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   Mensuel de réflexion socio-économique vers l’Économie Distributive
 
 
 
 
 
AED La Grande Relève Articles > N° 1074 - mars 2007

 

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N° 1074 - mars 2007

Au fil des jours   (Afficher article seul)

Jean-Pierre mon a noté ce mois-ci les moyens utilisés par l’administration américaine, des sociétés pétrolières et des groupes de réflexion pour inciter des “scientifiques” à réfuter les conclusions de la conférence de l’ONU sur le réchauffement.

Quant aux entreprises qu’on veut tant nous faire aimer, elles cherchent surtout à échapper au fisc.

Si vous cherchez à comprendre   (Afficher article seul)

À côté de la plaque !   (Afficher article seul)

Marie-Louise Duboin pense que les “grands” candidats se permettraient moins de promesses intenables si le public connaissait mieux le fonctionnement du système financier. Faites un test, vous constaterez que le slogan : « Alors que la maison brûle, tout le monde regarde ailleurs » ne s’applique pas seulement à l’écologie.

Les golden boys ne sont pas inquiets   (Afficher article seul)

… car les règles financières dont ils profitent ne seront pas remises en cause par le prochain gouvernement, quel que soit l’élu à la Présidence.

Un sous-marin du Medef   (Afficher article seul)

Jean-François Amary a su déchiffrer un appel venu d’un mouvement politique inédit dont les arguments, qui sont ceux des porte-parole du medef, n’ont pas résisté à son examen.

Bienvenue en France aux cocottes de Thaïlande   (Afficher article seul)

Paul Vincent commente, à propos de la visite que Sarkozy a faite à la société Le Creuset pour découvrir la classe ouvrière française, un détail piquant.

Sarkozy parle à la France qui se lève tôt   (Afficher article seul)

Gérard Filoche, inspecteur du travail, est bien placé pour montrer que la politique de Sarkozy, c’est, contrairement à ses belles formules, l’obligation de travailler plus pour gagner moins.

Des élections pour rien ?    (Afficher article seul)

Gérard Henri Brissé constate que c’est maintenant qu’on découvre les dégâts de la réforme des retraites. Le sort des plus pauvres ne pourra pas être amélioré sans une véritable réforme économique et monétaire.

À propos des faucheurs d’OGM   (Afficher article seul)

Christian Vélot, biologiste spécaliste des organismes génétiquement modifiés défend les faucheurs de ces cultures en plein air. Condamnés comme des obscurantistes, il estime que ces faucheurs sont des éveilleurs de conscience.

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Au fil des jours

par J.-P. MON
9 mars 2007

Les “climato-sceptiques”

Ce sont ceux qui, comme l’inénarrable Claude Allègre, n’admettent pas encore que l’homme est le principal responsable du changement climatique en cours. Ils s’interrogent : « Et si, après tout, ce réchauffement n’était qu’une invention de quelques climatologues en mal de budgets ? Et si, quand bien même le réchauffement était réel, l’homme n’y avait qu’une part minime ? Et si, quand bien même la responsabilité de l’homme venait à être démontrée, ce changement climatique était au pire une évolution sans grande importance, au mieux une bénédiction pour l’humanité ? » [1]. La conclusion de la synthèse présentée début février à Paris par le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) est pourtant sans ambiguïté : « la terre se réchauffe et le principal responsable de ce changement est l’homme ».

Selon la National Oceanic and Atmospheric Administration, les températures mondiales enregistrées en janvier dernier ont été les plus élevées jamais constatées à cette période de l’année [2]. Elles étaient supérieures de 0,85°C à la moyenne du XX° siècle ; elles ont dépassé le record établi en 2002 (+0,71°C). Les température sur les terres émergées ont été supérieures de 1,89°C à la température moyenne. À cause de ces températures élevées, le continent eurasiatique a connu les deuxièmes plus faibles chutes de neige de son histoire.

Cela ne suffit pas à convaincre les climato-sceptiques. Poussés par l’administration américaine, ils exercent des pressions pour que le groupe III du GIEC introduise, dans le rapport qu’il doit rendre le 4 mai à Bangkok, la nécessité de mettre en œuvre la “géo-ingénierie globale”, c’est à dire des technologies ayant tout simplement ( !!!) pour but de refroidir globalement la planète. Il ne s’agit pour le moment que de propositions théoriques allant de l’injection dans la stratosphère de plusieurs centaines de milliers de tonnes de soufre pour faire partiellement écran au rayonnement solaire (ce qui permettrait de faire baisser la température moyenne de la Terre de 0,5°C… pendant environ 2 ans) à “l’ensemencement” des océans avec des nutriments ferreux afin d’accroître la productivité planctonique et accentuer ainsi le piégeage du CO2 atmosphérique, ou encore à l’envoi d’une constellation de sondes-parasols entre le Soleil et la Terre pour réfléchir une partie du rayonnement solaire… Le danger est que les climato-sceptiques se transforment ou soient remplacés par des “géo-ingénieristes” convaincus que l’homme peut influer comme bon lui semble sur le climat, ce qui conforterait la Maison Blanche dans son souhait de ne pas toucher au mode de vie américain en affirmant : il ne faut rien changer par ce que nous avons la certitude scientifique que l’homme aura bientôt le pouvoir de réparer les dommages qu’il a causés au climat et à l’environnement. Ce n’est heureusement pas l’avis de la grande majorité des spécialistes du climat. Mais la bataille n’est pas gagnée d’avance quand on sait les moyens qu’utilisent l’administration Bush pour “convaincre” un certain nombre de scientifiques de contester systématiquement les résultats du GIEC ou de l’Union of Concerned Scientists [3]. Et que les compagnies pétrolières essaient de semer le doute dans les médias et le public américain : EXXON a dépensé au moins 19 millions de dollars pour cela depuis 1997. Sans oublier le groupe de réflexion néo-conservateur American Enterprise Institute qui a tenté de convaincre des scientifiques de réfuter les conclusions de l’ONU sur le réchauffement en leur offrant jusqu’à 10.000 dollars par article [4].

Échapper au fisc

C’est le grand combat que mènent les entreprises des deux côtés de l’Atlantique. Lors du dernier sommet de Davos, des syndicalistes ont présenté aux journalistes un document d’une soixantaine de pages particulièrement édifiant : « En vingt ans, le taux d’imposition sur les sociétés a baissé d’un tiers dans les pays de l’OCDE, passant d’environ 45% en 1985 à 28,6% en 2005 » [5]. Le dispositif le plus efficace permettant aux entreprises d’échapper presque totalement au fisc est la zone franche. Dans les zones franches destinées aux exportations les taxes sont pratiquement nulles. Ce document révèlait qu’il y en avait 850 en 1998 et qu’il y en a plus 5.000 en 2004. Mais ces défiscalisations officielles ne suffisent pas aux transnationales : elles sont passées maîtres dans l’art d’utiliser les paradis fiscaux. Les syndicalistes en ont compté 73 dont la moitié ont moins de 25 ans d’existence. L’exemple de Boeing est particulièrement révélateur : il a créé 31 filiales « dans des paradis parfois trop petits pour qu’un avion de ligne puisse y atterrir ! » La banque Morgan Stanley a aujourd’hui 99 filiales dans des paradis fiscaux alors qu’elle n’en avait que deux en 1997.

L’imposition sur les sociétés compte ainsi de moins en moins dans les économies nationales (entre 5 et 10 % de l’ensemble des taxes perçues dans un pays et souvent moins de 5 % du produit intérieur brut).

Les syndicats ont dénoncé ce système qui accroît la pression sur les salariés et les PME qui n’ont pas les outils nécessaires pour ces tours de passe-passe fiscaux. Mais ils ont été relégués dans la salle réservée aux conférences de presse et leurs communiqués soigneusement placés à l’écart. Ils n’ont pu débattre avec les chefs d’entreprises et les ministres que par journalistes interposés.

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[1] “La prochaine bataille du climat”, par Stéphane Foucart, Le Monde, 21/02/2007.

[2] Communiqué NOAA du 16/02/2007.

[3] Nom traduit par Association des scientifiques inquiets.

[4] Le Monde, 15/02/2007.

[5] Le Monde, 27/01/2007.

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Si vous cherchez à comprendre

par M.-L. DUBOIN
9 mars 2007

Voici le nouveau livre de Marie-Louise Duboin. Comportant 230 pages, il vient d’être publié par les éditions du Sextant, qui en ont fixé le prix à 14,90 euros.

Il décrit d’abord les trois formes de la monnaie, leurs origines et les garanties qui y sont attachées.

Puis on suit l’évolution de la monnaie au cours de l’histoire : étalon-or, garde-fous introduits par les Banques centrales, puis les institutions internationales telles que le FMI, jusqu’à ce que, au début des années 1980, les déréglementations de la révolution libérale brisent toutes limites.

Les grandes théories monétaires et les fonctions classiques de la monnaie sont brièvement rappelées ensuite, avant de montrer que la monnaie actuelle a d’autres fonctions et d’autres pouvoirs.

La deuxième partie du livre invite à réfléchir aux rapports entre notre monnaie de dette et la société, puis rapelle que les populations, en cas de crise, réagissent en créant des monnaies parallèles, à usage restreint, mais qui leur permettent de survivre par l’entr’aide.

Pour que ces aspirations à la solidarité puissent être élargies à l’ensemble de la société, la dernière partie de ce livre présente des propositions pour changer de cap, pour ouvrir enfin l’économie à la démocratie.

En ce mois de mars, l’auteur aura deux fois l’occasion de présenter son livre au public lors d’une conférence-débat :

• La première à l’initiative du collectif citoyen, le mercredi 7 à 19 heures 30, à Vaulx-en-Velin, au Centre social et culturel Jean et Joséphine Peyri, rue Joseph Blein (près de la mairie annexe de la Côte).

• La seconde, organisée par l’Écho du citoyen, le vendredi 16 à 20 heures, à Tonnay-Charente, au Centre Richard, salle de l’auditorium, avenue De Gaulle. En avril, un exposé-débat est prévu à Mulhouse.

Vous pouvez dès à présent commander ce livre à La Grande Relève

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Actualité : l’élection présidentielle

À côté de la plaque !

par M.-L. DUBOIN
9 mars 2007

Tous les candidats à la Présidentielle, sans exception, font des promesses comme si, étant élus, ils auraient le pouvoir de les réaliser. C’est totalement irréaliste, ils rêvent. Ils sont à “côté de la plaque”, selon une expression triviale qui décrit bien le drame de la situation.

Cela fait environ un quart de siècle qu’en entérinant les dérégulations financières et libéralisant la circulation des capitaux, les gouvernements ont renoncé à tout pouvoir sur l’essentiel, c’est-à-dire sur les grandes décisions économiques et les conditions sociales qui en découlent. Au point que tous leurs chiffrages et tous les plans sur la comète qu’ils présentent ne sont en fait que promesses de cautères sur jambes de bois.

Et on s’affaire, on discute, on s’invective, on se défie, exactement comme si on était dans une démocratie et que l’élu, aidé par le parti qui le soutient, allait pouvoir exercer le mandat que ses électeurs pensent lui confier !

Tout le monde participe à cette mascarade, comme des marionnettes qui n’ont pas conscience des ficelles qui les agitent.

Et pendant qu’encouragées par ceux qui les applaudissent, ces marionnettes continuent imperturbablement depuis des décennies, à dire leurs textes en brassant l’air, la situation réelle sur la planète continue à se détériorer, depuis des décennies aussi. Non seulement l’atmosphère s’empoisonne, la biodiversité est compromise et les ressources non renouvelables s’épuisent, mais la misère physique et morale des humains, même dans les pays réputés riches, prospères, civilisés et évolués, ne cesse de s’aggraver dramatiquement.

La bonne formule pour décrire cet aveuglement, « alors que la maison brûle, tout le monde regarde ailleurs », a été trouvée pour attirer l’attention sur le problème écologique, et elle a mené à une certaine prise de conscience en ce domaine. Mais au-delà de l’écologie, c’est au sort des humains, et à celui des générations futures qu’il faut l’utiliser, au lieu de parier sur la croissance pour tout brûler, encore plus vite !

Si les candidats qui ont des chances de l’emporter attirent les votes en pariant sur le travail (qui, selon Sarko va créer des richesses), sur l’entreprise (qui, selon Bayrou, est créatrice d’innovation, donc de richesses et pour tous aussi, bien sûr) et sur la croissance (dont les bénéfices, selon Ségo, seront mieux partagés), c’est parce que la population ne sait à peu près rien [*] du fonctionnement réel de l’économie et des marchés financiers. C’est cette ignorance qui permet à ceux qui en profitent de lui faire croire n’importe quoi. Et d’autant plus facilement que les manuels consacrés à la finance et à l’économie sont rédigés sans le moindre esprit critique : il est exposé à leurs lecteurs que « c’est comme ça », donc que « ça ne peut pas être autrement », que le marché et « la concurrence “libre et non faussée” sont la panacée. Vouloir envisager autre chose c’est, a priori, soit l’utopie, soit l’horreur.

Ainsi prévenu, le citoyen n’a plus aucune perspective. Il n’a qu’à se plier à ces contraintes. Sa seule liberté est de choisir, en toute démocratie, entre capitalisme et capitalisme, sans être en mesure d’entrevoir où mène l’accumulation débridée des capitaux qui ont pris le pouvoir.

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[*] Menez votre propre enquête

Posez autour de vous quelques questions essentielles. En voici trois, par exemple, mais on peut en trouver bien d’autres :

— Quand vous déposez vos économies sur votre compte en banque, est-ce que cet argent
•a) est toujours à vous ?
•b) appartient désormais à la banque ?

— Quand une banque ouvre un crédit à un de ses clients, est-ce que
•a) elle lui prête l’argent économisé par un autre de ses clients ?
•b) elle crée de la monnaie nouvelle ?

— Vous savez qu’au-dessus d’une certaine somme la loi interdit de payer “en liquide”. Mais savez-vous si la monnaie légale, celle qui est garantie par l’État, est constituée
•a) de tout ce qui sert à payer dans l’unité monétaire en usage du pays (c’est-à-dire pour la France, l’euro), donc les pièces, les billets de banque, les chèques, les cartes de paiement ?
•b) ou de seulement les pièces et les billets (soit environ 15 % des moyens de paiement) dans l’unité monétaire du pays, donc chèques et cartes de paiement exclus ?

Si votre interlocuteur, à au moins l’une de ces trois questions, choisit la réponse a) vous pouvez l’avertir que ses convictions sont mal fondées… et lui suggérer de s’informer sérieusement pour découvrir ensuite le rôle joué par les marchés dérivés et les fonds de pension, jusqu’à comprendre que ce ne sont plus les responsables politiques qui détiennent le vrai pouvoir, celui de prendre les grandes décisions qui engagent notre avenir à tous !

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Actualité : l’élection présidentielle

Par contre, les professionnels de la finance, eux, sont évidemment bien placés pour savoir qu’ils naviguent au sein du vrai pouvoir et que leur position ne sera pas remise en cause, quelle que soit l’issue des scrutins. Leurs témoignages, recueillis par Yves Eudes et rapportés dans Le Monde du 24 février, permettent de le constater : ils confirment qu’il n’y a aucun “vrai changement” possible sans une remise en cause du pouvoir financier, ce qu’aucun des candidats éligibles n’envisage.

Les golden boys ne sont pas inquiets

9 mars 2007

Ce journaliste a d’abord rencontré deux “gérants de porte-feuilles” qui travaillent, avec une centaine d’autres employés, pour une société parisienne, dans un des quartiers les plus chics de Paris. Le premier, interviewé dans un bar luxueux, explique que même s’il travaille souvent onze heures par jour (mais la RTT lui permet de “décompresser”), il est très heureux de pouvoir faire souvent la fête le soir avec des collègues, célibataires comme lui, car il ne cache pas qu’ils gagnent fort bien leur vie, que leur salaire annuel est facilement doublé grâce aux primes de fin d’année, et que quelques “bonus” peuvent approcher le million d’euros. C’est pour lui la preuve que la planète finance tourne rond et que les sociétés financières profitent pleinement de l’expansion de l’économie mondiale.

Ses collègues et lui-même n’attendent rien de la politique : « Ségo ou Sarko, ça ne va pas changer ma vie ». Ils ne s’y intéressent professionnellement que dans la mesure où, par exemple, une décision de l’OMC pourrait affecter les portefeuilles des entreprises dont ils ont la gestion. Alors l’élection présidentielle les amuse plutôt. Il est frappé par la ressemblance entre les programmes des grands partis : ils veulent tous « un État fort, mais aucune remise en cause de l’économie de marché » !

Le second interviewé, son collègue, va plus loin : « l’opium du peuple, aujourd’hui, c’est la politique… quand je vois les gens en situation difficile placer tous leurs espoirs dans la politique, ça m’attriste : ils font fausse route ». Et il ajoute de façon on ne peut plus claire : « Le principal levier dont disposaient les gouvernements, c’était la politique monétaire, mais depuis l’euro et la Banque centrale européenne, cet outil leur a été retiré » et il conclut peu élégamment mais très catégoriquement : « les politiciens se foutent de la gueule du monde. Quand on connaît bien les dossiers économiques, on s’aperçoit que leur démagogie est trop énorme ».

Voici donc un témoignage vivant, qui a le mérite de la franchise, et qui devrait donc faire réfléchir les électeurs au-delà des déclarations médiatisées des candidats…

Une autre collègue avoue que si le temps le permet elle ira passer le week end à la mer, sinon, elle votera “par élimination” pour Sarkozy, ce qui ne l’empêche pas de dénoncer pourtant l’incohérence de la “pensée économique de l’UMP”, en ces termes : « Ils se réjouissent quand une entreprise française s’implante à l’international, mais ils crient au scandale dès qu’un “fleuron de notre industrie” est acheté par “un méchant étranger”. Pourquoi mettre ces entreprises sur le marché si on veut que personne ne puisse les acheter ? »

*

Le président-fondateur de leur société de gestion de porte-feuilles accueille ses visiteurs dans un vaste bureau décoré avec goût. Pour lui, le clivage gauche-droite est dépassé, il observe dans les deux camps le même combat des anciens et des modernes : « Les anciens croient encore que l’économie est à leur service », alors que les modernes ont compris que la démarche intelligente consiste pour eux à se mettre au service de l’entreprise.

Cette analyse d’un responsable financier est au moins aussi édifiante que celle de ses employés : le changement, la rupture avec le passé qu’annoncent les candidats qui se présentent comme étant de la “nouvelle génération” de leurs partis, c’est, en fait, le renoncement au pouvoir, c’est leur propre soumission, leur rôle désormais sera d’aider les entreprises à faire des profits pour les actionnaires. Mais pour pouvoir jouer ce rôle qui les enthousiasme, il faut d’abord qu’ils soient élus, et pour cela il faut qu’ils trouvent de belles formules pour affirmer au bon peuple qu’il y aura des retombées pour lui, plus tard et si la croissance est suffisante…

Notre président de société financière est donc confiant. Il ne s’inquiète pas qu’il y ait eu un semblant de débat sur les salaires excessifs de certains patrons ou sur les parachutes en or, parce qu’il est certain que ce débat n’ira pas loin. Ce qui lui paraît bien plus important, c’est de supprimer la taxe professionnelle, de baisser les impôts des entreprises. Mais « exaspéré par les traitements que lui infligent les fonctionnaires », il estime que pour responsabiliser les gens, il faut que tous les foyers sans exception, même les plus pauvres, paient un impôt sur leur revenu afin qu’ils se sentent concernés par le financement de l’État.

Il n’a sans doute pas la moindre idée du montant du revenu des foyers qu’il qualifie de “modestes”, et il reconnaît qu’aimant sa vie, son appartement et sa maison en Normandie, il ne se sent pas concerné par l’agitation électorale.

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Un de nos fidèles lecteurs nous a fait parvenir l’appel (accompagné d’un bulletin de soutien [1]) qu’il a reçu du président-fondateur d’un mouvement politique ( ?) baptisé IFRAP 2007. Jouant sur le mode populiste, cet appel est intitulé « Campagne électorale : Les partis politiques nous trompent ». C’est l’archétype même du discours abondamment répandu dans la presse et les milieux de droite et qui reprend les arguments du Medef :

Présentation et résumé de la thèse de l’ IFRAP 2007

Un sous-marin du Medef

9 mars 2007

À côté de sa photo, le président de l’Ifrap, Bernard Zimmern, se présente : Polytechnicien, Énarque, Inventeur des compresseurs à vis unique ( !?) :

« J’ai déposé dans ma vie plus de 500 brevets qui ont créé plusieurs milliers d’emplois. Mais pour créer des emplois, il faut investir. En moyenne 30.000 euros par emplois. En France, nous investissons 1,5 milliard par an, à peine de quoi en créer 50.000. Les Anglais, eux, investissent 10 milliards et ont créé 300.000 emplois de plus par an, 6 millions en 20 ans. Des dizaines de milliers de nos jeunes sont partis en Grande-Bretagne, car, là-bas, il y a plein de travail ».

L’échec prévisible des partis

« Que ce soit la droite ou la gauche qui gagne les élections, ils ne pourront jamais réaliser leurs programmes, ils nous leurrent. Car le cheval France (sic) ne peut plus avancer : avec seulement 17 millions de personnes au travail dans le secteur privé alors que les Anglais en ont plus de 24, ces 17 millions doivent faire vivre les 43 millions dont 6 millions de RMIstes, de précaires, tous dans l’exclusion ou à la limite de l’exclusion. Le cheval est en train de s’écrouler : l’économie française ne passe pas par un trou d’air comme veulent nous faire croire les médias. La chute massive de l’investissement dans nos entreprises depuis dix ans, dont nous avons la preuve statistique, montre que nous sommes au bord de l’effondrement ».

L’appel aux candidats à la Présidence

« Tous les partis politiques devraient avoir au fronton (sic) de leurs programmes : il nous faut créer 7 millions d’emplois supplémentaires. C’est la condition pour stopper la précarité, arrêter le déficit du budget, réduire la dette. Sans ces 7 millions d’emplois, nous ne pourrons jamais financer convenablement la recherche, nos retraites, combler le gouffre du budget ou de la sécurité sociale qui ne vit plus que d’expédients. […]

Les deux questions qu’il faut poser à ceux qui se présentent à l’élection présidentielle sont :

• Comment ferez-vous pour que les Français mettent 10 milliards d’euros par an dans les créations d’entreprises ?

• Comment lancerez-vous assez d’entrepreneurs dans l’aventure de la création d’entreprise si vous ne donnez pas au Parlement les moyens de réduire la dépense publique et donc les prélèvements ?

Sans cela, nous ne créerons jamais les 7 millions d’emplois sans lesquels le reste de vos programmes sont des nuages de fumée, des rêves.

Les réponses à ces questions existent . D’autres pays les appliquent et n’ont pas de chômage ; ils ont créé des millions d’emplois, voire des dizaines de millions d’emplois. »

Mais comment créer 7 millions d’emplois ?

« Tout simplement en créant massivement des entreprises [2] à forte croissance qu’on appelle des “gazelles”, capables d’embaucher dès leur naissance 10, 20, 30 salariés, pas 1 ou 2 comme le micro-crédit, et qui grimpent ensuite en moins de cinq ans à 100, 200, 500 salariés. Des entreprises capables d’exporter et de se battre contre les chinoises ou les américaines. Nous en avons moitié moins que les Anglais et les nôtres ne grossissent pas. Après 7 ans, elles ont créé chacune 4 fois moins d’emplois que les anglaises ».

Pourquoi ?

« Parce que nous n’avons pas en France le seul moyen de financer la création de nos gazelles : les “Business Angels” (BA). Les nations à croissance forte sont celles qui ont développé massivement ces BA : les Anglais en ont 50.000, les Américains 500.000. Nous 4.000. Il nous faut passer à 40.000 BA ».

Pour y parvenir, c’est très simple :

« il nous faut une seule mesure fiscale forte qui permette à ceux qui investissent dans la création d’entreprise de déduire la moitié de leurs investissement de leurs impôts à payer et, dès que possible, supprimer l’ISF qui paralyse notre économie »

Et, enfin, le couplet classique :

« Nos entreprises sont écrasées d’impôts pour nourrir un secteur public comprenant des centaines d’institutions qui ne servent à rien [3] mais que personne ne contrôle car c’est la République des copains. Il faut que cela cesse et que nos parlementaires qui votent le budget de ces sangsues se dotent d’un organisme de contrôle qui leur soit rattaché et qui soit constitué d’experts venus du privé, pas d’autres copains fonctionnaires. […] Il faut bouleverser notre contrôle fiscal. Faire respecter la loi fiscale par les individus et les entreprises est indispensable. Mais ce n’est plus ce que fait le contrôle fiscal en France : il fait du chiffre, il rackette, il tue des milliers d’entreprises et détruit chaque année des dizaines de millers d’emplois. Tout simplement parce que le contrôleur est obligé par sa hiérarchie de faire des quotas et qu’en face du contrôlé, elle ( ?) est toute puissante. Il faut que cela cesse… »

 *** 
Et s’il allait voir de plus près… ?

Qu’attend donc M. Zimmern pour s’installer dans l’Eden britannique ? Il pourrait y apprendre, par exemple, qu’en 2005, 350.000 Britanniques ont quitté leur île pour jouir d’une vie meilleure, qu’un diplômé sur six (le plus fort pourcentage parmi les pays occidentaux, selon un rapport de la Banque mondiale) a émigré, que des centaines de jeunes diplômés en médecine s’en vont parce qu’ils ne trouvent pas de poste correspondant à leur formation, bien que le système de santé anglais manque de bras [4], que ce service de santé a supprimé 8.000 emplois administratifs en délocalisant leur tâches en Inde [5], qu’un quart des jeunes britanniques âgés de 18 à 25 ans, essentiellement des diplômés, veulent vivre et travailler à l’étranger, et que parmi eux, depuis 2003, le nombre de ceux qui sont prêts à un départ immédiat a doublé [6].

En fait notre Anglomaniaque n’a nul besoin de se risquer à traverser le Channel pour mettre à jour ses statistiques. Selon Eurostat, organisme de l’Union européenne, la proportion d’emplois créés en France, entre 1995 et 2005, a été largement supérieure à celle du Royaume-Uni et du Danemark : 11,4 % contre 6,2 % chez les Danois et 8,2 % chez les Britanniques [7]. Quant à l’Allemagne, premier exportateur mondial, son taux de création d’emplois est particulièrement bas, à peine 1,6 %, ce qui reflète l’accroissement important de sa productivité qui lui a permis de gagner en compétitivité. Mais il semble qu’en matière de productivité, M. Zimmern en soit encore à l’âge des cavernes !

Voici maintenant la réponse cinglante que lui a faite notre lecteur :

 *** 
La réponse de J.F Amary

Monsieur,

Vous avez peut-être inventé les compresseurs à vis unique et déposé plus de 500 brevets, mais assurément pas celui de l’eau chaude. Car il n’est pas nécessaire de sortir de Polytechnique pour comprendre que l’emploi est un faux problème qui arrange bien les politiciens et les exploiteurs de tous bords. Tous veulent nous faire croire que créer des emplois, fussent-ils non-indispensables, voire nuisibles ou carrément criminels, est LA solution à tous nos problèmes… !

Vous le savez mieux que moi, le secteur tertiaire est en train de l’emporter sur ses deux prédécesseurs et la plupart de ces emplois sont bidon : Agences de marketigne, de consultigne, de packagigne, j’en passe et des pires.

Les secteurs primaire et secondaire ont besoin de moins en moins de bras, grâce au fabuleux bond de la productivité, dû dans un premier temps à la mécanisation, puis dans un second à l’informatique.

Les agriculteurs, particulièrement les productivistes, sont devenus des fonctionnaires ou des rentiers, gavés de subventions.

Les patrons bénéficient d’aides éhontées et sans contrepartie sociale.

La dette de l’État envers la Sécurité sociale atteignait 5,9 milliards d’euros fin 2006, soit près de la moitié du fameux trou. Or cette dette est liée en partie aux exonérations de cotisations consenties par les divers derniers gouvernements, aux patrons.

N’est-il pas scandaleux de s’indigner de ce que des personnes ne survivent que grâce au RMI et aux Assedic ?

Ne sont-ce pas les entreprises qui créent les chômeurs quand elles délocalisent et en robotisent, dans l’espoir de tenir contre la concurrence internationale ? Espoir illusoire puisque les règles du jeu ne sont pas les mêmes.

Avant d’être chômeurs, les travailleurs étaient majoritairement dociles, comme rampent actuellement ceux qui ont encore un emploi.

Personnellement, j’ai encore un emploi et je suis fier de cotiser à la caisse chômage en pensant que ça profite à des gens qui ne participent plus, temporairement ou définitivement, à la mise à sac de la planète, organisée en France par le Medef et la FNSEA, deux associations de malfaiteurs.

Même un énarque peut comprendre que les richesses produites sont en constante augmentation, mais qu’elles sont de plus en plus mal réparties.

Oui, Monsieur l’inventeur-politicien, de moins en moins de travailleurs suffisent à produire de plus en plus de richesses.

C’est à cause de l’accaparement de ces richesses par une minorité que la pauvreté se propage même dans nos pays riches.

Si les patrons investissaient, au lieu de s’octroyer des stock-options et des parachutes dorés à tire larigot, peut-être que leurs entreprises seraient plus performantes face à la concurrence déloyale des pays à esclavage légal ?

Puisque vos 500 brevets ont créé des milliers d’emplois, continuez à en déposer. Vous pourrez vous arrêter à 7 millions d’emplois créés.

Si vous n’avez que le tchatchérisme à nous proposer comme modèle, vous êtes ridicule. La Grande-Bretagne est l’exemple qu’il ne faut surtout pas suivre. On sait le désastre causé par la privatisation des services publics. On sait que les enfants travaillent dans cet ex-grand pays. On sait aussi que la grande pauvreté y sévit aussi dramatiquement que chez nous.

Vous écrivez sans-doute mieux que vos “gazelles”, mais vous courez certainement moins vite... !

Salut Monsieur, et ne comptez pas sur moi pour propager vos délires.

J-F Amary.
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[1] À renvoyer bien sûr, avec sa contribution financière, déductible à 66% de ses impôts sur le revenu.

[2] Il faut, en effet, être Polytechnicien pour avoir trouvé ça.

[3] comme, sans doute, l’École polytechnique et l’ENA, qui assurent une formation rémunérée dont il a lui-même amplement profité ?

[4] Le Monde, 21/02/2006.

[5] Le Monde, 19/04/2006.

[6] Le Monde, 06-07/08/06.

[7] Le Monde, 16/02/2007.

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Témoignage

Bienvenue en France aux cocottes de Thaïlande

par P. VINCENT
9 mars 2007

Dans sa tournée de la classe ouvrière, à laquelle il aime donner en exemple les bons socialistes d’autrefois, Nicolas Sarkozy avait choisi ce 25 janvier de visiter la Société Le Creuset à Saint Quentin.

À la fin de sa visite, il reçut en cadeau pour Cécilia une cocotte traditionnelle en fonte émaillée que la Société fabrique encore en France.

Mais les membres de sa suite et tous les journalistes qui avaient couvert l’événement se sont vu offrir une cocotte en céramique “made in Thaïland”.

C’est un journaliste du Courrier Picard qui raconte l’histoire, reprise bien sûr par Le Canard enchaîné.

On sera heureux pour la Thaïlande d’apprendre que les produits thaïlandais sont ainsi parfois préférés aux produits chinois, mais en ce qui concerne la France il ne faudra pas s’étonner si le bon chiffre de la consommation des ménages est suivi d’un mauvais chiffre de la balance commerciale quand ce que l’on achète est le plus souvent importé. C’est ce qui avait déjà fait échouer la politique de relance tentée par Pierre Mauroy.

Cette plaisante histoire illustre bien la situation de certaines industries françaises.

J’ai connu la Société Le Creuset et je l’ai eue comme cliente, il y a une quarantaine d’années, quand je vendais, entre autres, des installations pour l’industrie de la fonderie. Était alors déjà moribonde, dans la même région, la Fonderie Godin, fondée en 1840 par Jean-Baptiste Godin et qui avait employé jusqu’à 2.000 personnes. La Société Le Creuset a survécu en se transformant en Société commerciale qui achète et revend tout l’équipement pour la cuisine. Mais les emplois commerciaux à usage interne, pas plus que les emplois de services improductifs, ne présentent pas le même intérêt économique que des emplois industriels qui répondaient à la demande française de consommation et permettaient même d’exporter.

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Témoignage

Pour mieux comprendre les propositions sur le travail du candidat UMP, voici l’analyse qu’en fait sur internet (adresse www.democratie-socialisme.org)un spécialiste, puisqu’il est inspecteur du travail :

Sarkozy parle à la France qui se lève tôt

par G. FILOCHE
9 mars 2007

Quand Sarkozy se lève tôt, c’est pour proposer aux salariés de travailler plus en gagnant moins ! Il a en effet déclaré : « Quel est le problème avec les 35 heures ? C’est que ça doit être un minimum, pas un maximum ! » Et il lui a fallu pour cela faire mine d’être filmé à Rungis dés 5 h du matin devant toutes les télévisions... C’est vrai qu’il n’y a presque jamais de reportages à l’heure où les premiers travailleurs postés, immigrés du bâtiment gris de fatigue, de femmes de ménage ou soignantes... attendent aux portes du métro de Paris que s’ouvrent les grilles. À cette heure-là, les femmes se tiennent mieux que les hommes, dont la tête tombe vite de sommeil contre les vitres. Ils partent à l’aube pour des journées de 10 ou 12 parfois 14 heures de travail.

Il faut savoir qu’en France, il y a des centaines de millions d’heures de travail impayées, non comptabilisées, non majorées, que ces salariés ne peuvent refuser sous peine de perdre leur fragile emploi. Il y a même des cadres qui ont des forfaits jour et dont on ne décompte plus les temps de trajets professionnels depuis la loi Borloo de janvier 2005. Et il y a ceux qui font 45 heures, parfois au-delà, dans la restauration, le transport, le bâtiment, le nettoyage, la vente, des services de toutes sortes. Ils travaillent déjà beaucoup et gagnent peu.

Et ils souffrent : les journaux ont fait état, le 2 février, de trois suicides de salariés et une tentative sur le site de Renault à Guyancourt. Trop de pression au travail ! « Ils ne mourraient pas tous, mais tous étaient frappés... », selon les termes de Christophe Desjours. La souffrance au travail s’accroît chaque jour.

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Souffrance que le candidat Sarkozy, avec de faux sourires, veut accroître si par malheur, il gagne. Il propose aux salariés, c’est le centre de son programme : « la liberté de travailler plus pour gagner plus ». Alors qu’il sait bien qu’aucun salarié de ce pays, Sarkozy n’a la “liberté” de travailler plus. C’est l’employeur, seul, unilatéralement qui fixe la durée du travail à l’embauche, dans le contrat. Tout salarié est “subordonné”, juridiquement et économiquement. Ce n’est pas lui qui décide. C’est l’employeur seul qui fait faire ou non des heures supplémentaires... ou qui impose un temps partiel.

Ainsi 60 % des 3,7 millions de salariés (85 % de femmes, 80 % de non qualifiés) subissent le temps partiel et sont des travailleurs pauvres. Les employeurs encouragés, stimulés, aidés par les exonérations de cotisations sociales que l’État leur a données ont organisé et systématisé le temps partiel.

La loi impose “une mensualisation à 151,66 heures pour les temps pleins” sur la base de 35 h hebdomadaires, durée légale depuis le 1er janvier 2002. La durée maximale du travail étant de 48 h hebdomadaires, il y a place pour 13 heures supplémentaires par semaine. Mais les employeurs, sans être suffisamment sanctionnés, ont contourné cette durée légale pour imposer des heures supplémentaires par centaines de millions, souvent sans les faire figurer au bulletin de paie, sans les majorer au taux légal, et sans les cotiser aux caisses de Sécurité sociale.

Ce que Sarkozy propose sans pudeur c’est d’augmenter ce travail massif, déjà existant, souvent illégal, (neuf plaintes sur 10 à l’inspection du travail) en imposant que ces heures supplémentaires ne soient plus majorées, plus cotisées, plus imposées... Cest donc bien « l’obligation de travailler plus pour gagner moins ». Et c’est d’ailleurs ce qu’il a fait depuis 5 ans qu’il est au pouvoir : il a repoussé de trois ans la date à laquelle les heures supplémentaires (qui n’étaient majorées que de 10 % entre 35 et 39 h dans les entreprises de moins de 20 salariés) allaient, comme prévu par la loi Aubry, être majorées de 25 %. Les 4,8 millions de salariés qui n’ont pas bénéficié de cette (petite) augmentation de leurs heures supplémentaires le doivent à Sarkozy et Fillon. Quand ils ont allongé de 130 à 220 heures le contingent annuel autorisé d’heures supplémentaires ils ont fait perdre des dizaines d’heures supplémentaires majorées de 100 % à des centaines de milliers de salariés.

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Sarkozy, c’est le CPE 2, un CNE puissance toute la vie, c’est la fin du Code du travail.

Avec le rachat des compte épargne temps (congés payés contre argent), avec les forfaits jour, avec les heures supplémentaires non cotisées, non majorées, avec des contingents annuels allongés, avec des contrôles rendus impossibles (décret du 4 janvier 2007 !), avec le CNE sur toute la vie, avec le licenciement sans motif, avec le droit de grève limité, avec le droit syndical diminué, Sarkozy, c’est le vampire qui sourit aux ouvriers et les regarde dans les yeux pour mieux les tromper.

Mais ça ne va pas se passer comme cela : comme au printemps 2006 face au CPE, salariés et jeunes sauront lui faire barrage.

… Dans les urnes cette fois.

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Des élections pour rien ?

par G.-H. BRISSÉ
30 mars 2007

Voici trois exemples qui montrent comment fonctionne la nouvelle législation des retraites :

Premier cas : M. et Mme N… sont de nationalité étrangère et d’un âge très avancé. Il y a un quart de siècle, ils ont fui leur pays parce que ce dernier était livré à une guerre civile atroce qui déboucha sur son occupation par une armée étrangère. Depuis, leur existence a été consacrée, pour une bonne part, au service de la France. Ils ont effectué toutes les démarches nécessaires pour acquérir la nationalité française, mais elle leur a été refusée parce que les papiers de référence avaient été détruits ! En un combat douteux, leurs multiples réclamations furent jugées vaines : ne les désignez pas sous le vocable de “harkis” de la République, mais c’est tout comme !

Ils ne se plaignent pas de leur sort. Vivant en HLM, quelque part en région parisienne, ils perçoivent en tant que couple, l’allocation de solidarité réservée aux personnes âgées, un minimum vieillesse de 1.114,51 euros par mois. Bénéficiaires de l’APL, ils acquittent un loyer modéré, incluant des charges communes d’entretien, ils bénéficient de la CMU, qui prend en charge leurs dépenses de santé. D’autres menus avantages leur permettent, avec l’aide généreuse de la famille qui s’agrandit d’année en année, de retourner de temps à autre dans leur pays d’origine, aujourd’hui pacifié. Voici donc des étrangers à qui l’installation en France fut bénéfique et qui n’ont aucune raison de s’en plaindre !

L’une de leurs filles, Mme X…, de nationalité française acquise par mariage, a moins de chance. Elle a travaillé dur et cotisé pour sa retraite pendant 22 ans. Vers la cinquantaine, elle a du s’inscrire à l’ANPE mais les services de l’emploi ne lui ont rien proposé, car au-delà de 50 ans, toute recherche d’emploi ou de formation qualifiante rémunérée n’a aucune chance d’aboutir. Elle était trop âgée … y compris pour être bénéficiaire d’une indemnité de chômage. Ayant atteint le cap des 60 ans elle vient de solliciter la liquidation de sa retraite. Hélas, ceux qui croient pouvoir partir à cet âge se font des illusions, et si on laisse faire, l’âge légal de la retraite sera bientôt repoussé à 70 ans, on en évoque déjà la perspective, puis à 75 ans. Les gens ne vivent-ils pas de plus en plus vieux ? La CNAM considère donc que cette sexagénaire est trop jeune pour prétendre à une retraite, elle doit attendre d’avoir 65 ans. Et si elle confirme sa demande dès maintenant, sa retraite sera ramenée au tiers, soit 170 euros par mois ! Sa pension est donc nettement moindre que celle de ses parents, qui n’ont jamais exercé une activité professionnelle en France !

Autre cas : Monsieur Y..., après avoir travaillé jusqu’à 65 ans, a été licencié pour limite d’âge ! Il avait cotisé 42 ans au taux maximum dans la perspective d’avoir, au bout, une retraite décente. Effectivement, dix ans plus tôt, sa retraite lui aurait permis de vivoter modestement, dans la dignité et une relative indépendance. Mais aujourd’hui, prélèvements obligatoires (impôts, factures d’eau, de gaz, d’électricité, de téléphone, de mutuelle, d’assurances, etc.), remboursement de plus en plus élevé de ses emprunts, auxquels s’ajoute la hausse continue, voire accélérée, malgré les démentis officiels, du coût de la vie, font qu’il ne lui reste pratiquement rien pour vivre. Alors qu’il a compté sur un niveau de vie croissant au fil des ans, il se retrouve condamné à la mendicité publique. Son député lui rétorque : la réponse au problème posé par les retraites passe par le travail !

Travaillez plus, plus longtemps, et vous cotiserez plus ! C’est dans cet esprit que l’on veut inciter les retraités à reprendre du travail. Quelle hypocrisie ! Allez reclasser un salarié de plus de 50 ans ! Plus le travail se précarise, plus il s’émiette, et moins il est rémunéré. Les salariés paient un tribut de plus en plus lourd à cette machine infernale qui consiste à ponctionner les salaires pour alimenter les caisses des ASSEDIC, de la Sécurité sociale, de l’État, des collectivités territoriales. Ce système pouvait être valable lorsqu’existait l’échelle mobile des salaires, parce qu’on pouvait instaurer une parité de contribution aux différents budgets publics entre salariés et patrons. Mais aujourd’hui les actionnaires acquittent une part de plus en plus dérisoire, et il ne reste aux salariés que leurs yeux pour pleurer.

Revenons à Mme X : peut-elle patienter encore cinq longues années pour percevoir, si c’est encore possible vu l’incertitude qui pèse sur les retraites, 300 euros par mois ? Non, c’est tout de suite qu’elle en a besoin ; c’est une question de survie, à moins d’aller rejoindre les “Don Quichotte” le long du canal Saint Martin à Paris. Que va-t-elle faire avec ses 170 euros mensuels ? Elle commence, elle aussi, à ressentir le poids des ans, et elle n’est pas prise en charge à 100% pour ses dépenses de santé !

Si elle se compare à ses parents qui perçoivent plus de 1.000 euros par mois sans avoir travaillé, elle se dit : à quoi bon avoir travaillé pendant 22 ans ? Mais d’eux, elle sait qu’ils méritent bien leur quiétude actuelle parce qu’ils ont trimé toute leur vie dans leur pays d’origine et qu’ils ont subi les affres d’une guerre épouvantable. Par contre, elle sait aussi que ce n’est pas le cas de tout le monde. Et elle songe ces “parachutes dorés”, plus que confortables, acquis “en dormant. Alors elle se demande : pourquoi certains perçoivent-ils des indemnités sans travail alors que d’autres, qui ont trimé toute leur existence, voient leurs revenus diminuer d’année en année, sans que les pouvoirs publics, qui devraient être soucieux du “bien commun”, interviennent pour y mettre bon ordre ?

Pourquoi maintient-on des dispenses du paiement de l’impôt sur des critères de “seuil” qui n’ont pas été réévalués depuis des années, alors qu’ils sont contestables ? À peine une équipe gouvernementale se hisse-t-elle au pouvoir qu’elle s’empresse de faire voter ses propres lois (plusieurs milliers de pages par an), sans considérer ce qu’ont voté ses prédécesseurs. De sorte qu’on assiste à un empilement de dispositifs légaux, qui s’ajoutent les uns aux autres, mais sans constituer un édifice cohérent. Un gouvernement doit avoir le souci de préserver certains intérêts acquis, mais, dans le même temps, faire le ménage dans ce foutoir de dispositifs légaux complètement obsolètes.

De qui se moque-t-on ? Tant d’inégalités sociales, tant de disparités de statuts suscitent un vrai malaise. L’empilement de dispositions légales est à ce point ahurissant qu’on pourrait conclure : si vous souhaitez obtenir une retraite décente, ne travaillez jamais. Vivez de l’air du temps, débrouillez-vous pour organiser quelques trafics illégaux, ou bien livrez-vous à la mendicité publique, ou privée !

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L’“impôt négatif” en faveur des plus modestes n’est pas une mauvaise chose en soi, ce qui est contestable c’est la manière dont il est mis en œuvre, parce qu’il donne lieu à de nombreuses injustices.

Mieux vaudrait l’instauration d’un revenu de base pour tous, dont la valeur évoluerait en fonction des stocks, réels ou potentiels, des biens disponibles et des services existant sur le marché. Il s’agirait là d’une démarche de solidarité vraie, en même temps que d’un assainissement public. Ces biens ou services de grande consommation, accessibles à l’aide d’une monnaie spécifique, doivent être préalablement listés pour être fiables. Quant aux produits et service de luxe et de semi-luxe, rares sur le marché donc chers, ils seraient accessibles par des revenus complémentaires acquis par des activités diverses (commerce, échanges, etc.)…

J’attends des candidats à la magistrature suprême autre chose que des beaux discours sans lendemain ou des promesses de Gascon, cent fois ressassées. Des perspectives de réalisations concrètes immédiates. Dans un esprit de solidarité vraie, de partage librement accepté et assumé, de mise en commun de toutes les énergies et connaissances disponibles, toutes orientations qui font défaut dans notre société soumise aux aléas boursiers, à un individualisme forcené et à la concurrence des individus et des groupes sociaux entre eux.

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Pendant les grand’messes des uns et des autres, notre planète f... le camp sous l’effet d’un réchauffement climatique suscité par les activités humaines, en particulier celles qui sont productrices de CO2 ! La banquise et les glaciers fondent, inondations, sécheresses, grosses chaleurs, cyclones se multiplient, comme en témoignent les splendides clichés de M. Yann Artus Bertrand.

Il urge donc d’aller plus loin que les grands discours émanant de la réunionnite aiguë, des rencontres au sommet qui donnent le vertige, des bonnes résolutions jamais mises en œuvre (le protocole de Kyoto, a près de dix ans d’âge, il fait suite à la Conférence de Rio de 1992, dont les orientations furent mollement appliquées ou pas observées, en particulier par l’hyper-puissance qui produit plus de 35 % de la pollution de la planète). Et le Président de la République a déclaré vouloir mettre en œuvre la révolution écologique proposée par Nicolas Hulot, confortée par les conclusions des spécialistes du Groupe International d’Étude du Climat. Cette initiative devrait, paraît-il, déboucher sur une Organisation Mondiale de l’Écologie.

Complément obligé de ce très sage pacte pour une révolution écologique, c’est un autre pacte qu’il faut offrir à « ses chers compatriotes » et au monde entier, un pacte pour une révolution économique et monétaire. Car si perdurent les mœurs actuelles, si les investissements budgétaires continuent à se perdre dans une spéculation financière stérile au profit d’une minorité, alors que le sort de la grande majorité s’aggrave de jour en jour, à quoi servent les bonnes intentions ? Vers quoi s’acheminent les programmes les mieux élaborés ?

La liberté et la démocratie sont de grands principes de base auxquels nous sommes tous et toutes attachés. Mais la liberté trouve ses limites dans les dommages que ses excès peuvent causer à autrui, et la démocratie libérale sombre dans l’ultra-libéralisme.

Soyons donc attentifs aux réalités que dissimule, sous certains vocables, une kyrielle de promesses électorales.

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Témoignage

Pour pouvoir développer leurs semences d’organismes génétiquement modifiés (OGM), les multinationales productrices affirment que leur culture en plein air est sans danger, ce que personne ne peut prouver. Ce type de culture se développe de plus en plus, malgré les protestations. Pour attirer l’attention et qu’un débat soit ouvert, des champs d’OGM cultivés en plein air malgré les risques éventuels, ont été spctaculairement fauchés, et leurs auteurs condamnés.

Christian Vélot, docteur en biologie et spécialiste des OGM, soutient ces faucheurs parce qu’ils ne sont ni des obscurantistes, ni des passéistes ou des anti-science, mais des “éveilleurs de conscience”.

Voici son témoignage :

À propos des faucheurs d’OGM

par C. VÉLOT
31 mars 2007

Biologiste moléculaire, je fabrique et j’utilise des organismes génétiquement modifiés (OGM) toutes les semaines, dans le cadre de mes recherches fondamentales et de mon enseignement à l’Université.

Et c’est justement pour cette raison que je sais à quel point il est irresponsable de disséminer les OGM dans l’environnement et dans les assiettes, tant cette technologie est, non pas “chirurgicale” comme on essaie de nous le faire croire, mais au contraire totalement aléatoire. Il n’y a pas un seul scientifique au monde, pas même Claude Allègre, qui est capable d’appréhender de manière exhaustive, ce que peuvent être à court, moyen ou long terme, les conséquences d’une modification génétique sur l’ensemble du métabolisme d’une plante et ses répercussions dans la chaîne alimentaire, ou ses interactions avec l’environnement. Il en découle des risques sanitaires et environnementaux absolument imprévisibles. Ces risques sont bien évidemment exacerbés lorsqu’il s’agit de “plantes-médicaments” (comme c’est le cas pour le maïs de Méristem produisant la lipase gastrique de chien destinée aux enfants atteints de mucoviscidose), car il s’agit alors de mettre la pharmacie en plein champ, et de prendre ainsi le risque qu’une molécule qui nécessite une prescription médicale se répande dans la nature et soit consommée de façon incontrôlée par des individus ou des animaux.

Les “plantes-médicaments” nous sont présentées comme une technique révolutionnaire pour produire des protéines d’intérêt pharmaceutique, alors qu’il y a près de 25 ans que la “technologie OGM” est utilisée en laboratoire pour produire de telles protéines à visée thérapeutique (insuline, hormone de croissance, facteurs de coagulation, vaccins, etc.) en utilisant des cellules en culture (bactéries, levures, cellules d’insecte, d’ovaires de hamster, ou encore plus récemment, des cellules végétales) multipliées à grande échelle dans des fermenteurs entièrement clos. Les “plantes-médicaments” ne sont donc rien d’autres que le cheval de Troie des OGM agricoles que l’on essaie une fois de plus de nous imposer en utilisant la vitrine médicale et en jouant de la corde sensible comme on sait si bien le faire au pays du Téléthon. Les enfants atteints de mucoviscidose sont aux plantes génétiquement modifiées ce que les enfants atteints de myopathie sont au Téléthon : un outil publicitaire pour alimenter les caisses d’une usine à gaz qui, au nom de la recherche agronomique ou sur les maladies génétiques, ne sert qu’à satisfaire l’ambition malsaine d’une poignée de techno-scientifiques.

Les faucheurs d’OGM, et de “plantes-médicaments” en particulier, ne sont pas des obscurantistes, des passéistes ou des anti-science. Ils ne sont pas contre la technologie OGM en tant que telle, certains d’entre eux étant eux-mêmes des patients qui se soignent avec des “protéines-médicaments” obtenues par cette technologie en laboratoire. Ils sont contre les applications qui en sont faites dans l’environnement, car ils refusent que la planète soit une paillasse de laboratoire, et les consommateurs des cobayes. Les faucheurs d’OGM sont au contraire des éveilleurs de conscience qui ont alerté l’ensemble des citoyens et ainsi fait en sorte que le débat puisse exister, y compris au niveau du monde scientifique.

Les faucheurs d’OGM sont aujourd’hui sur le banc des accusés.

Ils seront demain les héros d’une résistance qui refuse que l’on sacrifie l’environnement et la sécurité sanitaire au nom de pressions mercantiles et d’idéologies scientistes.

Je les soutiens de tout mon cour et de toutes mes forces.

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