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   Mensuel de réflexion socio-économique vers l’Économie Distributive
 
 
 
 
 
AED La Grande Relève Articles > N° 1093 - décembre 2008

 

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N° 1093 - décembre 2008

Au fil de la crise   (Afficher article seul)

Jean-Pierre Mon commente la reconversion des banquiers de la City de Londres, la sagesse de clients des banques suisses et le sauvetage des grosses américaines par l’Administration.

Des yeux s’ouvrent    (Afficher article seul)

Marie-Louise Duboin a rencontré des gens qui s’interrogent et qui ne prennent plus pour d’incorrigibles rêveurs ceux qui avancent l’idée de démocratie en économie.

La conférence de citoyens : un outil précieux pour la démocratie   (Afficher article seul)

Jacques Testart expose des travaux qui confortent nos propostions de contrat civique.

Une crise peut en cacher une autre   (Afficher article seul)

Michel Berger oberve que la crise énergétique, elle aussi, appelle des mesures qui sont incompatibles avec la logique capitaliste.

Le Plan Climat de l’Union Européenne   (Afficher article seul)

La crise financière et après ?   (Afficher article seul)

Un ancien Conseiller de la Banque de France accuse l’oligopole bancaire. Il envisage même que la monnaie puisse devenir patrimoine commun de l’humanité.

Le monde a-t-il vraiment changé ?   (Afficher article seul)

Bernard Vaudour-Faguet voit la même exploitation au XXIe siècle avec le trafic de poubelles vers les pauvres qu’au XVIIe avec le trafic négrier.

Pour le revenu garanti : maintenant !    (Afficher article seul)

Jacques Bonnet montre qu’il faut adapter les revendications en fonction de l’époque.

Le flair de N. Sarkozy : subprimes pour tous !   (Afficher article seul)

Rappel de ce que défendait, en avril 2007, le candidat Sarkozy auprès des banques

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Au fil de la crise

par J.-P. MON
31 décembre 2008

Reconversions douloureuses

À Londres, la vie des banquiers est devenue difficile : licenciements, suppression de la prime de fin d’année, réduction draconienne du train de vie professionnel, … Ce qui a incité un des chefs de la police de la City à lancer un appel aux banquiers pour qu’ils viennent renforcer les effectifs de la cellule chargée de combattre la criminalité en col blanc au plus haut niveau. Les responsables de la City redoutent en effet une explosion des délits d’initiés, des transferts de fonds illégaux et des escroqueries commises par des professionnels au bord de la faillite. « En période de tourmente, comme celle que nous connaissons, les acteurs économiques commettent des actes désespérés pour essayer de se sauver, de cacher des pertes, de tirer avantage d’opportunités criminelles », prévient Peter Hahn, professeur à la Cass Business School. Pour démasquer les délinquants, les “flics” de la City doivent reconstituer le puzzle des circuits de l’argent à partir de morceaux épars ou dissimulés, devant lesquels les policiers de base sont perdus. Un banquier, par contre, sait poser les bonnes questions sur les montages et les produits financiers. « Il y a deux ou trois ans, il était impossible de recruter ce type de profil. Aujourd’hui, ce n’est plus du tout le cas », affirme le superintendant Head, chargé de la division “crime spécialisé”. Quant aux candidats “flics-banquiers”, ils peuvent négocier leur salaire en fonction de leur expertise, et ces habitués du “risque”, bénéficieront désormais de la sécurité de l’emploi, de chèques-repas et de cinq semaines de vacances pleines… comme de simples fonctionnaires. Quelle déchéance !

Pas fous les Suisses !

Malgré un bénéfice net de 296 millions de francs suisses, la première banque suisse, UBS, n’a pu stopper l’hémorragie de capitaux : depuis janvier, les clients ont retiré plus de 140 milliards de francs suisses de la banque, dont 83,6 milliards entre juillet et septembre. La confiance règne !

La débâcle des banques allemandes

Début novembre, la Commerzbank, deuxième banque allemande, a demandé à être recapitalisée par l’État à hauteur de 8,2 milliards d’euros et à bénéficier d’une garantie de 15 milliards pour les prêts contractés auprès d’autres organismes. Aucune banque privée allemande n’avait encore eu recours au plan de sauvetage mis en place mi-octobre par Berlin (400 milliards de garanties et 80 milliards pour des injections de capital ou des rachats d’actifs “toxiques”). Si bien que (paradoxalement ?) le ministère des finances allemand déclarait qu’il espérait que « la démarche très responsable » de la Commerzbank serait suivie par l’ensemble du secteur. Il semble qu’il ait été entendu : dans la seule journée du 21 novembre, il a accordé 50 milliards d’euros de garanties aux banques en difficulté comme Hypo Real Estate (HRE) (20 milliards) et HSH Nordbank (30 milliards). Qui plus est, HRE a indiqué être en discussion avec les pouvoirs publics afin d’obtenir des mesures destinées à garantir ses liquidités. Principale victime de la crise financière, elle avait déjà été sauvée de la faillite par le gouvernement grâce à un crédit de 50 milliards d’euros. En fait, pour le moment, ce sont surtout les banques régionales, comme BayernLB ou la LBBW du Bade-Wurtemberg, qui ont recours au plan de sauvetage, après s’être lancées, ces dernières années, dans des investissements risqués pour accroître leur rentabilité. Bravo les prévisionnistes !

Aux États Unis…

C’est encore plus kolossal ! Les actions de Citigroup, ancien N°1 bancaire mondial [1], ont perdu plus de 70 % au cours du mois de novembre, malgré l’annonce récente de la suppression de 52.000 emplois. Étant « trop gros pour tomber » [2], le groupe ne pouvait qu’être secouru par le gouvernement américain. Le plan de sauvetage d’urgence est plutôt impressionnant : garantie de 306 milliards de dollars d’actifs risqués, injection de 20 milliards de dollars de capital en plus des 25 milliards fournis auparavant. Et attribution d’actions préférentielles portant un dividende de 8 %. Dans un communiqué publié le dimanche 23 novembre, le Trésor indiquait : « Le gouvernement américain s’est engagé à soutenir la stabilité des marchés financiers, ce qui est un préalable pour restaurer une croissance économique vigoureuse. Dans le cadre de cet engagement, il a conclu un accord avec Citigroup afin de lui apporter un ensemble de garanties d’accès à des liquidités et des capitaux ». Jusque là, la crise avait conduit au bord de la faillite des banques d’affaires comme Lehman, Bear Stearns, Morgan Stanley…, des caisses hypothécaires (Fannie Mae et Freddie Mac) ou des assureurs (AIG), mais Citigroup est la première banque universelle [3] qui a du être sauvée dans l’urgence par le gouvernement fédéral.

Lobbying efficace

L’amiante ne sera pas inscrite sur la liste des produits dangereux : le Canada, l’un des plus gros exportateurs d’amiante est parvenu à empêcher l’inscription de ce minerai sur la liste des produits dangereux. De nombreux pays ont d’ores et déjà exprimé leur inquiétude. Mais Claude Allègre, qui s’opposait au désamiantage de Jussieu, doit être heureux !!!

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[1] Née en 1998 de la fusion entre Citicorps et Travelers, Citigroup est présente dans 106 pays. Elle compte 200 millions de clients et employait fin septembre 352.000 personnes. Sa capitalisation boursière ne s’élève plus qu’à 20 milliards de dollars. Elle était de 290 milliards en septembre 2007.

[2] NDLR : À propos de “trop gros pour tomber”, en voir l’explication de F. Morin dans l’analyse de son livre, ci-dessous pages 9-11.

[3] C’est à dire offrant toute la gamme de services financiers : banque de détail, banque d’affaires, assurance, courtage, gestion de patrimoine.

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Éditorial

Des yeux s’ouvrent

par M.-L. DUBOIN
31 décembre 2008

Il est sans doute regrettable que ce soit la dépression économique et le chômage qui semblent ouvrir enfin les yeux des citoyens, au moins des plus conscients d’entre eux, sur les mécanismes monétaires qui sont à l’origine de ce que nos décideurs et ceux qui dirigent les opinons tiennent à appeler “la crise”. Il est tout de même certain que des yeux s’ouvrent, nous en avons tous les jours de nouvelles preuves, ne serait-ce que par un afflux de demandes du livre Mais où va l’argent ? [1]

Une vidéo canadienne, diffusée sur internet, L’argent dette, ( à l’adresse Internet http://www.moneyasdebt.net/) explique les mécanismes qui sont à la base de la monnaie bancaire. Elle est appréciée pour sa pédagogie, même si sa forme peut paraître un peu simpliste.

Car pour une foule de gens la création des crédits bancaires est une découverte : ils auront ainsi continué à penser que ces questions monétaires ne leur étaient pas accessibles, jusqu’à ce qu’ils s’aperçoivent que c’est eux qui vont faire les frais de l’impunité des “experts” qui avaient mis au point ces mécanismes.

Plusieurs comités locaux de l’association Attac utilisent la vidéo citée pour introduire des débats sur le crédit. Cela tombe bien, parce que le groupe de réflexion sur l’argent, que le Conseil scientifique de cette association avait organisé au niveau national, a été sabordé (je n’ai pas dit saboté) du fait d’une seule personne, qui, travaillant dans le milieu de la banque, s’obstine à nier l’évidence.

Nous avons été invités à animer plusieurs de ces débats, et je tiens, au passage, à saluer ici l’initiative des Dieppois, pour leur dynamisme et la chaleur de leur accueil. Le public, relativement nombreux, qu’ils avaient su attirer était particulièrement ouvert, attentif et curieux.

Nous sommes également allés à Mulhouse participer à la journée consacrée à l’économie solidaire, organisée par la Maison de la Citoyenneté Mondiale. Les participants locaux à cette journée sont tellement concernés par des projets très innovants, très solidaires (construction de maisons bio, récupération et revente de meubles, tourisme solidaire, restaurant solidaire) que la question plus générale de la faillite du système bancaire leur semble lointaine, trop ”théorique” pour qu’ils s’en préoccupent. Leur souci est de créer localement des liens au sein d’un réseau qui traverse trois frontières (France, Allemagne et Suisse), et leur mot d’ordre est “Arrêtons d’en parler, faisons-le”. C’est donc par leur aspect non capitaliste et par la solidarité qui en constitue la base, que ces projets intéressent tout le monde et nous leur avons offert les colonnes de la GR pour y témoigner de leurs diverses expériences.

Les suites de la défaillance monstrueuse du système bancaire s’annoncent tellement graves, et l’attitude des gouvernements est si manifestement de venir au secours de ce système, quitte à faire payer les populations qui n’y sont pour rien, que même un ancien Conseiller de la Banque de France en dénonce le danger. Il en arrive à imaginer, tout en le jugeant peu probable, un scénario de sortie qui déboucherait sur un retour des « fondamentaux de la vie économique en société [2] » !

Le plus grand parti, dit d’opposition, s’étant mis hors jeu, la politique odieuse qui sévit va continuer, accompagnée de discours rassurants surle retour à “la confiance”. Comme au contraire, rien ne va durablement aller mieux, la seule question qui reste est de savoir combien de temps encore le discours officiel fera encore illusion. Et comment réagiront les gens quand ils auront compris ?

Feront-ils à nouveau… crédit aux banques ?

Les distributistes ont un rôle important à jouer : d’abord expliquer ce qui se passe, car ils l’avaient vu venir. Ensuite montrer qu’une issue existe, parce que les milliards qui ont disparu, et dont on nous dit qu’ils manquent pour remettre l’économie en marche, ne sont rien, ils n’existent même pas, ils ne sont pas la richesse.

La vraie richesse est ailleurs que dans ces comptes, ailleurs que dans ce qu’on nous raconte. La vraie richesse, c’est d’abord l’humain, la solidarité et la coopération dont les humains sont capables, et puis c’est tout ce que la nature et la connaissance leur offrent de pouvoir faire. Ces vraies richesses n’ont pas disparu avec les milliers de milliards de “monnaie” bancaire.

Il nous reste donc l’essentiel, mais peut-être plus pour longtemps.

Pour en tirer parti, il faut d’abord démolir l’idéologie dominante, dont on semble enfin comprendre qu’elle pousse l’humanité à son suicide, puis se réorganiser en inventant la démocratie, mais en ayant la sagesse ne pas s’entre-tuer.

Ça va être très, très difficile.

Pour l’instant, le seul point positif est que des yeux s’ouvrent : je m’en aperçois au fait que j’arrive maintenant à évoquer une organisation démocratique de l’économie sans voir sourire de ma candeur.

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[1] Ce livre, est toujours disponible en librairie. Même si des libraires, par mauvaise volonté, répondent parfois qu’ils ne peuvent plus le procurer, ils savent tous qu’il leur suffit de s’adresser au diffuseur Harmonia Mundi. (Nous envisageons d’en commander pour nos abonnés).

[2] Voir pages 9-11.

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Quoi ? Vous voulez que les grandes décisions économiques soient débattues dans des forums citoyens ? Que les gens puissent décider de leur activité en proposant des contrats civiques ? Mais c’est une utopie complètement irréaliste !! Telles sont souvent les réactions contre la démocratie en économie que nous présentons sous le nom d’économie distributive. Remercions donc le grand biologiste Jacques Testart d’apporter un soutien de taille à notre “utopie” : en nous confiant le texte ci-dessous, il nous permet d’avancer dans la conception de cette économie participative :

La conférence de citoyens : un outil précieux pour la démocratie

par J. TESTART
31 décembre 2008

De véritables leurres démocratiques sont souvent agités par le pouvoir politique pour résoudre les contradictions entre les projets qu’il veut imposer et les choix de la société, particulièrement à propos d’innovations technologiques. Ainsi, que ce soit pour la culture de plantes transgéniques, le tracé d’une autoroute, l’implantation d’un incinérateur, l’escamotage des déchets nucléaires, la dissémination des produits nanotechnologiques, etc…le gouvernement promet d’ “informer” le public et de le “consulter”. Non seulement ces démarches interviennent presque toujours après que les décisions ont été prises mais elles ont peu à voir avec la “participation” promise. Elles utilisent des arguments d’autorité (la parole unique des “experts”), ignorent la contradiction comme la pluralité des analyses provenant de savoirs non techniques. Les élus eux-mêmes, incomplètement informés, ne peuvent faire écho qu’aux préoccupations portées par des groupes d’intérêt [1].

Pourtant, dès que les incertitudes sur l’intérêt et les conséquences des technologies sont importantes, ce qui est de plus en plus fréquent, les autorités devraient collecter et discuter les points de vue des simples citoyens, au-delà du cercle des experts statutaires. Bien sûr, pour qu’il soit argumenté, l’avis des citoyens doit se nourrir des informations les plus complètes possibles. C’est pourquoi il faut définir une méthodologie permettant de recueillir les avis de citoyens “naïfs” (non spécifiquement impliqués dans la controverse) mais bien éclairés grâce à des informations complètes et contradictoires.

Les bases pour une telle procédure ont été proposées il y a 20 ans par le Danemark sous l’appellation “conférence de citoyens” (CdC) mais, malgré plusieurs dizaines de CdC recensées dans de nombreux pays, la méthodologie reste empirique et sujette à de larges variations. Or, la crédibilité des CdC exige que des règles claires en garantissent l’objectivité et la pertinence. C’est seulement à ce prix qu’on pourrait obtenir des parlementaires qu’ils prennent en compte les résultats des CdC au moment de faire les lois et règlements.

La conférence de citoyens combine une formation préalable (où les citoyens étudient) avec une intervention active (où les citoyens interrogent) et un positionnement collectif (où les citoyens discutent en interne, puis avisent). Le prix à payer pour cet exercice démocratique est de le limiter à un petit nombre de personnes plutôt que de consulter la population entière.

Composée de personnes volontaires, mais après tirage au sort sur les listes électorales, la CdC apparaît aujourd’hui, et après de nombreuses expériences mondiales, capable de produire des avis précieux à l’usage des décideurs mais aussi des autres citoyens. En effet, quel apport plus précieux pour tout un chacun dans le doute que les analyses produites par quelques uns qui sont absolument ses semblables ? Et quelle meilleure garantie contre l’enkystement dans la fonction qu’un panel de citoyens renouvelé pour chaque consultation ? Les observateurs des conférences de citoyens se sont étonnés de la capacité de personnes candides à délibérer sur des sujets complexes, en se dégageant des enjeux seulement locaux et immédiats pour proposer des solutions souvent ignorées par les spécialistes, et rarement entendues des instances politiques. On est loin de l’hypothèse d’un “public irrationnel” qui serait incapable d’apprécier les effets réels de la technoscience… Ainsi peut-on, le temps d’un essai d’humanité, transformer en citoyen responsable le gogo que nous sommes tous au jour le jour [2]. Pourvu qu’elles soient médiatisées, ces procédures améliorent aussi la compétence de toute la population et peuvent rétablir la confiance vis à vis des scientifiques et de leurs propositions.

Comment faire entrer ces procédures dans l’ordre juridique et politique, pour que les dirigeants, mieux informés des enjeux des technologies et des attentes de la population, puissent tenir compte de ces recommandations ?

À l’initiative de la Fondation sciences citoyennes (FSC), une méthodologie précise a été élaborée pour que des gens ordinaires puissent fournir des avis éclairés, permettant aux élus d’apprécier complètement une innovation avant d’en promouvoir l’usage. Nous avons d’abord analysé des expériences internationales de CdC, puis nous avons défini des conditions pour que des profanes élaborent librement une position bien informée et représentative de l’intérêt commun. C’est pour rompre avec l’ambiguïté de procédures variées s’autoproclamant “conférence de citoyens” que nous avons adopté la dénomination “convention de citoyens”, pour laquelle nous proposons aujourd’hui un projet législatif (consultable sur Internet à l’adresse http://www.sciencescitoyennes.org).

Selon ce projet de loi (fortement résumé ici) la sélection d’une quinzaine de citoyens, profanes par rapport au sujet en délibération et dénués de conflit d’intérêts, est effectuée au hasard mais en assurant une grande diversité ( sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle, région d’origine, sensibilité politique…). L’objectivité de la procédure est recherchée à la fois par cet échantillonnage, par une formation assurée hors de toute influence (anonymat des citoyens) et par le consensus obtenu sur le programme de formation, lequel est pourtant établi au sein d’un comité de pilotage riche d’opinions diverses.

Pour assurer le respect de la procédure, un comité d’organisation placé au Conseil économique et social ou au Parlement lance un appel d’offres pour l’organisation matérielle de la Convention, nomme le comité de pilotage, et publie des cahiers d’acteurs présentés par toute personne physique ou morale. Le comité de pilotage comprend des spécialistes de la question posée représentant le pluralisme des opinions sur la question débattue et prend ses décisions par consensus. Il établit le programme de formation des citoyens, reçoit les cahiers d’acteurs, et distribue une documentation comprenant les positions contradictoires dans cette controverse.

La première session de formation présente aux citoyens les connaissances disponibles, de la façon la plus neutre possible.

Puis, une seconde session présente la question en termes d’enjeux contradictoires. Un facilitateur, psychosociologue engagé par le comité qui est le seul interlocuteur permanent du groupe, assure le lien entre les citoyens et le comité de pilotage, sans intervenir dans l’objet du débat.

Après cette formation, les citoyens décident du contenu d’un débat public qu’ils dirigeront afin de compléter leur savoir (ils décident alors eux-mêmes des questions à traiter et des personnes à interroger).

Finalement, ils délibèrent pour établir leurs recommandations, soit par consensus, soit en rédigeant des opinions dissidentes.

Toute la procédure doit être filmée, à l’exception des moments de délibération, et les films sont accessibles au public.

De plus, toute convention de citoyens fait l’objet d’une évaluation par deux experts désignés par le comité d’organisation.

Afin de sortir des leurres démocratiques pour aller vers une véritable participation, les recommandations de la CdC doivent faire l’objet d’un débat parlementaire avec vote d’une résolution où toute divergence des élus avec les recommandations des citoyens devra être motivée. Car la démocratie participative ne peut devenir crédible aux yeux des citoyens que si les élus prennent en compte les avis émis. Pourtant, c’est seulement au prix de sa rationalisation que la procédure peut gagner en crédibilité, condition nécessaire à sa prise en compte politique. Ainsi pourrait-on mieux faire fonctionner les institutions, et fournir aux élus un outil pour apprécier toutes les facettes d’une innovation avant d’en promouvoir l’usage.

Deux extensions de ce modèle seraient ultérieurement possibles.

On pourrait tenir simultanément plusieurs conventions de citoyens sur le même thème (par exemple avec un comité de pilotage dans chaque pays participant) et vérifier ainsi la convergence des souhaits des citoyens du monde, convergence qu’on peut supposer supérieure à celle de leurs responsables politiques respectifs...

L’autre extension serait thématique en élargissant le recours à ces procédures hors des controverses technologiques vers des thèmes éthiques ou même politiques.

C’est une véritable révolution des pratiques qui est en jeu avec cette formule pour démocratiser les décisions des élus . Mais l’actualité est de passer le premier cap de cette utopie en faisant inscrire les CdC dans la Constitution, condition pour garantir leur prise en compte… et donc de convaincre les parlementaires que face à la complexité croissante des évaluations ils ne peuvent se suffire d’expertises incomplètes, souvent tendancieuses et peu conformes aux intérêts des populations.

Nous en sommes à ce cap et devons avouer le peu d’intérêt des parlementaires, à l’exception cependant du groupe très minoritaire des Verts .

Le Professeur Jacques Testart a son site Internet : http://jacques.testart.free.fr

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[1] Une campagne européenne a été récemment lancée par de nombreuses associations pour lutter contre l’effrayant lobbyisme exercé sur les élus nationaux et européens par des puissances économiques organisées. Voici son adresse sur internet : http://www.adequations.org

[2] Voir Le vélo, le mur et le citoyen, éd Belin, 2006.

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Dans la GR du mois dernier, Guy Évrard montrait que la simultanéité de la crise économique et de la crise écologique pouvait amener, par le rapprochement de leurs causes, à montrer la nécessité de dépasser le capitalisme.

Par une démarche semblable, Michel Berger part ici de la crise énergétique et montre que le système actuel n’aboutit qu’à des mesures incohérentes et bien insuffisantes.

N’est-ce pas que l’objectif de toute entreprise doit cesser d’être le profit ?

Une crise peut en cacher une autre

par M. BERGER
31 décembre 2008

La crise financière dans laquelle nous sommes plongés risque d’estomper une crise tout aussi grave, voire plus grave encore, celle de l’énergie.

Le “Grenelle de l’environnement” avait sensibilisé l’opinion publique sur une série de mesures relativement audacieuses. Alors même qu’on pouvait les estimer très insuffisantes en regard des urgences écologiques, beaucoup, sous la pression des lobbies, risquent d’être amendées, au point de devenir peu efficaces.

Et pourtant la crise énergétique est devant nous et va entraîner des bouleversements d’une immense ampleur. Si le temps de l’économie est à court terme, celui de l’écologie est à moyen et long terme. Même si nous parvenions à mettre en place un nouveau système économique, la crise de l’énergie reviendrait inexorablement à la surface, avec une acuité d’autant plus forte que nos réactions auront été plus lentes.

Nous sommes tellement habitués à disposer d’énergies peu coûteuses que nous avons oublié qu’il s’agit d’une crise existentielle, qui met en jeu une grande partie des espèces vivantes, dont l’humanité elle-même. Oublié que la vie, végétale, animale, humaine est un phénomène énergétique. Oublié que la plupart des avancées de l’humanité ont été liées à des technologies énergétiques : la domestication du feu, la cuisson des aliments, l’utilisation de l’énergie animale, celle des éléments, le vent, l’eau, la biomasse. Oublié aussi que “énergie” est synonyme de “travail”, et que c’est toute notre économie productive qui est mise en jeu dans cette crise.

Trois aspects complémentaires

Elle se manifeste sous trois aspects complémentaires : la pénurie proche des carburants fossiles, la transformation climatique due à l’accroissement brutale des gaz à effet de serre et la question éthique liée à l’accroissement démographique exponentiel de l’humanité, et à la nécessité d’un partage de ressources devenues rares.

•1. La pénurie qui s’annonce. Pour y répondre, les producteurs d’énergie fossile (charbon et pétrole) investissent à tout va dans des prospections nouvelles. Les grandes compagnies développent des technologies permettant une exploitation plus complète des gisements classiques et celle de gisements encore négligés car trop peu rentables. Technologies coûteuses mais que justifie le renchérissement des carburants fossiles.

Ces recherches nouvelles reculent dans le temps la fin de l’ère du charbon et du pétrole, elles justifient un discours dangereusement rassurant : aux générations futures de trouver les solutions ! On affecte de croire que les progrès scientifiques résoudront tout, tant l’idée est ancrée que le besoin engendre la découverte et que la science est sans failles et sans limites.

•2. La question écologique. Il est désormais acquis par la communauté scientifique, à de rares exceptions près, que le réchauffement climatique est bien la conséquence de l’augmentation du CO2 dans l’atmosphère. Les effets à moyen et long terme en sont encore incertains, mais toutes les hypothèses, même les plus dramatiques, sont possibles : élévation du niveau des mers, fonte des glaciers, multiplication des ouragans et cyclones, dispersion dans l’atmosphère du méthane dissous dans le permafrost, renversement des courants marins…

•3. Enfin la question éthique. Alors qu’il a fallu douze millénaires pour atteindre un premier milliard d’êtres humains au milieu du XIXe siècle, seulement douze ans ont été nécessaires pour passer du 5ème au 6ème milliard d’êtres humains. Nous devrons partager des ressources qui se raréfient entre une population en croissance exponentielle.

Les inégalités dans la consommation d’énergie sont devenues insupportables : un Américain consomme cinq fois plus d’énergie que la moyenne mondiale, alors qu’un Malien se contente de quatre fois moins. L’augmentation des besoins des pays émergents alarme les pays riches qui tentent de limiter l’explosion des prix du pétrole. Si, dans une perspective optimiste, la population mondiale se stabilisait aux environs de 9 milliards, une répartition égalitaire des ressources fossiles obligerait l’Europe à diviser par 7 ou 8 sa consommation et les États-Unis par 20… Ceci pour ne pas dépasser la capacité de recyclage du CO2 par le milieu naturel (voir ci-contre). En admettant, et si on fait abstraction de l’effet de serre, que les réserves exploitables nous permettent encore assez longtemps de faire face à ces besoins.

L’incohérence des mesures

Ces trois démarches, indissolublement liées, sont cependant menées de manière incohérente. On prétend limiter les consommations de combustibles fossiles, et dans le même temps, on recherche de nouveaux gisements !

Le simple principe de précaution voudrait que l’on s’engage dans un processus d’économie drastique sur les énergies. Or les ambitions affichées sont modestes : réduction de quelques grammes des émissions de CO2 par les transports routiers, exigence accrue dans l’isolation thermique des logements, développement des énergies renouvelables. L’objectif : réduction de 50 % des émissions de CO2 d’ici 2050 apparaît bien en deçà des économies nécessaires. Il est très insuffisant au regard des possibilités de recyclage du CO2 par le milieu naturel. La teneur dans l’atmosphère se cumule d’année en année, et nous avons déjà dépassé tous les indices connus depuis des millénaires. En même temps, on continue à investir dans les transports aériens, ou dans l’extension des réseaux routiers.

Le discours officiel prône les énergies renouvelables, mais on réserve les gros investissements à l’énergie nucléaire. Il est vrai que les premières satisfont à peine à vingt pour cent de la consommation mondiale, en incluant l’énergie hydraulique et la biomasse, surtout sous la forme de bois de chauffage.

Quant à l’énergie nucléaire, elle représente à peine 2,5 % de la production d’énergie mondiale. Son développement sous les formes actuelles entraînerait une multiplication des centrales qui épuiserait vite les réserves d’uranium. Sans compter le coût trop sous-estimé du démantèlement des centrales en fin de vie et celui du traitement des déchets : on estime à plus de 1.000 milliards de dollars la somme à consacrer dans les proches années à l’inévitable arrêt des centrales existantes…

De toute manière les réserves d’uranium exploitables dans de bonnes conditions ne dépassent pas quelques dizaines d’années. Les surgénérateurs multiplieraient par 200 le délai d’épuisement des ressources d’uranium, ils ont peut-être été abandonnés un peu vite, mais il faut bien admettre qu’ils posent de difficiles problèmes de sécurité.

Reste la fusion nucléaire, mais les problèmes techniques qu’elle rencontre sont tels que son exploitation économiquement possible recule régulièrement dans le temps.

Les droits à polluer

Les pays riches tentent de convaincre les pays émergents de s’en remettre aux seules énergies renouvelables. La mise sur le marché des ”droits à polluer” va dans ce sens. Son but inavoué, sous des prétextes d’efficacité économique, est bien de perpétuer les inégalités dont les pays développés sont bénéficiaires.

Dans un contexte mondial où chacun agit en ordre dispersé, toutes les contraintes que se donnerait un pays pénaliseraient son économie, enkystée dans le modèle concurrentiel et hyper compétitif du système libéral. Aucun état n’est incité à faire le premier pas et la norme est celle du plus laxiste.

Les pays riches devraient se lancer dans des programmes d’économie d’énergie, et ceci de manière massive, dans les deux domaines qui en consomment à eux seuls près de 80 % : les transports et les usages domestiques. Il ne s’agit pas de décroissance, car les économies d’énergie exigeront des investissements massifs et créeront des emplois en grand nombre : on ne diminuerait pas le PIB, mais on transformerait son contenu. Mais en l’absence d’une gouvernance mondiale, une politique nationale a-t-elle un sens ?

Une chance, la crise financière ?

La crise financière peut à cet égard constituer une chance. Ce que l’on ne parvient pas à instaurer pour sauver la planète pourrait l’être pour sauver son économie. Jamais on n’a vu autant de réunions au sommet, ou d’appels aux instances internationales que pendant ces dernières semaines. Jamais la solidarité mondiale n’est apparue aussi nécessaire.

Peut-elle aussi s’intéresser à la survie de notre planète ?

L’effort sera peut-être rude, mais rien n’est pire que la désespérance passive dans laquelle nous nous endormons, et qui ne peut conduire qu’à une explosion sociale.

Il faudrait avoir le courage d’exprimer un certain nombre de volontés politiques, par exemple :

• La nécessité, dans un premier temps, de réduire nos déplacements et de revoir nos grandes infrastructures de transport, notamment des marchandises.

• La reprise progressive de nos modes d’expansion urbaine, associée à un programme de rénovation de l’habitat existant.

• Une relocalisation des activités industrielles pour rapprocher les producteurs des consommateurs.

• L’extinction progressive des modes de distribution commerciale des dernières décennies.

• Une révision de notre attitude vis-à-vis du travail, en privilégiant les activités productrices de richesses aux détriments des activités commerciales et financières qui sont devenues pléthoriques.

• Le développement des activités de recherche et d’enseignement, afin de stimuler l’innovation, en particulier dans le domaine des énergies renouvelables et des transports.

• Toutes ces mesures supposent une gestion claire de l’épargne et du financement des entreprises. Il faudra échapper, au moins en partie, au marché boursier, dangereusement instable.

• Une action volontaire en faveur d’organisations supranationales, démocratiquement composées, capables de gérer les biens communs de l’humanité : ressources minières, eau, énergies….

Un recentrage au niveau national est probablement nécessaire dans un premier temps si on veut agir vite. Sans pour autant revenir au protectionnisme, il est clair que les échanges de marchandises devront être limités. Mais le monde futur sera un monde de communication, et le transfert d’informations primera sur celui des biens matériels.

Tous ces efforts ne seront acceptés que s’ils s’appuient sur un système de valeurs fondé sur la solidarité plus que sur la compétition. Renversement qui ne signifie pas une mise en pénitence, comme le laisse entendre le terme un peu négatif de “décroissance”, mais au contraire, et si nous nous y prenons bien, par un “réenchantement” du monde.

Ou bien nous serons capables de nous engager sans délai dans un profond bouleversement de nos comportements, ou bien la sortie de la crise financière butera aussitôt sur une crise écologique. Dans ce dernier cas, il est plus que probable qu’elle conduira à une explosion de violence et à l’écrasement des populations les plus pauvres par les plus riches.

Si on veut éviter ce scénario catastrophe, il n’est que temps de réagir.

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Depuis longtemps, Jacques HAMON explique, en particulier à nos lecteurs, le problème climatique.

Il vient d’en résumer ainsi l’essentiel à l’intention des instances dirigeantes de l’UE :

Le Plan Climat de l’Union Européenne

par J. HAMON
31 décembre 2008

La Terre peut recycler annuellement environ 3 milliards de tonnes équivalent carbone (soit 11 milliards de tonnes équivalent C02) de gaz à effet de serre ce qui, à l’horizon 2050, représente à peu près 1,2 tonne par terrien et par an. Pour compenser les émissions excessives antérieures, il serait souhaitable de ne pas excéder 1 tonne par terrien et par an, les vieux pays industrialisés, tels ceux de l’UE, faisant un effort supplémentaire, soit 900 kg seulement, pour inciter sérieusement les pays émergents à apporter leur contribution à la survie de l’espèce humaine.

Bien que les données disponibles soient hétérogènes, il semble qu’en France les émissions discrètes de gaz à effet de serre (comme le méthane des flatulences bovines, le N20 des sols cultivés et des combustions organiques en tous genres, le C02 et diverses productions de méthane des zones hurnides) apportent 1 tonne équivalent C02 de gaz à effet de serre par résident français et par an. Notre pays devrait alors, à l’horizon 2050, ne consommer aucune énergie fossile carbonée, sauf à capturer et séquestrer durablement les gaz à effet de serre émis, ce qui ne parait possible, avec un coût notable, que pour la sidérurgie, les cimenteries, et les centrales à charbon, fuel et gaz.

Le Plan Climat de l’UE vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre de 20 % d’ici 2020. D’après la note publiée par Libération du 17/10/2008, l’UE à 27 émet environ 10,4 tonnes de C02 par résident et par an, avec un objectif de 8,3 tonnes en 2020, soit 8 à 9 fois plus de ce que devrait être l’objectif 2050. Bien que l’objectif 2020 soit trop modeste pour permettre d’atteindre ensuite l’objectif 2050, des pays de l’UE hésitent à s’engager et deux d’entre eux, (la Pologne et l’Italie) paraissent même opposés à un tel effort, et devraient l’être encore plus à l’indispensable objectif 2050.

Sauf action vigoureuse de votre part, nous allons donc aller dans le mur. Allez-vous proposer de fermer toutes les centrales thermiques à charbon, mazout et gaz, hors capture et séquestration du C02, assurer la disparition relativement rapide des véhicules terrestres, des navires et des aéronefs utilisant des énergies fossiles carbonées, le passage domestique et tertiaire généralisé au solaire thermique et photovoltaïque adossé à des centrales d’appoint à piles à hydrogène et à air comprimé (ces gaz provenant des périodes de production excédentaire des énergies renouvelables) et, si indispensable, de centrales nucléaires ?

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Conclusion semblable à la précédente : celle de François Morin, qui vient de publier sur internet (www.michelcollon.info), dans la rubrique “crise financière” ses réflexions à propos des issues de crise qu’il envisage. En voici l’essentiel :

La crise financière et après ?

par M.-L. DUBOIN
31 décembre 2008

Dans la GR d’avril 2007, nous avions présenté Le nouveau mur de l’argent, un “essai sur la finance globalisée” de François Morin. Ce Professeur de sciences économiques, qui fut membre du Conseil général de la Banque de France, y avertissait des dangers de la dérèglementation de la finance. Les événements lui ont évidemment donné raison.

Et constatant que la crise financière entre dans une nouvelle phase, tout aussi prévisible, celle d’une crise économique et sociale, il interroge maintenant : mènera-t-elle les États à reprendre la main sur la finance qui est en pleine dérive ? Allons-nous vers plus de désordres ou bien vers un sursaut des consciences qui ouvrirait des chemins alternatifs ?

La réponse à ces interrogations fondamentales lui semble reposer sur le diagnostic à porter sur les racines de la crise.

Il écarte d’emblée les deux interprétations extrêmes qui cherchent à s’imposer dans les débats. La première, minimaliste, tend à ramener la crise financière à celle, américaine, des crédits subprime. Cette vision est en contradiction avec l’énormité des moyens mis en œuvre par les gouvernements occidentaux pour conjurer la crise, qui, évidemment, vient de plus loin, est globale et succède à d’autres qui avaient déjà un caractère systémique. La seconde interprétation, maximaliste, consiste à y voir la crise finale du capitalisme. Ce qui est hasardeux, parce que d’autres crises ont déjà émaillé, aux 19 ème et 20 ème siècle, l’histoire de ce mode de production, et aucune n’a empêché le système de se développer ensuite. Là encore, l’ampleur des moyens mis en œuvre par les pays développés incite à penser que cette crise sera surmontée. Mais François Morin reconnait qu’il est cependant légitime de se demander jusqu’à quand.

Il estime que la globalisation de la finance et de ses fractures est le phénomène nouveau, qui concerne les marchés monétaires et financiers, leur interconnection au niveau mondial, leur logique exponentielle et leurs secousses systémiques. Les plus grands groupes bancaires qui sont au cœur de la finance globale ont une telle influence qu’ils constituent un oligopole, dont les pouvoirs s’exercent non seulement sur les marchés, mais aussi sur les régulateurs et même sur les États.

Sans écarter a priori l’idée que « d’autres forces puissent entrer en jeu et conduire à des scénarios de rupture, voire alternatifs », il aborde la question : comment cet oligopole manœuvre-t-il pour conjurer la crise financière et surtout pour canaliser les contradictions qui pourraient entraver ses propres logiques de développement ?

Il commence par résumer l’histoire de la finance globale avant la crise, rappelant que la financiaristion de l’économie mondiale est un phénomène récent, qui débuta quand, à Bretton Woods, en 1944, les américains ont réussi à imposer le dollar comme monnaie internationale.

Cette hégémonie américaine a rencontré une première limite avec la création du marché de l’eurodollar en 1958, qui permit à la city de Londres de s’affirmer peu à peu sur la scène internationale.

Mais pour François Morin, c’est avec la rupture des accords de Bretton Woods, en 1971, quand les États-Unis rompèrent le lien entre leur dollar et l’or, « qu’une étape essentielle vers la globalisation financière fut franchie ». D’abord cette rupture est le signe visible d’un nouvel affaiblissement du dollar, consécutif à la défaite des américains au Vietnam. Et surtout, elle est la marque d’une première grande libéralisation, celle des taux de change. Cette déréglementation fondamentale, impulsée par la pensée néolibérale, alors en plein essor, a entraîné le développement du marché de couverture des risques parce que les entreprises ont eu, dès lors, besoin de s’assurer contre les variations des prix des monnaies, cause de très fortes incertitudes pour le commerce international. « Mais, évidemment, le risque de change ne disparaît pas pour autant. Il est assumé par ceux qui vendent les produits de couverture qui, dans la terminologie des marchés financiers, ne sont autres que des spéculateurs ».

Les chocs pétroliers de 1973 et 1979 transforment profondément les circuits financiers mondiaux. Le recyclage des pétrodollars, au début des années 80, est ponctué par les réformes des systèmes bancaires et monétaires dans les principaux pays développés. De vastes marchés obligataires sont créés parce que les États, pour financer leurs déficits publics, sont amenés à emprunter en payant des intérêts.

Ces réformes engagent la deuxième grande libéralisation, celle des taux d’intérêt à long terme, qui est fondamentale pour la finance. Comme la première, cette nouvelle déréglementation est un choc considérable pour l’économie réelle. Car là encore, il faut générer des produits de couverture pour les entreprises, parce qu’elles doivent s’assurer contre les variations de ces taux désormais soumis à la loi de l’offre et de la demande. Les marchés de produits dérivés prennent véritablement leur essor à la fin des années 1980, « avec leur pendant inévitable, le développement de pratiques spéculatives… »

Les crises de 1987, 1992 et 1993, trouvent leur source à la fois dans de vastes mouvements spéculatifs de capitaux entre les deux rives de l’Atlantique et dans la nécessité, pour les investisseurs financiers, de briser définitivement les anticipations inflationnistes.

La finance devient globale quand aux États-Unis, au milieu des années 90, les fonds de retraite à cotisations définies l’emportent sur les fonds à prestations définies. Ce renversement « provoque sur les places financières du monde entier l’hégémonie de la valeur actionnariale ; c’est aussi à ce moment là que les premières crises à caractère systémique se manifestent […] en prenant la forme de bulles spéculatives liées aux produits dérivés […] À la veille de la crise financière de 2007, le poids de la sphère financière apparaît totalement démesuré par rapport à la sphère réelle. Sur les marchés monétaires, les transactions concernant l’économie réelle représentent moins de 3 % des échanges interbancaires du monde entier. Le reste des échanges sont des opérations de couverture contre des variations de prix (25 % pour se protéger contre les variations de change, 60 % pour se protéger des variations des taux d’intérêt, le reste pour s’assurer contre les variations des cours boursiers ou de celles des prix de matières premières).

Dernier trait : sur le marché des changes comme sur le marché des produits dérivés, les plus grandes banques mondiales exercent des pouvoirs de marché considérables. C’est en ce sens que l’on peut parler d’un oligopole bancaire mondial. Avant la libéralisation, les taux de change et les taux d’intérêt étaient régulés par les États ; avec la libéralisation, ces taux ont pu être momentanément contrôlés par les grandes banques centrales ; mais, avec la globalisation financière, ce sont des pouvoirs privés, ceux de l’oligopole bancaire, qui sont maîtres en grande partie de leur évolution. »

François Morin rappelle alors les étapes de la crise qui a éclaté en août 2007, que nous avons déjà exposées dans la GR. Impossible d’en prévoir les pertes potentielles note-t-il : « le FMI les a estimées dernièrement à 1.400 milliards de dollars, mais ce chiffre a été régulièrement revu à la hausse ». Et il souligne deux faits : « D’une part, les injections de liquidité des banques centrales sur les marchés monétaires n’ont eu aucun effet dans la résolution de la crise ; les marchés monétaires à échéance de trois mois sont toujours bloqués. D’autre part, on a pu observer une accélération brutale de la crise surtout durant les dernières semaines, à partir notamment de la faillite de Lehman Brothers, un des membres éminents de l’oligopole bancaire mondial. »

Et il souligne ceci : « Dès lors, les moyens pour lutter contre la crise ont complètement changé de nature et de dimension » : l’administration états-unienne, qui a d’abord envisagé de racheter aux banques les créances toxiques qu’elles ont eu le tort d’accepter, a changé d’avis, et cela « sur les conseils des cinq plus grandes banques américaines ». Ce que l’oligopole bancaire a obtenu c’est que l’aide ne soit seulement destinée qu’aux plus grandes banques : « Dans l’esprit des gouvernements occidentaux, il est dit explicitement que ces prises de participation ne concerneront que les plus grandes banques et ne seront que temporaires. Les autres sont destinées à être rachetées ou à tomber en faillite. » Et l’ancien membre du Conseil d’analyse économique avertit « qu’en cas de nouvelles faillites, un danger très grand guette le système financier, c’est l’activation des fameux CDS (Credit Default Swap), qui sont des produits de couverture contre le risque de défaut. Si leur activation devait avoir lieu à une grande échelle, hypothèse qu’on ne peut écarter, il faudrait alors procéder à la nationalisation quasi intégrale de toutes les banques des pays développés, car les chiffres sont ici gigantesques : leur encours s’élève en effet à 55.000 milliards de dollars ».

Scénarios de sortie de crise

François Morin envisage alors trois scénarios possibles. D’abord celui d’une reconduction, avec plusieurs aménagements, du système financier international, en introduisant de nouvelles règles du jeu, mais en maintenant les logiques actuelles. C’est l’objectif de la réunion du “G20” le 25 novembre : « La nouvelle régulation porterait sur les agences de notation, les règles comptables qu’il faudrait assouplir, une meilleure transparence des hedges funds et des paradis fiscaux, et enfin une révision des règles sur les bonus, les parachutes dorés et les stocks options. […] Une vaste recapitalisation des banques de l’oligopole sera engagée grâce aux capitaux publics […elle] exigera des appels massifs aux marchés financiers qui, à leur tour, entraineront des tensions sur les taux d’intérêt à long terme. La hausse de ces taux, doublée du crédit crunch actuel, tarira la croissance des pays du monde entier […] Le chômage est alors appelé à se développer massivement ; une fois l’apurement des bilans des banques réalisé, celles-ci retourneront au secteur privé ». Ce scénario est le plus crédible, toutefois sa phase finale est problématique. « On ne voit pas en effet ce qui empêcherait un tel scénario de se reproduire dans un nouveau cycle avec, à la clé, la formation d’une nouvelle bulle d’actifs encore plus gigantesque. Plusieurs raisons militent en ce sens. D’une part, des liquidités énormes ont été déversées par les Banques Centrales sur les marchés, et d’autre part celles-ci font tout pour tirer vers le bas les taux d’intérêt. Bref, on est en train de recréer les conditions de formation d’une nouvelle bulle financée par le crédit. Mais une raison plus fondamentale permet d’entrevoir la reconduite d’un scénario analogue. Il n’est pas envisagé de revenir sur la double libéralisation des taux de change et des taux d’intérêt qui sont pourtant bien à l’origine de l’hypertrophie de la sphère financière actuelle et des pratiques spéculatives. Il est alors fortement probable qu’une nouvelle crise systémique surviendra au moment de l’éclatement de cette nouvelle bulle, avec des effets encore plus ravageurs que ceux de l’actuelle crise. »

Mais un mouvement social pourrait perturber ce scénario par diverses “ruptures” et conduire soit « à des chocs dramatiques », soit à « des recompositions économiques et sociales à caractère alternatif ».

La poursuite d’un cycle de bulles suivies de leur éclatement augmente la probabilité d’un scénario de rupture brutale, avec, au départ, « une explosion sociale violente dans plusieurs pays tenant à la baisse du pouvoir d’achat et au développement d’un chômage de masse. On ne peut exclure que les luttes sociales puissent avoir des effets de contagion à une large échelle. Il y aurait alors confrontation entre le pouvoir financier, notamment de l’oligopole bancaire, (appuyé le plus souvent par les pouvoirs politiques) et le pouvoir des citoyens. Cela pourrait déboucher sur des dérives de toute sorte, notamment des dérives totalitaires ou bien des replis identitaires exacerbés (de type fasciste), avec de possibles confrontations armées entre pays »…

Je me permets ici une incidence pour rappeler que la crise économique qui suivit la crise financière de 1929 ne prit fin que par la Seconde guerre mondiale…

Morin appelle “alternatif” le troisième scénario qu’il envisage, mais, ajoute-t-il, « sa probabilité d’occurrence est pour l’instant très faible. Son intérêt est cependant d’ouvrir, pour nos consciences, et ensuite pour nos pratiques, un espace sur des chemins moins sombres que les deux précédents.

On peut reprendre ici le même scénario que le précédent, mais au moment des explosions et des luttes sociales, on observe une prise de conscience des enjeux globaux liés à la globalisation financière par des citoyens organisés [c’est moi qui souligne] ou par un ou plusieurs peuples.

Alors, ici ou là, pour le Nord, les prises de participations au capital ou les nationalisations bancaires peuvent être consolidées dans la durée grâce à une action politique ».

Morin conforte nos espoirs par ce qui suit : « Par exemple, des pôles financiers publics pourraient alors émerger et fonctionner comme investisseurs de long terme dans les secteurs les plus vitaux de l’économie. Dans une perspective de développement durable, ces pôles seraient d’un apport considérable pour promouvoir, à grande échelle, la finance solidaire, les énergies renouvelables et le commerce équitable.

Pour le Sud, et pour les plus grands pays, il peut y avoir des marges pour changer de politique interne, dans un sens qui pourrait permettre la réduction des grands déséquilibres et des inégalités. De même, on pourrait imaginer des formes d’intégration régionale beaucoup plus poussées que celles qui existent aujourd’hui, pas seulement sur le plan commercial ou économique, mais également sur un plan monétaire. Ces regroupements seraient essentiels à la formation d’un monde multipolaire, gage de plus grande stabilité internationale, mais aussi pour chaque pays participant. »

Et François Morin s’enhardit à proposer : « en relation avec ce dernier point, ne faut-il pas ajouter à ce dernier scénario une utopie monétaire qui peut éclairer cependant l’avenir ? Si l’hypertrophie de la sphère financière actuelle tient pour l’essentiel, à la déréglementation des taux de change et des taux d’intérêt, ne faut-il pas sur ce plan-là apporter une réponse globale ? Ne faut-il pas alors, à l’instar de la crise climatique dont les solutions passent par des mesures à la fois locales, nationales et internationales, imaginer un dispositif analogue, et notamment des règles internationales sur la formation des taux d’intérêt et des taux de change ? On reprendrait alors une vieille utopie, mais actualisée à la lumière des événements les plus récents, d’une “monnaie commune” vers laquelle il faudrait aller, certes par étapes, mais considérée finalement comme un patrimoine commun de l’humanité. On aurait là le moyen le plus efficace pour dégonfler la sphère financière, lutter contre les spéculations de toute sorte, et notamment des prix alimentaires, et retrouver ainsi les fondamentaux de la vie économique en société. »

On ne pouvait évidemment pas rêver qu’un ancien Conseiller de la Banque de France en arrive à imaginer qu’une monnaie non circulante puisse être créée par des institutions démocratiques et sans exiger paiement d’intérêts ! Mais quelle évolution ! Quel progrès ! La crise ferait-elle évoluer même les banquiers ?

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Trafics “négriers” au XVIIe siècle,
trafics “poubelles” au XXIe siècle :

Le monde a-t-il vraiment changé ?

par B. VAUDOUR-FAGUET
31 décembre 2008

L’obsession première (pour un armateur), consiste à trouver du fret, du fret pour les cales de ses navires et autant que possible à l’aller et au retour de chaque voyage ! Depuis l’apparition des Grandes Compagnies de navigation, à la Renaissance (Compagnie des Indes ... ) cette loi économique a été respectée avec une scrupuleuse avidité. Peu d’entorses majeures constatées sur cette règle impitoyable !

Ainsi les Européens qui possédaient galions et caravelles s’inscrivaient tous dans cette ligne de conduite quand ils allaient par exemple “charger” des esclaves sur les côtes africaines. Pour eux, pour leurs navires, pour leur entreprise, cette aventure représentait une optimisation financière intéressante, de gros profits, avec l’éventualité d’étendre leur pouvoir hégémonique sur les mers du monde entier.

Les négociants de l’époque trouvaient cette marchandisation un peu gênante : ils notaient sur les registres de bord la présence de « bois d’ébène » car ils nourrissaient encore, à l’endroit d’une moitié de leur âme, quelques reliquats de mauvaise conscience… Quant au reste, quant aux savoureux bénéfices qu’ils accumulaient, ils faisaient rapidement taire leur envie de trop réfléchir sur le sens de cette action (pas de réflexion perceptible dans les documents mis à notre portée). C’est de cette manière que pendant trois siècles les Européens (réunis dans un magnifique consensus philosophique) ont copieusement torturé, déporté, avili, réduit à néant, les peuples de l’Afrique. Le tout s’est déroulé dans une impunité absolue. Jamais aucun tribunal n’a sanctionné l’abjection d’un pareil crime… !

Quel est l’intérêt exact de rappeler cette mémoire du passé ? Pour une simple et triste raison : les êtres singuliers, les banquiers, qui ont organisé le “commerce triangulaire” durant l’Ancien régime ont engendré une terrible descendance : la nôtre, celle de la modernité technicienne. C’est un même degré d’horreur et d’ignominie auquel on assiste dans le paysage économique de l’actualité.

Les armateurs anglais, nos voisins et amis, ont constaté un dysfonctionnement dans la nature de leur business avec la Chine puisque leurs bateaux partent vers l’Empire du Milieu les cales vides et reviennent avec un poids important. Ce déséquilibre porte atteinte à leurs revenus ! Il était urgent de parer à un tel défaut de structure !

Un circuit gratifiant

D’où l’idée stimulante de remplir les soutes avec les poubelles des grandes villes ! Un volume qui grossit à l’infini ! Le concept paraît grotesque : erreur, il est authentique, économiquement et politiquement valable ! Toute la société paraît y trouver son compte : d’abord les patrons des entreprises d’assainissement, qui commandent à cet “échange”. Ensuite les responsables des agglomérations concernées, qui se débarrassent de déchets sans faire aucun investissement dans des incinérateurs (toxiques, polluants, impopulaires). Ensuite encore les citoyens soulagés de voir “disparaître” dans un “ailleurs” indéterminé des stocks nauséabonds qui feraient désordre dans leur propre environnement. Enfin se réjouissent de cette opération les autorités portuaires satisfaites d’assister à une relance d’activité des portecontainers. Le pays en somme n’a que des pensées “positives” pour un circuit si gratifiant !

Sauf qu’à l’autre bout de la chaîne (en Chine) ce sont des milliers de femmes et d’enfants en haillons qui trient les ordures à mains nues ; qui se rendent malades avec les métaux lourds, inhalent des poisons, puis enfouissent les ultimes déchets dans les rivières locales. Douze heures de travail par jour ; une besogne exténuante - qui tue : nous sommes placés devant un système d’oppression caractrisée.

Ces trafics sont peu glorieux. Tellement peu honorables qu’au XVIIIème siècle ni Montesquieu, ni Voltaire, ni Rousseau, ni Diderot, les esprits les plus éminents de cette période, n’ont songé à rédiger trois lignes pour protester contre l’horreur de la traite en Afrique. À deux pas de leur pays se vendaient des hommes contre de la pacotille ou contre des armes : les plumes nobles de ce temps réfléchissaient à la nature des grands principes et spéculaient sur l’émancipation prochaine de l’humanité !

Notre temps n’a guère plus de génie. Il s’entoure du même volume d’hypocrisie … et d’un luxe d’aveuglement qui garantit son confort. Tandis que nos tribunes et nos estrades résonnent de déclarations généreuses, d’appels à la tolérance, tandis que nos discours montrent une attention soutenue pour le respect d’autrui … nos immondices partent à l’autre bout de la planète afin de souiller l’univers d’individus qui ont le malheur d’être pauvres. Là-bas ces mêmes odieuses saletés exploitent sans vergogne le travail des démunis tout en dégradant de façon irréversible leur milieu de vie.

Esclavagisme

En somme, nos intelligences fonctionnent à deux vitesse : égalitaires, démocratiques, altruistes quand elles utilisent les phrases “médiatiques”, elles deviennent cyniques quand elles s’occupent d’économie. Nous voulons bien conserver à nos villes un petit aspect respirable, transparent, humain — à condition de déshumaniser des anonymes perdus dans un régime semi-totalitaire. Qu’importe ces multitudes d’affamés enchaînés, dépendants, soumis aux exactions d’entreprises cruelles puisqu’ils “gèrent” nos gaspillages, nos pillages, nos inconséquences consuméristes notoires.

L’essentiel, dans les pays riches, c’est que les élus, les penseurs, les clercs au pouvoir, les académies de la morale —et les braves gens des villes — entendent fredonner un hymne à la gloire de l’égalité, de la fraternité universelle, à la gloire de la République qui sécurise nos idéaux. Cette musique de fond apaise les angoisses pendant que des containers sinistres roulent vers des destinations inconnues.

Entre le Siècle des Lumières et le Cybersiècle on assiste à une étrange passation de témoin. L’identité idéologique est frappante. La première séquence a planifié le massacre d’innocents, la seconde a amorcé la destruction finale de la planète, et les deux ont perpétué l’esclavagisme. Une vieille formule populaire, tombée dans l’oubli, disait que « rien ne change sous le soleil » …

Mythe ou réalité ?

Pour comprendre la situation des pays du tiers monde, il faut lire les publications du Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde, dont les plus récentes :

Depuis la crise de la dette qui a éclaté en 1982, malgré leurs innombrables richesses naturelles et humaines, les pays du tiers-monde sont saignés à blanc. Le remboursement d’une dette devenue colossale prive leurs populations de la satisfaction des besoins les plus élémentaires. La dette est devenue un mécanisme très subtil de domination et le moyen d’une nouvelle colonisation.

La dernière initiative d’allégement de la dette, lancée en fanfare par le G8 en 2005, ne change pas la donne.

Une approche radicalement différente doit être envisagée : l’annulation pure et simple de cette dette, illégitime et largement odieuse.

Éditions CADTM, 345 av de l’Observatoire, 4000 Liège, Belgique
et Syllepse, 69 rue des Rigoles, 75020 Paris, France.
ISBN CADTM, 978-2-930443-11-9 ISBN Syllepse, 978-2-84950-17-33

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Tribune des lecteurs

Pour le revenu garanti : maintenant !

par J. BONNET
31 décembre 2008

Quand le roi est nu, le moment est venu d’inventer la République.

Le capitalisme montre sa folie et ruine l’économie réelle, le moment est venu d’inventer quelque chose, qui soit l’affaire de tous… !

Ne sommes-nous pas arrivés à un carrefour de notre Histoire, avec cette crise du système financier qui, en fait, est malade de la prolifération maligne de ses produits dérivés comme un organisme est empoisonné par les métastases d’un cancer ?

Allons-nous prendre le parti de l’acharnement thérapeutique, chercher à sauver le malade en vidant les poches du peuple pour redonner vigueur à ces puissances financières irresponsables ? C’est la voie choisie par la puissance publique qui vole au secours des banques à coup de milliards, en application de la loi non écrite mais constante du néolibéralisme : socialisation des pertes, privatisation des profits ! En attendant la prochaine crise !

Ou bien allons-nous, par une mobilisation populaire (qui certainement couve dans les coeurs mais tarde à trouver ses voies d’expression collective) imposer un changement de logique ?

Exiger, par exemple, face à la violence des soubresauts de l’économie-casino, qu’une priorité absolue soit donnée à l’instauration d’un bouclier social, qui marquerait une première étape dans le passage de l’actuelle logique de compétitivité à une logique de solidarité ?

Car la logique de compétitivité, qui est la base idéologique et le ressort du capitalisme, transforme le monde en champ de bataille économique. Et chacun de nous en petit soldat d’une guerre qui n’est pas la nôtre.

Alors que la logique de solidarité, qui a été construite dans les luttes sociales du passé, mais qui est toujours menacée de dissolution par la morale individualiste de la société de marché, respecte en chacun sa dimension d’humain. Et celle-ci ne saurait être réduite à un statut de producteur-travailleur-consommateur !

Cette logique de solidarité, chaque génération doit la penser en fonction de son époque. En période de plein emploi et de l’essor de la consommation de masse, les revendications étaient principalement de caractère salarial et quantitatif. Ce “progressisme” d’hier ne peut plus être celui d’aujourd’hui, quand l’emploi, donc le salaire, est devenu aléatoire, et que le productivisme industriel a révélé l’étendue de son envers destructeur.

Il appartient donc à notre génération d’inventer un autre progressisme, associant exigence de justice sociale (revenu assuré pour tous et inégalités réduites) et prise en compte de l’impératif écologique. Le souci écologique impose l’arrêt de la croissance économique aveugle et du développement non soutenable. Il urge de revenir à une économie économe, plus locale et socialement maîtrisée, à l’inverse de celle que les grandes sociétés transnationales impulsent en jouant notre avenir au casino boursier !

Cette économie déliquescente et affolée est dans une phase de mutation, qui promet d’être suivie d’une phase corrective à risques inconnus. Dans ce contexte, quel “bouclier social” pourrait efficacement protéger les citoyens de ses frasques invisibles ?

Il faut admettre que la traditionnelle revendication d’augmentation des salaires ne concerne plus qu’une partie de la population. Elle tend à aggraver la division de la société en catégories de revenus et de consommation. Et la multiplication des minima sociaux, profilés au cas par cas, entretient une idéologie d’assistance qui culpabilise, et qui ne respecte pas le droit à la sécurité d’un niveau de vie sobre, mais décent et stable, et indépendant des aléas du marché du travail.

Alors on n’évitera pas d’aborder la question du “revenu d’existence”, qu’il serait légitime d’appeler de “citoyenneté” : égal pour tous, inconditionnel, déconnecté de l’emploi (mais non de l’imposition progressive sur le revenu total), et suffisamment élevé pour ne pas favoriser la création d’emplois sous-rémunérés, mais au contraire pour offrir plus de liberté aux demandeurs d’emploi, créateurs potentiels d’activité.

L’objection souvent entendue sur le coût d’une telle proposition devient dérisoire, quand on la compare aux sommes faramineuses que la puissance publique engage aujourd’hui pour renflouer un système bancaire qui a pris la forme du “tonneau des danaïdes” !

L’ouverture du débat sur le revenu garanti ne manquerait pas d’ouvrir un autre débat de fond, suggéré par l’obscénité des fortunes que génère l’hyper capitalisme financier : celui d’un autre RMA, “revenu maximum admissible”. L’économiste Jean Vassileff (dans son livre Le partage contre la croissance) en démontre la parfaite faisabilité par voie fiscale. Au nom de la décence, du sens de la mesure ... de valeurs sans lesquelles il n’est pas de cohésion sociale.

Seule une réforme radicale de l’impôt sur le revenu, réhabilitant et renforçant sa progressivité, pourrait à la fois fixer un revenu maximum et dégager de quoi financer un revenu garanti.

La crise est là, les monstruosités du système absurde qui régit et pourrit nos vies sont sous les feux des projecteurs. Saurons-nous collectivement secouer nos habitudes de pensées… et oser des revendications nouvelles, pour faire changer de cap le lourd paquebot de notre destin ?

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Le flair de N. Sarkozy : subprimes pour tous !

31 décembre 2008

Nicolas Sarkozy, en avril 2007, était pour le développement des subprimes. Voici en effet ce qu’il déclarait à la revue Banque :

« Les ménages français sont aujourd’hui les moins endettés d’Europe. Or, une économie qui ne s’endette pas suffisamment, c’est une économie qui ne croit pas en l’avenir, qui doute de ses atouts, qui a peur du lendemain. C’est pour cette raison que je souhaite développer le crédit hypothécaire pour les ménages et que l’État intervienne pour garantir l’accès au crédit des personnes malades.

Je propose que ceux qui ont des rémunérations modestes puissent garantir leur emprunt par la valeur de leur logement.

Il faut réformer le crédit hypothécaire. Si le recours à l’hypothèque était plus facile, les banques se focaliseraient moins sur la capacité personnelle de remboursement de l’emprunteur et plus sur la valeur du bien hypothéqué. Ceci profiterait alors directement à tous ceux dont les revenus fluctuent, comme les intérimaires et de nombreux indépendants. »

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