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   Mensuel de réflexion socio-économique vers l’Économie Distributive
 
 
 
 
 
AED La Grande Relève Articles > N° 1072 - janvier 2007

 

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N° 1072 - janvier 2007

Pour ne pas désespérer   (Afficher article seul)

Marie-Louise Duboin suggère d’aller chercher l’information et débattre en dehors des grands médias.

Demandez programme !   (Afficher article seul)

Jacques Ménochet estime que le programme des anti libéraux n’est qu’une étape, il propose une autre organisation pour parvenir à dissocier travail et revenus.

L’hyper-marché de Noël    (Afficher article seul)

Caroline Eckert raconte comment un collectif, à Strasbourg, incitait les badauds à réfléchir devant les vitrines préparées pour Noël.

Comment se détruit la démocratie   (Afficher article seul)

Isabelle Pivert a observé comment une entreprise choisit parmi les scénarios possibles celui qui va lui permettre d’être “créateur de valeur” et elle explique ce que cet objectif signifie.

L’urgence de la Métamorphose   (Afficher article seul)

Au fil des jours   (Afficher article seul)

Jean-Pierre Mon constate que les avis divergent sur le rôle de la Banque Centrale européenne, mais que les modèles d’État-Providence sont démolis partout, même en Suède.

Est-ce un aveu ?   (Afficher article seul)

Paul Vincent a remarqué une affiche publicitaire du ministère des armées. Le slogan en est édifiant.

La “rupture tranquille” … grâce au BCG !   (Afficher article seul)

Agora Vox, sur Internet, donne références et précisions sur la société américaine de conseil en stratégie dont N.Sarkozy a loué les services pour élaborer son programme.

Les dernières nouvelles de demain !    (Afficher article seul)

Gérard Henri Brissé énumère bon nombre de mesures qu’un candidat devrait s’engager à prendre.

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Perspectives pour la nouvelle année

Pour ne pas désespérer

par M.-L. DUBOIN
14 janvier 2007

La première moitié de l’année qui commence va être dominée, en France, par les élections. Ce serait une excellente chose si c’était l’occasion pour les citoyens de discuter sur la façon de réaliser ensemble, grâce aux énormes moyens actuels, un monde plus juste et plus humain.

Malheureusement beaucoup d’électeurs sont déjà saturés des spectacles organisés autour de candidats transformés en stars, sinon en clowns. Certains pensent même que le véritable enjeu des élections, loin d’être l’avenir de tous, n’est, en fait, que la “carrière” des vedettes du show-business qu’est devenue la politique : les traités qui ont été signés au niveau européen ont fixé, et pour longtemps, la marche (libérale) à suivre, ils ne laissent guère de marge de manœuvre aux futurs élus, dont le rôle, en premier lieu celui du Président, est désormais de trouver des marchés pour les grandes entreprises.

Dans ce contexte, plus grand monde, parmi les gens normalement constitués, ne croit encore aux promesses de retour au plein emploi, de redressement, de rupture, fût-elle tranquille, de fin de la fracture sociale, de fin de la pauvreté, de sursaut de la France, ni à une croissance dite “durable” dans le respect de l’environnement. Même avec de nouvelles formules comme savent tellement en inventer les conseillers en communication, ça ne “passe” plus. Alors, n’est ce que sur la comparaison de leurs méthodes pour réprimer la violence, née des inégalités et autres injustices, que les électeurs se détermineront ? Est-ce la candidate du PS qui l’emportera en remplaçant le « je vous ai compris » gaulliste par « je vous ai écoutés » ? Le drame est que tous ces candidats “médiatisés” ne proposent rien qui soit en mesure de répondre aux problèmes essentiels des citoyens, rien qui offre une véritable alternative à ce dont ils ne veulent plus, rien qui empêche ce qu’ils redoutent.

Car l’essentiel du pouvoir, y compris le pouvoir médiatique, est détenu, de fait, par ceux qui ouvrent les crédits et gèrent les fonds d’investissements : ce privilège leur permet de prendre les grandes décisions, celles qui définissent l’avenir de tous, alors qu’ils font ces choix dans leur seul intérêt. Tant que cette logique ne sera pas remise en cause, l’intérêt de “l’élite” primera sur le pouvoir politique, même dans nos démocraties dites représentatives. Et les Droits de l’Homme et de son environnement, pas plus demain qu’aujourd’hui, ne seront respectés. C’est cette base du système qu’il est urgent de changer, alors qu’aucun des “décideurs” actuels n’en a cure, car pas un, pas une, des candidats susceptibles de l’emporter n’envisage de sortir de ce carcan. Tous s’agitent en tous sens en promettant l’impossible, tous, tels des mouches coincées dans un verre retourné sur la table, cherchent une issue qui est introuvable à l’intérieur.

On ne viendra à bout ni du chômage, ni de la pauvreté, ni de la dégradation de l’environnement tant que le profit sera la motivation de toute activité.

C’est évidemment parce que cette solution est radicale qu’on n’arrive pas à l’envisager.

Prendre conscience qu’il n’y en a pas d’autre prend du temps, et, en attendant, le risque est grand que les citoyens, lassés de promesses intenables, se livrent au pire, à celui qui récolte les voix des désespérés en cachant ses intentions sous l’air connu de « La France aux Français », alors que l’histoire a montré, hélas, où mènent de tels slogans.

Ceux qui souffrent du système sont infiniment plus nombreux que ceux qui en profitent. Mais cette immense majorité n’a, en général, même pas les moyens de s’informer. Le changement salutaire ne peut donc venir que de ceux qui, entre ces extrêmes, ne sont ni illettrés, ni assez abrutis pour laisser se poursuivre la destruction de la société humaine. La raison ne l’emportera que si une majorité de citoyens cesse de se soumettre à ce qui lui est présenté comme inévitable, et qui ne résulte pourtant que d’une idéologie dont on voit à quelles catastrophes elle conduit. Mais il faut que ceux qui se contentent de soupirer « Quel monde allons-nous laisser à nos enfants ! » arrivent à refuser d’admettre docilement qu’il n’y a pas d’alternative à cette économie de marché. Qu’ils refusent d’être mis dans l’obligation de se battre en permanence contre tous pour gagner leur vie. Qu’ils nient que la rivalité soit nécessaire. Qu’ils organisent entre eux la solidarité et la coopération, même quand on leur affirme que ce sont des chimères sous prétexte que l’homme ne peut être qu’un loup pour l’homme.

*

Ne pas se désespérer demande du courage. Plus que pour assister passivement aux débats savamment organisés par la télévision. Et répliquer aux candidats, par des critiques proférées, même en hurlant, devant son poste, en famille, ne sert à rien.

Les informations, il faut faire l’effort d’aller les chercher ailleurs que dans les médias officiels. C’est d’autant moins facile qu’est bien entretenu un préjugé selon lequel un spectacle marginal est soit de mauvaise qualité, soit subversif : il ne peut être le fait que d’affreux “gauchistes”. Cet a priori n’est sans doute pas étranger au fait qu’une telle démarche est une façon, pour le citoyen, d’acquérir plus d’autonomie, donc d’être moins docile, moins soumis à toutes les publicités. Car c’est en allant voir des films, des documentaires ou de courts métrages, souvent montés avec peu de moyens et qui passent dans de petits cinémas dits “d’essai” (tels Utopia, Pandora, etc.), qu’on peut découvrir ce dont ailleurs on ne parle pas. Je pense par exemple aux films de la canadienne Carole Poliquin Turbulences, ou Le bien commun, produits par ISCA et diffusés en vidéo-cassettes par Médiamax, à Montréal. Je pense aussi au film, plus récent, intitulé Bamako, ce procès de la banque mondiale qui se passe tout simplement dans la cour d’une maison africaine, est magnifique. Allez le voir, il est aussi important que le film d’Al Gore “Une vérité qui dérange”, réalisé avec d’autres moyens. Et n’ayez pas peur non plus d’assister aux spectacles de ces troupes de théâtre, parfois d’amateurs, parfois de professionnels, qui interpellent le public pour le faire réfléchir. Nos fidèles lecteurs se souviennent que nous avions annoncé le spectacle que préparait la compagnie de la Tribouille, de Nantes : le premier volet intitulé Le paradoxe de l’Érika, mis en scène par Philippe Piau, est passé au “théâtre économique et fraternel Mains d’œuvres”, à Saint Ouen, le mois dernier. C’est une réussite. Que trois acteurs puissent faire passer tant d’idées avec si peu de moyens, c’est formidable. Autre exemple, la troupe du Théâtre du Mantois : trois personnes et sans décor, lisent un texte au public, sous le titre “Le rêve d’Alvaro”. Si, après tout ce qu’on a pu entendre à son propos, on vous dit qu’il s’agit des communiqués écrits dans les montagnes du sud-est mexicain par le “sous-commandant” Marcos, pensez qu’il s’agit des violents propos d’un dangereux “guérillero”, armé et menaçant. Mais si vous y allez quand même, vous découvrez une poésie, une non-violence, et une profondeur de réflexion inimaginables, qui vous enchantent.

Ces groupes originaux d’acteurs de théâtre sont, et c’est une bonne nouvelle, de plus en plus nombreux, et ceux que nous avons eu l’occasion de voir étaient tous très bons. Et puis soyez attentifs, à l’occasion, à des spectacles de rue apparement improvisés, tels ceux que Caroline Eckert a vus au marché de Noël à Strasbourg et qu’elle décrit plus loin dans ces colonnes.

Car dès qu’on accepte de faire l’effort d’aller voir ce qui se passe en dehors de ce que présente la grande presse, avec ses gros moyens, le moral remonte. On s’aperçoit qu’il y a une foule de gens qui cherchent aussi comment construire ensemble un monde où l’espoir ne soit plus un mot vide de sens. Et qu’ils ont plein d’idées, encore confuses, certes. C’est pour cela que les discussions peuvent durer bien au delà des prochaines élections. Mais qu’importe, il faut sans doute en passer par là quand les professionnels de la politique ne représentent plus leurs mandants.

PS : et si vous voulez mieux connaître, puis faire comprendre les mécanismes par lesquels le pouvoir des élus est écrasé par celui des financiers, j’ai le plaisir de vous annoncer, pour fin, février la sortie d’un livre qui devrait pourvoir vous y aider…

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Réflexion

Demandez programme !

par J. MÉNOCHET
14 janvier 2007

Le programme antilibéral, pour moi, est un catalogue de mesures provisoires, qui ne peuvent que colmater quelques brèches dans l’économie capitaliste cautionnée par les partis libéraux, sans oser encore poser de perspective à plus long terme.

Qu’est-ce que l’économie capitaliste ? — C’est l’organisation d’échanges marchands dont la finalité est de faire du profit.

Qui bénéficie des profits engendrés ? — Ce ne sont plus de simples patrons entrepreneurs, ce sont des actionnaires, car la mondialisation rend beaucoup trop élevés pour un individu ou une famille les investissements et les risques liés.

L’autre finalité de l’économie capitaliste, dans la même logique, c’est de supprimer des emplois. La création d’emplois n’a jamais été le but de l’économie capitaliste ; en développant les techniques et en remodelant constamment l’organisation du travail, elle est arrivée à un taux de productivité tel que la production de richesses de plus en plus nombreuses va de pair avec une compression de plus en plus grande du personnel et des coûts salariaux. Donc il est malhonnête de cautionner cette économie capitaliste tout en prétendant lutter contre le chômage, comme le font les gouvernements libéraux.

Le seul moyen de s’en sortir est de faire pression, sans doute progressivement, pour découpler le travail du revenu. Dans les pays développés, il y a un surplus de richesses produites par rapport aux besoins. Il ne tient qu’à une volonté politique de prendre le problème à bras le corps pour distribuer à tous les citoyens un revenu issu de la capacité de valeur d’échange de ces produits ; ce revenu permettra aux citoyens de se fournir en produits nécessaires. Le revenu décent deviendra la norme, et non pas un plan d’assistance à des gens qu’on marginalise en les montrant du doigt.

Mais pour cela il faut … introduire la démocratie dans l’économie, donc décider collectivement des productions utiles, relocaliser les unités de production, etc…

Les politiques dites libérales ne font qu’accompagner et cautionner les économies capitalistes. Or une politique vraiment antilibérale doit stopper ce mouvement de fond, qui n’est pas inéluctable. Il serait déjà indispensable d’encourager et de soutenir des expérimentations sociales, sans doute d’abord au niveau local, puis communal, et régional. Pour cela, il convient de donner un autre sens à la monnaie ; de créer des monnaies de substitution, comme le font des associations comme les SEL, mais aussi d’autres initiatives plus larges, comme en Argentine après l’effondrement de l’économie de ce pays. En effet, la monnaie actuelle trouve son fondement dans une création anticipée qui permet aux banques d’encaisser des intérêts, et, à plus grande échelle, à des boursicoteurs de spéculer.

Introduire la possibilité d’expérimentations pourrait rendre visible le caractère conservateur et libéral de plusieurs fondements de la société capitaliste, à savoir par exemple, le travail salarié pour chacun, et la famille. La famille, défendue par tous les politiques (voir les discours de Sarkozy et de Royal), a toujours été pour les gouvernements un moyen de réguler les conflits sociaux, en rappelant aux parents salariés que leur but ultime est la bonne conduite de leur vie familiale, c’est-à-dire leur devoir d’éducation, d’accompagnement de leurs enfants vers une formation et une profession, leur responsabilité face aux charges du foyer (payer les impôts, payer tous les crédits qu’on les a encouragés à contracter, etc…). Et pour l’économie capitaliste, la famille (“le ménage”, disent-ils, c’est-à-dire l’occupant ou les occupants d’un logement) a toujours été l’unité de consommation, visée par les publicitaires.

Or, cette organisation n’a rien de démocratique. Elle est liée à l’économie capitaliste. Dans les lieux d’expérimentation sociale que je prône (que j’appellerais volontiers des “collectifs de vie”), l’adhésion au projet serait le fait de chaque individu, et non pas d’une famille. D’où une autre organisation du logement, déjà. Actuellement, le “marché” du logement est florissant, et c’est le premier poste de dépenses dans les budgets des familles. On ne favorise pas d’autres formules, qui devraient être prises en compte et même soutenues par une société antilibérale : possibilité pour des collectifs d’individus (où la pluralité serait encouragée : hommes, femmes, enfants, mélange des âges, etc…) d’acquérir ou de louer des logements contigus, avec des pièces communes, pour un partage de tâches et de matériels (comme machines à laver, TV, ordinateurs, etc…), et pour des loisirs communs, (en particulier une pièce qui servirait aussi aux discussions sur l’organisation interne, etc…), un jardin commun à des fins de potager commun, etc…

Cette organisation permettrait d’envisager, déjà à ce niveau basique, une autre façon d’avoir recours, si besoin, au travail salarié : quelques-uns, par roulement, s’y “coltineraient” tant qu’il y aurait des postes.

À une échelle plus large, il serait indispensable de privilégier les Scop, et autres formules d’organisation du travail, d’appropriation par les travailleurs de leurs moyens de production et de gestion de la production et de la distribution.

Car, même dans le cas d’une généralisation de la distribution des revenus, il resterait un minimum de postes à pourvoir pour la production des biens. L’utilité de cette production devrait être discutée et décidée démocratiquement. On introduirait ainsi de la démocratie à tous les niveaux de la production.

De même les tâches qui incombent à toute société (entretien des routes, soins aux malades, etc…je fais vite, chacun peut en faire une liste) seraient discutées et partagées par roulement. Mais il resterait du temps à chacun, et à chaque collectif, pour organiser sa vie personnelle, la créativité, la vie culturelle, etc…

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L’hyper-marché de Noël

par C. ECKERT
14 janvier 2007

Je ne résiste pas au plaisir de vous faire partager les activités du Collectif de Réappropriation de l’Espace Public de Strasbourg. Sur leur site internet, dont l’adresse est crep.strasbourg.free.fr., vous pourrez trouver des photos qui vous donneront une idée.

Je suis passée les voir et je n’ai pas été déçue.

Il faut savoir que la ville est transformée en un véritable supermarché avec son lot d’agressions sonores et lumineuses.

Les membres de la CREP se prosternent devant un arbre bleu dont toutes les branches sont doublées de guirlandes lumineuses bleues, qu’ils appellent l’arbre à cartes bancaires, et ils chantent des hymnes à la gloire de sa sainteté consommation. Ils interpellent les passants pour les sensibiliser en les faisant rire. Par exemple, ils mettent des contraventions : j’en ai eu une pour “sous-consommation”, mais il y a de nombreux autres chefs d’inculpation tels que “pas d’argent”, “ne croit pas au père Noël”, “refus de boire du vin chaud”, “défaut de port du bonnet de Noël”, “non achat de bredele” (ces gâteaux qui sont ici une spécialité de saison), “le contrevenant n’est pas venu en voiture et n’avait même pas un sac plastoc dans les mains” ou encore pour “non achat de souvenirs made in China” (à ce propos, une dame a essayé de se justifier en disant qu’elle habitait à Strasbourg, il lui a été répondu que ce n’était pas une raison et qu’il fallait quand même acheter des “souvenirs”), etc.

Tract diffusé par le Collectif de Réappropriation de l’Espace Public de Strasbourg :

Bonjour, le CREP vous invite à venir fêter l’hyper-marché de Noël demain vendredi à partir de 18h30

Marché de Noël : Le sens du partage ?

Il n’y a pas encore assez de cabanes de Noël à Strasbourg ! C’est pourquoi le CREP s’invite à “l’hypermarché de Noël“ avec six cabanes supplémentaires. Ambulantes, celles-ci bravent la foule des consommateurs venus en surnombre pour “partager” la “féérie” du Christkindelsmärik... à coup d’euros.

Demain, vers 18h30, vous pourrez vous joindre à ces quelques cabanes autour de l’arbre bleu des commercants du centre-ville, place Gutemberg, rebaptisé l’arbre des cartes bleues pour une cérémonie pas piquée des hannetons.

Vers 19h15, rebelotte au pied du beau et grand sapin, place Kléber pour quelques chants de circonstance et quelques joutes verbales, vous pourrez même vous faire prendre en photo avec les superbes cabanes ambulantes pour la modique somme de 150 euros par photo.

*

* LA MAGIE DES JOUETS FABRIQUÉS PAR DES ENFANTS

Les cadeaux made in China déferlent sur le marché de Noël, fabriqués par des enfants, des prisonniers ou par des ouvriers exploités...

Partage ou exploitation ?

* LA FÉÉRIE DE L’ÉLECTRICITÉ GASPILLÉE

Strasbourg scintille, la mairie se dit écolo, parle de vélo, mais fait tout pour rester la “ville la plus illuminée d’Europe”, celle qui dilapide le plus d’électricité...

Partage ou gaspillage ?

* LE ROYAUME MERVEILLEUX DES CADEAUX EN TROP

Marchés de Noël, pubs, crédits à la conso nous conditionnent à offrir des cadeaux souvent inutiles. Est-ce le seul moyen que nous ayons d’aimer nos proches ?...

Partage ou hypocrisie ?

* L’ENCHANTEMENT DE LA SURCONSOMMATION

Chaque année plus de cabanes, une dinde plus grosse, plus de bulles dans le champagne. Ce sera plus Noël ?

Acheter toujours plus, est-ce être plus heureux ?...

Partage ou illusion ?

* LE DÉCOR EXTRAORDINAIRE DU CENTRE VILLE

Le temps du marché de Noël, le centre de Strasbourg devient un décor folklorisé, confisqué à ses habitants. Dans le super-marché de Noël, “la vie, la vraie” est bien plus belle que la vraie vie ...

Noël à Strasbourg : le sens du business !

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Ancienne condisciple de François-Henri Pinault à HEC, Isabelle Pivert fut confrontée aux mécanismes financiers de l’entreprise en tant que consultante dans un cabinet de conseil en stratégie. Sa foi dans les vertus du capitalisme en fut ébranlée. Puis ses doutes furent confirmés par des entretiens avec des gestionnaires ; elle les a publiés dans son ouvrage Soleil capitaliste, entretiens au cœur des multinationales (aux éditions du Sextant, voir GR 1069, p.5).

Sa conclusion est claire, la voici :

Comment se détruit la démocratie

par I. PIVERT
14 janvier 2007

« Désormais, vous travaillez uniquement pour l’actionnaire ! » Ainsi s’exprime l’ancienne employée commerciale d’une multinationale allemande de l’industrie pharmaceutique, lors de la présentation par ses dirigeants du concept de shareholder value [1] à l’ensemble des salariés. Elle raconte : « on nous a expliqué que nous aussi on allait en profiter, puisque si on enrichissait l’actionnaire, on aurait des primes, des augmentations… Et je peux vous dire que maintenant je comprends tout à fait qu’une entreprise qui fait des profits aujourd’hui ferme des usines ou licencie… Car si elle ne le fait pas, alors c’est elle qui devra fermer dans dix ans ».

— Vous êtes capable, vous, de prédire l’avenir à dix ans ?

— Non, mais Eux ils savent…

Aveuglement ? Intoxication ? Idolâtrie ? Issue des banques d’affaires anglo-saxonnes, la shareholder value, en français création de valeur pour l’actionnaire, est un concept financier dont se sont emparés, au début des années 1990, les cabinets internationaux de conseil en organisation et stratégie, pour l’implanter à tous les niveaux de décision de la multinationale cotée en Bourse. Et cela, partout sur la planète.

En l’espace de seulement une dizaine d’années ce concept devint opérationnel, et central dans toute grande entreprise, même non cotée. À chaque étape de décision, donc de choix, une question unique est martelée, tant et si bien qu’elle tend à devenir le principe naturel et implicite de toute “bonne” gestion, qu’on appelle maintenant gouvernance : tel scénario crée-t-il de la valeur pour l’actionnaire, c’est-à-dire l’enrichit-il ? Autrement dit, si l’entreprise est cotée [2], cela fait-il monter le cours de l’action à la Bourse ?

Entre plusieurs scénarios, dits “créateurs de valeur”, on choisit d’emblée celui dont on espère qu’il fera le plus monter le cours, et tout de suite. Et pour cela on teste l’avis prospectif et intéressé des financiers. Telle activité, supposée générer 6, ou 7, ou 8 % de retour sur capitaux investis, sera abandonnée ou bradée, au profit de celles générant au moins 15%. Sans quitter la logique financière, il s’agit là tout simplement de destruction d’activités rentables, et donc de richesse et d’emplois.

Ces scénarios “créateurs de valeur” privilégient la réduction immédiate des coûts, alors que l’innovation demande du temps et de l’argent. La suppression de la notion de durée constitue ainsi une perversion de la notion même d’entreprise - qui est un pari sur l’avenir. Cette perversion provient, entre autres, de la croyance hystérique, mais savamment entretenue, en une concurrence effrénée et permanente entre tous : face à la peur de l’avenir, tout est toujours bon à prendre. De là à inverser la fin et les moyens (car la Bourse représentait auparavant l’un des outils de financement de l’entreprise), il n’y a qu’un pas. Il fut allègrement franchi : l’hystérie internet au tournant du siècle servit de test involontaire : pour faire grimper la valeur d’une start-up avant même son introduction en Bourse, les analystes financiers pouvaient raconter n’importe quoi, il suffisait qu’un maximum de gens les croit !

Que faire pour que monte constamment le cours de l’action ? Telle est, maintenant, toute la stratégie de l’entreprise cotée. Cela n’a plus rien à voir avec sa performance ou avec son développement réel.

Si on se place dans une telle logique financière, l’abondance de main-d’œuvre de plus en plus qualifiée joue en faveur des pays à bas coûts salariaux, et ces transferts de production sont quasi immédiats. L’effondrement des emplois durables dans nos sociétés “riches” génère pour les classes moyennes une insécurité sociale et économique permanente. Quand la réduction de personnel, au mépris de la vie réelle de milliers de personnes et de leurs familles, est instrumentalisée pour faire monter le cours de l’action (ou faire “cracher” l’entreprise si elle n’est pas cotée mais pilotée par des financiers absents), il y a antagonisme. Les objectifs des financiers qui ont corrompu les dirigeants avec des stocks options, dont les montants réalisés (des dizaines ou des centaines de millions d’euros) n’ont plus rien à voir avec la notion de rémunération du travail sur la durée d’une vie, sont opposés à ceux des salariés, qu’ils soient cadres ou non. Et on assiste (le processus n’est pas achevé) à la prise de pouvoir et de contrôle du premier groupe sur le second.

Au lieu de quémander des emplois ou de meilleures conditions de licenciement ( !), les syndicats feraient mieux de créer un nouveau rapport de force, basé sur la simple évidence que l’outil de production - au sens large, donc comprenant aussi l’immatériel - est un bien collectif. Une telle idée, quand on sait l’argent public investi pour assurer les services collectifs autour d’une usine par exemple, ne peut pas être rejetée.

En l’absence de ce rapport de force, le groupe dominé développe des stratégies de “survie” (il s’agit ici de garder son emploi, donc son revenu) qui incluent des pratiques telles que de détournement ou rétention d’information, qui gênent la stratégie du groupe dominant, dont la “survie”, et surtout la rémunération, tiennent à l’enrichissement constant de l’actionnaire. Il en résulte que deux types d’emplois commencent à affluer, et de manière inquiétante, dans nos sociétés occidentales. Le premier dans la communication-propagande (surtout faire croire que tout continue à être pour le mieux dans le meilleur des mondes privatisés) pour s’acheter la docilité de millions de consommateurs et de salariés. Le second dans le contrôle et la sécurité (dans l’entreprise, avec notamment la multiplication des procédures, et aussi en dehors d’elle, grâce au développement fulgurant des technologies de communication). Liberticide, la croissance des deux types d’emplois participe du même déni de réalité : elle repose sur l’incapacité tragique, pour la plupart des gens, de remettre en cause leur croyance aveugle en un capitalisme foncièrement bon.

Alors qu’il y a seulement une vingtaine d’années, les dirigeants présents dans l’entreprise prenaient des décisions qui tenaient compte des rapports de force avec tous les acteurs, fournisseurs, salariés, clients et syndicats, aujourd’hui ils se soumettent, ils se déresponsabilisent, moyennant finance ou statut social, face à un actionnaire absent. Un enfant de dix ans est capable de le voir : puisque tous sont acteurs dans la production, la création de valeur pour l’actionnaire n’est ni plus ni moins que la spoliation organisée des richesses produites par tous, au seul profit de l’actionnaire.

Et pourtant ce dernier, ou son exécutant, n’est qu’un être humain, aussi fragile qu’un roseau dans le vent de la vie. Aucune arme n’est pointée sur la tête du salarié.

Et chacun est mortel.

Il est grand temps de s’attaquer aux mécanismes d’une économie capitaliste en pleine perversion, et de prendre conscience des croyances sur lesquelles elle repose.

Faute de quoi, c’est un nouveau totalitarisme qui nous tend les bras.

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[1] Ce concept est évalué grâce au WACC = coût moyen pondéré du capital. Si le WACC est de 9%, aucun investissement rendant moins de 9% ne sera retenu. Mais les actionnaires demandent souvent 15%.

[2] Si elle n’est pas cotée, mais possédée par des fonds d’investissement, ce sont les scénarios d’enrichissement des actionnaires à trois ans qui seront privilégiés, grâce à l’endettement de l’entreprise. Quitte, une fois celle-ci revendue, à la faire couler : dette énorme, réduction de personnel, restriction du budget de recherche, etc.

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L’urgence de la Métamorphose

14 janvier 2007

Un nouvel éditeur, Des Idées & des Hommes, vient de sortir un ouvrage [*] novateur dans lequel Jacques Robin et Laurence Baranski offrent un panorama complet de la situation mondiale actuelle et montrent qu’on peut imaginer le futur de l’humain et agir en inscrivant notre conscience dans l’aventure de l’univers.

Partant de l’idée que l’aventure humaine s’insère dans celle de l’univers, ces auteurs mettent en exergue le fait qu’il faut prendre conscience de l’imbrication étroite de ces deux processus. C’est le moyen d’élargir nos cadres de références, trop étroits pour aborder les enjeux globaux auxquels les sociétés humaines, culturellement et socialement malades, sont aujourd’hui confrontées, alors que toutes les conditions sont réunies pour qu’émerge une conscience planétaire au service d’une politique plus lucide et plus responsable.

« Alors que l’économie de marché est redistributive, l’ère de l’information exige le développement d’une économie distributive » et notre entrée dans cette ère, au seuil de laquelle nous avons déjà trop piétiné, exige de transformer l’organisation des sociétés et des rapports humains. Les dégager du piège marchand qui les bloque n’est pas simple, et nécessite une phase de transition réaliste qui ne permette aucun retour en arrière. On peut pour cela s’appuyer sur les multiples expériences alternatives tentées un peu partout, et sur les réflexions qu’elles entrainent.

La réussite de cette étape de transition viendra d’une confrontation lucide entre tous les acteurs, mobilisés par l’urgence, et par leur désir profond d’être en accord avec les valeurs démocratiques au niveau planétaire.

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[*] collection Convictions croisées, 248 pages, 19 euros.

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Chronique

Au fil des jours

par J.-P. MON
14 janvier 2007

Bouc émissaire

Sous ce titre, l’éditorialiste du très orthodoxe et très conformiste quotidien Le Monde écrivait [1] : « la campagne électorale présidentielle a permis de renouer avec la vieille tradition française qui consiste à tirer à boulets rouges sur les banquiers centraux ». (Encore une exception française !). Ce bouc émissaire serait le très honorable Jean-Claude Trichet, président de la banque centrale européenne (BCE).

Tout cela parce que les candidats potentiels à la présidence de la République, qu’ils soient de droite ou de gauche, avaient, chacun dans son style propre, dénoncé la stratégie monétaire mise en œuvre par le président de la BCE et même osé réclamer une redéfinition de ses missions et, notamment, que l’Institut d’émission se préoccupe plus de croissance et moins d’inflation ! Le 14 novembre, le Premier ministre, Dominique de Villepin demandait une « véritable stratégie » européenne de change et s’insurgeait contre l’euro fort ; le 9 décembre, c’est Ségolène Royal qui, après l’annonce d’un nouveau relèvement des taux d’intérêts (le sixième en un an [2]), déclarait : « ce n’est plus à M. Trichet de décider de l’avenir de nos économies. C’est aux dirigeants démocratiquement élus ». Elle pense que remettre l’Europe sur les rails « suppose que la BCE soit soumise à des décisions politiques, bien sûr celles de l’Eurogroupe [3] mais aussi celles du Conseil européen » [4].

L’éditorialiste du Monde pense, lui, que « les hommes politiques français sont surtout bien mal placés pour critiquer la politique de change de la BCE car […] c’est au pouvoir politique européen qu’il revient de fixer la bonne valeur de l’euro et d’agir en conséquence ».

Alors que M. Juncker, Premier ministre et ministre des finances luxembourgeois, qui préside l’Eurogroupe, souhaite se voir confier un mandat clair pour mieux coordonner les politiques économiques des pays membres et il veut que s’intensifie le dialogue avec la BCE. Mais il s’est heurté à une fin de non recevoir de la part de M. Trichet qui, arguant de l’indépendance de l’Institut d’émission, lui a répondu en toute modestie « Monsieur Euro, c’est moi ». À quoi, M. Juncker a répliqué : « si nous ne discutons pas dans un salon, il m’entendra par haut-parleur » [5]. Apparemment, le haut-parleur est resté, jusqu’à maintenant, muet !

Quant à la Commission européenne, elle a pris, par la voix du commissaire chargé des affaires économiques, la défense de la BCE en expliquant « que le niveau de la croissance n’a rien à voir avec la politique monétaire, mais est lié à des problèmes structurels […] que la définition du mandat de la BCE est correcte […] et qu’il n’est pas réaliste d’imaginer que l’on puisse avoir des marges de manœuvre pour changer quoi que ce soit dans les traités en vigueur » [6].

Qu’est-ce que ce serait si nous avions ratifié le projet de traité constitutionnel ! Notons au passage que ces politiciens (y compris N. Sarkozy), qui aujourd’hui s’insurgent contre l’euro fort, frein à la croissance et responsable de l’augmentation du coût de la vie, etc. étaient tous partisans du Oui au référendum…

Rassurons nous cependant, car les personnalités politiques ont reçu implicitement le soutien du Medef : « Il nous faut un gouvernement économique de l’Europe et des politiques coordonnées » a insisté le Président de la commission économique du Medef, qui, sans le nommer, n’en a pas moins attaqué M. Trichet : « On a une gestion technique de la monnaie, via les taux d’intérêt, pour maîtriser l’inflation. Mais l’inflation a été éradiquée et il n’y a pas de tensions inflationnistes en Europe » [7].

Or les hausses des taux d’intérêts décidés par M. Trichet ont aussi pour effet d’augmenter le déficit des finances publiques : d’environ 250 millions d’euros pour une hausse d’un quart de point.

Ah, si les gouvernements avaient le courage de reprendre la maîtrise de la création monétaire, nous serions moins endettés !

Le modèle nordique d’État-providence

Nous avons souvent parlé de ce modèle, qui fait l’admiration de nombreux sociologues et hommes politiques français. Mais il coûte cher et implique des taux d’imposition élevés, ce qui a, sans doute, provoqué la défaite du parti social-démocrate au pouvoir depuis douze ans en Suède, aux élections législatives de septembre 2006. Pour cela, l’alliance des droites a réussi à faire de l’emploi le thème majeur de sa campagne, bien que la situation économique du pays soit très bonne, avec une croissance d’environ 5%. Mais le problème est que cette croissance ne crée pas d’emplois (une leçon à méditer pour les partis français…). Et voilà que la droite proclame que le taux officiel de chômage de 5,7% ne représente pas la réalité ! En fait, c’est plus de 17% de la population active qui serait au chômage si l’on tenait compte du nombre de Suédois en préretraite ou en arrêt-maladie, soit un peu plus d’un million de personnes hors du marché du travail et qui n’occupent pas un emploi à temps partiel.

Alors le nouveau gouvernement martelle que désormais « il deviendra payant de travailler ». Quelles mesures croyez-vous qu’il va prendre pour y arriver ? — Dès 2007, il va baisser de 4 milliards d’euros l’impôt sur le revenu, supprimer les charges patronales pour une partie des services, réduire les taxes sur les services de proximité et supprimer l’impôt sur la fortune. Et il n’oubliera pas de baisser les allocations de chômage et les remboursements pour les personnes en arrêt-maladie ou en préretraite « afin que la différence soit plus marquée entre les inactifs et ceux qui ont un emploi » et enfin il se propose de supprimer la déduction fiscale pour les cotisations aux caisses de chômage et pour l’adhésion aux syndicats.

Il paraît que c’est ce que la Droite suédoise appelle « améliorer l’État-providence » !

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[1] Le Monde, 16/11/2006.

[2] Lors de sa conférence de presse du 3/12/2005, le président de la BCE avait pourtant déclaré qu’il n’entrait pas dans un cycle de relèvements des taux : « ce n’est pas une décision ex ante du conseil des gouverneurs de s’engager dans une série de hausses de taux ». Depuis, il a procédé à 6 relèvements des taux d’intérêts !

[3] L’Eurogroupe réunit les ministres des finances de la zone euro.

[4] Le Conseil européen est constitué des chefs d’État et de gouvernement de l’Union européenne.

[5] Le Monde, 08/09/2006.

[6] Le Monde, 24/11/2006.

[7] Le Monde 23/11/2006.

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Est-ce un aveu ?

par P. VINCENT
14 janvier 2007

La photo ci-dessus est celle d’une publicité du Ministère de la Défense. Elle ornait les dessus de guéridons de nombreux bistrots dans Paris quand elle a été prise cet automne.

Le slogan qui l’accompagne est clair : « rares sont les entreprises où vos collègues ne perdent jamais une occasion de vous soutenir ». N’est-ce pas hélitreuiller un peu haut les vertus militaires et insinuer que le monde de l’entreprise ne serait, au contraire, qu’un affreux panier de crabes ?

Je m’étonne que le Medef de Laurence Parisot n’ait pas porté plainte pour diffamation.

Ayant vu apparaître cette pub il y a quelques mois autour des Universités, j’avais pensé que l’idée première était de récupérer ceux qui n’auraient pas pu s’y inscrire. Cela rappelle les sergents-recruteurs qui, sous l’Ancien Régime, racolaient dans les tavernes. Dans ce système plus moderne, l’Armée paie la pub, mais n’a plus besoin de payer les consommations !

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La consultation d’internet n’est pas sans danger, puisque tout peut y être dit. Il ne faut donc la faire qu’avec prudence et circonspection. Mais ce que nous y apprend Agora Vox, et que nous rapportons ci-dessous, s’appuie sur de sérieuses références, indiquées en marge :

La “rupture tranquille” … grâce au BCG !

30 janvier 2007

Sarkozy, c’est peut-être la rupture tranquille, mais sous influence américaine. La nouvelle n’a pas fait grand bruit et pourtant elle est révélatrice de la “méthode Sarkozy”. En fait, il ne s’agit plus de poser maladroitement aux côtés de Bush pour la postérité, mais bien de laisser les stratèges américains s’occuper de l’avenir de la France.

En effet, et c’est Le Figaro [1] qui le confirme, Nicolas Sarkozy a demandé au Boston Consulting Group, une société américaine de conseil en stratégie, de participer à l’élaboration de son programme économique.

Passons sur l’incroyable aveu d’impuissance de l’UMP qui semble donc ne pas posséder les têtes pensantes capables d’élaborer un programme économique. Et penchons-nous sur le Boston Consulting Group, la nouvelle égérie de Sarkozy :

Fondé en 1963 par Bruce Henderson, préalablement vendeur de Bibles d’obédience républicaine [2], le Boston Consulting Groupe est devenu célèbre pour avoir créé une matrice dite “BCG”, enseignée dans toutes les écoles de management [3].

Cette société possède des bureaux partout, y compris en France. Cette internationalisation permet aux États-Unis de peser sur l’économie mondiale en fixant les normes, c’est-à-dire en fixant ce qu’il faut penser en matière de management et d’économie : un ultralibéralisme qui ne trouve pour limite que les intérêts américains.

Car le BCG ne cache pas sa nature, ni ses objectifs. Comme l’indique son site Internet à Bruxelles, « il n’y a aucune limite à l’influence des consultants du BCG » [4]. Le BCG a pour “philosophie” (ou pour idéologie ?) “la rupture” avec l’ensemble des modèles sociaux au profit... du profit. C’est ainsi que cette firme participe à de nombreux regroupements d’entreprises et à de grands projets de délocalisation, notamment en Chine, ce qui apparaît clairement sur le site Internet de son siège aux États-Unis [5].

Restructurer la France …
comme une multinationale ?

Le BCG exprime clairement sa volonté d’imposer le modèle ultralibéral, il l’annonce ainsi sur son site : « Spécialisée dans le management, le BCG est perçu comme le leader mondial du consulting stratégique. Notre firme a construit ses pratiques mondiales sur son leadership intellectuel et a aidé nombre de multinationales à modifier leur approche pour les rendre plus compétitives. Nos concepts sont enseignés dans les meilleures écoles de management partout dans le monde. [...] Le BCG a ainsi pour clientes 500 des plus grandes entreprises en Amérique du Nord, Asie, Europe et Australie » [6].

Et pour cause, car le BCG, qui affiche une santé de fer, place en tête de ses compétences la restructuration d’entreprises avec pour objectif la performance financière.

Mais peut-on considérer la France comme une entreprise ?

Car cette boîte de conseil a pour principaux clients des entreprises et non pas des États, ce qui permet d’émettre de sérieux doutes sur sa capacité à entrevoir l’ensemble des enjeux sociaux et politiques que pose la conduite des affaires d’un État : on ne licencie pas des citoyens comme des employés chinois, et on ne délocalise pas la France comme on restructure une multinationale !

La rupture tranquille…
sous influence des États-Unis.

Cette photo N’EST PAS celle d’Américains chantant The Star Spangled Banner, la main sur le cœur, selon leur habitude. Mais celle de Sarkoziens chantant la Marseillaise lors de l’Université d’été de l’UMP.

Cette intrusion d’une des plus grosses et des plus influentes boîtes de consulting américaines laisse songeur, car il n’est pas seulement question d’approche (ultra)libérale, mais aussi de l’indépendance de la France : un grand nombre de propositions du volet économique du programme de l’UMP sont sorties des séances de travail effectuées entre les troupes de Sarkozy et du (décidément très influent) Boston Consulting Group.

Finalement, le candidat Sarkozy posant aux côtés de Bush, ce n’était pas une maladresse, mais un signe.

Ce qui semble n’affoler personne.

C’est ce qu’un candidat aux plus hautes fonctions dans notre pays nomme “la rupture tranquille”.

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[1] Voir l’article du Figaro à l’adresse internet suivante : http://www.lefigaro.fr/election-presidentielle-2007/20061106.FIG000000304_comment_sarkozy_a_prepare_son_programme.html

[2] Voir : http://en.wikipedia.org/wiki/Bruce_Henderson

[3] Voir : http://en.wikipedia.org/wiki/Boston_Consulting_Group

[4] En bas de page de http://www.bcg.be/05OurTeam/5_3.asp on lit : « Il n’y a pas de limite à l’influence de nos consultants ».

[5] À propos de BCG, conseil en délocalisation en Chine et Inde, lire : http://www.bcg.com/our_expertise/practice_area.jsp

[6] Pour savoir quel et le “job” de BCG, lire : http://www.bcg.com/news_media/news_media_background.html et pour “sarkosy sous influence du BCG”, lire : http://www.solidariteetprogres.org/spip/article.php3 ?id_article=2451

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Les dernières nouvelles de demain !

par G.-H. BRISSÉ
31 janvier 2007

La France a perdu en la personne de Geneviève Tabouis une experte dans l’énoncé sagace des dernières nouvelles de demain. De quoi l’avenir, qui avance à grands pas, sera-t-il fait ? Bien malin qui pourrait le dire, tant notre univers contemporain s’avère complexe et bardé d’incertitudes.

D’un côté, des structures présentées hier comme permanentes s’effondrent pas pans entiers. De l’autre, la révolution de l’informatique modifie profondément, dès la prime enfance, nos comportements. La “révolutionique” impose une certaine interactivité et donne accès à une grande variété de transactions : avec un téléphone portable on peut converser avec un interlocuteur que l’on voit apparaître sur un petit écran et on a le loisir de consulter la météo, les derniers programmes télé, des sites Internet, etc. Les nanotechnologies nous couvriront de minipuces électroniques préprogrammées pour tout faire. Et nous explorerons (à défaut de conquérir, quel vilain terme !) les confins du cosmos. Porte ouverte sur des milliards d’autres mondes, jusqu’à l’infini de l’espace-temps...

Il faut croire que ces perspectives hallucinantes n’effraient pas les candidats à la magistrature suprême : à la mi-décembre, le Conseil Constitutionnel en avait enregistré plus de 140. Tous n’y accèderont pas, car il faut avoir dans sa besace 500 signatures de maires et élus locaux dans trente départements différents. Telles sont hélas les exigences d’un scrutin qui se veut à vocation universelle mais qui en réalité est plus censitaire que les précédents !

Un polypier de contradictions

Les délocalisations d’entreprises contribuent à façonner la mondialisation et le village planétaire n’apparaît plus comme une utopie. Mais dans le même temps, la plus grande nation du monde pratique, dans les faits, un protectionnisme “hard” de fort mauvais aloi, avec des moyens financiers, matériels et militaires dont ne disposait pas le colonialisme de jadis, tandis que se multiplient un peu partout les murailles censées séparer des belligérants. Le mur de Berlin est tombé, celui qui séparait en deux factions antagonistes l’Irlande du Nord s’est écroulé ,mais une muraille de béton sépare désormais Israël de la Cisjordanie, le Mexique et sans doute bientôt le Canada, des États-Unis ! Le temps n’est plus très lointain où, en Afrique et ailleurs, on cherchera à canaliser les grandes migrations.

Pour en revenir à la France, je voyais récemment sur le petit écran des reportages montrant des seniors parcourir les marchés à la recherche de produits alimentaires jetés à la poubelle parce que quelque peu détériorés. Et on voit surgir un peu partout des SDF, cherchant la chaleur toute relative des bouches d’égoût ou de métro ou s’extirpant, hagards, de tentes aménagées à leur intention. Malgré la révolte de l’Abbé Pierre depuis l’hiver 1954, j’observe que ce phénomène va s’aggravant d’année en année.

Eh bien, je dois dire qu’en rentrant de mission à l’étranger, j’ai honte pour mon pays. Honte de constater qu’il existe de plus en plus de misère, que des jeunes végètent sans avenir et que des retraités sont condamnés à la mendicité pour survivre. Il faudrait augmenter d’au moins 50% les retraites de base pour offrir à ces personnes en détresse un niveau de vie à peu près analogue à celui qu’elles avaient ou pouvaient espérer huit ans plus tôt. On observe aussi la situation lamentable de justiciables qui ne ne peuvent pas faire valoir leurs droits parce qu’ils n’ont pas de quoi verser des honoraires à un avocat qui rechigne, à juste titre du reste, à préparer une plaidoirie, l’État lui en refusant une rémunération décente.

On nous offre en haut lieu le spectacle lamentable de bonnes intentions, on énonce des grands principes, on organise des réunions et des conférences sur des sujets divers. La réunionnite aiguë n’a jamais si bien fonctionné ! Mais il n’en sort rien de concret, ou si peu ! ll paraît que l’État manque de moyens financiers, alors que les inégalités sociales et de revenus ne furent jamais aussi flagrantes.

L’attention des candidats à la magistrature suprême est une fois de plus attirée sur ces graves dérives. Il faut examiner dans l’urgence : la place de la personne dans la société, la baisse réelle du niveau de vie de certaines catégories de population, le pré-salaire des étudiants (déjà à l’étude en 1955), la nécessité d’une réforme monétaire pour endiguer la spéculation financière stérile, l’instauration sur cette base d’un revenu social garanti, sa contrepartie d’activité socialement utile et d’un partage équitable des tâches les plus pénibles, l’aménagement de logements sociaux abordables pour les plus modestes, la réhabilitation d’un service public en déshérence, l’urgence d’un apprentissage de l’anti-violence active à tous les échelons de la société, l’instauration d’un service civil de citoyenneté, la réhabilitation de la formation professionnelle, de la recherche, de l’innovation, le développement des transports publics et la promotion du ferroutage, une politique vigoureuse de respect de l’environnement naturel, de lutte contre toutes les pollutions, de gestion des déchets, etc.

Il y a donc du pain sur la planche. Mais que se passe-t-il ? — On multiplie les textes de loi pour se donner bonne conscience, mais en contournant ceux qui sont promulgués et en multipliant les mesures, sur le fond rien ne change. Tout ce petit monde s’affirme “réformiste” à travers de grands discours… inopérants.

Le pouvoir en place ne maîtrise rien, ne planifie plus rien. Il s’oriente dans une voie excessivement dangereuse, celle de l’évanescence de l’État et des pouvoirs publics, alors qu’il est censé protéger les citoyens contre les excès. Cet ultra-libéralisme débridé n’a pour seul guide que la loi du marché et la recherche du profit facile. Même les forces de sécurité se diluent dans une constellation de sociétés privées, maniant la mitraillette et la caméra à défaut de bon sens. La loi garantit l’incitation à l’ordre à tout prix [1] !

Récemment fut annoncée la disparition de Milton Friedman, l’économiste américain qui dirigea un mouvement de pensée dit “École de Chicago”. Puis Augusto Pinochet, l’ex-dictateur chilien qui fut son bon élève, disparut à son tour, mort dans son lit après avoir organisé la disparition de milliers d’opposants. Retenu plusieurs mois en résidence surveillée en Grande-Bretagne, il n’a jamais été jugé pour ses actions criminelles et pour cause : il était le protégé des faucons de l’ultra-libéralisme d’une hyper-puissance qui tenta de mettre la planète en coupe réglée depuis la guerre de Corée. On ne m’empêchera jamais de déclarer qu’il s’agit aujourd’hui, au Moyen Orient et ailleurs, du même processus de domination d’une hyper-puissance, selon l’expression de l’un de nos plus fins diplomates, Hubert Védrine.

On ne m’empêchera pas non plus d’avoir de solides amitiés aux États-Unis, où lors de mon dernier séjour je suis allé me recueillir au cimetière d’Arlington où l’on a fêté cette année le 85ème Anniversaire du soldat inconnu de l’US Army. Très impressionnante est la relève de la Garde devant le monument de marbre blanc. Je ne pouvais m’empêcher de songer aux soldats américains qui, chaque jour, tombent sur le sol irakien. On ne m’empêchera pas de saluer le Démocrate et écologiste Al Gore, et l’attitude courageuse d’un Ralph Nader, défenseur acharné des consommateurs, face aux menées criminelles d’un G.W. Bush. Cette opinion est du reste partagée aujourd’hui par une majorité d’Américains !

Des priorités absolues

Nous allons aborder en France une échéance électorale cruciale. Parmi les principaux candidats se détachent trois Nicolas [2]. Le premier mélange tout à la fois des fonctions liées à l’exécutif et au législatif : il est ministre d’État, tout en prétendant être en “rupture” avec son gouvernement, président d’un Conseil général des plus prospères et chef de parti. Et après être allé serrer la main d’un président américain désavoué par son opinion publique, il ne dissimule pas son admiration pour “le modèle” américain : il veut bâtir une « Europe très atlantiste ». Le second affiche des opinions très gaullistes. Le troisième se présente en sauveur de la planète : il sera pris très au sérieux aussi longtemps qu’il annoncera une candidature de témoignage. Quant au prétendant centriste j’attends qu’il prenne plus clairement position sur sa conception d’une économie distributive.

Du côté de l’opposition, je serai très attentif au “Désir d’avenir” d’une candidate qui est la seule à avoir répondu à mes propositions [3]. Elle devra cependant affiner ses orientations. À propos de son déplacement à l’étranger, et particulièrement au Moyen Orient, elle fut la cible de critiques fort mal inspirées. On ne saurait jamais autant encourager le dialogue amorcé par les partisans d’un ordre de paix. L’agitation qui se développe dans différents pays est très dangereuse à moyen terme pour notre propre sécurité. La troisième Guerre mondiale a commencé en septembre 2001. Elle a frappé en plein cœur l’hyper-puissance, qui se jugeait invincible. Elle n’a pas épargné l’Europe, à Madrid et à Londres.

La France ne recouvrera une place honorable en Europe et dans le monde que si, à Paris, on redéfinit clairement, de la région à la nation, du continent européen au consortium planétaire, qui doit faire quoi. Quelles sont les prérogatives et les compétences d’une puissance comme la France dans le monde d’aujourd’hui ? Les Nations-Unies, dans le cadre d’une organisation qui date de 1945, représentent-elles les États tels qu’ils sont actuellement ? Tous ceux qui militent en faveur d’un ordre de paix ne devraient-ils pas être représentés au sein d’une Assemblée constituante des Peuples ? N’est-il pas opportun de recentrer en territoire neutre (par exemple à Genève) une Organisation des Peuples Unis, une Organisation des Nations Unies au sein d’un Gouvernement Fédéral Mondial, ayant des compétences de gestion planétaire, et de contrôle dans des domaines d’action et d’intervention bien précis ? N’est-il pas temps, à l’issue d’un référendum sur l’Europe, de repenser l’organisation d’une Europe Confédérale des États et des Peuples, où l’on ferait clairement la part entre ce qui relève de la gestion européenne et celle des régions ou des États, selon le principe de subsidiarité ? L’erreur serait de vouloir construire les États-Unis d’Europe sur le modèle américain. Nous n’avons pas la même histoire, nous sommes tributaires d’un passé différent. Si ces signaux sont clairement perçus comme tels, nous aurons fait en 2007 un grand pas en avant dans la rénovation de la France.

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[1] Selon Le Monde (16/12/2006), « l’armée des gardes de sécurité veille sur la Russie », où on dénombrerait quelque 17.000 sociétés de gardiennage privées, qui occuperaient 4,5 millions d’employés qui, entre autres tâches, « veillent sur la fortune et les personnes des nouveaux hommes d’affaires ». La Russie n’est pas la seule concernée par ce phénomène. Il en est de même dans d’autres régions de la planète, en Irak par exemple, où les entreprises stratégiques ou à haut rendement osent s’installer et ne manquent pas de s’entourer de satrapes surarmés entièrement dévoués aux investisseurs privés !

[2] Les festivités à la gloire de Saint Nicolas, présenté comme l’ancêtre du Père Noël distribuant des jouets aux enfants, sont remises à l’ordre du jour... commercial. Mais pour l’instant la population n’entrevoit dans le sillage du bon et généreux Saint Nicolas que la silhouette du Père Fouettard et de sa panoplie “punitive” et répressive.

[3] Si la réforme de la justice est escamotée, sauf pour faire la fortune des marchands de caméras, les propositions portant sur un revenu social garanti basé sur une monnaie spécifique non thésaurisable, s’inscrivent parfaitement dans le cadre plus général d’une société plus juste. L’une des revendications clairement formulée est la réforme en profondeur de la fiscalité par une modification de l’assiette de recouvrement de l’impôt sur le revenu et des prélèvements obligatoires sur les salaires, qui alimentent certains budgets, celui de la Sécurité Sociale en particulier. Les prélèvements obligatoires sur les salaires sont devenus une aberration dès lors que le niveau de ces derniers stagne, voire diminue en pouvoir d’achat de façon alarmante. En outre les salaires sont caractérisés aujourd’hui par leur précarité. Dans ces conditions, un budget qui puise ses ressources dans ce dispositif d’un autre âge est voué à un déficit croissant ! Le prélèvement à la source, qui n’est qu’un alignement sur les modes opératoires pratiqués par les autres pays européens, ne fera que déplacer le problème et non pas le résoudre fondamentalement. Il contiendra toujours les mêmes ingrédients d’injustices et d’inégalités.

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