oui” à l’espoir

Plus mature et humainement plus réconfortant est le comportement qui consiste à prendre son destin en main, même si philosophiquement la liberté n’est qu’un leurre. Se voir infliger un mode de vie, une idéologie, une culture, un environnement, un milieu social aussi dégradés, et les livrer sans réagir à ses descendants, est un manque de courage. Par confiance aveugle, ou par sentiment d’impuissance, déléguer l’avenir de l’humanité au trust “politique-science-économie” actuel, sachant les exactions dont ce trio s’est montré capable ces deux derniers siècles, est indigne. L’humain n’a-t-il pas autre chose à montrer que cette idéologie de l’Avoir, cette recherche du plaisir immédiat, ni à manifester mieux que cette apologie du pouvoir individuel ?

Les résultats du dernier référendum sur la constitution européenne ont montré la force du “Non”, au moins dans les esprits. Et l’Histoire rapporte d’autres exemples de l’impact d’un tel “Non”, la révolution non-violente de Gandhi en est un modèle.

Montrons que la conscience progresse, et que l’humanisme a un avenir, même si cela ne suffit pas à déstabiliser d’un seul coup le capitalisme. Ayons le courage de dire “Non” à tout ce qui ne permet pas d’atteindre les nouveaux objectifs, “Non” à la consommation irréfléchie, “Non” à la violence sous toutes ses formes, “Non” à la pollution et aux gâchis, “Non” à la privatisation des moyens de production et des services publics, “Non” à l’absence de distribution équitable pour tous, “Non” à la misère, “Non” à l’exploitation de l’homme par l’homme, ... et c’est un “oui” à l’espoir qui verra le jour.

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Les bonnes questions

4 juin 2006

En avril dernier, V. Forrester, auteure de L’horreur économique, interpellait ainsi un(e) éventuel(le) candidat(e) aux présidentielles :

« Nous sommes au sein d’une mutation de civilisation, non encore suffisamment prise en compte politiquement, en particulier au niveau du travail. Le terme vague de “mondialisation” ne convient pas : il présente comme un phénomène fatal ce qui résulte d’une idéologie politique ultralibérale, laquelle impose une économie virtuelle qui tue l’économie réelle.

Il donne cette idéologie comme inéluctable.

Or le grand danger revient à croire que nous sommes devant un fait accompli auquel il faut nous ajuster.

Alors qu’il s’agit d’une idéologie à laquelle nous sommes capables de nous opposer. D’autres ont pu disparaître, extrêmement puissantes et que l’on a pu croire en leur temps “faites pour durer”. Le XX ème siècle en témoigne.

Aujourd’hui, faire de la politique ou, mieux, du politique, c’est résister à cette régression au XIX ème siècle [...] sous le terme de “mondialisation”[...]

Vous avez le courage de dire qu’il faut savoir éventuellement reconnaître que l’on n’a pas de solution immédiate, et vous avez raison.

Les Français ne demandent pas à être rassurés, mais compris dans leurs inquiétudes, accompagnés dans leurs indignations.

Surtout, ils attendent des perspectives politiques et pas seulement des ajustements à leurs soucis quotidiens.

Que comptez-vous faire contre ce que j’ai appelé “l’Horreur économique” ?

Pour dépasser le chantage des alternatives : flexibilité ou délocalisation, chômage ou précarité ?

Pour reconnaître que les déficits publics représentent le plus souvent des bénéfices pour le public ?

Pour éviter les licenciements massifs perpétrés par des entreprises largement bénéficiaires ?

Va-t-on continuer à laisser faire ces dernières ou va-t-on leur opposer des mesures efficaces ? [...] Les Français sont [...] capables d’analyses politiques lucides et courageuses, de ne pas se soumettre, de ne pas tenter de s’adapter à l’idéologie ultralibérale. »

Les réponses obtenues ne furent pas à la hauteur de ces questions. Il faudra donc les reposer, encore et encore...

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J’ai fait un rêve

par F. BERKI
4 juin 2006

Il y aurait plus de mille raisons d’être pessimiste. Etre optimiste, ça suppose de réfléchir : espérer quoi ? Pour qui ?

Pourtant, jusqu’ici, chez nous, tout va bien.

La télévision le dit.

Si elle nous parle de malheur, c’est de celui des autres, de l’Asie, de l’Afrique.

Mais ici, tout va bien.

Enfin presque, on a juste un peu peur..

Alors, j’ai hésité entre : dire l’utopie comme rempart à la médiocrité, ou écrire une lettre ouverte aux briseurs de rêves, à tous ces maîtres autoproclamés de l’univers, à cette infime minorité qui joue avec l’argent, la terre, les ressources, la santé et l’identité des autres.

Et puis j’ai fait un rêve.

J’ai rêvé que la confiscation des biens, des ressources et des brevets ne m’empêchait plus de dormir. Que les élus de la République payaient de leur poche la dette de l’État, hébergeaient les sans-abri, travaillaient bénévolement dans une ONG.

Que les patrons pollueurs étaient condamnés à des travaux d’intérêt général de deux cents ans.

J’ai rêvé que mon mouvement était utile à la société civile.

Si, comme le dit Francis Bacon, « l’espoir est un bon déjeuner mais un mauvais dîner », il est temps que le monde change.

Le spectacle bouscule, dérange, provoque, il crée de nouveaux espaces. Il invite aux audaces de l’utopie, suggère l’impertinence, encourage la subversion et annonce les signes tangibles deschangements à venir.

Enfin, je l’espère.

Farid Berki,

Chorégraphe, directeur de la compagnie Melting Spot à Roubaix

(Le Monde 2, 14 janvier 2oo6, reproduit avec l’accord de l’auteur).

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Au fil des jours

4 juin 2006

Discrets

Une info est passée trop discrètement sur France 2 : un radar automatique, sur une route du côté de Clermont-Ferrand, est resté hors service pendant trois semaines. Pourquoi ? - Parce que EDF avait coupé le courant... pour facture impayée !!

La suite, si elle est moins drôle, est plus intéressante. Car le journaliste a expliqué que la société qui gère le radar n’avait pas payé à temps sa facture à EDF. Tiens, tiens, c’est une société privée qui gère le radar ? Ainsi donc, l’État sous-traite la gestion des radars qui surveillent la circulation ! Et comme nulle société privée fournissant des radars n’est une entreprise philanthropique, il faut conclure que cette gestion est rentable. Autrement dit, l’argent des amendes ne va pas entièrement dans les caisses de l’État ; et spéculer sur les infractions aux limitations de vitesse est une trouvaille ! On ne l’avait pas compris comme ça quand le gouvernement a lancé sa campagne sur la sécurité routière...

La meilleure, à ce propos, est que le PDG de l’entreprise en question ne serait autre que le frère ...de l’ancien ministre... des transports, Gilles de Robien ! La spéculation sur les infractions, une affaire de famille ?

Pas possible !

(d’après un envoi de F.D.E, L’Étang)

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Corruption généralisée

Royaume Uni : début mars, on apprenait que le mari de la ministre de la culture, Tessa Jowell, était inculpé pour corruption en Italie ; deux semaine plus tard, Tony Blair admettait que son parti avait reçu des prêts secret de riches personnages qui ont ensuite été nommés lords. La transparence financière et la morale personnelle faisait pourtant partie des prédilections de Tony Blair.

Italie : Silvio Berlusconi, le tout récent ancien premier ministre, a dù comparaître plusieurs fois devant les tribunaux après avoir été mis en examen pour “corruption en actes judiciaires” pour des délits commis lorsqu’il était chef d’entreprise. Il a généralement été blanchi, grâce à la prescription.

Allemagne : L’affaire des caisses noires de l’Union chrétienne démocrate (CDU), révélée en 1998, après le départ du chancelier Kohl a coûté à son parti les élections de 2002. Le Parquet de Bonn a interrompu les poursuites judiciaires contre H. Kohl moyennant le paiement d’une amende, mais son successeur a dù démissionner et laisser la tête de son parti à Angela Merkel.

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À qui se fier ?

Le 5 janvier, Le Monde annonçait triomphalement : baisse record du chômage en Allemagne, le nombre de sans emploi ayant reculé de 110.000 en décembre, soit le meilleur chiffre depuis la réunification. La CDU y voyait un effet Merkel et le SPD le fruit des réformes Schröder... « Il reste que la baisse record du chômage améliore les marges de manœuvre de la “grande coalition” au pouvoir » se réjouissait le journaliste. Le taux de chômage restait cependant élevé, 11,2%, soit 4,638 millions de chômeurs, ce qui laissait prévoir par l’agence nationale pour l’emploi que la barre symbolique des 5 millions de chômeurs ne serait pas franchie.

Hélas pour les prévisionnistes : dans la rubrique “tableau de bord“ (en petits caractères) de la page Économie et finances du Monde du 1er février suivant, on pouvait lire que « le nombre de sans emploi en Allemagne a dépassé la barre des 5 millions en données brutes en janvier, faisant monter le taux de chômage à 12,1%. C’est la première fois depuis mars 2005 que le seuil des 5 millions est de nouveau franchi. Le froid inhabituellement fort aurait pénalisé le bâtiment et un changement des règles d’indemnisation du chômage pour les salariés de plus de 45 ans à partir de février aurait poussé les entreprises à hâter les licenciements. En données corrigées des variations saisonnières, le nombre de chômeurs a augmenté de 69.000 personnes ».

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Témoignage

Franco cacophonie

par P. VINCENT
4 juin 2006

Entre francophonisation conquérante et tri sélectif des étrangers, il faudra choisir ! D’une amie thaïlandaise, que j’ai connue il y a fort longtemps quand elle était étudiante à Paris VII, où elle effectuait une intéressante recherche sur « la conception et la mise en œuvre de projets culturels », je viens de recevoir par internet le message suivant : « La question se pose pour moi de savoir si je dois inscrire ma fille au lycée français. Qu’en pensez-vous ? Quels sont les avantages pour elle (nouvelle génération) d’apprendre le français plutôt que l’anglais ? »

Je vois beaucoup d’amis étrangers francophones se montrer ainsi hésitants sur l’orientation linguistique à donner à leurs enfants. N’ayant pas appris l’anglais, je souhaiterais égoïstement continuer à trouver dans le monde des gens avec qui pouvoir quand même communiquer. Ce problème devrait aussi préoccuper les promoteurs attitrés du rayonnement de la France.

Que puis-je, pour ma part, dire d’encourageant à ceux qui envisagent encore d’apprendre le français, pour bien sûr venir un jour en France à des titres divers, sinon qu’ils y seront bien accueillis par une majorité de Français, mais qu’ils se verront toujours mal traités par nos ministres de l’Intérieur et les fonctionnaires qui directement ou indirectement en dépendent, comme ils l’ont toujours été plus ou moins depuis l’impulsion donnée par Charles Pasqua ?

J’ai un ami maghrébin ingénieur de Centrale, que j’avais connu à Paris alors qu’il était le directeur technique d’une Société française pour laquelle je travaillais, et nous sommes depuis toujours restés en contact. Après qu’il eût fondé dans son pays sa propre entreprise, il revenait souvent en France rencontrer ses fournisseurs. Un jour il m’a téléphoné pour me raconter les avanies subies à notre consulat et me faire part de sa résolution de ne plus jamais y remettre les pieds. Il revient quand même parfois me voir, grâce aux accords de Schengen, depuis l’Italie ou l’Allemagne où il a trouvé de nouveaux fournisseurs. Tant pis pour nous !

Je connais aussi une Japonaise qui avait passé plusieurs années en France à apprendre le français et qui aurait bien voulu y rester pour travailler. Elle avait réussi à obtenir dans un palace de Monte-Carlo un emploi pour lequel on n’avait pu lui opposer de candidat (ou de candidate) français connaissant aussi l’anglais et le japonais, mais on ne lui avait accordé que des cartes de séjour temporaires et on l’a finalement contrainte à rentrer au Japon. Il lui fallut revenir quelques années plus tard comme secrétaire du directeur d’une société japonaise construisant une nouvelle usine à côté d’Orléans, avec à la clé des centaines d’emplois créés, pour découvrir la gentillesse de nos fonctionnaires, surtout lorsqu’à leur tour ils cherchaient du travail pour un parent ou un ami, ce qu’elle raconte avec une certaine ironie. Pas de quoi être fiers de nous !

Pour en revenir à la Thaïlande, j’ai eu à me faire du souci au sujet d’une professeur de français d’un lycée de Bangkok qui avait failli rater ses vacances bien que je lui eus fait établir en temps utile un certificat d’hébergement. À la dernière minute, on lui réclamait en plus la photocopie de ma carte d’identité, ce que l’on m’avait déjà demandé à ma mairie, et bien sûr de présenter elle-même la carte d’identité , pour pouvoir délivrer ce certificat. Suprême absurdité, le consulat exigeait l’original de cette photocopie et non pas que celle-ci fût envoyée par fax, ce dont heureusement ils étaient incapables de voir la différence.

Plus récemment, prenant chaque matin mon petit déjeuner à l’Alliance Française située dans le même immeuble que notre consulat, j’ai vu une professeur d’Université être obligée d’y revenir trois jours de suite pour régler les formalités de visas concernant un séjour linguistique qu’elle avait organisé pour ses étudiants. Professeur et étudiants étaient tous bien connus du personnel du consulat, dont le zèle ne pouvait donc être inspiré par le souci de ne pas laisser entrer en France de personnes indésirables, mais uniquement par la crainte de déplaire à ses supérieurs hiérarchiques parisiens.

Je connais aussi des enseignants-chercheurs thaïlandais venus faire une thèse de doctorat en biochimie à l’Université de Bobigny (Paris XIII) et qui eux avaient obtenu leurs visas sans difficulté, mais arrivés en France ils ont eu par contre toutes les peines du monde pour se faire établir un titre de séjour. L’un d’eux s’est vu éconduire, après plus de trois heures d’attente dans une préfecture de la Région Parisienne, au prétexte que son passeport, sur lequel le consulat de France avait pourtant apposé son visa, n’était pas un passeport normal, et c’était vrai : c’était un passeport spécial délivré aux seuls fonctionnaires et qui, ô ironie, est censé valoir à leur titulaire davantage de considération !

Il s’agissait pourtant dans tous ces exemples d’étrangers modèles, parfaitement aptes à être importés au regard des plus récents critères de sélection que l’on veut instituer. Souhaitons que les étrangers que nous jugeons dignes d’intérêt continuent de leur côté de s’intéresser à la France, c’est-à-dire que celle-ci corresponde encore à leurs propres critères de choix.

Dans le courrier des lecteurs de Libération du 8/2/2006, j’ai découvert avec plaisir, sous la plume d’un de mes amis, ancien enseignant de lettres dans une Université de Bangkok, puis professeur et ancien directeur de l’INALCO (Langues O), une protestation qui a rencontré une large approbation de la part de ses élèves et anciens élèves contre les projets que concoctait déjà Nicolas Sarkozy, lequel n’a pas non plus compris que l’épaississement de la couche de méfiance à l’égard des étrangers diminue le rayonnement de la France.

Un ancien enseignant québécois de l’Université Laval, aujourd’hui retiré en Thaïlande, à qui j’avais écrit qu’en France on semblait vouloir donner une éducation de plus en plus basique, m’avait déjà exprimé aussi ses craintes concernant cette orientation culturelle : « Il en va de même de la présence de la France en Thaïlande. Le nouvel ambassadeur vient de définir le nouveau projet linguistique : on y laisse tomber toute aide et subvention aux profs et aux recherches de français, pour mettre l’accent sur le repérage des esprits de pointe en science, à qui on donnera des bourses pour aller se parfaire en France, donc pour apprendre là le français, mais la littérature et la culture française, c’est fini ! La semaine dernière, j’ai remarqué que l’Alliance française n’affichait plus qu’en anglais, y compris pour annoncer les cours de français...Ouf ! J’ai changé d’intérêt à temps en me fixant au Siam ! J’ai failli aller prendre ma retraite en France, mais j’y aurais été très malheureux de voir la France se courber devant les impératifs du monde actuel, c’est-à-dire américain...J’en ai pris mon parti, après avoir passé la plus grande partie de ma vie à me battre pour la francophonie... »

Cela ne présentera évidemment plus beaucoup d’intérêt d’apprendre le français et de venir en France si c’est pour étudier l’informatique...

Il faut savoir ce qu’on veut. Il ne servira à rien de continuer à célébrer de coûteuses grand’messes francophonesques, ni de recourir pour des campagnes de propagande aux meilleurs gourous de la communication, si ceux qui avaient fait le choix du français ont aujourd’hui trop de motifs de se montrer déçus par la France pour confirmer auprès de leurs compatriotes l’image que nous voudrions en donner. Nos politiciens, qui déterminent leur attitude à l’égard des étrangers en fonction de calculs électoralistes, devraient se préoccuper un peu plus des dommages collatéraux que cela entraîne pour le pays.

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Le vrai scandale des... “flots boueux”

4 juin 2006

Les médias ont beaucoup parlé de l’affaire “Clearstream”, démontrant à quelles sordides manœuvres mènent les rivalités politiciennes. Mais pourquoi n’en ont-ils pas profité pour dénoncer le rôle joué par cette “chambre de compensation”, et saisi ainsi l’occasion de transformer un vrai scandale en une victoire pour la démocratie ?

Pourquoi ne pas rendre public le fait que trois sociétés, privées bien sûr, Clearstream, Euroclear et Swift, se sont organisées pour archiver, en coopérant dans le plus grand secret, tous les mouvements financiers de la planète, tous secrètement confondus dans leurs comptes apatrides, mélangeant ainsi argent propre et argent sale, à seule fin que quiconque, qu’il soit corrupteur, voleur ou bien mafieux, puisse être assuré que l’argent ainsi enregistré sur un compte de ces sociétés lui appartient. Serait-ce que des “responsables” politiques n’hésitent pas à utiliser ces mêmes moyens pour que, au nom d’une soi disant raison d’État, certaines réalités n’apparaissent pas au grand jour ?

Rien ne peut justifier qu’un tel système d’auto-surveillance bancaire international ne soit pas accessible à la justice. Et pourtant, voila plus de cinq ans, qu’à l’initiative du Procureur Général de Genève, B.Bertossa, de nombreux juges s’élèvent contre un tel scandale qui paralyse leurs enquêtes contre la délinquance financière. Une pétition lancée par le groupe Attac de Romans tente depuis de recueillir assez de voix pour alerter enfin l’opinion.

La démocratie a tout à gagner à ce que la justice ait accès aux données du “clearing”, mais ni les médias, ni les politiques n’en ont cure...

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Réflexions

Sommes-nous en 1788 ?

par G.-H. BRISSÉ
4 juin 2006

Telle est la question posée par le Pr. Roger-Gérard Schwarzenberg dans une étude intitulée « 1788 : essai sur la maldémocratie », publiée par Fayard. Et c’est un fait qu’au sommet d’un État qui se délite, une nouvelle caste de ministres, hauts fonctionnaires et autres P-D G, s’affiche et s’agite. Accroché à la défense de ses intérêts très particuliers, ce petit monde s’éloigne de plus en plus des préoccupations de la majorité de ses compatriotes.

Un scandale des plus sordides agite ce bestiaire, digne de la Fontaine. Le brave peuple, qui n’y comprend rien, enregistre les accusations réciproques qui s’y déploient, tout en constatant la dégradation irrémédiable de son sort.

Or, quand l’aiguille du compteur électoral est passée, le 21 avril 2002, de moins de 20% à plus de 82% des voix en faveur du président de la République, les observateurs les plus avertis auraient du être intrigués. Et les scrutins qui suivirent, élections régionales puis référendum sur le projet de Constitution Européenne, leur permirent de constater la défiance évidente que manifestait la majorité des citoyens. Mais pourtant nul d’entre eux, jusqu’à présent, n’en a tiré la leçon, à savoir que les Français veulent autre chose que la politique menée par leurs gouvernements successifs. Celle-ci s’est traduite par une dégradation de leurs conditions de vie : le pouvoir d’achat des étudiants, des salariés et des retraités a dangereusement baissé, tandis qu’en 2005 les entreprises du CAC 40 versaient à leurs actionnaires plus de 30 milliards d’euros.

Le budget de l’État accuse un déficit tel qu’il engendre la suspicion des instances européennes. La France est montrée du doigt à l’étranger comme “l’homme malade de l’Europe”...

Dans le même temps, l’empire américain implante ses troupes d’occupation, au prix d’un carnage effroyable, en Bosnie, au Kosovo, en Afghanistan, en Irak, il menace l’Iran, la Syrie, le Liban, par OTAN interposé, et il suscite l’hostilité générale du monde arabe. Mais ni l’Europe ni la France ne sont en mesure de lever le petit doigt pour endiguer cette invasion redoutable.

N’est-ce pas qu’il y a quelque chose de pourri au sein de la classe dirigeante de notre société ?

Le règne du mensonge

Quand certains dénoncent une “déclinologie”, cela dissimule à peine une certaine hypocrisie, doublée d’une crise de confiance dans nos institutions et dans les personnalités qui les animent. Le pays apparaît livré aux petites ambitions personnelles des uns et à la fuite des autres dans l’irresponsabilité, sans que soient entrevues des solutions pour sortir de cette situation.

La politique est fille des fantasmes, de l’égoïsme et de la vanité, de la volonté de domination, du mensonge et de la corruption, du parjure et de la haine, de tout ce qui divise et sectarise. On nous ment, on se moque de nous, et on enrobe de boue fétide, d’imposture et d’exploitation, les plus beaux et les plus grands idéaux. Qui, “on” ? - Une minorité de technocrates qui ont trouvé ainsi la voie commode pour accroître, à moindres risques, leurs profits scandaleux. Alors, de grâce, au nom de l’idéologie créatrice, laissez rêver en paix ceux qui sont conscients de l’abîme vers lequel nous sommes précipités ! Tout ce monde, il est bon, gentil, inoffensif ... Ce n’est pas l’utopie qui s’avère meurtrière, c’est l’usage que l’on en fait !

En fin de compte, nous vivons une époque bien singulière : jamais la science ne nous a offert autant d’outils, mais jamais non plus elle n’a mis en lumière tant d’inégalité et tant d’injustices. Jamais les techniques d’information et de diffusion ne furent aussi développées et jamais il ne fut aussi difficile de se faire entendre et comprendre. Les citoyens sont écrasés sous le poids des images et des sons de la publicité, qu’elle soit politique ou commerciale. Nous disposons d’une immense panoplie d’instruments d’analyse, mais jamais, dans toute son histoire, l’Humanité n’a été aussi désarmée devant les retombées sociales de sa créativité, d’une myriade de découvertes et de connaissances. Nous sommes en mesure de supprimer de cette planète, et dans un délai raisonnable, la faim, les taudis et la plupart des maladies, mais, par une conception retorse, mercantile et agressive de nos sociétés, nous consacrons le plus gros de nos énergies à nous haïr et à nous entretuer. La peur quotidienne des forces de la nature s’est transformée en crainte des retombées du progrès, au point d’être tenté de tout renier en bloc !

Une nouvelle conscience est née...

“Le gouvernement du peuple par le peuple” n’a plus aujourd’hui, grande signification Les grands élans de démocratie et de socialisme n’ont pas échappé à des dérives eschatologiques qui recouvrent des réalités moins suaves. Qu’elle soit mijotée à la sauce parlementaire, directe ou indirecte, sociale ou libérale, centralisatrice ou décentralisée, la démocratie est galvaudée. Et pourtant, à l’instar de la déclaration universelle des droits de l’homme qu’elle sous-tend, et si enrobée qu’elle soit de connotations malsaines, elle demeure l’objectif ultime de toute société civilisée.

À condition de lui allouer un contenu précis.

Le socialisme n’échappe pas à la règle commune. Du national-socialisme à l’Internationale, du socialisme libéral à la dictature du prolétariat, de la social-démocratie à la démocratie sociale, des variantes communiste, bolchéviste, menchéviste, staliniste, trotzkyste, maoïste, libertaire, titiste, castriste, albanaise, algérienne, angolaise, mozambiquaine, congolaise, malgache, éthiopienne, nicaraguéenne-sandiniste, chilienne, vietnamienne, vénézuélienne, colombienne et j’en passe, le concept socialiste se perd dans les nuances du socialisme bâtard ou des oligarchies bureaucratiques, de l’internationalisme prolétarien ou petit-bourgeois au nationalisme sectaire, de la praxis marxienne à la philosophie existentialiste, etc. De toutes les doctrines “socialistes” élaborées depuis un siècle, seule la version marxiste a reçu une ébauche d’application concrète, avec des modes opératoires, divers dans le temps et selon les lieux.

Rien de commun, en effet, entre l’insurrection prolétarienne imaginée par Marx et la révolution paysanne chinoise ou dans certains pays du tiers monde. Dans l’esprit de ses promoteurs, la dictature du prolétariat n’avait qu’un temps, mais elle s’est instaurée ici et là, plusieurs décennies durant, et elle n’a pas échappé aux dérives du pouvoir vers le conservatisme et la dictature. Elle a fini par engendrer son contraire, l’avènement et le triomphe des classes bourgeoises et par s’accommoder du profit capitaliste.

L’ultra-libéralisme pur et dur, lié aux concepts de libre concurrence et d’économie de marché, offre-t-il pour autant une alternative crédible ? La personne humaine est-elle réductible à « l’homo œconomicus” ? Les expériences néo-libérales trouvent leurs limites dans la dimension sociale très dégradée qu’elles engendrent. Et ces régimes n’apportent pas d’alternatives plus séduisantes quant à la réduction des inégalités sociales, au respect de la justice, des libertés et des garanties démocratiques.

Or la montée universelle des revendications populaires au cours des dernières décennies amorce l’émergence d’une nouvelle conscience planétaire, génitrice de structures qui se cherchent, par-delà le bipolarisme idéologique. Un peu partout des dictatures s’effilochent ou s’effondrent, d’autres évoluent ou s’adaptent.

Deux thèses se sont longtemps affrontées : l’une se veut déterministe, l’autre libertaire.

Pour les prophètes de la première, l’évolution des systèmes capitaliste et socialiste obéit à des pulsions dialectiques, selon un schéma rigoureux, scientifiquement démontrable. Certains sont allés jusqu’à démontrer que capitalisme d’État et capitalisme tout court finiraient un jour par se rencontrer.

Les chantres de la seconde thèse misent sur une transfiguration de l’Homme, qui tend, à la faveur de certaines mutations sociales, à sublimer ce qu’il y a de meilleur en lui.

Par-delà exacerbations et fanatismes engendrés par l’esprit de système, il faudra bien en venir à une troisième thèse, faisant la part des structures connues et codifiées, des finalités et de l’impact de la volonté humaine, et puisant aux sources de l’esprit de mesure, de la voie du milieu des philosophies antiques.

Fin d’un monde...

Car le vrai signe de notre époque est bien la démesure en toutes choses, qui prend racine dans l’orgueil, dans l’idée de puissance et de lucre, exacerbés par les progrès foudroyants des techniques informatiques, et bientôt des nanotechnologies et de l’évasion vers l’infiniment grand cosmique...

L’évolution des mœurs reflète la confusion universelle. Passé et présent se côtoient dans un même creuset où s’entremêlent, en maëlstroms de l’éphémère, les affres du changement continu.

Sommes-nous au Moyen Age, au XlX ème siècle, à la Belle Époque ou en l’an 2000 ? Nous sommes dans un univers en folie où les étudiants se droguent et les enseignants se suicident, où les prisonniers s’insurgent contre les conditions de survie lamentables dans des prisons trop pleines, où les pauvres réclament plus de justice tandis que les riches s’enrichissent fabuleusement. Les uns et les autre s’accordent pour réclamer une authentique protection sociale, liée à une meilleure “qualité de vie”. Ce slogan, lancé en janvier 1965 par l’Américain J.K. Galbraith qui vient de mourir, demeure bien actuel...

Qui nous dira où est la vérité ?

Des envoyés du Ciel ?

- On les attend de pied ferme, mais s’ils sont là, parmi nous, Dieu qu’ils cachent bien leur jeu !

En cette ère d’intenses mutations, nous ne saurions rejeter en bloc toutes les données du progrès et ramener l’Humanité à l’âge des cavernes. Sans doute les civilisations contemporaines, qui enfantent les libertés dans les tyrannies et le bien-être au sein de l’esclavage, poursuivront-elles leur élan ravageur jusqu’au précipice. Il ne nous appartient pas d’assumer ces échéances.

La puissance du verbe peut soulever des montagnes, mais elle s’avère stérile si elle ne trouve de prolongement dans la vie quotidienne. Or les citoyens ont le sentiment d’être floués, tant les promesses qui leur ont été faites ne se concrétisent pas par un mieux-être, ou en un projet de civilisation sur le long terme.

Elles débouchent plutôt sur une régression.

... Ou début d’une renaissance ?

La politique, c’est-à-dire la gestion de la cité, car tel est le sens noble et original de ce terme, ne saurait émaner des seules querelles partisanes. Les partis politiques, indispensables au libre jeu démocratique, ne remplissent pas le rôle qui doit être le leur, celui de réceptacles et de caisses de résonance de l’opinion publique. Ils réagissent au contraire en termes de clientélisme. Ils se structurent plus en groupes de pression, voire de mafias, qu’en forces de proposition et d’action.

Il devient donc urgent d’élaborer une métapolitique qui amène tous les citoyens vivant en société à sublimer ce qu’il y a de meilleur en eux, au lieu de flatter en permanence leurs instincts les plus vils.

Dans ce contexte, on ne saurait se comporter à la fois en partisan et en membre à part entière d’un gouvernement. Nous attendons donc que les responsables de la nation abandonnent leur étiquette de parti (qui s’assimile trop souvent à du parti-pris) pour se consacrer exclusivement à leur mission de service public, sans esprit de cumul ni confusion des genres.

Chaque citoyen, au sein de la société, a un rôle à jouer, il doit pouvoir s’investir dans une mission qui le valorise, être ainsi acteur de l’Histoire au lieu de la subire. Or l’effort d’accomplissement personnel est lié à l’intégration au sein d’une ou de plusieurs communautés. D’où la nécessité de relancer le mouvement associatif. Que fleurissent au sein des partis, ou en dehors d’eux, des clubs, des cercles de pensée, des organisations syndicales ou para-syndicales, philosophiques, éthiques ou culturelles, de défense des consommateurs, de la nature et de l’environnement. Que tous les courants de pensée soient représentés dans ce large mouvement ! Que sur les multiples thèmes abordés les citoyens se retrouvent pour réfléchir ensemble et proposer des solutions ! Et que des comités de liaison recherchent en permanence, à partir de leurs points communs, un programme en forme de plus petit commun multiple...

Ainsi prendra forme, de la base au sommet, un rassemblement pour la VIè République que nous appelons de nos vœux !

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Initiatives

Fidèle lecteur, Alain Vidal a écrit une pièce pour faire comprendre, très simplement, la création monétaire, et il l’a fait jouer par ses élèves de CM1, de l’École de la Fraternité à Nantes. En voici le résumé. Que pensent nos lecteurs de ce texte et de cette initiative ? Envisagent-ils d’en avoir une semblable ?

Une pièce de monnaie

Ou la création monétaire racontée aux enfants... et aux parents
par A. VIDAL
4 juin 2006

I

Des naufragés sur une île recouverte d’or.

- Partout de l’or !

- On est riches

- Donc, on est sauvés.

Mais sur cette île... il n’y a ni eau, ni végétation, ni animaux. La Nature n’a quasiment pas travaillé, c’est invivable.

Nos amis sont-ils condamnés à mourir de soif, de faim et de froid, alors qu’ils pensent être devenus les plus riches du monde ?

DE L’EAU, DES PLANTES, DES ANIMAUX... ON EST SAUVÉS !

Et oui, ce jour là, nos amis sont vraiment sauvés.

Comment auraient-ils pu survivre sur une île où la Nature n’avait pas encore fait son travail ?

On pratique le troc, mais pas trop, ce n’est pas nécessaire, chaque famille se suffit à elle-même.

LE TROC POUR ÉCHANGER

A partir du silex tout va très vite, arc, flèches, pirogues, le village s’agrandit, d’autres villages naissent. Chacun cultive et fabrique ce dont il a besoin.

On pratique le troc, mais pas trop, ce n’est pas nécessaire, chaque famille se suffit à elle-même.

LE TROC ÇA BLOQUE

Mais devant la multiplication des biens produits, on ne trouve pas toujours quelqu’un avec qui on peut échanger. Il faut trouver un autre moyen.

II
L’INVENTION DE LA MONNAIE

Avec l’or de l’île, on fabrique la première monnaie.

Chaque pièce correspondra à une heure de travail. On fabriquera autant de pièces que de richesses produites.

La pièce n’a absolument rien produit, mais a permis que chacun obtienne ce qu’il désirait, sans être gêné par le troc.

La monnaie facilite la circulation des biens. C’est comme de l’huile dans la mécanique de l’échange.

La monnaie n’apparaît que lorsque les hommes ont produit une quantité importante de biens.

Sans le travail de la Nature, pas de blé, pas de moutons, pas d’hommes.

Sans le travail des hommes, pas de nourriture, pas de vêtements, pas de marchandises.

Sans les hommes, pas de nombres inventés pour graver des pièces ou imprimer des billets.

LA MONNAIE, ON L’UTILISE QUAND ON ÉCHANGE, PAS QUAND ON PRODUIT

La monnaie, en fait, ça ne sert qu’au moment de l’échange, mais quand j’achète, j’achète, je ne fais pas mes crêpes.

A la maison, quand je fais mes crêpes, je fais mes crêpes, je n’achète rien, je n’ai absolument pas besoin d’argent.

Papa avait raison.

IL N’Y A PLUS D’OR, QUE VONT DEVENIR NOS AMIS ?

Et bien, ils vont passer tout simplement au papier monnaie.

La monnaie nous sert à échanger plus facilement qu’à l’époque du troc, un point c’est tout.

Quand on avait peu de choses à échanger, on n’avait pas besoin de monnaie, le troc suffisait.

III
ÉLECTROCHIC OU LA MONNAIE ÉLECTRONIQUE

Vous n’aurez plus rien à transporter, ni or, ni papier, rien du tout, ou presque rien. Chacun aura une petite carte, la même, quelles que soient le nombre d’heures travaillées.

Cette petite carte en plastique je vais l’appeler une carte bancaire.

DU SUPPORT MÉTAL AU SUPPORT ÉLECTRONIQUE ON A RÉDUIT LE TEMPS NÉCESSAIRE A LA CRÉATION DE LA MONNAIE

Plus d’or, plus de papier, on passe maintenant à la monnaie électronique.

Il suffit de même pas quelques secondes, sur un clavier d’ordinateur, pour taper une somme même très élevée.

AUJOURD’HUI, LA MONNAIE, NE COÛTE QUASIMENT RIEN A CRÉER

Ce n’est pas le support qui est important, c’est ce qui est inscrit dessus et reconnu par tous.

IV
LA MONNAIE DU BANQUIER, C‘EST LE DROIT DE PRENDRE, MAIS C’EST AUSSI LE DEVOIR DE DONNER .

La monnaie, ça ne coûte quasiment rien à créer. En réalité, le banquier crée la monnaie quand les clients en ont besoin pour échanger.

TU AS TRAVAILLÉ POUR NOUS NOUS DEVONS TRAVAILLER POUR TOI

Quand on achète, on prend

Quand on vend, on donne

Acheter, c’est s’endetter par apport au vendeur

Vendre, c’est rembourser sa dette

Le banquier est au service de tous, avec l’argent gagné par son travail, il peut, lui aussi, aller faire ses courses.

V
AVEC LA MONNAIE A INTÉRÊTS, LE CHÔMAGE APPARAÎT

Le banquier ne se contente pas d’être payé comme tout le monde. Il décide de prendre un pourcentage sur chaque somme prêtée. Ce pourcentage, c’est ce qu’on appelle les intérêts. C’est un privilège qu’il s’accorde et qu’il a fait reconnaître comme légal.

Comme il n’est pas question que les profits de l’entreprise baissent, il ne reste qu’une solution, licencier un employé pour utiliser son salaire à payer les intérêts.

Cela oblige ceux qui restent, à travailler plus, sans gagner davantage d’argent. Ils sont obligés de se répartir les tâches de celui qui a été licencié. Avec ce salaire ainsi économisé, l’entreprise paiera les intérêts aux banquiers. C’est aujourd’hui la première cause du chômage.

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Association Bio Consom’acteurs

30 juin 2006

Dans un numéro paru début 2005, la revue Que Choisir ? reconnaissait, après une série de tests comparés sur des salades et des pommes bio et d’autres, issues de l’agriculture “raisonnée” ou prétendument respectueuse de l’environnement, que seules les salades et les pommes bio ne présentaient aucune trace de pesticides. Alors que toutes les recherches scientifiques tendent à prouver la dangerosité des pesticides et insecticides chimiques, tant pour l’environnement que pour notre santé, l’agriculture biologique est en effet la seule à en interdire l’utilisation.

Et pourtant, alors que plus de 80% des consommateurs la plébiscitent et que près d’un consommateur sur deux consomme ses produits, la bio ne représente en France que 2% des surfaces cultivées. Loin, très loin, derrière l’Italie, l’Autriche, l’Allemagne, l’Angleterre etc. Et la situation s’aggrave : les conversions des paysans à la bio ont diminué en France de 77% ces deux dernières années.

Alors pourquoi ?

Est-ce parce que les producteurs bio sont moins performants que leurs collègues européens ? Parce que les produits ne sont pas disponibles en magasins, spécialisés ou non ? Parce que les produits bio étrangers sont meilleurs ? Parce que la réglementation bio française est trop exigeante ? Aucune de ces raisons n’est la bonne. Si la bio est une micro niche en France, cela n’est dù ni à la qualité de ses producteurs et de leurs produits, reconnus par tous les consommateurs bio, ni à la réglementation, elle est européenne, ni à une question de disponibilité. Non, si la France est quasiment la lanterne rouge en matière bio européenne alors qu’elle fut la première il y une vingtaine d’années, c’est d’abord pour des raisons plus “économico-politiques”.

Les fabricants de pesticides (la France en est le premier utilisateur européen avec près de 80.000 tonnes annuelles) et leurs alliés objectifs, gros producteurs céréaliers et autres éleveurs intensifs, champions toutes catégories en matière de pollution et de subventions, font la politique agricole de la France depuis plusieurs décennies :

• pour le malheur des paysans (il disparaît une ferme toutes les quinze minutes) et au préjudice de leur santé (ils sont les premières victimes de leurs pratiques agricoles polluantes).

• au détriment de la terre et des animaux, 80% des eaux de surface et plus de 50% des nappes phréatiques sont polluées. Les animaux d’élevage intensif sont parqués dans des univers concentrationnaires.

• et contre la santé des consommateurs, 35% des cancers seraient dus à l’alimentation, d’après l’Institut national du cancer.

Mais c’est aussi parce que les consommateurs de produits biologiques, ils sont plusieurs centaines de milliers en France, ne se font pas entendre suffisamment des pouvoirs publics et dans les instances de débat. À l’initiative de Biocoop, l’association “BioConsom’acteurs” a été créée. Elle est aujourd’hui la seule association française de consommateurs de produits bio.

En regroupant les consommateurs de produits bio, Bio Consom’acteurs s’est fixée pour premiers objectifs :

• D’animer et participer à des campagnes d’information sur les produits issus de l’agriculture biologique (salons, cyber-actions, etc) ;

• D’interpeller les pouvoirs publics, localement et au niveau national sur l’urgence de développer l’agriculture bio ;

• D’exiger l’interdiction des cultures de Plantes Génétiquement Modifiées (PGM) dont il est prouvé la coexistence impossible avec l’agriculture bio ;

• De promouvoir les produits écologiques (cosmétiques, droguerie, vestimentaires, etc), ainsi qu’un commerce équitable de ces produits ;

• Plus généralement de défendre les intérêts des consommateurs de produits biologiques et écologiques.

Mais pour qu’elle soit reconnue comme association de consommateurs et que ses propositions et revendications soient entendues et prises en compte, pour que sa présence dans les instances nationales et régionales officielles soit acceptée, l’association Bio Consom’acteurs doit être représentative et, pour ce faire, regrouper au moins 10.000 adhérents.

Nous nous sommes fixé cet objectif à l’horizon 2006. L’enjeu est de taille. Ensemble nous y parviendrons. Soutenez et participez à l’action de l’association Bio Consom’acteurs en retournant le bulletin d’adhésion ci-dessous, accompagné du montant de votre cotisation 2006 (5 euros). Paiement par chèque à l’ordre de Bio Consom’acteurs et adressé à :

Association Bio Consomm’acteurs
9-23 rue Paul Lafargue
93200 St Denis
(Adresse mise à jour le 12/06/2007)

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