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   Mensuel de réflexion socio-économique vers l’Économie Distributive
 
 
 
 
 
AED La Grande Relève Articles > N° 5 - 16 au 31 décembre 1935

 

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N° 5 - 16 au 31 décembre 1935

Les destructions de matériel   (Afficher article seul)

Discours de M. Guntz   (Afficher article seul)

Proposition d’économies au Ministère des P.T.T.   (Afficher article seul)

La Thésaurisation   (Afficher article seul)

Droit au travail ! Droit à la vie !   (Afficher article seul)

Les Nouvelles Nourritures   (Afficher article seul)

Destruction de richesses   (Afficher article seul)

Le problème agricole   (Afficher article seul)

La spiritualité dans la civilisation de l’abondance   (Afficher article seul)

À travers la presse   (Afficher article seul)

Guerre et progrès techniques   (Afficher article seul)

Cauchemar !   (Afficher article seul)

Le grignotage de l’abondance   (Afficher article seul)

Les Chambres de Commerce   (Afficher article seul)

Machines qui pensent   (Afficher article seul)

Notre travail   (Afficher article seul)

Nouvelles Énergies féminines   (Afficher article seul)

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Les destructions de matériel

par J. DUBOIN
16 décembre 1935

Après la destruction des métiers à tisser dans le Nord, on sait que les soyeux lyonnais se proposent d’en faire autant dans leurs usines. Bien entendu avec la complicité du gouvernement, car M. Georges Bonnet est représenté dans les réunions où se prépare ce beau coup. On connaît le mécanisme de l’opération : les industriels vont augmenter d’une taxe spéciale leurs matières premières. Cette taxe servira à gager un grand emprunt avec lequel on achètera de l’outillage que l’on détruira ensuite pour faire reprendre les affaires. Nous sommes à peu près les seuls dans la presse à dénoncer cet acte de folie qui augmentera la misère, et qui ne donnera même pas aux industriels rescapés les profits qu’ils espèrent.

Il faut donc que nos amis fassent tout le bruit possible dans tous les milieux pour que de pareils actes de stupidité collective ne s’accomplissent pas. D’une part, les journaux dits de gauche se taisent (sauf l’Œuvre) ; d’autre part, les journaux de droite présentent l’opération avec un cynisme qui révolte.

Voici un passage que je découpe dans une longue étude qui paraît dans la presse lyonnaise :

« Des gens s’opposeraient, dit-on, à la destruction du matériel ! Alors que l’excès de la production est la source du mal. Sans doute les entreprises qui ne trouvent plus l’équilibre de leurs affaires disparaissent, mais le matériel reste ; qu’il passe en de nouvelles mains à vil prix ou qu’il passe à l’étranger, il continue à perpétuer le déséquilibre entre la production et la consommation. Cela est si vrai que la soie, matière première, vient de doubler de prix en un an (l’auteur de l’article du 20 novembre en tire argument) et le produit manufacturé continue à se vendre sensiblement le même prix ! Ainsi se produit l’anémie mortelle des producteurs et l’avilissement des salaires. Le matériel acquis ou à acquérir par l’étranger est celui qui appartient aux entreprises qui succombent et non le matériel arriéré ou défectueux. Le matériel qui reste en sommeil intervient à nouveau en surabondance au moindre signe d’illusoire activité et le déséquilibre recommence. Il faut donc un organisme assez puissant pour acquérir le matériel et le mettre hors d’état de produire.

« Les experiences faites en ce sens par d’autres industries, en particulier par la teinture, suffisent à en démontrer les avantages. »

Le nom du journal qui ose tenir pareil langage ? Tenez-vous bien, chers amis, son nom est tout un poème LE SALUT PUBLIC !

Oui, c’est au nom du Salut Public (sic) que l’on va détruire les richesses de la France. Après les récoltes, l’outillage ....

Je vous dis et répète que ces gens-là sont des êtres dangereux

Ou des inconscients. A leur choix.

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Discours de M. Guntz

Professeur à la Faculté des Sciences d’Alger au cours de la Séance solennelle de rentrée de l’Université
par . GUNTZ
16 décembre 1935

Nous sommes heureux de publier des extraits qui nous sont communiqués par L’Echo d’Alger, de ce remarquable discours :

« Les jours que nous vivons - bon gré, mal gré sont-ils ceux d’une triste époque ? Le bon vieux temps est-il infiniment regrettable ? »

« La question n’est pas nouvelle. Il y a plus de cent ans, le physicien Oersted, à qui l’électricité doit beaucoup de progrès, dut rompre des lances en faveur de son époque, déjà vivement critiquée par les amoureux d’un passé plus lointain.

 » Que notre époque soit l’âge de la Science, il est difficile de le nier. Mais la science totalitaire qui nous absorbe pieds et poings liés doit-elle porter le poids de nos malheurs ? »

La science ne peut être tenue responsable de la destinée donnée à ses oeuvres, affirme l’orateur.

« La guerre n’est point notre fait, et, avec notre maître Jean Perrin, constatons que « tout moyen d’action nouveau peut servir indifféremment an mal ou au bien comme un esclave aveuglément fidèle à la volonté de son maître ; les haches préhistoriques ne servirent pas uniquement à façonner des huttes et, plus tard, le premier qui forgea une charrue se trouva du même coup en mesure de forger une épée.

 » Autre reproche - plus récent et plus imprévu - la science appliquée crée la grande misère des temps actuels - la surproduction, le chômage ! S’il en est bien ainsi, l’avenir n’est pas rose !

 » En effet, les progrès de l’espèce humaine, d’abord échelonnés au long de quelques centaines de siècles, mais qui se facilitent l’un par l’autre, sont allés se précipitant.

 » Comme la boule de neige qui, dévalant la pente, s’accroît sans cesse et finit en avalanche, la science, lancée sur la voie des progrès, va-t-elle tout emporter sur son passage et nous ensevelir sous ses bienfaits ?

 » Allons-nous, spectateurs impuissants, assister au déchaînement de l’ouragan que nous avons fait naître ?

 » Grave question ! Les peuples anxieux peuvent interroger les augures. »

Science et surproduction

... « La science crée-t-elle la surproduction.

« Surproduction ! que de crimes on commet en ton nom !

 » M. Jacques Duboin a bien timidement fait observer que, s’il y a trop de blé, on pourrait peut-être en donner aux indigents ; on enlèverait ainsi aux charançons le triste privilège de consommateurs à titre gratuit qu’ils ont et la faveur et la honte de détenir - dans notre économie bouleversée !

 » Il n’y a donc pas, sauf quelques exceptions, de surproductions essentielles - je ne vois partout qu’excès de production vis-àvis des possibilités de payement - mais non vis-à-vis des appétits !

 » Et, dans ce déséquilibre, quelle est la responsabilité de la science ? Elle est très simple.

 » Hantée par le spectre de la famine qui la torture depuis des millénaires, l’humanité a consacré tous ses efforts à produire.

 » La science appliquée n’a reçu qu’une consigne : produire - et cette consigne, ce devoir elle s’y est attachée.

 » Peut-on lui reprocher si, emportée par son élan - solitaire - elle a parfois, rarement, dépassé le but ?

 » Dans cette recherche exclusive de la production, le problème de la répartition a été négligé.

 » Mais maintenant il se pose avec acuité.

 » Des esprits distingués se sont déjà penchés sur ce problème, mais sa solution définitive attend les milliers de chercheurs qui, animés de la foi en la recherche scientifique, et utilisant la méthode expérimentale, sauront se dégager des discussions scolastiques.

 » Il en a été de même pour le problème de la production.

 » Depuis l’antiquité, il n’a pas manque de savants éminents qui y ont consacré leurs veilles, mais c’est seulement depuis un siècle que nous voyons se résoudre et tomber comme châteaux de cartes tous les obstacles accumulés dans la voie de la production.

 » Si des esprits géniaux peuvent aider, accélérer puissamment ce travail de déblaiement, le travail assidu, obscur et inlassable de milliers de chercheurs, véritables fourmis de la science, reste capital ; surtout en science appliquée.

 » Pour emprunter un exemple à la chimie, l’industrie des matières colorantes artificielles a demandé le labeur opiniâtre de centaines de chimistes pendant des dizaines d’années, sous la conduite de quelques maîtres éclairés.

 » De gigantesques usines se sont édifiées pour produire ces colorants.

 » Ce travail de synthèse, persévérant, poursuivi encore actuellement, ne se proposait point un but essentiel à la vie. La nature nous fournissait déjà des couleurs. Elle pouvait, et elle a pu longtemps, contenter les usagers.

 » Malgré cela, une colossale mise en oeuvre a été faite pour satisfaire, mieux encore, notre plaisir des yeux.

 » Mais alors de quelles immenses recherches ne devrait pas être actuellement l’objet le problème, urgent, de la répartition des biens excédentaires que la science met à notre disposition ?

 » Si j’en juge par le précédent exemple de la production, il vaut mieux ne pas trop compter sur le génie qui, d’un seul coup de baguette, fera faire à l’humanité le progrès technique espéré.

 » Ce n’est pas impossible, mais l’attendre, c’est spéculer sur le hasard, il est plus conforme à l’esprit scientifique de compter sur la loi des grands nombres et d’espérer d’un labeur assidu et mille fois répété, le miracle attendu.

 » Des efforts, déjà nombreux se manifestent un peu partout : Instituts de sociologie, Bureau international ’du Travail et même innombrables commissions de la vie chère, qui traduisent l’inquiétude de l’opinion publique et son désir profond, mais maladroitement réalisé, d’entrer dans l’économie dirigée.

 » Quand l’éducation scientifique aura produit tous ses effets, la politique elle-même en sera transformée comme l’industrie l’a déjà été si profondément.

 » L’une comme l’autre deviendra, suivant un mot célèbre, expérimentale.

 » Je suis certain que dans l’organisation scientifique de l’âge nouveau, tâche qui s’offre à toutes les ’bonnes volontés, l’Université saura prendre la place qui lui revient.

Le chômage naît-il des progrès de la science ?

 » La science subit encore un autre reproche : le chômage, misère pire encore que la surproduction sévit. En est-elle responsable ?

 » Si j’étais Normand, je repondrais oui et non.

 » Oui : parce que la science appliquée remplace la main-d’œuvre par la machine.

 » Non : parce que ce n’est pas elle qui, de l’homme libéré, fait un miséreux.

 » La science a eu pour premier but la diminution de l’effort de l’homme.

 » Toutes les améliorations culturales, toutes les améliorations mécaniques libèrent de la main-d’œuvre, et la science appliquée n’a pas à s’en excuser, au contraire, elle doit être légitimement fière de l’affranchissement de l’homme qui résulte de ses efforts.

 » Constatons seulement que ce n’est pas d’aujourd’hui que ces transformations libératrices se sont heurtées à la résistance des intéressés.

Mathieu de Dombasle invente une charrue qui est mal accueillie. Les tisserands lyonnais se dressent violemment devant le métier Jacquart, mais les cent tisserands de l’époque sont devenus mille grace à ce métier et à ceux plus perfectionnés qui l’ont suivi.

 » Les bateliers de la Saône protestent contre le projet de chemin de fer Paris-Lyon et ils obtiennent que la ligne ne soit que partiellement construite. Il est heureux que leurs influences politiques n’aient pas été de longue durée !

 » Malgré des incidents de ce genre, symptômes d’un état d’esprit difficile à déraciner, le problème du chômage n’avait pas pris l’acuité actuelle et les transformations nécessaires s’étaient, tant bien que, mal, effectuées sous le signe de la liberté.

 » Il est facile d’en saisir les raisons.

 » Les besoins à satisfaire étaient immenses. L’homme, au fur et à mesure que la machine le libérait d’anciennes servitudes, retrouvait un emploi souvent dans la même industrie à qui l’abaissement du prix de revient ouvrait de nouveaux débouchés.

 » Les ouvriers horlogers sont aujourd’hui beaucoup plus nombreux qu’il y a cent ans.

 » A cette époque, une montre coûtait le prix actuel d’une automobile, c’était un objet de luxe, réservé aux privilégiés de la fortune - et transmise comme un bien précieux de père en fils.

 » Aujourd’hui, tout le monde a une montre - et même plusieurs.

 » D’autre part, la science créait de toutes pièces de nouveaux désirs s’ajoutant aux anciens. C’est le cinéma, grosse industrie qui fait vivre des milliers de personnes  ; c’est la T.S.F. C’est l’automobile, c’est la presse, etc.

 » Grâce à la conjugaison de ces effets, il s’était établi spontanément nu certain synchronisme entre es demandes et les offres d’emploi - mais cet accord n’est pas obligatoire, et si les demandes d’emploi devant des désirs à satisfaire ne suivent pas la cadence accélérée avec laquelle la machine tend de plus en plus à renvoyer la main-d’œuvre, il se produit une déchirure par où apparut le spectre grimaçant du chômage.

 » Alors, il n’y a plus qu’un remède : la diminution du temps de travail alimentaire.

 » Il est possible que la fin de la crise économique permette de résorber le chômage actuel, mais nous devons toujours craindre, que dis-je, plutôt espérer que la science appliquée mette toujours à la disposition de l’homme des machines plus automatiques, une puissance motrice accrue et plus aisément produite.

L’homme prêt à recevoir la machine

 » S’il m’était permis, pour terminer, de me livrer à quelques anticipations, il n’est pas insensé de prévoir qu’un jour nous pourrons extraire directement de la matière l’énorme énergie qui y est condensée et dont certaines manifestations nous sont déjà perceptibles.

 » Aujourd’hui, une tonne de houille extraite par un ouvrier mineur dans sa journée nous procure l’énergie mécanique que deux mille manœuvres nus fourniraient dans un effort renouvelé des galères.

 » L’humanité tout entière, attelée à la roue, ne nous donnerait pas l’énergie qu’un million de mineurs vont extraire des profondeurs du sol au prix d’un labeur encore pénible.

 » Un gramme de radium recèle, dans le mystère de ses atomes, l’énergie d’une tonne de houille.

 » Le jour où nous saurons capter l’énergie atomique, des millions de bras deviendront encore disponibles. Ce ne sera pas demain, mais, nous devons le prévoir ! Devons-nous le regretter ? Non !

 » Suivant des paroles prophétiques de Jean Perrin, « Nous sommes avertis et nous devons agir. C’est là la grande tâche des sociologues et des hommes politiques que de se consacrer à ces grands problèmes et d’éviter les tâtonnements dramatiques des réarrangements non dirigés. »

 » Certains bons esprits pourront craindre que, devant la diminution du travail alimentaire, la vertu du labeur s’amenuise ; mais le travail n’est moralisateur que dans la mesure où le loisir ne l’est pas !

 » Un grand devoir, une grande oeuvre attend de l’âge qui vient ses bons ouvriers : c’est l’organisation des loisirs de l’homme.

Sports, jeux, arts d’agrément, tourisme peuvent utilement s’associer à la lecture, à la culture dont je viens de déplorer l’organisation rudimentaire !

 » Beaucoup est à faire - c’est l’espoir de demain : l’homme prêt à recevoir la machine !

 » Ad angusta per angusta. - La tâche est lourde - mais l’enjeu en vaut la peine !

 » De telles réorganisations sont possibles dans une certaine atmosphère morale.

 » Une morale de plus en plus délicate s’impose aux sociétés de plus en plus libérées.

 » La science ne peut s’isoler et rester indifférente aux émotions qu’elle provoque.

 » Le métabolisme du monde lui appartient !

 » Tout en gardant la sérénité que la philosophie lui commande, elle se doit d’intervenir dans la conduite humaine !

 » Négligeant ce devoir, elle encourrait une responsabilité - la seule dont elle puisse être chargée, la seule dont elle rendra compte à l’humanité. »

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Proposition d’économies au Ministère des P.T.T.

par Jean D.
16 décembre 1935

Mercredi 27 novembre, à 20 h 15, une conference intitulée : « L’Europe sans misère », a été radiodiffusée au poste d’Etat de P.T.T.

Il s’agissait - ceci explique beaucoup de choses ! - d’une retransmission de Vienne (Autriche). L’orateur, le comte Coutenhove-Kalergi, président du Mouvement paneuropéen, a montré la production splendide qui semble accabler les hommes dans tous les domaines de l’activité humaine. Le comte Kalergi n’accepte pas de justifier la situation économique actuelle en rendant les producteurs responsables d’une surproduction généralisée. Il refuse même d’admettre l’hypothèse d’une surproduction devant les famines menaçantes ou réelles, devant la masse des besoins insatisfaits qui forment le lot de trop d’Européens en chômage.

Pis encore, il glorifie l’abondance et stigmatise une atroce sous-consommation .

...Le machinisme moderne est capable d’offrir quatre ou cinq complets par an à chacun de nous, autant de paires de chaussures. Chaque foyer devrait avoir sa maison avec te confort permis au vingtième siècle, dont notamment les postes récepteurs de radio et de télévision.

Le peu de travail qui reste aux hommes doit être partage. Il n’y a plus alors de chômage à résorber, mais des loisirs à organiser...

Nous rendons compte respectueusement à M. le ministre des Postes et Télégraphes, que nous sommes à son entière disposition pour radiodiffuser, chaque soir, le thème ci-dessus développé par M. Coutenhove Kalergi. M. le Ministre évitera ainsi les frais de retransmission. Jacques Duboin ne réclamera pas de droits d’auteur et, bien entendu, le conférencier sera fourni gratuitement.

Nous ajouterons aux commentaires de notre collaborateur que le comte Coudenohve-Kalerji est un ami personnel de notre directeur, et que celui-ci est heureux de le féliciter et pour sa conférence, et pour avoir obtenu de M. Mandel qu’il diffuse des idées que la radio officielle ignore quand des Français les expriment.

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La Thésaurisation

16 décembre 1935

Tenez-vous bien. Il ne s’agit plus de 30 ni même de 40 milliards thésaurisés. D’après Vincent Auriol, le chiffre serait de 150 milliards ! On est du Midi ou on n’en est pas.

Vincent Auriol expliquera-t-il comment on peut thésauriser 150 milliards, alors que la circulation totale des billets émis n’atteint que 80 milliards ?

Bien entendu, Vincent Auriol déplore cette abstention de 150 milliards. Ils hésitent, en effet, à produire du blé qu’on dénature, ou des métiers à tisser que l’on détruit. Cet orateur socialiste raisonne comme Lucien Romier, Gignoux, ou le père Jèze. C’est beau d’être député socialiste et ne pas savoir encore ce que le socialisme signifie.

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Droit au travail ! Droit à la vie !

par L. DESLINIÈRES
16 octobre 1935

« Les secours publics sont une dette sacrée. La société doit la subsistance aux citoyens malheureux, soit en leur procurant du travail, soit en assurant des moyens d’existence à ceux qui sont hors d’état de travailler. »

Qui a formulé, en ces termes impératifs, le devoir primordial du corps social envers ses membres ?

Une autorité que nul homme de gauche ne récusera la Convention Nationale, dans la Constitution de 93.

« Ouverture première des âges meilleurs, s’écriait Michelet ! Aurore du nouveau monde ! »

Hélas ! un siècle et demi après cette aurore, nous attendons encore le lever du soleil.

Les ténèbres de la contre-révolution continuent nous envelopper.

L’aristocratie a fait place à la ploutocratie. Le joug de fer est devenu un joug d’argent. En est-il moins lourd ?

- Oui, prétendent certains optimistes. La vie est meilleure aujourd’hui qu’il y a cent cinquante ans. Le progrès est indéniable.

C’est exact pour les possédants et même pour les ouvriers quand ils se portent bien et qu’ils ont du travail. Mais les chômeurs, mais les incapables de travail : malades, blessés, vieillards, veuves, orphelins, tous les faibles, en un mot, soutiendra-t-on qu’ils sont plus heureux ?

Sans doute une partie d’entre eux sont secourus - maigres secours. - Pour la grande majorité, c’est la misère.

Nos institutions ont suivi la science d’un pas boiteux dans ses efforts incessants pour l’amélioration des conditions de l’existence humaine. Elles ont laissé stériles ses plus belles conquêtes.

Au sein de notre prétendue civilisation, personne ne jouit du plus précieux des biens la sécurité.

La sécurité qui devrait être complète, absolue, et garantir à tout être humain, de sa naissance à sa mort, la satisfaction de ses besoins.

Cette sécurité-là ne sera qu’un vain mot aussi longtemps que la société reposera sur le funeste individualisme économique, avec sa formule inexorable : chacun pour soi. Elle ne fleurira que dans un régime nouveau ayant pour base le principe de la solidarité.

Certes, aux temps révolus où régnait la disette, la solidarité eût été impuissante. Mais aujourd’hui que nous avons atteint l’ère de l’abondance, elle est le remède souverain à tous les maux de l’humanité.

Car elle doit être la loi suprême entre les hommes et entre les peuples. Et, dès lors, elle fera disparaître pour toujours la misère, la guerre et tous les fléaux sociaux qui en découlent.

Mais, pas d’illusions La transformation sociale qu’exigera l’avènement de la solidarité sera une opération délicate, au cours de laquelle un faux coup de barre pourrait nous jeter sur les écueils. Pourtant il faudrait bien en courir les risques dans le cas où l’effondrement subit et prochain du régime capitaliste nous mettrait dans la nécessité de le liquider et de le remplacer dans les quarante-huit heures. Mais le cours des événements échappe à nos prévisions. Il se peut aussi que son agonie se prolonge et nous laisse le temps d’édifier l’organisation nouvelle.

C’est dans cette hypothèse que j’ai essayé d’ouvrir une voie aussi courte et aussi sûre que possible vers un avenir meilleur. Cette voie présentera, si elle peut être’ suivie, des avantages évident

D’abord celui de nous mener au but sans trouble ni violence, dans l’ordre et la légalité.

Puis celui d’apporter un remède immédiat à. cette plaie vive du chômage, qui ronge le monde moderne, et consécutivement d’abolir toute la misère.

Enfin celui de faire évoluer très rapidement, quoique pacifiquement, notre société individualiste vers le régime de solidarité effective qui sera notre port de salut.

Je présenterai prochainement aux lecteurs de la Grande Relève un résumé de mon projet, et je terminerai aujourd’hui en démontrant l’insuffisance des moyens actuellement employés pour combattre le chômage.

Elle résulte en premier lieu du fait que le nombre des chômeurs secourus ne cesse d’augmenter. Il est probable, d’ailleurs, qu’il serait beaucoup plus considérable encore si aucune mesure n’avait été prise.

Je veux donc invoquer d’autres arguments et ne m’arrêterai même pas au lait, dc notoriété publique, que les chiffres des statistiques officielles sont tout à fait inférieurs à l’effectif réel des sans-travail.

L’assistance aux chômeurs s’est d’abord pratiquée par le versement d’allocations eu espèces. On a jugé ensuite qu’il valait mieux, dans la mesure du possible, les occuper à des travaux publics rétribués ; et on aurait eu raison si les travaux envisagés présentaient un réel caractère d’utilité et étaient vraiment rentables, Or, la vérité, et que la plupart sont, utiles, mais que leur rentabilité est souvent illusoire, de sorte que la plus grande partie de la charge retombe sur l’Etat et les collectivités locales.

Et, dans notre situation financière, cette charge est d’autant plus effroyable qu’elle s’ajoute à la masse, beaucoup plus forte, des secours en argent. Elle écrase le budgets anémiés et, de toute evidence, la fin des ressources arrivera avant la fin de la crise.

Que fera-t-on, alors ? À quel degré de dénûment les malheureux chômeurs et leurs familles descendront-ils ?

Il aurait donc fallu s’y prendre tout autrement ; au lieu de jeter nos disponibilités dans le gouffre sans fond des sacrifices indéfiniment renouvelés, on aurait dû les consacrer à établir les chômeurs dans de conditions telles que les fruits de leur travail pussent assurer leur subsistance dans le présent et dans l’avenir.

Ces conditions sont-elles réalisables ?

Oui, et je l’établirai dans de prochains articles.

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Les Nouvelles Nourritures

16 décembre 1935

...Que l’homme, jusqu’aujourd’hui, n’ait pu s’élever au bien-être, celui même qui permet le bonheur, qu’aux dépens des autres, qu’en s’installant sur eux, voilà ce que nous ne devons plus admettre. Je n’admets pas davantage que le grand nombre doive renoncer sur cette terre à ce bonheur qui naît naturellement de l’harmonie.

Mais ce que les hommes ont fait de la terre promise - de la terre accordée... - Il y a de quoi faire rougir les dieux. L’enfant qui brise un jouet n’est pas plus bête, ni l’animal qui saccage le pâtis où il doit trouver nourriture, trouble la source où il va boire, ou l’oiseau qui souille son nid.

***

...Je songe à ce que vous pourriez être, loisirs ! Ô jeux spirituels dans la bénédiction de la joie ! Et le travail, le travail même, racheté, réchappé d’une malédiction impie...

***

...Redressez-vous donc, fronts courbés Regards inclinés vers les tombes, relevez-vous ! Levez-vous non vers le ciel creux, mais vers l’horizon de la terre. Vers où se porteront tes pas, camarade, régénéré, vaillant, prêt à quitter ces lieux tout’ empuantis par les morts, laisse t’emporter en avant ton espoir. Ne permets pas qu’aucun amour du passé te retienne. Vers l’avenir élance-toi. La poésie, cesse de la transférer dans le rêve sache la voir dans la réalité. Et si elle n’y est pas encore, mets-l’y.

Les soifs non étanchées, les appétits insatisfaits, les frissons, les attentes vaines, les fatigues, les insomnies... que tout cela te soit épargné.

Ah ! combien je le voudrais, camarade ! incliner vers tes mains, tes lèvres, les branches de tous les arbres à fruits. Faire crouler les murs, abattre devant toi les barrières sur lesquelles l’accaparement jaloux vient écrire « Défense d’entrer. Propriété privée. »

Obtenir enfin que te revienne l’intégrale récompense de ton labeur. Relever ton front et permettre enfin que ton cœur s’emplisse non plus de haine et d’envie, mais d’amour. Oui, permettre enfin que t’atteignent toutes les caresses de l’air, les rayons du soleil et toutes les invitations au bonheur.

***

Camarade, n’accepte pas la vie telle que te la proposent les hommes. Ne cesse point de te persuader qu’elle pourrait être plus belle, la vie ; La tienne et celle des autres hommes ; non point une autre, future, qui nous consolerait de celle-ci et qui nous aiderait à accepter sa misère. N’accepte pas. Du jour où tu commenceras à comprendre que le responsable de presque tous les maux de la vie, ce n’est pas Dieu, ce sont les hommes, tu ne prendras plus ton parti de ces maux.

Ne sacrifie pas aux idoles.

André GIDE.

(Les Nouvelles Nourritures.)

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Destruction de richesses

16 décembre 1935

Enfoncés les filets de pêche aux mailles élargies

On sait qu’on pêche trop de poisson. Demandez-le aux milliers de gosses sous-alimentés que compte notre pays.

M. William Bertrand est ce ministre de la Marine marchande qui a fait voler une loi qui oblige à espacer les mailles de filets de pêche afin que le poisson puisse s’évader en temps utile.

Mais on en pêchait encore trop. Pour rendre le poisson rare, voilà que M.  William Bertrand vient d’instituer un Comité qui a qualité peur proposer toutes meures telles que l’interdiction de sortie de tous les bateaux de pêche pendant une durée de un à deux jours par semaine, ou pour un période ininterrompue de plus longue durée.

Vous ne le croyez pas ?

Alors lisez l’article 2 du décret paru à l’Officiel du 21 novembre.

En même temps, M. Cathala autorise la dénaturation d’un nouveau stock de blé  : 1.2OO.OOO quintaux !

Ces gens sont fous !

***

L’arrachage de la vigne

Depuis le décret beylical du 12 juillet 1934 concernant l’arrachage de la vigne en Tunisie, les viticulteurs tunisiens ont arraché 5.600 hectares de plants qui représentent sensiblement 10 % du vignoble de la Régence.

En application des dispositions du décret français du 30 juillet 1935 relatives à l’arrachage obligatoire des vignes, le Gouvernement de la Régence a pris un nouveau décret, en date du 6 novembre 1935, qui a été publié au Journal Officiel Tunisien du novembre.

Ce texte prévoit l’arrachage, d’ici au 15 juillet 1936, et avec interdicition de remplacement d’une nouvelle partie du vignoble représentant au minimum 5 % de la superficie plantée en vignes, à la date du 24 juillet 1934 et correspondant en rendement moyen à 5 % de sa production, de manière à porter le total des arrachages réalisés depuis le décret du 12 juillet 1934 à 15 % de la dite superficie. Si cette mesure est nécessaire, l’arrachage sera rendu obligatoire à partir du 1er janvier 1936.

(La Semaine Coloniale, 28-1 1-35.)

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Le problème agricole

par A. BERNARD
16 décembre 1935

La question agricole en France continue à préoccuper les milieux officiels. L’agitation agraire s’est traduite par un manifeste qu’aucun journal n’a publié « in extenso ». Et pour cause !

Nous allons, pour nos lecteurs, donner le paragraphe qui, par les soins de l’Agence Havas, fut supprimé dans toute la presse :

« Que le Gouvernement est encore impuissant à se dégager de l’Etatisme socialisant ruineux, et de l’emprise des grands féodaux de l’Industrie et de la Finance, notamment : de Peyerimhoff (Houillères), Mercier (Electricité), de Wendel, Schneider et Lambert-Ribot (Forges), Max Hermant et Gimpré (Assurances), Cuvelette, Gounod et Marlio (Industrie Chimique et Engrais), Vautheret et autres, des Industries exportatrices, etc... dont la puissance s’oppose à une politique de revalorisation suffisante des produits. agricoles, et ne permet pas d’octroyer à l’organisation professionnelle agricole les pouvoirs d’ordre public qu’eux-mêmes ont trop souvent usurpés. »

Tout ligueur doit crier bravo. Mais voyons les dessous de cette manifestation, destinée à satisfaire les masses qui écoutaient les orateurs du Front Paysan. Il ne fallait toutefois pas que les responsables, les profiteurs de la République. soient dénoncés hors de l’enceinte de la réunion, de cette réunion qu’ils présidaient par personnes interposées, d’où le silence de la grande Presse.

Avant d’étudier le problème agricole dans son ensemble, voyons un peu qui préside aux destinées du Front Paysan :

MM. Dorgères, Pointier, Pierre Hallé et Rémy Goussault, dirigeants de l’Association des Producteurs de Blé.

M. Dorgères est le porte-parole du duc d’Harcourt et du comte de Guébriant.

M. Pointier est mis en avant, mais c’est M. Pierre Hallé, secrétaire général, qui tire les ficelles. Or, M. Pierre Hallé est la création d’un homme dont le nom est tout un programme M. Tardieu.

Quant à M. Rémy Goussault, qui joint à ses fonctions celles de Secrétaire Général de l’Association des Producteurs de Fruits à cidre, il est le porte-parole de son Président : M. Lazard, fils du Fondateur de la Banque du même nom, Banque qui contrôle directe ment ou indirectement les Grands Moulins de Paris, de Strasbourg, de Corbeil, etc...

Dans le Conseil d’administration des Grands Moulins de Paris on a la bonne surprise de trouver encore un porte-parole de l’agriculture (appointé par les Grands Moulins) M. Montmireil, député.

Enfin, ces braves paysan sus-nommés sont réunis dans la Confédération Nationale des Associations Agricoles, avec la Société des Agriculteurs de France. La liste des membres du Conseil d’Administration, des Présidents et Vice-présidents de Section est tout un poème.

Ligueurs, mes frères, écoutez les noms et qualités de quelques- uns de ces laboureurs aux mains calleuses, présidant à la direction de cet important organisme qui parle au nom de l’Agriculture fran- çaise :

Marquis de VOGUÉ : Administrateur de la Banque des Règlements Internationaux ; REGENT DE LA BANQUE DE FRANCE ; PRESIDENT de la COMPAGNIE UNIVERSELLE DU CANAL DE SUEZ ; administrateur des Chemins de fer du P.-L.-M., et de quatre autres sociétés.

Marquis de NICOLAY : Le plus gros propriétaire terrien de France.

Baron BRINCARD : PRESIDENT DU CREDIT LYONNAIS ; administrateur de la Banque des Règlements Internationaux ; administrateur du Chemin de fer P.-L.-M. ; président des Forges de ChâtiIlon-Commentry et Neuves-Maisons ; vice-président de l’Omnium Financier pour l’Industrie Nationale ; administrateur de la Banque de l’Indochine ; administrateur du Crédit Foncier Egyptien ; administrateur de la Banque de l’Algérie ; administrateur de la Lyonnaise des Eaux et de l’Eclairage ; administrateur de la société Foncière Lyonnaise.

M. Louis BACLÉ : Administrateur des Etablissements Bajac.

Baron de RAVIGNAN.

Comte BECCI.

Comte Etienne de FELCOURT.

M. PLICHON : Président de la compagnie de Béthune ; président des mines de Houille de Blanry ; président des mines de Kali-Sainte-Thérèse vice-président de la Banque Scalbert ; administrateur du crédit industriel et commercial ; vice-président de la Société Electrique de Nord-Ouest administrateur des Hauts Fourneaux, Forges et Aciéries de Denain et Anzin président de la société Industrie et Force ; administrateur de la Société Houillère de Sarre-et-Moselle ; président des Forces motrices du centre ; vice-président des Charbonnages de Limbourg-Meuse ; administrateur des Forces Motrices de la Truyère.

M. Joachim de GARIDEL.

Docteur Gustave MOUSSU

Comte René de BEAUMONT.

M. Henri RATOUIS DE LIMAY.

Marquis de MARCILLAC : Administrateur de la Patrimoine-vie ; administrateur de la Patrimoine-Acci- dents.

Ch. Fr. de MAUNY.

M. Ambroise RENDU : Administrateur des magasins Généraux de Toulouse.

Comte Pierre de GILLIAMSON.

Comte René des MONSTIERS-MERINVILLE.

M. Pierre de MONICAULT.

Vicomte Roger de SOULTRAIT.

M. Félix GARCIN : Administrateur des Étains de Nayas-Tudjuh ; administrateur de la Librairie Catholique Emmanuel Vitte ; président du « Nouvelliste de Lyon ».

Comte de GUEBRIANT.

M. André LE MARIE.

M. Lucien PETIT : Président de la Bertagne ; administrateur des Phosphates de Constantine ; administrateur des Mines et Usines de Salsigue administrateur des Forces motrices de la Truyère.

Comte Eli de DAMPIERRE.

Baron R. CHAUDRUC de CRAZANNES.

Comte d’ANDLAU : Administrateur de l’Automoto.

General Marquis de LAGUICHE.

M. LANGLOIS-MEURINNE : Administrateur de la Société des Carrières de l’Ouest ; administrateur des Forces Hydro-Electriques de Comminges ; administrateur de la Société du Louvre ; président des Etablissements de la Risle ; administrateur de la Société des Produits Azotés ; président des Anciens Etablissements Albaret ; administrateur des Appareils mécaniques S.A.T.A.M. ; administrateur de la Compagnie Générale des Eaux ; administrateur de la Compagnie Générale des Eaux pour l’Etranger ; vice-président de la Société Industrielle de Produits Chimiques Bozel-Malétra ; président des Etablissements Viennot.

Comte de KERANFLECH-KERNEZNE.

M. de GAILHARD-BANCEL.

M. Paul SALMON-LEGAGNEUR.

Comte François de VOGUÉ : Administrateur de la Compagnie du Port, des Quais et Entrepôts de Beyrouth.

M. André VILLARD : de la Compagnie Minière Lyonnaise.

Marquis de CHARNACÉ : Administrateur de Cuivre et Pyrites.

Colonel GUILLET.

Comte Edouard de WARREN.

Comte DELAMARRE DE MOICHAUX.

Comte O . de LA ROOHEFOUCAULD.

M. André SILHOL : des Chemins de fer P.-L.-M. ; président des Docks et Entrepôts de Marseille ; administrateur de la Société Ardéchoise pour la fabrication de la soie viscose ; vice-président do la Caisse Foncière de Crédit ; vice-président de la Compagnie Générale Française et Continentale d’Eclairage administrateur de l’Abeille Incendie ; administrateur de l’Abeille tous risques ; administrateur de l’Abeille vie ; administrateur de l’Abeille Accidents ; administrateur de la Société des Chemins de fer Economiques ; Président des Chemins de Fer sur routes d’Algérie ; président des Compagnies Réunies de Gaz et Electricité ; administrateur de la Compagnie Houillère de Bessèges administrateur de la Compagnie Hydro-Electrique d’Auvergne.

M. Henry LAPIERRE : des Magasins Gé- néraux de Toulouse.

M. Sarrauste de MENTHIERE : Administrateur de la Patrimoine Vie ; administrateur de la Patrimoine Accidents.

M. Pierre LAVOLLÉE.

Baron R. de LADOUCETTE.

Vicomte de DREUX-BRÉZÉ.

Comte FREMY : Administrateur des Mines de Roche-la-Molière et Firminy ; administrateur de la Manufacture de Glaces et Produits Chimiques de Saint-Gobain, Chiauny et Cirey ; administrateur des Verreries de Carmaux.

M. Stéphane RIANT.

Comte de GERMINY : Administrateur de la Prévoyance Vie administrateur de la Prévoyance Accidents ; administrateur de la Prévoyance Incendie ; administrateur de la Compagnie Générale des Chemins de fer dans la Province de Buenos-Ayres ; président du conseil de surveillance de la Société Norvégienne de l’Azote et des Forces Hydro-Electriques.

Comte X. de ROCHAMBEAU.

Comte Alain de GOURCUFF.

Et enfin.., tenez-vous bien, mes chers Camarades de la Ligue !

M. FRANÇOIS DE WENDEL, lui-même,
avec tous ses titres, dont le principal n’est pas mis, mais je l’ajoute en tête :

Marchand de canons et REGENT DE LA BANQUE DE FRANCE ; président de la Société anonyme d’Errouville ; président de la Compagnie des Mines de Houilles de la Clarence ; président de la Société, Houillère de Thiven- celles ; président de la Compagnie des Mines de Crespin-Nord ; vice- president des Etablissements Delattre et Frouard. Réunis ; vice-président des Etablissements J.-J. Carnaud et Forges de Basse-lndre ; administrateur des Etains et Wolfram du Tonkin.

Nous trouvons donc, pour parler au nom de l’Agriculture :


- Le Gotha ;
- La Banque de France ;
- La haute banque ;
- Les marchands de canons et d’engrais ;
- Les dirigeants de Compagnies d’électricité et de charbonnage ;
- Les Compagnies d’assurances ;
- et... le Président du « Nouvelliste de Lyon ».

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La spiritualité dans la civilisation de l’abondance

16 décembre 1935

Il nous est arrivé à tous, en exposant nos conceptions sur l’Abondance qui en public, qui en petit comité, de rencontrer les objections les plus diverses. Leur valeur est fréquemment quelconque. Toutefois, il en est une que j’ai personnellement rencontrée souvent et qui me paraît grave.

Cette objection, la voici :

« Vous parlez de l’entrée dans le monde de l’Abondance, de la possibilité du mieux-être matériel que nous pouvons en retirer : tout à fait d’accord. Mais tout cela ne concerne que la partie matérielle de l’existence : ce qui vise à nourrir, vêtir, abriter et transporter les hommes.

Que faites-vous donc, dans votre système, du besoin de croire, et d’admirer ; autrement dit, quelle est votre position à l’égard des Religions et des Philosophies, et quelle place faites-vous à l’Art ?

Que faites-vous de la foi qui se refuse à suivre votre matérialisme ? »

Je trouve cette objection grave parce qu’elle m’a toujours été faite par des gens foncièrement droits, épris d’idéal et de beauté, d’un certain rang social il est vrai, mais capables, si nous apaisons leurs scrupules sur ce point, de nous aider très efficacement.

La réponse n’est pas malaisée, mais il nous paraît bon de la préciser.

Nous ne sommes nullement matérialistes. Si nous avons pris position pour résoudre d’abord le problème matériel, c’est que c’est celui dont la solution est la plus urgente. Les problèmes moraux et culturels nous intéressent autant, mais nous n’avons plus le temps de les aborder dans le détail maintenant.

De plus, nous croyons que si le problème matériel n’est pas résolu le plus tôt possible, et résolu par une législation de l’Abondance, il n’existera plus d’autres problèmes.. car notre civilisation aura sombré, et personne ne se souciera plus alors ni de Dieu, ni de Beethoven...

Mais la législation de l’Abondance, assurant à l’homme son existence, lui donnera en même temps des loisirs extraordinaires. Pendant et après quelques années (vingt, dix ans, peut-être moins) consacrées au Service social dans des conditions de confort et de bien-être dont nous n’avons aucune idée, l’homme, sans aucun souci du lendemain, sera LIBRE de penser, de croire, d’admirer.

Libre de croire, car toutes les religions sont défendables et seront admises pour autant que leur exercice ne sera pas hostile à l’ordre nouveau.

Libre et même capable, plus qu’aujourd’hui, d’admirer puisque ses loisirs lui permettront de s’éduquer et de s’affiner. Et le rôle des artistes, ce sera précisément d’éduquer cette masse d’hommes, de l’amener à la pensée, à l’art, à l’élever enfin intellectuellement et moralement.

Connaissez-vous de vrais artistes qui refuseront cette forme de Service social ?

On dira que la masse ne suivra pas et que, « le ventre plein », elle refusera de se passionner et de s’élever.

Je suis sûr du contraire, par expérience personnelle, et beaucoup sont certains, comme moi, que nous assisterons alors à la plus merveilleuse poussée d’art et de foi que nous ayons connue depuis le Moyen-Âge ou la Renaissance.

Mais cela n’est possible que si nous parons au plus pressé, si nous sortons de la misère et si nous cherchons à vivre en hommes libérés par la science. C’est pourquoi nous nous cantonnons aujourd’hui strictement sur le seul terrain économique. Lorsque nous aurons là, défriché la route, nous construirons au bord de cette route les palais de la science, de l’art, des philosophies et des religions, les musées d’hygiène sociale, les maisons de la politique et de l’Administration. Mais pour cela il faut tout d’abord défricher la route, et c’est décidément à ce travail terre à terre que nous consacrons tous nos efforts actuellemuent ....

Mais pourquoi les Bûcherons cesseraient-ils pour cela d’être poètes, artistes, religieux ou philosophes ?...

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À travers la presse

16 décembre 1935

M. François Le Grix est désolé de voir que la guerre civile recule. Il écrit :

« Que tout ceci devienne clair demain ! Il le faut. Que nulle déception n’aigrisse ou ne décourage cette jeunesse qui représente le meilleur de la générosité française, et ne s’est rassemblée que pour protester contre l’opprobre fait à l’honneur français, contre la démission que des gouvernements indignes prétendaient imposer à la France ! »

M. François Le Grix est vraiment peu qualifié pour représenter la jeunesse et son style devient de plus en plus abscons.

***

L’Alliance Nationale contre la dépopulation avait son mot à dire sur la crise mondiale. Voici un extrait de son communiqué :

« Le problème économique, maintenant un ménage sans enfant, n’ayant pas de parents à sa charge, représente, quand la femme travaille, deux producteurs et deux consommateurs. Une famille de quatre enfants représente un producteur et six consommateurs. Une natalité trop faible condamne donc le pays à la surproduction et, par conséquent, au chômage.

La dépopulation devient fatale si les ménages de quatre ou cinq enfants sont des exceptions. A tout ménage sans enfant doit correspondre une famille de six enfants. »

Qu’attendent les chômeurs qui ont six enfants pour aller exiger qu’on leur verse les subventions dont bénéficie l’Alliance Nationale contre la dépopulation ? Car c’est un véritable gaspillage que de permettre aux farceurs de l’Alliance d’émarger au budget pour pondre de pareilles énormités.

***

De L.-L. Jeune, dans Paris-Midi :

« Si Paris empruntait au même taux que Londres ou même que New-York, l’Etat réaliserait une économie de plus de 50 % sur le service de la Dette.

Ce serait comme si le poids de la dette se trouvait soudain ramené de 400 à 200 milliards.

Il n’y aurait plus de problème du Budget.

Il n’y aurait plus de question de trésorerie.

Les sociétés retrouveraient l’élasticité financière qui leur manque.

Et les affaires repartiraient d’elles-mêmes. »

Et que resterait-il à écrire à notre vieux Jeune ?

***

La mort du professeur Richet

Nous nous inclinerions devant cet homme de science s’il n’avait eu la fâcheuse idée d’écrire, ces temps derniers, dans le Matin, au nom des jeunes générations.

Or, il avait 85 ans, et ses idées économiques dataient de plus loin encore.

Le Matin ouvre un concours pour remplacer le professeur Richet. Les hommes qui ne sont pas nonagénaires sont priés de s’abstenir.

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Guerre et progrès techniques

16 décembre 1935

Beaucoup de capitalistes pensent sans oser l’exprimer qu’une guerre arrangerait bien des choses - plus de chômeurs, des commandes riches de profits, des destructions à réparer. Mais sur la pente où il glisse chaque jour plus vite, rien, pas même la réalisation de ce souhait affreux, ne peut arrêter le régime actuel.

Voyons un peu les conséquences économiques de la guerre italo-abyssine.

L’Italie, privée de certaines matières premières, a vu redoubler l’ingéniosité de ses ingénieurs et voici ce que nous conte « Le Petit Dauphinois » sous la signature de A.-E. Guillaume :

« La laine ? M. Ferretti invente la laine synthétique, plus chaude que l’autre, 40 % moins cher, qui se fabrique en partant du petit-lait et se travaille sur les mêmes installations que la soie artificielle, sans un sou de « premier établissement ». C’est un tour de force.

Le coton ? M. Sordelli invente un coton synthétique, blanc commue un duvet d’oie.

La chanvre ? On en avait trop, mais c’était long à rouir et cela sentait mauvais. Qu’à cela ne tienne Naples invente un procédé pour le décortiquer en huit jours et qui n’empeste plus. Quelles belles étoffes j’ai vues !

L’essence ? Avec les gaz de bois et le Diesel minuscule, dans un an toutes les autos rouleront sans rien devoir au Dieu du Pétrole, lequel est Anglo-Saxon et a les dents longues...

Ajoutons que l’équipement électrique est accéléré pour économiser le charbon.

Et tirons-en les conclusions.

Quand l’intérêt général est en jeu, les intérêts particuliers ne freinent pas le progrès.

Le capitalisme, tel le catoblépas, se dévore lui-même. Il croit que la guerre le sauvera ; mais elle accélère les progrès techniques qui le tuent sûrement. »

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Cauchemar !

par A. D.
16 décembre 1935

Ne mangez pas trop de homard le soir, même quand le prix de cette sympathique bestiole descend au niveau de votre pouvoir d’achat, vous auriez des cauchemars.

Pour en avoir moi-même abusé, j’ai, l’autre nuit, fait un rêve affreux.

Parvenu dans la rue par un mystérieux toboggan, le premier homme que je rencontrai portait un masque respiratoire relié à un réservoir placé sur son dos.

Il me croisa rapidement, visiblement gêné par l’appareil, sans daigner me jeter un regard.

« Quelque malade, pensai-je, qui ne peut supporter l’air vif, si bon cependant à respirer ce matin. »

Je restai stupide à la vue d’un second personnage muni d’un appareil semblable, quoique plus élégant de forme, mais tout aussi encombrant.

Je demeurais là, réfléchissant, cherchant des yeux les avions ennemis, pensant pourtant que ces masques ne ressemblaient pas aux masques de guerre, quand deux agents surgirent. Munis également d’appareils respiratoires, ils m’empoignèrent et m’entraînèrent vers le poste le plus proche.

En chemin, ils me demandèrent d’une voix de trompette, car ils parlaient à travers une membrane placée sur le masque, la raison pour laquelle je respirais librement.

Mon air hébété, loin de les attendrir, m’attira cette réflexion :

« Ah ! vous faites l’andouille, vous vous expliquerez avec le commissaire. »

Au poste, on m’enferma.

Il y avait déjà un homme au violon ; il portait le masque, comme tous les agents du poste, du reste.

La porte fermée, mon compagnon d’infortune, un petit vieux aux vêtements râpés, me dit

« Ça va vous coûter cher cette fantaisie-là, au moins autant qu’à moi. »

« Mais, objectai-je, je n’ai rien fait ! »

« Soyons sérieux, répondit la voix en trompette, la compagnie ne badine pas et elle se porte toujours partie civile. »

« Quelle compagnie ai-je bien pu léser ? » rétorquai-je, comprenant de moins en moins.

« Vous n’allez pas me faire croire que vous ne connaissez pas l’international Respiration Company Limited, qui a affermé l’air respirable du monde entier pour des sommes considérables, dix milliards annuellement, rien que pour la France, ce qui a permis de boucler un budget qui en avait bien besoin. »

« Non, dis-je, je ne suis pas au courant. Je suis un peu fatigué ce matin, je reviens peut-être du Pôle par l’Air Bleu, pourriez-vous m’expliquer... et vous-même, que faites-vous là ? »

« Oh ! moi, répondit le petit vieux, j’ai bu de l’eau du robinet, et mon concierge m’a dénoncé. Malheureusement, je suis récidiviste, mais revenons à votre cas.

« Vous savez que l’organisation économique du inonde civilisé repose sur la rareté. Tout est très bien organisé, du reste.

« L’office de statistique tient un compte exact des besoins et on règle la production sur ces besoins, mais en produisant cependant 10 % de moins qu’il n’est nécessaire, vous voyez ça d’ici plus de stocks, et quels bénéfices !

« Mais vous me parliez d’un déficit budgétaire ?

« Oui, il doit y avoir quelque chose qui ne marche pas, car on chuchote qu’il y aurait tout de même des stocks et que la production serait, malgré cet ingénieux système, constamment supérieure à une demande qui tend à disparaître dans la pauvreté générale, alors les impôts, rentrant mal, on vient d’affermer les dernières choses abondantes : l’eau et l’air ».

J’allais répliquer quand la porte s’ouvrit. On venait nous chercher.

Le commissaire avait un masque coquet, muni d’un cône an menton pour sa barbiche.

« Je vois ce que c’est, dit-il. Vous êtes de ces dangereux Pléthoriciens, qui prétendent que l’abondance fait le bonheur de l’homme ; vous allez voir de quel bois je me chauffe. »

« De bois rares, Monsieur le Commissaire. »

Je venais de répondre instinctivement.

« Pas d’esprit », hurla la barbiche d’aluminium.

« Toujours à cause de sa rareté, probablement », fut ma réponse.

Le commissaire devint rouge et s’étrangla.

Je l’ai mis en fureur, pensai-je.

Il ne s’agissait pas de colère. Se précipitant vers un distributeur d’air, il mit une pièce dans la fente et, branchant son réservoir, put de nouveau souffler.

Cette opération l’avait calmé.

« Ça va pour cette fois, dit-il. Je vais vous fournir un masque. Donnez-moi 100 francs, plus 2 fr. pour la charge d’air comprimé, plus 5 francs pour l’estampille d’Etat, plus 20 francs pour la contribution à la destruction des masques en surproduction, plus 10 francs pour la participation à la propagande de l’idée que la couche atmosphérique pourrait, un jour, s’épuiser, si on ne l’épargnait. »

Puis, s’adressant au petit vieux :

« Quant à vous, vous n’y coupez pas des « Iles d’Abondance ». Deux ou trois ans de barbarie vous feront du bien.

« Vous allez, comme une bête, pouvoir manger à votre faim et respirer sans appareil, vous n’en goûterez que mieux, au retour, les joies de la civilisation et de la rareté sacro-sainte. »

Les agents en cercle s’inclinèrent en murmurant dans un cliquetis de masques :

« Sacro-sainte rareté. »

Je me suis réveillé sur la descente de lit.

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Le grignotage de l’abondance

16 décembre 1935

Sur les marchés des matières premières, on constate depuis quelque temps, une résorption rapide des stocks.

Voici des chiffres qui sont significatifs :

Le stock mondial de blé s’élevait, au 1er juillet 1935, à 10,9 millions de tonnes, contre 12,2 millions en mai 1935, et 138 millions en juin 1934 ; celui du seigle était de 1.53 millions de tonnes contre 1,72 et 1,24 millions ; celui de l’avoine, de 420.000 tonnes contre 482.000 et 609.000, et celui du maïs de 1,6 millions de tonnes contre 1,5 et 2,11 millions. On constate également une diminution dans les stocks du sucre, qui représentent au total, à l’heure actuelle, 7,74 millions de tonnes contre 7,96 et 8,28 millions. Le stock mondial du café est de 1,44 million de tonnes contre 1,47 et 1,63 million, celui du lard de 38.500 tonnes contre 40.800 tonnes, et 82.700 tonnes. Les stocks du beurre sont encore très élevés : 70.300 tonnes contre 38.400 et 73.400. Le stock mondial du coton est de 1,13 million de tonnes contre 1,27 et 1,67 million ; et celui de la soie de 11.900 tonnes contre 12.400 et 15.500 ; celui du caoutchouc, de 693.000 contre 684.000 et 679.000. Les stocks d’étain sont de 15.700 tonnes, contre 18.700 et 20.400 tonnes ; ceux du plomb de 227.000 contre 223.000 et 244.000 tonnes ; ceux du charbon européen, de 16,8 millions de tonnes contre 17,1 et 18,8 millions de tonnes, et ceux de l’essence, de 48,4 millions d’hectolitres, contre 55,2 et 53,9 millions. - Neue Freie Presse, Vienne.

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Les Chambres de Commerce

16 décembre 1935

Chaque fois qu’une mesure un peu neuve, un peu hardie, est proposée, chaque fois qu’il est question d’instaurer un peu de justice dans notre absurde monde économique, on peut être sûr d’une réclamation d’au moins une Chambre de commerce quand ce n’est pas de toutes.

Par contre, chaque fois qu’il y a une belle bourde à prononcer sur les problèmes de l’heure : chômage, surproduction, grands travaux, ces institutions ne la ratent pas.

Et la moindre de leurs élucubrations est montée en épingle par notre grande presse.

Eh bien ! savez-vous ce qu’elles représentent, les Chambres de commerce :

Celle de Paris a 34 membres.

Les 156 Chambres de province ont 1.305 membres en tout, soit à peu près 8 adherents chacune !

Et pourtant quels beaux édifices elles habitent, direz-vous !

...Mais n’avez-vous donc jamais bien lu vos feuilles d’impôts ?

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PAGE DE DYNAMO

Machines qui pensent

par J. MAILLOT
16 décembre 1935

A côté des difficultés de réalisation de nos remarquables machines modernes, difficultés toujours surmontées victorieusement par les techniciens, malgré les moyens souvent précaires mis à leur disposition (particulièrement dans notre pays), un autre problème, d’une importance capitale, s’est posé celui de leur surveillance.

Le cerveau humain, organe remarquable, n’est cependant pas exempt de défaillance ou de périodes d’inattention, quelquefois assez longues, qu’une machine bien construite ignore. Une seconde de distraction peut compromettre le bon fonctionnement d’une usine.

Nous allons donc passer en revue quelques-unes des applications de l’Automatisme, qui s’est étendu aujourd’hui à toutes les branches d’industrie.

Grâce à lui, le rendement des exploitations a pu être considérablement accru ; la sécurité est presque absolue.

La machine conçue toujours pour libérer l’homme des travaux matériels, tend de plus en plus vers ce but.

Au sens étymologique du mot, automate signifie « qui se meut lui-même » ; seuls les êtres vivant peuvent répondre à cette définition.

An point de vue industriel, l’automatisme a pour but de remplacer l’intelligence humain, devant intervenir, pour assurer au fur et à mesure l’enchaînement des fonctions individuelles des divers éléments d’un mécanisme, et ce, d’après un programme déterminé à l’avance.

Pour illustrer cet exemple abstrait, considérons le cas d’une pompe alimentant en eau un réservoir. A un certain moment, l’eau passerait par le trop plein, si l’intelligence humaine n’intervenait pour arrêter la pompe. Elle interviendra encore pour la remettre en marche avant que le réservoir ne soit complètement vide. Si nous plaçons dans ce réservoir un flotteur agissant sur l’interrupteur du moteur pour en provoquer la marche ou l’arrêt, suivant que le niveau de l’eau atteint l’une de ces deux limites admissibles, nous aurons réalisé un dispositif automatique de commande de la pompe.

De même que le mot « rendement », le mot « automatique » est souvent employé à faux.

Un distributeur de chocolat qui, par introduction d’une pièce de monnaie et traction sur la poignée, libère une boîte, n’est pas un appareil automatique, car tout le travail est effectué par la personne qui fait cette manoeuvre, la libération de la boîte étant la conséquence logique du déplacement de la poignée.

Une des applications les plus anciennes et parmi les plus importantes, est le serrage automatique des freins sur les chemins de fer.

Un compresseur, dont le fonctionnement donne l’illusion d’une respiration haletante, alimente une conduite principale, disposée sur toute la longueur du train, et des réservoirs placés sous chaque wagon. Dès que la pression normale est atteinte, la triple valve de commande automatique des freins débloque ceux-ci. Si, pendant la marche, un attelage se rompt, l’accouplement de la conduite est arraché. La différence de pression entre le réservoir et la conduite agit sur la triple valve, qui relie le réservoir aux cylindres de frein. L’air comprimé agit sur les pistons et bloque les sabots de freins.

Le même effet se produit si un voyageur manœuvre la poignée de sécurité placée. dans tous les compartiments.

Dans le domaine de l’automatisme, l’électricité une fois de plus, s’est montrée l’esclave la plus fidèle, de l’homme et particulièrement sous la forme de la « cellule photo-électrique ». Cet appareil est basé sur la propriété du selenium de devenir conducteur de courant électrique sous l’influence de la lumière.

La sécurité a pu être ainsi accrue dans les chemins de fer, ce sont les signaux d’arrêt et de ralentissement qui commandent automatiquement en cas d’inattention du mécanicien, le freinage automatique dont, nous venons d’exposer le principe.

On se sert également de la cellule photo-électrique, commandant des relais dont le temps de fonctionnement n’est que de quelques millièmes de secondes, pour compter des objets. Cette opération peut se faire à raison de 1.200 à la minute.

En utilisant les rayons infrarouges, n’influençant pas l’oeil humain, on peut compter, à leur insu, les personnes se rendant à une réunion, ou à un spectacle ; faire fonctionner des signaux d’alarme en cas de visites indésirables, provoquer l’ouverture ou la fermeture de porte, allumer ou éteindre des motifs lumineux.

L’automatisme est devenu, dans les entreprises industrielles de fabrication et de manutention un des facteurs les plus importants du rendement économique. Des machines complètement automatiques prennent l’acier en barres, et livrent des bielles, des arbres, des boulons, des écrous, sans que le personnel ait à intervenir. D’autres réceptionnent des marchandises, trient, classent par dimensions et poids, ou rebutent des tôles avec une précision mathématique. Le même procédé existe pour la classification des oeufs.

Dans l’industrie du ciment, l’ensachage est automatique. Si la rapidité d’enlèvement des sacs par un ouvrier diminue, l’appareil de prise du ciment au silo de stockage voit son débit se proportionner exactement à la quantité nécessaire.

Dans les réseaux de distribution d’énergie électrique, le réglage de la tension et de la fréquence sont entièrement automatiques. Il en est de même de la surveillance générale du réseau.

Un schéma répétiteur lumineux transmet à l’ingénieur chargé du «  dispatching » toutes les indications intéressantes sur l’état de marche des différentes unités et de tous les secteurs du réseau. Suivant la couleur du trait lumineux correspondant, il voit immédiatement quelles parties de l’installation sont sous tension, lesquelles sont hors de service, quelles machines sont en marche, quelle puissance elles débitent dans le réseau, quelle est la consommalion des différents secteurs, et comment se fait la répartition de la charge dans les mailles du réseau. Un court-circuit est indiqué instantanément par un signal sonore et par une intermittence caractéristique des signaux lumineux correspondant sur le schéma à la partie endommagée. A ce moment, si une manœuvre est à effectuer, pour permettre la reprise du service normal, le dispositif automatique constate l’état électrique des différentes parties de l’installation allant être manœuvrées. Le schéma lumineux répond à l’opérateur en lui indiquant de quelle façon l’état de l’installation va être modifié par la manoeuvre qu’il envisage. Si les conséquences de cette manoeuvre sont dangereuses, l’opérateur agit d’une manière différente, mais s’il passe outre à l’avertissement, le verrouillage automatique intervient, empêchant la manœuvre dangereuse, et enregistre cet essai de fausse manœuvre du surveillant.

Les thermostats et les thermocouples nous fournissent d’autres exemples de l’hypersensibilité des dispositifs automatiques électriques.

Dans un four électrique, un thermocouple régularisera automatiquement l’arrivée du courant nécessaire pour maintenir la température désirée.

Un thermostat maintiendra constante la température de l’eau contenu dans un réservoir, signalera les augmentations intempestives de température dans un local, fera fonctionner les dispositifs d’alarme qui éteignent les commencements d’incendie, réglera le débit et la température de l’air dans une salle de spectacle, par exemple ; conjugué avec un psychromètre, il en dosera la teneur en humidité.

Il serait facile de citer ou d’imaginer de nombreux autres exemples, montrant l’ingéniosité et l’importance capitale des dispositifs automatiques dans l’industrie moderne.

Bien compris et adaptes aux conditions individuelles des différentes installations, ils nous conduisent à une conception plus rationnelle et plus sociale du labeur humain.

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Notre travail

16 décembre 1935

En dehors des réunions du vendredi soir qui réunissent tous les techniciens du groupe, les commissions techniques sont en pleine activité et chaque jour voit une ou plusieurs réunions de travail.

Rappelons d’abord que les différentes Commissions sont les suivantes [1] :

Commission des bulletins ; Commission des plans ; Commission des relations extérieures ; Commission syndicale ; Commission artisanale  ; Commission de législation ; Commission de documentation ; Commission de la culture et des loisirs ; Commission de biologie humaine ; Commission de l’agriculture et de l’élevage  ; Commission des industries légères et du meuble ; Commission des forces motrices, mines et combustibles  ; Commission des colonies et du commerce extérieur ; Commission de l’urbanisme, du bâtiment et du chauffage ; Commission du textile et du vêtement ; Commission des cuirs et peaux ; Commission monétaire  ; Commission des industries chimiques ; Commission des transports  ; Commission de la métallurgie et de l’outillage ; Commission de l’Etat et des services publics.

Le premier travail auquel avaient participé les commissions techniques étant terminé et devant paraître sous peu, la Commission des plans, après avoir étudié et comparé les divers plans proposés actuellement par les organisations politiques et corporatives, a demandé aux techniciens l’étude des besoins.

Parallèlement à cette étude, une enquête aussi vaste que possible va être organisée par la Ligue du Droit au Travail, les J.E.U.N.E.S. et la N.E.F. au moyen d’un questionnaire sur la consommation familiale pour tout ce qui concerne l’alimentation, le vêtement et l’habitation.

Nous demandons à tous nos amis de s’en occuper activement, d’abord pour contrôler nos propres calculs, ensuite pour que tous nous apportent leur collaboration personnelle.

Enfin le groupe reprend ses réunions publiques de propagande qui avaient eu, la saison dernière, un très grand succès et nous avaient amené de précieuses recrues.

La première de ces réunions a lieu le 17 décembre à la salle du Petit Journal, sous la présidence de l’éminent savant P. Langevin, qui nous parlera de la science et de la technique. Prendront ensuite la parole Jacques Duboin, qui précisera les conséquences économiques des progrès de la science, et Jean Nocher, qui définira le but et les projets du groupe « Dynamo ».

Pour cette très importante réunion, le prix des places a été fixé à 3 francs places réservées : 5 et 10 francs.

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[1] Tous les techniciens qui désireraient collaborer à nos travaux sont invités à prendre rendez-vous avec le responsable de la Commission qui les intéresse, afin que celui-ci leur indique les jours et heure des reunions, les études en cours, etc...

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Nouvelles Énergies féminines

par M. RODE
16 décembre 1935

Les révélations apportées par le Groupe Dynamo dans le domaine de la technique, suffiraient, par leur évidence même à justifier la reconstruction de notre vieux monde. Mais pour convaincre plus aisément, nous, voulons montrer à ceux qui doutent encore, toute l’horreur de la misère qui les entoure et qui les menace. Il nous faut pour cela réunir une documentation d’une ampleur telle qu’elle frappe l’imagination et entraîne les hésitants.

La tâche est vaste. Trop d’exemples, c’est fastidieux, si un seul est probant. Voilà pourquoi, après avoir envisagé toutes les questions sur lesquelles nous aurions à dire quelque chose, nous n’en avons retenu que quelques-unes qui sont, à notre point de vue, l’essentiel et le plus immédiat.

Si l’on veut montrer tout ce qui, dans notre société, est mauvais, il faut considérer, d’une part, la misère, d’autre part, les erreurs voulues ou non, et qui sont dues, le plus souvent soit à l’ignorance, soit au régime économique actuel.

Voici quelques exemples de questions sur lesquelles nous cherchons une documentation précise :

- Les taudis : maisons sans eau courante, dépourvus de tout à l’égout, d’installation électrique.

- Urbanisme : plans d’extensions obligatoires moins inopérants légalement, mais inopérant légalement, des grandes villes, îlots insalubres, rues trop étroites, cours, etc...

- Sous-alimentation dans quelle proportion est-elle due à l’insuffisance des salaires, au chômage ou à l’éducation, falsification alimentaire, etc...

- L’âge des femmes qui travaillent, le nombre d’heures qu’elles fournissent (en comptant le temps consacré au ménage).

Les conséquences : au point de vue clinique : dégénérescence, abâtardissement, tuberculose, mortalité.

- Et les vices qu’ils entraînent : alcoolisme...

Cette documentation nous sera communiquée sous trois formes :

Des chiffres, des statistiques, qui nous permettront de construire des graphiques et d’établir des courbes, nombre de chômeurs inscrits, non inscrits, nombre de familles dont le salaire est insuffisant, nombre de logements insalubres, etc...

Des photographies montrant des taudis, des rues trop étroites, des cours infectes, des enfants portant des signes d’hérédité pathologique. de sous-alimentation, etc., etc...

A défaut de chiffres et de clichés dont la valeur est inconstatable, des exemples précis peuvent compléter la documentation qui nous manquerait.

Ces quelques exemples ne donnent qu’un aperçu des questionnaires que nous avons dressés et que nous tenons à la disposition de toutes les camarades qui veulent nous aider. Nous les engageons vivement à nous les demander et à nous apporter leurs critiques et leurs suggestions.

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Pour tous renseignements concernant la N. E. F., s’adresser au siège. 14, rue Favart, le jeudi, de 15 heures a 20 heures.

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