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   Mensuel de réflexion socio-économique vers l’Économie Distributive
 
 
 
 
 
AED La Grande Relève Articles > N° 840 - décembre 1985

 

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N° 840 - décembre 1985

La rupture !   (Afficher article seul)

Festival de la technologie et de l’industrie   (Afficher article seul)

Les nouvelles technologies créatrices d’emploi ? Tu parles...   (Afficher article seul)

Les pieds sur terre   (Afficher article seul)

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La rupture !

par M.-L. DUBOIN
décembre 1985

LES politiciens nous préparent une campagne qui sera longue et tapageuse, puisqu’elle a déjà commencé  ! C’est sans doute la raison pour laquelle nous avons reçu des lettres de plusieurs lecteurs nous disant en substance, je cite «  souhaitant.., que les mouvements se référant à l’économie distributive s’unissent pour pouvoir surmonter ces montagnes de tabous, je souscris à l’idée de présenter un candidat « distributiste » aux prochaines législatives, quoi que ce soit très onéreux », ou encore : «  Chacun va-t-il continuer à végéter dans son coin  ? ... unissons VRAIMENT nos efforts : un seul souci, un seul objectif  : que les idées de J. Duboin sortent de leur ghetto ! ».
L’union, dans l’action, sous un même sigle n’a jamais été possible, mais elle n’est pas indispensable. Elle n’est pas possible, tout simplement parce que trop nombreux sont les camarades qui ne veulent l’union qu’à condition que ce soit sous LEUR bannière  ! Pas indispensable, heureusement, parce qu’il est bon que les distributistes s’adressent sous toutes les formes d’expression accessibles et à tous les publics ; disons même à toutes les classes de la société, puisque celles-ci existent encore... et telle association qui s’adresse plutôt aux écolos ne serait probablement pas comprise des intellos, il faut différents styles.
Mais si la dispersion dans la forme est nécessaire, par contre, sur le fond, il est primordial d’avoir en commun une argumentation solide, étayée sur des faits, sans cesse remise à jour par une étude sérieuse de l’actualité, avoir des chiffres, des exemples, des documents à présenter. C’est cela l’objectif de la « Grande Relève », c’est dans cet esprit qu’elle a été fondée et qu’elle poursuit le travail de son fondateur : pour être le mensuel de réflexion de tous les distributistes, quelle que soit la forme personnelle qu’ils donnent à leur action de propagande. Il y a un énorme travail à faire, et c’est indispensable pour rester crédibles, pour nous faire comprendre, montrer que nous sommes réalistes. C’est pour cela que nous aimerions voir plus de nos abonnés nous envoyer des articles, qui ne soient pas une simple répétition de nos thèses, car nous en avons des tonnes, mais des articles basés sur l’actualité, sur une étude originale d’un fait de notre temps, afin que leur travail puisse être utilisé par tous les autres. Toute action de diffusion de nos thèses doit commencer par de tels efforts et la Grande Relève est là, depuis son origine, pour les unir.
Malheureusement, beaucoup de camarades préfèrent agir au gré de leur imagination et c’est ainsi qu’on trouve dans des revues qui se disent distributistes, des affirmations très subjectives, qui n’ont rien à voir avec nos thèses, mais relèvent de convictions sur d’autres sujets, et même sur des croyances, plus ou moins ésotériques. Il n’est pas question de reprocher ces croyances, ces visions personnelles du monde, mais il faut bien s’apercevoir que ces amalgames donnent au public une image très confuse des propositions de J. Duboin et que de tels mélanges avec nos objectifs socio-économiques contribuent bien plus à l’inefficacité de ces militants que le fait qu’ils soient groupés en des associations différentes.
Dans l’immédiat, et quelles que soient les campagnes que des distributistes ne manqueront pas d’entreprendre (pour profiter d’une période où les gens se posent des questions devant tous les bobards électoralistes qu’ils entendent), il y a une façon de s’unir, une façon efficace, et sûrement la meilleure pour avancer vers notre objectif, c’est admettre qu’on s’attache tous à ne faire passer qu’UNE SEULE idée : LA RUPTURE NÉCESSAIRE POUR TOUS ENTRE LES REVENUS ET LA DURÉE DU TRAVAIL. Mettons-nous d’accord pour ne faire passer que celle-là, dans un premier temps, et nous y arriverons. C’est ce qui me paraît le plus réaliste.

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Festival de la technologie et de l’industrie

par R. MARLIN
décembre 1985

CE festival (1) présente un grand intérêt pour les lecteurs de La Grande Relève, car c’est l’occasion pour eux de faire le point sur l’avancement en 1985 des industries et de la technique. 385 exposants : entreprises, laboratoires, organismes divers participent à une présentation qui se veut «  vivante et interactive » des derniers progrès des processus de fabrication et des stratégies de vente. Un pavillon des innovations dans l’élevage, situé avant l’entrée, présente les plus récentes méthodes de la génétique et de la sélection des races porcs chinois, brebis Romanov, veaux jumeaux, etc... Mais l’essentiel de l’exposition est consacré à l’industrie. Dès le péristyle on peut voir un robot de recherche pétrolière sous-marine, une antenne parabolique, le voilier First 29, la fusée Ariane et un bogie de T.G.V. Le salon est ensuite organisé en trois parties :
- « Concevoir » avec, notamment, le menu du spationaute, la conception assistée par ordinateur d’un pneu et d’un pont de Venise, le thyristor Dual, etc...
- « Produire » avec le dialogue de la chouette et du robot, la caméra à vision nocturne et l’échographie, la fabrication automatique d’un interrupteur...
- « Vendre » avec l’écran magique des bus et du métro, le satellite Spot, la banque à carte à mémoire, le jeu de l’export...
Pour les jeunes, il y a le théâtre des métiers où l’on peut voir une reproduction de l’automate de Vaucanson, le théâtre de l’entreprise et le robot androïde RO-TIX, la maison de l’industrie et celle de l’information où s’élabore sous les yeux du visiteur, depuis la rédaction avec mise en page automatique sur écran jusqu’à l’impression par offset, le journal interne de l’exposition et où se trouve aussi le studio radio.
Sur l’agora le théâtre des robots montre cinq automates industriels et un androïde animé d’Einstein ; il y aussi le cinéma, la chaîne de télévision miniature Canal FIT, des diaporamas, un mini Palais de la Découverte, un musée de l’ancien et du moderne, des télécommunications récentes et un bureau de poste.
Le programme est donc copieux et chacun pourra y trouver ce qui l’intéresse et le passionne, participer aux jeux et concours ainsi qu’aux colloques des journées professionnelles.
Il est clair que l’automatisation avance à grands pas dans tous les domaines et que du secteur des matières premières elle est passée au secteur secondaire de la production agricole et industrielle. Elle bouleverse maintenant le tertiaire des biens et des services, des banques et des bureaux.
Mais le visiteur constatera également combien restent pauvres les progrès correspondants dans l’organisation économique de la société. Presque la totalité de ces femmes et de ces hommes fort compétents qui donnent le meilleur d’eux-mêmes dans leur spécialité semblent paralysés et effrayés par les conséquences sociales de ces innovations. Quelques-uns les nient et, contre toute évidence, pensent que le capitalisme peut s’en satisfaire ; d’autres cherchent à les freiner, aussi bien chez les syndicalistes que chez les patrons ou les cadres, mais ils sont bien vite débordés. Ainsi des responsables du métro de Paris qui n’osent pas passer à l’automatisme intégral de la conduite aussi rapidement qu’il serait possible par crainte des réactions de la base. Mais le métro de Lille fonctionne déjà sans conducteurs et d’autres s’en approchent...
Tant que les suppressions de postes n’atteignaient pas les manoeuvres, les ouvriers spécialisés se rassuraient. Après ceux-ci, les chefs d’équipe, les contremaîtres, les dessinateurs, les dactylographes, les guichetiers, les commerçants et toute la hiérarchie sont passés, ou en train de le faire, par les mêmes étapes. Comme à la guerre, tout va bien tant que c’est le voisin qui se fait tuer... mais la menace gagne. Il faudra bien voir les choses en face et se convaincre que l’homme est de moins en moins irremplaçable au travail.
Autre position tranquillisante « Il faut des travailleurs pour construire les robots ». Mais, outre que certains commencent à se fabriquer eux-mêmes, pourquoi les responsables d’entreprises s’équipent-ils d’automates si, au bout du compte, il n’y a pas un gain, donc moins d’heures de travail pour davantage de production  ?
L’illusion reste tenace ; d’après M. Bruno Dethomas, du «  Monde », c’est la crise qui provoque le chômage, non le robot. Mais alors qu’est-ce que la crise ? Est-elle momentanée ou permanente ? Et dans ce dernier cas qui me paraît le plus réaliste, peut-on encore la qualifier de crise ?
D’après les prévisions de l’O.C.D.E. pour 1986, près d’un jeune sur quatre sera au chômage en Europe. Face à cette sombre perspective, l’organisation ne peut que recommander la flexibilité des rémunérations et la mobilité de la main-d’oeuvre, remèdes à la mode, mais comme elle n’y croit pas trop elle-même, elle ajoute la création d’entreprises par les chômeurs et le soutien aux grandes sociétés qui encouragent leurs salariés à devenir chefs d’entreprises !!
Voici d’ailleurs que l’hydre atteint des secteurs dits « de pointe  » qui devaient tout sauver, comme l’informatique. Au dernier S.I.C.O.B., l’euphorie n’était plus de mise : « Ce n’est pas encore la crise, comme dans la sidérurgie, en France, disait un constructeur américain, mais cela ressemble déjà à la crise de l’industrie automobile » (Le Monde du 18 septembre 1985). Dans le même journal, le même jour, on pouvait relever que le groupe Générale Biscuit qui contrôle LU, «  avait annoncé un plan de restructuration prévoyant la fermeture de plusieurs’ unités et une suppression nette d’environ cinq cents emplois ». LU allait quitter le centre de Nantes et investir 400 millions de francs dans une nouvelle unité qui «  permettra de doubler la production avec seulement 75 % des effectifs actuels. Une centaine de postes seront supprimés sur 2 ou 3 ans  ».
Cet exemple, et d’autres, innombrables, montre bien que les gros investissements, loin de créer des emplois, en suppriment de plus en plus massivement (2) alors que certains petits placements en créent, à doses homéopathiques.
Durant ce temps-là, MM. Fabius et Chirac recherchent la diminution du nombre des chômeurs en commençant par la suppression de 5 000 postes de fonctionnaires, pour le premier, et de 40 000 pour le second. Il paraît que c’est M. Chirac qui a gagné, d’après la presse de M. Hersant, peut-être par 40 à 5 ?
M. Giscard d’Estaing attend lui, que la reprise vienne et soit nettement supérieure aux 2 % actuels pour vaincre le fléau. Quant à M. Barre, il doit encore compter, probablement, comme l’O.C.D.E., sur la transformation d’O.S. en P.D.G.
Ne nous moquons pas trop de nos hommes politiques. lis sont à l’image d’un pays qui se trouve à la fois surinformé et désinformé. Quand l’économie distributive pourra-t-elle être exposée clairement aux citoyens, par les moyens de grande audience, pour leur offrir une véritable alternative compatible avec l’ère des robots ?

(1) Dans la Grande Halle de La Villette à la Porte de Pantin. Jusqu’au 20 janvier 1986.
(2) Voir le dossier « Les nouvelles technologies... » pages précédentes. (ici ci-dessous)

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Les nouvelles technologies créatrices d’emploi ? Tu parles...

par J.-P. MON
décembre 1985

EN mai dernier, MOSTEK Corporation, filiale du groupe américain UNITED TECHNOLOGIES, fermait son usine de Colorado Springs (achevée à peine 4 ans auparavant !) et licenciait 2 000 salariés. C’était la conséquence de ce que ses dirigeants appelaient « la récession prolongée  » de l’industrie des semi- conducteurs et, plus particulièrement des mémoires à accès dynamique, dont, à la fois, la demande et les prix s’effondraient. A l’époque, les dirigeants de MOSTEK se refusaient à dire si l’usine serait réouverte ou non et semblaient même croire en l’avenir puisque, malgré cette fermeture et les licenciements, ils envisageaient de construire à Carrollton une usine de fabrication de plaquettes de silicium. Prévue pour utiliser des robots et éliminer toute intervention humaine, l’usine entièrement automatisée était programmée pour devenir opérationnelle en 1987. Aujourd’hui, la réponse est claire : les patrons, c’est-à-dire les dirigeants de UNITED TECHNOLOGIES, ont décidé de fermer totalement l’ensemble des usines de MOSTEK. Cette filiale était pourtant l’un des principaux fabricants américains de microprocesseurs à mémoire flottante, éléments de base des ordinateurs, et de nombreux équipements informatiques fabriqués en grande série.
Mais MOSTEK n’est pas un cas isolé, comme le montrent les divers encarts qui accompagnent cet article. En fait, c’est toute l’industrie des semi-conducteurs (née il y a à peine une quarantaine d’années) qui s’interroge sur son avenir après avoir fait, malgré des hauts et des bas, la fortune rapide des marchands de « puces » en défiant toutes les règles habituelles de la loi de l’offre et de la demande. La chute brutale du marché, une compétition qui se mondialise et la débacle inattendue du jeune marché, pourtant prometteur, des ordinateurs personnels ont été les ferments de la crise. Un signe qui ne trompe pas : les investisseurs de Wall-Street ont perdu confiance en l’industrie des semi-conducteurs et de l’informatique. C’est TEXAS INSTRUMENTS qui a amorcé le déclin des fabricants de puces, suivi peu, après par ADVANCED MICRO DEVICES, MOTOROLA, INTEL, NATIONAL SEMI-CONDUCTOR... Les constructeurs d’ordinateurs n’ont pas fait mieux, IBM perdant 2,25 $ à 128 $ et montrant la voie à DIGITAL EQUIPMENT, DATA GENERALE, HONEYWELL, BURROUGHS, NCR...

UNE RECESSION QUI DURE

Dans l’industrie des semi- conducteurs, la reprise annoncée se fait toujours attendre. Le « WORLD SEMI-CONDUCTOR TRADE STATISTICS » (WSTS), organisme de prévision créé conjointement par la « SEMICONDUCTOR INTERNATIONAL ASSOCIATION » (SIA), l’association des fabricants européens de semi-conducteurs et l’association des industries électroniques du Japon, a changé ses prévisions pour 1985, passant, pour l’industrie américaine, d’une croissance de 21 % à une diminution de 13,5 % des ventes de semi- conducteurs. La SIA va plus loin encore en prévoyant une chute de plus de 20 % des ventes : selon un de ses analystes, Mike Kubiak, entre le troisième trimestre de 1984 et le second trimestre de 1985, l’industrie des semi- conducteurs aura perdu un milliard de dollars par trimestre rien que sur le marché des Etats-Unis.
En avril, FAIRCHILD CAMERA AND INSTRUMENTS CORP. a supprimé 480 emplois dans son usine de Mountain View, en Californie, et cherche à se débarrasser de son usine de fabrication de plaquettes de silicium. SIGNETICS CORP. a Santa Clara, Californie, a licencié 550 employés de plus (elle en avait déjà licencié 400 en février). MICRO-DEVICES INC. de Sunnyvale, Californie, a envoyé en vacances obligatoires (et non payées) pour huit jours ses 8 000 employés...

C’EST LA FAUTE A L’ORDINATEUR

Jusqu’à présent, en effet, le principal facteur de croissance de l’industrie des semi-conducteurs aux Etats-Unis avait été le développement de l’industrie des ordinateurs et des périphériques. Mais aujourd’hui, ce marché, à son tour, s’effondre (voir les divers encadrés qui accompagnent cet article). Depuis Noël dernier où les ventes de micro-ordinateurs avaient atteint des records, les fabricants « se serrent la ceinture », comme dit un journaliste de « Electronic Week », tandis que les vendeurs de micro-ordinateurs commencent à licencier du personnel et à réduire très fortement leur budget publicitaire. Selon le président de « Crugnale and Associates  », une firme de consultants, « un grand nombre de compagnies réfléchissent et se demandent si elles vont récupérer l’argent qu’elles ont investi dans le commerce des micro-ordinateurs  ». C’est que, souligne-t-il, « souvent, l’utilité n’est pas là pour justifier la dépense ». Les analystes admettent maintenant que leurs capiteuses prévisions antérieures de vente de micro-ordinateurs personnels étaient fausses et ils sont en train de les revoir à la baisse. Même Apple qui avait si habilement attaqué le marché du micro- ordinateur et contesté la suprématie du géant IBM, ferme des usines, renvoie du personnel et se réorganise. Selon certains observateurs, le commerce du détail pourrait perdre plus de la moitié de ses magasins d’ici la fin de l’année. «  En fait, il y a maintenant dix millions et demi de micro- ordinateurs en service dans les foyers américains et un autre million qui ramasse la poussière », estime Ann Wujcik, directrice des projets éducatifs à Link Resources Inc. En d’autres termes, les gens n’achètent plus d’ordinateurs parce qu’ils ne savent qu’en faire. Ce qui n’empêche pas les principaux constructeurs américains, tels que Apple, Atari et Commodore, de peaufiner de nouveaux modèles hautement performants, tout en admettant que les consommateurs n’ont pas encore imaginé ce qu’ils pouvaient faire avec les anciens modèles. Selon un analyste d’Infocorp, Jan Lewis, « les nouvelles machines amèneront une brève reprise sur le marché américain des micro- ordinateurs, mais, comme s’accordent à le reconnaître la plupart des spécialistes, le plus grave problème que le marché ait à résoudre est de trouver ce que la technologie la meilleure, la plus brillante et la moins coûteuse permet de faire à la maison avec un micro-ordinateur. Actuellement, l’ordinateur personnel, considéré comme un produit de consommation, est pratiquement sans intérêt. Jusqu’à présent les gens achetaient des ordinateurs domestiques pour se débarrasser d’un sentiment de culpabilité : leurs enfants seraient illettrés, leur chien mourrait ou leur belle-mère viendrait vivre chez eux... Ce dont on a besoin, c’est d’une nouvelle fonctionnalité. Les gens ont besoin d’applications amusantes ou de moyens d’interfaçage de leur ordinateur avec leur système électrique ou leur téléphone. Il faut que l’industrie réussisse à rendre la vie de l’usager plus productive. Et je ne vois pas du tout ce qu’il y a au coin de la rue ».
Nous avons là un exemple typique de lancement d’un produit ne répondant pas aux besoins des consommateurs. Je me souviens d’avoir entendu, il y a un peu plus de trois ans, un représentant (anglais) de la Communauté Economique Européenne essayer de culpabiliser la docte assemblée à laquelle je participais en pointant le doigt vers la salle et en nous demandant : « Avez-vous un micro- ordinateur chez vous ? Il faut que vous en ayez un ! ». Pourquoi faire ? Il ne nous l’a pas dit. Il faut dire qu’à l’époque, les Anglais avaient le marché de la microinformatique le plus florissant du monde. Les choses ont beaucoup changé depuis lors. Même le Japon ne constitue pas un marché pour l’ordinateur personnel, reconnaît un directeur de marketing de ASCII Corps de Tokyo. Un autre analyste japonais écrit : « Le problème est de trouver quels sont les besoins du consommateur. Le seul besoin qui, pour le moment, ait émergé est le marché des jeux. Mais je doute que les autres utilisations potentielles telles que la banque ou les achats à domicile, correspondent au style de vie des épouses japonaises qui ne travaillent pas et dont le principal passe- temps et le plus grand plaisir est de sortir pour faire des achats. Elles ne désirent pas du tout rester à la maison pour faire ce type de choses ». Pour conclure ce paragraphe, je crois que je ne trouverais pas mieux que le titre d’un article de « Electronics Week » de mai dernier qui était : «  Les fabricants d’ordinateurs cherchent anxieusement du travail pour les machines ».

LA FUITE EN AVANT

A l’heure qu’il est, le gouvernement fédéral est devenu le principal client de l’industrie informatique américaine avec un budget consacré au traitement informatique s’élevant à plus de 15 milliards de dollars. Aux alentours de 1990, selon les estimations de l’Administration des Services du Gouvernement, tous les « cols-blancs » fédéraux (1,4 million) auront un micro-ordinateur sur leur bureau. Cependant, Dean Winkelmann, un analyste de Integrated Circuit Engineering Corp., pense que «  l’effritement » du marché des ordinateurs signifie que l’industrie automobile et les applications militaires auront à prendre la relève mais que ces nouveaux marchés ne seront pas suffisamment importants pour compenser ce que l’industrie des semi- conducteurs perd sur le marché des ordinateurs. La chute des commandes pousse maintenant cette industrie à des licenciements et à prendre des mesures d’économie pour essayer de protéger les énormes investissements en équipements, recherche et développement qu’elle a effectués. Mais, bien que ses capacités de production actuelles soient déjà sous-employées, AMD va ouvrir deux nouvelles unités de fabrication de plaquettes de silicium : « Nous n’avons pas le choix, dit son vice-président, la situation à court terme est sinistre mais si nous ralentissons, lorsque les choses redeviendront normales nous ne serons plus en mesure de tirer avantage de nos investissements en recherche et développement  ».

LE JAPON N’EST PAS EPARGNÉ

Le marasme persistant du marché américain qui a renvoyé à leurs ordinateurs et à leur boule de cristal les prévisionnistes de l’industrie des semi-conducteurs et qui les amenés, tous les mois depuis décembre dernier, à revoir en baisse leurs estimations, se fait aussi sentir de l’autre côté du Pacifique. Les producteurs japonais sont confrontés à une chute des prix vertigineuse. A la mi-mai, les prix des mémoires aléatoires à accès dynamique (DRAM) de 256 K ont franchi le prix plancher de 4 $. Les mauvais prix, comme les mauvaises nouvelles, voyageant vite dans le monde des affaires, les analystes japonais sont convaincus que ce mouvement de baisse va aussi atteindre les Etats-Unis. Des mémoires qui se vendaient au Japon 12 $ il y a six mois ne valent plus maintenant que 3,4 $. Dans une industrie qui a pourtant appris à digérer des baisses rapides, ces nouveaux prix ont provoqué un choc, d’autant plus qu’en janvier 1984 ces mêmes mémoires se vendaient 92 $. Un autre type de mémoire qui se vendait 12 $ est tombé à 3,60 $ en moins d’un an et court allègrement vers les 72 cents actuellement... « Ce sont de mauvaises nouvelles  », dit un industriel américain en poste à Tokyo. Devant ces « troubles » du marché, on apprend de source japonaise que le gouvernement américain a demandé au Japon de suspendre ses investissements dans la construction d’usines de semi- conducteurs afin d’atténuer quelque peu la pression qui s’exerce maintenant sur l’industrie américaine des semi-conducteurs. En réalité, les firmes américaines ne sont pas les seules à souffrir et la NMB SEMI-CONDUCTORS LIMITED de Tokyo qui a dépensé 100 millions de dollars pour construire une nouvelle usine de fabrication de mémoires dynamiques vient, avant même que la production ait commencé, de fixer ses prix à 5,5 dollars l’unité, alors qu’elle jugeait précédemment que ce prix devrait être de 11 dollars pour qu’elle puisse récupérer le montant de ses investissements.
Mais pour tout arranger, voici que des « nouveaux » font leur apparition sur le marché mondial des semi-conducteurs avec un appétit féroce : GOLD STAR SEMICONDUCTOR, une compagnie coréenne qui n’existait pas il y a dix ans, s’est fixé comme objectif de devenir le premier fabricant asiatique non japonais de composants électroniques et d’inonder le marché mondial de ses produits. Le coût estimé de cette percée est gigantesque : plus de 250 millions de dollars pour la seule année dernière investis pour la construction des usines et l’acquisition des transferts de technologie nécessaires. Malgré les sombres perspectives du marché, les dirigeants de GOLD STAR sont persuadés qu’ils ne tarderont pas à rentrer dans leurs fonds et ne cachent pas que, pour cela, ils veulent s’emparer d’une grande partie du marché américain des semi-conducteurs. Mais, bien entendu, les Américains rie sont pas disposés à se laisser faire. C’est pourquoi, malgré la récession, l’industrie des semi-conducteurs a entrepris une vaste mutation, imposée par la nécessité de réduire les coûts, et est en train de passer de sa phase actuelle semi-automatisée à une phase presqu’entièrement automatisée de l’ensemble du processus de fabrication dont le but est d’écarter pratiquement toute main-d’oeuvre humaine, source de destruction ou de dégradation des composants. Cela ne fait que renforcer les affirmations d’un expert de Crugnale and Associates qui dit que « une raison des pertes subies par l’industrie des semi- conducteurs est sa trop grande capacité de production. L’industrie mondiale travaille maintenant à 60  % de ses capacités et cependant elle accroît de 20 % par an ses nouvelles constructions d’usines. Cela se traduit par une forte baisse du prix de vente des composants qui a coûté à l’industrie 1,2 milliard de dollars ; comparés à leurs plus hauts niveaux de 1984, les prix moyens de tous les semi- conducteurs ont chuté de 22,1 %.

Comme le montrent tous les chiffres donnés ci-dessus ou les encarts (1), ce n’est donc pas dans l’industrie des semi-conducteurs ou de l’informatique qu’il faut espérer trouver de nouveaux emplois. Pas plus que dans le secteur tertiaire qui s’informatise à outrance. Chez Total, par exemple, l’introduction de la microinformatique a apporté des gains de productivité importants. Dans une interview accordée à « Ressources - Temps Réel », le secrétaire général de Total déclarait « Il faut aujourd’hui deux jours et demi pour assurer une production qui nécessitait une douzaine de jours auparavant. Le temps de traitement a donc été réduit de 80 %. Il fallait, il y a quelques mois, deux personnes, un calculateur et une dactylo. Aujourd’hui une seule personne exécute l’intégralité des travaux. Nul doute que la généralisation des micro-ordinateurs permettra, à terme, de réduire les frais généraux dans des proportions considérables  ». Dans les banques les nouveaux systèmes, pourtant introduits en douceur, vont causer aussi quelques dégâts à l’emploi, comme on peut le voir sur le tableau donné ci-dessous.

Les effets de la technologie sur l’emploi dans les banques...

Types d’emplois supprimés
Types d’emplois en expansion
Déperdition d’emplois
GAB
Guichets automatiques bancaires
caissiers
approvisionnement des machines ; utilisation des ordinateurs
faible
T/PDV autonome*

T/PDV avec carte à mémoire, connecté
employés en général
employés en général
entretien et utilisation
des ordinateurs
modérée

importante
Banque à domicile
employés en général
entretien et utilisation des ordinateurs
importante
Terminal de guichet
caissiers
entretien et utilisation des ordinateurs
faible
Terminal consultatif
aucun
conseil financier,
entretien et utilisation des ordinateurs
aucune
Système Intégré d’automation dans le bureau
employés de bureaux
(utilisation et) entretien des ordinateurs
modérée
Système automatisé de compensation
employés de bureaux
utilisation et entretien des ordinateurs
faible
Système de non-échange de chèques
employés de bureaux
utilisation et entretien des ordinateurs
importante

* T/PDV = Terminaux/points de vente

On pourrait multiplier les exemples...
Il faut proclamer bien haut, comme nous le faisons depuis longtemps, que c’est une escroquerie que de prétendre que les nouvelles technologies créeront des emplois. Elles peuvent créer de nouveaux emplois demandant de nouvelles qualifications mais elles en supprimeront un plus grand nombre. Cela ne veut pas dire qu’il faille arrêter de moderniser l’industrie et les services, bien au contraire, puisqu’on peut ainsi libérer l’homme du travail contraint. Il ne reste qu’à adapter notre système économique hérité des temps de la rareté aux réalités du monde moderne. Ce n’est qu’ainsi que nous sortirons de ce qu’on appelle la crise.

Les données utilisées dans ce dossier ont été tirées de journaux professionnels tels que : 01 Informatique, Ressources - Temps Réel, Electronics Week, Le Monde Informatique, etc...

(1) non-reproduits ici.

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Les pieds sur terre

par A. PRIME
décembre 1985

Un socialiste distributiste conséquent ne peut ignorer la réalité politique française et mondiale. Très souvent, les conversations entre distributistes, les discours ou les discussions dans les réunions, les études que nous recevons, montrent que si nous savons par coeur nos thèses, nous raisonnons, pour leur application, dans l’absolu. Et pour beaucoup, cela dure depuis un demi-siècle, ce qui explique sans doute, en partie, le peu d’audience que nous avons, mais aussi le découragement de certains camarades.
Pourtant ceux qui ont AGI, avec ces mêmes thèses, ont marqué des points : Jacques DUBOIN par ses importantes réunions, avant et après la guerre ; les J.E.U.N.E.S. avant-guerre, les sections d’entreprise ; les militants que nous étions au lendemain de la guerre, pleins de foi et d’esprit d’entreprise, qui organisions des réunions, avec de très faibles moyens, etc...
Affirmer, par exemple, que la droite et la gauche, c’est bonnet blanc et blanc bonnet, nous semble relever d’une analyse politique sommaire et, en fin de compte, nous condamner à l’inefficacité, sinon à l’inaction. Nous avons suffisamment répété dans ces colonnes que le « gouvernement de gauche » avait fait des choses que la droite - par crainte électorale - n’aurait pas osé faire (baisse du pouvoir d’achat, restructuration sauvage de l’industrie) pour nous permettre de demander aux distributistes de nuancer leur pensée.
Si les dirigeants des différents partis sont enclins (ou contraints, peu importe) à faire une politique similaire dans le cadre d’une économie de marché, les électeurs de gauche (le fameux « peuple de gauche », ça existe, d’ores et déjà - et sans doute plus encore en mars 86) les «  déçus du socialisme » ne pourront être confondus avec les électeurs des Le Pen, Chirac et consorts. Nos cibles éventuelles ne sont pas les 40 % de télespectateurs qui ont trouvé Le Pen convaincant à l’émission «  L’Heure de Vérité » du 16 octobre.
Il existe 4 grands groupes socio- économiques sur notre planète :
- Les USA (on peut y rattacher le Japon).
- Les autres pays industrialisés, dont l’entité Europe.
- Le tiers-monde.
- L’URSS, la Chine et les pays socialistes-marxistes.
Il faut avoir les pieds sur terre comment peut-on espérer faire connaître les thèses de l’E.D. dans ce vaste échiquier ? Et ne faut-il pas raisonnablement commencer par la France et, plus ou moins, l’Europe (ce qui ne veut pas dire que nous n’applaudissions pas à tout ce qui peut ou pourrait se faire ailleurs - Canada) ?
Comme avant la guerre, notre principal atout c’est la crise qui dure, avec d’une part, sa manifestation la plus criarde : le chômage et, d’autre part, la fausse reprise de l’économie américaine qui devait entraîner une reprise mondiale.
C’est pourquoi il nous paraît réaliste et important, à quelques mois des législatives, d’essayer d’analyser, afin de mesurer notre marge d’action possible, la situation économico-politique en France.

AH ! LE BEAU CONGRES !

« Nous avons besoin de toi Lionel... Nous avons besoin de toi Pierre, de toi Jean-Pierre et de toi Michel » lance un « Fabius imperator » (dixit Le Matin). Synthèse donc, qu’illustre la photo des 5 à la tribune, debout, main dans la main. La guerre des 2 roses - la rouge, la blanche, n’aura pas lieu.
Théâtre, cinéma, mise en scène, congrès sans conséquence comme Valence ou Bourg-en-Bresse ? Il ne faut pas s’y tromper : ce Congrès a marqué - consacré - un tournant important du PS rose au poing né en 1971 à Epinay. D’innombrables débats et écrits ont posé la question : le PS est-il devenu un parti social- démocrate  ? Dans l’esprit de Bad Godesberg ou non ? (1)
Lionel Jospin s’en est tiré par un mauvais jeu de mots : «  Plutôt un Good Godesberg qu’un Bad Godesberg ». Mais Delors, au grand jury RTL - Le Monde a vendu la mèche : « A Toulouse, sans le dire, le PS a fait un petit Bad Godesberg sur la base des thèses qui sont les miennes. »
En bref et en clair, il ressort de ce congrès - ce qui ne fait qu’entériner une situation de fait depuis « la rigueur  » - que le PS abandonne ouvertement toute idée de rupture avec le capitalisme ; le « Projet socialiste » est jeté aux orties et même l’a.b.c. du guide de l’adhérent renié (2). « Nous devons avoir à l’esprit... nos amis suédois, allemands, autrichiens qui ont pu disposer de la durée pour faire passer leurs convictions dans les actes » dit Fabius, qui poursuit  : « Le socialisme du possible... c’est là, pour les années qui viennent, la responsabilité historique du PS face à la France. »
Et M. Rocard - l’homme qui, quelques jours plus tôt, avait été plus applaudi que Giscard par 500 grands patrons au Forum de l’Expansion (quel aveu !) de renchérir : « Oui, nous sommes tous socio-démocrates, nous sommes socialistes et cela nous suffit à tous. Reste à dire ce que c’est. La ligne du parti n’est plus celle de la rupture avec le capitalisme ».
Voilà : ce congrès a pour nous le mérite de la clarté. A partir de là, entre un Le Pen faciste et outrancier et un PC marginalisé (entraînant dans cette marginalisation celle de la CGT) que peut-on espérer, que peut-on faire ? La droite est créditée de 50 % des intentions de vote, l’extrême droite de 8 %, la gauche de 38 %.
Un point capital demeure, clef de voûte de notre argumentation, si j’ose dire : le CHÔMAGE, fruit de l’économie marchande, qu’elle soit gérée par la droite ou la gauche. Loin d’avoir régressé depuis juin 81 (1 700 000 chômeurs), le chômage atteint 2 400 000 demandeurs d’emploi (3 000 000 sans le traitement social appliqué par la gauche). Pompidou disait qu’avec 1 million de chômeurs « la France exploserait » (sic) ! ! ! Or, où sont les signes d’explosion avec un chiffre 3 fois plus élevé ? Le capitalisme a la peau dure ; les multinationales se portent bien.
A Toulouse on a à peine effleuré ce problème capital. Fabius « 5 questions majeures : l’Emploi, l’Europe... », Jospin : « Lutte pour l’Emploi, par la croissance et l’aménagement du temps de travail ». Rocard : « Il n’est pas acceptable que des hommes et des femmes soient marginalisés par un chômage durable et sans appel. L’exigence première est de favoriser la création d’un MINIMUM SOCIAL garanti... »
Ne nous y trompons pas : pourquoi pas un maximum comme le disait M.L. Duboin dans son éditorial de la G.R. de juillet ? C’est que la proposition de Rocard est en fait la plus sournoise, car elle consacre le dualisme riches-pauvres et n’a pour but que d’éviter «  l’explosion » ; ne rejoint-elle pas celle qu’un responsable américain avait faite, il y a un an environ, préconisant, pour éviter le pire s’il le fallait, une indemnité de l’ordre de 50 % d’un salaire de base pour les exclus du travail ?
Nous le savons, dans l’économie de marché en crise, même les 35 h par semaine ne résoudraient pas le problème du chômage, tant sont rapides les gains, par la technique, de productivité.
Le chômage est donc le clou favori sur lequel nous pouvons frapper. Notre marge d’action est étroite. Avec la proportionnelle, la droite est assurée de reprendre le pouvoir et de le garder. Le PS a beau rêver d’un grand parti de rassemblement de la gauche, représentant 30 % des électeurs - ce qui est très loin, nous l’avons vu, d’être acquis - comment peut-il espérer gouverner à nouveau, les communistes ne le soutenant pas ? C’est mathématiquement impensable... à moins de le faire avec la droite. Mais, comme l’a fort bien dit un Chevènement lucide pour clore un débat stérile au Congrès de Toulouse  : « Aucun parti de droite ne va s’allier avec nous. A quoi bon fixer les conditions, nous n’avons pas de soupirants ».
Conclusion de cette analyse nous allons nous retrouver seuls avec les déçus du socialisme, certains écolos, quelques PSU... Nos moyens sont modestes : il ne faut pas rêver. Et encore moins se contenter de « n’y a qu’à ». Il faut que TOUS les distributistes et singulièrement les lecteurs de la G.R. se prennent en charge. Qu’ils se rappellent les résolutions prises à notre colloque de mai dernier : lancer de petites réunions de propagande, faire des abonnés au journal, etc... Utilisez les tracts que nous avons, la bande dessinée en 16 pages. La brochure que prépare M.-L. Duboin est à la frappe. Son texte est enregistré sur cassette. Et dites-vous bien que même si les partis, les syndicats en tant que cela, les associations (même les verts, les chômeurs) veulent ignorer nos thèses, il faut s’adresser à leurs militants.
On peut - VOUS POUVEZ - certainement imaginer beaucoup de formes d’action. Encore ne faut-il pas éluder les plus simples, celles qui sont immédiatement à notre portée.

Un distributiste ne peut pas avoir une mentalité d’assisté ! Voilà un excellent moyen de servir l’E.D. Avoir des idées, des projets simples, réalistes - et les réaliser !
Un autre point capital - qui rejoint l’action - et soulevé en juin : étudier la période de transition sachant qu’une révolution type « grand soir » est exclue. Philippe Le Duigou, dans la G.R. d’octobre a annoncé que nous formions un « cercle de réflexion sur les étapes de la transition  », priant les personnes intéressées de se mettre en rapport avec lui : fin octobre il avait 10 réponses.
Il est indispensable d’élaborer une étude sérieuse de transition, tenant compte du contexte social, économique et politique de la France et même du monde. Sinon, nous ne serons pas crédibles. Ressasser la théorie de I’E.D. est la tâche la plus facile : mais c’est stérile si nous n’offrons pas une perspective plausible des moyens d’y arriver, toujours en nous appuyant sur la crise incontournable, la non-reprise américaine et le chômage qui croît avec la production.

(1) Bad Godesberg : référence au congrès extraordinaire du SPD ouest- allemand qui se tint en 1959 dans cette ville. Le SPD renonçait à abolir le capitalisme, abandonnait toute référence au marxisme et se ralliait à l’économie de marché en précisant « la concurrence autant que possible, la planification autant que nécessaire ». En bref, le SPD se voulait un parti qui puisse un jour gouverner sans changement de régime ; ce qu’il réussit dix ans plus tard, en 1969.
(2) Le Guide de l’Adhérent est clair « Le PS sait toute la valeur des réformes qui ont déjà atténué la peine des hommes... Mais il tient à mettre en garde les travailleurs  : la transformation socialiste ne peut être le produit naturel et la somme des réformes corrigeant les effets du capitalisme. IL NE S’AGIT PAS D’AMENAGER UN SYSTEME, MAIS DE LUI EN SUBSTITUER UN AUTRE ».

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