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AED La Grande Relève Articles N° 1091 - octobre 2008 > III. Une utopie à faire grandir

 

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III. Une utopie à faire grandir

par G. ÉVRARD
31 octobre 2008

Utopia exprime clairement le nécessaire dépassement du système capitaliste pour fonder une société dans laquelle l’épanouissement et le bien-être de l’Homme seraient les véritables objectifs.

Reposant principalement sur la critique de trois instruments du dogme capitaliste - la croissance, la consommation et le travail érigé en valeur - l’analyse ne constitue qu’une approche forcément réduite d’un projet que n’ont pu mener à bien des décennies de luttes populaires, syndicales et politiques. Elle a cependant le mérite d’éclairer des ressorts vitaux, mais tellement communs, du système que peu d’entre nous pensent à les remettre en question.

Marie-Louise Duboin a regretté explicitement auprès des auteurs que les mécanismes monétaires sur lesquels s’appuie le capitalisme moderne n’aient pas été identifiés comme le vrai moteur du système. Un lecteur historique de la Grande Relève, Pierre Bellenger, nous a adressé le même commentaire. En réponse, Utopia admet la faiblesse de sa réflexion sur cette question.

Pour ma part, je me suis interrogé sur la capacité d’une politique, qui resterait peut-être trop anthropocentrique, à offrir effectivement une nouvelle utopie à l’humanité, alors que nous sommes à la convergence, sans doute historique, d’une crise économique et sociale et d’une crise écologique majeures.

On peut aussi douter de la capacité révolutionnaire d’un mouvement qui a choisi de rester blotti sous l’aile de la social-démocratie, en sachant que celle-ci, tout au long du 20ème siècle, sans nier les avancées sociales qu’elle a permises lorsqu’elle était au pouvoir, ne s’est jamais donné les moyens de dépasser le capitalisme et, pire, en abandonne aujourd’hui l’idée.

Cependant, cette adresse aux socialistes, aux écologistes et aux altermondialistes, qu’il convient de lire au sens des philosophies politiques et non pas uniquement comme les acteurs étiquetés des dits mouvements ou formations, peut aussi être la promesse d’un enrichissement du projet. Le germe d’une rupture ?

De nouveaux indicateurs de richesse [1]

Mesurer les progrès d’une société par les seules valeurs marchandes de ses activités de production et de service (le PIB) n’a assurément aucun sens au regard de l’objectif d’épanouissement et de bien être humains, dont Utopia revendique qu’ils ne sauraient reposer sur la seule consommation, via le marché. Il s’agit alors de se dégager de cette confusion récurrente entre croissance et développement en recherchant de nouveaux indicateurs de richesse. Et aussi de cet autre amalgame entre richesse et valeur, à propos duquel on pourra lire avec intérêt une chronique d’Evariste dans Respublica [2].

Sans nier la dimension subjective de cette approche, Utopia propose de retenir actuellement cinq indicateurs :

- IDH : indicateur de développement humain (PIB complété par des indicateurs de santé et d’éducation).
- IDS : indice de santé sociale (outre santé et éducation, intègre aussi des critères de pauvreté, d’inégalités et d’accidents).
- Empreinte écologique (traduit le degré d’utilisation de la nature par l’Homme).
- PIB vert (PIB diminué des coûts des dommages environnementaux et sociaux).
- BIP 40 : baromètre des inégalités et de la pauvreté (nommé ainsi par dérision face au PIB et au CAC40, intègre 60 critères sociaux différents).

De tels indicateurs auraient vocation à être produits à différents niveaux, du local au mondial. Ils fourniraient régulièrement l’occasion d’un débat public sur le sens du développement et les orientations économiques et sociales à suivre. « C’est toute la notion de richesse sociale, […] qui ne compte aujourd’hui pour rien dans le PIB […], qui doit donc être reconsidérée » [3].

Réinventer la politique

« En ce début de siècle, le capitalisme productiviste et financier est condamné ». Bien qu’il règne en maître sur la production des marchandises et des services, sur la diffusion d’une culture mondialisée, en ayant déconnecté la finance de l’économie réelle, son incapacité à façonner un monde durable se révèle à tous : épuisement des ressources naturelles, dérèglement climatique, accroissement des inégalités, dégradation des conditions de vie sur terre par la pollution de l’eau, de l’air et du sol, replis communautaires et religieux…

La dimension écologique est ici bien présente comme fondement du projet, mais elle appelle un approfondissement permettant une réelle distanciation par rapport au nouveau tam-tam médiatique de la société marchande sur ce thème. « Reprendre le combat des idées et du projet de société, lutter contre l’idéologie dominante pour laquelle croissance matérielle, épanouissement par la consommation et centralité de la valeur travail est l’horizon indépassable : voilà le socle, l’accord minimum qui permet à tous ceux qui partagent ce constat de nous rejoindre pour construire les fondations d’un alter développement. Le 21ème siècle devra être social, écologique et convivial ou sera celui des catastrophes naturelles et humaines […]. S’il semble plus nécessaire que jamais de réinventer un nouvel idéal, il faut aussi être capable de le porter concrètement. C’est ce que nous faisons […] à travers notre approche du socialisme, de l’écologie, à travers notre vision alter mondialiste et notre conception élargie des droits fondamentaux ».

« Mais alors, dit Alice, si le monde n’a aucun sens, qui nous empêche d’en inventer un ? » [4]. En s’éclairant de cette exclamation d’Alice au pays des merveilles, Utopia ne pousse-t-il pas finalement à l’interrogation principale sur le projet : candide et /ou révolutionnaire ?

Une démarche politique globale

Pour faire avancer son “corpus politique”, Utopia s’appuie sur différents axes :

• à travers les partis politiques – Ceux-ci sont à la base de notre démocratie et sont donc des outils à investir pour y faire progresser les idées. Utopia rappelle son ancrage actuel au PS et parmi les Verts, mais s’abstient d’évoquer les partis ou mouvements antilibéraux (PC, LCR…). L’ouverture est recherchée vers le mouvement social, associatif et alter mondialiste.

• à travers un cycle de conférences – Favorisant le débat entre intellectuels et politiques, il répond à la nécessité d’enrichir la réflexion de fond et d’élargir l’espace public vers des citoyens peu familiers de la politique et qui restent soumis à la logique dominante.

• à travers des partenariats avec des cinémas indépendants – Le réseau des cinémas Utopia, bien antérieur au mouvement lui-même, offre une autre manière d’aborder les débats précédents.

• à travers des liens forts avec le monde intellectuel – Des liens privilégiés sont tissés avec de nombreux intellectuels engagés, et notamment des chercheurs de toutes disciplines au sein d’un comité scientifique lancé en 2007. Recherche d’une synergie avec le monde universitaire et partenariat avec le mensuel Alternatives Economiques. Ces orientations répondent à la volonté d’enrichir la réflexion.

• à travers une internationalisation du mouvement – Présent aux dernières éditions du Forum Social Européen, Utopia vise à créer un réseau international avec toutes les associations, mouvements, partis politiques, syndicats ou citoyens du monde se reconnaissant dans la démarche.

Mais comment l’ouverture est-elle envisagée aujourd’hui vers les formations politiques qui se positionnement contre l’ultralibéralisme économique et vers les organisations syndicales en France même ?

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[1] NDLR : Rappelons • que cette même démarche était déjà l’objet du rapport Reconsidérer la richesse, confié à Patrick Viveret (voir ses articles dans GR 1014 et GR 1016), présenté en 2001, puis publié en 2005 aux éditions de l’aube sous ce titre (il sera réédité en octobre 2008).

• que ce rapport est à l’origine du collectif Richesses, auquel nous avons adhéré dès sa création, et qui propose de définir un PID (produit intérieur doux) à la place du PIB.

• enfin que parmi les manifestations de ce collectif, la dernière en date est celle du Printemps de toutes les richesses, décrite dans Convergence d’espoirs, l’éditorial de la GR 1086 d’avril dernier.

[2] Evariste, : La culture libérale ruine la création de richesses au profit de la production d’objets de valeur, Respublica n°587, lundi 21 avril 2008, sur internet : http://www.gaucherepublicaine.org/ lettres/587.htm

[3] Dominique Méda : Pour de nouveaux indicateurs de richesse, Cahiers du Management, mars 2001.

[4] Lewis Caroll, Alice au pays des merveilles.

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