Recherche
Plan du site
   Mensuel de réflexion socio-économique vers l’Économie Distributive
 
 
 
 
 
AED La Grande Relève Articles > N° 1076 - mai 2007

 

Le site est passé à sa troisième version.

N'hésitez-pas à nous transmettre vos commentaires !
Merci de mettre à jour vos liens.

Si vous n'êtes pas transferé automatiquement dans 7 secondes, svp cliquez ici

 

 

< N° Précédent | | N° Suivant >

N° 1076 - mai 2007

Au fil des jours   (Afficher article seul)

Petite chronique entre deux élections.

Éditorial   (Afficher article seul)

Jean-Pierre mon souligne l’importance de quelques vérités que les candidats, par exemple aux prochaines législatives, auraient intérêt à connaître.

Pour qui pousse le blé ?   (Afficher article seul)

Pour une économie de répartition   (Afficher article seul)

Gérard-Henri Brissé a lu “Mais où va l’argent ?”, il commente et avance des propositions personnelles.

Où va l’argent ?   (Afficher article seul)

Bernard Maris réagit sur France Inter, dès la réception de “Mais où va l’argent ?”

Monnaie et société   (Afficher article seul)

Marie-Louise Duboin répond à une question posée au cours du débat qui suivit son intervention à l’université de Haute Alsace.

L’effet pour la cause   (Afficher article seul)

Roland Poquet explique que si les riches détruisent la planète, c’est parce que le système économique les y incite et leur en fournit les moyens.

Prédestination   (Afficher article seul)

Paul Vincent a trouvé un texte de Max Weber qui montre quelle construction on peut échafauder si on admet totalement, comme Sarkosy, la prédestination.

Nicolas, les candidats,… et nous !   (Afficher article seul)

Henri-Claude Matton rappelle l’engouement éphémère que suscita Nicolas Hulot et sa Charte. L’absence totale d’effet lui prouve qu’on a les candidats qu’on mérite !

L’ Équateur expulse le délégué de la Banque mondiale   (Afficher article seul)

... dont le représentant a été expulsé du pays, qui va aussi réagir à la façon dont les prêts de la Bm lui ont été octroyés.

La Gambie bat le record du monde de l’accueil des étrangers   (Afficher article seul)

Roger Winterhalter témoigne que cet accueil est une leçon de fraternité.

Bouygues : un destin lié au scrutin présidentiel   (Afficher article seul)

Un journal des professionnels de santé explique clairement que l’élection du candidat libéral serait favorable aux intérêts financiers d’un groupe comme Bouygues.

^


Chronique

Au fil des jours

par J.-P. MON
31 mai 2007

Le candidat Sarkozy n’arrête pas de dire qu’il veut remettre la France au travail et que ceux qui veulent gagner plus n’auront qu’à travailler plus. Outre le fait que ce ne sont pas les salariés mais leurs employeurs qui décident de la durée de leur travail, outre que nombreux sont ceux et celles qui, bénéficiant d’un temps partiel imposé, souhaiteraient avoir un emploi à plein temps, encore faudrait-il qu’il y ait plus d’emplois. Or c’est tout le contraire. Il y a en permanence de nombreuses suppressions d’emplois, y compris dans les secteurs utilisant des technologies de pointe.

Et le problème n’est pas spécifiquement français comme on voudrait nous le faire croire, mais mondial. Voici quelques exemples, en plus des très médiatisées suppressions de postes chez Airbus :

— En France :

• le nombre de salariés de l’industrie du textile, qui emploie 93.000 personnes, a perdu, en 2006 comme en 2005, entre 7.000 et 8.000 emplois [1]. Une centaine de sociétés ont aussi disparu. Le secteur de l’habillement qui employait 176.000 salariés en 1996 n’en comptait plus que 82.000 en 2006. Globalement les secteurs du textile, de l’habillement et du cuir, qui emploient aujourd’hui près de 200.000 personnes, vont perdre entre 40.000 et 50.000 postes dans les cinq prochaines années.

• IBM supprimera, d’ici cet été, 200 emplois en plus des 45 déjà prévus à la suite de la vente de la division imprimante à Ricoh [2].

• Alcatel-Lucent va supprimer 1.468 emplois dont 435 dans l’Ouest [2].

• Et on attend quelque 200.000 suppressions d’emplois dans la grande distribution, soit la moitié des effectifs employés aujourd’hui, après la mise en place des caisses automatiques et, plus généralement, l’automatisation des services [3].

— Au Royaume-Uni :

• Prudential, le N°2 britannique de l’assurance vie, s’apprête à supprimer 3.000 emplois : 2.000 en Grande-Bretagne, soit 43% de ses effectifs dans le pays et 1.000… à Bombay, c’est-à-dire la moitié de ses salariés en Inde où il avait délocalisé une grande partie de ses activités [4]. En 2006, Prudential avait déjà fermé trois sites en Grande-Bretagne pour se redéployer en Inde !

— Aux Pays-Bas :

• Le groupe néerlandais de messagerie et de courrier TNT (le successeur de l’opérateur historique néerlandais) a annoncé qu’il va supprimer 6.500 à 7.000 emplois d’ici à 2010, et 11.000 s’il ne parvient pas à un accord sur la flexibilité du travail [5].

— En Belgique :

• Le constructeur d’automobile allemand Opel a annoncé un plan de restructuration qui doit se traduire par la suppression de 1.400 emplois sur les 4.500 que compte son usine à Anvers [1].

— En Espagne :

• La direction de SEAT, filiale espagnole de Wolkswagen, a signé un accord avec les syndicats entérinant la réduction de 10% de ses effectifs, soit 1.600 postes [6].

— En Allemagne :

• Le groupe pharmaceutique Bayer Health Care va réduire de 10% (6.100 emplois) son effectif total, suite à sa fusion avec son concurrent Schering, allemand lui aussi [7]. Les “compressions” de postes toucheront principalement l’Europe (3.150 dont 136 en France sur 909), les États-Unis (1.000), l’Asie (750), l’Amérique latine et le Canada (1.200).

Elles concerneront la recherche et le développement (1.400), les centres de production (1.850) et les fonctions administratives (2.850).

Mais où est passé le consensus de Barcelone ?

• Après le rachat de l’assureur suisse Winterthur, le groupe d’assurances AXA va supprimer, d’ici à 2010, 1.200 emplois, soit 10% de l’effectif total du groupe fusionné [6].

• Opel a annoncé un plan de restructuration qui doit se traduire par la suppression de 1.400 emplois sur les 4.500 que compte son usine belge à Anvers [1].

Optimisme allemand

D’après un rapport publié le 19 avril par les cinq principaux instituts allemands de conjoncture « Les perspectives de l’économie allemande sont excellentes » [8] : croissance de 2,4% en 2007 et 2008, après 2,7% en 2006, chômage passant au-dessous de la barre des 4 millions de personnes pour n’atteindre “que” 3,5 millions en 2008, ce qui ramènerait le taux de chômage de 10,6% en 2006 à 8% en 2008, déficit des finances publiques réduit à 1,5% en 2008, etc.

Il est vrai que les firmes allemandes utilisent des moyens originaux pour éviter les suppressions d’emplois. Deutsche Telekom par exemple a proposé à ses salariés une baisse des salaires de 12 % sur 30 mois en échange d’une garantie de l’emploi jusqu’en 2010, accompagnée d’un allongement de la durée du travail de 34 à 38 heures.

Gageons que le Medef attend sans doute la victoire de Sarkozy pour faire adopter ce modèle aux entreprises françaises.

Bravo l’Europe !

La capitalisation des Bourses européennes, y compris celles de la “nouvelle Europe” et de la Russie, a atteint à la fin du mois de mars 11.769 milliards d’euros (15.720 milliards de dollars), dépassant ainsi pour la première fois la capitalisation des États-Unis, estimée à 15.640 milliards de dollars. D’après une étude de Thomson Financial [9], qui révèle ces chiffres, la perte de vitesse des marchés américains serait due à la hausse de l’euro, à la croissance des Bourses de l’Europe de l’Est mais aussi au retrait de la Bourse d’entreprises fuyant la réglementation Sarbanes-Oxley, mise en place après le scandale Enron et jugée trop contraignante ! Autrement dit, ces entreprises s’apprêtent à truander en Europe où la réglementation est plus laxiste.

---------

[1] Le Monde, 19/04/07

[2] Le Monde, 27/03/07

[3] Le Monde, 14/04/07

[4] Le Monde, 17/03/07

[5] Le Monde, 4/04/07

[6] Le Monde, 6/04/07

[7] Le Monde, 4-5/03/07

[8] Le Monde 8/04/07

[9] Financial Times, 3/04/07

^


Éditorial

par J.-P. MON
31 mai 2007

Lorsque vous recevrez ce numéro de la Grande Relève, le résultat de l’élection présidentielle sera connu, alors que nous bouclons une semaine avant. Quel qu’il soit, il est extrêmement important que les élections législatives qui vont suivre amènent à l’Assemblée nationale une majorité capable d’imposer au Président et à son gouvernement une politique qui réponde aux aspirations des électeurs. Il faut prendre conscience des dangers du programme du candidat de l’UMP, surtout s’il disposait d’une assemblée de godillots, comme cela a souvent été le cas sous les gouvernements de droite. Le point majeur qu’il importe de souligner et de faire comprendre aux futurs députés est que, quelle que soit leur volonté de procéder à des réformes sociales, de défendre les services publics, de développer l’enseignement et la recherche, etc., ils ne pourront rien faire tant qu’ils n’auront pas redonné à l’État la maîtrise de la création monétaire.

Des précisions utiles pour cela sont dans le livre de M.-L. Duboin Mais où va l’argent ? [1]

Commençons par quelques démystifications :

Sacrés économistes !

La campagne présidentielle aura permis aux éminents économistes de tous bords de s’en donner à cœur joie et de faire preuve d’un bien immodeste triomphalisme. Au lendemain du premier tour, on a pu entendre sur France Culture [2] l’économiste O.Pastré et l’ex-économiste J.-C. Casanova s’accorder pour célébrer la “victoire de l’économie” et se réjouir de ce que les grands candidats « n’aient pas dit trop de bêtises sur la dette ». Ils ont simplement oublié de dire l’essentiel (mais, peut-être ne le connaissent-ils pas), à savoir que les gouvernements se sont dessaisis de leur pouvoir régalien de création monétaire au profit d’établissements financiers privés à qui les contribuables versent sans le savoir une rente s’élevant pour la France à la totalité des impôts sur le revenu.

Un autre de leurs sujets favoris a été la défense de la Banque Centrale Européenne contre les attaques (irresponsables, selon eux) des divers candidats : les “petits”, bien sûr, mais aussi les “grands”. Même leur très cher et ultra-libéral Sarkozy n’a pas échappé à leurs critiques. N’avait-il pas osé déclarer (hypocritement à mon avis) le 28 mars : « une monnaie trop chère, c’est un inconvénient, ce n’est pas un atout » en attribuant à l’euro fort les dégâts provoqués chez Airbus. Et fidèle à sa politique de caresse de ses électeurs potentiels dans le sens du poil, il a promis qu’en cas de victoire, il « déclencherait une offensive diplomatique » pour affaiblir l’euro : « je demande qu’on puisse faire avec l’euro ce que les Américains font avec le dollar, les Japonais avec le yen et les Chinois avec le yuan… Est-ce trop demander que la BCE le fasse aussi en poussant l’euro à la baisse pour obtenir un cours de change plus raisonnable ? ». Sa suffisance, « M. Euro, c’est moi » (à savoir, M. Trichet, le Président de la BCE) n’a pas tardé à réagir en se moquant de « ceux qui redécouvrent la lune » en ces termes : « Ne découvrons pas aujourd’hui que nous avons un système de changes flottants ». Absolument pas inquiet de la force de l’euro, il a laissé entendre qu’une nouvelle hausse d’un quart de point du taux directeur était probable pour le mois de juin, ce qui a eu pour effet immédiat de faire monter encore plus la monnaie européenne.

M. Trichet joue les gros bras face aux gouvernements européens. Alors qu’il sait, aussi bien que François Morin, ancien membre du Conseil général de la Banque de France, que, « depuis les années 90, quelques dizaines de banques ont conquis le vrai pouvoir de régulation monétaire : ce sont elles désormais qui dictent effectivement l’évolution des taux d’intérêts, et non plus les banques centrales » [3]. Mais la classe politique a l’air de l’ignorer totalement.

Ignorance ou soumission totale au marché ?

Le 16 avril, réunis à Washington, les Ministres des finances du G7 se sont contentés de rappeler dans leur communiqué final que « les taux de change doivent refléter les facteurs fondamentaux de l’économie » et que « la volatilité excessive et la variation désordonnée des taux de change sont indésirables pour la croissance économique ». Selon le Ministre des finances japonais la question de l’euro fort n’a même pas été discutée, au grand dam du Ministre des finances français, Thierry Breton, totalement isolé. Le directeur du Fonds monétaire international pour l’Europe ne pense absolument pas que l’euro fort soit une menace pour la croissance dans la zone euro : « L’euro est justement évalué. Il est au bon niveau pour une croissance durable dans la zone euro… Je ne comprends pas ceux qui craignent que le niveau élevé de la devise européenne nuise aux exportations de cette zone monétaire… car les exportations y sont fortes, les comptes courants équilibrés et la croissance y est plus forte qu’elle ne l’a été depuis des années ».

Nos gouvernants restent donc totalement aveuglés par “l’autorité“ de la BCE qui n’est que de façade puisque, en fait, « ce sont les quelques grandes banques qui possèdent le pouvoir d’influencer la formation des taux d’intérêts qui agissent sur les conditions de financement de l’économie mondiale, c’est-à-dire sur le financement des investissements, sur la croissance et sur l’emploi » [3]. Adieu la démocratie !

L’aveu

Comme à l’accoutumée, Nicolas Sarkozy, qui n‘en est pas à un retournement près, et sans doute repris en main par ses amis de la finance, déclarait un mois après sa diatribe contre l’euro fort : « il est vain de demander une réforme des statuts de la BCE que nous n’obtiendrons pas parce que nous n’aurons jamais l’unanimité des pays européens sur ce point » [4]. Battu sans même avoir combattu, ça promet bien des déceptions à ceux qui seraient tentés de suivre le guide autoproclamé fort et résolu !

---------

[1] Voir pages suivantes

[2] dans le bulletin d’information de 8 heures.

[3] François Morin, Le nouveau mur de l’argent, éd. Seuil, 2006. Voir GR 1075, p. 4-5.

[4] Le Figaro, 18/04/2007.

^


Approfondissons le débat : Pour qui pousse le blé ?

Ce sont les investissements financiers, dans telle entreprise, tel secteur ou tel domaine d’activité plutôt que dans tout autre, qui déterminent l’orientation de l’économie. Or ces choix sont faits, actuellement, par ceux qui “placent” les capitaux. Et ils en décident sur des critères de rentabilité, exclusivement. Il est temps que s’ouvre enfin un débat pour décider qui doit avoir le pouvoir d’exercer ces choix, qui sont essentiels pour l’avenir de la société humaine : ce pouvoir doit-il rester hors des responsabilités politiques ou bien doit-il être démocratiquement partagé ?

Et si la voie démocratique doit être préférée à la main invisible du marché, comment organiser ce partage ?

Dans son livre “Mais où va l’argent ?” M-L Duboin décrit le rôle aujourd’hui dévolu au pouvoir financier et fait trois propositions. C’est donc autour du contenu de ce livre que nous invitons nos lecteurs à débattre dans nos colonnes.

Pour qui pousse le blé ?

31 mai 2007

^


Débat : Pour qui pousse le blé ?

La première contribution à cette nouvelle rubrique nous a été adressée par Gérard-Henri Brissé. Partant de la lecture du livre, il en donne son interprétation en soulignant ce qui l’a le plus frappé, et il termine par ses propositions personnelles :

Pour une économie de répartition

par G.-H. BRISSÉ
31 mai 2007

D’où vient l’argent ? Où va l’argent ? Pour quoi faire ? La réponse est étonnamment claire dans cet ouvrage de synthèse, rédigé par Marie-Louise Duboin, après de nombreuses réunions de travail avec des membres du comité local Attac78 Nord et de l’équipe du journal. Préfacé par René Passet, professeur émérite à l’Université Panthéon-Sorbonne, il est assorti d’une solide bibliographie.

J’invite le lecteur à bien s’imprégner de cet ouvrage, qui ouvre des perspectives d’évolution beaucoup plus exaltantes que les multiples mesures partielles exposées comme autant de promesses par les candidats de la campagne pour la magistrature suprême. En tout cas, il démolit un mythe, plus solide encore que l’ex-mur de Berlin, celui de la monnaie créatrice de richesses, pour lui substituer une connaissance plus approfondie des véritables mécanismes qui fondent la monnaie scripturale. On a oublié que la monnaie n’est qu’un outil visant à faciliter les échanges, et non une loterie virtuelle destinée à faire du profit !

On ne peut considérer la monnaie aujourd’hui comme un instrument au service d’un État, ce qu’elle fut effectivement naguère. N’importe quelle institution ou entreprise privée peut maintenant créer par un simple jeu d’écritures les crédits qui vont lui permettre de se développer et de servir ses intérêts propres.

Combien savent que ce transfert de pouvoir à des institutions financières ou économiques n’a eu pour effet que de creuser un peu plus l’abîme existant entre les institutions politiques et ceux qui détiennent les véritables pouvoirs financiers ? Et que la totalité de l’impôt sur le revenu ne sert qu’à rembourser les intérêts de la dette nationale ?

Spéculation et surendettement

Car quoi qu’on en dise, l’État est de plus en plus sur-endetté, à l’instar de son maître, l’hyper-puissance américaine. Le surendettement grève le budget de tous les acteurs, de l’État bien sûr, mais aussi des régions, des départements, des particuliers dénommés pudiquement en jargon statistique, les ménages.

Pour faire face à ses échéances, l’État cède, à des consortiums privés, ses entreprises, voire même ses administrations, qui constituaient naguère les piliers de la puissance publique. Son patrimoine est abandonné au plus offrant. C’est une spirale de démolition sans fin du service public dans laquelle nos dirigeants se trouvent aspirés pour assurer leur survie.

Et le territoire, nos hameaux, nos bourgs se vident de leurs substances : adieu Postes, Télécom., services de santé, hôpitaux, salles de classe, ports, aéroports, autoroutes et, pourquoi pas, bientôt, la Police et l’Armée nationales auxquelles on substituera des milices privées ! Tout y passe ! Ah bien sûr, on pourra toujours remplacer une simple lettre par un courriel, une télécopie par le jeu d’internet, l’instituteur ou le professeur par les cours de rattrapage, les routes par le TGV ou l’avion. Tous ces beaux joujoux étant gérés par des entreprises privées, sous supervision européenne.

Un élu municipal, candidat à la présidentielle, a tiré ostensiblement et bruyamment le signal d’alarme en accusant certaines dispositions des traités européens d’être responsables de ces transferts de compétences au profit de l’hydre européenne, initiatrice du bradage des services publics nationaux. D’autres, pour des motifs idéologiques, ne disent pas autre chose en empruntant une phraséologie différente : avec, pour certains, des relents de discrimination raciale ou sexiste que l’on croyait relégués aux oubliettes de l’Histoire !

Dénoncer toutes les dérives idéologiques n’est pas l’objectif premier de l’ouvrage Mais où va l’argent ? Il est plus prosaïquement économique, même si son préfacier reconnaît que les entreprises trans-nationales acquièrent de plus en plus de pouvoirs au gré des fusions-acquisitions, qu’elles se constituent en groupes de pression ou “lobbies”, voire même en “maîtres du monde”, pour faire gagner une élection, financer des partis politiques. Il confirme qu’ainsi c’est « la démocratie qu’on assassine ».

Et il constate que cette “révolution monétariste” qui prône la régulation par la spéculation monétaire n’a pas pour autant fait avancer la lutte contre les inégalités et les injustices, ni contre la misère et la violence. Notons au passage qu’elle ne fait qu’enrichir les 358 super-riches de la planète qui disposent à eux seuls d’autant de ressources que 2,5 milliards de pauvres, qu’aux États-Unis le supplément de richesse réalisé en vingt ans (1979-1997) a été accaparé par seulement 1% de privilégiés, tandis que les salaires baissaient en moyenne de 20% (comme l’a révélé le Rapport 1998 du PNUD).

Par delà le “toujours plus” de la “croissance”

Les attaques contre le système monétaire actuel, sous couvert du “social” mis à toutes les sauces, relèvent au mieux de la provocation verbale, elles ne peuvent que consituer des rustines appliquées sur quelque brèche d’un navire qui fait eau de toutes parts.

L’association Attac, et c’est tout à l’honneur de ses militants, a été capable de lever sur le thème de l’alter-mondialisme plusieurs dizaines de milliers d’adhérents en France, et beaucoup aussi sur tous les continents, jusqu’aux États-Unis. Elle a élevé des contre-feux au moment de conférences au Sommet, de l’Amérique latine à l’Inde, de l’Afrique à l’Europe. Mais elle n’est pas, hélas, en mesure de réaliser une synthèse opérationnelle pouvant se traduire en réalisations politiques globales. Le mouvement alter-mondialiste, qui dépasse l’ère d’influence d’Attac, est en outre partagé par des clivages partisans. Les expériences réalisées demeurent très marginales et exigent de ses animateurs une bonne dose d’investissement personnel frisant souvent le sacrifice.

De plus, des concepts tels que le développement durable, le commerce équitable, l’agriculture raisonnée, sont de plus en plus accaparés par des effets de mode, et par des modes opératoires qui s’apparentent à un “business” fort rentable.

L’esprit du “toujours plus” qui s’exprime à travers le concept de “croissance” sans limites, la “compétitivité” universelle érigée comme outil d’activité unique, secrétant un profond malaise comportemental et un déséquilibre social croissant, tout cela débouche sur le phénomène de l’avoir qui l’emporte sur l’être, l’individu, qui étouffe l’accomplissement de la personne.

Ces dérives corrosives l’emporteront-elles indéfiniment sur l’esprit de coopération, de recherche du bien-être, et d’un minimum de solidarité vraie ?

C’est à ces questions à la fois angoissantes et exaltantes que tente de répondre cette réflexion. Chaque proposition mérite à elle seule un développement approprié.

Par exemple : le transfert du pouvoir monétaire à la maîtrise politique ; le nécessaire ajustement de la masse monétaire au flux de richesses produites ; la recherche permanente des bases d’une économie cherchant à satisfaire de réels besoins au lieu de fabriquer d’éphémères gadgets ; l’élaboration du prix d’un bien ou d’un service au moment de sa production, et non après, quand c’est trop tard ; la substitution de la logique de répartition à celle de capitalisation ; la séparation entre les revenus et l’emploi, entre la gestion des biens et celle de la vie des citoyens, etc.

Il faut bien considérer que l’objectif d’une entreprise n’est pas de donner du travail. Mais que son rôle est de transformer des matières premières en produits ou services de consommation, le travail ou l’emploi n’étant qu’un moyen pour parvenir à cette fin. Cette transformation peut exiger une intervention humaine mais aussi faire appel à l’utilisation de machines de plus en plus sophistiquées.

Pour une économie de répartition, non de capitalisation

En outre, la production aujourd’hui est l’aboutissement de recherches théoriques et d’expérimentations élaborées. C’est pourquoi l’université et les organismes de recherche jouent un rôle fondamental dans ce processus. Mais l’objectif de l’éducation nationale ne doit pas être de préparer à un métier, mais de donner “des clartés de tout” à tout récipiendaire susceptible d’être éclairé, et de s’adapter à toutes les orientations possibles [1]. Dans cette élaboration, étalée dans le temps, et qui fait appel à des équipes au moins autant qu’à un individu particulier fût-il un génie, le salariat devient de plus en plus une absurdité, voire une escroquerie.

Les salariés [2] doivent être étroitement associés à l’entreprise ou à l’institution à laquelle ils apportent non seulement leur force de travail mais leurs compétences, au même titre que les actionnaires [2] , c’est-à-dire les apporteurs de capitaux. Ils doivent recevoir en outre leurs parts de bénéfices. Il en est de même des producteurs en amont, de la clientèle en aval. C’est ainsi que l’on voit des hyper-marchés acheter du poisson, des légumes ou des fruits, pour ne prendre que ces exemples, à un prix dérisoire (concurrence oblige ?) qu’ils revendent aux consommateurs à des tarifs de plus en plus élevés, voire prohibitifs. Producteurs, salariés et consommateurs doivent avoir leur mot à dire dans l’élaboration du processus des prix, qui ne peut être laissé à la seule discrétion d’une minorité dirigeante, qui s’approprie des profits colossaux, quoiqu’ils s’en défendent.

*

L’économie dirigée par le haut, planifiée selon des critères bureaucratiques, a échoué. Elle conduit à la pénurie généralisée., à voir ce qui s’est passé dans les pays de l’Est européen notamment. Jusqu’à l’écroulement du mur de Berlin en 1989, ces régimes n’ont pas été en mesure de réaliser un challenge avec l’Ouest. Il est vrai qu’ils ne disposaient pas à l’époque d’outils de gestion informatique qui leur auraient permis d’introduire une amélioration sensible de leur gestion.

*

L’économie libérale n’a pas pour autant réussi à prendre le relais. Elle a engendré un gaspillage considérable, provoqué des inégalités sociales de plus en plus criantes. Elle n’a cessé de tendre à dévaloriser le travail soumis à des contraintes de précarité et de rendement statistique. Elle a entraîné la disparition des services publics, a fourbi des inégalités sociales de plus en plus criantes. Elle a eu un impact négatif et corrosif sur l’environnement. Elle a favorisé la spéculation financière stérile pour l’appât du seul profit. Elle a en outre contribué à dévaloriser la consommation qui devrait être soumise à des critères de qualité.

*

L’économie de répartition prendra tôt ou tard le relais des précédentes : ce mode opératoire peut réussir là où tous les autres ont échoué en mettant en adéquation production et consommation par une plus juste répartition. Il s’agit de produire pour la personne évoluant dans une société aussi harmonieuse que possible.

Ce dispositif technique, qui demande à être affiné, peut fort bien s’intégrer à la notion de “démocratie participative”, chère à une candidate au scrutin présidentiel. Encore convient-il d’être en mesure d’élaborer des perspectives de développement différentes, voire comme le suggère Marie-Louise Duboin, une prospective...

***

Chacun, dans un système de répartition, pourrait disposer d’un double revenu : un revenu social garanti de la naissance à la mort, accessible sur un compte spécifique par une monnaie de consommation, dont la valeur dépendrait des biens ou services disponibles sur le marché, et préalablement ciblés comme tels.

Le second revenu proviendrait de ses activités qui seraient déterminées en fonction d’un contrat civique, ou pacte anthropolitique.

Les centrales syndicales auraient un rôle important à jouer dans des Conseils économiques et sociaux, instaurés au niveau de chaque région et à l’échelon national. Y seraient représentées les organisations de consommateurs, les associations professionnelles, caritatives et de sauvegarde de l’environnement. Ces Conseils devraient avoir des représentants au sein d’un Sénat rénové.

Les principaux critères d’une économie de répartition méritent réflexion dans un environnement qui se dégrade, où le politique semble louvoyer entre impuissance chronique et tentation de légiférer dans le vide.

Mais au fait, où en est la réforme de la justice dans les promesses des candidats ?

---------

[1] La préparation, l’élaboration des filières de formation, les modalités d’accès aux différents métiers, doivent être du ressort d’un grand Ministère de la Promotion sociale, qui travaillerait en étroite collaboration avec l’Éducation Nationale et les services de l’Emploi.

[2] NDLR. L’emploi de ces termes de salariés, d’actionnaires apporteurs de capitaux et de part de bénéfices, montrent qu’il s’agit ici du fonctionnement actuel.

^


Débat : Pour qui pousse le blé ?

Dés le 22 mars, le célèbre et brillant économiste Bernard Maris, (auteur, entre autres, de deux “antimanuels d’économie” publiés chez Bréal) réagissait avec enthousiasme à l’envoi de “Mais où va l’argent ?” en lui consacrant sa minute tôt matinale et quotidienne intitulée L’autre économie sur les ondes de France Inter. En voici le texte :

Où va l’argent ?

par B. MARIS
31 mai 2007

Mais où va l’argent ? Où va tout cet argent ? ABN Amro et Barclays, deux banques énormes, vont créer un géant européen... L’ensemble aura une valeur boursière de 117 milliards d’euros. Beaucoup, beaucoup de sous. 40 millions de clients pour le groupe. Vous vous rendez compte ? Un petit euro facturé ici ou là, pour des frais de tenue de compte ou de gestion, et hop ! 40 millions d’euros qui rentrent dans la caisse pour... Pour quoi justement ? « Où va l’argent ? » c’est le livre que vient d’écrire Marie-Louise Duboin aux Editions du Sextant, et que je n’ai pas encore lu. Mais rassurez vous, je vais le savourer et vous en reparlerai.

En vérité, j’avais envie de parler de Jacques Duboin, son père, mort en 1976, né en 1878. Jacques Duboin avait créé « La grande relève » une magnifique revue que dirige sa fille.

Et j’ai envie de dire : s’il fallait associer un nom à celui de l’autre économie, ce serait Duboin. Ce pourrait être Serge Latouche pour la décroissance, Yvan Illich pour la convivialité, Jacques Ellul pour la critique de la technoscience, René Passet (qui préface d’ailleurs le livre de Marie-Louise) pour « L’économique et le vivant »…

Mais je crois, que dans tous ces nominés, the winner is Duboin, Jacques.

Parce qu’il avait compris que l’accumulation d’argent pour l’argent était au cœur de l’économie. Oui, bien sûr, mais cela aussi Marx, et Keynes, et tous l’avaient compris. Mais surtout Jacques Duboin est l’homme qui se pose la question : comment faire que les hommes cessent d’accumuler des objets inutiles, cessent de gaspiller et de détruire la nature ?

Jacques Duboin était sous-secrétaire d’État au Trésor, donc ce n’était pas totalement un illuminé. Il a été député de Savoie également. C’est un ancien banquier. L’argent, il connaît. Il a publié un livre prophétique, « La grande relève des hommes par la machine » et fondé dans la foulée le « Mouvement pour l’abondance ». Programme : revenu égal pour tous, réduction massive du temps de travail, et surtout, l’instauration d’une « monnaie fondante », ou « monnaie de consommation » rendant toute thésaurisation impossible... Fini les rentiers ! Où si l’on préfère : comment faire que les possesseurs d’argent l’offrent sur le marché ? On est en 1935. Or en 1936, un économiste de génie, du nom de Keynes, achève son ouvrage majeur... la « Théorie Générale », sur la nécessité « d’euthanasier les rentiers », et sur les monnaies fondantes, comme celle inventée par Duboin...

Banquier oui, mais pour quoi faire ?

^


Cconférence-débat à Mulhouse :

Autre occasion de réflexion pour savoir pour qui pousse le blé : la conférence magistralement bien organisée par Sébastien Houssin à l’Université de Haute Alsace, dans le cadre du DEA d’économie sociale et solidaire, le 4 avril dernier.

Sur le thème Monnaie et société, M-L Duboin montra les effets pervers de la monnaie de dette, cette monnaie bancaire qui supplante, partout, et de très loin, toutes les monnaies légales. Elle conclut sur la nécessité d’une monnaie distributive, permettant une économie alternative, basée sur la solidarité et le partage, et dont elle esquissa les grandes lignes.

Sébastien Houssin nous enverra bientôt le compte-rendu de cette conférence, il le prépare en s’appuyant sur les réflexions que lui feront les étudiants et les personnalités qu’il avait invités. Mais l’une de ces dernières a posé, au cours du débat, une question qui est d’actualité en cette période électorale. Cette question était, en substance : « l’économie distributive que vous décrivez est une économie des besoins, puisqu’elle implique que le revenu de chacun sera fonction de ses besoins. Ne s’agit-il donc pas d’une nouvelle forme de communisme, dont on sait qu’il mène à la dictature ? »

Voici quelques éléments de la réponse à cette question :

Monnaie et société

par M.-L. DUBOIN
31 mai 2007

Il y a de nombreuses différences entre les deux, et elles sont essentielles. D’abord le fait que l’organisation soviétique n’avait pas l’ombre de la plus petite aspiration à seulement un semblant de démocratie. C’est le Parti qui décidait des besoins comme il décidait de tout le reste, au nom d’une doctrine qui prétendait d’ailleurs instaurer la dictature du prolétariat.

L’Histoire, mais seulement quand elle pourra être impartiale sur ce sujet, dira le rôle qu’a joué sur son évolution vers la dictature stalinienne, le fait que ce régime ait été imposé à un peuple soumis depuis des siècles, illettré dans son immense majorité, bien loin d’être assez mûr pour imaginer et pratiquer la démocratie.

Ce que nous proposons est, en effet, une économie des besoins, en ce sens que l’économie distributive a bien pour objectif la satisfaction des besoins humains, à commencer par les plus élémentaires. Mais au lieu de la dictature du prolétariat, son objectif est l’épanouissement humain dans le respect des droits de l’homme et de son environnement. Pareille évolution ne s’impose pas par la force. Ce respect ne peut résulter que d’une prise de conscience, et par tout le monde, des besoins, des moyens, et des conséquences des modes de production.

Et en s’appuyant sur un changement radical des fonctions dévolues à la monnaie, nos propositions empêchent que l’accumulation de capital puisse être le but de toute entreprise. Ce changement d’objectif n’a donc rien à voir avec celui du régime de l’URSS qui était un autoritaire capitalisme d’État.

Les autres différences tiennent au bouleversement des moyens de production. Il y a un siècle encore, l’économie (en Russie comme partout) avait un immense besoin de main d’œuvre, et, ne serait-ce que pour assurer leur nourriture, le travail de tous était une urgente obligation.

Cela a complètement changé : la planète produit aujourd’hui de quoi nourir deux fois plus d’habitants qu’elle n’en a, et elle n’a besoin pour cela que de moins du dixième de sa population active ! La question n’est donc plus de forcer les gens à fournir une main d’œuvre dont la nécessité est évidente, mais de les amener à savoir faire des choix. Ce qui ne peut se faire qu’avec des citoyens en mesure de s’informer.

Et bien d’autres problèmes ont pris une terrible importance : chômage, accroissement de la misère dù à une exécrable répartition des richesses produites, violence avec des armes de plus en plus perfectionnées, migrations de populations qui fuient la misère, etc.

La démocratie en économie est donc le moyen d’amener les populations à prendre conscience des dangers du productivisme capitaliste et à choisir raisonnablement leurs objectifs et leurs méthodes de production.

Et il est grand temps d’y venir, car l’enjeu est l’évolution de l’humanité, voire même sa survie.

^


Et l’environnement, dans tout ça ?

Dans notre précédent numéro, un étudiant en sociologie de l’université de Nancy, Axel Othelet, sous le titre “Pour une révolution écolologique” lançait un cri d’alarme, et citant Hervé Kempf, il appelait les autorités à imposer un « grand coup de frein à l’accélérateur du modèle de développement des pays riches » par une contrainte forte à l’égard des individus responsables de gâchis. Dans la réflexion ci-dessous Roland Poquet, qui se réfère au même ouvrage de Kempf, vient à point pour rebondir sur ce sujet :

L’effet pour la cause

par R. POQUET
31 mai 2007

Faute de révéler la seule cause des dangers qu’encourt l’humanité – des structures monétaires qui favorisent le développement outrancier d’un capitalisme actionnarial – nombre d’observateurs, au terme d’analyses précises et documentées, prennent systématiquement l’effet pour la cause. La dernière parution du journaliste Hervé Kempf [1], “Comment les riches détruisent la planète” [2], fait partie de ces ouvrages qu’il faut avoir lus mais dont les conclusions sont sans surprises tant les remèdes avancés apparaissent dérisoires, voire empreints de naïveté, face aux défis qui nous sont lancés.

Changement climatique, développement du nucléaire, atteinte à la biodiversité, prolifération des OGM … l’auteur accumule les faits et les statistiques sur la double crise, écologique et sociale, à laquelle nous assistons. À n’en pas douter, ses analyses, et même ses intuitions, sont pertinentes. Le réchauffement climatique, s’il se poursuit, transformera la plus grande partie de la surface du globe en désert ; pire, l’activité humaine peut s’avérer impuissante à corriger ce déséquilibre, aussi lourd de conséquences que celui qui a fait disparaître les dinosaures de la surface du globe il y a 65 millions d’années. D’autres catastrophes sont envisageables : une mise à mal de la biodiversité qui entraînerait l’apparition d’organismes inconnus capables de faire disparaître l’homo sapiens, un arrêt brutal de la croissance américaine qui, par ricochet, perturberait durablement les économies des pays industrialisés ou non, une crise énergétique profonde dont les signes avant-coureurs sont déjà sous nos yeux …

Bref, une crise globale dont l’agent principal est, selon Hervé Kempf, une oligarchie prédatrice qui privilégie « l’objectif de croissance matérielle », le « maintien des privilèges » et « l’accumulation des profits ». Chaque jour lui donne raison. Dans son édition du 24 mars 2007, le quotidien Libération publie un article de Grégoire Biseau intitulé “La folle semaine des sorciers du grand capital”. Article édifiant s’il en est. En une semaine en effet, ont défrayé la chronique économique et boursière trois rachats-regroupements-restructurations dans trois domaines différents de l’économie française : eau, banque et automobile. La société Saur, numéro 3 de la distribution de l’eau, achetée à Bouygues 1,037 milliard d’euros, est revendue 1,72 milliard d’euros deux ans après. Gain : 700 millions d’euros empochés par le fonds d’investissement PAI Partners. Mieux : une banque réussit l’exploit de dicter sa loi avec seulement 1% du capital d’une multinationale. Enfin un équipementier automobile se sert de son fonds d’investissement pour écarter deux autres concurrents et faire grimper le capital du groupe.

La tentation est grande d’accuser les hommes. Visiblement, les riches provoquent toutes les occasions visant à accaparer toujours davantage de richesses et se présentent du même coup comme les responsables du retour de la pauvreté : 3,7 millions de pauvres en France en 2003 selon la définition française (personne seule qui gagne moins de 50 % du revenu médian [3]) et 7 millions selon la définition européenne (moins de 60 % du revenu médian), soit 12,4 % de la population. Circonstance aggravante : les pauvres sont avant tout des jeunes, pleins d’avenir dans la pauvreté. À l’autre bout de l’échelle sociale, des riches toujours plus riches : en 1990, le sujet américain moyen était 38 fois plus riche que le Tanzanien, aujourd’hui il l’est 61 fois ! En quatre ans, les émoluments des patrons des entreprises du CAC 40 ont doublé, pour atteindre une moyenne de 2,5 millions d’euros annuels. Un hyper-riche touche plus qu’un million de ses “frères humains” les plus pauvres. Cette « secte mondiale des goinfres goulus », selon l’expression d’Hervé Kempf, dont les enfants « s’amusent comme des fous tristes », crée une « oligarchie…aveugle à la puissance explosive de l’injustic…à la dégradation des conditions de vie humaine et (à la) dilapidation des chances des générations à venir ».

Faut-il pour autant s’attaquer aux riches et à la richesse ? Avant de répondre à cette question, l’auteur nous gratifie d’un détour par la démocratie. Cette « oligarchie mondiale veut se débarrasser de la démocratie et des libertés publiques qui en constituent la substance ». L’alibi du terrorisme a permis la mise en place d’un réseau de surveillance des individus (qui s’étend également aux transactions bancaires), d’un arsenal de guerre aux pauvres qui se traduit par un taux d’incarcération jamais atteint (2,2 millions de personnes dans les prisons des États-Unis en 2005) et d’une criminalisation de la contestation publique. Bref, le capitalisme n’a plus besoin de la démocratie.

Cette parenthèse (fort utile) étant fermée, Hervé Kempf propose quelques remèdes à cette crise de civilisation. Après avoir repris l’antienne habituelle (il n’y a pas d’alternative à cette situation depuis l’effondrement de l’URRS et l’échec du socialisme en France au début des années 80), l’auteur n’a plus qu’à se tourner vers un réformisme de bon aloi. Après avoir égratigné au passage la notion de “développement durable” qui n’a pour fonction que de maintenir les profits et les habitudes, il avance quelques mesures pour renflouer ce bateau qui prend eau de toutes parts : puisque la production est suffisante, stoppons la croissance matérielle ; taxons davantage les groupes aux revenus conséquents afin d’augmenter « le bien-être des moins bien lotis » et de fournir « des fonds aux projets sociaux utiles » ; en un mot, il faut aller vers une “décroissance matérielle” tout en demandant aux hyper-riches et aux habitants d’Amérique du Nord, d’Europe et du Japon (1 milliard d’habitants au total) de réduire leur consommation matérielle. Mais « les hyper-riches, la nomenklatura, se laisseront-ils faire ? » demande-t-il.

Etouffons un fou-rire discret pour signaler à cet éminent journaliste que les hyper-riches, cette nomenklatura abusive et prédatrice, de même que les classes aisées, les classes moyennes et les millions de pauvres des continents et pays précités, ne font qu’adhérer ou se soumettre à une règle du jeu qui, au gré des hasards, tantôt les favorise, tantôt les défavorise. Réduire la croissance matérielle dans un système qui s’alimente de manière exclusive et impérative à cette croissance, c’est bien sûr détruire le système, mais aussi précipiter des millions de personnes dans le chômage et la pauvreté. Le passage, dans les années 70, à une financiarisation de l’économie a eu pour conséquence politique directe l’abandon des pouvoirs nationaux aux actionnaires des multinationales. Peu importe que ceux-ci soient motivés par l’appât du gain, ou par le pouvoir, ou par le ressort d’une « rivalité ostentatoire qui vise à exhiber une prospérité supérieure à celle de ses pairs », selon Thorstein Veblen. Dans un système économique et financier fondé sur la concurrence, la rivalité et l’inégalité, pour lequel l’accroissement des biens matériels de tous ordres est une nécessité vitale, il n’est pas sérieux de réclamer une « automodération de l’humanité », un « ancrage du social dans l’écologie », une « articulation de l’impératif de la solidarité à la diminution des consommations », pas plus que de compter sur un « transfert des richesses de l’oligarchie vers les services publics », sur « une fiscalité pesant davantage sur la pollution et sur le capital que sur le travail », sur « le réveil d’un mouvement social » et sur « une résorption du chômage » - « une donnée largement construite par le capitalisme pour s’assurer de la docilité populaire » (sic), toute évocation de la révolution informationnelle étant absente du discours de l’auteur. Quand comprendra-t-on, et admettra-t-on, que le moteur du capitalisme est mû de moins en moins par les riches (leur richesse est une conséquence) mais par une cause objective, aveugle et redoutable : une monnaie circulante qui se crée et se détruit à la seconde, permet la spéculation et, par son accumulation, provoque tous les désordres et amène tous les dangers ? Le réalisme consiste à réclamer une monnaie de durée limitée ayant pour seul pouvoir de faciliter l’accès harmonieux aux biens matériels et immatériels. Dès lors naîtra une société plus soucieuse du développement humain que de la jouissance de biens matériels. Mais cela réclame un courage politique que l’on est loin de voir poindre à l’horizon.

---------

[1] Journaliste d’investigation, notamment à Courrier International puis au Monde.

[2] Edité au Seuil, Janvier 2007.

[3] Le revenu médian était, début 2006 en France, de 1.254 euros mensuels, ce chiffre étant compris comme net de cotisations et intégrant les transferts publics, par exemple les allocations familiales.

^


Le billet de paul

Prédestination

par P. VINCENT
31 mai 2007

Sarko vient de découvrir le gène de la pédophilie et celui du suicide, au grand dam des généticiens, en particulier d’Axel Kahn, et des éducateurs.

Il y a peu, il voulait ficher les enfants à risques dès la maternelle. Il faudra désormais surveiller déjà les fœtus. Mais il va entrer en conflit avec ceux de son camp qui ne veulent même pas qu’on touche aux fœtus de mongoliens (cf. Pr Lejeune, beau-père de Monsieur 600 m2 et son Association “Laissez-les-vivre”).

Mon ami le Père Cardonnel voit en lui un théologien de la prédestination, vieille querelle. Un Sarkozy janséniste, une nouvelle facette du personnage.

Trouvé dans Wikipédia cette réflexion moderne d’un sociologue allemand sur la prédestination : « Max Weber cherchera dans la doctrine de la prédestination une des causes du dynamisme économique des États protestants et de la naissance du système capitaliste. En effet, cette doctrine pousse selon lui le croyant à tenter de deviner s’il est un élu. L’abondance de biens matériels et le succès dans les affaires peuvent être considérés comme un signe de cette grâce. De même, elle pousse à accumuler le capital, car si les enfants du croyant héritent d’une grande fortune, c’est qu’ils doivent être élus. Pour Weber, les catholiques, en rejetant la prédestination, se sont condamnés à être moins dynamiques, en valorisant le renoncement au monde ».

Prédestination et capitalisme feraient ainsi bon ménage et Sarko serait donc tout à fait cohérent.

Ségolène n’arrive pas à ce niveau et ses bêtises sont malheureusement plus accessibles au Français moyen.

^


Réflexions

Nicolas, les candidats,… et nous !

par H-C MATTON
31 mai 2007

Notre héros national, notre Nicolas pour l’Environnement, est le chouchou des Français bobos, et des médias par la même occase. Grâce à notre télé, bien aimée pour tout ce qu’elle nous apporte de décervelage journalier, mais aussi, laissons-lui ce mérite, pour le fameux Ushuaia, devenu au fil des années un engagement quasi personnel du dit Nicolas, malgré des moyens de production gourmands en énergie et dispensateurs de pollution à titres divers. Au diable les Verts et tous ceux qui militent dans l’ombre pour la sauvegarde de nos milieux naturels (que nous saccageons en permanence dans la plus totale inconscience), les Français ne croient qu’en Nicolas, pas le jardinier mais la star de TF1. Pas pour des contraintes trop lourdes, non, juste ce qu’il faut pour faire halte au gaspi, mais à condition de conserver nos chères voitures polluantes à l’aune de nos revenus, de continuer à organiser le Paris-Dakar si bénéfique à nos amis Africains, et de continuer à nous enflammer pour la formule 1.

C’est ainsi que, fort de ses 10% d’intention de vote, Nicolas a jeté le premier pavé dans la mare, passablement marécageuse, des candidats à la Présidentielle, en les invitant à signer de toute urgence une charte de la propreté. C’était gonflé. Et d’après ce que j’ai cru comprendre, TF1 lui aurait sucré un mois de salaire (rondelet selon mes sources) pour une telle impudence. Les souteneurs de l’Association Ushuaia n’ont pas trop apprécié non plus, mais qu’importe, le pavé était lancé… Et les quatre présidentiables ont répondu comme un seul homme… à l’ultimatum. Tous adhéraient sans moufeter, et sans en supprimer une virgule, à la fameuse charte qui ne devait être qu’un premier pas, et ne manquerait pas de devenir plus contraignante. Pendant une pleine semaine, on évoqua cette adhésion pour le moins surprenante.

Et puis plus rien. Ulcéré d’avoir été roulé dans la farine, voilà que maintenant notre Nicolas refait surface. Si j’avais l’honneur insigne d’être mis en sa présence, je lui citerais volontiers une expression populaire bien connue dins’chnord :« tu peux toudis siffler pou poule ». Il devait s’en douter plus qu’un peu.

On a les politiciens qu’on mérite, et nous méritons ce qui risque fort de nous arriver à plus ou moins bref délai. Et nous n’avons pas d’excuses. Ou plutôt nous avons les mêmes excuses que les Allemands à propos du génocide : nous ne savions pas… quand dans les familles on disait à un gosse infernal « tu vas passer dans la cheminée » !

Tout le monde connaît la honteuse spéculation immobilière qui interdit dorénavant aux personnes à revenu modeste de se loger décemment. Autour des villes, acheter un terrain minuscule est inabordable. Pourtant, chacun est prêt à se saigner pour acquérir son pavillon individuel alors que c’est un non sens dans tous les domaines : social, économique, écologique. Un habitat collectif bien conçu serait aujourd’hui bien plus adapté que ces zones de résidences individuelles avec des maisons de parpaings et de briques, où les gens finissent par se haïr à cause des chiens, des gosses et des tondeuses de leurs ridicules gazons.

On devrait savoir qu’en France et ailleurs, il y a des architectes qui ont conçu des merveilles d’habitat collectif, où les gens se sentent bien, parce que le collectif va bien plus loin que le simple habitat, intégrant sociabilité et convivialité.

Pour ces raisons, l’habitat est une question fondamentale de nos sociétés. Les “néo ruraux”, qui veulent habiter la campagne, n’arrangent pas les choses. N’est pas campagnard qui veut, surtout celui qui affirme comme mon voisin : ici on peut faire ce qu’on veut ! Ils n’ont pas résolu le problème de désertification des campagnes, loin s’en faut !

Au plan des économies d’énergie, c’est probablement sur l’habitat qu’on pourrait faire des miracles, en construisant avec des matériaux d’isolation naturels. On pourrait faire beaucoup moins cher que les fameuses maisons Borloo à 100.000 euros, en utilisant des ossatures en bois et une isolation en paille, en même temps qu’on formerait des gens à l’écoautoconstruction et à la nécessaire entr’aide. Des gens logés décemment, des chômeurs en moins, voila qui compenserait largement la perte des promoteurs et des proprios exploiteurs. Il faudrait pour çà une volonté politique qui ne peut venir que de nous. En sommes nous capables ?

En début des années 1980, un instituteur s’est fait construire une coque en parpaings pleins, revêtue de couches d’étanchéité et coiffée d’un dôme en terre sur lequel il a planté une végétation parfaitement entretenue et contrôlée.

Près de trente ans plus tard, cette maison fonctionne toujours parfaitement et son hôte monte régulièrement à la belle saison sur son toit végétalisé pour entretenir son jardin et récolter ses légumes. Que ne peut-on faire dans le genre, avec nos connaissances actuelles, en matière d’isolation avec les matériaux non tributaires des énergies non renouvelables !

Les municipalités pratiquent des programmes de construction déments en matière bioclimatique. L’habitat en France est sous la coupe de mafias, d’architectes d’un autre âge. Ces misérables bétonneurs et constructeurs à la Bouygues, empoisonnent les nappes phréatiques comme les habitants de leurs porcheries…

Les citoyens modestes ont été chassés des centre-villes. C’est au tour des habitants des zones côtières de dégager. Adieu la loi littoral ! Et pourtant, l’habitat bioclimatique permettrait de faire appel aux seules énergies renouvelables. Les techniques sont au point, elles sont largement utilisées dans les pays anglo-saxons, les Chinois vont construire une ville bioclimatique à l’occasion des Jeux Olympiques. Et nous, on a Sarko, Ségo… et Nicolas ! Alors qu’une énième réunion des climatologues à Bruxelles confirme ce que nous savons depuis belle lurette, les médias hurlent qu’il faut agir, que le feu est à la planète d’homo sapiens. Mais quels plans à court et moyen terme ?

« Les États et les Nations n’existent pas en tant que tels, il y a seulement les gens. Les Nations ne modifieront pas leurs politiques nationales à moins que les gens ne modifient auparavant leurs politiques individuelles. Tous les gouvernements, même ceux de Hitler, Mussolini, Staline sont représentatifs, projections à grande échelle du comportement individuel d’aujourd’hui, des intentions et des désirs secrets de l’individu » a dit Aldous Huxley.

En plus court : on a les politiciens qu’on mérite !

^


Hors de l’hexagone, en Amérique du Sud

Alors qu’on constate en France l’échec de l’anti-libéralisme aux Présidentielles, d’autres pays osent réagir contre la main mise de la finance sur le monde, le Vénézuela et l’Équateur, par exemple. Ce dernier vient d’expulser le délégué de la Banque mondiale et n’écarte pas la possibilité de poursuivre cette institution en justice pour cause de “dette illégitime”. Yves Pitchen nous envoie l’information tirée du quotidien équatorien El Universo du 28 avril, transmise sur Internet à l’adresse www.cadtm.org du Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers monde :

L’ Équateur expulse le délégué de la Banque mondiale

31 mai 2007

Selon une déclaration du Président de la République, Rafael Correa, faite vendredi 27 avril, en plus de l’expulsion du représentant de la Banque mondiale (Bm), le pays n’écarte pas la possibilité d’adopter d’autres mesures contre cet organisme multilatéral de crédit.

Ce jeudi 26 avril, le Ministère des affaires extérieures a émis un communiqué dans lequel il déclare “persona non grata” le représentant de la Bm, Eduardo Somensatto, qui a eu 72 heures pour quitter le pays.

Correa a affirmé hier que le gouvernement « se réserve le droit d’entreprendre des actions légales contre la Banque », en raison de sa politique à l’égard de l’Équateur. En ce qui concerne la dette du pays à la Bm, il a précisé que le pays remboursera « ce qui est justifié et pas ce que la Bm demande ».

Il a ajouté que le pays pourrait qualifier d’illégitime la dette due à la Banque mondiale.

De plus, le gouvernement est en train de prendre des mesures pour réduire la dépendance à l’égard de la Bm. La dette équatorienne actuelle à l’égard de celle-ci s’élève à 755 millions de dollars. Le Ministre de l’économie, Ricardo Patino, précise que son ministère essaie d’éviter un remboursement de 80 millions de dollars, prévu pour 2007.

Patino met en évidence que le pays a renforcé ses relations avec la Corporacion andina de fomento (Corporation andine de crédit) parce qu’elle n’impose pas de conditions quand elle octroie des prêts.

Le gouvernement a expulsé Somensatto en représailles à la suspension d’un prêt de 100 millions de dollars en 2005, quand Correa était Ministre de l’économie. La cause de cette suspension résidait dans la réforme de la loi de transparence fiscale qui remplaça le fonds pétrolier Feirep par Cereps, ce qui permit de réduire le pourcentage du budget destiné au remboursement de la dette. Patino affirme que la mesure prise par la Bm en 2005 « mit en péril la stabilité des comptes de l’État ».

Correa, de son côté, souligne que la suspension du prêt de la Bm constitue un manque total de respect de la souveraineté du pays.

Le Ministère des affaires extérieures communique qu’il n’y a pas eu de réponse officielle de la Bm à la décision du gouvernement. Des représentants de la Bm à Washington ont téléphoné au Ministère des affaires extérieures afin d’obtenir une réunion avec la Ministre Maria Fernanda Espinosa. Il n’y a pas encore de rendez-vous prévu.

La même source signale que la décision éventuelle de remplacer Somensatto est de la responsabilité de la Bm.

Il y aura une aide extérieure pour la commission de l’audit. Le Ministre de l’économie, Ricardo Patino, a annoncé qu’il invitera des experts internationaux à intégrer la nouvelle Commission d’audit de la dette, grâce à laquelle le gouvernement espère identifier la dette “illégitime” pour concrétiser une renégociation.

Parmi les candidats pour intégrer la commission on trouve le Belge Eric Toussaint, expert des prêts de la Bm, et le Péruvien Oscar Ugarteche, expert en renégociation de la dette. Tous deux ont assisté cette semaine au séminaire “Dette illégitime”, organisé par Jubilé 2000. Cette commission analysera les prêts octroyés par la Bm et les conditions auxquelles ils étaient liés.

^


Hors de l’hexagone, en Afrique

La Gambie bat le record du monde de l’accueil des étrangers

par R. WINTERHALTER
31 mai 2007

Dans le cadre de mes activités de Citoyen du Monde et d’animateur de projet de solidarité transnational, ma route m’a conduit tout dernièrement en Gambie dans un village appelé Boulock qui compte 760 habitants et qui est transfrontalier avec le Casamance (Sénégal).

Nous étions tout un groupe : Brigitte mon épouse et complice, Ousmane, un stagiaire sénégalais de l’Université de Haute Alsace, Landing, Citoyen du Monde de Dakar, Amadou, président des étudiants Citoyens du Monde de Dakar et une amie, Raymonde. Nous avons débarqué dans ce petit village après quelque 13 heures de route cahotante dans un minibus, sous une chaleur allant jusqu’à 45°C.

Dans la plus grande pauvreté, les gens vivent ici dans des cases ou des maisons plus ou moins délabrées, et ils nous ont accueillis à bras ouverts. Semblant déjà nous connaître, ils nous appelaient par nos prénoms.

Parce qu’en fait, nos amis Citoyens du Monde de Dakar, en liaison avec les habitants de ce village, avaient préparé notre venue. Et c’est ainsi que pendant 21 jours, dans une grande cour, à l’ombre de grands arbres, nous avons palabré, échangé, discuté. Il y avait le chef du village, l’imam, la députée, des femmes, des hommes, des enfants, de 100 à 150 personnes en permanence.

Nos débats ont porté sur la citoyenneté mondiale, sur la paix, le désarmement, les relations entre le Nord et le Sud, le développement local, l’accueil de l’autre, l’échange.

Spontanément, officiellement, ils ont déclaré leur village Citoyen du Monde. Pour eux, cette mondialisation était un acte symbolique important, leur engagement à œuvrer pour la paix, la fraternité entre les peuples. La signature de l’acte officialisant cette décision avait quelque chose d’émouvant, de beau.

Ensemble, nous avons compris ce que signifie la solidarité transnationale : une solidarité où l’on apprend à donner mais aussi à recevoir (le don et le contre don), une solidarité qui permet à chacune et à chacun, sans distinction de race, qu’il soit riche ou pauvre, d’être pris en considération en fonction de ce qu’il est et non de ce qu’il a. En fait, disons-nous, « les affaires du monde dans lequel nous vivons sont les affaires de tout le monde c’est à dire de chacune et de chacun d’entre nous ».

Et c’est dans cet esprit que les femmes nous ont présenté leurs activités, leur GIE (groupement d’intérêt économique), qui concerne principalement la production et la récolte de produits agricoles. Avec elles, nous avons réfléchi à des aides évidemment, mais surtout à un autre forum de développement. Basé sur l’échange des biens et des services et non sur la spéculation. La députée présente nous a rappelé que la pauvreté ne cesse de croître en Afrique.

Une Afrique que les Blancs ont divisée. Et la journaliste de la radio-télévision Gambienne nous a demandé de soutenir concrètement les projets des femmes.

Pour couronner le tout nous nous sommes aperçus qu’il n’y avait pas que des habitants de Boulock, il y avait des hommes et des femmes de Kourame, un village de Casamance, que ses habitants avaient fui par peur du harcèlement constant par des chefs de bande, de guerre. Ils étaient 800, très exactement, accueillis par les habitants d’un village… qui en compte 760. Nous ne leur avons pas demandé de nous présenter leur carte de séjour. Ils étaient là, avec le sourire, ce don permanent que nous offrent les Africains, et ils avaient ceci en commun : ils étaient aussi pauvres les uns que les autres.

Le chef du village de Kourame était là, et il s’est associé avec le chef du village de Boulock pour, lui aussi, mondialiser son village. C’était quelque chose d’inouï, de profondément humain, de fraternel, presque incroyable mais vrai. Et figurez-vous que personne, absolument personne, n’a parlé de préférence nationale, d’immigration choisie, de mérite, ni d’hymne national, ni de drapeau Gambien ou Sénégalais. Nous étions là, ensemble, dans cette cour immense et nous nous sommes serré les coudes… au lieu de jouer des coudes !

En ma qualité de président du Congrès des Peuples des Citoyens du Monde, j’ai déclaré qu’ils venaient de battre le record du monde de l’accueil de l’autre, de l’étranger.

En lisant cela, vous trouverez peut-être que c’est étrange, que ce n’est pas normal, qu’ils doivent être dopés. Eh bien, après enquête, figurez-vous que notre délégation a constaté qu’ils avaient effectivement été dopés par une pilule absolument miracle. Elle doit s’appeler la fraternologie. Et du coup, ils étaient également immunisés contre le fléau qui guette l’occident : la Peste Brune.

^


Jean-Claude, un de nos lecteurs, feuilletait récemment un journal destiné aux professionnels de la santé, un organe qu’on ne saurait imaginer trop constestataire. Il y trouva une analyse, présentée sans fard, dont la lucidité est fort éloquente. Et comme elle est d’actualité, il nous l’a envoyée pour la soumettre au jugement de lecteurs qui hésiteraient entre deux systèmes économiques. En voici le texte :

Bouygues : un destin lié au scrutin présidentiel

31 mai 2007

L’issue du second tour des élections présidentielles modifiera considérablement les perspectives du groupe. En bien ou en mal.

S’il est désormais d’usage d’affirmer, non à tort, que la politique et plus particulièrement les issues de scrutins n’ont plus aucun impact sur les indices boursiers, il n’en reste pas moins que quelques valeurs affichent encore une sensibilité aux résultats électoraux.

C’est le cas du groupe Bouygues dont les activités existantes, mais aussi les projets de développement, se retrouvent directement concernés par certaines mesures figurant dans les programmes des deux candidats présents au second tour de l’élection présidentielle.

Dans le BTP, pour commencer, M. Sarkozy comme Mme Royal ont tout deux annoncé vouloir soutenir la construction de logements et le développement des transports publics. Bouygues y trouverait certainement son compte à l’heure où un ralentissement notable de la croissance est attendu dans ce secteur à l’horizon 2008.

En revanche, si plusieurs mesures globales et fiscales (défiscalisation pour les heures supplémentaires, flexibilité des 35 heures) proposées par le représentant de l’UMP sont favorables au groupe, un relèvement du SMIC, tel que pourrait le décider un gouvernement socialiste, le pénaliserait, sa main-d’œuvre étant faiblement rémunérée.

De même, et c’est là que réside le principal enjeu, la volonté de Bouygues de créer un géant de l’énergie en entrant au capital d’Areva et en augmentant sa participation dans Alstom serait mise à mal par l’élection de Mme Royal, opposée à une ouverture du capital du groupe nucléaire. Dans la foulée, la société se verrait en outre contrainte, faute d’opportunités, de conserver son activité Télécoms alors même que l’entrée d’un quatrième opérateur serait encouragée. Enfin, la hausse de l’impôt sur les sociétés prônée par Ségolène Royal, pour les groupes dont le taux de distribution est élevé, est pénalisant pour TF1, filiale de Bouygues.

L’élection de la candidate socialiste bouleverserait la stratégie du groupe. Le titre profiterait en revanche de l’élection de M. Sarkozy. Dans un tel scénario, nous l’achèterions donc autour de 52 Euros dans une optique de moyen terme.

———
Suivaient quelques chiffres sur les variations présumées de la cote du groupe en Bourse…

^

e-mail