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   Mensuel de réflexion socio-économique vers l’Économie Distributive
 
 
 
 
 
AED La Grande Relève Articles > N° 1099 - juin 2009

 

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N° 1099 - juin 2009

Au fil des jours   (Afficher article seul)

Jean-Pierre Mon montre que, de la social-démocratie jusqu’au Front de gauche, la campagne pour les élections européennes révèle un manque total de courage… qui laisse les capitalistes maîtres du terrain.

Les révolutions silencieuses    (Afficher article seul)

Marie-Louise Duboin voit, dans les expériences étudiées et décrites par le CETIM, l’immense espoir qu’elles soient le chemin qui mène à l’économie distributive.

Les marques et l’industrie du luxe   (Afficher article seul)

Jean-Louis Glory dénonce des pratiques, plus ou moins anciennes, qui toutes abusent le client pour en tirer de l’argent.

Les convenances   (Afficher article seul)

Michelec décrit, en vers, la folie du système.

Abolition du salariat et conséquences   (Afficher article seul)

François Châtel prône la fin du salariat en en montrant les avantages et en soulignant l’importance de l’égalité économique.

III. Quel(s) équilibre(s) démographique(s) sur notre planète ?   (Afficher article seul)

Guy Evrard considère que la démographie devrait dès maintenant se placer au cœur du mouvement pour une vraie sortie de la crise.

La complainte de l’Arbre migrateur   (Afficher article seul)

François Brune nous donne, en vers et en avant-première, une idée de sa pièce de théâtre qui sera jouée en juillet.

Comparer les rémunérations   (Afficher article seul)

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Au fil des jours

par J.-P. MON
30 juin 2009

Débandade de la social-démocratie

À l’occasion des élections européennes, le Monde a publié une enquête sur la social-démocratie qui « perd du terrain en Europe » [1]. « A priori, s’étonne le journaliste, la crise financière aurait dû être pain bénit pour la gauche en Europe. Régulation, réhabilitation de l’État, réduction des inégalités… les idées phares des sociaux démocrates dénoncées hier comme archaïques par les libéraux sont aujourd’hui au cœur des plans de sauvetage, y compris dans les pays où la droite est au pouvoir ». Et malgré cela, aucun pays ne bascule à gauche, bien au contraire. En 2001, les “socialistes” ou les sociaux démocrates étaient au pouvoir dans treize pays de l’UE, ils ne sont plus que huit aujourd’hui et risquent d’être encore moins nombreux dans peu de temps. La social-démocratie allemande a perdu toute crédibilité avec les divers plans Hartz mis en œuvre par l’ex-chancelier Schröder et en passant un accord de gouvernement avec les chrétiens démocrates (magnifique mariage de la carpe et du lapin !). La troisième voie prônée par Blair, qui a longtemps fait illusion au sein des gauches européennes, a perdu toute crédibilité. C’est pourtant ce modèle qu’ont adopté les socialistes polonais, slovaques et hongrois mais ils semblent aller au devant d’un bel échec électoral. Le “moderniste” Zapatero, fidèle à la tradition réformiste du PSOE [2], espère renforcer un peu le maigre État-providence espagnol [3] tout en conservant le caractère libéral de l’économie, est en perte de vitesse. Et que deviennent les “socialistes” français dans tout cela ? Ils sont, comme leurs homologues Belges et Grecs « restés à l’écart des grandes remises en cause » [1] et « n’ont pas mieux résisté aux incursions de la droite sur le terrain de la régulation économique et de l’Europe protectrice » pour avoir longtemps sous évalué, voire refusé la mondialisation.

Un réformisme radical

C’est ce que propose M. Aquilino Morelle [4] pour sauver le PS français [5]. Pour lui « inventer le socialisme du XXIe siècle » est une « formule qui sonne étrangement » car, « on n’invente que ce qui n’existe pas ». Or, dit-il, « le socialisme existe. Il a précédé le marxisme et lui survit. Il se bat pour encadrer et maîtriser le capitalisme depuis la naissance de ce dernier au XIXe siècle. Et quels que soient ses traits nouveaux, le socialisme du XXIe siècle restera dans ses finalités, comme dans sa philosophie, très proche de ses aïeux des deux siècles précédents ». Encore un “socialiste” qui ne connaît pas les paroles de l’Internationale : ce n’est pas avec lui que « du passé on fera table rase » ! Si on l’en croit « il est illusoire de s’en remettre à la seule recherche de ces fameuses “idées nouvelles” pour nous sortir de l’ornière. Car les idées, en réalité, ne manquent pas au PS ». Voilà qui nous rassure. Dans un éclair de lucidité, il avoue : « Alors même que la droite, depuis trente cinq ans ( ?), a géré le pays de façon souvent médiocre et parfois calamiteuse, nous continuons trop souvent à intérioriser une forme d’infériorité politique et à en rajouter dans la course au titre de meilleur élève de la classe de gestion ». C’est effectivement là le gros problème ! Hélas, notre bon professeur ne s’arrête pas là. Il revient sur sa marotte : « Ce qui doit caractériser le socialisme, c’est l’intensité de son réformisme ». En fait, c’est le manque de courage de la gauche réformiste qui explique ses échecs électoraux successifs. Comme le montre Gorz [6], cela tient à sa trop timide tentative de gestion étatique du capitalisme et surtout à son attachement fatal à un keynésianisme qui n’a pas été en mesure de faire reculer le chômage.

Encore un effort, camarades !

Trente six économistes viennent de lancer un appel à voter pour le Front de gauche aux élections européennes. Trois d’entre eux, Dominique Plihon (Université Paris XIII), Jacques Sapir (EHESS), Richard Sobel (Université Lille I) ont expliqué leur démarche dans l’Humanité du 25 mai ; à la question « le marché permet-il le progrès économique et social ? », ils répondent d’une manière dilatoire sous prétexte que le débat est ouvert tant chez les économistes que chez les citoyens. Après avoir critiqué les divers traités européens dont celui de Lisbonne qui, contrairement aux affirmations de Sarkozy, maintient le principe de la concurrence libre et non faussée, avec tout ce que cela implique en matière de services publics, de politique sociale et de politique budgétaire et monétaire, ils semblent regretter qu’ils soient transgressés quand ils nous disent : « Les déficits publics crèvent le plafond des 3 % du PIB, la dette publique celui des 60 % ; la Banque Centrale Européenne, avec beaucoup d’atermoiements, se résigne à intervenir sur les marchés financiers pour dénouer une crise que l’initiative privée s’avère incapable de surmonter ; des banques sont nationalisées, etc. Ces transgressions pourront servir de point d’appui pour un gouvernement qui serait soucieux de rompre avec le libéralisme : au nom de quoi seraient-elles acceptables pour sauver la banque et la finance, et non pour les domestiquer afin de satisfaire les besoins du plus grand nombre ? On ne peut pour autant soutenir que les traités ne sont que des tigres de papier. Juridiquement, ils s’imposent aux États membres ». J’avoue être perplexe devant ces déclarations, d’autant plus qu’ils ajoutent : « Financière et économique, la crise est aussi sociale et écologique. Elle exige une redéfinition de la construction européenne. Pour ne citer que cet exemple, un vaste plan financé par l’emprunt en faveur du ferroviaire et de la rénovation thermique des bâtiments permettrait de concilier écologie et soutien à l’activité et à l’emploi. Mais les traités n’autorisent pas cette solution puisqu’ils interdisent à l’Union toute possibilité d’emprunt ».

C’est un peu court comme programme de réforme monétaire ! Recouvrer le pouvoir d’emprunter auprès des banques, fussent-elles Centrales, est un peu court. C’est le pouvoir exclusif de création monétaire qu’il faut donner aux États et sous le contrôle des citoyens, sinon nous retournerons à court terme dans les errements actuels.

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[1] Le Monde, 13/05/2009.

[2] PSOE = Parti Socialiste Ouvrier Espagnol.

[3] « Nous allons sortir de la crise avec une politique progressiste, avec plus de prospérité, plus de protection sociale et plus de droits pour les travailleurs, pas avec moins ». (L.R. Zapatero, meeting du PSOE, Madrid, 12/05/09).

[4] Professeur associé à l’université Paris I-Panthéon-Sorbonne, maître de conférences à sciences PO et ex-conseiller de Jionel Jospin lorsqu’il était Premier ministre.

[5] Le Monde, 24-25/05/2009.

[6] André Gorz, Le socialisme difficile, éd Le Seuil, Paris, 1967.

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Éditorial

Les révolutions silencieuses

par M.-L. DUBOIN
30 juin 2009

L’étude intelligente et encourageante que j’évoquais ici le mois dernier est celle du Centre Europe-Tiers Monde [1], qui l’a publiée en octobre 2008 sous le titre Produire de la richesse autrement.

Un peu partout dans le monde, il y a aujourd’hui des milliers de collectifs qui s’organisent pour produire autrement, le plus souvent poussés par la nécessité. Mais si certains n’y voient que le moyen de survivre, d’autres y voient aussi une façon de s’opposer, tant en actes qu’en paroles, à la logique du système.

De nombreux forums sociaux organisent des débats autour de ces expériences collectives, souvent regroupées sous l’expression d’“économie sociale et solidaire” (en Anglais : people’s economy, l’économie des gens) alors qu’elles sont pourtant très diverses et que, selon les continents et l’état d’esprit des gens concernés, une portée et un potentiel trés différents leur sont attribués : ceux qui pensent a priori qu’il est impossible que le monde change n’y voient qu’un palliatif aux carences du système, mais d’autres y voient une utopie en marche, un irrésistible mouvement citoyen capable d’aboutir au dépassement du capitalisme, l’espoir de sortir de la dictature de la finance sans tomber dans une autre.

Les grands médias se gardent d’en parler, la plupart ne voyant pas le changement qu’elles préparent. L’intelligence de cette étude du CETIM est d’avoir vu que toutes apportent des éléments positifs, et d’avoir cherché quel pas dans la construction d’un monde plus solidaire elles permettent. D’où le choix qui a été fait, au départ, de s’intéresser à des expériences qui peuvent apporter au combat pour “changer le monde” des éléments de réflexion sur le développement possible.

Pour tenter de répondre à des questions telles que : quelles pratiques peuvent être porteuses d’alternatives sociales, à quelles conditions, et dans quelle mesure ? les auteurs de l’étude ont écarté d’emblée certaines démarches : d’abord l’ensemble des “petits boulots” et le système D, puis les entreprises qui ne se distinguent, en fait, que par leur statut juridique (par exemple les anciennes coopératives agricoles qui, en Europe surtout, voyaient dans une économie d’échelle le moyen d’une meilleure efficacité commerciale), ensuite tous les réseaux, labels et autres montages qui se greffent sur une aspiration louable à un commerce plus équitable, enfin la plupart des ONG et pour diverses raisons.

De sorte que deux aspects caractérisent les expériences retenues et décrites dans ce livre :

• la mise en œuvre de façon autonome d’activités collectives répond à des besoins de survie économique de leurs participants et sont organisées selon un principe égalitaire,

• ce travail de production est intimement lié à une lutte politique résultant de la volonté de dépasser le système dominant actuel, afin que cette activité alternative soit ainsi une rupture avec la répartition des richesses telle qu’elle résulte aujourd’hui du “libre jeu des lois du marché”. Ce second critère ouvre des débats en posant la question de savoir dans quelle mesure l’expérience pratiquée, plus « qu’un laboratoire d’un autre monde possible est aussi son école, un de ses agents. »

*

Les expériences ainsi choisies et analysées sont présentées par continent. En Argentine, le mouvement d’unité populaire né du mécontentement de la gestion de la crise par toute la classe politique, et la récupération par ses ouvriers de l’usine de céramiques Zanôn : produisant en coopérative depuis quatre ans, ils démontrent ainsi que, « même quand il s’agit de haute technologie, il est possible de créer une autre vie » ; au Pérou, à Lima, la Villa el Salvador apparaît comme la plus grande réussite de transformation d’un bidon ville (construction, entre autres, de 26 écoles et de 300 cuisines communautaires, formation de centaines d’asssistants médicaux qui vont de porte à porte, etc). En Asie, au Bangladesh, la micro-épargne de Nigera Kori (NK) est « l’exacte opposée du micro-crédit, ce “capitalisme des centimes” encensé par les institutions financières mondiales… qui n’a pas fait baisser le taux d’extrême pauvreté ». Au Bénin, le Cercle d’Auto-promotion pour un Développement Durable a une stratégie de micro-crédit qui unifie les femmes dans une lutte politique globale. Enfin en Europe, Longo Maï en France, Mol-Matric en Catalogne et Mondragon au Pays basque sont autant d’expériences solides qui tracent le chemin vers la démocratie en économie que nous défendons ici de toutes nos forces.

C’est pour cela que cette étude est encourageante. Elle permet d’approfondir les réflexions sur les stratégies possibles pour accoucher d’un monde où chacun…collectivement et individuellement soit acteur et sujet d’un développement authentique, durable, au service de la totalité de la population mondiale et des besoins fondamentaux des êtres humains.

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[1] le CETIM dont le siège est à Genève, 6 rue Amat et dont le site sur internet a pour adresse : www.cetim.ch.

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Les marques et l’industrie du luxe

par J.-L. GLORY
30 juin 2009

Nous avons compris (GR 1096 et 1097) que la valeur d’échange d’une marchandise dépend du travail socialement nécessaire à sa production et à sa reproduction et que son prix varie autour de cette valeur en fonction de nombreux facteurs, mais seulement autour. Longtemps la différence de prix entre deux marchandises ayant une même valeur d’usage (la même utilité) pouvait s’expliquer par une différence de qualité (durabilité, fiabilité, économie dans l’utilisation, efficacité etc.). Cette différence de qualité était évidemment due à la différence de la quantité de travail nécessaire à la production. L’acier inox suppose plus de travail qu’un acier galvanisé et donc une machine à laver à cuve inox coûte plus cher qu’une machine à laver à cuve galvanisée. Une entreprise qui ne produit que des produits “haut de gamme” avec des matériaux plus élaborés et donc plus chers et une main d’œuvre plus qualifiée et donc mieux payée peut vendre ses produits plus cher et acquiert une réputation de qualité auprès de ses utilisateurs. Cela lui assure une vente régulière et lui évite des frais de publicité, celle-ci se faisant surtout par le “bouche à oreille“. Les robinets Bricquart n’ont jamais fait de publicité mais tous les plombiers de France savaient que si leurs clients en acceptaient le prix, ils n’auraient aucune difficulté de montage (rectification poussée), ni de rodage (fait en usine) lors de l’installation et de la période de garantie (10 ans).

Lorsque ces entreprises “haut de gamme“ faisaient de la publicité, il est à noter qu’elles se contentaient de mettre en avant les valeurs d’usage de leurs produits (“Un outil Facom est garanti à vie”, “La canadienne Tienco (Manufrance) c’est pour la vie”). Et c’était vrai.

*

L’imparfait est venu tout naturellement sous ma plume parce que les conditions économiques actuelles ont pratiquement fait disparaître ce type de produits qui, du point de vue capitaliste, n’a pas que des avantages : la valeur d’échange est certes élevée (donc le prix) mais les matériaux et la main-d’œuvre sont coûteux et la durabilité réduit la demande. Le profit est donc médiocre.

Toute une gamme de produits de grande consommation ne permet pas d’espérer une révolution technologique qui promettrait une “plus-value extra” (voir article précédent). Une paire de chaussures, un tee-shirt, un béret, un pantalon, une boisson, un aliment etc. sont si étroitement liés à l’anatomie, aux besoins vitaux de l’homme, aux phénomènes sociaux de long terme (différenciation sexuelle par exemple) qu’on ne peut qu’envisager des améliorations techniques qui tiennent du gadget dans leur valeur d’usage (coussinets absorbeurs de chocs dans les chaussures, boissons “énergisantes” etc.). Ces améliorations ne sont pas de nature à augmenter sensiblement la valeur d’échange et donc le prix.

L’astuce qui a été trouvée est d’agir sur la valeur d’usage : votre béret ne sera pas seulement un couvre chef solide, fiable, seyant, mais il témoignera en plus, grâce à la virgule qu’il porte, de votre appartenance à une communauté que d’énormes campagnes publicitaires, ouvertes ou clandestines, s’efforceront de constituer. Votre pull-over ne sera plus seulement ce qui vous permet d’échapper à la fraîcheur du soir. Grâce au discret crocodile qui l’orne vous appartiendrez au monde de l’élite. Votre montre ne montrera l’heure qu’accessoirement, elle montrera surtout votre modernité, votre entrain, votre pétulance, etc.

Il s’agit là du phénomène des marques. D’énormes masses d’argent (et de malheureux travailleurs qui, conscients ou non de la stupidité de ce qu’on leur demande, doivent suivre) sont mobilisés par les marques pour créer, entretenir et développer ce nouveau type de valeur d’usage : campagnes de publicité ouvertes, sponsorings variés, utilisation du prestige d’une personnalité connue qui confine souvent à la prostitution : quel admirateur sincère du talent de Johny Halliday n’est pas sidéré en entendant ses trémulations vocales sur le nom d’une marque de lunettes ?

Il est à remarquer que, malheureusement, l’effet de ce genre de campagne s’avère particulièrement efficace auprès de ceux qui sont en quête d’identité ou de reconnaissance sociale (pré-ados, ados, jeunes issus de l’immigration etc.), alors que leur pouvoir d’achat, qui est bien souvent celui, réduit, de leurs parents, devrait, en bonne logique, les inciter à rechercher des valeurs d’usages authentiques.

Dans le même temps, ces marques n’hésitent pas à réduire leurs coûts de production en faisant produire dans des pays où la main d’œuvre est bon marché et mal protégée par les lois, en en altérant la qualité (choix des matériaux et moindre qualification de la main-d’œuvre).

Le prix de vente est maintenu à un niveau élevé grâce, d’une part, à l’entretien permanent (et coûteux) de la véritable mythologie qui entoure la marque et, d’autre part, au recours à tout un arsenal juridique et coercitif qui réprime les contre-façons.

Les contribuables français paient des milliers de douaniers pour veiller à ce que les chaussures de sport portant deux bandes parallèles soient bien introduites en France par la firme qui a déposé cette “marque” ! Je suis certain que les générations futures ne pourront qu’en rire.

La répression des contre-façons est, bien sûr, légitime quand la “contre-façon” présente un danger pour l’utilisateur, comme dans la contre-façon de médicaments ou de pièces mécaniques. C’est ce que tout le monde pense et à bon droit. Et c’est, à l’heure actuelle, l’argument-massue des marques. En effet les contre-facteurs sont encore plus avides de profits que les propriétaires des marques et n’hésitent pas à mettre sur le marché des objets qui n’ont que l’apparence de ceux déjà produits à bas prix par les marques et qui, produits à encore plus bas coûts, peuvent donc, parfois, être dangereux.

Mais que diront les marques lorsque les contre-facteurs produiront des objets strictement identiques aux leurs ? Il ne leur restera qu’à invoquer les “droits inaliénables de la propriété intellectuelle” dont mes deux articles précédents ont essayé de faire justice. Où est en effet l’effort intellectuel qui mérite une rente pour avoir dessiné une virgule ou tracé deux bandes parallèles ? Dessiné une bouteille ? Choisi deux couleurs pour un tissus écossais ? etc. Il leur faudra bien un jour reconnaître que ce qu’elles vendent c’est du vent, c’est-à-dire un rêve jouant le rôle d’anesthésiant dans un malaise social dont les remèdes sont ailleurs.

L’industrie du luxe

L’industrie du luxe est un phénomène bien antérieur à celui des marques et bien antérieur au mode de production capitaliste. Cette industrie n’a longtemps visé qu’une clientèle très aisée et donc un marché réduit. Dans la haute-couture où les vêtements étaient produits à l’unité, sur commande et sur mesure, la loi de la valeur (quantité de travail socialement nécessaire à la production et à la reproduction) ne s’appliquait pas. L’industrie du parfum haut de gamme, dans la mesure où les ingrédients nécessaires, ou jugés nécessaires, à la production de qualité ne se trouvaient pas en quantité illimitée sur le marché, se trouvait en fait en position de “marché noir” (demande plus forte que l’offre).

Il s’agissait donc d’un marché où les volumes de marchandises échangés contre de l’argent étaient très réduits. Les investissements y étaient très importants : luxe coûteux des salles de présentation visibles par la clientèle, emplacement prestigieux de ces salles, entretien coûteux de mannequins et de “stylistes inspirés” (avec des “petites-mains” réduites au SMIC), publicité “glamour” dans des revues de luxe.

On peut dire que l’industrie du luxe a servi de modèle au phénomène des marques, mais qu’aujourd’hui c’est le contraire : les défilés de mode ne servent plus à présenter des vêtements portables (même dans des circonstances exceptionnelles comme galas, cocktails mondains etc.) et donc vendables, mais à faire parler de la marque, de la “griffe”. Le styliste devient une “danseuse” que l’on entretient parce que l’on compte vendre des produits dérivés : cravates, sacs, chemises, eaux de toilette, stylos, cahiers, etc.

Cette industrie, comme celle des “marques”, utilise tous les moyens pour réduire ses coûts de production. Yves Rocher fait empaqueter ses parfums au Burkina Faso par des ouvrières payées au SMIC local. Les dégâts écologiques causés par les allers-retours aériens ne font pas partie des coûts de production. Il y a longtemps que les serres de Grasse ne sont plus les seules à fournir les ingrédients nécessaires à nos plus prestigieux parfumeurs. Sur le marché de San Remo on vend (avec facture !) une imitation du N°5 de Chanel pour 10 euros. Une expérience montée en double-aveugle, avec cinq personnes, m’a montré que lors de la pose sur le poignet d’une goutte du vrai et d’une goutte du faux, la différence est indécelable. Au bout de 12 heures elle est décelable en faveur du vrai. Cela justifie-t-il la différence de prix ? Qu’en sera-t-il lorsque les contre-facteurs italiens ( ?) du N°5 de Chanel feront le petit effort financier nécessaire pour rendre leur produit indiscernable ? Les industriels commencent à prévoir ce genre d’impasses. Ils comptent beaucoup sur les “puces intelligentes” qui assureraient une traçabilité de chaque objet et donc permettraient très facilement de déceler les contre-façons, même si l’indiscernabilité physique était obtenue. L’intelligence humaine étant sans limite, on peut leur prévoir bien des déconvenues !

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Les convenances

par Michelec
30 juin 2009

Tandis qu’à leurs œuvres perverses
Les hommes courent… haletants [*],
Notre planète crie sa détresse,
À une bande de malentendants.

Ils sont aveugles, tout autant
Sur trop de dégâts conséquents,
Car centrés sur une seule action :
Gonfler des comptes ‘’d’exploitation’’

En génitrice bienveillante,
Comment Nature pourrait comprendre,
Cette course à vouloir tout lui prendre,
Pour faire de la valeur marchande ?

Produire ne pose guère de problème,
Mais ne pas vendre casse le système,
De là naissent les guerres commerciales,
Mondiales et reines du gaspillage.

En Paix depuis plus de septante ans,
L’effort des hommes s’accumulant,
Devait, du moins matériellement,
Supprimer tous leurs manquements.

L’abondance partout s’étendant,
Rend judicieux le raisonnement,
Mais avec leurs calculs abscons,
Nos édiles prônent la récession,

Pendant que des masses de capitaux,
Hantent les Paradis Fiscaux,
Les Nations, toutes en déficit,
Du recul social fondent le rite !

À quoi bon geindre sans modifier
Ces bilans déshumanisés,
Empiriques, et se transformant
Suivant l’intérêt des marchands.

Fruits de la déréglementation,
Les libérant des traditions,
Les Bourses en leur nouvelle version,
Fabriquent du ca$h, hors production.

Le profit n’a pas d’essence morale,
Il ressort d’un montage comptable.
Introuvable est le responsable,
Ce qui défausse tous nos notables.

Ils ne visent que l’empilement,
De ce qu’on appelle encore l’argent,
Ce sang ainsi stérilisé,
Paupérise nos communautés.

Pointe d’une structure pyramidale,
Ce serait à la Banque Mondiale,
De réviser des conventions,
Coinçant notre civilisation.

Qu’elle partage son monopole,
De pouvoir imiter le Pactole,
ça sauverait les impécunieux,
Sans faire de tort aux dédaigneux.

À d’autres temps, d’autres méthodes,
S’ancrer dans l’erreur : indécent !
De plus c’est aux antipodes,
Du rôle d’un flux fertilisant :

De garder le globe habitable,
Ce bien pour tous fondamental,
Qui réclame à tous les terriens,
De vivre la main dans la main,

Rendre le pouvoir au Politique,
Faire une monnaie démocratique,
Beau duo vers un monde logique,
Fermant l’ère catastrophique.

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[*] citation de Théophile Gauthier

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Abolition du salariat et conséquences

par F. CHÂTEL
30 juin 2009

Depuis plusieurs décennies, dès la fin des Trente Glorieuses, la conjonction de l’augmentation de la productivité et de la baisse de la croissance, l’automatisation des moyens de production, puis la délocalisation vers les pays à bas coûts, conduisent globalement à un manque de travail pour distribuer des salaires.

Le chômage, la précarité et les dommages collatéraux associés se banalisent ainsi, au point de générer et d’étendre le mal-être à une société pourtant riche.

Jacques Duboin a eu le mérite de proposer, dès la crise de décadence du capitalisme des années 1930, un revenu de consommation garanti, équitable pour tous. Le contrat civique reprend cette idée maîtresse de l’Économie Distributive mais, sceptique quant à la participation volontaire au travail nécessaire, accorde éventuellement des surplus de revenu par exemple comme incitation à réaliser certaines activités délaissées.

Ces surplus de revenu accordés possèdent cependant le défaut de maintenir la liaison entre travail et consommation. Ils entretiennent l’existence d’une liaison entre l’activité humaine et celle de l’argent, de l’objet, des biens produits. Davantage de salaire revient à plus de consommation. Sans s’étendre sur l’incitation à consommer, ce concept propose le maintien, au sein de la société, de la hiérarchie de valeurs, d’une différence de traitements entre les individus, de la priorité de l’Avoir plutôt que la promotion de l’Être.

Si le travail doit faire partie, comme il se doit, des instruments favorables au développement de l’Être chez l’individu, il ne peut se trouver perverti par un attachement maintenu à l’Avoir. Il est temps que la recherche de gratification, moteur de la motivation personnelle, s’abreuve à une autre source que celle de l’acquisition matérielle, du consumérisme, pour la sauvegarde de la planète, pour la promotion d’un nouvel état d’esprit au sein de notre société et pour permettre aux préoccupations humaines de se désembourber de la voie unique.

À propos de l’importance de l’égalité économique, Cornélius Castoriadis s’est exprimé ainsi : « L’égalité de participation au pouvoir politique… signifie aussi l’égalité des conditions sous lesquelles les gens peuvent participer à ce pouvoir politique. Pour moi, la démocratie, c’est la participation active de toute la communauté… et non pas la délégation ou la représentation. Alors, l’égalité économique, dans ce sens là,… se justifie… : dès qu’il y a des inégalités économiques, … l’égalité de participation au pouvoir politique devient un leurre … L’essentiel pour qu’il y ait vraiment une nouvelle marche vers une société autonome, c’est la destruction de la mentalité économiste…qui est la mentalité dominante dans le monde contemporain, dans le monde capitaliste, (qui) évidemment s’instrumente essentiellement dans la psychologie des individus par l’inégalité des revenus : j’ai plus que toi, je tâcherai d’avoir encore plus, etc. »

Parfois contre l’avis général, l’humanisme progresse par des abolitions, comme celles de l’esclavage et de la peine de mort. C’est maintenant le tour du salariat. Il s’agit d’abord de poser le postulat selon lequel la vie d’une personne n’a pas de valeur d’échange : sa valeur, même celle d’une fraction de son temps, n’est pas mesurable. Ce temps ne peut pas être comparé avec un objet virtuel comme l’argent, étalon utilisé pour établir la valeur d’une chose. Même si cet étalon était encore gagé sur l’or, comment comparer une heure de vie humaine à un morceau de métal, même précieux ? C’est insensé, injurieux pour l’être humain, c’est le reflet de son exploitation odieuse qui est pratiquée couramment depuis plusieurs siècles.

Comment une quantité de monnaie, qui représente une somme de prix, des valeurs d’échanges de biens de consommation, peut-elle être attribuée à une personne en contrepartie de son travail ? Les capitalistes se sont permis de déterminer la valeur de la quantité de travail ou du temps de travail social moyen, c’est à dire d’une partie de la durée de vie de cette personne, en fonction des ressources nécessaires au maintien de sa force de travail, tout en s’accaparant le surplus de travail, le profit, comme l’a expliqué Marx. Le salaire est donc toujours inférieur à la valeur de la marchandise produite. C’est admettre que la fraction de vie humaine qui est nécessaire à la production d’une marchandise a moins de valeur que celle-ci. Peut-on encore accepter cela aujourd’hui ? Même en considérant que l’argent reçu va permettre d’accéder aux biens de consommation, comment peut-on se permettre d’associer la valeur d’une part de vie humaine avec celles de denrées ou d’objets ?

Le travail, en tant que moyen personnel et social d’évolution, d’émancipation, de gratification, ne mérite pas ce traitement avilissant. Nous serions certainement moins suspicieux quant à la participation volontaire de chacun à l’œuvre générale si l’injure du salaire ne venait pas généralement nuire et masquer les qualités d’enrichissement social ou intellectuel du travail.

Comble d’imposture, comment peut-on affirmer que le temps de vie d’un individu vaut plus ou moins que celui d’un autre ? C’est abominable.

Le salaire doit laisser la place au revenu. Et celui-ci doit être évalué en fonction de la valeur de l’ensemble des biens produits et disponibles pour la consommation.

À la différence d’aujourd’hui, le travail humain ne sera donc plus comptabilisé dans les prix des marchandises, il sera considéré comme non mesurable, ce qui n’a jamais été fait jusqu’à présent. Par contre, alors qu’on considère que la nature est prolixe, inépuisable et offerte à tous les désirs de l’humain, dans le prix des produits seront pris en compte leur impact sur l’environnement, la possibilité que les matières premières qu’ils contiennent soient recyclées ou non, l’origine renouvelable ou pas, des énergies utilisées.

La valeur d’échange d’une marchandise est actuellement déterminée par la quantité moyenne de travail social humain requis pour sa fabrication. L’abolition du salariat supprime donc ce moyen d’établir la valeur d’échange. Pour déterminer un prix de vente, qui aujourd’hui fluctue autour de la valeur d’échange en fonction du marché, resteront l’offre et la demande. Dans l’offre, seront considérés la rareté des composants de la marchandise et le temps nécessaire à leur renouvellement, l’énergie dépensée pour l’obtenir et l’impact total sur l’environnement. Compte tenu de ces critères, il est possible que le ratio nuisance/besoin soit trop important pour autoriser la production de certaines marchandises, le principe de précaution étant appliqué.

La suppression du salariat rend toute sa liberté au travail. Elle permet de mettre en lumière son rôle dans le développement de l’Être et elle met fin à cette horrible sentence : « Tu gagneras ta vie à la sueur de ton front », supprimant ainsi cet odieux chantage de ne pouvoir obtenir du pain qu’en échange d’un peu de soi. Elle rend chacun responsable de sa participation à l’œuvre sociale en même temps qu’elle rend la société responsable de la qualité de sa sollicitation envers chacun de s’associer aux projets communs.

Que craindre de cette liberté ? Un manque d’engagement individuel ? Des propositions totalement farfelues qui mettraient en péril la production nécessaire pour répondre aux besoins définis par la démocratie participative ?— C’est oublier la force engendrée par la recherche de gratification et de reconnaissance de l’individu au sein du milieu social. Cette recherche va s’exercer en fonction des possibilités offertes par les institutions et des valeurs qu’elles véhiculent.

La participation volontaire de tous à l’œuvre générale dépend en grande partie de conditions qui actuellement sont négligées, on préfère utiliser la sanction, le chantage, la répression, la hiérarchie de valeurs, tous ces moyens qui permettent de s’assurer un pouvoir.

Le rapport de confiance entre l’individu et le groupe, qui est nécessaire à l’engagement, sera le résultat de l’éducation, des années consacrées à l’enfance, aux relations parentales, familiales et sociales, à la formation, à la prise de connaissance progressive du monde environnant, de la qualité de la sollicitation gratifiante exercée envers chaque personne en devenir et des marques de reconnaissance décernées. Ces conditions réunies faciliteront l’adhésion du jeune adulte à sa vie professionnelle, au sein d’une société libérée de toute dominance et tout interventionnisme étatiques.

Comme chacun ne pense qu’avec les informations qu’il a mémorisées et que celles-ci proviennent du milieu culturel, les propositions d’activités professionnelles émises par chacun, et la motivation pour les exercer, seront donc produits par la société elle-même. Le choix du métier deviendra un choix individuel, il ne dépendra plus du hasard d’un poste vacant dans un programme imposé par une instance quelconque.

Il est évident que les propositions d’activité devront être l’objet d’un contrat, négocié pour tenir compte de l’expérience déjà acquise, et pour que puissent être objectivement évalués les compétences, les moyens et les investissements nécessaires à sa mise en œuvre dans le respect de l’environnement et des ressources disponibles. La liberté des propositions d’activité doit rester une condition primordiale de la nouvelle société, pour que ces choix ne soient plus dirigés mais reflètent les aspirations des individus.

À la société d’en tirer les conséquences si ces choix ne permettent pas de répondre à tous les besoins exprimés, à elle de corriger son organisation et de revoir ses prétentions en évitant les erreurs du passé, pour ne plus avoir recours au diktat et à la manipulation des esprits.

L’humain est un être social. Il a besoin de se sentir intégré et apprécié par la société. Celle-ci doit offrir à chacun de ses membres les moyens d’y parvenir, lui permettre de trouver sa gratification personnelle, d’une part par le plaisir éprouvé dans l’exercice de l’activité qu’il a choisie et d’autre part par la reconnaissance des autres envers son engagement dans la quête du bien-être général.

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La première partie (GR 1097, où sont renseignées les références 1 à 13) de cette série d’articles resituait brièvement l’aventure humaine et le peuplement de la Terre dans le temps et l’espace, de la conquête à la fuite en avant au cours des derniers siècles, jusqu’à la crise globale actuelle. La partie II (GR 1098, références 14 à 25) concluait que l’analyse scientifique du phénomène de transition démographique laisse entrevoir une maîtrise de l’accroissement de la population, liée à l’accès au progrès, sur toute la planète.

Dans cette partie III, Guy Evrard considère que la démographie devrait dès maintenant se placer au cœur du mouvement pour de vraies solutions à la crise.

III. Quel(s) équilibre(s) démographique(s) sur notre planète ?

par G. ÉVRARD
30 juin 2009

On attribue historiquement au pasteur anglais Thomas Malthus, dans son Essai sur le principe de population, publié en 1798, la première alerte sur les risques que fait courir à l’humanité le déséquilibre entre l’accroissement de la population (selon une progression géométrique : 1, 2, 4, 8, 16…) et l’augmentation des ressources (selon une progression arithmétique : 1, 2, 3, 4, 5…, sur la même échelle de temps). Mais il n’était pas encore question d’empreinte écologique. Svante Arrhenius, prix Nobel de chimie en 1903, semble avoir fait la jonction un siècle plus tard, puisqu’il imaginait en 1904 que les émissions anthropiques de CO2, liées encore principalement au développement de l’industrie, pourraient induire un réchauffement susceptible d’éviter l’entrée dans une nouvelle période glaciaire, suggérant même que la combustion d’hydrocarbures fossiles favoriserait ainsi l’agriculture et permettrait de subvenir aux besoins de la population en croissance rapide [26] !

Plus tard dans le 20ème siècle, alors que la “bombe population” prenait de la consistance, de nombreuses personnalités alertèrent de nouveau le monde à la fois sur les risques de pénurie alimentaire et sur les limites de la planète, tant en ressources naturelles qu’en capacité à recycler les effluents des activités humaines, c’est-à-dire à continuer d’assurer un fonctionnement équilibré de la biosphère. Le Magazine Littéraire publia en 1977 un dossier consacré à l’écologie (histoire, philosophie et politique) évoquant quelques pionniers, mais pas toujours avec une référence explicite à la question démographique [27]. On y rencontrait René Dumont [*] (1904-2001), agronome et candidat à l’élection présidentielle de 1974 en France : « Le capitalisme ne s’est jamais préoccupé des hommes. Il a exploité les hommes, il a dominé, donc exploité la nature et il est arrivé à un point où cette domination menace l’homme, voire la survie de l’humanité ». Bien sûr aussi le Club de Rome, fondé en 1968, dont les travaux ébranlèrent les responsables politiques et économiques de l’époque, avec une remise en cause du dogme capitaliste par certains de ses propres acteurs qui envisageaient la nécessité d’une certaine décroissance. Ce terme allait devenir “gros mot”, y compris pour de nombreux opposants au système. Leur premier rapport, Halte à la croissance, révèlait des courbes de croissance continue et même exponentielle de la démographie, de la dépense énergétique, des conséquences écologiques…, pointant les limites physiques de la Terre, « un vaisseau spatial de quatre milliards d’habitants (dans ces années-là), corps céleste fini et aux réserves épuisables ». Un autre rapport revendiquait une répartition plus équitable des richesses sur notre planète « où vivent aujourd’hui un milliard d’hommes qui s’enrichissent sans cesse et trois milliards d’hommes qui s’appauvrissent ». Un autre encore, Les buts de l’humanité, concluait à la nécessité d’un respect absolu de la nature en tant que « base de survie ».

Le magazine évoquait également Barry Commoner, biologiste éminent (né en 1917), spécialiste des phénomènes biochimiques fondamentaux des cycles naturels. Il fustigea à la Conférence des Nations-Unies sur l’environnement, à Stockholm, en 1972, le “modèle réactionnaire” du MIT [**] à la base du rapport sur les Limites de la croissance. Ainsi que les “thèses simplistes” de l’écologiste américain Paul Ehrlich qui soutenait que l’expansion démographique mondiale est la cause de tous les maux et qui se fit stériliser pour donner l’exemple ! Barry Commoner affirma : « Pour changer de trajectoire, nous devons mener des actions collectives, rationnelles, bien informées, mettant en lumière devant tous la responsabilité de puissantes forces politiques, économiques et sociales qui commandent toute l’évolution de notre histoire ». Je dois dire que c’est la lecture de son ouvrage Quelle Terre laisserons-nous à nos enfants ? [28] qui m’ouvrit les yeux en 1970 sur ce qui se tramait dans les coulisses de notre monde technologique.

Enfin, le Manifeste pour une ère symbiotique que Francis Guinot, président de l’Académie de technologie, une société savante, rédigea pour la dernière édition du Salon européen de la recherche et de l’innovation, à Paris, en juin 2008, me paraît donner la bonne mesure du défit qui se trouve posé : « Il n’existe plus sur notre planète un seul écosystème, une seule niche écologique qui ne porte directement ou indirectement l’empreinte de l’homme. Nature et culture sont devenues indissociables. (…) L’espèce humaine, si fragile, si clairsemée dans ses origines, a conquis cette position dominante par la raison. Cependant, la puissance acquise grâce aux sciences et aux technologies, amplifiée dans ses effets par la démographie, confère à son hyper domination des caractéristiques dangereuses. Elle est devenue un prédateur insatiable qui épuise les ressources naturelles, vulnérabilise les autres espèces vivantes, modifie les conditions mêmes de la présence de la Vie sur Terre. À l’exemple des changements climatiques, de la répartition de l’eau, des cultures vivrières… des problèmes vitaux se mondialisent. (…) L’espèce humaine prend, peut-être pour la première fois de son histoire à ce point, conscience de son unité et des menaces qu’engendrent sa puissance et son poids démographique. Elle sait qu’elle doit désormais conduire un changement aussi radical dans les relations homme-nature que celui des temps néolithiques. (…) Nous devons passer du statut de prédateur-destructeur à celui de symbiote. Notre responsabilité d’espèce dominante est de rechercher un équilibre durable avec les autres espèces et avec la planète qui nous porte. Nous entrons dans l’ère symbiotique. (…) Cet équilibre sera fait de choix conscients parmi toutes les symbioses qu’offre la biodiversité. Cette co-évolution harmonieuse est la vision la plus aboutie d’un développement durable. Mais notre ignorance dans ces domaines est si grande qu’elle ouvre des besoins colossaux de nouvelles connaissances, de recherche scientifique et technologique. (…) Le concept de progrès était né en Europe. Il devait conduire à la plénitude de son humanité par le savoir. Il s’est affadi au point de n’être plus qu’un pseudonyme de la croissance. Le temps est venu de le réinventer (…) » [29].

On le voit, la question démographique rejoint la question globale de notre devenir, ni plus, ni moins.

Reconquérir la Terre

Reconquérir la Terre pour maîtriser notre avenir, voilà une proposition d’aujourd’hui que ne renieraient sans doute pas les penseurs du siècle des Lumières. C’est à cette opportunité historique que nous devrions nous atteler pour sortir de la crise. Il s’agit bien d’une autre rupture dans l’histoire de l’humanité. Où la démographie n’est pas subie, phénomène insaisissable, mais se trouve au cœur du mouvement, certes sur d’autres chemins que ceux du passé.

Ce n’est plus cette idée, peut-être mal comprise, de dominer la nature pour affirmer la plénitude et la puissance de l’homme, libéré de ses obscurantismes. Même si de nouveaux obscurantismes, “l’homme consommateur” et bien d’autres, sont toujours à combattre. Il s’agit maintenant de mieux comprendre les mécanismes d’équilibre de la biosphère, d’apprendre à s’y intégrer, afin d’assurer la pérennité de notre planète et le bonheur résolument actif de ses habitants. Les chimistes savent que les équilibres sont faits pour être déplacés, mais bien des connaissances sont effectivement à acquérir pour en maîtriser les déplacements. En finir avec la fuite en avant ce n’est pas retourner vers l’âge des cavernes ; c’est au contraire affronter de grands défis qui requièrent le dialogue notamment entre scientifiques et citoyens, sous des formes que l’on commence à pressentir comme un nouveau germe de démocratie [30]. Se rapprocher de la nature, ce n’est pas tourner le dos au progrès comme semble l’analyser le philosophe Jean-Michel Besnier à propos des idées du siècle des Lumières [31] : « (…) La tentation de reconstituer un rapport de proximité, sinon de fusion, avec la nature n’est jamais anodine et toujours contraire à la dynamique appelée par le progrès : l’illustreraient certains romantiques qui ont pactisé jadis avec le camp de la réaction politique, tout comme certains écologistes (…). Ainsi la thèse soutenue par James Lovelock dans L’hypothèse Gaïa (…) sert-elle de prétexte (…) pour réclamer la réduction autoritaire du nombre d’individus résidant sur la planète. Tels qu’ils s’expriment depuis les Lumières, les idéaux du progrès ne peuvent faire bon ménage avec aucune des formes que prend le culte de la nature (…) ».

Il n’est évidemment pas plus question ici d’un quelconque « culte de la nature », qui renverrait à une expression du « dessein intelligent » (dernière forme du créationnisme), que d’accepter un progrès confisqué qui transite par la marchandisation de la nature elle-même et de ses ressources vers des “consommateurs” et qui est au service de ceux qui détiennent le pouvoir économique, c’est-à-dire le capital, avant de bénéficier à tous les hommes. On ne saurait qualifier de réactionnaire Elisée Reclus (1830-1905), célèbre géographe qui décrivit la nature de si belle manière dans ses ouvrages [32], lorsqu’il dit « l’homme est la nature prenant conscience d’elle-même », lui qui, théoricien de l’anarchisme et militant de la Commune de Paris, fondait sur le progrès sa confiance en l’émergence d’un monde plus juste aux hommes.

Maîtrise de la démographie

La démographie est un des paramètres de l’analyse et de la reconquête. Les outils développés par les démographes et les sociologues, qui ont sans doute encore beaucoup à apporter, permettent déjà d’observer en détail et de comprendre les mécanismes de variation d’une population, même si les projections restent bien sûr d’autant plus incertaines qu’elle sont lointaines [21]. Mieux informées sur ces questions, comme le préconisent Barry Commoner et François Guinot, dans un cadre démocratique renouvelé, pourquoi les sociétés humaines ne seraient-elles pas capables de décider collectivement des objectifs de population en même temps que de l’organisation économique et du cadre de vie qu’elles souhaitent ? On peut en effet aisément imaginer qu’à partir d’un certain niveau d’éducation, la compréhension et la maîtrise des mécanismes de création des richesses rend inutile toute forme de coercition ; des mesures incitatives pouvant, le cas échant, accélérer des processus qui garderont néanmoins toujours, par nature, une forte inertie. D’ailleurs, nous avons vu que les sociétés rurales, jusqu’à la transition démographique, c’est-à-dire jusqu’à ce qu’elles prennent conscience de la baisse effective de la mortalité, ont su ajuster plus ou moins empiriquement leur fécondité à leurs ressources, dans le cadre de leur organisation sociale, notamment en retardant la nuptialité [20], [21]. Bien entendu, il faut admettre des équilibres démographiques variables en fonction des caractéristiques régionales, mais en veillant à ce qu’ils n’entérinent pas une forme de ségrégation sociale ou culturelle.

Certes, la socialisation de plus en plus poussée des processus de production rend l’exercice difficile, mais on sait bien que celle-ci est d’abord la conséquence de la recherche permanente du moins-disant, largement aggravée par une mondialisation organisée sur une gabegie des transports. Il est vraisemblable que les luttes pour le progrès social qui ne manqueront pas de se développer, notamment au bénéfice des pays moins avancés, d’une part, et la pénurie prochaine d’énergies bon marché, d’autre part, pousseront à retrouver une plus grande intégration régionale de la production et favoriseront une meilleure visibilité des populations à cette échelle. Nous verrons que la production agricole devrait être la première à retrouver ces caractéristiques.

Reconquérir la Terre, c’est donc d’abord redonner aux hommes, aux échelles appropriées, le pouvoir de gérer les équilibres. La localisation ou la décentralisation des responsabilités n’empêchant nullement la diffusion des savoirs et la solidarité des moyens à plus grande échelle, dans un monde qui ne serait plus fondé sur la compétition. C’est alors une autre mondialisation à inventer. À l’échelle du globe, les Nations Unies disposent déjà d’un dispositif d’analyse démographique performant [23] et le devoir d’informer qui y est attaché.

À ce stade, il devient légitime de s’interroger sur les raisons de l’absence d’échange sur les questions démographiques dans nos sociétés, du moins dans le débat politique public. Sous le couvert du respect de la liberté individuelle fondamentale de procréation, ne craint-on pas justement que les citoyens s’approprient collectivement ce droit pour revendiquer plus de pouvoir dans l’organisation de la société ?

Des ressources alimentaires suffisantes ?

Selon Hervé Le Bras [33], jusqu’à l’approche de la Révolution Française, l’idée que se faisaient les hommes de la fin des temps s’inspirait encore de l’Apocalypse, dictée par la religion et évoquant la multitude. L’avenir s’ouvrit avec Condorcet (1743-1794) et c’est fidèle à cette nouvelle vision confiante dans la destinée des hommes que Le Bras analyse leur capacité à affronter les nécessités alimentaires, en opérant les choix appropriés, devant les perspectives démographiques annoncées. à l’appui, le démographe souligne qu’Ester Boserup (1910-1999), économiste danoise qui travailla aux Nations Unies, opposa à la notion malthusienne d’une population dépendante de la disponibilité des ressources alimentaires, celle, plus ambitieuse, de l’amélioration de la productivité agricole sous la pression démographique. Puis il montre que démographie et ressources alimentaires ne sont plus, en réalité, dans un face à face direct.

Quoi qu’il en soit, de nombreux savants n’ont cessé de s’interroger, au cours des derniers siècles, sur la population maximale que la Terre pourrait nourrir (voir graphique ci-dessous). Tour à tour pessimistes ou optimistes, selon qu’ils sont biologistes et écologistes ou agronomes et économistes, selon les époques et les avancées des techniques agricoles, les estimations restent cependant très dispersées, traduisant la difficulté de l’exercice. Aujourd’hui, l’estimation moyenne est néanmoins assez voisine des projections démographiques, ce qui peut nous rassurer, mais doit aussi nous responsabiliser à la maîtrise des processus.

Les données actuelles montrent en effet que la capacité de production de céréales, exprimée en calories, est suffisante pour nourrir l’humanité, y compris dans la perspective de 9-10 milliards de Terriens, à condition d’organiser la production agricole et la répartition des ressources dans cette optique et de les soustraire au laisser-aller et à la perversité du marché, sous réserve aussi d’une certaine modération dans les pays les plus développés. En admettant une ration calorique moyenne de 2300 kilocalories par jour et par personne, on calcule que 6 milliards d’êtres humains doivent pouvoir disposer de 5.1015 kilocalories [***] par an, puis de 8,5.1015 kcal quand ils seront 10 milliards. D’après les données de la FAO [****], la production végétale mondiale en 2005 destinée à l’alimentation atteignait 12,4.1015 kcal, sur une production totale équivalente à 17,2.1015 kcal, alors que la consommation humaine était limitée à 6,7.1015 kcal, végétales et carnées, mais, a priori, suffisante à ce moment-là. Et pourtant, on dénombre aujourd’hui 900 millions d’êtres humains souffrant de la faim. Hervé Le Bras analyse les distorsions [*****].

Une partie de la production végétale globale (l’écart entre 17,2 et 12,4.1015 kcal) est destinée à l’industrie, par exemple aujourd’hui celle des biocarburants et d’autres applications plus traditionnelles, ou gâchée (au moins 20%) à la récolte, au stockage, au cours du transport ou lors de la consommation. L’écart entre production et consommation pour l’alimentation (l’écart entre 12,4 et 6,7.1015 kcal) est lié à la consommation de viande, la production de 1 calorie de viande nécessitant 10 calories de céréales (en plus des autres apports, herbageux notamment). La consommation directe de céréales et de végétaux par l’homme atteignait 5.1015 kal en 2005 et elle aurait pu être encore juste suffisante si répartie de façon plus égalitaire parmi les populations :

La capacité de la planète à nourrir les hommes dépend donc de l’aptitude de ces derniers à prendre leur destin en main, comme le montre très clairement le second tableau, sur la base des seules calories produites à partir de céréales destinées à l’alimentation. Une alimentation uniquement végétarienne peut d’ores et déjà nourrir plus de milliards d’habitants, mais une alimentation riche en viande, par exemple un régime à la française, n’est plus adaptée depuis longtemps. Avec la répartition globale actuelle, si elle avait été équitable, l’autosuffisance aurait dû être assurée en 2005. De plus, en même temps qu’il est urgent de mieux équilibrer la répartition entre calories végétales et calories carnées, à la fois globalement et entre pays riches et pays pauvres, il est aussi indispensable de ne pas accroître la production végétale pour les applications industrielles au détriment de la production alimentaire. Le défrichage de nouvelles terres au profit de l’agriculture ayant par ailleurs des conséquences écologiques désastreuses, on voit bien que les équilibres ne peuvent se trouver spontanément, sans une gestion démocratique à la fois régionale et mondiale des processus [2]. La main invisible du marché est aussi aveugle et trop égoïste pour qu’on puisse lui reconnaître la moindre compétence à assurer ces équilibres.

Une population vieillissante

Bien sûr, la fin de la transition démographique conduit à une évolution de la courbe de répartition des âges qui ressemble de moins en moins à une pyramide (voir sur la figure de la page suivante les simulations pour 2009 et 2050, données ONU).

Face à cette évolution, la société libérale se trouve désemparée et s’empêtre dans ses contradictions. Les seniors constituent un gisement de consommateurs et contribuent souvent encore à la création de richesses, sans doute plus immatérielles. Comment donner une valeur marchande à leur activité sans augmenter le coût du travail, ni en salaire direct ni en contributions sociales pour assurer leur pouvoir d’achat ? Gageons qu’il n’y a pas de réponse dans la logique libérale. L’économie distributive, en organisant le partage des richesses produites sur la totalité de l’existence, échappe évidemment au dilemme.

Sans aller plus loin ici dans l’analyse, méditons le propos d’Albert Jacquard qui, à 83 ans, ne manque sans doute pas de malice : « Les démographes évoquent toujours le vieillissement de la population en fonction de l’âge moyen des personnes. (…) Je pense que l’on devrait caractériser l’âge non pas par le nombre d’années déjà vécues, mais par le nombre d’années encore à vivre. Calculé sur l’ensemble de la population, ce ‘temps restant’ s’élève aujourd’hui à 40 ans en Europe de l’Ouest, alors qu’il n’était que de 17 ans il y a deux siècles. Le vieillissement mesuré par l’âge s’est donc accompagné d’un rajeunissement si l’on considère les années encore à vivre. Or, ce sont ces années qui mesurent la capacité des individus à s’engager dans des projets, à regarder l’avenir comme une période à construire et non comme une attente de la fin » [34].

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[26] James Rodger Fleming, Historical perspectives on climate change, p. 82, éd.Oxford University Press, 1998. Lien vers une brève biographie d’Arrhenius : http://gyevrard.club.fr/index.htm

[27] Le Magazine Littéraire, dossier Ecologie : histoire, philosophie et politique, n°122, mars 1977.

[*] NDLR : René Dumont faisait partie du groupe Dynamo dont l’éditeur (Fustier, 8 rue Choiseul, à Paris) publia en 1936 son livre Misère ou prospérité paysanne, préfacé par J. Duboin dont il publia aussi quatre de ses premiers livres, à la même époque.

[**] MIT : Massachussetts Institute of Technology

[28] Quelle Terre laisserons-nous à nos enfants ?, éd. Seuil, 1969, traduction française de Barry Commoner, Science and survival, 1963.

[29] François Guinot, Manifeste pour une ère symbiotique, pour le 4ème Salon Européen de la Recherche et de l’Innovation (SERI), Paris, 5-7 juin 2008, lettre n°6 (mai 2008).

[30] Voir par exemple la Fondation Sciences Citoyennes : http://sciencescitoyennes.org/

[31] Jean-Michel Besnier, Arrête-t-on le progrès ?, dans Télérama hors-série Les Lumières, des idées pour demain, p. 51, 2006.

[32] Elisée Reclus, lire par exemple : Histoire d’un ruisseau (1869), Babel, Actes Sud éd., 1995 ou Histoire d’une montagne (1880), Babel, Actes Sud éd., 1998.

[21] Henri Leridon, Démographie, fin de la transition, Chaire européenne Développement durable, Environnement, Energie et Société, Collège de France, 2008-2009.

[20] Hervé Le Bras, Les différences de fécondité : régulation naturelle ou régulation sociale, Cycle de conférences Démographie et développement durable à la Cité des Sciences et de l’Industrie, Paris, 27/11 - 11/12/2008.

[23] World Population Prospects : The 2008 Revision, http://esa.un.org/unpp

[33] Hervé Le Bras, La lutte pour la subsistance : végétariens, carnivores et biocarburants, Cycle de conférences Démographie et développement durable à la Cité des Sciences et de l’Industrie, Paris, 27 nov. - 11 déc. 2008.

[***] 1015 calories = 1 million de milliards de calories = 1 péta calorie = 1Pcal

Les données sont exprimées en kilocalories : 1 kcal = 1.000 cal.

[****] FAO : Food and Agriculture Organization of the United Nations = Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture.

[*****] Contact avec Hervé Le Bras. : Les données reprises de la Conférence présentée à la Cité des Sciences et de l’Industrie (référence 33 ci-dessus) seront sensiblement ajustées dans un livre à paraître du conférencier. Le raisonnement et les conclusions développés ici ne devraient pas être modifiés.

[2] Frédéric Joignot, Sommes-nous trop nombreux ? Le Monde 2, 9/01/09.

[34] Albert Jacquard, La vieillesse n’est pas une maladie, rencontre avec Bertrand Beaute, Latitudes, 23 déc. 2008 : http://largeur.com/expArt. asp ?artID=2760

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Un spectacle à ne pas manquer

La complainte de l’Arbre migrateur

par F. BRUNE
30 juin 2009

Je suis l’Arbre exilé aux racines qui saignent,
En partance éternelle sur l’asphalte sans fin,
Je suis l’Arbre en exil aux racines coupées
Qui erre sans refuge loin des terres quittées !

Dans la forêt natale où la Nature me mit
Je respirais les fleurs et je portais mes fruits.
Lors, la Rumeur passa, et me dit : « Mon ami,
Tu vas moisir ici ! Fuis ce lieu de misère,
Adapte ton profil au style é-co-lo-gique :
Toute la Ville attend ta verdure au-then-tique. »

Je l’écoutai, hélas ! je dis « Adieu » au Père,
Je partis pour la ville, pour les bruits, pour l’enfer,
Avec pour seul ami, le soir, le Réverbère,
Dans un square en béton qui desséchait les airs !
Je voulus espérer, je crus bon de souffrir,
Mon corps n’était plus fier de ses feuilles chétives…
Et les ans se passaient m’ennuyant à mourir.

Alors, sauvant ma Vie, j’ai tenté de m’enfuir,
De retrouver ma sève, et ma terre, et mes frères !
J’ai franchi, trébuché, j’ai peiné sur les routes,
Partout me poursuivaient les grilles de la mort !
Et quand j’ai cru gravir les pentes du pays,
Respirer l’air natal, sourire aux branches en fleurs…
Un orage de fer m’a transpercé le cœur !

Je suis l’Arbre en exil aux racines coupées
L’éternel migrateur dans la boue des chemins,
Je suis l’Arbre en souffrance aux racines qui saignent,
Qui erre sans repos loin du gîte effacé !
Je suis l’Arbre oublié… qui, hélas, se souvient !
Je suis l’Arbre blessé qui ne reviendra plus :
On ne retourne pas au Paradis perdu !

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Chiffres publiés dans le bulletin mensuel de l’ANAF

Comparer les rémunérations

Complément à l’article du Bulletin d’avril concernant la classe politique et les dirigeants d’entreprises.
30 juin 2009

A/ sous le titre Les vrais gains des grands patrons, l’Express (12/4) a donné le top 11 des stocks options en 2008 :

Patrick Kron Alstom 12.195.282
Benoît Potier Air liquide 2.576.744
Patrick Ricard Pernod Ricard 2.010.719
Xavier Huillard Vinci 1.747.693
Daniel Bouton Sté Générale 1.514.545
C.de Margerie Total 826.110
Franck Riboud Danone 540.400
Xavier Fontanet Essilor 422.966
Baudoin Prot BNP Paribas 332.799
H. de Castries Axa 155.664

A1/ Les Échos (25/4) ont publié un tableau des rémunérations fixes et variables des PDG du CAC40.

Leur classement est trés différent :

F. Riboud Danone 4.279.350
B. Arnaud LVMH 3.879.396
JP Agon L’Oréal 3.465.000
G.Mestrallet GDF Suez 3.168.037
L. Mittal Arcelor Mittal 3.160.060
C de Margerie Total 2.802.875
JB Lévy Vivendi 2.568.900
P.Kron Alstom 2.535.000
B.Potier Air liquide 2.512.000
M. Rollier Michelin 2.478.760

B/ La vérité sur les bonus des traders (extraits de Challenges du 9/7/9). Ils gagnent tous un fixe annuel, de 50.000 euros pour un polytechnicien débutant à 120.000 euros pour un sénior. L’écart se creuse sur la part variable, le bonus. En principe ils perçoivent un pourcentage annuel sur le revenu net qu’ils génèrent. Les bonnes années, « des centaines de traders basés à Paris perçoivent entre 150.000 et 300.000 euros par an ».

C/ Les footballeurs La Tribune du 8/4 donnait une liste des mieux payés : 1° Z. Ibrohimovic, 12 millions d’euros, 2° T. Henry, 10 millions, 3° Kakà, 9 millions, 4° et 5° Messi et C. Ronaldo, 8,5 millions.

D/ Les acteurs français les mieux payés Money Week (9 au 15 avril) en donnait la liste suivante :

Dany Boon 26.000.000
G. Depardieu 3.500.000
D. Auteuil 3.500.000
V.Cassel 2.000.000
J. Reno 1.800.000
C. Cornillac 1.700.000
Kad Merad 1.600.000
J. Dujardin 1.600.000
J. Balasko 1.400.000
R.Berry 1.100.000
P. Timsit 1.100.000
C. Frot 1.000.000

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